Y a-t-il seulement des gens qui croyaient à la suite de cette fic ?

He bien cela reprend, et normalement pas pour s'arrêter à nouveau tout de suite !

Bien sûr, étant donné le nombre d'années depuis la dernière mise à jour, tout le monde a droit à un résumé d'épisodes précédents gratuit !

Les personnages principaux sont des Changelins, mi humains mi féériques, qui vivent dans la petite ville de Perpignan. Quand Lisa, amie d'enfance et petite amie de Mairead, la Satyre du groupe, apprend que les chimères de son enfance sont prisonnières, elle décide d'aller les retrouver.

Vassili, Abigail et Fergus accompagnent les deux jeunes filles, ainsi que Lukas et Ewen, car ce genre de méfaits leur semble être la marque de fabrique de leur ennemi Curoi McDaere, qui a causé la mort de la mère d'Ewen.

Le lieu féérique qui sert de prison est un grand batiment de bois à étages. A peine sont-ils entrés qu'ils sont accueillis par un petit dragon, vite rejoint par un Eshu et un Bonnet Rouge qu'Abigail connaît. Un combat commence, pendant que Vassili et les deux petites, sous un sort d'invisibilité, fouillent les coiloirs. Ils trouvent en effet une salle remplie d'animaux chimériques, dont les prisonniers qu'ils cherchent... mais aussi beaucoup d'autres qui ont l'air d'être là de leur plein gré.


Où l'on combat un dragon, de vaillants guerriers, une armée de chimères, et un raton laveur


"Lisa !" s'exclama le requin, les yeux aussi écarquillés qu'un requin peut avoir les yeux écarquillés.

"Tais-toi, malheureux !" lui souffla Vassili. "Notre but est de passer inaperçus, et je crains que le Voile..."

Mais c'était trop tard, et déjà des animaux s'étaient rendu compte de leur présence. La plupart se contentaient d'en discuter, mais certains se dirigeaient vers eux, l'air menaçant.

"Ils vont nous tuer ?" demanda Lisa. "Ou nous mettre dans des cages aussi ?"

"Je vote pour ni l'un ni l'autre." grommela Vassili. Il se retourna vers les cages.

"On ne s'enfuit pas, alors ?" demanda Mairead.

"Pour quoi faire ? A nous trois, nous n'avons aucune chance. Je libère notre force de frappe. En espérant que leurs dents ne sont pas là pour la décoration." Il soupira encore : "Si Abigail était là, elle ferait ça mieux que moi."

Il se saisit de son couteau, qu'il enfonça dans la serrure de la cage. Le requin et le serpent essayèrent de tirer, comme pour l'encourager. Mais le mécanisme était solide ; au moment où la cage s'ouvrait enfin, la lame se brisa.

"Personne pour me dire que je suis sans arme, maintenant, et que j'ai très mal joué ? Je suis déçu..."

"Tu veux vraiment ?" demanda Lisa. "Peut-être qu'ils sont en train de te dire ça, tout tant qu'ils sont ?" Elle désignait les animaux, en particulier la panthère, qui se rapprochait d'eux. "Qui sait ?"

Le requin et le serpent se placèrent devant eux ; mais ils étaient en très nette infériorité numérique. Le requin ouvrit une large gueule, ce qui fit reculer au moins les animaux les plus petits. Le serpent siffla en direction de la panthère, qui s'immobilisa.

Ce n'était que la début, pourtant. Un concert de cris divers retentissait dans la pièce, et de plus en plus d'habitants de la pièce s'intéressaient à eux.

"Pourquoi ne pas essayer de discuter ?" demanda Mairead, qui s'accrochait au bras de Lisa.

"Souhaites-tu faire un discours sur la paix et l'amitié ?" demanda Vassili. "Je te le laisse."

"Mais non !" s'exclama Mairead. Discuter avec le gros raton laveur, puisque c'est lui qui leur donne des ordres !"

Vassili suivit du regard le doigt pointé de Mairead. L'animal en question était dissimulé presque entièrement derrière la pierre, et seuls quelques poils semblaient dépasser.

"Des animaux, des animaux partout, et pas une goutte d'humanité à presser !" s'exclama Vassili, avant de plaquer Mairead et Lisa sur le côté.

La panthère sauta à l'endroit où ils s'étaient trouvés la seconde d'avant. Elle se retourna vers la pierre.

Maintenant que Mairead l'avait dit, cela semblait évident.

"Et maintenant, on court vers la sortie, chacun de son côté," souffla Vassili. Il donna l'exemple, semblant se faufiler entre les animaux qui réagissaient toujours un peu trop tard pour le frapper.

Comme si on leur avait donné des ordres, le serpent accompagna Lisa, pendant que le requin, qui se déplaçait à petits pas, perché sur sa queue, préférait assurer les arrières de Mairead. Chacun des deux, malgré un petit air de personnage de dessin animé, semblait tout à fait capable de tenir une foule de chimères en respect, au moins pendant les quelques secondes nécessaires.

Vassili était sorti en premier, et s'était collé contre le mur tout près de la porte, lançant de temps en temps un grand coup de pied sur une bête qui essayait de s'approcher de lui. Leurs attaques n'étaient plus vraiment coordonnées, mais elles restaient agressives. Ses chevilles commençaient à être couvertes de coups de griffes et de petites morsures. Il empoigna un merle qui essayait de lui griffer les yeux, et le projeta à terre.

Dès qu'il eu vu passer Lisa, puis Mairead, il fit pivoter la lourde porte, enfermant ainsi la plupart des animaux à l'intérieur, incluant les plus volumineux et les plus dangereux.

Le requin de Lisa se jeta sur un des petits animaux et l'engloutit ; mais, curieusement, il le recracha après quelques mastications, vivant, apparemment en bonne santé, mais complètement paniqué. L'animal s'enfuit à toutes jambes, et la plupart des autres le suivirent ; moins un, qui n'avait pas pu échapper aux dents acérées, et finit recraché par terre, lui aussi.

"C'est un comportement étrange." sourit Vassili, reprenant le couloir par lequel ils étaient venus. De temps en temps, il donnait de petits coups en rythme sur la paroi de bois.

"Non, c'est normal." répondit Lisa. "Ca fait peur, les requins."

"Au fait, j'ai oublié de faire les présentations !" s'exclama Mairead. "Je vous présente Vassili ! Vassili, lui c'est Sharky, lui c'est Mortimer, et..." elle baissa la voix "le lacet de chaussure n'a pas de nom, mais il ne faut pas trop le lui faire remarquer, ça le déprime."

Lisa hochant la tête, enfilant sur une de ses baskets le lacet de chaussure en question, qu'elle avait jusqu'ici noué à son poignet. C'étaient des chaussures ordinaires ; et un lacet de chaussure chimérique laissait la chaussure bailler tant qu'elle pouvait, mais Lisa ne semblait pas s'en préoccuper.

"Qu'est-ce qui s'est passé ?" demanda Mairead.

"Le raton laveur en question est Welly, le Pooka qui travaille pour la Guerrière Noire. Sa présence ici ne me surprend pas, vu la compagnie. J'aurais dû le remarquer. Mais ce doit être le seul Pooka que je connais à pouvoir prendre différentes formes animales, et je ne l'avais pas reconnu. Tu as bien fait de me prévenir."

"Et ensuite ?"

"Je lui ai lancé un sort de confusion. Qui a d'ailleurs étonnamment bien marché, nous avons eu de la chance. Cela n'est pas très éloigné de son état normal ; cela doit aider."

Ils étaient presque revenus à la cour centrale. Vassili se plaqua contre un mur.

"Bien..." chuchota-t-il. "Nous avons appliqué nos quotas d'intervention violente et malpolie, nous avons obtenu ce que nous voulons. Je pense que nos amis seront d'accord pour se retirer. Il n'en sera pas forcément de même pour nos ennemis, mais nous ne leur demanderons pas leur avis..."

Il jeta un oeil sur la cour centrale, pour examiner la situation.


Le dragon n'avait pas pu se résoudre à son plan initial, impliquant beaucoup de patience. Mobilisant tout ce qui lui restait, il s'approchait lentement d'Abigail et Fergus.

"Ye suis pas content." fredonnait-il en ouvrait à peine la bouche, "mais ye vous écwasewai, quand je vous auwai ! C'est pas yuste de me fowcer à ça ! Vous êtes méfants ! Et moins fowts que moi !"

Abigail recula d'un pas, comme pour sa cacher derrière Fergus. Ayant amené ainsi son pistolet dans l'angle mort du dragon, elle murmura "Ne bouge pas, je vais tenter quelque chose..." et commença à fouiller dans le sac où elle rangeait ses différents projectiles.

"Oh, merci de te planquer derrière moi ! Ca me fait me sentir tout héroïque et macho de savoir que tu as peur des dragons et pas moi (enfin, peut-être devrais-je dire encore plus peur des dragons que moi) !" clama Fergus.

Pendant ce temps, Lukas, Ewen, Rryrch et Valdis échangeaient de multiples passes d'armes, sans un mot, sans réussir une seule fois à se toucher. Ils n'utilisaient pas de magie. Peut-être le rythme du combat ne leur en laissait-il pas le temps, peut-être gardaient-ils cette possibilité pour plus tard...

Le dragon se rapprochait dangereusement. Il avait un grand sourire menaçant. Fergus avait un grand sourire crispé. Il n'osa pas se retourner pour voir si Abigail souriait aussi, mais il avait peu d'espoir. Il commença à farfouiller nerveusement les poches intérieures de son gilet.

C'est à cet instant que Vassili, Mairead, Lisa et les animaux surgirent en courant d'une des portes intérieures.

"On y va !" précisa Mairead, au cas où ce n'aurait pas été suffisamment clair.

A cet instant, Valdis sauta du bord de la balustrade, le mouvement d'air créant un effet hautement artistique dans ses cheveux et dans sa cape.

Ewen et Lukas, profitant de l'occasion inespérée, se jettèrent sur Rryrch d'un seul mouvement. Le Bonnet Rouge réussit, dans une tentative désespérée, à bloquer la hache de Lukas de son épée, en même temps qu'il se tordait pour échapper au coup d'épée d'Ewen ; mais embarrassé dans ses mouvements, en rejetant la hache en arrière, il ne put éviter la deuxième attaque, la hache de Lukas pointant sur sa gorge.

Mais dans le même instant, Valdis avait fini de tourbillonner dans les airs, et avait réussi, avec un talent assez impressionnant si on considérait qu'ils étaient toujours en train de courir, à rejoindre précisément le groupe des fuyards. Il saisit Mairead par un bras, et pointa son épée sur sa poitrine.

"Je le dis toujours." commença-t-il d'une voix solennelle, "la meilleure façon de se battre, surtout en étant défavorisé par le nombre, est de profiter des faiblesses de ses ennemis. C'est-à-dire, de prendre des otages."

"Tu penses que nous n'avons pas d'otages, nous aussi ?" demanda Ewen, désignant Rryrch, toujours immobilisé.

"Ah, la différence est que moi, je vous laisserais le tuer..." Rryrch poussa un grognement furieux. "Je ne suis pas bon, honorable, et tout le toutim. Allez-y, jetez vos armes. Si vous ne vous rendez pas, je la tue sans hésiter."

Lukas, lentement, releva sa hache et la jeta par terre. Ewen finit par faire de même.

"Bien !" Valdis se tourna rapidement vers Vassili. "Pas de sorts où de coups fourrés magiques. N'oubliez pas que c'est une petite fille innocente, et... ah, qu'est-ce que tu es en train de faire, gamine ? Tu ne vas pas... Oh !"

Il venait découvrir que Mairead était beaucoup moins pure et innocente qu'il le pensait, et qu'être immobilisée par la poigne de Valdis et une épée ne l'empêchait pas de bouger les hanches d'une perturbante façon.

C'est pendant ce bref instant d'inattention qu'Abigail surgit un instant de derrière le dragon, dont l'imposante masse avait créé un angle mort. Un seul tir précis, et l'épée tombait de la main sanguinolente de Valdis. Il relacha sa prise sous l'effet de la douleur, et Mairead réussit à se tortiller suffisamment pour fuir à toutes jambes et rejoindre Vassili et Lisa, qui étaient déjà tout proches de la porte ; Vassili surveillait qu'elle ne se ferme pas.

"La meilleure façon de gagner est surtout de ne pas se la péter !" s'exclama Rryrch, toujours furieux. Il se jeta à terre, essayant de se saisir des armes de Lukas et Ewen, ou au moins de les projeter au loin.

Cependant, Lukas venait de lui lancer dessus une poignée de terre qui l'envoya voler contre le mur ; le Sidhe et le Troll purent récupérer leurs épées tranquillement, et reprirent facilement l'avantage sur le Bonnet Rouge sonné, le désarmant.

Malheureusement, pendant ce temps, le dragon venait de remarquer avec plaisir qu'Abigail était occupée ailleurs et en profitait pour se ruer sur elle et Fergus de toute la vitesse de ses pattes, écartant les ailes pour les coller au mur et ne pas se faire esquiver au dernier moment, cette fois. Il ouvrit la bouche pour cracher des flammes à nouveau.

Mais, plus rapide que lui, Fergus avait saisi un des multiples petits flacons qu'il cachait dans sa doublure, et lui en avait projeté dans les yeux.

Le dragon poussa un hurlement strident. Le jet de flammes se trouva ainsi légèrement différé, mais cela ne l'empêcha pas de sortir de façon encore plus hargneuse.

Le mur en fut tout roussi. Heureusement, Fergus et Abigail s'étaient jetés à terre, et le dragon, dont les yeux étaient tout endommagés, ne s'en était pas encore aperçu.

"Je crois que j'ai déjà dit que je vous détestais ! Ah, quand je me suis engagé ici, on m'avait promis des combats honnêtes, avec des épées et de la magie ! Je suis floué, et aveugle aussi ! Quand je vous retrouverai, je vous broierai les entrailles à coups de griffes !"

"My vision is impaired ! I cannot see !" se moqua Fergus d'une voix exagérément aiguë.

Le dragon lança immédiatement un nouveau jet de flammes, quoique plus petit, dans la direction d'où venait la voix.

"Ah, tout ce bon éther perdu, c'est bien dommage, quand même, j'aurais pu le sniffer !" "Sans compter que j'en ai reçu un peu moi aussi, et argh, ça pique. Je te plains. Qu'est-ce que je raconte ? Non, je ne te plains pas du tout !" Le dragon continuait à lancer de fins et furieux jets de flammes à chaque phrase. "En fait, j'aime narguer les dragons. C'est très con, un dragon !" "Et quand j'y pense, je suis très content d'avoir appris la ventriloquie quand j'avais deux mois et demie."

Le dragon mit quelques instants avant de comprendre les implications de la dernière phrase, et poussa un hurlement furieux. Mais il était trop tard, Fergus et Abigail s'étaient déjà éclipsés sur le côté qu'il avait négligé, et rejoignaient Vassili, Mairead et Lisa devant la porte, qui leur expliquèrent en quelques mots ce qui s'était passé.

"Nous partons maintenant !" cria Abigail à Ewen et Lukas. Ce n'était pas un ordre, pas vraiment, juste une promesse qu'ils les laisseraient derrière. Ewen, pourtant, semblait décidé à finir son combat contre Valdis et avait sauté de la balustrade pour le rattraper.

"Ne bouge pas." ordonna Lukas au Bonnet Rouge. Puis il lui asséna un coup redoutable du manche de sa hache, pour s'assurer qu'il suivrait les indications données, et se retourna en direction d'Ewen et Valdis.

"Vous ne me connaissez pas. Vous avez donc une excuse pour ne pas savoir que même si je dois mourir, je tiens toujours mes promesses." articula l'Eshu d'une voix méprisante. Ewen, toujours en garde, allait demander quelle était cette promesse. Mais avant qu'il ait ouvert la bouche, Valdis s'évanouissait devant lui et réapparaissait juste derrière Mairead.

En un éclair, il brandit de sa main gauche son épée pour frapper mortellement la jeune fille. Mais Lisa, avec une rapidité de reflexes surprenante, la poussa à terre ; Valdis, confus par le mouvement, incurva la trajectoire, frappant non Mairead, mais Lisa elle-même, qui s'était mise sur la trajectoire de l'épée.

La jeune humaine s'effondra à terre.

Le temps que Valdis tire son épée du corps dans lequel elle s'était plantée, Fergus avait déjà tiré sa canne-épée ; l'Eshu esquiva, mais fut stoppé par Ewen qui arrivait en courant de l'autre côté.

Lisa saignait abondamment, et Mairead la serrait dans ses bras, essayait de compresser la large plaie, l'appelait par son nom, embrassait ses joues, ses yeux fermés, son cou, ses lèvres...

"Votre jeune amie est-elle nécrophile ?" demanda Valdis, qui s'était vu confisquer son épée. "Ca ne m'étonnerait pas d'elle, au point où elle en est... Et cela expliquerait des choses, car l'humaine peut déjà être considérée comme morte..."

Ewen lui lança une gifle retentissante, qui le fit vaciller sur ses jambes un instant "Désirirez-vous donc ceci à ce point ?" demanda-t-il avec le même ton de politesse hautaine.

"Je crois pouvoir affirmer que je n'y aurais pas échappé de toute façon." répondit l'Eshu.

Mairead ne faisait aucune attention à lui. Elle continuait à espérer un mouvement de la part de Lisa, la main posée sur son coeur comme si cela pouvait l'empêcher de s'arrêter.

"Reviens..." murmurait-elle, "ne me laisse pas, s'il te plait... Lisa, Lisa, Lisa..."

Tous les autres les regardaient d'un air horrifié, formant un cercle autour d'elles.

Ewen serra fermement les deux poignets de Valdis, les égratignant un peu au passage, puis, levant la tête, lança de sa voix la plus autoritaire "Lukas ! Soigne-la, maintenant !"

"Je ne peux pas !" cria le Troll, paniqué. "Je ne peux pas le faire sur les humains, vous le savez bien !" Il sauta quand même de la balustrade, comme si se rapprocher pouvait faire changer la situation.

Vassili eut soudain une expression de surprise, et Abigail lui lança un regard interrogateur. D'un signe de tête, il lui désigna les deux jeunes filles.

"Ca va mieux..." murmura Lisa. "Tu peux arrêter de t'inquiéter, si tu n'en as plus envie."

Mairead écarquilla les yeux ; voulant voir la blessure de Lisa, elle constata que même s'il y avait toujours du sang partout, la blessure s'était presque refermée. "Que s'est-il passé ?"

"Tu as lancé un sort." informa Vassili, qui prenait soin de ne pas montrer un grand sourire de soulagement, par principe. "De façon assez efficace, d'ailleurs, pour une première fois. Tu n'avais jamais soigné quelqu'un ?"

"Non, non..." murmurait Mairead ; c'était maintenant Lisa qui la prenait dans ses bras, pour la réconforter.

"Bon !" s'exclama Ewen, abandonnant définitivement l'ombre d'air désolé qui était passée sur son visage. "Vote échec est manifeste, mais ce n'est pas fini. Il est temps que vous parliez, maintenant !" ordonna-t-il à Valdis d'une voix ferme.

"Est-ce qu'on ne pourrait pas partir plutôt ? Les dragons égarés au milieu de la cour me rendent nerveux..."

"C'est ce que je pense aussi." dit Lukas, bravant le regard meurtrier d'Ewen. Le Troll prit Lisa dans ses bras comme si elle ne pesait rien : "Nous avons déjà une blessée de trop."

Mais avant qu'ils aient pu commencer à discuter, encore moins prendre une décision, ils entendirent un bruit sinistre. Les portes de la cour, qui pourtaient avaient semblé ordinaire, se fermaient comme mues par un système mécanique. Elles traînaient de longues cordes, à demi-rongées ; un oeil observateur aurait pu distinguer le lièvre qui s'envolait, sa mission accomplie.

Lukas et Fergus se précipitèrent pour essayer de retenir les portes, sans aucun succès. Abigail, Vassili et Ewen se retournèrent brusquement en direction de la balustrade, pour découvrir les animaux de la grande salle qui se dirigeaient vers eux. Se voyant découverts, ils entamèrent un concert de cris agressifs.

"Je ne me fais pas aider !" s'exclama le dragon, "j'ai juste une armée à mes ordres, c'est différent ! Mais maintenant, ils vont quand même me dire où vous êtes, nananère !"

Ewen reprit son épée et se tourna en direction du dragon. Vassili le remplaça pour garder Valdis en vue, et commença à lui ligoter les mains.

"Par mesure de sûreté, on ne peut jamais savoir." murmura-t-il à l'Eshu. "Ou plutôt, si, on peut, donc je suis persuadé que vous me comprendrez, à défaut d'approuver."

"Je pense que tu devrais laisser la jeune fille à sa promise et t'occuper de ces petites choses, Lukas." ordonna à nouveau le Sidhe, en désignant la masse d'animaux qui s'approchaient d'eux sur le côté, la panthère en tête.

Abigail avait toujours son pistolet en main, et un des poulains roses se ruait sur elle, l'air beaucoup plus menaçant d'un coup.

Elle ne lui tira pas dessus ; ce fut Fergus qui se plaça devant elle, et qui, agitant sa canne-épée, convainquit l'animal de changer au moins temporairement de directions.

"Craignez le super-cure-dents !" s'exclama-t-il après un succès sur la première charge.

Lukas comptait affronter la panthère, mais cela aurait été bien plus facile si elle avait été seule, sans tous ces petits animaux qui, manifestement sans crainte de se faire écraser, brouillaient sa vision, griffaient ses jambes.

C'est alors qu'Abigail leva brusquement son pistolet, visant un point éloigné, haut, au bout de la balustrade.

"Un geste et je tire." C'était dit d'une voix calme, et pourtant, cela sembla couvrir un temps tous les piaillements et les grondements. Elle continua. "Je vous vois. Votre ami l'Eshu peut vous dire que je sais viser. Et maintenant, avancez, très lentement."

"Pour que vous puissiez me tuer plus facilement ?" lança une sorte de grondement animal.

Les animaux semblaient se diriger plus nettement contre elle, maintenant ; Fergus se sentait quelque peu nerveux, avec juste sa canne. Vassili se posta sur son autre côté, marmonnant des mots pour lancer un sort. Seuls quelques très petits animaux ailés, insectes ou petits oiseaux, arrivaient jusqu'à elle, mais elle les écartait de son visage avec sa main gauche, sans que son bras droit ne tremble. Un moineau voulut piquer sa nuque de son bec ; elle n'eut pas un cri.

"Vous me connaissez ?" lança-t-elle, la voix toujours déterminée, mais teintée de fureur. "Je suis Abigail de la cour de lumière. Quand j'offre la vie, je ne manque pas à ma putain de promesse, mais je peux aussi promettre de tirer si tu ne ramènes pas ton cul à la seconde !"

Le raton laveur baissa la tête, et avança dans le couloir.

"Et dites-leur de cesser ce combat tout de suite !" s'exclama encore Abigail. "Pas de blague - Mairead ici présente comprend tout ce que vous dites."

Il y eut beaucoup de cris de protestations quand l'ordre fut formulé, mais il fut tout de même relativement suivi - avec un encouragement des armes redoutables de Lukas et Ewen.

"C'est pas vrai ! Je proteste énergiquement !" s'exclama le dragon "Oui, on m'a parlé de ce que c'est, battre en retraite ! Mais justement, déjà à l'époque, j'avais dit que ce n'était pas drôle !!"

Welly, en poussant un grand soupir, s'avança jusqu'au centre de la cour.

Vassili et Fergus se dirigèrent vers lui. Vassili avait toujours en main le reste des liens qu'il avait utilisés pour Valdis.

"Elle est terrible, hein ?" murmura Fergus à l'oreille de l'autre Pooka. "Nous sommes dans la même galère, vieux. Au fait, content de te rencontrer ! Je suis sûr qu'on aurait pu devenir vachement potes, si je..." il prit un air d'héroïne tragique contrariée "si je n'étais pas vivement choqué en tant que membre de la société protectrice des requins. Sans rancune ?"

Quant à Vassili, il constata juste : "Tu n'aurais pas dû t'arrêter pour regarder. Tu n'as perdu que pour ça. Un champ de cadavres des deux camps ne te suffisait pas ?" Il l'attacha solidement, puis se releva : "Lukas, m'accompagneras-tu pour le troisième larron ? J'ai le soupçon qu'il a la composition à ne pas se laisser faire. Ce n'est pas que j'accorde un prix particulièrement important à ces jeux de fils, mais mieux vaut ne pas être contrariés pendant que nous tâcherons de passer cette redoutable porte."

"Vous avez eu de la chance," dit Ewen à Abigail, "que celui qui mène l'attaque soit un lâche."

"Je le connaissais, et il n'est pas un lâche ! A moins que vous appeliez ainsi toute personne qui aime mieux vivre que mourir !" s'exclama Abigail. "Et qui ne réfléchit pas beaucoup aux troisièmes choix, il est vrai." ajouta-t-elle plus calmement.

Fergus accourait vers elle : "Alors ! Dis-nous ce que tu allais lui tirer dessus ! Du feu, de la glace ? Du chocolat en intraveineuse pour lui refiler le diabète ? Tout le monde veut savoir !"

"Et tout le monde ne saura pas." répondit Abigail. "C'est un secret." Puis elle se hissa sur la pointe de ses orteils, s'appuya sur l'épaule du Pooka, et lui murmura à l'oreille "Mais toi, tu peux savoir. Honnêtement ? Il n'y avait rien, je n'avais pas eu le temps de recharger. Et de toute façon, je ne tire pas si bien que ça..."

"Je comprends ! Tu es juste spécialisée en mains d'Eshus, alors !" continua-t-il, sur le même ton étouffé.

"Oh, ça. Ce sont des balles magiques. J'en ai vraiment très peu. Et elles ne peuvent pas tuer, juste sauver."

"Mauvaise fille..." murmura la Pooka.

Abigail eut un sourire sarcastique "Je sais. Il fallait bien le faire, pas vrai ?"

Lukas et Vassili étaient remontés, et la précaution prise par Vassili s'était révélée utile. Le Bonnet Rouge était encore faible, mais conscient.

"Mauvais timing, crétin !" cria-t-il à Welly quand il ne put plus feindre le sommeil.

"Ils allaient partir de toute façon, j'aurais voulu t'y voir !"

"Je serais mort au combat, mais avec les honneurs !"

"Ouais, ben heureusement que la stupidité n'est pas contagieuse ! Ou alors, c'est purement sexuellement transmissible, ça expliquerait des choses !"

Fergus posa un genou sur une pierre qui se trouvait opportunément au centre de la cour, croisa les bras d'un air inspiré, regarda l'horizon, et annonça : "L'histoire se souviendra qu'aujourd'hui nous avons vaincu un dragon, deux vaillants guerriers, une armée de Chimères, et un raton laveur !" Puis, il ajouta, très bas "C'était impossible de résister à celle-là."

Lisa et Mairead, apparemment indifférentes aux tracasseries de l'après-victoire, s'étaient assises dans un coin et s'embrassaient tant qu'elles pouvaient.

"L'une d'entre elles a-t-elle seulement la notion qu'on ne couche pas ensemble en public ?" demanda Ewen à Abigail en détournant la tête, vaguement gêné.

Mais Vassili vint lui épargner la confirmation ou l'infirmation de ses théories, en venant demander "Mairead ? Puisque tu parles le langage des animaux, peux-tu leur demander poliment de se retirer dans leurs quartiers ? Nous aurons besoin d'un peu de tranquillité, le temps de nous débarrasser de cette encombrante porte."

"Pourquoi tant nous dépêcher ?" demanda Ewen. "La fille Nocker pourrait réparer la porte, j'en suis certain."

"Elle pourrait aussi construire de quoi descendre en sûreté notre blessée par une fenêtre. répondit Vassili. "Mais cela prendrait du temps. Plus vite nous aurons quitté ce lieu, mieux nous nous trouverons."

"C'est là que je ne suis pas d'accord !" s'exclama Ewen. "Nous avons conquis cette forteresse grâce à la surprise, et aussi un peu de chance ; nos forces ne sont pas si clairement supérieures. Il serait stupide de partir et de perdre le droit sur ce qui s'y trouve et sur nos prisonniers, quand nous pourrions les réclamer au nom de la Cour de Lumière."

Mairead les observait sans plus comprendre ce qu'elle devait faire ; elle interrogea Lisa du regard.

"J'aimerais sortir." dit la jeune humaine. "Il y a de mauvaises choses ici."

"OK ! Attends-moi !"

Sans plus prêter attention à Vassili et Ewen qui se disputaient toujours, elle commença à rassembler les animaux, frappant dans ses mains et parlant d'une voix chaleureuse qu'on aurait plus attendue d'un guide touristique que d'un soldat des forces adverses.

"Ceci est une opération pour délivrer des prisonniers !" s'exclama le Bansidh. "Nous agissons au nom de la comtesse du Roussillon, et nous ne sommes clairement pas venus ici pour déclencher une guerre ! Jusqu'ici, nous restons dans les limites des escarmouches acceptables. Ce que vous suggérez en sort."

"He bien, j'agis au nom du duché d'Occitan, et vous n'en porterez pas la responsabilité. En ce qui me concerne, nous sommes déjà en guerre."

Lukas s'avança : "Je pense que, indépendamment de tout autre plan d'action, nous devrions au moins faire sortir les jeunes filles. L'une d'entre elles est toujours blessée."

Puis, sans attendre un mot d'approbation, il se dirigea vers la porte et commença à la défoncer méthodiquement, à l'aide de sa lourde hache. Ewen ouvrit la bouche comme pour le rappeler, mais n'en fit rien.

"Oh." répondit Vassili à Ewen d'un ton infiniment sarcastique. "He bien, si vous tenez à transformer tout ceci en tentative d'invasion de notre comté par un jeune prince trop ambitieux, peut-être serait-il temps pour nous de changer de camp."

"Vous plaisantez ?" Ewen ouvrit de grands yeux.

"Ai-je ce genre d'expression quand je plaisante ? Oui, peut-être bien en fait. Mais non. En ce moment, je suis très sérieux."

"Vos amis ne vous suivront jamais !"

"Abigail vous dirait exactement la même chose que moi. Cela sonnerait peut-être moins comme une menace ; elle est douée pour ce genre de choses."

Le Sidhe hésita. "Dame Alexandrine vous punira lourdement pour cela !"

"Peut-être." répondit Vassili. Contrairement à son interlocuteur, ce genre de considérations semblait n'avoir aucun poids pour lui.

"Je vois. He bien, j'espère qu'au moins, interroger les prisonniers pendant que nous sommes coincés ici ne contrevient pas à votre sens de la diplomatie."

"Cela ne contrevient à rien." assura le Bansidh.

Pendant ce temps, Abigail était allée examiner à nouveau les blessures de Lisa. C'était toujours plus qu'une simple égratignure, et elle avait du mal à marcher ; mais cela ne semblait pas dangereux.

"Cela ne fait pas mal ?" demanda-t-elle.

"Un peu. Mais beaucoup moins que certaines blessures passées ou futures. Au fait, je ne t'ai pas présenté mes amis ? Voici Sharky, Mortimer, et aussi mon lacet de chaussures, qui n'a pas de nom."

"Pourquoi ne lui en donnes-tu pas un ?" demanda Abigail.

"Oh, je n'en ai pas de rechange."

Ewen les interrompit : "A votre avis, Abigail, lequel de nos prisonniers parlera le plus facilement ?"

Elle réfléchit rapidement à la question : "Aucun. Valdis ment très bien, Welly ment... disons qu'il ment, et Rryrch me semble préférer mourir plutôt que de parler. Vous êtes tombé sur un mauvais échantillon, Seigneur Ewen."

"He bien je m'en contenterai !" s'exclama le Sidhe.

C'est vers Valdis qu'il se dirigea, l'attrapant par le col, le secouant : "Il est maintenant temps de nous dire ce qui se passe ici."

"Vous auriez certainement pu nous tuer." répondit l'Eshu. "Mais pas apprendre quelque chose de nous. Ne vous sentez pas tout-puissants."

Une sorte de flamboyance enveloppa Ewen, presque douloureuse à regarder. "Vous allez me dire tout ce que vous savez !" gronda-t-il, portant l'Eshu attaché à bout de bras. "Quel est votre objectif ?"

"Créer... une armée..." murmura Valdis, comme si la parole lui était difficile, "pour attaquer... le palais... de la Comtesse Alexandrine..."

"Pourquoi cela ?"

"Parce que c'est amusant !" la réponse était donnée sans hésitation cete fois. "Parce que depuis des siècles, nous n'avons jamais eu d'occasion si glorieuse !" Ewen hésita : "Et celui qui vous commande, quels sont ses buts ?"

"Il veut..." Une fois de plus, l'Eshu se battait contre la contrainte mentale, sans y parvenir. "Il veut... un objet... qui lui appartient."

"Rien de nouveau, donc." murmura le Sidhe. Puis, impérieux à nouveau : "Et les autres objets ? Sont-ils ici ?"

"Non... Il les garde... sur lui..."

Ewen aut un soupir de déception, mais poursuivit : "Quel est votre plan ? Comment comptez-vous vaincre avec des forces si réduites ?"

"Nous ne... comptons pas... Nous ne... sommes pas... Avec nous..." Il sembla reprendre ses esprits "Va au diable ! Je ne dirai rien !"

"C'est un peu tard pour cela." Ewen eut un sourire supérieur, mais n'insista pas, laissant retomber l'Eshu à terre dans un geste artistique.

Pendant ce temps, Lukas avait fini de défoncer la porte, refusant l'aide de Fergus qui se demandait si faire sauter tout le château par un placement adéquat de nitroglycérine ne serait pas plus rapide.

Ewen semblait avoir perdu la plus grande partie de son intérêt pour le château, maintenant, et suivit les autres alors qu'ils passaient par l'interstice taillé à la hache. Ils partirent sur le chemin, le plus rapidement possible, éclairés par la lumière de la lune.