Chapitre 20 : L'après match.

Le silence s'était abattu sur le stade.

Le professeur Sithya, qui était descendue avec les autres professeurs pour féliciter les joueurs, était à présent couchée sur le ventre, sur le sol du terrain de Quidditch. Le Cognard de Goyle l'avait touchée à l'épaule gauche et projetée sur le sol. Elle remua et se releva. Mais lorsqu'elle essaya de s'appuyer sur les bars, elle gémit de douleur et ramena son bras gauche contre elle.

Le professeur McGonagall explosa contre Goyle.

- Qu'est-ce qui vous a pris de faire ça ! hurla-t-elle. Vous vouliez la tuer ou quoi !

Pendant ce temps, Rogue s'était penché vers Mentha.

- Ça va ? demanda-t-il.

- Je… je crois… répondit-elle.

- Je le savais ! dit McGonagall en tenant Goyle par le bras. Je le savais ! Je l'avais dit ! J'avais dit qu'il fallait reporter le match ! Madame Pomfresh est absente ! Elle est chez sa sœur !

- Je crois… que j'ai l'épaule déboîtée… dit Mentha d'une toute petite voix.

- Je vais m'en occuper, assura le professeur Rogue. Pouvez-vous vous lever ?

Mentha se leva, tenant toujours son bras contre elle. Elle leva les yeux vers Rogue.

- Suivez-moi, lui dit-il.

Elle hocha la tête et le suivit. Il entra dans le château, laissant le soin à McGonagall de punir Goyle, au désespoir de ce dernier. Il descendit ensuite dans les cachots et fit entrer Mentha dans son bureau. Elle regarda autour d'elle, intriguée, tandis que Rogue cherchait quelque chose dans son armoire. Mentha s'était approchée du bureau et regardait les bocaux posés dessus. Elle observa attentivement le bocal que Maena avait observé, un peu plus tôt dans l'année : celui dont le contenu ressemblait à un embryon qui flottait dans un liquide verdâtre.

- C'est glauque, remarqua-t-elle. Comment faîtes-vous pour garder une horreur pareille sur votre bureau ?

Rogue ne répondit pas. Il se détourna de l'armoire et emplit un verre d'une potion orange. Une légère odeur de brûlé s'en échappait.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle en observant le liquide avec un air de soupçon.

- N'aviez-vous pas dit que votre épaule était déboîtée ? Si tel est le cas, il faut bien la remettre en place, non ?

Mentha avait considérablement pâli.

- Et c'est cette potion qui va me la remettre en place, n'est-ce pas ?

- J'ai bien peur que non, répondit Rogue. On va devoir faire cela… manuellement…

Mentha était très blanche. Elle aurait pu concurrencer un fantôme !

- La potion va atténuer la douleur et la sensibilité, expliqua le maître des potions. De ce fait, vous ne sentirez presque rien lors de… l'opération.

Tremblante, Mentha but une gorgée de potion et grimaça.

- C'est amer ! On ne peut rajouter quelque chose du sucré comme du miel ou…

- Désolé, tout ce qui contient du sucre neutralise les effets de la potion.

- Tant pis…

Elle but le reste de la potion d'un trait.

- Maintenant, il faut attendre quelques minutes pour que la potion agisse. Je vais retirer votre cape. Elle risque de gêner lorsque je vous remettrai l'épaule…

Il défit l'attache en argent de la cape de la jeune femme et lui retira sa cape. Elle avait le même ensemble que lors de son entrée à Poudlard, lorsqu'elle avait rencontré ses nouveaux collègues : jupe vert foncé, chemise noire et corselet menthe.

Il lui montra une chaise et Mentha s'y assit, attendant que la potion agisse. Une vague de chaleur remontait le long de son dos. Son épaule la faisait déjà moins souffrir mais la douleur était toujours présente. De la sueur perlait sur son front et elle se demanda si c'était l'un des effets de la potion. Apparemment oui, car quand Rogue la vit s'essuyer le visage, il dit :

- Voilà, la potion agit. Nous allons pouvoir remettre votre épaule en place. Vous êtes prête ?

- Non… avoua-t-elle. Mais je crois que je n'ai pas vraiment le choix…

Rogue sourit.

- En effet. Serrez les dents et fixez un point dans la pièce. Essayez de ne pas penser à votre épaule.

- Facile à dire…

Elle regarda alors par la fenêtre. Le soleil se couchait. Elle serra bien fort les dents. Elle sentit Rogue lui prendre le bras, poser son autre main sur son épaule… et il tira d'un coup sec.

Il y eut un étrange craquement et un cri de douleur étouffé.

- Ça va ? s'enquit Rogue.

Mentha hocha la tête. La douleur s'en allait.

- Ça va mieux…

Rogue fit faire des tours et des moulinets à son bras.

- Vous avez mal quand je fais ça ?

- Plus trop… juste un petit élancement.

Le maître des potions parut satisfait.

- Ça partira, ne vous en faîtes pas, lui dit-il. Dans quelques heures, vous ne sentirez absolument plus rien.

- Merci beaucoup, Severus.

- Il n'y a pas de quoi.

Elle lui sourit aimablement et il se surprit à répondre à ce sourire.

°o0o°

Dans les vestiaires des Gryffondor, les joueurs se changeaient en parlant de leurs impressions sur le match. Seule Maena restait silencieuse. Les paroles de Malefoy l'avaient blessée. Elle venait de se rendre compte qu'elle ne savait pas comment son père était mort…

- Qu'es dis-tu Maena ?

Elle fut ramenée à la réalité par la voix d'un Ron fou d'enthousiasme.

- Ah… euh, oui, tu as bien joué… dit-elle.

- Je parlais de la façon dont Ginny a marqué le penalty, l'informa-t-il.

- Ah ! Oui… remarquable, Ginny, dit-elle à la jeune fille.

Tous les joueurs la regardèrent, intrigués, tandis qu'elle rangeait sa robe écarlate.

- En tout cas, dit-elle, feignant l'enthousiasme, je suis bien contente que McGonagall m'ait oubliée ! Elle était trop occupée avec ce crétin de Goyle !

Les autres joueurs ricanèrent à ce souvenir. Maena remarqua alors que le soleil s'était couché.

« Les journées sont bien courtes en novembre… » songea-t-elle.

- Allez ! s'exclama Harry. Une fête nous attend dans la salle commune !

Les joueurs approuvèrent avec des exclamations de joies.

- J'arrive, fit Peakes. Je dois remettre la boîte contenant les balles en place.

- Laisse Jimmy, je vais le faire, dit Maena. Va rejoindre les autres.

- Non, ça va…

- Laisse-moi faire, Jimmy. J'ai besoin de rester un peu seule…

Peakes hocha la tête d'un air désolé.

- D'accord. On se retrouve dans la salle commune.

- Oui… à tout de suite, répondit Maena.

Et elle le regarda rejoindre les autres. Une fois seule, elle se laissa tomber sur un banc et enfouit son visage dans ses mains. Les mots de Malefoy résonnaient encore dans sa tête. « Mort stupide… à travers un voile… »

Soudain, elle se leva et, pour calmer le monstre qui grondait en elle et à qui on donne le nom de "fureur", elle donna un coup de poing contre le mur. Le monstre se calma mais elle avait maintenant mal à la main. Elle fit bouger ses doigts et constata que rien n'était cassé.

Elle soupira longuement. Elle rangea ensuite la boîte qui contenait les balles. Une fois cela fait, elle but de l'eau et sortit. Le vent de novembre souffla et elle constata que le temps était encore doux.

Elle regarda la myriade d'étoiles qui piquetait le ciel et sourit tandis que le vent jouait avec ses mèches ébène. Elle se dirigea ensuite vers le château.

Alors qu'elle passait à côté d'un bosquet d'arbres et de buissons, elle entendit la voix de Pansy.

- Je peux te poser une question ?

Maena se retourna, s'attendant à la voir à quelques pas d'elle. Mais il n'y avait personne.

Mais elle n'avait pas rêvé ! Elle l'avait quand même bien entendue, cette voix. Même qu'elle était un peu essoufflée…

Elle haussa les épaules et se décida à se remettre en route vers le château quand elle entendit la voix de Malefoy répondre.

- Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit-il d'une voix lasse.

Maena comprit. Ils étaient dans les bosquets et ne devaient y faire des choses très catholiques…

Elle s'apprêtait à partir quand elle entendit son propre nom.

- Pourquoi tu as embrassé Black ?

- Parce que tu trouves que ça ressemble à un baiser ? répliqua Malefoy. J'appelle plutôt ça un coup de poing !

Maena se retint de rire à grande peine.

- Je ne parlais pas de tout à l'heure, crétin ! Je parlais du jour où tu l'as embrassée pendant le cours de soins aux créatures magiques !

« Oui, moi aussi j'aimerais bien savoir… » pensa Maena.

Elle s'était approchée silencieusement du bosquet et se cachait dans l'ombre d'un grand arbre pour ne pas être repérée.

Elle entendit Malefoy soupirer.

- Tu vas encore ma bassiner longtemps avec ça ? demanda-t-il d'une voix agacée.

- Jusqu'à ce que tu m'ais donné une réponse convaincante !

Elle entendit du bruit, comme si Malefoy voulait se lever.

- Ah non ! s'écria Pansy. Tu restes là !

De nouveaux bruits se firent entendre et Maena devina que Pansy s'était mise à califourchon sur Malefoy pour l'empêcher de partir.

- Retire-toi ! ordonna Malefoy, irrité.

- Pas avant que j'aie eu une réponse à ma question !

- Mais ce date de septembre ! fit Malefoy.

- Et alors ? Le fait est toujours le même : tu l'as embrassée ! Et je veux savoir pourquoi !

Il y eut un nouveau silence. Malefoy réfléchissait peut-être à la question… s'il réfléchissait… Ou peut-être qu'il essayait de trouver un mensonge plausible… ?

- Je sais pas pourquoi je l'ai embrassée ! finit pas répondre le jeune homme.

- Mauvaise réponse !

- Bon, d'accord ! Elle m'avait énervé dans le train et je me suis juré de briser son amour-propre ! Et j'en avais envie, aussi ! Voilà, contente ?

- T'avais envie de l'embrasser ? s'insurgea Pansy.

- Oui, et alors ?

- Et alors ? Je vais te le dire ! La prochaine fois que tu auras envie de coucher avec quelqu'un, demanda donc à Black, vu que t'as eu envie de l'embrasser. Mais je ne crois pas qu'elle sera aussi complaisante que moi !

Maena se colla au tronc et vit Pansy émerger du bosquet, toute échevelée. La Serpentard se dirigea vers le château à grands pas. Maena jugea alors plus prudent d'attendre que Malefoy soit parti avant de rejoindre la salle commune des Gryffondor.

Elle l'entendit soupirer et se lever. Il sortit lui aussi du bosquet et Maena le vit remettre de l'ordre dans sa tenue. Puis, il regarda le ciel et soupira une nouvelle fois, plus longuement.

- Moi aussi, j'aimerais savoir pourquoi j'ai eu envie de l'embrasser… mais je ne trouve pas de réponse plausible…

Il avait à peine murmuré ces mots mais Maena avait entendu. Puis, elle le vit se diriger vers le château, dans le sillage de Pansy.

Maena, adossée à l'arbre, avait du mal à y croire. Drago Malefoy avait eu envie de l'embrasser, elle, Maena Black ! Elle secoua la tête et essaya de se persuader de sa propre folie.

- C'est ça ! Je suis folle et j'ai tout inventé ! Faut dire aussi que je suis encore sous le choc des paroles de Malefoy à propos de la mort de mon père…

Elle se dirigea vers la salle commune des Gryffondor en se répétant inlassablement ces mots. Elle finirait bien par y croire. Après tout, la psychologie de la persuasion, ça existe !

- Potage Royal, dit-elle au portrait de la dame en rose.

Celle-ci pivota avec un sourire et laissa entrer Maena. Elle fut acclamée par les autres Gryffondor et Malefoy sortit bien vite de ses pensées tandis qu'elle rejoignait ses amis, une Bièraubeurre à la main pour fêter leur victoire.

La fête dura jusque tard dans la nuit sans que personne ne se soucie de rien. Tout ce qui comptait, c'était la victoire des Gryffondor sur les Serpentard. Rien d'autre ne peut faire plus plaisir à des Gryffondor qu'une occasion de rabaisser ces prétentieux de serpents. Et cette fois-ci, leur victoire était incontestable !

Entourée de Ron, Hermione, Harry et Ginny, Maena se sentait vivante et plus heureuse que jamais. Elle sourit à ses amis. Ses vrais amis.