Hey ! Un nouveau chapitre ! Désolée s'il y a des fautes, j'ai corrigé en surface, donc je n'ai pas forcément fait attention à tout ! J'avoue que j'ai de moins en moins de temps pour écrire, mais je me force quand même. Evidemment, j'écris avec plaisir, c'est juste que je me prends un temps pour laisser de côté les devoirs. Cette fois, on rencontre les parents de Francis.
Chapitre 21 : Repas de famille
Lorsque les quatre hommes eurent fini leur petit-déjeuner, le couple marital se prépara à partir. Ce n'était évidemment pas la dernière fois qu'il se voyait (Antonio et Francis avaient déjà prévu en secret de se voir encore avant le départ et d'être tous présent ce fameux jour), mais Francis eut tout de même un pincement au cœur en les voyant partir il n'avait vraiment pas envie de voir ses deux meilleurs amis lui glisser entre les doigts, mais après tout, si c'était le destin.
Une fois habillés, ils se retrouvèrent tous devant le palier. L'Espagnol enlaça Francis, vite suivi par Gilbert.
- Prenez soin de vous, amigos ! On se retrouve bientôt, de toute façon. Déclara le brun.
- Bonne chance pour ta rentrée, Francis ! S'écria Gilbert avec un grand sourire.
- Oh, merci de me rappeler que je reprends la fac dans moins de trois jours… Mais enfin, merci quand même !
- Et toi, Ivan, prend bien soin de lui ! Il en a besoin ! Renchérit Antonio.
- Bien sûr, je le ferais ! Répondit le Russe avec aplomb.
Après un dernier signe de la main, Ivan referma la porte sur eux, tandis qu'ils descendaient les escaliers en colimaçon de l'immeuble. Il se tourna vers son petit-ami qui avait une moue soucieuse au visage. Il avait baissé sa tête et se mordait un doigt, semblant en proie à de multiples pensées. Il allait enfin savoir ce qui clochait.
- Qu'est-ce qui se passe, Francis ? Demanda-t-il doucement, avec un regard inquiet et triste à la fois.
Il ne s'attendait cependant à ce que celui-ci se précipite sur lui, les bras en avant.
- Prends-moi dans tes bras, Ivan !
Le dénommé le réceptionna contre lui, de plus en plus inquiet, il le serra fort, mais pas suffisamment pour l'étouffer. Il savait à quel point Francis appréciait de se faire réconforter de cette manière. Il lui avait dit que ça lui donnait l'impression que rien ne pouvait arriver ici protégé, et Ivan était plus que ravi de pouvoir contribuer à son réconfort par la seule force de son amour.
- Francis, je veux savoir…
- Viens, asseyons-nous… je vais t'expliquer…
Ainsi, pendant quelques minutes, Francis s'évertua à expliquer à son petit-ami la raison de son souci. Il parla des parents d'Antonio, de la raison pour laquelle il avait emménagé avec leur fils, leur retour au pays après le mariage de leur fils, la maladie de Madame Fernandez Carriedo et la décision d'Antonio de partir aider ses parents et son mari qui le suit pour le soutenir. Ainsi venait de là la tristesse subite de son petit-ami. Il comprenait mieux à présent ce dont lui parlait Antonio.
- Je reste avec toi, Francis !
Le lendemain, Francis se retrouva devant un superbe immeuble de type baron Haussmann. Le Français savait qu'au dernier étage se trouvait le luxueux appartement de ses parents. La veille au soir, il avait reçu un appel de sa mère qui lui disait qu'il avait écourté le séjour à New-York en raison d'une importante affaire qui a fait revenir M. Bonnefoy à Paris. Aussi, sa mère lui avait proposé de se voir ce soir-là, autour d'un bon dîner. Francis n'avait pu refuser, sa mère était très attachée à son fils. Son père avait toujours été plus froid, mais ça n'avait jamais dérangé le blond, qui avait en échange l'amour tendre de sa mère.
Il appuya sur la sonnette où est indiqué le nom de Bonnefoy. Il put entrer et gravit alors les cinq étages qui le séparaient de l'appartement dans lequel il avait passé une bonne partie de son adolescence. Avant, ses parents et lui habitait plus loin du centre-ville, à Neuilly-sur-Seine. Lorsque Francis avait douze ans, ses parents avaient vendu la maison pour venir s'installer dans le 16ème. Francis pouvait dire qu'il avait eu une belle enfance, de même pour son adolescence. Luxueuse, faste, obtenant toujours ce qu'il voulait parce que son père voulait se faire pardonner de ne pas toujours être là. Il avait souvent vécu au rythme des salons littéraire et des festivités entre collègues avocat, Francis connaissait les règles de ce qu'on pourrait appeler la haute société. Plus jeune, obligé d'accompagner ses parents à ce genre rassemblement, il avait détesté ces moments où il était obligé de bien se conduire, d'être un parfait petit garçon modèle. Et puis, la plupart du temps, il finissait par s'ennuyer dans un coin de la pièce.
Lorsqu'il prit davantage en âge, il avait commencé à prendre plaisir à ce genre de soirée, exclusivement lorsqu'il pouvait rencontrer des personnes de son âge, à l'époque, surtout des filles. À ce moment de sa vie où sa sexualité était encore expérimentale, il flirtait facilement avec les jeunes filles. Son visage d'adonis et son charme ravageur faisaient effet auprès de toutes demoiselles (enfin, c'était ce qu'il aimait se dire à l'époque). Parfois, il avait même emmené telle fille d'un politicien vaguement connu, d'un avocat influent, d'un médecin reconnu, dans sa chambre. Oui, son père avait eu des difficultés avec lui à l'époque, il avait presque apporté quelques incidents diplomatiques. Heureusement que son père avait l'art et la manière de tourner les choses à son avantage. Un peu avant sa majorité, il avait trouvé un l'intérêt certains chez les garçons, surtout à l'école, mais ces aventures-là étaient resté secrètes, hormis pour Antonio et Gilbert.
Cette période avait duré de ses quinze, à ses dix-huit ans. Après cela, il avait débuté ses études et c'était à partir de là qu'il s'était assagi. Un peu plus tard eut lieu l'histoire avec Arthur. Ses parents n'avaient jamais eu connaissance de cet épisode de sa vie. Ils n'avaient même pas vu de changement en lui, étant donné qu'il avait déjà son propre appartement, gracieusement offert par son père. Pas de loyer à payer, la seule condition passée avec son père avait été qu'il réussisse ses études haut la main, ce que Francis s'était évertué à faire depuis toutes ces années.
Il n'eut pas à frapper à la porte lorsqu'il arriva sur le perron, la double porte blanche était déjà ouverte et sa mère, superbement vêtue d'une robe verte sobre l'attendait sur le pas. Il n'avait jamais trouvé que sa mère fasse son âge, pas qu'elle était vieille, mais du haut de ses quarante-sept ans, elle en paraissait à peine la quarantaine, son mari avait six ans de plus. Elle avait eu son seul et unique fils à l'âge de vingt-quatre ans, pratiquement l'âge que Francis avait aujourd'hui. Elle avait toujours été d'une beauté flagrante, comme bercée d'une éternelle jeunesse, ses traits fins et purs l'avait fait devenir Miss France il y a une vingtaine d'années. L'âge n'enlevait rien à sa beauté, avec ses longs cheveux blonds ondulés qui cascadaient jusqu'en bas de ses reins et ses yeux d'un bleu pur qu'elle avait transmis à son fils. D'ailleurs, à bien y regarder, c'était comme si Francis avait tout pris de la mère tant la ressemblance était flagrante. Il possédait lui aussi un peu les traits féminins et les caractéristiques physiques de sa mère. Celle-ci disait que de son père, Francis n'en avait pris que l'ego, encore que le sien se fût calmé à partir de ses dix-huit ans.
Madame Bonnefoy, Marianne de prénom, accueillit son fils à bras ouverts, un sourire ému aux lèvres. Francis la prit dans ses bras et ils échangèrent une tendre étreinte.
- Je suis contente de te voir, mon fils ! Comment s'est passé ton Noël ? Et ton Nouvel An ? Attends, entre d'abord ! Nous allons nous mettre dans le petit salon. Rosa va nous servir du thé. Ton père ne pourra être que là que plus tard dans la soirée, tu sais à quel point il est occupé ! Surtout avec cette affaire qu'on vient de lui donner. À cause de ça, nous avons dû écourter notre séjour, j'en suis encore très irritée. Mais tu sais déjà tout ça ! Viens là, viens t'asseoir à côté de moi et raconte-moi tout ! Oh, Rosa, apporte-nous le thé au petit salon, je te prie ! Allez, parle-moi ! Oh, attends, es-tu bien installé ? Allez, allez, raconte !
Francis sourit. Il reconnaissait bien là sa mère. De nature bavarde et joyeuse, elle accaparait la plupart du temps toute la discussion, mais elle avait une telle voix qu'on ne s'en laissait jamais. Quand il était encore enfant, elle venait lui chanter des berceuses avant de s'endormir. Il avait toujours cru que sa voix s'apparentait à celle des anges. Il n'y a d'ailleurs pas que lui qui pensait ça elle avait fait partie d'un opéra durant sa trentaine, mais avait dû arrêter le chant lorsque lors d'un concert, sa voix avait déraillé. Ce qui ne l'empêchait cependant pas de parler énormément. Avec le recul, Francis voyait souvent en elle une femme mature qui n'est encore qu'une jeune fille qui cherchait encore un but à sa vie pour s'épanouir pleinement. Bien sûr, elle avait son fils, mais elle avait touché à tant de domaines : la peinture, le chant, la mode, le mannequinat… Et tous lui avaient tourné le dos. Elle était pourtant talentueuse en tout, mais elle ne parvenait pas à trouver l'activité avec laquelle il finirait sa vie. Elle disait souvent, qu'à son âge, ce n'était plus la peine de chercher, mais Francis la détrompait. Il croyait en elle.
La voir se portait aussi bien, avec cet entrain et cette joie qui la caractérisait, tout en restant noble, rassura Francis. Mais autant qu'il aimait sa mère de tout son cœur, il y avait bien des choses qu'il lui avait cachées et qu'il ne comptait pas avouer de sitôt. D'abord, il y avait ses multiples aventures avec différentes filles que son père avait cachées à la mère pour l'honneur de son fils. Son homosexualité n'avait jamais été révélé ni à son père ni à sa mère et c'était un sujet que Francis redoutait d'aborder un jour – s'il pouvait ne jamais en parler, il en serait tellement heureux. Arthur, la plus grosse épreuve de sa vie à ce jour était passée sous silence, ainsi que la phase de dépression qui avait suivi après cela. Et tout récemment, l'arrivée fracassante d'Ivan dans sa vie. Tant de périodes de son existence que sa mère ignorait. Elle le prenait encore pour son petit garçon chéri, innocent et sage. Si seulement elle savait…
- Je suis heureux de voir que vous vous portez à merveille, très chère mère !
- Oh, cesse donc de me donner ce titre si formel ! Tu sais bien que tu peux m'appeler Maman ! Et puis, je me porte – disons – bien, je n'irais pas jusqu'à dire à merveille, mais bien suffit ! Je suis terriblement frustré par ces courtes vacances et je vais maintenant retourner à cette vie si plate que je mène depuis que je vis avec ton père. Ne te méprends pas, je l'aime, mais comme je peux m'ennuyer dans ce palais doré ! Depuis que j'ai quitté l'opéra, je m'embête à mourir toute la journée ! J'ai bien essayé de me livrer à diverses occupations, mais rien qui ne me satisfasse ! Même Rosa ne me laisse rien faire dans l'appartement. Ce qu'elle ne sait pas, ce que je range un peu lorsqu'elle s'en va le soir, mais ne lui dis rien. Enfin, je m'ennuie ici. Je pensais à adopter un petit chien pour me divertir.
- Je pense que c'est une très bonne idée !
- N'est-ce pas ?! Mais tu sais comme ton père déteste les animaux. Il m'a dit que tant qu'il vivrait sous ce toit, jamais il ne voudrait y voir un seul animal. Qu'il est embêtant ! Il passe tellement peu de temps dans cet appartement que je ne vois pas ce que cela lui coûterait de me laisser avoir un chien !
- Je vois !
Rosa, la domestique de maison, arriva dans la salle avec un plateau en argent sur lequel se trouvait une théière et deux tasses. Elle en servit une à la mère et au fils et s'éclipsa, le tout sans un bruit. Francis avait oublié ce que c'était que d'avoir un domestique à son service. Depuis cinq ans, il cuisinait, faisait le ménage et la vaisselle seul. Maintenant qu'il y avait Ivan à la maison, c'était différent, et loin d'être déplaisant. Ivan… Il ne comptait d'ailleurs pas en parler ce soir à ses parents. Ivan serait son secret.
Pendant environ deux heures, seuls la discussion de la mère et du fils et les va-et-vient de la bonne dans l'appartement rythma celui-ci. Vers vingt heures au soir, M. Bonnefoy fit son arrivée. La table était déjà dressée et le repas déjà préparé par les bons soins de Rosa. La famille fut alors enfin réunie pour la première fois depuis quelques mois. Il était en effet difficile de les rassembler tous les trois, le père et le fils étant tous les deux forts occupés, en général. Aussi, tous deux ne s'adressèrent la parole que lorsqu'ils furent tous attablés et servis.
- Francis, comment te portes-tu ? Et comment avancent tes études ?
- Bien et bien.
- Tu reprends les cours dans deux jours, si je ne m'abuse ?
- C'est bien ça ! J'aurais mes épreuves à la fin de l'année et la remise des diplômes se fera après.
- Cela fait donc déjà cinq ans que tu fais tes études ?!
- C'est bien cela !
Un silence s'installa alors, seulement perturbé par le bruit des couverts et les bruits de vaisselle que Rosa faisait dans la cuisine adjacente à la salle à manger. Son père et lui n'avaient jamais vraiment eu beaucoup de choses à se dire. C'était d'autant plus vrai ce soir. Soudain, retentit une question fort redoutée pour Francis, demandée par son père.
- N'as-tu jamais passé à avoir une partenaire ? Je veux dire, ta mère avait ton âge lorsqu'elle s'est mariée avec moi. Peut-être serait-il grand temps que tu penses à ce genre de questions. Et que tu fasses bien ton choix. Bien sûr, je ne dis pas qu'elle doit être de bonne famille, mais qu'elle soit au moins digne de porter le nom de Bonnefoy.
Francis sentit ses nerfs bouillir de rage. Son père pouvait être tellement vieux jeu !
- Sachez, père ! Que nous ne sommes plus au 19ème siècle, et que le mariage à mon âge est rarement concevable. Et la personne que j'aimerais est forcément digne, même si elle ne regrouperait pas forcément les critères que vous en attendez ! Déclara Francis en tâchant de cacher son ton venimeux.
- Eh bien, dans ce cas ! Qu'attends-tu pour trouver quelqu'un ?
- Je ne compte pas chercher, je pense que l'amour arrive un jour sans prévenir.
- Ce sont bien les idées de ta mère, ça ! Toujours avec ces drôles d'idées romantiques ! Je te parle d'avoir une progéniture pour poursuivre la lignée Bonnefoy, pas d'une histoire d'amour ! Répondit M. Bonnefoy avec ce ton strict que le blond lui détestait.
- Dans ce cas, je suis désolé de vous décevoir, mais ça ne risque pas d'arriver. Je serais avec la personne de mon choix, quand je le désirerais, que ça vous plaise ou non ! Quant à votre progéniture, vous pouvez encore attendre !
Il avait failli ajouter : « Parce que je suis gay ! » mais s'était retenu au dernier moment, de peur de faire la pire erreur de sa vie. Il se contenta de prendre une autre bouchée alors que son père se tut lui aussi. Une chape de plomb s'était abattue sur la pièce.
- Bien, je suis heureuse de voir qu'encore une fois, on ne peut passer un repas en famille sans que vous vous disputiez ! Mais enfin, je l'avais prévu d'avance, aussi, je vous pardonne ! Mais changeons de sujet, je vous prie !
À partir de là, Francis n'engagea la conversation qu'avec sa mère, négligeant de se tourner vers son père pour parler. Le malaise se dissipa, mais Francis n'avait en tête que de retourner chez lui et de se blottir dans les bras de son amant. La colère bouillait encore en lui. Il savait qu'une conversation comme celle-ci était inévitable avec son père. Il eut fallu que ce soit ce soir… Il espérait que la prochaine fois qu'il verra son père sera le plus lointain possible. Il aimait sa mère, mais son père n'était à ses yeux qu'un idiot conservateur. Hormis sa mère et Ivan, Francis avait de plus en plus l'impression d'être seul. Il n'ignorait pas que le jour où son père apprendrait pour son homosexualité serait le début de la fin…
