Chapitre Vingt et Un
A l'aube d'un périple
Au bout de compte, Neji n'eut pas l'opportunité de savoir s'il aurait été capable d'achever son geste. Il ne pouvait s'empêcher d'hésiter, car, malgré la logique imparable du raisonnement de Kankuro, il restait un ninja de Konoha. Son village lui avait inculqué les valeurs de la fraternité, et si Neji se montrait moins expansif (voir tête à claque) à ce sujet que Lee ou Naruto, cette notion n'en était pas moins ancrée en lui. Il resta donc un instant planté là, son cerveau tournant à plein régime, désespérément à la recherche d'une alternative.
Rien ne lui vint à l'esprit, jusqu'à ce que…
« Eh bien, on se croirait au beau milieu d'un mélodrame. » Neji n'avait aucune idée de la manière dont la sorcière, Cassudina, s'y était prise pour apparaître derrière lui sans qu'il ne s'en aperçoive, mais le fait était là. « Je veux dire, wow Crowboy, tu prends vraiment cette histoire au sérieux. »
« Salut Cassie. Va te promener ailleurs, veux-tu ? Je suis un peu occupé à mourir, là. »
« Aussi émouvant que cela puisse paraître, c'est également totalement inutile. » Répliqua Cassudina. « Aurais-tu oublié que je m'étais penchée sur ta situation ? »
« Vous avez trouvé quelque chose? » Neji relâcha la tête de Kankuro, intérieurement plus soulagé que jamais. Pour un peu il aurait embrassé Cassudina… S'il n'avait pas la conviction qu'elle aurait lavé cet affront en le changeant en misérable créature rampante.
« En effet. Toi, avec les yeux bizarres, fais-moi voir cette rune. »
« Ce truc-là ? » Neji lui montra la pierre.
« Oui. » La sorcière prit la rune entre ses mains et ferma les yeux, marmonnant des paroles incompréhensibles. Au bout d'un moment, elle les rouvrit. « J'ai appris certaines choses à propos des loups garous. Kankuro, sais-tu ce qu'il y a entre la terre des Arbres Tortueux du Sud-ouest et le pays de la Fumée au Nord-Ouest? »
« Toute une collection de larges plaines, jusqu'à la mer intérieure. »
« De l'autre côté de la mer ? »
« Une chaîne de montagnes. »
« Derrière les montagnes ? »
« Je ne sais pas, Cassie. »
La sorcière sourit. « Si quelqu'un allait faire un tour du côté des villages longeant les montagnes, il entendrait certaines rumeurs. Certaines de ces rumeurs parleraient du peuple de l'ombre qui vous observait la nuit tombée et vous tuait discrètement dans l'obscurité… En d'autres termes, les ninjas. » Cassudina leur jeta un regard moqueur. « Mais il existe aussi d'autres rumeurs. On raconte que par-delà les montagnes il existe un peuple capable de se transformer en loups. On entend aussi des histoires à propos de monstres. Vois-tu où je veux en venir ? »
« Vous pensez que le repère des loups garous se trouve derrière ces montagnes? » Demanda Neji.
« Exactement. » Répondit Cassudina. « Et l'artefact que tu tiens entre les mains n'a rien à voir avec la magie qui existe dans nos contrées. Par ailleurs, nous ne savons rien de la terre qui existe derrière les montagnes, et s'il s'agit effectivement de la magie des loups garous, n'y a-t-il pas de grandes chances pour que tu trouves là-bas toutes les réponses à ce mystère ? »
« Mais si les loups garous venaient nous envahir ? » Demanda Kankuro.
Cassudina haussa les épaules. « Alors tu tomberas sous leur contrôle, évidemment. Mais il y a autre chose. N'as-tu rien remarqué, étranger ? »
« Remarqué quoi? » S'étonna Neji.
« Utilise tes yeux, gamin. »
Neji activa son Byakugan, et il comprit. Une sorte de… fil ou de ligne étrange irradiait de la magie des loups. Il jaillissait de la pierre pour atteindre son propre cœur, puis le relier à la poitrine de Kankuro.
« Il y a comme… une connexion entre nous. » Décrivit Neji. « Je croyais avoir rompu la maléfice. »
« Non, tu as juste ordonné à ton loup de revenir à son état normal. »
« Quoi ! Tu es en train de me dire que je suis toujours sous son contrôle !? » Couina Kankuro.
« Oui. En fait je crois qu'elle est en quelques sortes entrée en symbiose avec toi et Neji. Théoriquement, s'il lui prenait l'envie de te donner l'ordre de sauter du haut d'une falaise, tu obéirais sans hésitation. »
Neji blêmit. « Attendez ! Je ne veux pas de cette horreur! C'est monstrueux, c'est de l'esclavagisme ! »
Cassudina éclata de rire. « On peut dire ça comme ça, oui! »
« Ca n'a rien d'amusant ! » Cria Neji.
« Hyuga, on ne crie pas sur une sorcière. » Tempéra Kankuro. Il se tourna vers Cassudina. « Tu penses que je devrais aller là-bas pour trouver les réponses à nos questions, hein Cassie. »
« Oui, je serais tentée de croire que ces loups pourraient être des bannis. C'est juste une intuition qui m'est venue pendant une séance de divination. »
« Je vois. » Kankuro hocha la tête. « Merci, Cassie. »
« Et si j'étais toi, je prendrais le bateau. Il est plutôt déconseillé de passer par les terres de la Fumée ou celle des Arbres Tortueux… Hum… »
Kankuro acquiesça. « Encore merci, Cassie. »
« Eh attends une minute! Tu vas vraiment faire ce qu'elle te dit ? » Demanda Neji. « Tête baissée? »
Cassudina lança un regard mauvais à Neji, mais Kankuro se contenta de sourire. « J'ai confiance en elle, Hyuga. »
« Sérieusement ? »
« Sans le moindre doute. »
Neji soupira. Cette idée ne lui plaisait pas du tout, mais…
« Je viens avec toi. »
« Crois-tu que ce soit vraiment nécessaire ? » Grogna Kankuro.
« Et que feras-tu lorsque la pleine lune se montrera à part prier pour ne commettre aucun massacre ? » Rétorqua Neji. « Ca me répugne de devoir en arriver là, mais cette chose peut nous permettre de nous assurer que tu resteras inoffensif où que tu sois. » De plus, rien de tout cela ne serait arrivé si je n'avais pas fait preuve de tant de négligence. Je n'échouerai pas deux fois.
« Bien, dans ce cas je vous souhaite bonne chance à tous les deux. Je serai bien venue avec vous, mais j'ai des choses à faire ici. » Cassudina sourit une dernière fois à Kankuro avant de se transformer en coyote. Elle s'évapora dans un aboiement moqueur.
Kankuro se leva. « On va avoir deux ou trois choses à faire à Suna avant de partir. J'ai besoin de quelqu'un pour s'occuper de mes animaux et de mon atelier. »
« Et prévenir Gaara. »
« Non. »
« Pardon ? »
« Il essaiera de m'en empêcher. Il a prit la mauvaise habitude de penser comme un gars de Konoha. Voilà ce que ça donne de trop traîner avec Naruto. Il doit se concentrer sur le village, pas sur moi. »
« Tu sais, pour un mec qui rabâche ça sans arrêt, tu ne suis pas vraiment tes propres règles. » Lui fit remarquer Neji. « C'est bien toi qui a fini empoisonné après avoir couru sans réfléchir au secours de Gaara, non ? »
« Suna a besoin de son Kazekage. »
« Ouais, continue de te dire ça. » Marmonna Neji.
Ils ne cherchaient pas réellement à se dissimuler, mais ils se dépêchèrent tout de même de traverser la ville. Kankuro espérait que Gaara ne se rende compte de son départ que lorsqu'ils seraient déjà loin.
« Où on va ? » Demanda Neji.
« Voir Sticks. Il saura prendre soin de mes affaires pendant mon absence. »
« Super. » Bougonna Neji.
Sticks vivait dans un appartement au Nord de la ville. Kankuro ouvrit une fenêtre, appela Sticks et attendit de le voir apparaître, connaissant la manie de celui-ci à piéger sa propre maison.
« Oh, bordel, mec. » Grommela Sticks en arrivant. « Tu as déjà entendu parler des portes? »
« Pas le temps Sticks, laisse-moi entrer. »
Sticks grogna un peu et désactiva les pièges. « Qu'est-ce qui se passe ? »
« Je vais devoir faire une petite virée. » Dit Kankuro. « Je pars dans l'Ouest avec Hyuga. J'aurai besoin que tu surveilles mes animaux et que tu entretiennes mon atelier. »
« Quoi ! Tu es cinglé ! » Sticks avait l'air effrayé.
« Désolé, mais moins tu en sauras mieux ça vaudra. »
« Kankuro, ne fais pas ça ! Les loups garous ne sont pas du genre à aider un étranger ! »
Neji fronça les sourcils. « Kankuro n'a jamais parlé de loups garous. Et qu'est-ce que tu pourrais savoir de leurs réactions? »
Sticks marmonna dans sa barbe, mais Kankuro lui lança un regard troublé. « Tu… Tu sais des choses sur eux, pas vrai ? »
Sticks se renfrogna. « Je n'aime pas parler de ça. »
« Je n'arrive pas à croire que j'ai pu laisser passer ça. » Cracha Kankuro.
« Attendez, j'ai loupé un épisode. » Coupa Neji.
« Sticks n'est pas originaire de Suna. Ni même du territoire du Vent, d'ailleurs. Tu viens de l'Ouest, n'est-ce pas, Sticks. »
« Ouais. » Grommela Sticks. « Mais je n'en sais pas plus que ça sur les loups garous. Que des rumeurs. Je me disais que t'en parler n'aurait pas grande utilité. »
Kankuro soupira. « Putain, Sticks… »
« J'étais très jeune quand je suis parti. Je ne me souviens pas de grand-chose, à peine quelques bribes. » Sticks observa Kankuro. « Tu vas nous refaire le même coup qu'avec Sasori. Tu vas y aller quoi qu'on te dise… »
« Exactement. »
« Bon, très bien. Je m'occuperai de tes affaires en ton absence. » Lâcha Sticks. « Mais laisse-moi te dire une chose. Tu te rappelles… » Sticks commença à parler dans une langue que Neji ne comprit pas. A force de l'entendre, il avait commencé à s'habituer aux accents et intonations typiques de la langue Iifernati. Et celle-ci n'avait rien avoir avec de l'Iifernati.
« Okay, c'était quoi ça ? » Dû se résoudre à demander Neji.
« Mon peuple ne parle pas la même langue que celui de la terre où sont supposés vivre les loups garous, mais tous deux sont suffisamment proches pour que certains habitants puissent le comprendre. J'en avais enseigné les bases à Kankuro, ça vous fera déjà moins passer pour des touristes. » Sticks se mit à fouiller la pièce. « Et encore un truc qui pourrait t'être utile. Ah ! » Sticks lança un petit sac à Kankuro, qui l'attrapa au vol. Le sac clinqua un peu.
Neji regarda par-dessus l'épaule de Kankuro lorsque celui-ci l'ouvrit. Il contenait une petite poignée de pièces de monnaie.
« Alors… Comment as-tu fait pour atterrir ici ? » Ne put s'empêcher de demander Neji.
« Je n'ai pas à répondre à ça. Tout ce qu'il te faut savoir, de ce que j'ai pu entendre dans mon enfance, c'est qu'il ne faut jamais se fier à un loup garou. Restez sur vos gardes à tout moment. Dans mon pays natal, ils sont associés aux esprits démoniaques et à la magie noire. »
« Des esprits comme Shukaku ? » Demanda Kankuro.
« Non, je n'y ai pas vraiment prêté attention, mais je ne crois pas que ça ait grand-chose à voir avec Ichibi. » Sticks haussa les épaules. « Je vous le répète, restez sur vos gardes. »
« Je serai prudent, Sticks, tu peux compter sur moi. »
« C'est ça, oui. » Il était clair que Sticks n'était pas convaincu.
Pas du tout même.
Quelques heures plus tard, Sticks finissait déjà de déplacer la ménagerie de Kankuro jusqu'au théâtre dans lequel il pourrait s'en occuper à son aise. Malheureusement, alors qu'il s'apprêtait à transporter le vivarium de Willy, il sentit une présence derrière lui.
« Qu'est-ce que tu fais, Sticks ? »
« Et merde. » Marmonna-t-il avant de se retourner. « Bonjour, Baki-sensei. »
« Qu'est-ce que tu fais? »
« C'est Kankuro qui m'a demandé ça. » Répondit Sticks.
« Pourquoi ? Où est-il ? Où est Hyuga? »
« Je ne peux rien te dire. »
« Pourquoi ça ? »
« C'est aussi ce que j'aimerais savoir. » Gaara apparu derrière Baki. Sticks grogna. « Dis-moi où est mon frère. Immédiatement. »
Sticks jura intérieurement.
« C'est un ordre de ton Kazekage. »
Sticks soupira. Il ne lui laissait pas le choix. « Il est parti. »
« Parti où ? » Insista Gaara aussi calmement que possible.
« Il va prendre un bateau pour l'Ouest. La sorcière lui a dit qu'il pourrait y trouver l'origine de son problème. »
« Et pourquoi n'es-tu pas venu m'en parler tout de suite ? »
« Kankuro a usé de son statut hiérarchique. » Mentit Sticks. C'était totalement faux, mais plausible. Malgré le fait qu'il ait été le professeur de Kankuro, celui-ci n'en était pas moins un Jonin. Alors que Sticks…
Sticks était un Genin.
« Vous savez, tout ça ne serait pas arrivé si vous aviez appuyé ma promotion, Baki-sensei. » Sticks fut incapable de retenir sa pique.
« Tu sais bien que je ne suis pas responsable quant au choix du conseil de vouloir figer ton grade, Sticks. » Soupira Baki.
« Le simple fait que j'ai été l'élève de Sasori vous empêche de me faire confiance. Seuls les marionnettistes m'ont accordé un certain rang ! » Cracha Sticks.
« Je t'ai laissé entraîner Kankuro ! »
« Et tu foutais mon travail en l'air dès que tu en avais l'occasion ! »
« Je foutais ton travail en l'air !? C'est toi qui sabotais le mien ! J'ai fais ce que j'ai pu pour lui apprendre la discipline alors que tu l'encourageais à n'en faire qu'à sa tête ! »
« Mais c'est comme ça que sont les marionnettistes ! Si tu sortais ta tête de ton cul de temps en temps tu… »
« Tu t'égares, Sticks. » Gaara toisa le marionnettiste. « Où est allé mon frère? »
« Nukate, la ville portuaire. Il y a là-bas des navires qui traversent la mer de l'Ouest pour atteindre les villages de l'autre côté. Au-delà de ça, il ne m'a rien dit de ses plans. » Soupira Sticks.
Gaara hocha la tête. « Baki, occupe-toi du village. Je pars à sa poursuite. »
Baki jaugea Sticks une dernière fois avant de se retirer avec Gaara.
« Hey, Gaara ! Qu'est-ce qui se passe ? Tout va bien? »
Naruto. Gaara avait foncé sans plus attendre jusqu'aux portes de Suna, bien décidé à rattraper son frère.
« Kankuro a quitté le visage. Il a même l'intention de quitter le pays, en fait. »
« Quoi ! » Naruto manqua de tomber à la renverse. « Pourquoi? Qu'est-ce qui s'est passé? »
Gaara lui expliqua la situation.
Ceci fait, Naruto hocha la tête. « Je viens avec toi, Gaara. On va le ramener au village ! »
Gaara ne put que se sentir reconnaissant envers son ami. Il savait que la plupart des ninjas de Suna désapprouveraient un homme qui partirait à la suite de son frère, laissant derrière lui son village et son devoir. Mais Naruto, lui, comprenait.
« Il va falloir faire vite, ils ont quelques heures d'avance sur nous. »
Naruto acquiesça, et ils se mirent en route.
A environ dix kilomètres de Suna, un lézard s'allongea sur une pierre, se dorant au soleil, et passait un moment aussi agréable que puisse offrir une vie de lézard. Soudainement, la terre se mit à trembler et le reptile se faufila dans un trou, juste à temps. A peine deux secondes plus tard, les traces d'un imposant véhicule s'imprimèrent à l'endroit que le lézard venait de quitter. Il s'agissait d'une machine massive et cubique, parée d'un énorme canon à l'avant.
Un tank.
Le tank ouvrit ses écoutilles et un homme en sortit, une paire de jumelles entre les mains. Il scruta l'horizon.
« Je ne vois toujours rien. » Marmonna-t-il.
Une radio accrochée à sa ceinture se mit à hurler. « Pas étonnant, puisque c'est sensé être caché. Mais selon la carte, on ne devrait plus être très loin. Continue d'avancer et on finira bien par atteindre la porte Ouest. »
« Ca marche, Sarge. » Répondit l'homme aux jumelles. « On est repartis? »
« Affirmatif. »
L'homme retourna dans son tank, qui reprit sa route. Droit sur le village caché du Sable.
Derrière lui suivait une longue série d'autres tanks et d'infanterie.
