Chapitre XIX
Cela faisait plus de deux semaines qu'Harry était revenu de Haverhill. Après leur escapade dans la neige, il était retourné se reposer, les contrecoups de l'attaque se faisant sentir. June avait dû se passer de sa présence durant une bonne semaine mais elle n'en été pas fâchée car les mots du jeune homme lui restait en tête comme une chanson qu'on se passe en boucle.
Lorsque sa convalescence fut enfin terminée, la nouvelle année avait commencé et ils s'étaient retrouvés pour une leçon de piano faites d'œillades et de sourires en coin. L'après-midi même, alors que le Lord était parti régler une quelconque affaire, ils avaient accouru à la pièce secrète pour laisser éclater leur rire et s'aimer sans détours. June n'avait jamais été aussi heureuse. Elle se surprenait à sourire pour un rien, relisait des romans d'amour qu'elle avait trouvé mièvre mais qui semblait maintenant la connaître par cœur. Ce n'est que lorsqu'elle pensait à l'avenir que son visage s'assombrissait. Son imagination l'avait poussé à imaginer des façons de délivrer Harry mais aucune ne tenais la route, aussi parfois se laissait-elle aller à imaginer une mort subite du Lord et une happy ending pour Harry et elle. Harry aussi devait y penser car elle l'avait surpris avec un regard sombre quelques fois. Plus encore deux jours auparavant où il avait annulé leur rendez-vous, le Lord désirant sa présence.
Mais tout cela n'avait pas d'importance. Elle venait à peine de bruler un mot de sa part lui donnant rendez-vous dans leur QG secret et c'était tout ce qui comptais vraiment.
A l'heure dite, elle se rendit dans la petite chambre où Harry l'attendait déjà, assis sur le lit. Elle lui lança un sourire mais il ne lui rendit pas. Fronçant les sourcils elle s'approcha :
- Qu'est-ce qu'il y a ?
Il soupira légèrement.
- Il faut qu'on parle.
Elle s'assit à ses côtés.
- Oula. On dirait une phrase de rupture.
Il tourna la tête, et June s'inquiéta :
- Harry ?
- J'ai beaucoup réfléchi June…
Il fuyait son regard.
- J'ai beaucoup réfléchi…
- A quoi ?
- A nous. Je ne pense pas que ça puisse marcher. Il faut qu'on arrête.
La jeune femme sentit son cœur loupé un battement.
- … Pourquoi dis-tu ça ?
- C'est trop dangereux. Si le Lord nous découvrait…
- Je n'ai pas peur du Lord.
Il se leva prestement, s'éloignant d'elle tandis qu'elle le suivait du regard.
- Je pense à mes amis. Il pourrait s'en prendre à eux.
- Il ne saura pas Harry, nous serons discrets ! Il faut réfléchir à un moyen…
- De quoi ? S'enfuir ? Le tuer ? Je n'ai pas de baguette et si je m'enfui c'est toute la communauté magique qui sera plongée dans le chaos !
- Mais…
- Non. Il faut que ça cesse. Ça ne vaut pas le coup.
Les mains de June étaient moites et gelées. Une boule lui enserré la gorge. Ça n'allait pas.
- Le coup ? Notre amour ne vaut pas le coup ?
- Amour…
Elle se leva, presque tremblante :
- Oui, amour Harry !
- Je… Je ne suis pas sûr de t'aimer…
June ouvrit la bouche mais aucun son n'en sorti.
- J'étais tellement heureux de sortir d'ici, de découvrir de nouvelles choses. Une nouvelle personne. Mais, la vérité c'est que, je ne pense pas que ce soit toi que j'ai aimé. C'est l'idée de toi.
- Tu… tu n'es pas sérieux ?
Harry ne répondit pas, mais il la regarda et son regard était vide. Vide de tout amour pour elle. Elle retint un sanglot.
- Tu ne peux pas dire ça ! Pas après tout ce qu'on a vécu !
- Je suis désolé.
- Non ! Tu mens ! Tu as peur je comprends mais ensemble on peut y arriver !
- … Je ne veux plus être avec toi. C'est trop… Compliqué. Non… ça ne vaut pas le coup.
June sentait les larmes sur ses joues, sa gorge était douloureuse, Harry la regardait mais ne la voyait pas.
- Harry… S'il te plait… S'entendit-elle dire.
Il soupira, baissa les yeux puis plongea son regard vert dans le sien et lâcha comme un couperet :
- Retourne chez toi June. Adieu.
Puis il fit volteface, et sorti.
June se laissa tomber sur le lit et laissa libre cour aux émotions trop fortes qu'elle ressentait.
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Harry sortit de la pièce secrète, le regard vide. Il se hâta, ne voulant pas traîner dans les couloirs et entra dans une grande pièce aux murs couverts de livre et où trônait un magnifique bureau en acajou massif. Le bureau du Lord. Il ferma derrière lui et avança lentement jusqu'à un miroir fixé de l'autre côté de la pièce. Il observa son reflet.
Et il sourit.
Il sourit lorsque ses pommettes devinrent plus anguleuses sur son visage qui s'allongeait. Il sourit lorsque sa bouche s'affina et ses cheveux raccourcirent et bouclèrent. Il sourit lorsque de verts ses yeux passaient au noir. Et alors que ses vêtements se faisaient trop petits, il sourit au reflet de Lord Voldemort qui le lui rendit bien.
OoOoOoOoOoOo
Harry se rendait à sa leçon de piano, tentant de contrôler son impatience. Il aurait aimé voir June hier mais hélas le Lord l'avais envoyé au Ministère parler au Premier Ministre du cas Haverhill, lui-même étant occupé à pacifier la situation avec un Chef de famille vampire proche de celui exterminé le soir de l'attaque. Qu'importe, il allait la voir et rien ne valait ces moments. Cela lui faisait même oublier l'avenir et pour une fois, c'était une chose auquel il n'avait pas du tout envie de penser ses derniers temps. Le présent était trop bon.
Il entra dans la salle de musique et fut étonné de constater que June n'était pas encore arrivé, c'était toujours elle la première habituellement. Il s'assit donc au piano en attendant, jouant quelques notes les yeux fermé, rêvassant. Mais alors qu'il finissait un morceau ressemblant vaguement à celui que June lui avait joué il s'interrogea sur son retard de près de dix minutes déjà. Après avoir attendu dix de plus, il s'inquiéta et décida d'aller frapper à sa porte. Cependant après s'y être rendu et avoir frappé plusieurs fois, il se décida à entrer.
La chambre été vide, le lit fait, la penderie ouverte et juste décorée de cintres. L'inquiétude le gagna définitivement et il se rendit jusqu'au bureau de Voldemort, avant d'y frapper, il prit le temps de se constituer un visage neutre et se lança. Il entra sous l'invitation du Lord qui comme à l'accoutumé étant plongé dans des papiers disposé devant lui.
- Que désires-tu ?
- J'attends depuis un bout de temps ma leçon de piano. Où est Miss Leroy ?
Voldemort claqua la langue d'agacement.
- Il semble que cet idiot d'elfe de maison est oublié de te prévenir. Miss Leroy est rentré chez elle, tu auras un nouveau professeur dès la semaine prochaine.
Harry n'en cru pas ses oreilles un instant. Rester sans expression lui demanda toute la force qu'il avait acquise ses dernières années dans l'art du camouflage.
- Rentré ? Je croyais qu'elle devait rester jusqu'en septembre ?
- Elle devait. Mais elle m'a dit avoir des choses à régler en France.
- Des choses à régler ?
Voldemort fit mine de chasser une mouche, agacé.
- Oui, je n'en sais rien, je n'ai pas insisté. Des professeurs de musique ce n'est pas ce qui manque. Le nouveau que j'ai engagé à environ ton âge aussi donc ne craint rien, ce ne sera pas un vieil acariâtre.
Harry resta figé un instant puis se ressaisit et s'excusa avant de sortir. Son cœur battait la chamade, et une sueur froide coulait le long de son dos. Un instant il fut perdu puit parti presque en courant vers la chambre de Draco. Il tambourina jusqu'à ce que le jeune homme, les sourcils froncés du vacarme vienne lui ouvrir.
- Harry peut-on savoir… ?
- C'est bien vrai ? June est parti ?
Malfoy changea d'expression et le fit entrer. Il ferma derrière Harry et pris une inspiration comme si cela lui coûtait de parler.
- Oui. C'est vrai.
- J… Je ne comprends pas. Pourquoi ? Elle te l'a dit ?
Draco acquiesça.
- Elle m'a dit… que c'était trop dur de rester ici. Que ça lui faisait trop mal et que…
- Que quoi ? Murmura Harry, la voix cassée.
- Qu'elle ne voulait plus entendre parler de toi. Elle a dit que c'était fini.
Harry se figea. Draco lui parla, surement pour lui demander si ça aller, mais il ne l'entendit pas, il sortit et marcha jusqu'au parc, jusqu'à l'endroit où, à Noël, ils avaient ris ensemble, s'étaient embrassé. Là où il avait été heureux. Il s'agenouilla dans l'herbe humide de pluie. Et pour la première fois depuis une éternité, il pleura. Il n'était même pas en colère contre elle. Il n'y arrivait pas. Il sanglota, se gifla d'être si faible, d'y avoir cru, de l'aimer encore. Elle n'avait pas pu supporter tout ça, comment le lui reprocher ? Elle était partie, c'était mieux pour elle. Mais il avait beau se le répéter, encore et encore, il pleurait quand même, et il voulait qu'elle revienne et il se haïssait d'aimer et quand il pensa à l'avenir, il ne vit plus rien, hormis les ténèbres.
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June marchait dans les rues de Paris. Il faisait beau pour un mois de Janvier. Froid mais beau. Elle arriva finalement devant un immeuble haussmannien. Un jeune homme l'y attendait.
- Bonjour June.
- Bonjour Quentin…
- On y va ?
Elle lui sourit doucement et le suivit.
(à suivre…)
