Chapitre 20 : Une rencontre inattendue

Le campement de la résistance grouillait d'activités. Les hommes d'Allen s'entraînaient dans une clairière avec plusieurs homme-chats et homme-loups, tandis que d'autres s'afféraient à améliorer les installations du campement afin de le rendre plus fonctionnel voir confortable. Les femmes mettaient également la main à la pâte en plus de vaquer à leurs occupations habituelles. Un peu partout, des groupes d'enfants, principalement des félins, mais aussi les louveteaux et quelques humains, jouaient ensemble sans se soucier des problèmes des adultes et du monde extérieur. Hitomi les enviait. Elle aurait aimé pouvoir oublier ses tracas un instant pour simplement profiter du moment présent. Mais cette insouciance ne lui était pas permise.

Depuis la veille, les rapports des observateurs de la résistance arrivaient les uns après les autres. Les nouvelles mesures mises en place par le roi faisaient réagir de toute part. À la déception de Van, certains accueillirent la nouvelle favorablement, croyant qu'il fallait encadrer davantage les hommes-animaux, voir même leur interdire certaines choses. Van avait espéré que le racisme de ce genre n'avait plus sa place dans son royaume, mais il dû voir la vérité en face. Heureusement, la majorité n'approuvait pas la nouvelle vision de leur monarque. La plupart des Fanaliens croyaient en l'égalité des races, comme leur vrai roi. Les observateurs leur rapportaient à quel point les citoyens étaient scandalisés de la nouvelle réglementation. Cependant, les espions étaient des gens du peuple, entre eux, ils osaient hurler au scandale, mais peu parmi eux se risqueraient à le crier haut et fort en présence des représentants du château. Ils craignaient de subir le même sort que les hommes-animaux. Van ne pouvait en vouloir à un père de famille de penser d'abord à la subsistance et la sécurité de sa propre famille avant de critiquer les décisions du roi. De toute façon, un homme seul ne gagnerait rien à se soulever, à part l'emprisonnement. Un soulèvement de masse pourrait sans doute avoir un effet, mais il avait peur qu'Oram prennent des moyens draconiennes pour mater la population. Van ne pouvait supporter que son peuple souffre des conséquences d'une révolution populaire qui au bout du compte ne réglerait sans doute pas le problème à long terme. Il n'avait pas simplement affaire à un tyran, comme l'histoire en avait connu par le passé. En général, les princes et les princesses qui héritaient d'un trône y étaient préparés dès le jeune âge et on leur inculquait les notions de justice et de responsabilité qui venaient avec les pouvoirs royaux. Beaucoup devenaient de bons rois ou à tout le moins des rois corrects, mais quelques-uns prenaient goût au pouvoir et pouvaient mal tourner. Les tyrans habituels étaient généralement renversés par une alliance de pays. Mais le processus était long et avant que les royaumes extérieurs interviennent, le royaume opprimé était généralement dans un état lamentable. Le renversement d'un roi, nécessitait généralement une guerre. Et cette option était le pire des choix selon Van et ses alliés. Fanalia avait déjà assez souffert de la dernière, jamais il n'accepterait de la plonger à nouveau dans un conflit ouvert. Dans l'histoire de Gaea et de la Terre, certains rois malveillants, comme des bons malheureusement, avaient été victimes d'assassinats. Bien que l'idée de simplement tuer Oram puisse sembler la plus simple, elle entraînait un autre problème. Van était le dernier membre de la famille royale, s'il venait à mourir, le royaume se retrouverait sans souverain et avec les dernières politiques d'Oram, la nomination d'un successeur ne serait pas aisée, tout comme de ramener Van sur le trône sous le visage d'Oram avec les calomnies que l'usurpateur faisaient circuler sur lui. Cependant, à choisir Van préférait encore voir Fanalia livrée à elle-même sans dirigeant qu'entre les mains de ce fou d'Oram.

Van et Hitomi n'avaient pas vraiment eu le temps de se retrouver seul avec tous les tracas politiques qui les entouraient. Tous deux sentaient que beaucoup de choses restaient en suspends et non dit entre eux, mais au fond ni l'un ni l'autre n'étaient si pressés de se retrouver en tête à tête. Car si la situation politique de Fanalia était compliquée présentement, leur relation l'était tout autant.

Merle était allé voir Hitomi après qu'elle est découvert la vérité au sujet de Van. Elle n'avait plus à craindre de trop lui en dire et pouvait donc à nouveau avoir de vraies conversations avec son amie. Durant le voyage de retour au campement, elle n'avait presque pas dit un mot de peur de trahir Van sans le vouloir. Mais à présent elle voulait tout savoir et elle voulait être sûre qu'Hitomi ne lui en voulait pas de lui avoir cachée la vérité. Bien évidement, Hitomi lui pardonna instantanément, elle savait que Van lui avait demandé de garder le secret. Les deux amies parlèrent ensuite pendant très longtemps. Hitomi lui raconta presque tout ce qui s'était passé au château depuis le départ de Merle et répondit à toutes ses questions. De son côtés, Merle lui raconta ce qui s'était passé de son côté, la manière dont elle et les hommes-chats avaient dû quitter leur village précédent pour venir s'établir ici. L'arrivée ensuite des hommes-loups et des hommes d'Allen. Elle lui raconta le sauvetage de Van, dont elle n'avait vu qu'un fragment dans sa vision. Mais ce soir-là, elles ne firent qu'effleurée la nouvelle situation de Van. Toutes deux étaient encore trop mal à l'aise avec cette situation et elles savaient que c'était également le cas de l'autre.

Hitomi explorait tranquillement le campement pour se familiariser avec les lieux et échangea quelques mots avec certains occupants. Elle regardait jouer un groupe de jeunes garçons-loups lorsqu'elle sentit quelqu'un se tenir derrière elle. Elle se retourna et découvrit Van qui se tenait à quelques pas d'elle. Elle un petit sursaut en le voyant, elle n'était toujours pas habituée à sa nouvelle apparence. Elle espéra que Van n'ait pas perçu sa réaction. Mais Van l'avait évidemment remarqué, même s'il n'en dit rien.

« Bonjour Hitomi. » La salua-t-il, essayant d'être le plus naturel possible.

« Salut. Je me promenais un peu autour du camp. Question de faire connaissance avec les gens et les lieux. »

« Je peux t'accompagner ? »

« Bien sûr. »

Hitomi se remit à marcher, imité par Van laissant un pas entre eux, ne voulant pas imposer une trop grande proximité entre eux à Hitomi.

« Je te croyais occupé avec Allen à trier les rapports de vos observateurs. »

« Oui, mais j'ai tout de même droit à une pause de temps en temps non? »

« Évidemment. »

Ils marchèrent ainsi une vingtaine de minutes en parlant de tout et de rien, en évitant soigneusement tout ce qui concernait la nouvelle apparence de Van et leur relation. Alors qu'ils revenaient vers le centre du campement, Gadess les repéra et courut vers eux en les interpellant.

« Qu'est ce qui ce passe ? » Demandèrent-ils à l'unisson.

« Allen veux vous voir. »

Van et Hitomi lui emboîtèrent le pas, la situation semblait importante. Ils entrèrent dans la grande tente où se trouvait déjà Allen, Luhm, Merle et quelques autres.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » Demanda Van aussitôt à l'intérieur.

« Une femme a contacté un de nos espions ce matin et a demandé à ce qu'on la conduise ici. Ou plutôt qu'on la conduise à l'homme représenté sur les affiches et nommé Oram. »

« Il peut très bien s'agir d'un piège. » S'alarma Hitomi.

« Notre homme n'est pas un novice, il a voulu en savoir plus avant de faire ou dire quoi que ce soit qui aurait pu nous trahir. »

« Pourquoi veux-elle me voir et qui est-elle ? » S'enquit Van.

« Elle prétend être la mère d'Oram et tout porte à croire que ce soit le cas. »

« Sa mère! » S'exclamèrent Van et Hitomi en cœur.

Allen leur tendit un portrait qu'elle avait donné à leur homme pour appuyer ses dires. Il s'agissait d'un portrait fait par un artiste moyen, mais on y reconnaissait toute de même bien les traits des deux personnes y figurant, Oram, un peu plus jeune, et la femme en question. La toile avait déjà quelques années comme en témoignait le début d'usure du matériel.

« Mais pourquoi la mère d'Oram voudrait-elle rencontrer Van ? Croit-elle qu'il s'agit toujours de son fils? Ou sait-elle la vérité, et dans ce cas, je comprends encore moins pourquoi elle tient à venir ici? »

« Dans un cas, comme dans l'autre, je crois que ça vaut la peine qu'on organise une rencontre. » Proposa Allen.

Van approuva l'idée. Si cette femme était bien qui elle prétendait être, elle détenait des informations qui leur seraient sans toute très utiles. Plus on en connaissait sur l'adversaire, plus il était aisé de le vaincre. Si elle croyait rencontrer son véritable fils, en jouant le rôle de son mieux, peut-être Van réussirait-il à la faire parler et trahir les secrets de son fils. Sinon il n'excluait pas la possibilité de l'utiliser comme moyen de pression contre Oram. Et si par contre, elle connaissait la vérité sur l'échange qu'avait fait son fils, il était curieux de voir ce qu'elle avait à dire pour vouloir le rencontrer en sachant qui il était. Il pouvait s'agir d'un plan tordu d'Oram, mais peut-être qu'elle voulait vraiment les aider. Et ils n'étaient pas en situation de repousser une possibilité de ce genre.

Une rencontre aurait donc lieu dés ce soir. Ils se rejoindraient dans un lieu neutre. Il n'était pas question de lui indiqué l'emplacement du campement avant d'en savoir plus. Les hommes d'Allen encercleraient les lieux à couvert au cas où les choses tourneraient mal et pour s'assurer qu'elle était bien seule.

« Je viens avec toi. » Décida Hitomi.

« Non. Il est plus prudent que tu restes ici. Et si elle croit avoir rendez-vous avec le vrai Oram, ta présence me trahirait. »

Hitomi dû avouer qu'il avait raison sur ce point, mais elle refusait de rester à l'arrière.

« Je resterais en retrait avec Allen. »

Van allait protester à nouveau, mais Hitomi semblait déterminée à les suivre. Il préférait toujours la savoir en sécurité, mais ils ne savaient pas ce qui allait se passer ce soir, et peut-être sa présence pourrait être bénéfique. De toute façon, elle viendrait qu'il le veuille ou non.

« D'accord, mais peu importe ce qui ce passe, tu restes près d'Allen ou ses hommes. »

Hitomi sentait qu'il se faisait à nouveau du souci pour elle. Décidément, peu importe dans quel corps il était, il restait toujours le même. Mais au fond, elle n'allait pas s'en plaindre.

Quelques heures plus tard, Van, Allen, ses hommes, Hitomi et Merle, qui une fois au courant qu'Hitomi les accompagnait, avait tenu à venir aussi, partirent vers le point de rendez-vous. L'endroit choisi était une butte beaucoup plus au sud. Les hommes d'Allen se déployèrent tout autour de la butte et se dissimulèrent parmi la végétation. Van monta seul au sommet de la butte et attendit.

Une quinzaine de minute plus tard, deux personnes gravirent la butte à leur tour. L'homme début quarantaine s'approcha de Van, suivi d'une femme un peu plus vielle que lui.

« Vous êtes Peter, l'aubergiste. » Demanda Van, même s'il le savait déjà, l'ayant déjà rencontré à plusieurs reprises à Fanalia.

« Oui. Et voici la femme qui a demandé à vous voir personnellement. »

La femme s'approcha et le détailla de la tête au pied, comme si elle retrouvait quelqu'un qu'elle avait longtemps perdu.

« Merci, Peter. Vous pouvez nous laisser, mais ne rester pas trop loin. »

L'aubergiste obéit et redescendit sous le couvert des arbres. Une fois hors de vue, il retraça la cachette d'Allen, Hitomi et Merle. Tous trois observaient Van et la femme avec la plus grande attention, essayant de ne pas manquer un mot de l'échange à venir.

Une fois Peter partit, Van observa plus attentivement la femme qui prétendait être la mère d'Oram. En scrutant son visage, il trouva effectivement certains traits ressemblants, corroborant ses dires. Il attendit qu'elle parle la première afin de savoir à quoi s'en tenir. Se pensait-elle en compagnie de son fils ou savait-il qu'il ne l'était pas?