Merci à Melior et à Lunastrelle pour leur reviews.


SAUVETAGE ACCIDENTEL

CHAPITRE 22


Les décisions les plus difficiles à prendre sont celles qui vous présentent des voies au bout desquelles vous ne serez plus le même.

Si tu existes ailleurs
[Thierry Cohen]


Il n'avait pas disparu.

Il ne les avait jamais quitté. Présent à leurs cotés, aussi silencieux et invisible qu'une ombre pouvait l'être. Il était ce vide, cette partie arrachée d'eux qu'ils ne pouvaient combler. Et la présence de Sephiroth, origine même de leur êtres, n'y faisait rien. Leurs âmes, au début artificielles, s'étaient enrichies par leur expérience passée sur Gaïa, au point d'en devenir des identités complexe et à part. Entières. Rejoindre Sephiroth, source spirituel de leur être, afin de se fondre en lui, signifiait de devoir nier leurs existence acquise, leur évolution et de perdre toute leur singularité. Ne redevenir que néant. Toutefois, cela était différent pour Kadaj. De lui, il restait une trace. Car s'il avait céder son corps, son l'âme enrichie par ses expériences serait certes dissoute en rejoignant le cycle de la Rivières de la Vie, mais il en subsisterait néanmoins un écho. De lui, la Rivières de la Vie conserverait le souvenirs de ses émotions et de ses connaissances. Sa mémoire.

Une mémoire que je sentais peu à peu affluer en moi, telle une marée montante. Des souvenirs et des sentiments, parmi lequel figurait beaucoup de colère et de haine, lesquelles avaient de multiples racines; mû par le désir vénéneux Sephiroth de se venger. De frustration et de rancœur, suite à la désillusion et à la trahison d'une entité qui n'avait rien d'une mère. Et enfin, l'amour. Un amour désespéré et douloureux, un amour qui n'en était pas un, car trop viscéral et puissant pour la simple humaine que j'étais et pour que les mots ne suffisent à le décrire.

Peut-on réellement être attaché à quelqu'un à ce point ? m'interrogeais-je, prise de malaise, devant une telle intensité d'émotions.

Une pensée inepte au vu de mon propre passé, de l'homme meurtri qu'était mon père suite au décès de ma mère, ainsi que ma propre douleur. Douleur qui aujourd'hui encore, me prenait à la gorge et me faisait désespérément courir sur une plage en plein rêve. Et comme souhaitant subitement la fuir, j'ouvris les yeux et me redressais sur les coudes, quittant définitivement les limbes du sommeil et des réminiscences.

Quelque peu désorientée, je remarquais alors que j'étais, non pas dans la chambre dortoirs que j'avais partagé avec Loz et Yazoo, mais dans celle au passage secret qui descendait dans les tréfonds du manoir.

Je fronçais les sourcils, puis alors que les secondes s'écoulaient lentement, je pris conscience de l'humidité de ma peau et des mèches de cheveux collées par la transpiration. Il en était de même pour le large tee-shirt dont j'étais vêtue. Machinalement, je repoussais les draps. Cependant, à la vue de mes jambes nues, je me figeais subitement.

Ces marques... Car sur mes pieds, mes tibias et mes mollets, étaient tracées des lignes blanchâtres, à peine visibles sur ma peau claire. Mais pourtant bien présentes, leurs aspect légèrement creusé trahissant leurs présences. Le plus étrange étaient leurs formes en stries, comme si ma peau, s'était déchirée. Semblables à des vergetures. Et elles continuaient de serpenter, sillonnant le long des cuisses pour disparaître sous le bas de mon tee-shirt.

«Qu'est-ce que... ? »

Sentant l'incompréhension m'envahir, j'observais alors mes mains, constatant la présence de ces mêmes lignes, qui me remontaient le long des poignets et des avants bras, se transformant parfois en grandes zébrures courbées.

Troublée, je sortis aussitôt du lit afin de trouver un miroir. Il en eut un dans la petite pièce jouxtant la chambre où se tenait une coiffeuse. Devant cette dernière, j'entrepris alors de me déshabiller, constatant avec désarroi la présence de l'enchevêtrement d'arabesques sinueuses qui me remontaient le long de la nuque et qui couraient le long du fil de ma mâchoire et de mes temps. Pire, je notais également l'éclat étrangement artificiel de mes yeux, rendant ce bleu foncé que j'avais hérité de mon père, d'un bleu à présent limpide et étrangement pâle.

Non, non non ! pensais-je de plus en plus effrayée par ce que je voyais.

Cependant, il n'en était rien face à ce que je découvris, une fois en sous-vêtements. Car je m'aperçus que les marques, ces cicatrices étaient en réalité semblables à un réseau sanguin, dont la sources prenait au creux de mes seins. Livide, je portais une main à ma poitrine, effleurant au travers de mon soutient-gorge, le point de ramification de toutes ces lignes. Je ne comprenais pas. Pourquoi mon corps était-il dans cet état ? Et mes yeux ? Qu'est ce qui s'était passé ? Ma confrontation avec Jenova avait-elle été aussi violente que cela ? Si violente au point de me laisser de telle séquelles ?

Bouleversée, je me mordis la lèvre inférieure. J'avais beau tourner et retourner mes mains, observer mon corps, et même fouiller dans ma mémoire cela ne répondait en rien à mes interrogations. Tout n'était que flou et réminiscences disparates, souvenirs d'une brûlure dévorante et de mes bras lacérés de lumières. De cette impression de flotter dans...

Kadaj.

Dans un sursaut, je me retournais vivement. Cherchant sa présence dans la pièce. En vain. J'étais seule. Toutefois, je savais que les apparences étaient trompeuses et qu'il était là. Présent mais invisible, se dissimulant dans l'ombre de la pièce. Je le sentais via un lien diffus, qu'il avait tissé et ancré désormais en moi.

« Kadaj...? » soufflais-je, renfilant hâtivement mon tee-shirt.

Il n'eut pas de réponse, seulement le silence. Toutefois sa silhouette émergea du coin le plus assombri de la pièce. Une silhouette à demi invisible, telle une illusion. Immatériel, car lorsque l'incarné s'avança, même les rayons de soleil qui perçaient la fenêtre lui passèrent au travers. Il n'était pas réel. Seulement une projection de lui-même. Déstabilisée cependant par son apparition, je ne pu m'empêcher de reculer légèrement.

« Qu'est ce que...? Comment est-ce tu... ?

- Je t'ai imprégné, Répondit d'une voix éthérée l'incarné, son regard de turquoise me fixant avec gravité. Comme l'a fait Sephiroth avec Cloud, tu es mon lien avec ce monde. De ce fait, de par notre connexion, je peux t'atteindre...

- M'atteindre ? » m'inquiétais-je aussitôt. Puis repensant à l'emprise qu'avaient eu Sephiroth et Jenova sur Cloud, je rajoutais: « Tu veux dire, me manipuler ?

- Non. Je ne peux avoir de prise sur tes pensées et tes désirs, répondit Kadaj, dans un froncement de sourcils. Il se détourna et avec impatience, se mit à déambuler dans la pièce. Seulement partager avec toi, mes souvenirs et mes connaissances. Ma volonté, sans pour autant que tu en soit influencée...Si cela devait être le cas, sache que ton esprit aurait besoin d'être brisé. Le doute, la colère et la souffrance sont des brèches de l'esprits par lesquelles il est facile de s'introduire. Et c'est ainsi que Jenova parvient à manipuler Sephiroth... »

À la mention de la Calamité des Cieux, je me sentis à nouveau déstabilisée, perdue. Entre incompréhension et frayeur. Mal à l'aise dans ce corps abîmé, que je ne reconnaissais pas, et qui me faisait subitement honte. Ce corps aux marques indélébiles, preuves de ma totale impuissance.

«Elle a faillit me tuer, me rappelais-je dans un murmure amer, les images de la veille me revenant en tête. Et j'ai été incapable de l'en empêcher, de la repousser...»

À ces mots, Kadaj s'immobilisa, ne laissant percevoir de lui que le profil de son visage. Lequel s'était subitement crispé, son regard fixant l'air avec dureté.

« Personne ne le peut, lâcha-t-il. Jenova excelle en l'art de la manipulation de l'esprit..

- Dans ce cas pourquoi tout ça ? m'exclamais-je avec un soudain emportement, empli de détresse. Pourquoi t'attacher à moi ? En quoi, cela va-t-il m'aider ?»

À cet instant, le mur de pierre au fond de la pierre émit un soudain déclic. Un bruit qui me fit ciller, me déstabilisant. M'arrachant un mouvement de surprise et bien plus encore : car Kadaj s'était comme soudainement volatilisé. Comme si son apparition n'avait été qu'un songe.

Troublée, je jetais alors un regard en direction du passage secret. Ce dernier était entrain de s'activer, et dans un raclement sourd, le pan de mur en pierre commença à coulisser lentement. Lorsque l'ouverture fut entièrement dégagée, j'aperçus alors la haute de silhouette de Loz se dessiner dans l'encadrement du passage.

À sa vue, un inexplicable tressaillement me traversa, me bloquant brusquement la respiration. Un soubresaut, du à l'avalanche d'émotions qui m'envahirent violemment, et je n'avais pourtant jamais éprouvé par le passé. Parasitant la culpabilité sourde et diffuse qui me nouait habituellement les entrailles face à Loz. Parasitant la détresse qui m'enserrait.

«En cela, notre lien va t'aider. À comprendre ...» résonna soudainement la voix de Kadaj dans ma tête.

Car l'argenté partageait tout, sans concession aucune, et alors que je dévisageais Loz, j'étais frappée de plein fouet par l'intensité de la connexion avec Kadaj, qui me permettait de percevoir le colosse d'une manière totalement nouvelle. En quelque secondes, ce fut si comme la relation de toute une vie venait d'éclore en moi, me donnant l'impression de connaître Loz depuis toujours. Une avalanche d'émotions brutale et sans filtres, si intense que cela en était presque trop, annihilant presque mes propres sentiments. Ainsi que mon identité.

Car tandis que le passage se renfermait dans son dos, Loz s'immobilisa, comme soudainement heurté de plein fouet par une force invisible. Le plateau qu'il tenait entre ses mains, chargé d'une seringue au liquide incolore, tomba au sol, répandu son étrange contenu. Le visage jusqu'alors impassible de l'incarné, devint subitement livide, ses yeux s'écarquillant dans une expression profondément troublée.

«Kadaj...? » murmura Loz, ébranlé.

Un murmure à peine inaudible, qui me pétrifia. Et plus encore son expression, car le colosse me dévisageait comme si j'étais une apparition irréelle, fantomatique.

Tu sera le miel qui attire les mouches, résonna la voix de l'incarné. L'hameçon qui les tirera loin de l'influence de Jenova. Tu prendra ma place.

«Non... » soufflais-je. Pas de cette manière là. Pas en le remplaçant. Je voulais rester moi-même, apprendre à les connaître. Apprendre à les aimer et à me faire apprécier en retour. Pas les manipuler de cette manière là.

Tu y sera obligée si tu veux survivre, souffla Kadaj. Les règles sont ainsi...

«Non !» m'exclamais-je.

Je repoussais la présence de Kadaj, fermant avec force mon esprit. Libérée de son influence, mes propre sentiments reprirent le dessus. De même que Loz, qui donna l'effet de se prendre une gifle au son de ma voix. Comme si l'illusion dont il était victime, venait de subitement s'estomper, me faisant reprendre à ses yeux ma véritable apparence. Troublé, le colosse fronça les sourcils et tandis que nous dévisagions, un silence pesant flotta alors dans la pièce, avant que le raclement sourd du passage secret ne résonna soudainement à nouveau.

Une seconde plus tard, le pan de mur coulissa et malgré la tension dans la pièce, me rappelant que j'étais vêtue uniquement d'un tee-shirt, je croisais les bras puis reculais de quelques pas. À temps puisque Sephiroth émergea à son tour de l'ouverture et entra dans la pièce d'un pas ferme, les pans de son manteau claquant contre ses jambes. Toutefois entendant des éclats verres crisser sous ses pieds, l'argenté s'immobilisa et baissa la tête, son regard de jade avisant le plateau ainsi ce qui restait de la seringue.

«Je...» commença Loz avant de s'interrompre brusquement, lorsque Sephiroth releva la tête avec contrariété dans sa direction. «Elle est réveillée...»

À ces mots, Sephiroth se tourna vers le lit, vierge de toute présence, puis arpenta la pièce du regard. Lorsqu'il me remarqua, plus en retrait, l'expression de son visage devint alors indéchiffrable. Sous son regard, l'angoisse sourde et diffuse que j'avais ressenti la veille m'étreignit de nouveau, sans que je ne parvienne à la dissimuler totalement. Toutefois, j'étais cependant soulagée de ne rien ressentir à son vis à vis. Comme si le lien qu'avait tissé Kadaj avait été sectionné, ne me permettant pas d'atteindre l'argenté.

« Comment te sens-tu ?» m'interrogea Sephiroth, me faisant malgré tout tressaillir.

Un mouvement involontaire qu'il remarqua, puis le sentant me dévisager et s'attarder sur les marques qui me couvraient la nuque ainsi que les avants bras, je ne pu m'empêcher de baisser la tête, plus tendue que jamais. Toutefois une foule de questions se bousculaient dans mon esprit. Questions que sembla deviner aisément Sephiroth au vu de la situation.

«Ton entretien avec mère a laissé quelques séquelles, déclara-t-il Comme tu t'en doutes, les marques sur ton corps en sont le résultat. Toutefois les dommages étaient tels qu'il nous a fallu te plonger dans la mako...»

À ces mots, je ne pu qu'acquiescer silencieusement. Cela confirmait donc mes inquiétudes, ainsi que de la violence de la confrontation. Et tout cela avait été visiblement prémédité, car sinon, ils n'auraient jamais pas pris la peine de remplir une cuve toute entière. Un fait qui ne fit que me troubler plus encore. Pourquoi ? Et puis...

« Combien de temps ? demandais-je finalement.

- Suffisamment longtemps pour réparer ton corps, répondit Sephiroth, impassible. Quelques jours...

Quelques jours ?! Ces mots me pétrifièrent. Choquée, je relevais finalement la tête, croisant son regard de jade, auquel les longues frangées de cil noir donnaient une intensité presque hypnotique. Il s'avança. Toutefois à son approche, je reculais d'un pas, buttant contre le chambranle de la porte. Sephiroth s'immobilisa, si proche qu'il lui aurait suffit de tendre la main pour me toucher. Un contact que j'appréhendais tout autant que la nouvelle foule de questions qui se bousculaient dans mon esprit.

« Combien de temps ? répétais-je. Combien de temps ais-je...

- C'est sans importance.

- Je veux savoir, insistais-je.

Combien de temps étais-je restée inconsciente, flottant dans cette cuve ? Je voulais savoir combien de temps j'avais perdu, et quel avait été les effets de mon immersions. Si je risquais d'avoir des effets secondaires et si oui, cela aurait-il une conséquence sur ma santé, ma mémoire ? Devant mon entêtement, Sephiroth fronça les sourcils avec dureté.

«Trois jours, déclara-t-il finalement. Mais cela n'aura aucune incidence sur ton organisme...»

À ces mots, une vague de soulagement me traversa. Toutefois, une interrogation demeurait.

«Qu'attendez-vous de moi ? »

La question avait fusé sans que je ne puisse la retenir. Une question remplie d'amertume, qui sonnait presque à mes lèvres comme une défaite. Car d'une manière ou d'une autre, j'étais piégée. Piégée à la fois par Jenova et par mon propre rôle.

« Tout te sera révélé le moment venu, répondit l'argenté, imperturbable. Pour l'heure, comme tu t'en doute, tu n'as guère le choix...»

Le choix. Malgré moi, je sentis l'ombre d'un rictus douloureux étirer mes lèvres. Décidément tout semblait ne tourner qu'autour de cela. Une répétition sans fin que je commençais à trouver d'une ironie mordante. Presque cruelle, puisque impossible à contrer et d'y échapper, n'y serait-ce que quelques secondes. Une fatalité pesante, dont l'amertume se refléta une fois encore sur mon visage.

«Donc en quelque sorte, murmurais-je sombrement, je suis votre prisonnière, votre otage ?»

Si Sephiroth ne répondit pas, le coin de ses lèvres s'incurvèrent légèrement. Un sourire imperceptible, qui valait toutes les réponses du monde.

« Exact» répondit-il malgré tout. Puis se redressant avec une sévérité toute militaire, il ajouta :« Il est donc inutile de te rappeler que chercher à t'enfuir ne te servirait à rien. Ta vie, aussi futile et misérable, est entre mes mains. Je me plairais à te briser si jamais tu essaies, ne serait-ce qu'une fois seulement, de me résister...»

Derrière lui, Loz sembla s'agiter, son visage n'exprimant rien d'autre qu'un étrange mécontentement. Je lui jetais un regard interrogatif, sans retour cependant. Je reportais alors mon attention sur Sephiroth.

«Et maintenant ?»

Qu'allait-il se passer ? Qu'allait-il faire de moi ? M'enfermer quelque part jusqu'à ce qu'il change d'avis ? Une question que sembla se poser également Sephiroth. Une seconde de silence flotta, durant laquelle, son regard de jade se plissa sous la réflexion.

«Tu vas venir avec moi, répondit finalement l'argenté.

- Où ça ?» demandais-je aussitôt.

Nouveau silence. Cependant, voyant Sephiroth esquisser un sourire en coin, je sentis une subite appréhension me gagner. À raison, car lorsqu'il me répondit - «Au réacteur...» - je sentis un froid subît m'envahir. Et face à mon expression interloqué, une ombre voila son visage, étirant de manière inquiétante son rictus. «...J'aimerais te montrer quelque chose» ajouta-t-il.

Aussitôt à ces mots, une multitudes d'images me traversèrent l'esprit. Images tirées des nombreuses cinématiques que j'avais tant de fois visionnées. Des images qui me firent pâlir. Et qui ne fit qu'accentuer mon malaise subit. Un malaise que perçut sans peine Sephiroth, la satisfaction emplissant clairement ses traits.


Accompagnée de Loz, je retrouvais la chambre de la veille. Yazoo y était absent et mais ne prenant guère le temps de m'y appesantir, je me dirigeais d'un pas vif vers mon lit, au pied duquel traînaient mes affaires. Sans surprise, je vis que mon sac avait été vidé et fouillé, les affaires remises en vrac.

Toutefois, je fronçais les sourcils, prenant conscience que lors de notre conversation, Sephiroth n'avait pas fait mention du mouchard. Jetant alors un coup d'œil en direction de Loz qui se tenait à l'extérieur de la chambre afin de me laisser un minimum d'intimité, je fouillais discrètement les poches de mon manteau.

Cependant à ma grande surprise, le petit boitier se fit sentir au travers l'épaisseur du tissus. Une présence qui m'arracha un discret soupir de soulagement, mais fit tout aussi bien naître un doute insidieux - étaient-ils réellement passé à côté ou bien l'avaient-ils laissé exprès afin de me piéger ?- qui ne fit qu'exacerber la vive inquiétude qui m'étreignait depuis mon arrivée. Sans compter que les mises en garde de Sephiroth ne cessaient de me tourner en tête, de même que l'étrange sourire face à son annonce d'aller au réacteur.

«Hé, dépêche-toi !» m'interpella soudainement Loz, me tirant brusquement de mes pensées.

Sans pénétrer pour autant dans la chambre, le colosse s'était immobilisé sur le seuil, me fixant d'un air inquisiteur. Une dureté qui s'adoucit néanmoins lorsque je me retournais vers lui, balbutiant avec maladresse une excuse tout en tirant de mon sac des affaires de rechange. Toutefois voyant que j'hésitais soudainement à ôter mon tee-shirt, ce fut à son tour de paraître subitement mal à l'aise.

«Tu...Tu voudrais pas te retourner ?» lui proposais-je alors avec tact.

Chose qu'il fit aussitôt, sans l'ombre d'une protestation. Une pudeur qui m'amusa quelque peu malgré-moi, mais percevant la raideur de ses épaules et l'étrange rougeur qui fleurissait sur ses joues, je jugeais bon de ne pas abuser de sa gêne et me hâtais alors de me changer. Cependant, profitant qu'il eut le dos tourné, lorsque je me saisis de mon manteau afin de l'enfiler, mes pensées revinrent au mouchard.

« Je veux que tu le prennes avec toi, m'avait expliqué Vincent. Histoire de savoir où tu es, pour venir te sortir de là en cas d'urgence. Active-le seulement quelques secondes lorsque tu seras auprès de Sephiroth … »

Je glissais ma main dans la poche intérieure mon manteau, frôlant la molette d'activation. Sentant sa rugosité, une foule de question traversa mon esprit ; devais-je vraiment faire cela ? N'étais-ce pas plutôt un piège ? - De qui ? m'interrogea une voix lointaine - Jenova, Vincent ; tout se mélangeait. Le doute. L'incompréhension. Que faire ? - « Je reviendrais » avais-je promis à Marlène et Denzel. Mon cœur se serra brusquement. - « Sois prudente, » fit Tifa en souriant - Leur avais-je vraiment menti ? Marlène, Denzel et Tifa ? Les avais-je vraiment trahi, ou étais-je sur le point de le faire à cet instant précis, alors que j'hésitais ?

Il va me falloir plus de temps, songeais-je en jetant un coup d'œil en direction de Loz. Et puis, est-ce que Vincent avait mit les autres au courant ? Leurs en avait-il parlé ?

« Elina, quoique tu choisisses de faire, je t'en voudrais pas, murmura Vincent. Au contraire, j'essayerai coûte que coûte de t'aider au mieux….

- Et Cloud ?

- Je m'en chargerai, » me rassura-t-il dans un sourire.

Le souvenir d'une étreinte. D'une soirée passée à rire, à échanger. Je soupirais, résignée. Je n'ai pas le choix. Ne pas leurs fait signe était les trahir définitivement. Et donner raison à Rufus. Ors pour réussir, j'avais besoin de leur confiance. De leur aide et de leur amitié. Et au vu des événements de ces derniers jours, je savais que seule, je n'y arriverais pas. J'avais besoin d'eux. Sur cette pensée, je pressais alors l'interrupteur.

Pour eux.