- Belle.

Son prénom, chantonné par son accent encore plus prononcé sous le coup de l'émotion, aurait provoqué la chair de poule sur toute la surface de sa peau si elle n'avait pas été lézardée.

- Je suis là, assura-t-elle en relevant la tête.

Il plongea son regard noisette dans celui de sa femme. Il y discerna ce petit quelque chose, cet éclat, qui ne pouvait appartenir qu'à la princesse héroïque qui avait su conquérir son coeur empoisonné par le Mal.

Il n'y avait aucune trace de ce Mal pour l'instant dans ses yeux bleus qui luisaient un peu trop.

- J'ai eu tellement peur pour toi, avoua-t-elle tout bas. Victor m'avait dépeint un diagnostic plus qu'incertain et ... j'ai laissé Lacey prendre le dessus. Elle était bien plus à même que moi à gérer cette peur qui me tétanisait.

- Je vais bien, affirma-t-il. Grâce à toi. Si tu n'avais pas été là, je ne serais plus de ce monde. Il me faudra encore un peu de temps pour récupérer la pleine capacité de mes mouvements mais ça finira par rentrer dans l'ordre.

- Et grâce à toi, j'ai pu quitter cette horrible pièce, lui retourna-t-elle le compliment, en frissonnant d'effroi à l'idée de ce à qui aurait pu advenir.

- Je n'aurais jamais permis que ça arrive, assura-t-il.

- Tant mieux. Je n'osais pas imaginer ce qui aurait pu t'arriver quand j'étais séquestrée là-dessous, lui confia-t-elle.

- Et moi, je suis content d'avoir pu te sortir de là et de pouvoir constater que tu es toujours bien présente.

- Le combat est exténuant.

- Je sais, souffla-t-il. Mais petit à petit on finit par trouver un certain équilibre.

- Je ne veux pas trouver l'équilibre. Je veux redevenir moi-même. Je veux pouvoir prendre mes propres décisions sans aucune hésitation quant au choix qui sont les miens ou non.

- Personne ne décide de ton sort à part toi, cita-t-il, un sourire naissant au coin de sa bouche au souvenir florissant à sa mémoire.

- Exactement ! renchérit-elle, en se pressant un peu plus contre lui.

- J'aurai dû penser à ça quand j'ai tenté de te faire quitter Storybrooke, ponctua-t-il.

- Ça, je ne te le fais pas dire, le sermonna-t-elle en se dégageant quelque peu de son embrase pour l'observer avec minutie.

La fatigue était évidente sur ses traits tirés, et son teint, bien trop pâle.

Les oeufs étaient froids mais l'eau frémissante siffla dans la bouilloire sur le gaz et, à regret, elle recula d'un pas pour s'acquitter de la tâche.

Sa main tremblait quand elle versa l'eau chaude dans la théière.

- Viens t'asseoir l'enjoint-elle, en s'installant sur le banc de bois, accolé à la table.

D'un petit tapotement de la main, elle invita l'homme responsable des galops de son coeur à prendre place à ses côtés.

Rumple s'exécuta mais le moment était passé et la tension était palpable dans la pièce, tandis que chacun des protagonistes reprenait ses esprits et attendait de voir qu'elle serait le mouvement suivant de l'autre.

Il pondéra un instant ses prochaines paroles.

La jeune femme perdit patience la première.

- Tu ne me détestes pas ? Pour ce que je suis, je veux dire. Je sais que ton but était de m'éloigner de Storybrooke pour m'épargner ce sort, justement.

- Je ne dirai pas que je suis heureux de la situation, mais compte tenu des circonstances, je ne vois pas comment je pourrais t'en tenir rigueur.

Il posa sa main, tendre et rosée, sur la sienne aux reflets cobalt, lisse et écailleuse comme celle d'un reptile, dans un geste apaisant.

Quoi qu'il se passe, quoi qu'elle soit devenue, il savait qu'il l'aimerait toujours, inconditionnellement.

Elle avait réussi à l'aimer quand tous les autres en étaient incapables. Elle avait vu l'être humain sous les traits du Monstre et il ferait de même.

Rien ne pourrait jamais altérer ou changer cet état de fait.

Il offrirait son coeur et son âme pour elle, comme il l'avait fait pour son fils, il y avait si longtemps. Comme Belle l'avait fait pour lui, à peine quelques jours au par avant.

Belle se saisit de la théière et versa la boisson dans les tasses. Puis s'empara de celle qui était ébréchée pour la porter à ses lèvres bleutées tirant sur le mauve à cet endroit.

Le coeur de Rumple se serra d'anxiété.

- Pourquoi es-tu revenue ? questionna-t-il.

- J'allais partir, mais arrivée aux limites de la ville, j'ai été incapable de franchir la frontière. Quelque chose m'a fait réfléchir et changer d'avis, expliqua-t-elle en reposant le récipient sur la table de bois.

Une douleur vive traversa subitement son épaule gauche. Là, où le bandage couvrait la déchirure occasionnée par le crochet de Hook.

Il gémit sans le vouloir et porta la main à son coeur.

- Laisse-moi voir, commanda-t-elle en se rapprochant déjà pour déboutonner un peu plus le col de sa chemise entrouverte.

Il ne portait pas de cravate et elle trouva ça un peu étrange. Lui qui était toujours tiré à quatre épingles. Mais, là encore, il s'agissait d'endosser une armure et de rester sur ses gardes en permanence.

- Belle, susurra-t-il quand ses phalanges opalines rencontrèrent la peau de son cou.

- Je ne peux pas effacer ta blessure par magie, mais je peux au moins refaire le pansement et m'assurer qu'elle ne s'infecte pas.

- Tu n'as pas à le faire ...

- Mais je veux le faire, rétorqua-t-elle. Je veux prendre soin de toi. Je suis toujours ta femme aux dernières nouvelles.

Il aurait pu arguer qu'elle n'était plus sa femme depuis un bout de temps, mais, s'il était franc avec lui-même, il n'en n'avait aucune envie.

Il savait que c'était lâche de sa part mais il avait été un lâche toute sa vie. Et la sensation divine des caresses des mains de Belle était intoxicante. Il ne voyait pas pourquoi il se priverait de ce plaisir suprême quand il n'y avait aucune véritable raison.

Comme elle l'avait soulignée, elle était son épouse et personne ne viendrait contester leur relation. De plus, ils étaient excommuniés et, dans l'instant présent, ça arrangeait bien ses affaires.