-"Tu vas mourir sale Sang-de-Bourbe, ainsi que ton enfant impur !"

Adrien vit Hermione sourire en posant sa main sur son ventre. Soudain son coeur rata un battement, elle ne pouvait pas être enceinte ! Si c'était le cas, était-ce de lui ? A la perspective que la femme qu'il aimait plus que tout portait son enfant, le jeune homme ne put s'empêcher de se sentir heureux. Il tourna la tête vers Harry Potter : celui-ci ne semblait pas avoir compris, il regardait la jeune fille, la bouche légèrement ouverte. Cependant, le souffle d'Adrien se coupa net et son bonheur se volatilisa subitement quand il vit Bellatrix dans l'ouverture de la pièce, elle pointait sa baguette sur Hermione, ses yeux trahissant toute sa folie et ses lèvres toute sa haine pour la jeune fille.

-Avada Kedavra !

Un jet vert d'une incroyable rapidité traversa la pièce et toucha de plein fouet le ventre d'Hermione. Adrien lui avait crié de toutes ses forces de s'écarter mais c'était trop tard, le corps de la fille qu'il aimait était étendu sans vie sur le sol ; sa longue chevelure formant en halo autour de son doux visage. Sa main était toujours posée sur son ventre, tel avait été son dernier geste.

Quand le corps de la jeune femme atterrit sur le parquet en un bruit mat, Voldemort baissa les yeux vers elle, que venait-il de se passer ? Comprenant soudain l'horreur de la situation, il poussa un hurlement plaintif à vous déchirer le coeur et tomba à genoux à côté d'Hermione. Les yeux écarquillés, il frôla sa joue du bout de ses doigts, c'était impossible, pas elle ! Envahit par une immense tristesse, il laissa sa tête se poser sur la poitrine désormais inerte de la jeune femme. Etait-ce là sa punition pour tout le mal qu'il avait fait ; la mort qu'il avait toujours redoutée et narguée était venue lui faucher sa raison d'être. Se moquait-elle de lui désormais, dans sa longue cape noire, emportant son Hermione loin de lui. Il avait eu l'audace de la défier, il en payait à présent les conséquences.

Adrien voulut s'approcher d'Hermione mais fut pétrifié quand il vit son maître pleurer sur son corps éteint, comment cela était-il possible. Cet homme qui prônait l'extermination des nées-Modus, se lamentait tel un enfant sur la poitrine immobile d'une jeune fille d'origine moldue. Sentant son coeur se serrer, il se souvint soudain qu'elle était partie et laissa sa tristesse le submerger en tombant à genoux à quelques mètres d'elle. Il était venu la sauver le coeur plein d'espoir et de conviction et pleurait désormais sa perte.

Harry était le seul encore debout, que venait-il de se passer. Hermione ne pouvait pas être morte, c'était impossible, pas après l'avoir enfin revue. Soudain, ses mains de mirent à trembler ; se rendant compte de l'atrocité de la scène, il sentit sa gorge se serrer et ses yeux devenir humides. Le regard troublé par les larmes qui refusaient de couler, comme pour retenir loin de lui cette terrible vérité, il regarda Voldemort appuyé sur le corps de sa meilleure amie. Subitement, celui-ci se redressa et lança un regard noir dans sa direction. Harry crut d'abord que ce regard assassin lui était destiné mais se rendit vite compte que le Seigneur des Ténèbres fixait de toute sa haine un point se trouvant derrière. Suivant la trajectoire de son regard meurtrit et meurtrier, Harry eut la désagréable surprise de voir Bellatrix Lestrange dans l'ouverture de la pièce. Celle-ci serrait fortement sa baguette magique entre ses doigts squelettiques et semblait sur le point de s'enfuir en courant.

Voldemort se redressa et enjamba la débouille de sa raison d'être en sortant sa baguette magique. Il allait détruire l'instrument de la faucheuse qui, trop lâche, s'était servie de cette femme ravagée par la folie pour exécuter sa vengeance.

Quand elle vit son maître approcher, Bellatrix eut un éclair de lucidité et son instinct de survie lui hurla de partir. Sans plus attendre, elle fila dans le couloir sombre de la demeure Jedusor.

En un cri de pure rage, Tom la suivit dans le trou du mur.

-Endoloris.

Sa voix grave raisonna dans le long couloir vide et fut suivie par un bruit mat : Bellatrix se tordait désormais de douleur sur le carrelage poussiéreux et froid, maculant par la même occasion sa longue robe de faucheuse de traces grises. Très vite, Voldemort la rejoignit et la regarda convulser à ses pieds. La souffrance de la femme n'effaçant en rien sa douleur d'avoir perdu Hermione, il stoppa son geste et l'observa pendant qu'elle essayait de se redresser.

Voyant qu'elle était dos au mur, Bellatix prit la parole de sa voix suraiguë.

-Maître, je n'ai fait ça que pour votre bien, cette fille vous manipulait.

Voldemort tiqua devant la réplique de cette folle et son coeur se serra quand il revit en un flash le corps d'Hermione sur le sol de ce bureau maudit.

-Avada Kedavra

Voldemort avait pointé sa baguette en direction de Bellatrix et prononcé le sortilège de mort d'une voix lasse et triste qui n'avait été qu'un murmure. Quand il vit le corps désormais mort de Bellatrix, il n'en éprouva aucune joie, ni aucun soulagement.

Harry était toujours dans le bureau, il regardait tristement Adrien qui s'était approché d'Hermione et semblait tout aussi abattu que Voldemort par la perte de la jeune fille. Se souvenant soudain de ce qui l'avait amené ici, il tourna les talons après avoir lancé un dernier regard triste à sa meilleure amie. Il était venu ici pour la délivrer mais aussi pour tuer Voldemort. Hermione étant partie à sa manière, il lui restait Voldemort. Prenant son courage de Gryffondor à deux mains, il sortit de la pièce pour le trou et avança dans le couloir sombre et triste.

Voldemort qui était toujours debout face au corps mort de Bellatrix, entendit des pas se rapprocher de lui mais ne se retourna pas pour autant. Les bras ballants, il attendit que son destin le rattrape. Lui qui avait toujours eu peur de sa mort, il l'attendait désormais. Comment continuer à vivre dans un monde sans Hermione.

Harry pointait le dos de Voldemort de sa baguette, celui-ci ne semblait pas l'avoir entendu. Doucement, le mage noir se tourna afin de lui faire face, sa baguette pendant toujours au bout de son bras. En voyant son visage emplit de tristesse Harry hésita mais très vite, le visage de son père et sa mère lui revinrent en tête puis enfin le regard fixe et froid d'Hermione apparut. Même si ce n'était pas directement de sa faute, Hermione serait toujours en vie s'il n'avait pas décidé de lui voler sa liberté. A cet instant, Harry n'hésita plus, il lui lança le sort que des années plus tôt, cet homme abject lui avait envoyé alors qu'il n'était qu'en bambin.

20 ans plus tard:

Un homme munit d'une cape noire vient d'entrer dans un petit bar miteux, il fait nuit et l'air extérieur et glacial. Sans faire attention aux regards des ivrognes avachis sur des chaises bancales, l'homme traverse l'établissement et va s'asseoir à une table vide du fond. Après s'être assis en retroussant le nez, l'homme ôte sa capuche, dévoilant son visage à l'assemblée. Il doit avoir une petite quarante d'années, ses yeux sont bleu-vert et il porte une barbe brune.

-Hey mon p'tit, j't'ai jamais vu dans l'coin.

L'homme se retourna et croisa le regard d'un vieil octogénaire, à son arrivée, il ne l'avait pas remarqué. Le vieillard se fondait parfaitement dans ce décor misérable qui semblait appartenir à une autre époque, son époque.

-Non, c'est la première fois.

Le vieillard se leva et avec de petits pas lents mais réguliers, s'approcha de l'inconnu. Quand il fut assis à sa table, il le dévisagea sans gêne aucune. Ses iris bleus délavés par le temps et la rude vie de village dans ceux éteints de son interlocuteur.

-Qu'est-ce qui t'amènes ?

L'homme sembla réfléchir quelques instants et finit par répondre, les yeux dans le vide.

-Rien de particulier, je vais, je viens sans réels buts ?

Le vieillard le regarda perplexe, intrigué par les paroles de cet étrange étranger.

-Tu vois l'manoir du village ?

Jim racontait cette histoire sur le manoir Jedusor à qui voulait bien s'asseoir et l'écouter ; il n'avait vraiment jamais su pourquoi il faisait ça mais à cet instant, il comprit : cet homme était là pour ça. L'homme ne lui répondit pas mais l'attention qu'il lui porta suffit à Jim pour continuer.

-Certain affirme qu'à l'fnêtre du premier étage, une belle jeune femme attend depuis bin plus d'vingt balais.

L'homme à la cape sursauta et sentit son coeur s'emballer, était-ce elle ?

Le vieux Jim fut plus que surpris de voir le visage de l'homme en face de lui se décomposer puis rapidement reprendre constance. Mais ce qui l'étonna le plus, fut de voir l'inconnu se lever sans prononcer le moindre mot et sortir du bar. Il n'avait pas fini son histoire.

Déambulant dans les rues étroites et sombres du village de Little Hangleton, Adrien était tel un automate. Toutes ces années où il avait pensé à elle, Hermione comme il pouvait l'aimer. Les longues et tristes années n'avaient en rien estompé l'amour qu'il lui portait. Blessé au plus profond de son être depuis la mort de son aimé, il n'avait jamais réussi à rouvrir son coeur à une autre femme et avait passé ces vingt dernières années à voyager seul ; évitant tout ce qui pouvait lui rappeler la jeune femme mais c'était inutile, elle l'obsédait. Ressassant chaque minute de ce funeste jour, Adrien était persuadé d'avoir perdu sa seule famille ce jour-là, la femme qu'il aimait et son enfant.

Sans s'en rendre compte, il marcha vers le manoir inquiétant qui surplombait le village. Il poussa les portes et les gonds grincèrent en résonnant dans la nuit. Quand il fut dans le hall, il se dirigea vers l'escalier qui à son tour grinça, mécontent d'être dérangé dans son sommeil. Tout était recouvert de toiles d'araignées et de poussière. Arrivé au-dessus des marches, il fut pris de sueurs froides mais n'arrêta pas sa course pour autant. Il traversa un long couloir et arriva enfin devant une porte, il n'aurait su dire pourquoi mais il sentait que c'était ici. Après quelques secondes d'hésitation, il poussa enfin la porte qui s'ouvrit en grand.

Dans la pièce plongée dans l'obscurité, elle était là, assise sur l'appui de fenêtre, les yeux plongés dans un vide abyssal. Sa silhouette était enveloppée d'un halo blanc et son corps transparent lui laissait voir la lune qui sublimait son éclat. Elle était si belle mais pourtant si triste. Pourquoi était-elle seule ici ? Adrien se rendit soudain compte du malheur de la jeune femme. Après sa mort, elle était restée là en espérant que Voldemort la rejoigne mais celui-ci l'attendait ailleurs ; il s'en était allé là où partent tous ceux qui acceptent leur mort. Chacun attendait l'autre dans deux endroits différents mais plus jamais ils ne se reverraient. Triste sort, énervant destin.

Adrien sentit son coeur s'emballer dans sa poitrine quand elle tourna son regard vers lui. Ses yeux, même dénués de leur couleur, le firent frissonner, elle était enfin là ! Deux décennies d'errance pour enfin se retrouver devant elle ; elle lui avait tant manqué. La mort à ses côtés était préférable à cent vies sans elle.

Comme Hermione s'approchait de lui en un gracieux vol, Adrien tomba à genoux.

Dans la gazette du lendemain matin, Jim put lire qu'un homme d'une quarantaine d'années avait été retrouvé mort dans une pièce du premier étage du manoir Jedusor.

-FIN-