Presque l'épilogue


Chapitre 21 :... Mais arrive


Des cris au loin les arrêtèrent.

– Quelqu'un appelle au loin, fit remarquer Maureen qui avait l'ouïe la plus fine. Elle se concentra un peu.

– Je suis presque sûre qu'il y a eu deux réponses distinctes...

– Au moins trois dont il faudra nous occuper, fit remarquer monsieur Bennet.

– Et ils semblent être et à l'extérieur et séparés... Je me demande pourquoi...

Maureen le regarda avec un petit sourire satisfait sur les lèvres.

Elle montra une direction.

– Je suis sûre qu'il y en a au moins un par là... Je peux m'en occuper ?

Fitzwilliam jeta un regard vers son beau père qui l'étonnait quelque peu. Le vieil érudit un peu misanthrope montrait des facettes surprenantes.

– Qu'elle y aille... fit-il.

Il regarda Maureen dans les yeux.

– Mais pas de massacre aveugle. Si possible vérifier que ce sont effectivement des ravisseurs.

Maureen fronça des sourcils.

– Je fais comment ? J'attends qu'il m'ait vidé son pistolet dans l'estomac ?

– Vous attendez de savoir s'il a effectivement un pistolet, répliqua monsieur Bennet sans se laisser démonter. Il avait quelque entraînement en gestion de jeunes filles un peu butées. Lui jeter un regard noir ne suffisait plus depuis longtemps pour le faire céder.

– Sinon, il reste l'autre hypothèse, ma chère. Vous restez avec nous et nous assurons votre protection !

Leurs regards s'affrontèrent et monsieur Bennet n'eut aucun mal à gagner la confrontation.

Maureen fit un vague signe d'acquiescement et disparut dans les fourrés.

– Ça peut être quoi ces cris, demanda Fitzwilliam.

Edward Bennet fit une grimace.

– J'aimerai que ce ne soit qu'une bande d'imbéciles qui s'imagine trop loin dans la forêt pour être entendu depuis la route mais j'ai bien peur que ce ne soit plus grave que ça.

Fitzwilliam lui jeta un regard interrogateur.

– J'ai bien peur qu'une de mes filles n'ait réussi à fausser compagnie à ses ravisseurs et qu'ils sont en train de la chercher. Ça expliquerait pourquoi l'un des ravisseurs était en train de remonter le torrent. Il essayait de les retrouver...

Il se laissa aller à sourire.

– Il y a un mois j'aurai tout parié sur votre épouse, monsieur Darcy. Aujourd'hui, je suis dans l'incapacité de me prononcer dans la mesure où Jane a quelque peu changé dans ses approches du monde.

Une grimace vint remplacer son sourire.

– Si ça se trouve, elles sont toutes les trois en train de courir dans la nature. Je pense que mes chères enfants, lorsqu'elles sont décidées, sont tout à fait capable d'entraîner Georgiana dans une décision idiote.

Fitzwilliam haussa des épaules et se remit en marche.

De toutes façons, ils n'y pouvaient rien.


– C'est grave ?

Longtree ne prit pas la peine de lever les yeux et se contenta de se concentrer ce qu'il était en train de faire.

– Oui, mais pas trop, répondit-il. Il l'a frappée avec le côté du canon. L'os de la tempe n'est pas brisé. C'est uniquement la peau qui a éclaté. Rien de mortel dans le coup lui-même. Et elle a eu la chance de ne pas tomber sur sa blessure. Pas de terre dans la plaie. Elle devrait s'en sortir avec quelques jours de maux de tête et une petit cicatrice sur la tempe...

Il finit par relever la tête.

– Pourquoi vous n'êtes pas en train de courir comme des folles vers Lambton ?

Elizabeth récupéra la tête de sa sœur et entreprit de la placer le plus confortablement possible dans son giron.

– Elle nous a fait se cacher derrière la bergerie et elle préparait la contre attaque lorsque ce type nous a surpris.

Elle fit une grimace.

– C'est probablement de ma faute, je n'ai pas arrêté d'argumenter avec elle. Elle était tellement occupée à se justifier qu'elle a oublié de surveiller les environs.

Elle poussa un long soupir.

– Et moi, j'avoue que je ne faisais attention à rien.

Longtree, qui pour elles était Bond, se contenta d'un sourire rassurant.

– Pas de quoi vous faire des reproches. L'approche était saine, vous ne pouviez pas savoir qu'un homme n'était pas parti.

– C'était le second, fit remarquer Georgiana. Le premier, Jane l'a mis hors d'état de nuire.

Elle montra l'arrière de la bergerie.

– Il doit toujours être là derrière saucissonné...

– L'autre doit l'avoir libéré, maintenant, fit remarquer Elizabeth. Ils sont de nouveau six.

Elle se tourna vers Bond.

– Et nous pouvons nous protéger d'eux ?

– Sans problème, s'ils essayent d'entrer, ils sont morts. Mais ils n'essayeront pas d'entrer. Comme dit cette bergerie n'a qu'une entrée et le toit est cloué, j'ai vérifié. Nous sommes bloqués comme dans une cellule. Le seul coté positif c'est qu'ils ne peuvent pas nous tuer sans risquer leur peau eux-mêmes.

– Sauf s'ils mettent le feu, fit remarquer Georgiana.

Sa remarque lui valut deux regards noirs.

Elle se le tint pour dit.

N'empêche, ils pouvaient mettre le feu.


Maureen avait opté pour la vieille tactique du "porter de panier" qui avait fait des ravages parmi les sentinelles anglaises --écossaises le plus souvent d'ailleurs, saletés de traîtres hérétiques--. Et qui consistait à laisser une jeune fille isolée se promener avec un panier.

Panier contenant des victuailles et un couteau de cuisine.

Sauf qu'en guise de panier, elle avait maintenant une brassée de grosses brindilles.

Elle avait remplie sa première mission de ce genre alors qu'elle avait quatorze ans.

Trouver un soldat isolé, bien s'assurer qu'il n'était pas couvert et enfin se rapprocher de lui à découvert. En souriant, de préférence.

Le plus souvent, il ne se méfiait pas. Il souriait aussi. Comme un imbécile. Ça l'avait toujours surpris, qu'est ce qui pouvait leur faire croire qu'une Irlandaise ait pu éprouver de la sympathie pour un occupant ?

Ils s'imaginaient quoi ?

Et lorsque le couteau lui tranchait la gorge, il était trop tard et ils n'imaginaient plus rien.

Comme elle était une des plus jolies, elle était souvent envoyée pour "porter le panier". Elle était très fière de ses douze soldats égorgés.

Le treizième lui avait porté la poisse. Elle se croyait invincible et elle n'avait pas bien vérifié. Il avait évité le coup lui avait tiré dessus.

Elle avait pu fuir mais il l'avait retrouvé chez son cousin.

Il avait été pendu tout de suite et elle avait eu droit à quelques semaines de "traitements spéciaux" comme disaient ses geôliers.

Elle n'aimait pas les Anglais avant, elle les haïssait après.

Elle attendait son exécution lorsque d'Arcy était venu la sauver.

Il n'avait pas sauvé qu'elle, mais elle se souviendrait toute sa vie de ses yeux bleus et de son sourire lorsqu'il l'avait débarrassé de ses chaînes.

Elle s'était pourtant jurée que plus jamais un homme ne la toucherait. Son sourire avait effecé toutes ses résolutions.

– Puis-je vous inviter à dîner ce soir, mademoiselle, avait-il dit dans un gaélique accentué et amusant. Je crois que j'ai un peu de loisirs avant de repartir en France. Je ne saurai imaginer meilleure compagnie...

Elle ne l'avait plus quitté pendant seize mois.

Jusqu'à l'anglaise...

Elle se força à retrouver son calme. Elle l'aimait bien, en fait, son anglaise...

Elle était ce qu'il lui avait toujours manqué. Elle le forçait à penser son propre avenir.

Elles avaient discuté et il était apparu à Maureen que Jane Bennet non seulement savait ce qui s'était passé en Irlande en 1798 mais qu'elle en avait été profondément perturbée.

Pour des raisons idiotes, certes --quelle différence ça pouvait bien faire de pendre des enfants ou non ? S'ils n'avaient pas été pendus avec leurs parents, ils seraient morts de faim au bout de quelques semaines. Au moins, là, ça avait été rapide...-- mais qui lui avaient donné une très mauvaise opinion de la couronne Britannique et l'avaient fait soutenir la cause des orphelins irlandais...

Cause dont les fonds étaient détournés pour acheter des armes mais ça, toutes ces idiotes d'anglaises ne s'en doutaient pas.

Un craquement retentit un peu devant elle et elle se décida de sortir de son déplacement silencieux pour faire des bruits normaux de "porteuse de panier".

Elle ne tarda pas à se retrouver face à un homme armé de deux pistolets dont un directement dirigé vers elle.

Il le regarda et un sourire satisfait --et édenté-- envahi son visage.

– Parfait, fit-il en se pourléchant littéralement les babines. A défaut des trois autres, je crois que je viens de trouver une excellente façon de passer ma frustration.

Moi aussi, pensa Maureen en forçant son sourire à disparaître. Moi aussi...


Calhoun finit par voir revenir deux de ses hommes. Avec Daniels, qu'il avait fini par libérer non sans l'avoir roué de coups pour le punir de sa bêtise, ils se retrouvaient à quatre.

– Ils sont où les autres ?

Bill Mathews, dit Billy Boy, se contenta de regarda vers son pote Ossie qu'il n'avait pas quitté.

– Pas la moindre idée, Calhoun, répondit-il. Moi et Ossie on est toujours resté ensemble. Les autres ils sont allés ailleurs.

Il pointa du doigt dans deux directions menant plus ou moins vers la route.

– Pete par là et Jaws par là...

C'est à ce moment là que retentit un long cri de douleur... Tous les quatre se tournèrent dans la direction approximative du cri.

– C'était pas la voix de Jaws, ça ? Fit Ossie la voie tremblante.

– Si, fit Calhoun. Et je sais pas dans quoi il est tombé mais ça av...

Une répétition du premier cri, juste plus aigu et plus plaintif les poussa à se regarder les uns les autres avec de grands yeux effrayés.

– Faut qu'on aille voir, fit Billy Boy. Il est tombé sur un truc...

Calhoun le retint en posant sa main sur son épaule.

– Sur lequel t'a pas envie de tomber, grogna-t-il. Personne ne bouge. On a assez perdu de monde comme ça. On reste là et on attend.

Il montra la bergerie du doigt.

– Les filles sont dans la bergerie sous la garde de Bond. On s'est mis d'accord, c'est moi le chef maintenant.

Les autres le regardèrent avec des doutes dans les yeux mais s'abstinrent de faire la moindre remarque.

– Et on attend quoi ?

– On attend Falk et la rançon, tiens. A l'heure qu'il est, il devrait être en train d'exposer nos revendications aux français...

Un nouveau cri déchira les bruits de la forêt. Comme un seul homme ils ne purent que déglutir à l'idée de ce qui pouvait faire pousser des cris semblables à une brute comme Jaws.


– Ils ont l'air d'être quatre, fit Edward Bennet. Et ils sont regroupés près de l'enclos.

– On appelle les autres et on les descend, fit Fitzwilliam d'un ton définitif.

Edward Bennet dut reconnaître que la proposition avait un air de bon sens qu'il appréciait beaucoup. Sauf qu'ils n'étaient pas là pour faire preuve de bon sens mais pour donner à son gendre l'occasion de jouer au héros...

– Et ceux qui sont à l'intérieur, voyant ce qui les attend, assassinent une des otages pour nous rappeler que c'est d'eux que dépend leur survie ?

Fitzwilliam ne put que reconnaître le bien fondé de la remarque de son beau père.

Tant pis pour les quatre à l'extérieur. Il les garderait pour la fin.

– Direction la bergerie, donc ?

– Exactement, répondit monsieur Bennet. Il faut qu'on sache ce qui s'y passe.

Les deux hommes se reculèrent et entreprirent de rejoindre en toute discrétion l'arrière de la bergerie.


Maureen était assez fière de son petit montage. C'était un grand classique de sa période irlandaise et elle avait beaucoup travaillé pour l'améliorer.

Tout ce qu'on pouvait faire avec un peu de corde, beaucoup de ficelle et le vent...

A chaque coup de vent un peu plus fort, la ficelle tirait sur... ce qui restait de l'appareil génital de l'édenté et il partait dans une superbe lamentation bien aiguë.

Normalement, ça faisait réagir très vite les petits camarades de la "victime" qui tombaient, à bras raccourcis dans le piège tendu par ailleurs.

Sauf qu'aujourd'hui elle n'avait pas les renforts pour tendre un piège.

Elle fit un dernier salut au monsieur qui ne regrettait déjà plus d'avoir perdu ses dernières dents et se remit en route vers le lieu de la bergerie.

D'autres choses amusantes allaient se passer là-bas...

Pas question qu'elle les manque !


Longtree avait lui aussi entendu les cris et quelques souvenirs de séjours irlandais lui revinrent à la mémoire. Il se souvint que d'Arcy avait une garde d'Irlandais d'autant plus loyale que c'était sans doute lui qui les avait tiré des geôles irlandaise où ils croupissaient.

Il n'était pas fier de ce qu'il avait été obligé de faire en Irlande mais les ordres étaient les ordres et le reste n'avait pas d'importance pour un soldat.

Il prit une longue inspiration et refit le tour du plan qui, comme d'habitude, n'avait pas résisté cinq minutes à sa mise en œuvre pratique.

Au moins Darcy était-il arrivé ou, au moins, était-il sur le point de le faire.

Le plan débile d'Eddy pouvait peut-être encore être sauvé.

Il récupéra la brine qui semblait avoir la tête sur les épaules.

– Vous êtes au courant de ce qui aurait dû se passer ?

Elle le regarda à travers deux fines fentes.

– Vous êtes dans le coup pour le plan idiot ?

Il esquissa un sourire timide.

– Contraint et forcé par votre père, murmura-t-il. Jamais je n'aurai...

– Moi non plus mais Jane et papa avaient décidé de faire quelque chose pour mon mari. Et une fois leur décision prise, il se sont engouffrés dans la bêtise à une telle vitesse que...

– Je sais, l'interrompit-il. Il y a moyen de sauver le plan débile. Vous en êtes ?

Elizabeth leva les yeux au ciel.

– Au point où nous en sommes autant mener le tout au bout...

Il jeta un coup d'œil vers Jane et Georgiana.

– Vous avez des armes ?

Elizabeth lui jeta un regard méfiant.

– Il me suffit de vous fouiller au corps, pour en être sûr. Et je vous jure, le fait que vous soyez des femmes ne m'empêchera pas de fouiller partout.

– J'ai un couteau et Jane a deux pistolets deux coups et un couteau planqués sur elle. Pour ce que j'en sais...

Il prit une longue inspiration et nota quelque part dans son petit lexique personnel que d'Arcy faisait partie de l'espèce, très désagréable pour un espion comme lui, de ceux qui se méfient de tout et de tous et qui prennent des précautions pour y parer.

– Bien, répartissez les pistolets et les couteaux sur vous mais ne vous en servez que si c'est absolument nécessaire et, de préférence en collant le canon contre la peau de l'homme qui vous tiendra.

Il prit une autre inspiration.

– J'espère que ça n'en viendra pas là, mais si c'est le cas, l'homme qui vous tiendra sera derrière vous et vous tiendra à la gorge tout en vous collant un pistolet contre la tête. En même temps que vous tirerez, jetez-vous en avant...

Elizabeth lui jeta un drôle de regard.

– Merci, s'il me tient comme ça, je saurai donc quoi faire.

Il lui fit le sourire le plus confiant dont il était capable et lui fit un dernier signe.

– Je vais vous laisser. Dites à Miss Darcy de rester accroupie et de rester avec madame d'Arcy quoi qu'il arrive. Et vous, vous restez debout. Comme ça c'est de vous qu'ils se saisiront et de personne d'autre. Un otage leur suffira...

Peut-être...

Il lui serra la main et se dirigea vers la porte de la bergerie.


Prochain chapitre : ta taaa !