Les Ailes de Gaïa
Scribouilleuse : Shakes Kinder Pinguy
Genre : chronique historique, plus ou moins. Mythologie et prise de tête.
Rating : PG-13
Résumé : Des origines de Gaïa à Van et Hitomi, l'histoire de la planète créée par la volonté des hommes.
Disclaimer : Les personnages reconnaissables ne sont pas à moi, les autres oui.
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III. Renaissance : Origines Perdues7. De bien longs détours
La joie animait les rues de Pallas depuis plusieurs jours maintenant, décorées de banderoles, illuminées de lumière colorées, chacun riait, buvait, fêtait à sa manière la naissance de l'enfant de la reine, un petit garçon.
Le garde, sidéré, vit le jeune homme entrer dans la cour du palais, comme ça, impudemment,
presque en souriant ! Comment osait-il ? Par dessus tout, il arrivait par ici, près de la grande porte, avec assurance, comme si on allait le laisser entrer !
– Dis donc, gamin, lança le garde éberlué par son incroyable audace, qu'est-ce que tu fais par ici ? Ce n'est pas ta place !
– Je suis invité, répondit le jeune homme en souriant, sans se démonter.
Le garde faillit éclater de rire mais il aperçut l'emblème gravé sur l'épée que l'effronté portait à la taille. Il s'étrangla, se cassa en deux dans une révérence ratée et précipitée.
– Par… pardonnez-moi, votre Altesse ! balbutia-t-il, catastrophé. Je… je suis désolé…
– Ce n'est pas grave. Mais si vous pouviez vous décaler un peu, histoire que je puisse rentrer… ?
Le garde fit un bond de côté, faillit trébucher et regarda en tremblant entrer celui qu'il avait pris pour un homme du peuple. Il en frémissait encore. Confondre le roi de Fanélia avec un simple audacieux ! Mais aussi, quelle idée de s'habiller comme le commun du peuple !
Le roi Van Fanel entra sans se faire annoncer dans la salle de réception. Il n'y avait pas grand monde et il sourit en les reconnaissant tous. Il y avait bien sûr Dryden et Mirana, sa chère Elise, Allen, Cid et Merle, tous réunis autour du berceau de l'héritier astrien. L'ambiance semblait détendue, pour la première fois depuis longtemps. Van n'avait pas pu venir à la présentation officielle de l'enfant et il avait envoyé Merle et Allen à sa place, promettant de se libérer pour quelques jours après qu'ils pourraient passer ensemble, seulement eux, les plus proches, les « anciens ».
Son regard se posa sur Cid. Il avait vraiment grandi et faisait bien plus vieux que ses onze ans tout juste. Il ressemblait aussi plus que jamais à Allen et Van se demanda combien de temps encore ils arriveraient à garder le secret. Et surtout combien de temps avant qu'Allen se décide à parler à son fils.
Mirana semblait rayonnante, elle avait complètement perdu ses airs de jeune fille trop gâtée pour devenir une femme superbe. Dryden à côté d'elle, la regardait avec amour et fierté. Ils faisaient un couple si uni, malgré leurs différences.
Allen, près d'eux, contemplait l'enfant dans le berceau d'un air un peu pensif. Il n'avait pas fait repousser ses cheveux et il semblait plus jeune que ses vingt-six ans passés, mais il ne fallait pas se fier aux apparences. Allen était bien plus vieux que son âge. Ils étaient tous plus vieux que leur âge.
Même Merle, sa jolie Merle qui au contraire du général de Fanélia, avait laissé pousser ses beaux cheveux. Jolie Merle qui avait dû abandonner ses jupes courtes de petite fille pour de longues robes de jeune noble et passait son temps à s'en plaindre, jolie Merle qui regardait avec effarement ses courtisans se presser aux portes, humains comme hommes-animaux, et Van surveillait tout ça d'un œil jaloux de grand frère possessif. La beauté de la jeune fille chat faisait des vagues parmi toutes les races, même chez les Humains, d'habitude peu enclins à se « mêler » aux hommes-animaux. De plus, son statut auprès de Van la rendait encore plus fascinante.
Elise lui parlait. Chère Elise, qui souriait plus depuis quelques temps, paraissait plus insouciante. Elle semblait se défaire doucement du poids de son passé et Van se dit qu'elle ne mettrait plus très longtemps à se défaire aussi de ses lourdes boucles d'oreilles.
Van resta un instant à les regarder tous, un peu rêveur. Depuis combien de temps ne s'étaient-ils pas tous réunis ? Si longtemps, trop longtemps.
Un cri de joie le tira de sa rêverie et Merle se mit à courir vers lui.
– MAAAAAAAAAAIIIIIIIIIIIIITRE VAAAAAAAAAAAAAAAN !
Elle se jeta à son cou et Van eut un sourire attendri. Merle aurait bientôt dix-neuf ans, mais elle n'avait jamais réussi à se débarrasser de cette manie. Avec Van elle restait toujours la même, éternelle gamine. Ce n'était pas lui qui s'en plaindrait…
– Eh Van ! s'écria joyeusement Mirana. Tu es encore en retard ! Ah, j'oubliais que le pilote d'Escaflowne avait du mal à s'habituer à la lenteur si commune de nos vaisseaux !
– Et on dirait que tu ne t'es pas décidé à faire d'effort vestimentaire ! ajouta Dryden. Je me demande en combien d'exemplaires tu as cet ensemble ? Je crois que je t'ai toujours vu avec !
– Tu peux parler, toi ! rétorqua Mirana en jetant un coup d'œil à sa djellaba.
Tout le monde éclata de rire et bientôt, Van fut entouré de tous ses amis qui parlaient en même temps, se coupant la parole, riant.
– Eh ! protesta-t-il. Je suis là pour voir l'enfant de Mirana !
La jeune reine lui prit la main et l'entraîna, avec Merle qui ne le quittait pas, jusqu'au berceau où dormait un minuscule bébé.
– Je te présente Ryl Meirio Aston-Fassa, dit-elle en souriant.
– C'est un beau bébé, félicitations, déclara Van, sincère.
– Tout le portrait de son père, dit Dryden avec un sourire.
Merle roula des yeux.
– Ce que tu peux être prétentieux, rétorqua-t-elle, moqueuse.
Dryden lui fit un clin d'œil, avant de se tourner vers Van.
– Darth n'est pas avec toi ?
– Non, il a voulu rester à Fanélia.
– Et t'as pas peur de laisser ton pays aux mains de ce type ? plaisanta Dryden.
Il aimait bien Darth, qu'il avait rencontré en même temps que les autres quelques mois plus tôt. Mais c'était vrai que le jeune homme ne faisait pas vraiment parti de leur groupe d' « anciens ». Il se serait senti un peu à part.
Dryden prit sa femme par la taille.
– Dis-moi, princesse, on pourrait peut-être aller dîner, maintenant que Van est là ?
Mirana acquiesça et alla donner ses ordres.
Van s'assit le premier et fut bientôt entouré par Merle et Allen.
– Dîtes, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas été tous réunis ! lança Mirana. C'est quand, la prochaine fois ?
– Les 21 ans de Van, dans un mois ! claironna Merle, très fière.
– Tu vas avoir 21 ans ? s'étonna Cid. Je ne l'aurais jamais cru !
– Eh oui, fit Allen en souriant. Même Van atteindra un jour l'âge de raison…
– Et c'est vous qui dites ça, remarqua tranquillement Elise.
– Wouah, ça, ça fait mal, se mit à rire Merle.
Allen sourit à Elise et fit une révérence moqueuse de la tête pour lui montrer qu'il appréciait la réplique. Elise lui rendit son sourire et quelque chose passa entre eux, une complicité étrange, si peu habituelle entre ces deux-là, surtout de la part d'Elise qui restait relativement toujours froide avec l'ancien chevalier. Ce fut tellement fugitif que ça passa presque inaperçu. Presque. Mirana et Van observaient l'échange en silence, et leurs regards se croisèrent ; celui de Van interrogateur, celui de Mirana étonné. La jeune reine fit un geste rapide de la tête pour dire qu'elle ne savait rien et ils laissèrent passer l'évènement.
La conversation continua joyeusement sur ce sujet, puis d'autres. Van suivait sans vraiment participer. Il se sentait bien, là, au milieu de tous ses amis. Tous ses problèmes semblaient s'effacer, les rebelles zaïbachs qui continuaient leurs attentats, mais avec de plus en plus de précision et d'efficacité, les frictions aux frontières de Vidarus et Bazhram qui s'accentuaient, l'effondrement d'une mine d'énergist quelques semaines plus tôt, les récoltes fruitières qui s'annonçaient mal, le budget de la nouvelle armée qui n'était pas assez important, l'incendie qui avait détruit un quartier pauvre de Fanélia…
Le regard de Van s'évada par la fenêtre et se posa un instant sur la Lune des Illusions. Et comme si ça ne suffisait pas, il y avait ça aussi… Il donnerait n'importe quoi pour savoir ce qui pouvait bien troubler Hitomi comme ça.
– A quoi tu rêves, Van ? demanda Allen.
– Je pensais à Hitomi, répondit-il honnêtement.
Un grand silence se fit autour de la table. Comme à chaque fois que la jeune fille était évoquée, un malaise s'installait parmi eux. Dryden, sérieux comme ça lui arrivait rarement, se leva et tendit son verre.
– A Hitomi, dit-il, sans qui nous ne serions pas tous là aujourd'hui !
– A Hitomi ! répétèrent les autres en levant leur verre.
La conversation reprit prudemment sur un autre sujet et la soirée se termina tard, mais tout le monde finit par aller se coucher.
Van entra dans la chambre qu'on lui avait attribuée et s'accouda à la fenêtre. La soirée était belle et douce, mais un frisson de malaise s'empara soudain du jeune homme.
« Ça y est, pensa-t-il, ça recommence. »
Il serra les dents, accueillant en lui la terreur d'Hitomi. Il essaya de l'atteindre, de la rassurer, de comprendre pourquoi elle avait aussi peur. Il la sentait en lui comme un vent glacé, un hurlement silencieux et il aurait voulu faire quelque chose, mais comme à chaque fois, dès qu'elle réalisa sa présence, elle le repoussa violemment, s'enfermant dans sa peur, refusant de le laisser venir plus vers elle.
On frappa à la porte et Allen entra. Voyant l'expression du visage de Van, il demanda :
– Quelque chose ne va pas ?
– Hitomi, répondit-il, les dents serrées.
– Encore ? Toujours la même chose ?
– Oui.
Cette fois, l'inquiétude et la colère se montraient clairement sur le visage de Van. Il serra les poings et Allen garda prudemment le silence.
– Bon sang ! finit par exploser Van. Ça fait deux mois que ça dure, deux mois que j'ai à chaque fois l'impression qu'elle est en train de mourir, et elle continue à me rejeter ! Elle a pas le droit de faire ça, elle a pas le droit de me virer comme ça ! C'est insupportable !
Il serra les dents et se retourna pour prendre une inspiration. Il était furieux, furieux et blessé qu'elle ne le laisse pas l'aider, qu'elle le vire de sa vie, comme ça. Ils partageaient le même esprit, bon sang, c'était pas pour rien !
Et puis d'un coup, Van se trouva très hypocrite de penser ça et il se calma.
– Désolé, murmura-t-il.
– C'est rien, répondit Allen. Essaye de dormir, d'accord ? T'inquiète pas. Je suis sûr que ça va s'arranger.
Van acquiesça, perdu dans ses pensées. Allen, conscient qu'il avait probablement besoin d'être un peu seul, n'insista pas et sortit.
Van se passa une main fatiguée dans les cheveux. « Facile à dire, murmura-t-il. Mais qu'est-ce qui peut bien se passer ? »
Il secoua la tête et haussa les épaules avant de sortir pour rejoindre la bibliothèque. Elise était déjà là, à faire des gammes sur la sibylle. Elle sourit en le voyant entrer et Van lui rendit son sourire avant de retirer ses gants et de s'étirer. Enfin un peu de tranquillité…
– Fatigué ? demanda Elise.
– J'ai connu pire, répondit Van.
– Tu dis ça à chaque fois. Tu n'as aucun jugement…
– Eh, si tu as l'intention de m'insulter, je vais me coucher.
– Tu devrais, répliqua doucement Elise, et Van haussa les épaules.
La princesse astrienne retira ses boucles d'oreille et les posa sur une table avant de revenir s'asseoir près de Van qui pianotait distraitement une mélodie quelconque.
– Je vais demander à être libérée de mon serment, annonça calmement Elise.
Van leva les yeux vers elle et sourit.
– Il t'a fallu du temps, dit-il. Tu m'épouses ?
– Ne plaisante pas comme ça.
– Désolé.
Van ne demanda pas pourquoi elle s'était décidée. Il ne savait pas pourquoi elle les avait mises non plus, ça ne le regardait pas. Les boucles d'oreilles et le serment appartenaient au passé d'Elise, et Van plus que quiconque comprenait le besoin de laisser son passé sous silence.
Ils jouèrent ensemble, comme à chaque fois qu'ils se retrouvaient, et la musique résonna dans la pièce jusque tard dans la nuit.
¤¤¤
Allen sortit dans le jardin. La nuit était belle, mais encore fraîche. Les glaces venaient seulement de fondre au nord et si le printemps ne tarderait pas, on craignait encore quelques gelées, surtout en Fanélia où l'hiver avait été particulièrement rude. La petite Lune était pleine et elle éclipsait presque la Lune des Illusions qui semblait se fondre dans la nuit noire.
Finalement, le froid eut raison de lui et Allen rentra vers le palais, mais s'arrêta sur le seuil de la terrasse face à une petite silhouette dans un manteau, assise sur les marches qui descendaient au jardin. Allen et Cid se regardèrent quelques secondes, chacun détaillant chez l'autre les évidences de leur lien, puis l'ancien chevalier brisa le silence :
– Vous devriez aller vous coucher. Il est tard.
– En quel nom parlez-vous ? demanda doucement Cid, sans animosité.
– En celui du général de Fanélia, répondit Allen. J'ai renoncé aux autres il y a longtemps, et je n'en ai jamais eu certains.
Allen commença à monter les escaliers. Lorsqu'il fut sur le point de dépasser le petit Duc de Fleid, Cid éleva la voix, et pourtant elle était si basse, presque un murmure :
– Et si, moi, je vous en offrais un ?
Allen s'arrêta quelques secondes, puis recommença à monter.
– Rentrez dans votre chambre, dit-il seulement.
Cid serra les points et les dents, ferma les yeux avec presque de la détresse. Il s'était préparé à cette confrontation, il l'avait répétée des centaines de fois, il en avait parlé avec sa tante Elise, et certaines nuits, y penser l'empêchait de dormir.
Ça ne pouvait pas se finir comme ça !
Il se leva d'un bond, et, la voix oscillant entre rage et désespoir :
– Est-ce que vous me détestez ?
Allen s'arrêta de nouveau. Cid ne lui rendait pas les choses faciles. Il n'avait pas le droit de se donner le titre de père, et Cid ne se rendait pas compte de ce que ça impliquait pour lui. Il était le Duc de Fleid, et ça ne devait pas changer.
Mais la voix qui avait parlé n'était pas celle d'un duc. C'était celle d'un enfant.
Allen se tourna vers lui.
– Qu'attends-tu de moi ? demanda-t-il doucement.
– Je… je ne sais pas, murmura Cid, la tête baissée, découragé. Je… je veux juste…
Allen ne lui laissa pas le temps de finir. Cette voix, il la connaissait, ce regard, il le connaissait aussi. C'était un regard qu'il avait eu souvent, un regard que Van laissait transparaître quand il croyait que personne ne le voyait, un regard qu'Elise dissimulait derrière son apparence froide.
Cette solitude. Cette sensation d'être seul, de se battre contre des moulins à vents, cette envie de tout laisser tomber, de s'allonger et de dormir en espérant ne jamais se réveiller.
Allen se mit à genoux devant son… fils, oui, son fils, et le prit dans ses bras, le serra contre lui. Il ne le laisserait pas sombrer dans le même ravin qu'eux.
Peut-être qu'il n'avait pas réussi à sauver Van, et peut-être, réalisa-t-il soudain avec une nausée au creux du ventre, que qu'il avait "aidé" Elise à tomber aussi.
Mais il ne laisserait pas Cid se faire dévorer. Non.
L'enfant cacha sa tête blonde au creux du cou d'Allen et ses épaules se mirent à trembler. Il se mordit les lèvres et ferma les yeux très fort pour ne pas pleurer, mais les larmes qui lui serraient la gorge tombèrent toutes seules, et il s'accrocha à Allen, à son père, en sanglotant comme il ne s'était jamais permis de le faire, mais il n'était plus le duc de Fleid. Il était juste un enfant, un enfant qui découvrait soudain qu'il n'était pas seul, un enfant dans des bras qui le comprenaient, qui ne le jugeaient pas, qui n'attendaient rien de lui, ni force, ni efficacité.
Allen caressa les cheveux de Cid lentement, murmurant des mots apaisants, sentant naître au fond de lui une émotion qu'il ne connaissait pas.
Ou plutôt si.
Il n'avait pas su protéger Van. Il n'avait pas su protéger Elise.
Il n'avait pas su protéger Séréna.
Mais le premier qui toucherait à son fils le paierait cher. Très cher.
Il garda Cid dans ses bras longtemps, jusqu'à ce qu'il sente l'étreinte de son enfant se relâcher. Cid, épuisé, s'était endormi.
Un sourire tendre sur les lèvres, Allen se leva, son fils dans ses bras et rentra au palais. Devant la chambre du petit Duc, les moines-gardes virent arriver leur souverain avec soulagement, endormi dans les bras du général de Fanélia. Aucun d'eux ne manqua de remarquer l'étrange ressemblance qu'il y avait entre eux, mais ils ne dirent rien, ouvrirent la porte et laissèrent Allen entrer.
Il déposa son précieux fardeau sur le lit, borda Cid avec attention et l'embrassa sur le front tendrement avant de sortir.
Il lui restait encore quelque chose à régler.
Allen entra dans l'écurie, prit un cheval et sortit de la ville au galop.
Il était minuit passé lorsqu'il revint au palais. Tout était calme. Il traversa les couloirs en silence, jusqu'à arriver devant la bibliothèque.
Une musique s'en échappait. Une mélodie à quatre mains.
Allen s'adossa au mur et attendit.
L'amitié qui liait Elise et Van l'avait d'abord complètement pris par surprise. Qui aurait pu penser que la froide princesse et l'impulsif roi de Fanélia pourraient s'entendre ?
Allen avait eu besoin de comprendre. Et il avait découvert quelques temps plus tôt ce qui les liait : la musique.
Il savait bien sûr qu'Elise jouait de la sibylle. Mais entendre Van avait été un choc. Le jeune roi avait un toucher d'une sensibilité et d'une légèreté incroyable et Allen s'était souvent surpris à l'écouter jouer en cachette.
Il y avait quelque chose d'apaisant dans la musique de Van et c'était cet apaisement qu'Elise et lui trouvaient à jouer ensemble.
Lorsque la mélodie s'arrêta, Allen s'éloigna rapidement de la bibliothèque vers la chambre d'Elise.
Van et elle sortirent quelques secondes plus tard, l'air fatigué. Ils marchèrent ensemble quelques temps, puis le jeune roi s'arrêta devant une porte.
– Van ? appela Elise.
Sans répondre, Van ouvrit la porte sur une chambre illuminée par la petite Lune. Il y avait un grand lit au milieu, un balcon et une baie vitrée.
Des fleurs fraîches étaient posées sur le rebord de la cheminée. Van entra dans la chambre. Il y avait au-dessus de l'armoire un sac qui aurait paru bizarre à tout Gaïan. Sur la table de nuit, un étrange objet métallique était posé. Un discman, se rappela Van.
Il alla ouvrir la porte de l'armoire. Sur les étagères, un short rose et un tee-shirt blanc étaient soigneusement pliés.
Accrochés à côté, quelques robes qu'il ne connaissait pas, mais une autre, rose pâle, qui avait été déchirée à la moitié de la jupe, et recousue avec soin.
Van se tourna vers Elise qui s'était avancée un peu dans la chambre, une question au fond des yeux. La princesse regarda autour d'elle sans rien dire un instant.
– Mirana a voulu garder la chambre, dit-elle enfin. A chaque fois qu'elle trouve une robe qui pourrait plaire à Hitomi, elle la met dans le placard. Une femme de chambre s'occupe de la garder en état et de mettre des fleurs fraîches.
– Pourquoi ? demanda Van d'une voix calme.
– Elle est persuadée qu'Hitomi reviendra. Alors elle a gardé sa chambre au cas où.
Au fond de Van se trouvait toujours la peur d'Hitomi, la peur qu'elle essayait sans succès de lui cacher. Il ne dit rien, sortit de la chambre et referma la porte doucement. "Elle n'a peut-être pas tord" murmura-t-il.
Si Elise fut surprise, elle n'en fit rien remarquer. Ils se séparèrent là.
Elise, fatiguée, prit le chemin de sa chambre et s'arrêta un peu avant en découvrant Allen qui l'attendait devant la porte.
Ils se dévisagèrent en silence, et la princesse découvrit au fond des yeux de l'ancien chevalier céleste une lueur qui avait disparu des années plus tôt. Comme si quelque chose avait brisé les réserves d'Allen.
Elise ne bougea pas. Elle ne pouvait pas. "Allen" prononça-t-elle tout de même d'une voix qu'elle maîtrisa mal, tremblant d'une pointe d'espoir et de terreur.
Le même espoir et la même terreur qui se reflétaient dans les yeux d'Allen. Le jeune homme blond la dévisagea comme s'il était parti depuis des années et revenu que ce soir, qu'à cet instant. Son regard se porta sur les oreilles nues d'Elise.
– Je vais demander à être délivrée de mon serment, dit la princesse en explication.
Allen hocha la tête et le silence reprit. Puis le jeune homme blond s'avança jusqu'à se trouver tout prêt d'elle. Elise retint sa respiration.
Dans un geste prudent, Allen sortit de sous son manteau une couronne de fleurs rose pâle et la posa sur la tête de la princesse. Puis il recula d'un pas et s'agenouilla. "Je… je suis venu te demander pardon", dit-il d'une voix mal assurée, d'une voix d'enfant.
Elise ferma les yeux et se mordit les lèvres, un nœud dans la gorge. Les mots d'Allen, ces mots qu'elle avait attendu tellement longtemps, tellement longtemps qu'elle avait oublié qu'elle les attendait.
Est-ce que c'était trop tard, maintenant ? Est-ce que c'était trop tard pour pardonner, pour tout recommencer ?
Elise étouffa un sanglot et tomba à genoux, lançant ses bras autour d'Allen. Il la prit par la taille et la serra contre lui, demandant pardon sans discontinuer, les mains crispées sur sa robe. Elise ne pleurait pas, l'envie était passée. C'était comme si rien n'était arrivé, rien, ils ne s'étaient jamais éloignés.
Quelques minutes plus tard, tous les deux calmés, Elise se rendit compte que n'importe quel garde pouvait arriver et la trouver dans les bras d'Allen. Le général la sentit sourire contre son cou. "Qu'est-ce qu'il y a " demanda-t-il, intrigué.
Elle secoua la tête puis se redressa.
– Je voudrais aller me coucher, dit-elle.
Allen l'aida à se relever, puis prit son visage entre ses mains, la regardant droit dans les yeux.
– Comme avant ? demanda-t-il d'une voix hésitante.
– Oui. Mais ne recommence pas.
– Pro…
Avant qu'il ne finisse, Elise mit un doigt sur ses lèvres. "Plus de promesse;" murmura-t-elle. Elle l'embrassa sur la joue et se dégagea.
– Bonne nuit, Allen.
– Bonne nuit, Lise. Fais de beaux rêves.
Elise sourit et entra dans sa chambre, les yeux brillants d'une joie sans mélange. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait le cœur léger, l'envie de crier sa joie à tous les vents et elle rit doucement en imaginant la tête des gardes si elle le faisait. Mais elle s'en fichait.
Allen lui était revenu.
Devant la porte, Allen souriait comme un imbécile. Il n'aurait jamais cru qu'Elise lui pardonnerait si vite. Lise, sa Lise.
Comme elle lui avait manqué !
Maintenant, il ne restait plus qu'à la convaincre qu'il était assez mature pour faire des promesses. Des promesses qu'il tiendrait, cette fois.
Il s'éloigna, le cœur léger et plein d'espoir.
Le lendemain, une missive urgente arriva de Fanélia.
Un incendie s'était déclaré dans les cultures du sud, détruisant les récoltes.
¤¤¤
Fanélia, le soir même.
– Y'a plus rien, vot' majesté, fit un paysan, représentant les sinistrés. Y'avait déjà pas grand chose à cause des dernières gelées, mais là y'a plus rien du tout. Tout, pfuit ! parti en fumée.
Van tourna ses yeux glacés vers Iran, le conseiller Interne. Celui-ci lui tendit une feuille de rapport sur les événements.
– C'est un incident criminel, dit-il.
– Bazhram et Vidarus n'ont apparemment rien à y voir, c'est trop loin de la frontière, ajouta Kean, le conseiller aux Affaires Etrangères. C'est signé les rebelles zaïbachs.
La main de Van se crispa sur la feuille et son regard déjà glacé devint si dur que tous dans la pièce eurent un mouvement de recul, même Allen et Darth.
"Eh ben, vaut mieux pas l'énerver, le cousin" pensa l'Atlante, impressionné.
– Cinq villages de touchés, rapporta Iran, 133 hectares de cultures détruites, plus quinze hectares de forêts.
– Ça va êt' la famine, ça, vot' majesté, la famine, se désola le paysan.
– Il n'y aura pas de famine dans mon pays, rétorqua Van et sa voix rageuse était un ordre, un ordre donné aux Dieux, à lui-même, et tous ceux qui étaient dans la pièce le crurent.
Van prit une inspiration pour se calmer. Il se tourna vers l'Intendant royal.
– Litan, je veux la liste exacte des réserves de nourritures. Iran, annule les transactions internes d'énergist et travaille avec Kean pour les revendre en échange de nourriture et de nouvelles graines et autres plants. Voyez avec Astria et Chezario, Daedalus si c'est possible. Je veux les rapports demain soir dernier délai. Vous pouvez disposer.
Tous sortirent, sauf Allen et Darth. Van était resté debout, le visage dur. Le général de Fanélia s'approcha soudain à grands pas de lui, lui attrapa le bras pour le secouer.
– Ce n'est pas ta faute, dit-il d'une voix sèche.
Darth sursauta. Comment Allen…?
– Bien sûr que si, c'est ma faute, s'emporta soudain Van, toute rage dévoilée, les yeux brûlants de fureur contre… lui-même. C'est moi qu'ils visent ! C'est à moi qu'ils en veulent !
Brutalement, Allen donna un coup de poing à Van, le laissant complètement choqué.
– Tu sais pourquoi c'est à toi qu'ils en veulent ? demanda-t-il brusquement. Tu sais pourquoi ? Parce que c'est de toi qu'ils ont peur. C'est toi qui unit les Alliés, c'est toi qui empêche le chaos d'après-guerre, c'est toi qui protège les Zaïbachs, c'est toi qui sauve tout le monde, Jecha tout puissant ! Tu es un symbole, Van, et plus encore, tu es un symbole qui agit ! Est-ce que tu veux bien t'arrêter de t'en vouloir pour tout cinq secondes et te demander comment ça se fait que c'est toujours à toi qu'on vient ? A ta place, n'importe qui aurait perdu la tête, serait devenu complètement ivre de puissance, mais non, toi tu sauves Gaïa d'elle-même presque tous les jours en empêchant les Alliés de se battre et pourtant tu t'en veux parce que tu n'as pas su empêcher un incendie ! Tu ne peux pas tout faire, Van !
– Je…
– Van, regarde-toi ! Depuis la fin de la guerre, tu te consacres uniquement à protéger Gaïa et Fanélia. Regarde-toi, bon sang ! Je ne t'ai jamais vu aussi maigre, aussi pâle, aussi fatigué ! Va te reposer ce soir. Essaye de vider ta tête de tout ça.
– Je n'ai pas le temps, rétorqua Van, habitué à cette conversation.
Ce n'était pas le première fois qu'Allen lui faisait la morale.
– Tu as des conseillers. Le principe c'est qu'ils te soulagent un peu. Tu peux dormir une nuit, ça ne va pas être la fin du monde !
– Une journée hors de Fanélia a suffi pour mettre le pays au bord de la famine !
– Ce n'est pas en te tuant que tu vas changer quoique ce soit ! Les gens ont besoin d'un héros, Van ! De quelqu'un qui leur donne confiance, d'un type en bonne santé avec un sourire heureux ! Pas d'un homme maladif avec des cernes de trois kilomètres !
– Je suis pas un héros ! Je suis un roi et j'ai pas que ça à faire ! C'est même pas moi qui ai tué l'autre cinglé !
– Et alors ? C'est toi qu'ils ont vu ressortir de la citadelle ! Ce sont tes ailes qui ont arrêté le combat ! Tu parles d'une malédiction !
– Pour une fois je suis d'accord avec la perruque blonde, intervint Darth qui avait assisté à l'échange avec stupéfaction. Va te coucher et dors. Tu nous flanques tous la trouille avec ta tête de vampire.
– Van…
Le jeune roi leva les yeux pour croiser le regard suppliant de Merle. Il ne l'avait pas entendue entrer. La jeune fille-chat posa une main sur son bras.
– Van, s'il te plaît, dit-elle. Dors. Va te coucher.
– Merle…
– S'il te plaît.
Van eut un soupir vaincu et sortit de la salle du trône avec Merle. Allen le regarda disparaître, soucieux. Sans Merle, Van n'aurait jamais accepté d'aller se coucher, et il le savait.
– Il a toujours été comme ça ? demanda Darth.
– Il s'est toujours consacré à tout sans se soucier de lui-même, répondit Allen. Van n'est pas assez égoïste.
– Je ne suis pas d'accord, rétorqua l'Atlante. Van est la personne la plus égoïste que j'ai jamais rencontrée. Tout ce qu'il fait, c'est pour lui qu'il le fait. Van ne supporterait pas une nouvelle guerre. Conclusion, il défend Gaïa becs et ongles. Van aime Fanélia plus que tout, c'est pour ça aussi qu'il la protège. Van fait tout par amour. Pour ne pas perdre ce qu'il aime. Il mourrait pour sa cause juste parce que sinon il souffrirait trop.
Allen tourna les yeux vers Darth, pour la première fois sans animosité.
– Si tout le monde était égoïste comme lui il l'est, dit-il doucement, tout serait tellement plus simple.
Puis il sortit. Darth tourna les yeux vers la fenêtre et laissa son regard se perdre à l'horizon.
– Si les Dieux Dragons voulaient que Van gouverne Néo Atlantis, il ne le laisserait pas aimer Fanélia à ce point, murmura-t-il.
Il ferma les yeux. Est-ce que… est-ce que moi j'aurais la force de préférer souffrir pour protéger que souffrir de perdre ? Est-ce que moi j'aurais la force de tout donner comme il le fait ? Je ne voulais pas régner sur Néo-Atlantis parce que je refusais d'être le substitut de Van. Mais maintenant… je réalise que de toute façon je n'en suis pas capable.
Et pourtant… je ne pourrais jamais arracher Van à Fanélia. Je ne veux pas qu'il haïsse Néo-Atlantis autant qu'il aime Fanélia.
Je ne veux pas qu'il souffre.
Pardon, tous. Pardon Maman, Papa pour ne pas avoir la force de continuer votre croisade pour ramener le Dragon. Pardon Grand-Mère pour ne pas avoir compris plus tôt.
Van restera à Fanélia et je…
Je crois que moi aussi.
¤¤¤
Mi-août, Lune des Illusions.
Tout était sombre autour d'elle. Juste deux bougies brillaient dans le noir. Puis une femme se détacha de l'obscurité et s'avança vers elle.
– Non ! fit Hitomi en reculant. Laissez-moi ! Vous n'avez pas le droit…
– Le droit de quoi, Hitomi ? Je veux juste t'aider… Ecoute, la planète t'appelle…
– Je n'ai pas besoin de votre aide… Je n'ai besoin de l'aide de personne…
Hitomi se mit à pleurer.
– Je vous en prie… Laissez-moi…
Varie posa une main douce sur la tête de la jeune fille, mais Hitomi recula brutalement, elle voulut faire demi-tour, et alors quelque chose de glacé lui serra soudain la gorge.
– Ssssorcière… Assssssassssin…
La jeune fille poussa un cri de détresse et se replia sur elle-même, les genoux ramenés contre sa poitrine, alors que le Morph s'approchait d'elle, à peine gêné par la présence de Varie.
– Hitomi, laisse-moi t'aider, appela Varie. Ou laisse Van venir à toi !
– Laissez-moi… Je vous en prie, allez vous en… tous…
– Sssorcière… Tout est de ta faute… depuis le début… Tu m'as tué, meurtrière…
Hitomi sentit le froid glacé l'envahir et elle tomba sur le sol, claquant des dents de terreur.
– Ce n'est pas vrai, murmura-t-elle. Je… j'ai essayé de vous sauver…
– Meurtrière…
– Ce n'est pas vrai…
Gaïa.
Van se réveilla en sursaut, absorbant tout l'air qu'il pouvait. Il avait l'impression d'être complètement gelé. Après avoir récupéré un peu, il fronça les sourcils, rageur, et cette fois bien décidé à ne pas se laisser faire.
Il ferma les yeux, chercha l'esprit d'Hitomi. Il ne rencontra que peu de résistance à sa grande surprise, elle semblait trop faible et trop terrifiée pour se défendre.
Van perdit conscience.
Lorsqu'il ouvrit les yeux, la première chose qu'il vit fut l'esprit terrorisé d'Hitomi. Au dessus d'elle, un Morph. Ce Morph. Il le reconnaissait. C'était celui qui avait prit l'apparence de Plactos lors de leur séjour à Fleid pendant la Guerre du Destin.
Autour d'eux, sa mère.
Varie Fanel cherchait à entrer les défenses d'Hitomi pour la sauver du Morph. Van ne chercha pas à comprendre plus. Il courut vers Hitomi et poussa le Morph. La jeune fille leva les yeux vers lui.
– Dis-lui que ce n'est pas vrai, Van… Dis-lui que ce n'est pas vrai…
– Meurtrière ! hurla le Morph fou de rage.
Hitomi se redressa doucement et Van se plaça devant elle. Elle eut immédiatement un sentiment de sécurité agréable. Van était venu la sauver, Van la protégerait. Le Morph ne pouvait rien contre elle.
– Ce n'est pas un fantôme, dit Van calmement. C'est un souvenir.
– Un souvenir ? murmura Hitomi.
– C'est toi qui le crée.
Van jeta un coup d'œil vers sa mère qui ne bougeait pas.
– Maman est un fantôme, dit-il. Le Morph n'est qu'un assemblage de souvenirs et de peurs. Il n'y a que toi qui peut le supprimer.
Sa peur ? Au fond d'Hitomi, il y eut un vague souvenir, une voix qui lui parlait de peur, de père, d'enfant et de créateur.
Mais elle n'avait plus peur. Van était là, et il avait dit que le Morph n'était rien. Rien du tout. Elle regarda son persécuteur dans les yeux, et le Morph hurla. Il y eut comme une implosion, puis plus rien. Il ne restait que Van, Varie, et elle.
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Au hurlement de rage de Sora, Morpheus entra précipitamment dans le laboratoire. Estrellya serrait l'enfant furieux contre elle, murmurant des mots apaisants.
– Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Morpheus.
– La Fille a réussi à se débarrasser de sa peur.
– Plutôt une mauvaise nouvelle, non ?
– Pas spécialement. Le Dragon est intervenu. Ça veut dire qu'ils ne vont pas tarder à se réunir. Nous n'avons plus qu'à attendre.
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Ignorant sa mère, Van ne tourna vers Hitomi. Bien sûr, ce n'était pas vraiment elle qu'il voyait. C'était juste son souvenir.
– Je suis désolée de t'avoir dérangé, dit-elle en baissant les yeux.
– Tu aurais dû me laisser intervenir plus tôt.
Elle ne répondit pas.
– D'où ça venait ? demanda encore Van.
– Je ne sais pas, répondit Hitomi.
– De l'extérieur, intervint doucement Varie. Ils ne s'arrêteront pas là. La Planète t'appelle.
Van regarda sa mère en essayant de rester impassible.
– Encore une histoire de Destin ? demanda-t-il d'une voix agacée.
– Tu n'as pas fini, répondit Varie en le regardant. Tu dois la protéger.
– Je ne… commença Hitomi.
– Gaïa t'appelle, répéta Varie avec patience. Tu t'es réveillée à toi-même et Gaïa te rappelle.
– Tory, murmura la jeune fille.
– Oui. Si tu ne laisses pas Van te protéger tout recommencera comme la première fois.
Van n'était pas sûr de tout comprendre. Tory… C'était presque un nom familier, comme un souvenir très lointain.
– Je te protégerai, tu le sais, dit-il à Hitomi qui eut un mouvement de rejet.
Puis elle hocha la tête.
– Je ne ferais rien pour revenir, dit-elle. Si Gaïa me rappelle, Elle me ramènera d'Elle-même.
Van haussa les épaules.
– Je vais préparer ton arrivée, dit-il.
Puis il disparut.
Hitomi se réveilla calmement. L'aube pointait à travers les rideaux. Hitomi se leva sans faire de bruit et alla se changer. Elle enfila un jean et une chemise blanche, mit ses tennis. Sur la table du salon, elle prit une feuille de papier et écrivit à Yukari qui devait passer plus tard dans la matinée. Elle ne lui expliquait pas tout, juste qu'elle devait repartir. De ne pas s'inquiéter. Que tout irait bien.
Puis elle se rallongea sur son lit et ferma les yeux. Elle s'était à peine rendormie que la colonne de lumière apparut de nulle part, l'enveloppa dans sa lueur bleue, et Hitomi disparut de nouveau de la surface de la Terre.
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Fanélia.
Accoudé au balcon, Van sursauta soudain. "Elle est là" murmura-t-il.
Mais pourquoi avait-elle atterri si loin ?
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Néo Atlantis.
"Les Yeux Mystiques, murmura Aniltha avec émotion. Les Yeux Mystiques est revenue… Seigneurs Dieux Dragons, merci… Merci…"
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Frontière de Zaïbacher et d'Astria.
"Elle est là, fit Estrellya avec une lueur inquiétante dans les yeux. Enfin. Je savais qu'elle viendrait. Maintenant, on va pouvoir s'amuser."
Morpheus soupira, peu emballé. Il avait un très mauvais pressentiment.
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Zaïbacher.
– Qu'est-ce que c'est que ce truc ?
Daryan fixa avec des yeux ronds la lumière bleue venue du ciel, au centre du palais en ruine de la capitale de Zaïbacher. Ça ne dura que quelques secondes, puis elle disparut comme elle était arrivée.
Après un instant de stupéfaction, Daryan partit en courant vers le palais, traversant les couloirs en ruine, sautant au dessus des débris avec agilité. Même depuis le temps, il n'y avait pas de végétation. Zaïbacher était une terre maudite où rien ne poussait.
Il arriva enfin dans l'ancienne salle du trône, le cœur battant. Cette lumière bleue… Comme tout le monde il en avait entendu parler. Comme tout le monde, il savait ce que ça voulait dire. Et si… et si…
Il regarda autour de lui, puis son regard tomba sur ce qu'il restait de la Sphère du Bonheur Absolue, une sorte de coquille d'œuf brisée.
Il grimpa agilement le long des machines rouillées, avant d'en atteindre le sommet. Au creux de l'ancienne Sphère, il y avait une jeune fille d'une vingtaine d'années, aux cheveux courts. Elle portait un pantalon de grosse toile bleue, d'étranges chaussures et une chemise blanche. Elle dormait.
Et si c'était… et si c'était…
Daryan, fasciné, la regarda quelques instants avant de tendre le bras pour la réveiller doucement. Mais il ne l'avait même pas touchée que les paupières fines frémirent, puis elle ouvrit les yeux.
De grands yeux d'un vert émeraude peu commun, un vert émeraude de légende. La Fille de la Lune des Illusions. Une légende.
"Bingo", murmura Daryan.
(à suivre)
