DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling.

Rating : M+18

Genre : romance / slash / Yaoi


Bonjour à tous !

Tout d'abord, désolée de n'avoir pas pu répondre à vos review mais celles-ci ne se sont pas enregistrées sur le site. Je les ai pourtant bien reçues via la notification e-mail et j'ai donc pu les lire avec plaisir (du moins en partie car les plus longues d'entre elles sont coupées avant la fin ! Hakuronchu et DeathAngel, je suis frustrée, je n'ai pas pu vous lire jusqu'au bout ! Grrrr !). Mais malgré que je les reçoive sur mon adresse mail, pas moyen d'y répondre !

Deuxième chose : hé oui, me voilà avec deux chapitres supplémentaires plus tôt que prévu ! C'est mon anniversaire, j'ai envie de partager ma bonne humeur avec vous!

Bonne lecture !


Chapitre 20 – Plutôt mourir

19 juin 2010 – L'Empire, Londres

Ginny s'étira douloureusement. Elle n'aimait pas ça. Elle n'avait jamais aimé ça. Son corps de femme n'était pas fait pour ça. Et à chaque fois, elle se rappelait l'horrible douleur de la première fois.

Blaise n'avait pas mesuré sa force, inconscient qu'elle n'avait jamais été prise de la sorte auparavant. Elle avait mordu l'oreiller pour étouffer son cri de souffrance, serrant les draps dans ses poings. Lui ne s'était rendu compte de rien jusqu'à ce qu'il se retire et qu'il voie le sang s'écouler entre ses cuisses. Il avait été mortifié par son comportement, ne sachant pas comment se faire pardonner. Il s'était répandu en excuses pendant des semaines, couvrant Ginny de cadeaux, tous plus somptueux les uns que les autres.

Finalement, elle avait cédé et avait accepté de se soumettre aux désirs de Blaise. Il avait été beaucoup plus attentif, beaucoup plus doux mais pour autant, elle n'avait pas aimé ça. Mais elle l'avait supporté. Cette fois-là et toutes les autres qui avaient suivi.

Elle grimaça en se tournant sur le dos. La veille au soir, elle avait lancé un sort de nettoyage assez sommaire et elle n'avait pas eu le courage de se relever pour prendre une douche. Elle le regrettait maintenant. Il n'y avait rien qu'elle détestait plus que de se réveiller avec cette sensation collante entre les fesses.

En soupirant, elle se leva sans prendre la peine de noter qu'elle était seule dans le lit conjugal. Elle savait que Blaise était déjà debout depuis bien longtemps. Il avait besoin de très peu d'heures de sommeil et s'astreignait à une hygiène de vie irréprochable. Tous les matins, il était debout à 6 heures et sa journée commençait toujours de la même manière : transférer au coffre la recette de la veille et de la nuit. Ensuite, il se préparait pour descendre à la salle de sport où il restait entre une heure et deux heures en fonction de son besoin de se défouler. Enfin, il remontait à l'appartement, prenait une douche, un petit-déjeuner et entamait sa journée de travail.

Ginny entra dans la salle de bain. Elle ouvrit les robinets en grand et prit une serviette propre sur l'étagère. Elle se plaça sous le jet et laissa l'eau brûlante lui détendre les épaules et le bas du dos.

D'aucun pourrait se dire, en la voyant ainsi, que Ginny était une femme soumise, résignée. Rien n'était pourtant plus éloigné de la vérité.

Longtemps, elle avait été la petite fille sage, élève modèle, polie, gentille. Parfaite. Mais cette image qu'elle renvoyait ne lui correspondait pas. Après la guerre, elle en avait eu assez des convenances, des bonnes manières. Elle en avait eu assez de faire ce que tout le monde attendait d'elle. Elle voulait exister. Pour elle-même et plus pour les autres.

La première étape de cette émancipation émotionnelle avait été de rompre avec Harry. Elle l'aimait beaucoup mais leur relation était terne et sans envergure. Par ailleurs, elle sentait bien qu'il avait de plus en plus de mal à supporter la pression liée à son statut de Survivant. Le temps lui donna raison puisque quelques mois plus tard, Harry Potter disparaissait du monde sorcier.

Lorsqu'elle avait rencontré Blaise, Ginny était encore étudiante. Lui était à la tête d'un groupe d'anciens serpentards à qui elle achetait régulièrement de la drogue. Il était un Proscrit, elle le savait mais elle avait été séduite. Par son physique hors du commun mais aussi par sa prestance, sa confiance en lui. Contrairement à Harry, il ne donnait pas l'impression de subir sa vie, bien au contraire. Elle avait immédiatement entrevu les perspectives qui pourraient s'offrir à elle… Evidemment, ce ne serait pas au goût de tout le monde. La fille adorée du Ministre de la Magie et un Proscrit… Il y avait là de quoi alimenter les tabloïds. Et c'est justement ce qui lui avait plu.

Ça lui avait pris un certain temps mais le beau métis avait fini par la remarquer. A partir de ce moment, elle n'avait eu d'autre objectif que de se rendre indispensable dans sa vie et rien n'avait pu l'en détourner, pas même d'apprendre qu'il couchait avec Draco Malefoy depuis plusieurs années déjà.

Elle n'y avait d'abord pas cru. Elle savait les deux hommes amis d'enfance et très proches à Poudlard mais jamais ils n'avaient montré en public autre chose qu'une solide amitié. Elle était même persuadée à l'époque que Malefoy sortait avec Pansy Parkinson.

Elle avait bien sûr entendu les anciens serpentards plaisanter sur le sujet à plusieurs reprises mais elle avait mis cela sur le compte de l'humour vaseux que les hommes pouvaient avoir entre eux. Jusqu'à ce qu'elle les voie.

Oh, elle n'était pas tombée sur une scène de sexe, brutale et passionnée. Non. Elle les avait vus, dans le bureau de Blaise, s'embrassant simplement. Le baiser était cependant tellement saturé de sentiments qu'elle avait dû détourner les yeux. Elle était alors tombée sur Théodore Nott qui l'avait regardée avec pitié. La pauvre petite Ginny, la pauvre petite junkie, trompée, amoureuse d'un homme qui ne l'aimerait jamais.

Elle avait détesté cela. Jamais elle n'avait supporté qu'on la prenne en pitié.

Bien sûr, elle avait pleuré. Des larmes amères, versées sur l'épaule compatissante de son frère. Ron lui avait proposé son aide et celle d'Hermione pour décrocher de la drogue et de Blaise par la même occasion. Mais Ginny ne voulait pas décrocher. Et certainement pas de Blaise.

Quelques jours plus tard, elle décida qu'elle avait assez pleuré. Elle réfléchit à sa situation calmement et tira les conclusions qui s'imposaient. Elle devait identifier les faiblesses des adversaires et s'en servir.

Elle était donc retournée auprès de Blaise, la tête haute et le cœur endurci. Cela ne lui aurait servi à rien de vitupérer, de tempêter sur le fait d'avoir été trompée, elle n'aurait fait que l'éloigner définitivement. A la place, elle lui avait fait insidieusement comprendre qu'il perdrait toute crédibilité si le « milieu », surtout moldu, apprenait qu'il aimait un homme. Elle lui avait également rapporté gentiment toutes les petites plaisanteries que ses hommes faisaient à propos de Malefoy et lui.

A sa grande satisfaction, la réaction ne s'était pas faite attendre. Blaise, qui détestait être tourné en ridicule, s'était affiché de plus en plus souvent avec elle. Malefoy, lui, avait été relégué au rang de vilain petit secret.

Ginny comptait sur la fierté et l'orgueil du blond pour faire le reste : jamais il n'accepterait de rester dans l'ombre, d'être l'amant caché dans le placard. Mais c'était sans compter sur la force de conviction de Blaise. Il était parvenu à persuader Malefoy qu'il était toujours sincèrement amoureux de lui et que personne ne le remplacerait jamais.

Ginny était alors passée à la deuxième phase de son plan. Donner à Blaise ce que Malefoy ne pourrait jamais lui donner : un enfant. Le métis ne rêvait que d'une chose : diriger un empire. Et comme tous les empereurs, il voulait marquer le monde de son empreinte et léguer son héritage à quelqu'un. Sa grossesse allait sonner le glas de la relation entre Blaise et Draco.

Malheureusement, Ginny avait été imprudente. Elle avait continué à consommer de l'héroïne et avait perdu le bébé après quelques semaines. Dire qu'elle avait été dévastée était un euphémisme. Elle avait le sentiment que sa vie était finie, que tout ce qu'elle s'était construit venait de s'écrouler. Blaise allait la quitter.

Pourtant il n'en avait rien fait. Au contraire, il était resté là. Meurtri, anéanti, mais là.

Puis un jour, dans le gouffre sans fond de sa douleur, l'impensable s'était produit : Malefoy avait été arrêté puis emprisonné pour le meurtre d'Hermione Granger. La voie était libre.

Ginny y avait vu un signe. Le signe qu'elle devait se ressaisir.

Elle avait alors demandé l'aide de Blaise qui n'en avait été que trop heureux. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, il lui trouva une clinique privée dans le monde sorcier qui garantissait une discrétion absolue aux patients. Elle fut prise charge et sevrée à l'aide d'un traitement à base de méthadone et de potions. Ce fut douloureux mais après quelques semaines, elle était débarrassée de son addiction.

Blaise l'avait demandée en mariage le jour de sa sortie.

La noce avait été célébrée dans le faste, un froid et lumineux jour de janvier en présence du Cartel et de quelques amis du couple. Arthur Weasley avait catégoriquement refusé de venir, considérant ce mariage comme une insulte à Ron, lequel était littéralement détruit par la mort de sa femme.

Ce jour-là, elle n'avait pu s'empêcher d'avoir une pensée pour Malefoy qui croupissait au fond d'une cellule à Azkaban. Elle était arrivée à ses fins même si elle n'avait pas voulu que ça se passe comme ça. Elle aurait tellement voulu ne pas surprendre cette conversation entre Adrian Pucey et Graham Pritchard.

Flash-back

18 juillet 2005

- Tout est prêt ?

- Oui. Les serbes arrivent demain.

- Ils ont compris ce qu'on attendait d'eux ?

- Sans problème. Ils élimineront les deux belges dès leur arrivée à Anlaby.

- Et les explosifs ?

- Cachés dans la caisse de P90. Sitôt que Malefoy sera suffisamment proche, tu pourras déclencher l'explosion à distance.

- Les serbes ne se doutent de rien ?

- De rien du tout. Ils pensent repartir chez eux après la livraison, grassement payés.

- Et Blaise ?

- Blaise n'a aucune idée de ce qui va se passer.

- Tant mieux. Dans deux jours, on sera enfin débarrassé de Malefoy. Dans deux jours, je serai le nouveau Bras-droit.

- Tu n'oublies pas ce que tu m'as promis Adrian. Avec les risques que je viens de prendre, t'as pas intérêt à me doubler.

- Tu seras le prochain Conseiller Graham. Tu as ma parole.

Peut-être aurait-elle dû faire quelque chose. Prévenir Malefoy ? En parler à Blaise ?

Par ailleurs, était-ce sa faute si Hermione avait été tuée ? Quand elle avait donné son adresse à Malefoy, elle avait seulement à l'esprit un stratagème pour le discréditer auprès de Blaise. Elle se serait arrangée pour que Blaise le trouve en possession de cette adresse et mette en doute sa loyauté. Elle n'avait pas imaginé une seule seconde que les choses tourneraient comme ça.

Elle s'était fustigée de repenser à tout cela le jour de son mariage, le plus beau jour de sa vie.

Elle avait alors repris une énième coupe de champagne. Pour oublier. Oublier qu'elle était peut-être responsable de la mort d'une innocente. Oublier les larmes de son mari quand après la cérémonie, il s'était tourné vers le siège censé être occupé par son témoin. Siège resté vide car il n'avait pas voulu que quiconque prenne la place de Draco.

Les jours étaient passés sans qu'elle ne trouve l'apaisement. Même sa lune de miel avait été gâchée par ce secret qui l'étouffait.

Finalement, à son retour, elle s'était décidée à contacter la seule personne à qui elle pourrait se confier. Une personne, proche à la fois de Malefoy et de Blaise, et qui vivait recluse dans le monde moldu.

Pansy Parkinson.

Pourquoi elle ? Tout simplement parce que Ginny avait appris par hasard que depuis plusieurs semaines, elle se démenait pour faire admettre par les Aurors que Malefoy était innocent du crime dont on l'accusait, prétendant détenir des preuves irréfutables à ce propos. Torturée par le remord, Ginny y avait vu une chance de se racheter.

Elle avait donc rédigé un courrier à l'attention de Pansy, dans lequel elle lui indiquait sommairement vouloir la rencontrer au plus vite.

Pansy ne reçut cependant jamais ce courrier car il fut intercepté avant. Ginny se souvenait encore de la colère de Blaise quand il l'avait appris. Il était démonté à l'idée que sa propre femme tente de communiquer des informations sur le Cartel à des tiers, fussent-ils d'autres Proscrits. Ginny avait bien tenté de lui mentir en disant qu'il s'agissait seulement d'une volonté de sa part de tisser des liens amicaux avec Pansy mais Blaise n'en avait pas cru un mot.

Ginny avait été à deux doigts d'être répudiée et n'avait dû son salut qu'à Théodore Nott, qui parvint à calmer Blaise en lui proposant de la soumettre à un Serment Inviolable, au même titre que tous les autres.

Alors qu'elle y avait échappé jusqu'à présent, de même que Malefoy d'ailleurs, Ginny s'était pliée de bonne grâce à cette décision.

Trop heureuse d'avoir sauvé sa peau, elle ne prit pas immédiatement la mesure d'une nouvelle qui lui parvint un certain temps plus tard : Pansy Parkinson était décédée, apparemment suite à une rupture d'anévrisme.

Ginny s'était refusée à s'interroger sur les circonstances de ce décès et le moment de sa survenance. Elle venait d'apprendre qu'elle était à nouveau enceinte. A partir de ce moment-là, toute son énergie et tous ses efforts s'étaient concentrés sur l'enfant à venir.

Quand en février 2007, elle donna naissance à Anthony Salazar Théodore Zabini, elle se promit que rien ne pourrait la détourner de son nouvel objectif : protéger son enfant. Quel qu'en soit le prix.

Et si pour cela, elle devait trahir son mari, elle le ferait sans hésiter. C'était d'ailleurs ce qu'elle était en train de faire sans le moindre remord.

Alors non, Ginny était loin, très loin, d'être une femme soumise et résignée.

O°O°O°O°O°O°O

Islington, Londres

Draco avait chaud mais ce n'était pas désagréable, loin de là. Il remua dans son sommeil, gémissant doucement, essayant de déterminer ce qui provoquait en lui cette vague de bien-être. Est-ce qu'il rêvait ?

Il n'en était pas sûr. Cette sensation était bien trop réaliste pour sortir de son imagination. Lentement, il reprit conscience et se força à ouvrir les yeux. Face à lui, une masse de cheveux bruns en désordre montait et descendait à intervalles réguliers entre ses cuisses. Il mit encore quelques secondes à comprendre que son pantalon de pyjama était baissé et qu'il s'agissait de Harry qui s'activait avec vigueur sur sa virilité.

Il se réveilla complètement et redressa la tête en même temps qu'il tendait la main pour la poser sur la joue de l'autre homme.

Harry releva les yeux vers Draco et lui lança un regard qu'il ne lui avait jamais vu à ce jour et qui était aussi troublant que dérangeant. Un regard lubrique, presque calculateur. Mais surtout un regard sans affection, sans désir.

- Harry, je… arrête…

Un sourire sadique étira les lèvres de Harry. Il s'arrêta un instant, le temps de se repositionner plus confortablement et reprit tout aussi vite son occupation. C'est alors que Draco remarqua qu'Harry n'était absolument pas excité. Bien au contraire.

Une image s'imposa à lui, par-dessus toutes les autres : celle d'un prostitué qui faisait ce pour quoi il était payé. Ce constat fit à Draco l'effet d'une douche froide. Même la première fois où ils avaient couché ensemble, et malgré ce que Draco lui avait dit en partant, jamais il n'avait eu le sentiment de coucher avec un prostitué. Et jamais Harry n'avait eu un comportement qui aurait pu lui laisser penser ça. Jamais. Draco en était persuadé, il l'avait lu dans ses yeux : à chaque fois, il en avait envie. Il le désirait.

Ce qu'il voyait dans les yeux de Harry en ce moment n'était certainement pas du désir. De l'envie peut-être, mais pas l'envie de lui. L'envie de drogue. Il faisait ça à son corps défendant, uniquement dans l'espoir d'obtenir sa dose.

Blessé et furieux, Draco repoussa Harry sans ménagement à l'autre bout du lit.

- ARRETE CA ! cria-t-il.

- Oh Draco, dit Harry d'une voix doucereuse et fausse. Reviens… je sais que tu aimes ça… allez reviens…

En disant cela, il rampa vers lui comme un félin.

Draco était dégoûté. Il ferma les yeux pour se calmer mais sentir la main de Harry sur sa cuisse décupla sa rage. Il l'empoigna par les épaules et le renversa contre le matelas. Il leva son poing dans le but évident de le frapper. Encore et encore.

Harry le vit et un éclair de peur à l'état pur passa dans ses yeux. Il se crispa, fermant les yeux, dans l'attitude de celui qui sait ce qui l'attend parce qu'il en a l'habitude.

Draco abattit son poing sur l'oreiller en criant de frustration. Harry aurait pu lui demander, le supplier de lui donner de la drogue. Il aurait pu le frapper, lui faire du chantage, lui hurler dessus, le menacer, lui dire qu'il le détestait. Il aurait pu tout faire mais pas ça. Pas ça.

Draco se redressa en soupirant. Harry rouvrit les yeux, conscient de la raison de la colère de son amant.

- Je suis désolé, murmura-t-il.

Le blond secoua la tête, exaspéré.

- Lève-toi, ordonna-t-il. Lève-toi et va prendre une douche. Tu pues Potter. Je vais changer les draps. J'ai l'impression d'avoir dormi avec un rat crevé.

Harry se leva sans rien dire et marcha péniblement vers la salle de bain, sans que Draco n'esquisse le moindre geste pour l'aider. Quand la porte se fut refermée, ce dernier s'assit lourdement sur le lit, la tête entre les mains et il se mit à pleurer.

Un grand bruit retentit soudain. Draco se rua dans la salle de bain où il trouva Harry, recroquevillé dans un coin de la cabine de douche, le corps tremblant. Du sang coulait le long de sa tempe.

- Harry ! Oh, par Merlin ! Harry… tu vas bien ?

Question idiote. Bien sûr qu'il n'allait pas bien. Draco se fustigea pour son attitude irresponsable. Comment avait-il pu laisser Harry se débrouiller tout seul alors qu'il était en pleine crise de manque ?

Ignorant l'eau qui coulait toujours et qui trempait son bas de pyjama, il se précipita sur Harry, le souleva avec précaution et l'assit sur un tabouret qui se trouvait à côté de l'évier. A l'aide d'une serviette, il essuya le sang qui s'écoulait sur son visage. Fort heureusement, il s'agissait simplement d'une coupure sur son cuir chevelu que Draco traita promptement à l'aide d'un sort de désinfection et de suture.

- Harry ? Ça va ? Tu as mal quelque part ?

- Partout… j'ai mal partout…

- Je sais… je sais. Mais en tombant, tu t'es fait mal ?

- Non… non, je ne crois pas.

- Ok, soupira Draco en étendant sur ses épaules une serviette propre.

- Je… je n'ai pas eu le temps de me laver…

La voix de Harry n'était qu'un murmure. Il tremblait de manque et semblait si faible que le cœur de Draco se serra.

- Ce n'est pas grave. Je vais t'aider, souffla-t-il.

Il aida Harry à se remettre debout et amena le tabouret dans la cabine de douche. Il régla la température de l'eau et le fit ensuite rasseoir. Il commença par lui laver les cheveux, en notant avec satisfaction que l'eau chaude semblait lui faire du bien car ses tremblements avaient cessé.

Il prit ensuite une éponge sur laquelle il versa une bonne quantité de gel douche et avec des mouvements doux, se mit à frotter le dos et les épaules de son amant. Il passa ensuite sur son torse, ses jambes, ses bras en évitant de fixer les hématomes qui les parsemaient, vestiges des multiples injections d'héroïne. D'un coup d'œil, il sollicita l'approbation de Harry avant de laver son entre-jambe. Celui-ci acquiesça silencieusement, gêné.

- Je… je suis désolé… pour tantôt, balbutia-t-il les yeux baissés.

- Ce n'est rien… c'est à moi de m'excuser. Je n'aurais pas dû réagir comme ça… C'était inapproprié et irresponsable.

- Je n'aurais pas dû, persista Harry. Pas avec toi… tu es… je ne voulais pas que tu me voies comme ça. Tu connais mon passé mais… mais… J'ai honte, si tu savais… Toi entre tous, je ne voulais pas… que toi tu voies que j'étais capable de faire… ça.

Les larmes coulaient sur ses joues, se mêlant à l'eau de la douche.

- Ne pleure pas Harry… je t'en prie, ne pleure pas. Tu ne dois pas avoir honte… tu n'étais pas toi-même. Je sais que ce Harry-là n'est pas celui que je connais. Celui que j'aime.

Harry redressa la tête.

- Tu… tu ne vas pas me laisser ?

- Jamais. Je ne te laisserai jamais. Je vais t'aider, je te l'ai promis. Tu vas t'en sortir !

Draco le prit dans ses bras et le serra contre lui.

- Je t'aime Harry. J'ai remué ciel et terre pour te retrouver. J'ai fait des choses que tu n'imagines même pas parce qu'il m'était tout simplement impossible de croire que tu m'avais abandonné, que tu m'avais trahi comme Blaise voulait me le faire croire. Et quand… quand j'ai trouvé ta lettre… dans laquelle tu me disais de continuer à vivre… après toi… sans toi… j'étais…

Il était incapable de continuer. Incapable d'exprimer ce qu'il avait ressenti en lisant ces lignes alors même qu'il savait qu'Harry était vivant. Incapable de lui dire que pour ce qui le concernait, il ne pourrait jamais plus y avoir un « après » ou un « sans ».

- Il faut que tu t'en sortes Harry. Je vais faire tout ce que je peux mais j'ai besoin de toi. J'ai besoin que tu m'aides aussi.

Des bras faibles se nouèrent dans son dos.

- Je te le promets, souffla Harry. J'y arriverai. Si tu es avec moi, j'y arriverai.

Draco se releva, coupa l'eau et enveloppa Harry dans une serviette épaisse, le temps pour lui d'enlever son pyjama trempé et d'enfiler un peignoir. Il le ramena ensuite dans la chambre.

- Il reste combien de potions de nettoyage ? questionna Harry.

- Aucune, admit Draco avec réticence.

- Mais…

- J'ai trouvé une solution, ne t'inquiète pas, coupa Draco. Je vais la fabriquer moi-même. C'est une potion un peu compliquée mais rapide à préparer car elle ne demande pas de temps de macération. Ron doit juste me ramener un livre de potions et quelques ingrédients.

Draco avait minimisé les difficultés pour ne pas inquiéter Harry inutilement. La vérité, c'est que la potion était terriblement compliquée à préparer et que peu d'ouvrages généraux sur les potions en donnaient une recette exacte. Raison pour laquelle, il avait besoin des notes de Severus. Quant aux ingrédients, il y avait fort à parier qu'il ne s'agissait pas de produits qu'on peut trouver chez l'apothicaire du coin.

Masquant habilement sa propre inquiétude, Draco fit un sourire confiant à Harry.

- D'ici là, je vais te trouver de la méthadone. C'est un médicament moldu qui permet de pallier le manque d'héroïne. Ça te soulagera, le temps pour moi de préparer la potion.

- Tu vas la trouver où ?

- Ne t'inquiète pas. Je sais exactement où aller.

Il le savait en effet. Il allait devoir retourner à l'Empire. Et le plus tôt serait le mieux. Il y avait peu de chances que Blaise soit au courant de la mort de Dudley Dursley avant quelques jours mais il devait faire vite.

- Je vais te donner une potion de sommeil. Elle devrait agir quelques heures. Quand tu te réveilleras, je serai rentré. Tu es dans un appartement protégé. Il y a des sorts sur toutes les issues. Les seuls qui peuvent entrer sont Ron, Seamus, Neville et moi. Tu es donc en sécurité, d'accord ? Je te promets que je ne serai pas long.

- Ok… Merci Draco. Merci de ce que tu fais pour moi. Merci d'être là.

- Je te l'ai dit. Il ne saurait pas en être autrement, répondit Draco en l'embrassant sur le front. Tu as faim ?

- Non, pas vraiment.

- Ok. Je laisse tomber pour cette fois, mais à mon retour tu mangeras quelque chose. Tiens, lui dit-il en lui tendant la fiole de potion.

Harry la but sans protester et s'installa plus confortablement dans le lit. Après une minute à peine, il dormait d'un sommeil sans rêve.

- Plutôt mourir que vivre sans toi, murmura Draco en lui embrassant les cheveux.

Il se leva, s'habilla et quitta l'appartement, prenant soin de tout verrouiller magiquement derrière lui.

O°O°O°O°O°O°O

L'Empire, Londres

Ginny terminait de se sécher les cheveux quand elle entendit frapper à la porte.

- Laisse Topi, dit-elle à l'elfe de maison qui s'avançait. Je vais ouvrir. Emmène plutôt Anthony prendre son petit-déjeuner.

- Bien Maîtresse.

Qui pouvait bien venir sitôt le matin ? La plupart des hommes de Blaise savaient qu'il était à la salle de sport à cette heure-ci.

- Draco ? s'étonna-t-elle en ouvrant la porte. Que fais-tu ici ?

- Tu es seule ?

- Topi et Anthony sont dans la cuisine.

- Je peux entrer ?

Ginny s'écarta pour le laisser passer.

- Alors ?

- Je l'ai retrouvé. Mal en point mais vivant.

- Mal en point comment ? s'inquiéta la rousse.

- Drogué à l'héroïne. Frappé… Violé.

Elle plaqua une main sur sa bouche pour s'empêcher de crier.

- Mais où était-il ?

- Blaise l'a vendu aux Niners.

- Oh Merlin… Comment… comment a-t-il pu faire ça ? Il sait de quoi ces brutes sont capables ! C'est lui qui a trouvé Harry la première fois !

- Je sais, dit amèrement Draco. Tu vois donc de quoi ton mari est capable lui aussi.

- Je n'en reviens pas !

- Et tu ne sais pas le pire…

- Quoi donc ?

- Le chef des Niners… c'est le cousin de Harry. Dudley Dursley.

Pour le coup, Ginny tomba lourdement sur le sofa.

- C'est impossible… comment a-t-il pu faire ça, répéta-t-elle.

- Peu importe. Il l'a fait.

- Comment va Harry ?

- C'est pas brillant. C'est pour ça que je viens te voir. Je n'ai pas beaucoup de temps… J'ai besoin de méthadone. Je sais que Blaise en a conservé au cas où…

- Au cas où je replongerais. Oui, en effet.

- Tu peux m'en donner ?

La rousse se releva et disparut dans sa chambre. Elle revint une minute plus tard avec un flacon de comprimés blancs.

- Voilà. Une dose de 60 mg par 24 heures. Malheureusement, si tu n'as pas de potions, il n'y a pas assez de comprimés pour un sevrage complet.

- J'aurai la potion.

Elle ne posa pas la question de savoir comment Draco allait se procurer un produit aussi rigoureusement contrôlé que la potion de nettoyage du sang.

- Merci Ginny, dit Draco en fourrant le flacon dans sa poche. Merci pour lui.

- Pas de quoi. C'est le moins que je puisse faire. J'espère qu'il s'en sortira.

- Je l'espère aussi.

Comme Ginny le raccompagnait à la porte, Draco se tourna vers elle.

- Ecoute Ginny, ça va te sembler bizarre que je dise ça mais voilà… je sais qu'on n'a pas toujours été en bons termes tous les deux. Je sais aussi que tu as fait des choses pour me nuire… mais sache que je ne t'en veux plus. Parce que maintenant je te comprends. Tu aimais Blaise, tu aurais été capable de tout pour être avec lui.

- Comme toi pour Harry.

- Exactement. Je vais détruire ton mari, Ginny. Il va payer pour ce qu'il a fait à Harry. Alors, je te le dis : prépare-toi. Parce que les jours de Blaise sont comptés.

Elle acquiesça en silence, trop consciente que Malefoy avait raison.

O°O°O°O°O°O°O

Comme il était à l'Empire, Draco décida de passer à son appartement récupérer quelques vêtements ainsi que certaines choses qui pourraient être utiles pour Harry : des potions notamment. Il miniaturisa le tout afin de pouvoir les emporter discrètement.

Bien lui prit car au moment où il quittait l'appartement, il se trouva nez à nez avec Blaise.

- Bonjour Draco.

- Bonjour Blaise.

- Ça va ? Tu as l'air… épuisé.

Epuisé était encore un mot trop faible. Malgré sa bonne constitution et sa grande capacité de résistance, ces deux dernières nuits avaient été éprouvantes pour Draco. Emotionnellement et physiquement. Il n'avait pas pris la peine de s'examiner dans un miroir ce matin mais il était clair qu'il devait faire peur à voir.

- Je dors mal ces derniers temps, dit-il simplement.

Blaise hocha la tête.

- Oui, je m'en doute. Ces derniers jours n'ont pas été de tout repos. Ni pour toi ni pour moi.

- Comment va Ginny ? demanda Draco, l'air de rien.

- Bien, très bien même. J'ai passé toute la soirée avec elle hier. Elle semble parfaitement remise.

- Tant mieux.

Les deux hommes restèrent face à face, dans un silence un peu tendu.

- Tu partais ? dit finalement Blaise.

- Oui. Je vais à l'Oblivion.

- Encore.

Draco ne répondit pas, se contentant de fermer la porte de son appartement et de la verrouiller au moyen d'un sort.

- Draco, dit Blaise en le retenant pas le bras. Je… je sais qu'il y a eu beaucoup de bouleversements en peu de temps et que ça n'a pas été facile pour toi… Mais maintenant tout ça est derrière nous. On va pouvoir tout recommencer. Comme avant. N'est-ce pas ?

Draco se força à sourire.

- Oui Blaise. Comme avant.

Les yeux froids de Blaise exprimaient rarement des émotions mais quand ils le faisaient, c'était un véritable livre ouvert. En une seconde, Draco revit le petit garçon au sourire sincère qu'il avait rencontré dans la clairière et qui devint son meilleur ami. Il revit l'adolescent avec qui il avait échangé son premier baiser. Celui qui s'était donné à lui.

Incapable de résister, il posa la main sur la joue du métis et du pouce, caressa la douce peau couleur café au lait.

- Que crois-tu que nous serions devenus s'il n'y avait pas eu la guerre ? La Proscription ? Crois-tu que nous aurions été plus heureux ?

- Je ne sais pas, dit Blaise en haussant les épaules. Je ne pense jamais à ça.

- Es-tu heureux ?

- Hm… oui, je pense que oui. Et toi ?

Draco eut un léger sourire.

- Oui. Maintenant je le suis.

Il se rapprocha et embrassa Blaise avec douceur. Surpris, le métis mit quelques secondes avant de lui rendre le baiser, ravi de l'initiative de son ancien amant.

Quand il se recula, Draco souriait toujours. Il s'éloigna, laissant derrière lui un Blaise un peu dérouté.

En arrivant dans le grand hall d'entrée du casino, Draco le parcourut des yeux. Il ne reviendrait plus jamais ici, dans cet endroit qui résumait à lui seul la flagrante réussite du Cartel et l'échec du Ministère. Et qui représentait aussi la fin de son histoire avec Blaise.

En l'embrassant, Draco n'avait pas trahi Harry. Il avait simplement dit adieu à son ami, son amour d'adolescence.

Car il savait que la prochaine fois qu'il reverrait Blaise, il aurait devant lui un ennemi et que l'un des deux n'y survivrait pas.

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Poudlard

Ron Weasley avait la tête des mauvais jours. Il n'avait pratiquement pas fermé l'œil la nuit dernière, ressassant les événements de Privet Drive. Il se demandait combien de temps il faudrait à Zabini pour apprendre la mort de Dursley et comprendre que Malefoy l'avait doublé.

Malefoy.

Il le maudissait de l'obliger à retourner à Poudlard et revoir son idiot de frère. Mais il n'avait pas le choix. Si c'était ce qui permettrait à Malefoy de soigner Harry, alors il le ferait.

Il avait finalement décidé d'y aller avec Neville pour permettre à Seamus de continuer à travailler sur les clés USB et sur la comptabilité du casino de Zabini. Ils se présentèrent donc tous les deux aux grilles de Poudlard à 9 heures sonnantes. Leur présence fut notifiée immédiatement à l'intérieur du Château grâce aux sorts de détection posés sur le portail. Après quelques minutes, ils virent Argus Rusard arriver en trottinant.

- Ça alors… il est toujours vivant celui-là ? dit Neville.

- Manifestement, la méchanceté ça conserve. Par contre, je ne vois pas sa maudite chatte.

- Non en effet.

Le concierge arriva à la grille et fixa les deux visiteurs de ses petits yeux noirs et vicieux. L'homme accusait peut-être un âge certain mais la lueur mauvaise de son regard n'avait pas disparu.

- Weasley et Londubat. Que venez-vous faire ici ? questionna-t-il de sa voix nasillarde.

- Chef des Aurors Weasley et Auror Londubat, corrigea Ron sèchement en exhibant sa plaque d'identification. Nous venons voir le directeur.

- Le directeur ne reçoit pas comme ça les premiers venus qui passent. Prenez rendez-vous, dit l'homme en s'éloignant déjà.

Ron saisit le bras de Neville et transplana de l'autre côté de la grille, à la stupéfaction de Rusard.

- Mais… comment ? Comment avez-vous transplané ? Les sorts…

- Je suis Chef des Aurors, coupa Ron. En cette qualité, je suis habilité à transplaner partout où je l'entends, même dans les endroits protégés par des sorts. J'ai aimablement accepté de me plier au règlement de l'Ecole en patientant derrière les grilles mais votre attitude ne me laisse pas le choix. Amenez-moi au directeur. Maintenant.

- Espèce de petit insolent ! Pour qui…

- Taisez-vous ! s'énerva Neville qui avait sorti sa baguette et la pointait en direction du concierge. Nous ne sommes plus des élèves que vous pouvez malmener comme bon vous semble Rusard ! Alors pour la dernière fois, conduisez-nous au directeur. Si vous refusez, je vous arrête pour obstruction à une enquête en cours.

Rusard recula d'un pas devant l'Auror. Il faut dire que Neville n'avait plus rien du petit garçon joufflu et empoté qu'il était durant ses années d'école. Presque aussi grand que Ron, la formation d'Auror lui avait donné un physique athlétique et avenant. Bien que toujours calme et posé, il pouvait arborer dans certaines circonstances un air plutôt menaçant.

Et ce devait être le cas à l'instant car Rusard ne protesta plus, se contentant de leur ouvrir la marche.

En remontant l'allée qui menait à la porte principale, Ron regardait autour de lui. Les stigmates de la guerre avaient été effacés de sorte que les lieux n'avaient pas vraiment changé. Le parc était toujours aussi beau et le bâtiment toujours aussi impressionnant.

- Attendez ici, commanda Rusard en les abandonnant devant l'entrée de la Grande Salle.

Celle-ci était ouverte et les deux Aurors ne purent résister à l'envie de jeter un coup d'œil à l'intérieur. Le plafond magique renvoyait l'image un ciel d'été lumineux et limpide. Au fond, sur l'estrade, la table des professeurs surplombait la salle avec devant elle, le pupitre en forme d'ailes de hibou devant lequel le directeur faisait ses annonces. Et au milieu de la salle, trois longues tables en chêne poli.

- Merlin sait que j'ai détesté les Serpentards pendant que j'étais à Poudlard, dit Neville, et combien j'aurais tout donné pour qu'ils disparaissent mais… maintenant que je vois ça… c'est… c'est…

- Ouais, c'est inimaginable… quoi qu'on en dise, ils faisaient partie de cette école.

Ils sortirent de la Grande Salle. La nostalgie qui avait envahi Ron en revenant sur les lieux de son enfance s'était muée en un sentiment de malaise qui se renforça quand son regard tomba sur les sabliers géants qui trônaient dans leurs alcôves au-dessus d'une des voûtes du couloir.

Celui de Serpentard avait été brisé durant la Bataille de Poudlard, tout comme celui de Gryffondor. Si ce dernier avait été reconstitué, il ne restait de celui des Vert et Argent que la partie inférieure dans laquelle traînaient quelques émeraudes ternies.

Plus encore que d'avoir fait disparaître la table, laisser le sablier brisé à la vue de tous, résonnait comme un avertissement : « voyez comment nous sommes parvenus à les éradiquer ».

- C'est triste, n'est-ce-pas ? dit une voix derrière eux.

Les deux Aurors se retournèrent pour voir Pomona Chourave, leur ancien professeur de botanique.

- Bonjour Professeur, dirent-il à l'unisson.

Elle leur fit un large sourire en remarquant leur tenue et leurs insignes.

- Des Aurors ! Je suis fière de vous mes enfants. Même si je pense toujours que vous auriez fait un admirable professeur de botanique Monsieur Londubat.

Neville rougit sous le compliment. Il avait toujours beaucoup apprécié le professeur de botanique qui ne perdait jamais une occasion de mettre en avant ses indiscutables talents dans cette matière.

- Merci Professeur, dit-il sincèrement. Mais je pense avoir trouvé ma voie en devenant Auror.

- Bien sûr, je n'en doute pas une seconde ! Alors, qu'est-ce qui vous amène à Poudlard ?

- A vrai dire, nous aurions souhaité rencontrer le directeur, dit Ron.

- Je suis directrice adjointe. Peut-être puis-je vous aider ?

Un sourire illumina le visage de Ron. Il pourrait peut-être éviter de rencontrer son frère, tout compte fait.

- Hm… Il nous est nécessaire d'accéder aux effets personnels que le Professeur Rogue a pu laisser ici. Dans son laboratoire ou ses appartements.

Le visage poupin de Madame Chourave se ferma.

- Je crains que cette question ne soit de la seule compétence du Directeur. Venez avec moi.

Ils marchèrent tous les trois en silence pendant un petit moment avant que le professeur ne dise :

- Vous savez… beaucoup de choses ont changé ici, après la guerre. Enfin, je suppose que ce n'est pas à vous que je dois le dire Monsieur Weasley.

- Non effet, répondit Ron, crispé. Si vous voulez connaître le fond de ma pensée, je pense que mon père a fait une terrible erreur.

- Je le pense aussi. Et votre frère également. Fermer la Maison Serpentard était une décision inconsidérée et inique. Cette pauvre Minerva s'est pourtant battue pour éviter cela mais elle l'a payé de sa personne…

- Que devient-elle ?

- Elle s'est retirée dans sa maison dans les Highlands. Sa santé est précaire à ce qu'on m'a dit. Elle n'a jamais vraiment réussi à surmonter tout ça… Quel gâchis pour une femme aussi dévouée à cette école.

Ils venaient d'arriver devant la gargouille qui barrait l'entrée du bureau directorial.

- Dura lex sed lex, énonça-t-elle et la grande statue de pierre tourna lentement sur elle-même.

Chourave les précéda dans l'escalier en colimaçon, jusque devant la porte en chêne sur laquelle elle frappa.

- Entrez.

- Monsieur le Directeur, dit-elle. Monsieur Weasley et Monsieur Londubat, du Bureau des Aurors souhaitent vous rencontrer.

- Faite-les entrer.

Elle s'écarta pour laisser passer Ron et Neville.

Le bureau du directeur se trouvait toujours sur une estrade à laquelle on accédait par quelques marches. Ron reconnut la lourde table en bois sculpté ainsi que la chaise à dossier haut et pointu. Bizarrement, il s'attendit presque à y voir assis, un vieux sorcier à la longue barbe blanche et aux yeux malicieux. A la place, se tenait un homme aux cheveux roux bouclés, au visage mince et au nez long et un peu épais. Percy avait pris un peu d'âge mais gardait toujours le même air pincé qu'il avait étant adolescent.

- Ron, se contenta-t-il de dire.

- Bonjour Monsieur le Directeur, répondit son frère. Chef des Aurors Weasley et Auror Londubat. Nous sommes ici à propos d'une enquête.

Le ton était sec, froid et formel, Ron lui faisant bien comprendre qu'il ne s'agissait pas d'une visite de courtoisie.

- Bien. En quoi puis-je vous aider ?

- Nous souhaitons avoir accès aux effets personnels de feu le Professeur Rogue, dit Neville.

- Pour quelle raison ?

- Nous n'avons pas à vous les dévoiler. Nous sommes habilités à…

- Je sais très bien ce à quoi vous êtes habilité, Chef des Aurors Weasley, coupa le Directeur. Je sais aussi que vous êtes tenu de produire un mandat…

Ron serra les poings. Il se doutait que son frère ne se laisserait pas impressionner. A contre cœur, il tendit à Percy un parchemin. Celui s'en saisit et le parcourut, un sourire aux lèvres.

- Hm… vous rouvrez l'enquête sur le rôle de Rogue pendant la guerre…

- Quoi ? s'offusqua Pomona. Je croyais pourtant que les choses étaient limpides ! Severus était espion, il l'a payé de sa vie ! C'est scandaleux de…

- Ça suffira professeur. Je vous remercie. Je suis sûr que d'autres… occupations vous attendent ailleurs, dit Percy avec un regard froid.

Le Professeur Chourave rougit fortement sous l'insulte.

- Monsieur Weasley. Monsieur Londubat, les salua-t-elle froidement en quittant la pièce.

Neville la regarda s'éloigner en se promettant d'éclaircir ce sujet avec elle dès qu'il en aurait l'occasion. Il ne voulait pas que son ancien professeur pense qu'il contribuait à ternir la mémoire de Severus Rogue.

- Je crains de ne pas pouvoir accéder à cette demande.

- Tu n'as pas le choix Percy ! s'exclama Ron, oubliant la distance qu'il s'efforçait d'adopter depuis le début de l'entretien. Il s'agit d'une injonction de…

- Je sais très bien de quoi il s'agit. Si je ne peux pas te donner accès aux effets personnels de Rogue, c'est tout simplement parce qu'ils ont été détruits.

- Quoi ?

- Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, tout ce qui se rapporte de près ou de loin à Serpentard a disparu de cette école. Cela vaut aussi pour Rogue qui, je te le rappelle, a été leur Directeur de Maison.

- Et Directeur de cette école ! rugit Ron. Comment as-tu pu faire une chose pareille !

- Pendant seulement quelques semaines… après quoi, il s'est enfuit.

- IL NOUS A SAUVE ! SANS LUI HARRY N'AURAIT JAMAIS PU COMPRENDRE COMMENT VAINCRE VOLDEMORT !

Ron sentit la main apaisante de son collègue sur son épaule et cela le calma quelque peu. Sans quoi, il aurait été à deux doigts d'abattre son poing dans la figure de son frère.

- Peu importe, continua-t-il. Je veux voir sa classe, son bureau et ses anciens appartements.

- Comme tu veux, soupira Percy. Mais tu perds ton temps.

- Laisse-moi en juger.

Ils sortirent du bureau pour emprunter le couloir qui menait vers l'aile ouest et au bout duquel se trouvait une porte. Percy avançait à grandes enjambées, faisant inutilement claquer les talons de ses bottines sur le sol en pierre. Il poussa la porte d'un geste brusque et…

- AAAAARGH !

Le cri de Percy dut s'entendre dans tout le Château. Ron et Neville eurent juste le temps de faire un pas en arrière afin d'éviter le baquet de bouse de dragon qui venait de se déverser sur le Directeur.

- JE T'AI EUUUUUUUUUUU ! cria alors une voix suraiguë depuis le couloir.

- PEEVES ! rugit Percy. TU VAS ME LE PAYER ! TU ENTENDS !?

- Ooh ? Et qu'allez-vous bien pouvoir me faire, votre seigneurie ? demanda l'esprit frappeur avec une voix doucereuse.

Percy ne put que se contenter de serrer les poings avant d'empoigner sa baguette et jeter un sort de nettoyage. Peeves se mit à rire et fila au travers du couloir comme un ballon de baudruche qu'on dégonfle, non sans avoir pris soin de faire tomber toutes les torches suspendues au mur.

- Quelques petits problèmes de discipline, Percy ? commenta Ron avec perfidie.

- Rien qui te regarde Ronnie !

Sans plus ajouter un mot, il prit la direction des escaliers qui descendaient aux cachots.

Après quelques minutes de marche, ils arrivèrent devant une porte bien connue des deux Aurors et qui leur rappelait de bien mauvais souvenirs. Ils la revoyaient être ouverte à la volée et percuter bruyamment le mur pour laisser entrer le redouté Maître des Potions.

D'un mouvement de baguette, Percy déverrouilla la porte et s'écarta.

- Je vous en prie, dit-il en faisant un mouvement du bras.

Ron et Neville entrèrent dans la salle, immédiatement assaillis par une atroce odeur de renfermé et de moisi. Comme si c'était hier, ils se revirent, debout devant leur chaudron, sous le regard acéré de leur professeur. Ron reconnut la table qu'il occupait habituellement avec Harry et Hermione. Cette pensée lui serra immanquablement le cœur. Il revit aussi Malefoy, assis tout devant, religieusement plongé dans la préparation de sa potion. Neville passa son doigt sur une trace noire, résultat d'une des explosions de chaudron dont il avait le secret.

Ils louvoyèrent entre les tables, disposées ici et là, et sur lesquelles traînaient quelques chaudrons abîmés. Toutes les étagères qui supportaient les bocaux d'ingrédients, les fioles et autres flacons remplis de potions diverses étaient totalement vides. De la poussière était accumulée partout tandis que des toiles d'araignées se remarquaient dans les coins.

Ron ouvrit brutalement un meuble, délogeant une bestiole quelconque qui y avait trouvé refuge. Vide. Même chose pour les tiroirs du bureau et le grand buffet dans lequel étaient rangées les réserves d'ingrédients.

Enervé, il sortit en trombe du local, suivi par Neville.

- Son bureau et ses appartements, commanda-t-il.

Percy hocha la tête, emmenant les aurors plus loin dans le Château.

Ron reconnut les lieux. Harry et lui étaient venus dans cette partie du Château sous l'apparence de Crabbe et Goyle. Sauf qu'à l'époque, les couloirs étaient éclairés par des torches. Des tableaux ornaient les murs.

Là, plus rien. Un couloir sombre, des murs nus. Une atmosphère de peur et de désolation. Tous les trois agitèrent leur baguette en murmurant Lumos. La lumière blanche qui naquit à l'extrémité donna aux lieux un caractère encore plus fantomatique.

Ron s'arrêta devant un mur dont il était clair qu'une partie avait été nouvellement construite. La pierre était plus claire, moins polie par le temps. Or, il n'y avait pas eu de combat dans cette partie du Château, dont rien à reconstruire.

- C'était l'entrée de la salle commune, dit simplement Percy. Elle a été murée.

Il continua son chemin jusqu'à un autre couloir. Il s'arrêta devant une porte simple devant laquelle s'amoncelait des vieux meubles et des gravas en tous genres. Percy fit un mouvement de baguette et dégagea le passage en même temps qu'il déverrouillait la porte.

Sans attendre, Ron pénétra à l'intérieur de ce qui avait été le logement de Severus Rogue durant les années qu'il avait passées à Poudlard comme enseignant. C'était une pièce large, au plafond bas. La seule et unique fenêtre avait été condamnée et Ron ne put donc déterminer sur quoi elle donnait. Sous le lac, comme la salle commune ?

D'un coup de baguette, il alluma les torches, laissant apparaître un mobilier simple, rustique et fonctionnel : un grand lit complètement défoncé, une table à manger et plusieurs chaises renversées, une grande armoire, un bureau. Neville et lui fouillèrent tout ce qu'ils purent, sans succès.

- Je t'avais dit que tu perdais ton temps, dit Percy en souriant perfidement.

- Qu'as-tu fait de ses affaires ?

- Détruites, je te l'ai dit.

- Je n'en crois pas un mot. Il possédait des ouvrages rares, d'une valeur inestimable. Sans compter sa réserve d'ingrédients.

- Tu sembles bien informé sur les possessions de Rogue…

- Je sais que tu mens, grinça Ron sans relever la remarque de son frère.

Celui-ci haussa les épaules.

- Bien. Si tu as fait le tour de ce que tu voulais voir, je ne te retiens pas. J'ai encore du travail.

Ron grogna quelque chose d'incompréhensible. Presqu'en courant, il prit les couloirs en sens inverse et remonta les escaliers, pressé de quitter cet endroit qu'il en était venu à détester.

Au fond de lui, il pria pour que Malefoy ne revienne jamais ici et ne voie pas ce qu'il était advenu de sa Maison. Il en deviendrait fou.

Il allait passer la grande porte, suivi de Neville, quand Percy l'interpella :

- Ron… ce serait bien que tu viennes voir maman de temps en temps…

Ce fut plus que l'Auror ne put en supporter. Il se retourna et écrasa son poing dans la figure de Percy. Celui-ci bascula à la renverse, atterrissant lourdement sur le sol de marbre.

- Ne me dis plus jamais ce que je dois faire. Et ne me parle pas de maman. Tu n'en as pas le droit. Toi moins que quiconque.

Percy ne répondit pas, se contentant de masser sa joue douloureuse. Nul doute que dans quelles heures, elle serait toute bleue.

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Islington, Londres

Harry regardait le visage de Draco, tourné vers lui, se retenant d'en caresser du doigt les contours, de crainte de troubler son sommeil.

Quand il s'était réveillé un peu avant midi, Draco était de retour ainsi qu'il l'avait promis. Il avait donné à Harry un cachet de méthadone et l'avait forcé à manger un peu. Légèrement écœuré au départ, Harry avait dû admettre que se remplir le ventre lui avait fait du bien.

Draco lui avait ensuite relaté les événements depuis son enlèvement : la menace que représentait Dawlish, sa mort, l'intrusion dans la chambre forte grâce à l'aide de Ginny et enfin la traque de ses kidnappeurs. Bien que réticent, Harry avait fini par raconter à son tour ce dont il se souvenait de sa séquestration par son cousin.

Ce fut une conversation difficile mais nécessaire dans la mesure où ils s'étaient promis de ne plus avoir de secret l'un envers l'autre.

Juste après, Draco, épuisé, s'était allongé et avait sombré dans le sommeil.

Harry inspira profondément. La méthadone faisait de l'effet. Les douleurs dues au manque d'héroïne avaient considérablement diminué et son corps ne réclamait plus, physiquement, qu'on lui donne de la drogue.

Son esprit, par contre, c'était autre chose…

A son réveil, Draco l'avait tenu dans ses bras quelques instants. Harry avait immédiatement senti sur lui un mélange de savon, d'eau de Cologne et de bergamote. La fragrance unique de l'après-rasage que le barbier de Blaise confectionnait exclusivement pour lui. Et Harry connaissait cette odeur parce que Blaise l'avait laissée plus d'une fois sur ses vêtements ou sur son oreiller.

Il n'avait pas questionné Draco, se refusant à lui faire une scène de jalousie après ce qui s'était passé ce matin. Mais ça lui avait fait mal, d'autant plus mal qu'au fond de lui il savait que, quoi qu'il se soit passé entre les deux hommes, il ne pouvait s'agir que d'une ruse de Draco pour tromper Blaise et obtenir ce qu'il était venu chercher : de quoi le soigner.

Depuis, Harry s'en voulait. Il s'en voulait d'avoir utilisé ses charmes sur Draco comme la dernière des catins alors que ce dernier avait pris tous les risques pour le sauver. Sans compter Ron, Seamus et Neville qui, à chaque minute, s'exposaient au danger. Définitivement, il était un poids pour tout le monde. Il aurait mieux valu qu'il meure sous la baguette de Voldemort ou mieux, qu'il ne soit jamais venu au monde. Tous ceux qu'il aimait finissaient de toute façon par mourir, par sa faute. Ses parents, Sirius, Dumbledore, Remus, Tonks, Fred. Même Rogue était mort à cause de lui.

Si seulement il pouvait trouver un peu d'héroïne… juste un peu. De quoi oublier quelques heures le monstre qu'il était. Ou un peu de cocaïne, histoire d'avoir suffisamment de courage pour se tuer une bonne fois pour toutes.

Mais il n'y avait rien dans ce fichu appartement ! Il devait sortir. Dehors, il savait encore où aller s'approvisionner… Mais pour cela, il devait lever les sorts de protection que Draco avait placés sur les portes. Instinctivement, il chercha sa baguette avant de se rappeler que Dudley l'avait cassée. Ce souvenir lui fit encore plus mal que tout le reste.

Il devait emprunter celle de Draco mais où était-elle ? A tous les coups, ce perfide serpent la tenait sur lui.

Aussi délicatement que possible, il passa la main sous l'oreiller puis le long du corps de son amant. Il allait parvenir aux jambes quand une main surgit et lui agrippa durement le poignet.

- Ce n'est même pas la peine d'essayer, dit froidement Draco.

Harry se dégagea brusquement et s'éloigna, contrarié.

- Ça devient une manie chez toi de vouloir me voler ma baguette, dit-il en se redressant et en souriant malgré lui.

Voyant que l'autre restait silencieux, Draco se rapprocha et lui prit le menton entre ses doigts pour tourner son visage vers lui.

- Harry… si je fais ça, c'est pour ton bien. J'ai envie que tu t'en sortes et tu m'as promis que…

- Je sais ce que j'ai promis, répondit-il sèchement. Mais je ne vois pas pourquoi je devrais être le seul à tenir parole.

- Que veux-tu dire ?

- Blaise. Je croyais que c'était fini entre vous.

- Ça l'est…

- Alors pourquoi son parfum est-il sur toi ? Pourquoi tes lèvres ont-elles l'odeur de son après-rasage ?

Et voilà la scène de jalousie qu'il s'était promis d'éviter… Harry soupira en secouant la tête. Il était pathétique. Lamentable. Il se dégoûtait.

- Je l'ai embrassé, dit Draco.

- Bah, répondit bravement Harry. Je suppose que tu l'as fait pour moi… pour obtenir ce que tu voulais.

- Je ne suis pas une…

Draco s'arrêta, les mâchoires et les poings crispés.

- Une quoi ? demanda froidement Harry.

- Rien. Je l'ai embrassé, c'est tout. Parce que je voulais. Parce que c'était la dernière fois qu'il me voyait comme son ami. Parce que demain, je serai l'homme à abattre, le traître. Demain, s'il le faut je le tuerai. Sans remord. A cause de ce qu'il t'a fait. Parce que j'ai cru mourir à l'idée de t'avoir perdu. Alors oui, je l'ai embrassé. J'ai dit adieu à mon ami d'enfance, à un homme que j'ai aimé sincèrement mais qui à présent est devenu un étranger. Si tu as un problème avec ça, j'en suis désolé mais je ne regrette pas ce que j'ai fait. Je n'y peux rien si tu ne parviens pas à comprendre que tu es la seule personne qui compte… que personne, même pas Blaise, n'a jamais compté autant pour moi !

Harry baissa la tête et l'enfouit dans ses bras posés sur ses jambes repliées devant lui.

- Si tu cherches à me faire culpabiliser, c'est gagné, souffla-t-il. Je sais que je suis ingrat. Je sais que tu risques ta vie pour moi et vois comment je te remercie…

Un claquement de langue exaspéré résonna dans la pièce.

- Putain de merde, Potter. T'es vraiment un cas désespéré. Je ne fais pas ça pour avoir un merci, je le fais parce que je t'aime. Et c'est pareil pour Seamus, Neville et Ron. On t'aime tous, espèce de crétin. Enfin, eux différemment de moi évidemment… sans quoi ils ne seraient plus là pour en parler… mais bon, ce n'est pas le sujet… ce que je veux dire c'est que pour une fois dans ta vie, arrête de tout voir en termes de sacrifice !

- Pourtant, c'est ce qui s'est passé… tous ces gens qui sont morts pour moi, ils…

- Si ça peut te rassurer, coupa Draco, il n'est pas encore arrivé le jour où un Malefoy se sacrifiera pour quelqu'un. Je suis égoïste Potter. Or, va savoir pourquoi, il se trouve que je tiens à toi plus que de raison et que tu me rends heureux. Alors, parce que je suis un Malefoy et que je suis égoïste, je ne laisserai jamais personne me prendre ce qui me rend heureux. Donc, je ne me bats pour toi mais pour moi. Pour mon bonheur personnel et celui de mini-Draco.

- Mini-Draco ?

- Oui tu as raison… il est loin d'être petit. Mon deuxième moi-même disons.

- Ton deuxième cerveau, oui…

Un petit coup sur la tête ponctua le propos de Harry. Il se mit à rire, heureux que Draco soit parvenu à alléger l'atmosphère. Il savait très bien qu'il mentait, que ce n'était pas que l'égoïsme qui dictait sa conduite. Après tout, il n'avait pas hésité à briser un Serment Inviolable pour lui… mais il apprécia son effort de tourner tout cela en dérision.

- Je peux la faire disparaître ?

- Quoi ?

- L'odeur de Blaise… je voudrais t'embrasser et la faire disparaître.

- Depuis quand as-tu besoin de ma permission pour m'embrasser ? demanda Draco en haussant un sourcil.

Harry rougit légèrement, gêné.

- C'est que… à cause de ce matin… je ne voudrais pas que tu croies que c'est une tentative pour…

Un doigt posé sur sa bouche l'empêcha de continuer.

- Arrête de parler de ce matin. J'ai tout oublié de ce matin. Alors embrasse-moi si tu le souhaites… seulement, je dois te prévenir…

- Quoi ?

- Il est fort probable que je ne puisse pas m'arrêter à un baiser…

Harry sourit en attirant Draco à lui. Il espérait bien ne pas s'arrêter à un baiser.

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Il était presque 22 heures mais la nuit n'était pas encore totalement tombée. Harry dormait, serré contre Draco, repu de l'amour et de la tendresse qu'ils venaient de partager.

Draco allait sombrer dans le sommeil lui aussi quand il entendit le bruit caractéristique d'un transplanage. Il n'eut pas le temps de se lever que la porte de la chambre s'ouvrait sur Ron Weasley.

- Putain, Weasley ! L'intimité tu connais ? chuchota hargneusement Draco.

- Je… ah… merde… désolé, bafouilla l'Auror quand il prit la mesure de ce qu'il voyait : son meilleur ami, nu, dans les bras de son autre ami, tout aussi peu vêtu.

Il ne bougeait cependant pas, comme tétanisé par la scène devant lui. Draco s'en inquiéta. Il ne savait pas où Ron en était avec le sentiment particulier qu'il nourrissait pour lui.

- Ron… ce… ce serait bien que tu attendes au salon. J'arrive dans une minute.

- Ah… oui… bien sûr… ok…

Ron fit volte-face sans demander son reste. Draco s'extirpa du lit en prenant soin de ne pas réveiller Harry et enfila rapidement un pantalon et un t-shirt.

Il rejoignit Ron qui était assis dans le canapé, le regard perdu dans le vide.

- Ron, ça va ?

- Je… oui, ne t'inquiète pas. Je… je suis désolé d'être entré comme ça, je ne sais pas ce qui m'a pris.

- C'est pas grave… tu serais arrivé une heure plus tôt, ta santé mentale en aurait peut-être pris un coup mais là, ça va, s'amusa Draco.

Le rouquin écarquilla les yeux.

- Désolé, dit précipitamment Draco. Je n'aurais pas dû dire ça.

- Ce n'est rien. Après tout, ce n'est pas comme si je n'étais pas au courant pour Harry et toi. C'est juste que… tout d'un coup, c'est devenu si… réel.

- Ron, tu…

- Ça va. Tout va bien. Il n'y aucun problème, je t'assure.

Draco soupira en hochant la tête. Ron semblait bien gérer la situation en effet.

- Comment va-t-il ? demanda ce dernier.

- Ça peut aller. Je lui ai trouvé de la méthadone pour l'aider à supporter le manque en attendant d'avoir la potion. A ce propos, tu as pu…

- Je suis allé à Poudlard ce matin. Je n'ai pas pu te contacter avant car j'ai eu une autre urgence au Ministère.

- Peu importe. Et ?

Ron expira lourdement.

- Je suis désolé Draco. Tout ce que possédait Rogue a été détruit.

- Par Salazar, ils n'ont pas fait ça…

- Si. Il n'y a plus rien à Poudlard qui ait appartenu à ton parrain.

Draco se prit la tête entre les mains, complètement abattu.

- Tu as de la méthadone pour combien de temps ? demanda Ron.

- Six jours tout au plus. Le manque physique disparaîtra dans ce laps de temps mais son corps ne sera pas suffisamment débarrassé de la dépendance pour éviter une rechute. Raison pour laquelle j'ai besoin de la potion de nettoyage du sang. Avec elle, j'ai la certitude que le corps sera complètement nettoyé en cinq jours.

- Je suis désolé, répéta Ron. Je peux peut-être essayer de retourner à Sainte-Mangouste et…

- Non, tu risquerais de te faire remarquer et c'est la dernière chose dont nous avons besoin. Non… j'ai une autre idée. Mais elle va nécessiter que je m'absente plusieurs heures… or, je ne peux pas laisser Harry tout seul.

- Si ce n'est que ça ! Neville, Seamus et moi, on peut se relayer auprès de lui.

- Vous y arriverez ? Je veux dire… comme il est là, même avec la méthadone, il est capable de tout pour obtenir de la drogue. Parce que la dépendance psychique est plus forte que tout. Il croit qu'il n'est bon à rien, qu'il est un poids pour tout le monde… il culpabilise car il nous met en danger soi-disant. Il veut se procurer de la drogue car il croit que ça va résoudre son mal-être. Tout à l'heure, il a essayé de me voler ma baguette pour sortir de l'appartement.

- Nous ferons attention, c'est promis.

- Ok… bon. Si toi ou les autres pouviez être là vers 10 heures, ce serait bien.

- On sera là.

Ron se leva pour prendre congé et se dirigea vers la porte d'entrée.

- Weasley… j'aurais encore besoin de ton aide avant mon… escapade de demain.

- Quoi donc ?

Draco retourna vers le bureau et griffonna quelque chose sur un bout de papier.

- J'aurais besoin de savoir qui vit actuellement à cette adresse.

- Impasse du Tisseur, 1 à Cokeworth, lut l'Auror. Cokeworth, c'est où ?

- C'est une cité ouvrière dans les Midlands.

- C'est là que tu veux aller ? Pourquoi ? Qu'espères-tu y trouver ?

- De l'aide, tout simplement.

A suivre...