Chapitre 21 Ayame

Les deux policiers les escortèrent tranquillement jusqu'au bâtiment des Nations Unies. Ils restèrent parfaitement silencieux, par peur d'éventuelles représailles. Mais Kaname n'avait pas l'intention de leur faire le moindre tort, après tout, ils ne faisaient que leur travail.

Si tôt descendus de voiture, ils purent enfin se parler librement. Et bien sûr Ayame avait parfaitement relevé que Sosuke s'était présenté comme le fiancé de sa sœur, et qu'ils étaient dans les bras l'un de l'autre quand elle les avait rejoints. Alors les questions recommencèrent une nouvelles fois. Mais Kaname n'y prêtait plus vraiment attention. Elle était dans son monde, tenant la main de son prétendu fiancé, et ça lui convenait parfaitement.

Elle se présenta à l'accueil et on l'informa que son père était disponible.

Ils furent dirigés dans l'immense édifice vers le département chargé des questions écologiques et trouvèrent rapidement le bureau de Shunya qui les attendait. L'hôtesse l'avait prévenu de leur arrivée.

Il les accueillit tranquillement notant au passage le changement de comportement de sa fille, mais se retenant de tout commentaire. A quoi bon risquer une dispute de plus, ils ne faisaient que se tenir la main… Il fut ravi d'apprendre que l'après-midi s'était bien passé, et qu'il n'avait pas eu de problème. L'incident entraînant l'intervention de la police fut bien sûr garder sous silence. Pas la peine de l'inquiéter pour rien. Et pour une fois, Ayame réussit à tenir sa langue. Elle avait comprit qu'il valait parfois mieux ne pas tout avouer.

Comme il ne pouvait rentrer avec eux tout de suite, il leur proposa d'appeler Hassen pour le trajet du retour. Ayame pesta, mais il lui expliqua qu'il avait plusieurs dossiers à finir, mais lui promit de ne pas trop tarder. Il les raccompagna jusqu'au parking, et demanda à son chauffeur de revenir le chercher en fin de journée.

Kaname se pelotonna contre Sosuke. Elle semblait avoir complètement oublier le monde extérieur. Elle ne voulait pas se détacher de lui. Sa sœur essaya plusieurs fois de faire des remarques et de comprendre ce qui s'était passé, mais elle fut royalement ignorée. Sosuke lui demanda simplement de ne pas ébruiter l'incident. Il était un peu mal à l'aise par le comportement de Kaname, mais n'avait pas vraiment à s'en plaindre. Il aimait bien la sentir contre lui.

Hassen ne fit aucun commentaire lui non plus. Il se contenta de sourire en les voyant ainsi dans son rétroviseur. Il avait parfaitement compris quand il les avait vus à l'aéroport qu'il y avait beaucoup plus qu'une simple amitié entre eux. Le gamin veillait sur la fille de son patron comme une louve sur ses petits et elle se tenait toujours près de lui, guettant toujours son approbation du regard avant de faire quoi que ce soit. Il ne savait rien du passé trouble de Kaname mais devinait qu'ils avaient du vivre des moments difficiles ensemble. Il y avait entre eux une complicité qui n'existe pas même chez des couples de longues dates. Ils se faisaient confiance et se respectaient bien au-delà de la norme.

Malgré la circulation, le trajet ne prenait pas longtemps. Hassen les accompagna jusqu'à l'appartement, puis repartit vers ses quartiers. Il avait une pièce réservée pour lui à coté de l'ascenseur, où il pouvait rester quand il devait attendre son patron. Il y avait installé un bureau avec son matériel de sécurité pour toujours surveiller les allés et venus de l'immeuble.

Sosuke partit ranger ses affaires et Kaname partit se changer. Elle en avait assez de ses vêtements poisseux. Ils n'étaient plus humides depuis longtemps, mais l'eau du lac n'était pas des plus propres, et elle avait l'impression de sentir le moisi. Elle opta donc pour une tenue plus propre et confortable et redescendit rapidement se faire du thé seulement couverte d'un débardeur à bretelles spaghetti et d'un mini short en lin blanc.

Ayame lisait tranquillement sur la terrasse, profitant du soleil de la fin de journée, moins écrasant que dans l'après-midi. Elle avait préféré laisser les deux amoureux seuls, n'aimant pas particulièrement tenir la chandelle.

Sosuke s'était assis dans le fauteuil pour regarder les informations mais Kaname était venue se mettre sur ses genoux, et semblait prendre à malin plaisir à le déconcentrer. Elle lui mordillait le cou et n'arrêta pas de l'embrasser. Il n'allait pas se plaindre, pas il trouvait ses démonstrations d'affection un peu voyante. Ils n'étaient pas seuls, même si sa sœur n'était pas directement à coté d'eux. De plus, il était surpris de la sentir aussi câline envers lui. Il ne l'imaginait pas comme ça. Non pas qu'il l'ait vraiment imaginé dans ce genre de circonstance...

Kaname se blottissait de plus en plus contre lui. Il prenait chaud. Elle commença à tortiller ses doigts dans ses cheveux, prenant un air absent. Elle semblait perdue dans ses pensées, mais ne se décollait pour autant, bien au contraire.
"Sosuke..." Sa voix n'était qu'un murmure. Elle releva la tête et la posa au creux de son cou. Elle n'osait pas le regarder en face. Mais elle devait lui poser la question. Elle devait savoir. Même si c'était prématuré.

"Tu... tu resteras avec moi cette nuit ?" Elle le sentit se crisper. Il rougit un peu et regarda pour la fenêtre. Mais rien dans le paysage ne pouvait l'aider. Il ne fit d'ailleurs pas très attention à ce qui se passait dehors. Il passa simplement son bras autour de la taille de Kaname, pour le tenir contre lui et lui répondit :

"Si ça peut t'aider à dormir, aucun problème."

Elle avala sa salive avec difficulté. Le plus dur était à venir, mais elle se lança sans prendre la peine de réfléchir : "Je ne parlais pas pour dormir, justement."

Elle ne voulait pas passer pour une fille facile, mais elle était sûre de ses sentiments et qu'ils étaient partagés. En plus, elle avait besoin que ce soit lui, et assez rapidement, maintenant qu'elle savait que la menace était de plus en plus forte. Mais ça, bien sûr, elle ne pouvait pas le lui expliquer. Difficile de demander ce genre de chose sans en donner toutes les raisons. Quelque part, elle avait le sentiment de le trahir, une fois de plus. Même si elle en avait envie, elle ne pouvait pas lui révéler toutes ses motivations. Elle retint sa respiration en attendant sa réponse.

Sosuke n'en revenait pas. Bien sûr, il se doutait que ça finirait par arriver, mais il ne pensait pas que ce serait aussi vite. D'un autre coté, déjà le matin, elle s'était montrée relativement entreprenante, et même s'il croyait avoir été clair, son comportement actuel montrait bien qu'elle continuait d'espérer des choses dont il ne sentait pas vraiment capable. Pourtant, quand il avait embrassé tout s'était fait naturellement. Il n'avait pas réfléchi, et tout s'était bien passé. Alors peut-être que pour le reste, tout se passerait de la même façon... Et il serait malhonnête de dire qu'il ne voulait pas...

"Aucun problème, Kaname."

Elle l'embrassa. Comme pour lui donner un avant goût de ce que la nuit lui réserverait. Elle sourit et comme si elle devinait ses angoisses, elle le rassura : "Ne t'inquiète pas, ça se passera bien. Je te montrerai..." Et elle se colla à nouveau à lui, redécouvrant une fois de plus ses lèvres.

Il se laissait complètement dépasser. Il n'était pas sûr de comprendre ce qu'elle avait voulu dire, mais il lui faisait confiance. Elle savait visiblement ce qu'elle voulait, alors il la laisserait faire. Il resserra un peu son étreinte, encourageant un peu plus son baiser, explorant sa bouche avec la sienne.

Ils étaient dans leur monde, déconnectés de la réalité. C'est pourquoi ils ne prêtèrent aucune attention au bruit de l'hélicoptère à coté de la terrasse. Sans doute une ronde... Ni les bruits de pas sur le toit... Le temps qu'ils réalisent, il était déjà trop tard.

Ayame cria et les ramena à la réalité. Plusieurs hommes masqués et armés sautaient du toit. Ils balancèrent des fumigènes dans le salon pour limiter les possibilités de contre-attaque. Cette fois ils étaient sérieux et parfaitement briefer sur leurs adversaires. Certains étaient passés par l'étage, d'autres arrivaient directement sur la terrasse. La seule chose qu'il n'avait pas prévu était l'intervention du chauffeur. Ils ne savaient pas qui il était, ni qu'il était compétent en combat rapproché.

Hassen sortit précipitamment de son bureau après avoir entendu crier. Il comprit tout de suite l'ampleur du problème et se posa au pied des escaliers pour limiter les sources d'invasion. Il avait beau ne pas être armé, il réussit à stopper deux assaillants d'un coup bien placé dans le bas du ventre, et l'autre derrière la nuque. De son coté, Sosuke mit Kaname à l'abri sous le fauteuil et se lança à l'attaque. Il n'avait pas besoin de les voir pour sentir ses adversaires. Il se laissait entièrement guider à l'instinct. Il avait confié son taser à Kaname, au cas où elle se ferait approcher de trop près. Il sortit son Glock et se précipita sur l'ennemi. Mais ils portaient des gilets par balle, donc son arme ne lui serait d'aucune utilité. Heureusement, il avait toujours son couteau de combat et l'attrapa rapidement. Il s'approcha suffisamment pour un attraper par derrière et lui planta sa lame sous les cotes. Il ne le tua pas à cause de la proximité des civils, mais le blessa assez gravement pour l'empêcher d'avancer. Il se dirigea allers vers la terrasse où Ayame criait toujours. Elle était seule contre aux moins trois hommes parfaitement entraînés.

Dès que la fumée se dispersa, Kaname se releva et fonça à la cuisine récupérer des couteaux. Elle voulait en donner un à Hassen, toujours au corps à corps avec ceux qui arrivaient de l'étage. Le taser ne servirait à rien avec leur protection.

Ils n'étaient plus que deux, mais ils étaient armés, et risquaient d'utiliser leur mitraillette à tout moment. Tout ça rappelait de mauvais souvenirs à Kaname. Son dernier jour à Tokyo. Les ennemis qui arrivaient de tous les cotés. Les combats. Les gens impliqués qui n'avaient rien à se reprocher. L'odeur du sang.

Elle se retourna d'un coup en entendant crié. Hassen venait de briser la nuque d'un de ses adversaires. Ce qui ne mit pas les autres de bonne humeur et ils pointèrent leurs armes sur le pauvre chauffeur. Alors elle ne réfléchit pas et lança le couteau. Elle avait toujours doué au softball. Elle était même la meilleure lanceuse de son lycée. Et d'ailleurs, elle confirma une fois de plus ses talents. Le couteau arriva dans le bras de celui qu'elle visait. Hassen ne chercha pas à comprendre. Il saisit l'arme, faisait hurler de douleur son adversaire et prit son corps pour faire bouclier. Il recula pour rejoindre Kaname à la cuisine, le couteau toujours en appui sur le cou de son assaillant. L'autre n'hésita pas longtemps et tira. La rafale ne les atteignit jamais, le corps leur permit d'éviter les balles, le temps de se planquer sous le comptoir. Il ne restait qu'un cadavre ensanglanté à l'entrée de la cuisine. Utilisant la lame du couteau comme miroir, Hassen jeta un oeil au salon, sans sortir de sa cachette. L'homme à la mitraillette fonçait sur Sosuke.

Il ne pouvait pas se déplacer rapidement avec son adversaire en bouclier. Voyant que personne ne faisait attention à lui, il le lâcha après l'avoir soigneusement désarmé et se faufila pour les prendre à revers. Ayame se débattait comme une furie, mordant et criant autant qu'elle pouvait. Ce n'est que quand l'un d'entre eux pointa son arme sur sa tempe qu'elle redevint silencieuse. C'est à ce moment-là que Sosuke entendit crié dans l'autre direction. Il se retourna vit Hassen tenir un corps pour se protéger. Il reconnut le bruit d'une AK, mais faisait confiance à l'ancien combattant de la liberté pour tenir Kaname à l'abri. Il s'avança sur la terrasse, se cachant derrière le banc pour ne pas se faire repérer.
Soudain, il reconnut le signal des Moudjahidin. Il se retourna juste à temps et sauta pour éviter la rafale.

Malheureusement il était à découvert. Les trois ennemis sur la terrasse le regardèrent avec surprise. Puis le plus petit des trois s'approcha, laissant Ayame aux bons soins de ses acolytes.

"Sagara... J'ai tellement entendu parler de toi. C'est un honneur."

Une femme. Voila pourquoi elle était plus petite que les autres. Il connaissait cette voix, mais il n'arrivait pas à la situer. Si seulement il pouvait s'avancer un peu plus, il aurait accès au détonateur qu'il avait mit en place la veille. Il lui fallait une diversion.

"Je serai ravi de te retourner le compliment, mais avec ce masque, c'est difficile..." Il parlait calmement, sans la moindre trace de peur ou de colère. Elle sourit et répondit : "C'est vrai que je ne me suis pas présentée. Mais je ne suis pas sûre que mon visage te dise grand chose. La dernière fois que nous nous sommes affronté, on ne s'est pas vu non plus. Je n'ai su qu'après que c'était toi."

Il parut surpris par cette remarque mais ne posa pas de question. En fait, ça ne l'intéressait pas. Il se décalait lentement vers sa gauche, pour se rapprocher le plus possible de la rambarde. Plus que quelques pas. Il regardait droit devant lui, et fut stupéfait par ce qu'il avait en face. C'était la diversion dont il avait besoin.

Hassen avait crié pour empêcher l'ennemi d'atteindre sa cible, mais il en avait aussi profité pour sortir de sa cachette et bondir rapidement derrière le fauteuil. L'homme à la mitraillette jura, mais ne remarqua pas que son adversaire s'était rapproché. Il regardait vers la terrasse et ne faisait pas attention à ce qui se passait derrière.

Kaname, elle, ne quittait pas sa sœur des yeux. Elle était tenue par deux hommes et le troisième avait mit une arme sur sa tempe. Puis il l'avait laissée pour se diriger vers Sosuke. C'était sa seule chance. Elle resserra son emprise sur son couteau et se faufila dans la chambre d'Ayame. Elle ouvrit doucement la porte-fenêtre et se retrouva derrière les deux hommes. Elle chercha Sosuke du regard pour un encouragement et reconnut parfaitement la voix de celle qui lui parlait. Elle ne s'était donc pas trompé tout à l'heure dans le parc. Pourquoi était-elle ici ? Ses motivations pour le moment étaient claires, mais elle était tout de même surprise.

Elle continua d'avancer en silence, puis Sosuke se passa la main dans les cheveux et elle attaqua. Elle prit un profonde inspiration et planta la lame dans le côté du dos de celui qui tenait sa sœur et ordonna à celle-ci de courir. Sosuke profita de l'occasion pour sauter vers la rambarde et déclencher les explosifs. Dans le brouhaha ambiant, Hassen put lui-aussi passer à l'action et se jeta sur l'homme à la mitraillette. Il ne réussit pas le désarmer, mais lui bloquait déjà un bras et réussit à le tenir en respect, sa lame sous sa gorge.

Après avoir poignardé le premier assaillant de sa sœur, Kaname menaçait le deuxième avec son couteau. La blessure n'était pas mortelle, mais profonde, et il perdait beaucoup de sang. Elle en avait plein les doigts, mais essaya de ne pas y penser.

Tout aurait été parfait si la jeune femme avait été moins rapide, elle attrapa Ayame qui se précipitait vers le salon et sortit elle aussi un Glock de sa ceinture. Elle regarda Sosuke, toujours par terre, et attendit que la fumée se disperse. Il n'était pas armé, seulement un couteau, et ses alliés avaient les mains prises. Elle était donc tranquille. Elle se retourna vers Kaname et lui sourit. Ayame essaya de se débattre et de lui mordre le bras mais celle-ci réagit tout de suite :

"Je n'ai pas vraiment envie de te tuer, mais ça ne va pas à l'encontre de ma mission."

Kaname serra les dents et demanda : "Qu'est-ce que tu veux ?"

La jeune femme la dévisage et ôta son masque, révélant un visage lisse et impassible, ainsi que des cheveux blonds coupés aux épaules.

"Allons, mademoiselle Chidori, vous devez bien avoir une idée." Puis elle enclencha sa radio et rappela son hélico.

"Jamais je ne retravaillerai pour lui !"

La blonde haussa les épaules et remplaça son arme dans sa poche. "C'est ce que je lui ai dit, mais il voulait tout de même essayer. Je l'ai prévenu que vous étiez têtue, mais il ne veut rien entendre. Peut-être qu'elle, il l'écoutera..." Elle désigna sa prisonnière en souriant. Kaname pâlit. Elle ne pouvait pas être sérieuse. Elle n'allait pas emmener sa sœur ?!
"Tu crois qu'on va vous laisser partir ? Tu rêves..."

Sosuke s'était redressé et semblait prêt à l'attaque. La jeune femme regarda tranquillement la brune en face d'elle. Elles se connaissaient bien maintenant, mais pourtant, elle savait qu'elle ne ferait rien.

"Vous n'allez pas tuer cet homme. Les deux autres ont l'habitude du combat, mais pas vous. Et comme je l'ai déjà dit, je n'ai pas pour mission de la tuer, mais je peux le faire. Je n'aime pas m'en prendre aux enfants, mais vous ne m'avez pas laissé le choix, n'est-ce pas ? Alors vous allez me laisser partir, moi et mes hommes, sinon, vous dites adieu à votre sœur."

Kaname n'eut pas le temps de répondre. Le bruit de l'hélicoptère coupait court à tout dialogue. Elle fit signe à Hassen de laisser filer l'homme qu'il avait entre les mains. Il ramassa ses collègues et monta dans l'hélico. Elle relâcha également celui qu'elle tenait en respect et le vit s'échapper avec celui qu'elle avait blessé. Elle avait encore son sang sur les doigts. Elle se rapprocha de sa sœur et lui tendit la main. Elle espérait un échange, mais la blonde avait des ordres. Elle tenait à ses hommes, mais les aurait sacrifiés sans problème pour obtenir ce qu'elle était venue chercher.

La jeune femme cria pour être sûre de se faire entendre : "C'est vous ou elle, mademoiselle. Je vous promets qu'il ne lui arrivera rien, mais je ne peux pas rentrer les mains vides. Merci pour mes hommes." Là-dessus, elle attrapa l'échelle et fit signe au pilote de lever le camp.

Kaname resta interdite pendant que Sosuke la prenait dans ses bras. Il ne comprenait pas pourquoi elle les avait laissés partir, mais préférait attendre un peu pour lui poser la question. Il la raccompagna au salon, essuya le sang sur sa main et son bras et la posa sur le canapé.

Elle resta figée, le regard vide, incapable de bouger. Ca avait recommencé. Les cris, le sang, les explosions... Cette fois, c'était sa sœur qu'elle avait mise en danger, qui était en danger. Sosuke restait à coté d'elle, lui tenant la main pendant qu'Hassen nettoyait ce qu'il pouvait. Ils savaient à qui ils avaient à faire, pas la peine de relever les empreintes ou de faire analyser leurs armes. Le mieux était encore de ne toucher à rien en attendant l'arrivée de la police. Et de Shunya. Quand Hassen proposa de l'appeler, Kaname sembla retrouver la réalité. Elle devait se battre, sinon il serait le prochain. Elle se relava, prit le téléphone et appela son père. Il fallait le prévenir, non seulement son chauffeur était en retard, mais en plus, sa fille s'était fait enlever, à cause d'elle et de sa trop grande négligence. Sosuke l'avait mise en garde. Mais elle n'avait pas pu s'en empêcher. Si elle ne s'était pas jetée sur lui, tout ça ne serait pas arrivé !

Elle expliqua la situation à son père et envoya Hassen le récupérer le plus vite possible. Pendant ce temps, elle monta préparer ses affaires et demanda à Sosuke de faire de même. Ils ne pouvaient plus rester ici, ils étaient une menace pour tout le monde.

Quand Shunya arriva, il fut horrifié par le spectacle qu'offrait son appartement. Heureusement, Hassen et Sosuke avaient déjà fait disparaître les plus grosses traces de sang. Mais il eut tout de même la nausée devant le corps à moitié déchiqueté qui restait à l'entrée de la cuisine. Ils n'avaient pas pu l'enlever, pour la police. Kaname rejoignit son père dans le hall, son sac sur l'épaule. Il fut plus que surpris de la voir aussi déterminée dans de telles circonstances. Il réalisait enfin ce par quoi elle avait du passer. Ce n'était pas la première fois pour elle. Elle connaissait ce genre de choses. Ces scènes de morts et d'apocalypse. Elle les avait déjà vécues, peut-être même plusieurs fois. Elle le prit dans ses bras et lui expliqua rapidement la situation.

"Je suis désolée, papa. Tout est ma faute. Je voulais vous épargner tout ça, et en fait, en venant vous voir, je n'ai fait que vous mettre en première ligne. Mais je vais réparer. Ne t'inquiète pas pour Ayame. Je la ramènerai. En un seul morceau. Ils ne lui feront rien, je te le promets." Elle sourit tristement à son père et se tourna vers Sosuke :

"Tu as prévenu Tessa ?" Il parut surpris. Il n'avait pas eu deux minutes, et très franchement, il n'avait plus pensé à elle depuis qu'ils étaient arrivés. Mais effectivement, il fallait l'informer.

"Papa, il nous faut une voiture." Son père acquiesça et lui tendit les clés de la berline. Kaname ajouta calmement :

"Non, il me faut quelque chose de plus discret" Shunya sourit et répondit : "Possible, mais elle est blindée. Au moins vous serez en sécurité."

"Ne t'inquiète pas pour ça, maintenant ça ira. En plus, je ne suis pas sûre qu'on puisse te la rendre." Il soupira et partit chercher l'autre trousseau.

Elle le remercia et fit signe à Sosuke.

Elle salua Hassen, le remerciant pour son aide et après un dernier signe à son père, elle se dirigea vers l'ascenseur, avec son garde du corps.

Une fois seuls, il demanda : "Qu'est-ce que tu comptes faire, maintenant ?"

Elle le regarda droit dans les yeux et répondit calmement : "On va à Norfolk, il nous faut de l'aide pour la récupérer."

Puis elle le dirigea vers le fond du parking vers une vieille Ford blanche. Il parut surpris, mais ne posa aucune question. Il prit les clés qu'elle lui tendait et se mit au volant. Kaname monta dans la voiture, et posa son sac sur le siège arrière.

"Je m'étais pourtant jurée de ne plus jamais monter dans une voiture que tu conduirais..."

Elle avait un sourire triste et il se souvint de leur dernière escapade en voiture, qui avait plutôt mal fini. Il avait envie de lui demander des explications pour ce qu'elle avait fait plus tôt, savoir qui était cette femme, pourquoi elle avait attaqué cet homme, avec un couteau en plus. Qu'elle lui dise ce qu'elle ressentait, qu'elle crie, qu'elle pleure, au moins qu'elle exprime une émotion. Mais elle en semblait incapable pour le moment. Elle était dans un autre monde. La seule chose qu'elle lui dit se résumait au pire : « Je dois voir Leonard. »

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Voilà, comme promis, j'en ai fini des aventures familiailes et NewYorkais de nos héros. Fini les grandes scéances de roucoulades sous la lune. Maintenant on passe à l'action. Pour info, la blonde, c'est la femme de chambre de Kaname quand elle était chez Leonard. Pour ceux qui ne l'auraient pas reconnue. Je n'en dis pas plus, il n'y a pas grand chose sur elle dans le roman. Et moi, j'en dirai plus dans le prochain chapitre.