Pairing _ Drago Malefoy & Hermione Granger. O.C. & O.C. multiples...

Genre _ Romance/Famille/Suspens.

Rating _ M. -Oui, direct cette fois... On ne va pas se voiler la face.

Disclaimer _ L'Univers & les Personnages Adultes appartiennent à JK Rowling. Je ne prends en compte ni le tome 7 (l'épilogue) ni les dernières informations données par l'auteure -au sujet de son école américaine, par exemple...

Note de l'Auteur _ Uhm. Je me fais toute petite, toute minuscule... Je dois avouer que je n'ai pas vu le temps passer en fait, et que quand on m'a fait remarquer que je n'avais pas posté depuis le 19 Février -et après que j'ai capté qu'on était déjà le 12 mars xD- je me suis dit qu'il était peut-être le temps de se bouger les fesses ! Me revoilà donc ! (Et le prochain sera posté plus rapidement. ^^ Il est prêt à poster, je me suis avancée.)(Ouais, je vais faire du "2 chapitres postés d'affilé, puis plus rien pendant 3 semaines" j'ai l'impression xD)(Sachant qu'en général, les fins frustrantes arrivent pile quand je mets du temps à poster, héhéhé)...

Merci à tous pour vos nombreux reviews en tout cas, j'ai bien vu débarquer les fans du Dramione ! :P

Alexiane : Merci beaucoup pour le review :D 1. Ah ah, un peu prise de tête quand même, ce sont des ados XD 2. Ouiiiiii 3 Et oui, tellement de Dramas de prévus, on va être honnêtes... 3. Et ouais, il sera toujours un peu hanté le pauvre p'tit loup ! (AhAh. XD) 4. On s'refait pas ! :P Et c'est le fils de Drago, après tout, il veut forcément des sous pour sa chérie ! 5. Ah ah, promis, y'en aura encore ! 6. Uhm... Tu pourrais être surprise ! :D ; 7. MERCIIII :D (Et ce qu'il faut que tu fasses c'est remplacer les noms des persos dans mes fics par des noms de roi&Co ! :P je suis sure que ça rendrait tes révisions plus efficaces !)

Marine : Merci beaucoup :D Et cette fois, il a fallu attendre encore super longtemps, OUP'S. Et oui, trop de frustrations, pour les uns comme pour les autres... Drago, je pense qu'il aurait entendu un seul bruit un peu douteux, il se serait rué dans la chambre de sa fille xD Il était trop à l'affut ! Et oui, enfin, des bisous ! :P Explications du journal dans ce chapitre... Et j'espère que ça te plaira !

Romane : Merci beaucoup pour le review ! Et mouhaha, tu me connais depuis l'temps ! Si je peux faire une fin sadique, je ne m'en prive pas ! :D Drago, toujours mignon ? :P J'espère que tu le trouveras aussi parfait dans ce chapitre -moi, je l'aime !

Elonore : Merci beaucoup ! :D Et oui, SHAME ! :P Le petit coup de mou, je l'avais senti à l'écriture aussi, que je te rassure :-) 1. Oui, trop cute ! Ah ah, t'inquiète, je fais pareil... ça fait un peu schizophrène, mais je le gère bien. 2. Tu... tu... tu... Je boude ! (Oui oui, il ne faut pas m'dire qu'Olivia&Ash ne sont pas ceux que tu préfères, c'est dangereux xD) 3. Pas de 3 ? :P 4. Non, mais le pauvre ! 5. Ah ah, forcément ! :D 6. Tu as bien raison... 7. Merciiiiiii :D

Sabou : Merci beaucoup pour le review ! :D Ah ah ah, non mais s'il était arrivé 5min plus tard, il aurait surement vu les fesses de Drago & d'Hermione en fait :P donc, heureusement qu'il a surgi à ce moment là ! Et oui, il était temps ! Uhm... et disons que ce chapitre ne pas voir se rapprocher Drago&Hermione, mais qu'il est essentiel malgré tout question "rapprochement"...

Guest - Garfield ? : Merci beaucoup pour le review ! Tu veux prendre un pistolet ? :O Mais pourquoi donc ? Le Petit Prince, je l'aime vraiment xD (Je l'avais lu petite, mais je l'ai relu en pleine écriture, et PAF ! illumination !) et la frustration, c'est fait exprès, mouhahaha ! 1. J'ai réalisé que Julian&Mia n'avaient pas eu de scène à eux depuis un moment, les pauvres ! :P Et vraiment surprise ? Parce que bon... C'est le fils d'Harry ! 2. Ash&Olivia ne sont clairement pas prêts à coucher ensemble, non ! Enfin, ce serait bien stupide xD ils ont encore tellement de choses à régler & discuter d'abord... Héhéhé, tu as raison, c'est louche :D 3. Et oui, une vie de M**** puissance 1000 XD (Et je fais partie de ces gens qui pensent que quoi qu'on vive, on n'a pas le droit de faire souffrir les autres juste parce qu'on souffre... Donc pas vraiment d'excuses pour Hope. Voilà. XD) 4. Ouiii ! :D La demande d'Ash prouve que sa relation avec Drago évolue ! 5. Ah ah ah, forcément :D Et bon, il faut encore qu'ils parlent un p'tit peu avant qu'on puisse envisager des relations plus... poussées ! :P 6. Qui te dit que tu te trompes, d'abord ? Et... Tu verras bien du coup ! :D 7. Merciiii ! (Et si c'est bien toi qui a reviewé toutes mes fics dernièrement, MERCI beaucoup ! :D ton enthousiasme m'a fait sautiller bêtement xD donc merci merci merci !)

Meredith96 : Merci beaucoup ! :D Et euh... c'est ça qui est drôle ! :P De couper PILE quand ça vous embête le plus, mouhahaha ! Et le prénom d'Hope, c'est tout à fait volontaire ! (et ça fait bien prénom de fille d'ancienne Miss XD) Pour Drago & Hermione, ils auront d'autres priorités dans ce chapitre...

NanaL3na : Merci beaucoup pour le review ! Et pour tous ces compliments :D Et oui, heureusement que j'ai évolué depuis mes premières fics, il faut l'avouer xD J'espère que ça continuera à te plaire autant !

Merci encore à tous ! J'espère n'avoir oublié personne & normalement, ce n'est pas le cas xD

Je vous souhaite à tous une bonne lecture d'un chapitre un peu plus plombant que le précédent... u_u' J'espère qu'il vous plaira malgré tout !


Sous les Cendres

Chapitre 20


Don't come closer or I'll have to go

Owning me like gravity are places that pull

If ever there was someone to keep me at home

It would be you

- Eddie Vedder – Guaranteed -


Ash se réveilla en sursaut, surpris par une brusque envie d'éternuer qui lui fit plisser tout le visage avant qu'il ne s'agite. Ouvrant les yeux, il comprit rapidement ce qui avait provoqué son réveil : les cheveux d'Olivia, qui n'avait clairement pas le sommeil léger, frôlaient son nez dès qu'elle bougeait… Ce qui arrivait toutes les trois secondes approximativement.

C'était la première fois qu'il dormait réellement avec une fille, toute une nuit –même si elle avait été courte- et il n'était pas impatient de renouveler l'expérience. Il aurait probablement des bleus à l'estomac, le coude pointu d'Olivia s'étant acharné à le piquer dès qu'il avait le malheur de changer de position. Non, franchement, ça ne valait pas le coup.

Puis, il constata que sa propre main avait profité de son sommeil pour trouver le sein d'Olivia qu'il englobait tout naturellement, comme s'il tenait son doudou, et un petit rire le secoua. Bon, peut-être que ça avait ses avantages finalement.

Lentement, il se redressa avant de se pencher au-dessus d'elle, prêt à l'embrasser pour la réveiller –ce qui serait toujours plus agréable que la façon dont lui-même avait été tiré du sommeil. Il n'en eut pas le temps. La maison s'éveilla brusquement, et il entendit les voix puissantes au rez-de-chaussée. Fronçant les sourcils, il se demanda ce qui pouvait bien se passer pour qu'ils fassent tous un tel vacarme à une heure pareille, et il vit Olivia ouvrit les yeux avant de grommeler :

« Pourquoi tu m'as réveillé ? Et qu'est-ce que ta main fait là, pervers ? »

Il s'esclaffa alors que –apparemment pas si gênée que ça par sa perversité supposée- elle se blottissait contre lui en maugréant à propos de l'heure, du froid, et des ronflements sonores qui l'avaient apparemment empêchée de dormir. Il hésita à lui dire que c'étaient ses propres ronflements qu'elle avait entendus, et que ça n'avait pas le moins du monde dérangé son sommeil. Quelque chose lui disait qu'il ne pourrait plus toucher ses seins s'il osait formuler cette vérité.

Elle sursauta contre lui en entendant crier, et lui jeta un coup d'œil surpris auquel il répondit d'un haussement d'épaules. Un peu nerveux, persuadé qu'il était nécessairement la cause de la situation au rez-de-chaussée –que pouvait-il bien se passer qui ne le concerne pas, après tout ?- il abandonna leur câlin.

« Je vais aller voir, d'accord ?

- Je te rejoins dès que mes yeux pourront rester ouverts… »

Il l'embrassa doucement, en essayant de ne pas se préoccuper de la tendresse qui lui venait tout naturellement avec elle, puis récupéra un t-shirt froissé qui traînait au pied d'une chaise. Il l'enfila d'un geste avant de quitter la pièce en baillant. Il était déjà pressé de retourner au lit, mais quelque chose lui disait qu'il devrait attendre le soir et son retour à Poudlard pour ça.

Une fois dans le couloir, il jeta un coup d'œil rapide en direction de la chambre d'Amélia. Un juron se fit entendre depuis les pièces d'en bas et il grimaça. Il n'avait pas le moins du monde envie de descendre, tout à coup, craignant ce qui pouvait bien provoquer tant de colère chez Drago –dont il avait reconnu la voix.

La tension dans son corps se dénoua lorsque la porte de Mia s'ouvrit et qu'elle passa la tête par l'entre brasure, l'air curieux. Elle sourit en le découvrant plantée là, puis quitta sa chambre en sautillant presque. Au moins, elle avait passé une bonne nuit. Il remarqua la rougeur vive de ses lèvres, et un suçon dans son cou et se demanda s'il n'était pas supposé dire ou faire quelque chose. Cogner Julian peut-être, ou le menacer ? N'était-ce pas ce qu'étaient supposés faire les frères ?

« Tu sais ce qu'il se passe ? s'enquit-elle tout bas, comme pour ne pas se faire surprendre.

- Aucune idée… J'allais voir, justement. Tu veux venir ? »

Il espérait sincèrement qu'elle accepte. Il était un peu trop nerveux et craignait le pire s'il osait rejoindre les adultes. D'ordinaire, quand ces derniers criaient, il était toujours responsable de la situation. Peut-être que Drago avait repensé à leur discussion au sujet de l'argent, ou qu'Hermione…

« On devrait peut-être réveiller Julian et Olivia, d'abord ? Si papa trouve Julian dans mon lit, il va appeler les Aurors pour leur demander de le jeter à Azkaban tel que je le connais… »

Il s'apprêtait à lui expliquer que Drago savait pertinemment que Julian avait dormi –s'ils pouvaient appeler ça « dormir »- avec elle mais un bruit sourd retentit en dessous d'eux, et Mia tourna vivement les talons en direction de sa chambre.

« Vas y ! Je m'occupe de Julian ! »

Il ouvrit la bouche et la referma aussitôt. Quel trouillard, il faisait ! Se morigénant, il abandonna le couloir aussi rapidement que possible avant de dévaler l'escalier pour se diriger vers les éclats de voix. Il ralentit un peu en s'approchant de la cuisine, et se crispa instinctivement en entendant crier :

« Des mensonges ! Je vais traîner ce torchon et tous ces pseudo-journalistes en justice pour calomnie ! »

Il se figea alors que la voix douce d'Hermione tentait d'apaiser Drago, puis s'efforça à avancer de nouveau, définitivement inquiet. Entendre parler de journalistes et de « torchon » avait éveillé en lui une envie de partir en courant, et il n'eut pas besoin d'entrer dans la pièce et de voir le journal que brandissait Drago pour comprendre ce qui s'était passé.

Ils savaient.

Le monde sorcier entier savait désormais qui il était. Et comme l'avaient craint Drago et Hermione quelques semaines auparavant, il était devenu un sujet d'article. Il les vit se tourner vers lui, tous, la même lueur de dégoût et de colère enflammant leurs visages et il ne put s'en empêcher. Il prit tout cela pour lui, comme un coup en pleine poitrine qui l'obligea à affronter la situation, s'il ne voulait pas s'écrouler bêtement.

Il vit la Une. Le « Numéro Spécial » qui clignotait vivement sur le côté, juste au-dessus d'une photo de lui qu'il n'avait jamais vue, mais dont il se rappelait pourtant. Elle avait été prise par un type de la police criminelle, lequel lui avait demandé d'enfiler un t-shirt pour dissimuler sa nudité, avant de commencer à lui poser des questions. A lui demander d'où venait le sang. Et comment son père d'accueil était mort. A lui suggérer sa culpabilité, alors qu'il n'en doutait pas une seule seconde.

Il se rappelait du sang, mais il avait oublié les autres marques qui assombrissaient sa peau, et tout ce qui avait provoqué la colère du loup qui s'était acharné encore et encore sur le moldu.

Il cilla. Ses souvenirs heurtèrent son esprit férocement, jusqu'à ce qu'il interrompe le flux d'images plus violentes qui lui revenaient par à coup. Il se sentit trembler, et vit Hermione s'approcher de lui, prête à le consoler sans doute. Il recula d'un bond et elle se figea. Il ne voulait pas la blesser. Il ne pouvait juste pas supporter sa compassion en cet instant.

« Ash, chuchota-t-elle avec une tendresse qui lui serra la gorge. Tu…

- Donnez-le moi. », ordonna-t-il d'une voix si glaçante qu'il eut du mal à croire qu'elle sortait de sa bouche.

Il vit Drago échanger un regard avec Harry et Théo qui, en retrait, paraissaient aussi perdus que lui. Le psychomage fit une grimace et secoua la tête, comme pour refuser, et Ash serra les poings.

« Je n'ai pas besoin de l'avis d'un psy, là, tout de suite ! Je veux ce journal !

- Ce n'est pas une bonne idée, intervint le psychomage avec sa voix de médiateur qui ne fit que l'agacer encore davantage.

- Quand je voudrai connaître votre opinion, je vous la demanderai. Le. Journal. Maintenant. »

Drago poussa un bref soupir, avant de lui tendre la Gazette du Sorcier, faisant fi du « Dray, non… » de son meilleur ami. Ash lui arracha le journal des mains, et sans plus leur prêter attention, se mit à lire.

Ou du moins, à essayer.

Les mots se brouillaient sous ses yeux, profitant de sa fatigue et des émotions qui l'absorbaient pour saborder toute tentative de concentration. Il essaya tant bien que mal de s'accrocher à ceux qu'il reconnaissait. Son prénom. Celui de Jem. Il y avait même celui de Tyler. Le « loup-garou » qui se répétait à l'infini.

Puis, son regard passa sur un « Cassidy », précédé d'un « Sénateur moldu » qui parvint à déchiffrer à travers la soudaine migraine qu'il subissait. Il inspira profondément, et –après une longue minute- réussi à lire quelques phrases.

« Le Sénateur moldu, Robin Cassidy, a perdu sa fille, âgée de seize ans à l'époque, et accuse le jeune Jeremy. « J'ai su qu'il nous apporterait des problèmes dès que je l'ai rencontré. Il m'avait tout l'air d'être un danger pour lui, comme pour les autres, mais je n'ai pas pensé à ma sécurité, ni à celle de Hope, nous raconte-t-il en retenant difficilement ses larmes. Je tenais juste à faire quelque chose de bien. Mais Tyler Hanson* a manipulé et agressé ma petite princesse à de multiples reprises, jusqu'à la pousser au suicide. ». Il ajoute qu'après le décès de sa fille adolescente, personne n'a voulu l'entendre, et évoque « l'école spéciale pour les fous qui protège des assassins »… »

Ash sentit un rire nerveux s'échapper de ses lèvres, et se demanda combien de temps il lui faudrait pour craquer cette fois. Au vue du tremblement sévère qui le secouait désormais des pieds à la tête, il estimait ce temps à quelques minutes à peine.

Pourtant, il ne put s'empêcher de continuer. Il lut les déclarations de quelqu'un qui expliquait « ne pas être choqué par l'annonce de sa lycanthropie », ajoutant même qu'il avait « toujours été un peu bestiale et que cela expliquait tout », qu'il était « constamment violent, agressif et intenable ». Il reconnut Hollywood sans difficultés. S'en suivaient une foule d'interviews de gens qui apparemment, le détestaient ou le craignaient. Des moldus, pour la plupart mais aussi des sorciers… Il s'attendait presque à lire des mots venant Maisie qui aurait voulu profiter d'un petit quart d'heure de gloire mais si elle avait parlé de lui, il ne parvint pas à deviner quel « anonyme » elle pouvait être.

Puis il découvrit le prénom de Neal, quelques paragraphes plus loin. Au bord de la nausée, il employa les dernières forces qui lui restaient à déchiffrer :

« Neal Radburn a, de toute évidence, développé une affection malsaine pour notre sujet. Il a payé ses cautions à de nombreuses occasions, l'a hébergé chez lui et n'a jamais clairement signalé sa lycanthropie aux autorités de l'école de Salem, qui devra désormais répondre de ses actes. »

Ash laissa le journal tomber, comme s'il lui avait brûlé les doigts, puis ferma douloureusement les yeux. Neal. L'affirmation était fausse. Son professeur et ami avait évidemment parlé de son problème aux responsables de l'école, mais Neal avait eu raison la veille en parlant à Elisabeth : les gens avaient toujours besoin de quelqu'un sur qui reporter la faute. Les parents d'élèves seraient fous de rage d'apprendre qu'un loup-garou avait côtoyé leurs enfants sans qu'ils le sachent. Et ils accuseraient Neal. Et Neal… Neal, qui n'avait fait que l'aider, perdrait tout ce qu'il avait construit jusque-là.

Il enfouit son visage entre ses paumes, et ne repoussa pas Hermione cette fois, lorsqu'elle s'approcha de lui jusqu'à l'enlacer. Elle murmura un « Tout va bien se passer », un mensonge qu'il repéra de loin alors que toutes les conséquences de ces articles l'assommaient peu à peu.

Tout le monde savait la vérité désormais, même si elle était enrobée de mensonges. Tous les gens qu'il connaissait sauraient qu'il était un loup-garou. Qu'il avait déjà tué. Qu'il avait vécu des horreurs et provoqué ces mêmes horreurs parfois. Plus rien ne serait pareil.

Neal perdrait probablement son travail à Salem.

Et… Et il pouvait faire une croix sur le Tournoi de Quidditch. Il pouvait même faire une croix sur le Quidditch tout court, réalisa-t-il en laissant Hermione lui frotter le dos, doucement, en un geste qui n'apaisa certes pas son cerveau qui tournait à plein régime, mais qui détendit un peu son corps tremblant. Personne ne voudrait engager un loup-garou déclaré violent et ingérable dans un journal national.

« On va faire quelque chose, Ash, promit Drago en s'avançant à son tour. On va les obliger à publier un communiqué où ils se rétractent. On…

- La plupart de ces choses sont vraies.

- Quoi ?

- Ce qu'ils ont écrit. Ce ne sont pas des mensonges. Ils… Ils déforment la vérité, mais ça reste la vérité. »

Il lut le choc dans les yeux de Drago qui récupéra le journal et le parcourut une nouvelle fois des yeux, comme pour analyser les informations d'un point de vue différent. En pensant qu'il ne s'agissait pas tout bonnement d'un tissu de racontars et de fables, mais qu'il avait bien fait toutes ces choses dont on l'accusait, qu'il avait bien subi tout ce que les gens avouaient.

Ash éprouva un soulagement étrange en le voyant comprendre, enfin. Et il essaya de ne pas se focaliser sur l'autre émotion qui prédominait alors qu'Hermione se détachait légèrement de lui pour le regarder. Et sans trop savoir pourquoi, préférant ignorer sa petite voix qui lui suggérait qu'il voulait abimer cette relation, qu'il désirait –un désir malsain et incontrôlable- les blesser et les faire fuir, il ajouta, la voix aussi froide que possible :

« Tout ça, c'est vrai. J'ai vraiment volé toutes ces choses, j'ai vraiment cassé toutes ces autres, et j'ai vraiment fait souffrir tous ces gens… Et je ne peux pas mettre ça sur le dos du loup-garou, parce que la plupart du temps, j'étais conscient de ce que je faisais, et je voulais mal agir, je voulais causer du mal, autant qu'on m'en avait causé.

- Ash, ne… intervint Théo en faisant un pas en sa direction, les mains tendues pour comme dompter un animal sauvage.

- Non. Je veux qu'ils comprennent. Tout ça (Il désigna le journal que Drago tenait toujours.), c'est moi. Ce n'est pas Jem, c'est Tyler, et moi. Jem n'est pas là ! Et moi, je… je suis ce garçon qui a fait toutes ces choses que vous ne pourrez jamais effacer, même en parvenant à convaincre la Gazette de je-ne-sais-quoi. Je dois vivre avec, et si vous… Si vous vouliez de moi, vous devriez vivre avec aussi. Et vous le regretteriez… »

Il éclata d'un petit rire sans joie, et ajouta en un murmure :

« Posez la question à Neal dans quelques jours… Je suis sûr qu'il regrette déjà. »

Il s'arracha à l'étreinte d'Hermione qui –stupéfiée- le fixait sans savoir quoi dire. Drago paraissait douter lui aussi, désormais, et Ash ne parvint même pas à leur en vouloir. Peut-être que personne ne pouvait gérer le désastre qu'avait été sa vie… Peut-être qu'Olivia était la seule à pouvoir l'assumer, du moins jusqu'à ce qu'il lui raconte quelque chose qui ferait déborder la coupe. Non, elle avait promis. Elle avait juré de ne jamais avoir peur.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? »

Il éprouva un vif soulagement en reconnaissant sa voix, et il fit volte-face. Olivia s'était arrêtée sur le seuil, Julian et Mia derrière elle. Ils se tenaient par la main tous les deux, et il était persuadé qu'ils souriaient encore bêtement quelques secondes auparavant. Ils le dévisageaient avec ce même inquiet identique, alors qu'Olivia s'avançait vers lui. Il faillit reculer. Et comme si elle le pressentait, elle glissa sa main dans la sienne d'un geste vif qu'il lui fut impossible d'éviter.

« Quelqu'un a parlé de Ash, annonça Harry en observant son fils, l'air de se demander ce qu'il fichait encore là, mais n'osant certainement pas aborder le sujet vue la situation. La Gazette du Sorcier a publié une édition spéciale ce matin…

- Les journalistes vont camper devant la maison avant la fin de la journée, marmonna Théodore en s'installant à un siège. Ils vont continuer à déterrer tout ce qu'ils pourront trouver.

- Parce que tu penses vraiment qu'il reste quoi que ce soit à dire ? répliqua Drago avec un petit coup d'œil en direction de Ash, comme s'il s'interrogeait sur ce qu'il avait bien pu faire d'autre.

- Il n'y a rien concernant Poudlard pour l'instant. Tu crois qu'il faudra combien de temps à un élève pour trouver quelque chose à raconter ?

- Nicholas, soupira Mia en se mordillant les lèvres, nerveusement. Il va forcément parler, maintenant. Ou quelqu'un d'autre qui aura assisté à leur… Dispute.

- Tu appelles ça une dispute, toi ? siffla Julian, l'air sombre. La prochaine balade à Pré-au-Lard est pour la semaine prochaine, non ? Je peux… Je vais prévenir Dermott dans une lettre, lui dire de faire attention, de ne parler à personne qui ait l'air de chercher des infos au sujet de Ash. Il transmettra aux autres Gryffondors, et…

- Certains se ficheront de tout ça. Ils seront fiers de voir leur nom apparaître dans le journal et… »

Ash n'écoutait déjà plus. Il savait qu'ils ne trouveraient aucune solution : les gens finissaient toujours par parler, et les moindres détails de sa vie feraient la Une des journaux pendant plusieurs semaines, jusqu'à ce que les gens se lassent et qu'un nouveau sujet fasse les gros titres… Qu'est-ce qui pourrait intéresser davantage que le retour du fils disparu d'un ancien Mangement devenu Directeur de Bureau et de cerveau du Trio d'Or ?

Il fut interrompu dans ses pensées par la caresse des doigts d'Olivia contre son poignet. Juste à l'emplacement de son tatouage. Il se retrouva cloué au sol par la détresse perçant dans son regard, et il essaya de lui sourire. Il ne parvint qu'à grimacer, et sans se soucier des autres autour, elle le prit dans ses bras sans dire un mot. Il n'avait pas besoin qu'elle dise quoi que ce soit. Il n'attendait pas d'elle quoi que ce soit de plus que ce qu'elle lui offrait.

« Est-ce que c'est vraiment aussi horrible que ça ? » entendit-il soudain dire Mia.

Il dégagea son visage des cheveux d'Olivia pour regarder sa sœur qui tendait la main vers le journal. Son corps se crispa si ardemment qu'il n'aurait pas été surpris d'entre un muscle claquer, et il n'eut pas le temps d'hurler son refus de la voir approcher le torchon que la voix d'Olivia résonna dans la cuisine :

« Non, Mia. »

Elle se tourna simplement, s'appuyant contre lui sans lâcher sa main, et Mia interrompit son mouvement pour hausser un sourcil interrogateur. Il aurait pu s'exprimer seul, mais il était curieux d'entendre l'explication d'Olivia, de constater une fois de plus qu'elle avait parfaitement lu dans son esprit.

« Ils sont déjà en train de le regarder comme s'il avait tué quelqu'un, déclara-t-elle froidement en désignant les adultes présents dans la pièce. Il n'a pas besoin que tu le fasses aussi. »

Ash devina aux expressions des gens qui lui faisaient face qu'Olivia devait arborer son regard de tueuse, celui qu'elle avait toujours sur le terrain et qu'elle semblait vouloir employer dès que cela le concernait désormais. Elle paraissait prête à le défendre face aux autres comme elle sauvegardait ses buts des souaffles, et il ajouta « protectrice » aux adjectifs « mielleuse » et « possessive ». Il aurait aimé en profiter davantage, mais il ne put s'empêcher de murmurer :

« J'ai vraiment tué quelqu'un. »

Il savait qu'elle connaitrait le contenu des journaux avant la fin de la matinée, et il ne voulait certainement pas qu'elle apprenne cette information ainsi. Il se demanda si ce serait ça, le secret de trop. A en croire les expressions de Julian et Mia, c'était en tout cas déjà bien trop à assimiler pour eux. Il aurait dû être sûr qu'elle n'était pas faite du même bois qu'eux, ne pas en douter une seule seconde… Il la sentit se figer, puis elle se tourna de nouveau pour lui faire face, l'air déterminé.

« Est-ce qu'il l'avait mérité ? demanda-t-elle, impassible.

- Oui, répondit-il sans hésiter.

- Bien. »

Bien ?

Elle lui adressa un sourire audacieux, un brin sinistre. Il en resta coi. Il avait eu raison en la rencontrant : elle n'était définitivement comme les autres filles. Elle n'était pas Hope qui savait toujours quoi dire ou faire pour qu'il lui obéisse au doigt et à l'œil. Elle n'était pas Maisie qui était douée d'un talent indéniable pour le rendre fou de désir et de mépris tout à la fois. Elle n'était pas Sienna qui parvenait à le faire se sentir extraordinairement normal et à l'aider à oublier tous ces soucis.

Elle était… Elle, tout simplement. Elle n'ignorait rien, ne négligeait pas le poids qu'il portait, mais ne lui facilitait pas les choses non plus. Elle était prête à passer sur un meurtre, mais ne supportait pas qu'il se trouve des excuses pour fuir ou cacher ce qu'il ressentait. Elle ne pensait simplement pas comme la plupart des gens, et elle l'obligeait sans même s'en rendre compte, à faire la même chose.

Alors, même si c'était un mot qu'il n'aurait jamais cru pouvoir dire en parlant de ce qu'il avait fait à l'âge de neuf ans, même si tous les autres semblaient craindre l'horreur de ces actes, il se retrouva à répéter :

« Bien. »


La balançoire grinçait dès que l'adolescent bougeait un peu. Sans doute était-il trop lourd, ou l'objet était-il trop vieux, mais il n'osait pas se balancer réellement et gardait les pieds fixés au sol, comme son regard s'attardait sur la maison. Il semblait attendre quelque chose.

Depuis la fenêtre de la cuisine, Drago l'épiait. Il se demandait si Ash n'allait pas attraper froid, avec son vieux t-shirt et son short rapiécé, alors que le mois de mars tardait à amener le printemps. A moins que sa lycanthropie, comme il l'avait dit la veille, lui apporte un sang-chaud et un système immunitaire infaillible. Il faillit abandonner son point d'observation pour aller lui chercher un pull, mais resta là, les pieds vissés au sol par un poids qui refusait de quitter ses épaules.

« Il va bien falloir que quelqu'un fasse quelque chose, marmonna soudain Théodore depuis sa chaise. Il est affaibli psychologiquement. Le moment est idéal…

- Pour s'infiltrer dans son crâne sans sa permission ? rétorqua Harry avec une colère bouillante. Je suis d'accord avec toi, il faut faire quelque chose, mais ça ? Je n'avais pas vécu la moitié de ce qu'il a vécu à son âge, et pourtant, la légimencie m'a fait l'effet d'un viol. Vouloir lui imposer ça aujourd'hui, ce serait simplement cruel !

- Je dis simplement que…

- Personne ne va lui lancer le moindre sortilège aujourd'hui, détermina Hermione d'une voix faible. Et je préférerais que vous vous en alliez, tous les deux.

- Mais…

- S'il vous plait. »

Drago abandonna la vision d'Ash qui ne cillait même plus pour considérer Hermione. Après qu'il ait ramené Olivia et Julian en Chine, il l'avait retrouvée là, assise sur sa chaise, l'air un peu perdue. Elle n'avait pas bougé en une heure, tout comme Ash qui semblait être passé en mode automatique dès qu'il avait dit au revoir à Olivia en lui jurant d'aller braquer une banque bientôt. Il s'était demandé si l'adolescent était sérieux, avant de se moquer de lui-même. Il devenait paranoïaque.

Depuis plus d'un mois, il voyait Ash –il avait presque honte de l'admettre- comme une victime. Il s'était mis en tête que l'adolescent avait subi mille horreurs, il l'avait accepté même. Il avait également admis qu'il avait dû se défendre, ce qui lui semblait la moindre des choses. Mais au fond, il n'avait pas imaginé une seconde qu'il ait pu faire autant de bêtises –le mot semblait bien faible en comparaison de ce qu'il avait lu quelques heures auparavant. Qu'il puisse avoir été le bourreau parfois, et non la victime…

Néanmoins, il ne pouvait s'empêcher de s'interroger : quelle part de vérité y avait-il dans tout cela ? Et qu'est-ce qui constituait « l'enrobage de mensonges » dont avait parlé Ash ?

Il devait le savoir. Et pour cela, il devrait affronter l'adolescent au bord de la rupture qui trainait dans le jardin sans leur décrocher un seul mot. Il n'avait pas la moindre idée de comment il devait s'y prendre, redoutant de le braquer encore davantage ou de ne pas trouver les mots qu'il fallait, de les éloigner encore plus après avoir cru que tout pourrait s'arranger…

Leur discussion nocturne lui semblait déjà à mille lieux de là, tout comme son baiser avec Hermione qui –à en croire son expression lorsqu'elle croisait son regard- ne se reproduirait plus jamais.

Avant que la Gazette du Sorcier n'apparaisse sous leurs yeux, il avait naïvement espéré que tout puisse aller bien pour une fois, que tout finisse par s'arranger. Il aurait dû se rappeler de ses propres conseils : l'espoir n'amenait jamais rien de bon.

« Harry ? lança Hermione à son meilleur ami avant qu'il ne puisse sortir. Est-ce que tu peux ramener Mia à Poudlard avant de t'en aller ? Et… Explique à Minerva qu'Ash et moi, nous allons rester un peu plus longtemps que prévu, mais que je serai là pour mes cours demain matin. »

Harry acquiesça gravement, déposa un bref baiser sur le front d'Hermione. Il le salua d'un hochement de tête, comme pour lui souhaiter bon courage, et disparut, suivit de près par Théo qui –en bon psychomage- ne parvint pas à s'empêcher de marmonner :

« Ne faites rien de stupide. Et n'essayez pas de le forcer à discuter, ça c'est mon boulot ! »

Drago résista difficilement à l'envie de lui préciser qu'il aurait dû changer de métier, vu la catastrophe qu'était devenue leur vie depuis peu. Mais il savait que ç'aurait été aussi inutilement cruel que ridicule, et il se contenta d'un regard sombre.

Le silence qui pesa dans la cuisine après leur départ s'alourdit encore davantage après que Mia soit partie à son tour, et ils restèrent muets, l'un en face de l'autre, la tension telle qu'ils s'en retrouvaient le souffle coupé, incapables de prononcer un seul mot.

Finalement, Hermione se leva, arborant ce qu'il appelait autrefois son expression de Lionne. Un brin sauvage, brave… Et aussi hypocrite que pouvaient l'être les Serpents.

« Tu peux t'en aller également.

- Pourquoi est-ce que je m'en irais ? répliqua-t-il en essayant de ne pas se vexer.

- Je vais aller discuter avec lui. Je ne suis pas certaine que tu puisses gérer cette situation pour le moment. »

Elle aurait pu se contenter de le gifler, ou de lui lancer un sortilège Doloris. Cela aurait probablement fait moins mal que l'expression claire de désapprobation, mêlée de déception qu'elle lui décrocha avant de déposer sa tasse de thé dans l'évier, juste à côté de lui.

Il fut tenté de tourner les talons : il n'avait pas envie de se disputer avec elle, pas après cette matinée et encore moins après leur étreinte. Mais il ne parvint pas à obéir à son instinct qui le poussait à battre en retraite une fois de plus. Il la rattrapa par le bras, lorsqu'elle fit mine de s'éloigner, et la tira vers lui en regrettant de ne pouvoir se contenter de rejouer leur petite étreinte matinale.

« Drago, soupira-t-elle comme s'il était le plus pénible d'eux deux. Je n'ai pas la force de parler de ça, maintenant, d'accord ?

- De ça quoi ? Notre baiser ou notre fils ? Parce qu'au cas où tu l'aurais oublié, c'est notre fils, Hermione. Le nôtre, à nous deux ! Et j'attends des réponses, autant que toi !

- C'est ça le problème, Drago. Tu veux des explications. Tu attends de lui qu'il te raconte pourquoi il a fait ça. Tout ce que je veux, moi, c'est lui prouver qu'on est là pour lui quoi qu'il arrive.

- Et quoi qu'il fasse, c'est ça ? »

Elle essaya de reculer, mais il ne la lâcha pas. Il se fichait presque de lui faire mal, mais il desserra légèrement sa poigne en la voyant grimacer. Et, la voix aussi tranchante que possible, il déclara froidement :

« Il n'a pas besoin de ça, Hermione. Il n'a pas besoin qu'on lui trouve des excuses, qu'on le traite comme un bébé et qu'on cache le sujet sous le tapis en lui disant : « Ce n'est rien, mon cœur, papa et maman sont là ! »…

- Bien sûr qu'il a besoin de savoir que…

- Non ! On arrête ça. Il est là depuis des semaines, Hermione, et à l'exception de quelques détails, on n'avait pas la moindre idée de ce qu'il avait vécu avant d'arriver à Poudlard ! L'ignorer, lui pardonner, faire comme si de rien n'était ? Ça n'aide pas ! Ça ne fait que repousser à plus tard une discussion qu'on devra finir par avoir un jour ou l'autre… Comment veux-tu qu'on apprenne à le connaître si on passe notre temps à ne pas vouloir voir ce qu'il y a de sombre en lui ?

- Il n'est pas mauvais. »

Elle bredouilla ces quelques mots d'une voix faible, et il se demanda si elle en était sincèrement convaincue, ou si elle en doutait tout à coup. Il aurait compris qu'elle le fasse : après tout, un enfant, aussi fort soit-il, ne pouvait pas sortir indemne de tout ce qu'avait subi Ash. L'amnésie, la lycanthropie, les violences et les abus, la découverte d'un autre monde auquel il appartenait mais dont il ne connaissait plus rien… Et la vérité pleine et entière.

Et Jem n'était pas fort, bien au contraire. Et Ash, quoi qu'il puisse en dire, était Jem. Une version différente, certes, mais au fond de lui, il devait rester un peu du petit garçon peureux et grave qui voulait sa maman au moindre bobo.

Que devait-il rester de lui, désormais ?

Drago n'avait aucune certitude, à l'exception d'une seule qu'il prononça en essayant tant que bien que mal de la réconforter, malgré l'agacement qu'il éprouvait à son encontre :

« Non, il n'est pas mauvais. C'est juste un garçon à qui il est arrivé de mauvaises choses et qui a fini par faire de mauvais choix. Mais pour le comprendre, on doit lui parler, Hermione.

- Mais tu as bien vu sa réaction face à la Gazette ! se défendit-elle, les yeux soudain humides. Il… Il avait l'air au bord de la rupture. Je ne veux pas lui faire de mal !

- Moi non plus, mais comment veux-tu qu'il nous fasse confiance, qu'il nous confie ce qu'il ressent, si on n'est même pas capable de lui parler ? Si on ne dit rien, il va croire qu'on est incapable de gérer cette situation, comme il l'a suggéré tout à l'heure… Il va s'imaginer qu'on regrette de l'avoir parmi nous et qu'on préfère ignorer ces mauvais côtés, ce qui reviendrait à le renier tout entier. Est-ce que c'est ce que tu veux ?

- Non, bien sûr que non !

- Alors on doit le faire. On doit lui prouver qu'on est capable de vivre avec ça, avec ce qu'il a fait et ce qu'il est. On doit lui prouver qu'on peut-être ses parents, Hermione. Les siens. Pas ceux de notre petit Jemy, mais ceux d'un adolescent avec un passé compliqué et des tas de bagages qu'on devra l'aider à trimbaler pour le restant de nos jours. »

Elle resta immobile l'espace d'une seconde, et il profita de son apathie pour essuyer les larmes qui lui glissaient sur les joues. Elle le laissa faire, preuve qu'elle était trop perdue dans ses pensées pour réaliser qu'il ne la maintenait plus et qu'elle pouvait donc lui échapper. Puis, après quelques secondes de ce qui sembla être une intense réflexion, elle finit par hocher la tête, et avec un petit sourire qu'elle tenta de rendre courageux, elle murmura :

« Allons le lui prouver alors… »


Ash ne sentait plus ses doigts. Ils étaient si crispés autour des cordes de la balancelle, et il avait si froid, que sa circulation lui semblait coupée aux extrémités –ses orteils et son nez ne se portaient pas mieux que le reste. Et lorsqu'il les vit sortir de la maison, enfin, il se demanda s'il n'aurait pas mieux fait de les rejoindre au lieu de jouer au fier.

Ils se tenaient par la main, et s'il avait souhaité insinuer un brin de romance à ce geste, leurs mines angoissées ne l'y aurait clairement pas aidé. Alors il essaya de ne pas avoir d'espoirs à ce sujet, conscient qu'ils avaient bien d'autres priorités à l'heure actuelle –lui, en vérité- et qu'il était ridicule de les imaginer se retrouver. Naïf, même.

« Coucou, murmura Hermione lorsqu'ils ne furent plus qu'à quelques pas.

- Salut, répondit-il bêtement sans les lâcher des yeux, se sentant un peu bête assis là alors qu'ils étaient debout, à s'imaginer des choses qui ne se produiraient probablement jamais.

- Est-ce que tu as froid ? On pourrait rentrer, et se faire une bonne tasse de thé !

- Je déteste le thé. »

Sa confession choqua tant Hermione qu'il se sentit sourire, et Drago s'esclaffa à son tour un instant plus tard, sans doute aussi amusé que lui par l'évidente consternation de l'enseignante. Elle avait davantage contenu ses émotions en lisant le journal, ce qui était pour le moins hallucinant. Peut-être que Fox avait eu raison, finalement : les anglais étaient drôlement bizarres dès que cela concernait leur boisson favorite !

« Un chocolat chaud, alors ? proposa Drago avec un rictus un brin moqueur en direction d'Hermione. Avec des marshmallows ? »

Ash se redressa légèrement. Comment Drago pouvait-il savoir que c'était la seule boisson chaude qu'il appréciait –le café était une horreur- et qu'il n'aimait rien davantage que de la guimauve trempée dedans ? Comme s'il lisait dans son esprit, l'homme ajouta en souriant :

« C'était ton péché mignon, quand tu étais petit. »

Ash s'attendait à ce qu'il se corrige, à ce qu'il efface son lapsus et prononce le nom de Jem pour les différencier. Il ne le fit pas. Et, sans qu'il sache trop pourquoi, il en ressentit un vif soulagement qui le poussa à accepter cette invitation.

Étrangement, ce fut Drago qui prépara le breuvage, alors qu'Hermione sortait les marshmallows d'un sachet sans doute acheté rien que pour lui en prévision de ce moment. Assis à table, il les observa se mouvoir dans la cuisine sans jamais se frôler, dégageant l'un comme l'autre une tension telle qu'il sentit tout étourdi. Ils agissaient avec un naturel déconcertant, après tant d'années de séparation, et il se demanda s'il serait un jour capable d'agir ainsi avec quiconque, d'avoir une réelle intimité avec quelqu'un, n'importe qui, quelqu'un qui saurait absolument tout de lui, jusqu'aux déplacements qu'il ferait pour préparer un chocolat. Sans doute pas, quoi qu'il lui en coûte de l'admettre.

Drago se servit finalement un café –Ash le lui aurait bien déconseillé vu qu'il était déjà à bout de nerf- et Hermione s'installa avec une tisane et l'espace de quelques minutes, ils restèrent simplement assis là, à boire, dans un silence qu'il ne trouvait même pas réellement pesant. C'était familier, tout simplement, et il trouvait cela absurde d'y songer.

L'instant passa alors que Drago posait la Gazette du Sorcier à plat sur la table, entre leurs mugs à moitié vides. Ash enfourna un dernier marshmallow, redoutant déjà le moment où il aurait l'appétit coupé, et cela ne tarda pas. D'une voix qui ne flancha pas, Drago pointa son index sur le journal et assura :

« On va le lire ensemble, tous les trois. Et tu vas nous raconter.

- Qu-Quoi ? bredouilla-t-il bêtement en lâchant sa cuillère dans la tasse, choqué qu'ils veuillent en savoir davantage.

- Point par point. Tu vas nous dire ce qui est faux, et ce qui ne l'est pas, et tu vas nous expliquer les circonstances dans lesquelles se sont produits ces événements. »

Ash se demanda s'il n'était pas en plein cauchemar. Il sentit toutes couleurs déserter son visage et conclut qu'il allait être malade au moment même où Hermione posait sa main par-dessus la sienne et la lui serra courageusement.

« Nous ne sommes pas obligés de tout analyser aujourd'hui, d'accord ? Mais on pourrait au moins commencer, profiter d'être tous les trois sans personne pour nous interrompre ou pour commenter ce que nous nous dirons.

- Et sache qu'aucun mot ne quittera cette pièce, ajouta Drago sans hésiter. Dis-toi qu'on est sous serment, ou couverts par le secret médical avec lequel Théo nous rabat les oreilles depuis deux semaines ! »

Cette remarque lui tira un sourire, avant qu'il ne détourne le regard. Il regrettait presque sa balançoire gelée maintenant, mais il n'avait plus moyen de retourner en arrière. A moins de s'en aller en courant, mais il ne se le pardonnerait jamais sans doute… Et Olivia encore moins quand elle apprendrait quel trouillard il avait été. Une petite voix lui suggéra de faire honneur à sa maison, et il se demanda quand il avait commencé à considérer Gryffondor comme une part de son identité à laquelle il devait prouver son appartenance.

Puis, il décida que s'ils pouvaient affronter sa peur d'entendre tout ce qu'il avait à pire, peur qu'il sentait s'échapper de tout leur être, il pouvait faire de même et parler. Alors il hocha la tête, circonspect malgré tout, l'esprit embrouillé de doutes.

« Ok. Qu'est-ce que vous voulez savoir ? »


Mia franchit le seuil de la Salle Commune des Serpentard sans vraiment avoir conscience des murmures qui filaient sur son passage. Elle sentait bien que les gens la dévisageaient plus que d'ordinaire, mais elle s'en fichait. Perdue dans ses pensées, elle se demandait comment se procurer un exemplaire de la Gazette du Sorcier et comment elle allait pouvoir cacher ensuite qu'elle l'avait lu.

Elle traversa la Salle Commune pour se faufiler dans son dortoir et se laissa tomber sur son lit, le cœur en vrac. Elle aurait voulu écrire une lettre à Julian, mais l'ayant quitté seulement deux heures auparavant, elle-même aurait trouvé cela exagéré. Néanmoins, elle avait besoin de parler à quelqu'un, et il lui semblait le plus apte à comprendre ce qu'elle avait ressenti le matin même en entendant Ash annoncer qu'il avait tué quelqu'un sans éprouver le moindre remord.

Elle mordit son oreiller pour s'empêcher de hurler la colère qu'elle ressentait en repensant au regard vide qu'il lui avait décroché ensuite. C'était comme s'il se fichait éperdument de ce qu'elle pouvait bien penser de lui. Et elle avait beau deviner qu'il s'agissait d'un masque comme seuls les Malefoy pouvaient en créer, elle n'en était pas moins furieuse.

« Qu'est-ce qui te prend ? »

Mia se redressa d'un seul coup pour découvrir que Sienna était assise sur son lit, à quelques pas seulement d'elle, un magazine sur les genoux. Elle devait être là depuis le départ puisqu'elle la fixait comme si elle avait perdu la tête et qu'elle s'inquiétait que cet état puisse être contagieux. Tout en s'inquiétant un peu, en bonne amie qu'elle était.

« Tu as lu la Gazette ? demanda Mia en réponse, les yeux écarquillés par son besoin d'informations.

- Euh… Oui. Comme tout le monde. Tu n'as pas senti ces regards sur toi en rentrant ? Et les messes-basses ? Et ce sifflement strident dans tes oreilles, comment tu peux l'ignorer ?

- De quoi est-ce que tu parles ?

- Je suis enfermée ici depuis le petit-déjeuner, marmonna Sienna en jetant son magazine par terre. Dès que je suis entrée dans la Grande Salle, les gens se sont mis à chuchoter sur mon passage. J'ai pensé « Ok, c'est vrai que je suis particulièrement canon avec ce rouge à lèvres », mais je trouvais ça un peu excessif quand même ! Et là, cette garce de Kylie m'a lancé « En fait, Sienna, j'espère que tu as passé des tests après t'être fait prendre par cet animal, tu pourrais avoir des puces ! » et j'ai…

- Elle a dit quoi ?! balbutia Mia, au bord de la nausée : était-ce vraiment ce que les gens diraient de Ash désormais, qu'il était un animal ?

- Ne t'inquiète pas, elle ne parlera plus pendant un moment, maintenant. Quoi qu'il en soit, j'ai dû avoir l'air suffisamment choquée pour que toute la salle le remarque parce que le copain de Julian…

- Dermott ?

- Lui-même. Il m'a apporté la Gazette à ma table avec un air tout penaud, et voilà ! Je suis devenue la fille qui a couché avec un loup-garou, et ça a suffi à me rendre ultra intéressante aux yeux de tout le monde et dégoûtante pour la plupart… Un élève de première année s'est mis à pleurer sur mon passage ! Je crois qu'il craignait que je le contamine. Du gros n'importe quoi. Enfin, imagine donc ce qu'ils vont dire sur toi maintenant… »

Mia se laissa retomber sur le matelas, sonnée. Elle aurait peut-être dû se préoccuper des racontars, de tout ce que les gens marmonneraient sur son passage désormais mais ce n'était pas ce qui l'inquiétait. Qu'ils parlent, elle s'en fichait ! Mais il n'était pas question qu'ils s'en prennent à Ash à son retour, et qu'ils le poussent à se sentir encore moins humain qu'il ne semblait l'être parfois.

« Est-ce que Ash va bien ? l'interrogea Sienna en un murmure angoissé, prouvant sans peine à Mia que sa meilleure amie tenait à son frère bien plus qu'aux garçons qu'elle avait fréquenté avant lui.

- Pas vraiment…

- Et toi ?

- Pas vraiment. Je… J'aimerais lire la Gazette. Tu crois que je peux en trouver une quelque part ?

- J'ai brûlé l'exemplaire de Dermott, avoua la jeune Zabini avec un rictus désolé. Une pulsion subite. En fait, je n'ai même pas réussi à le lire jusqu'au bout…

- C'est si affreux que ça ?

- J'avais l'impression de le trahir. »

Mia s'empourpra, consternée de ne pas se sentir coupable plus que cela. Sa curiosité dépassait de loin ses autres sentiments : elle voulait savoir la vérité au sujet de son frère, sans quoi elle passerait tout le reste de sa vie à s'interroger… Elle aurait aussi pu attendre qu'il partage son histoire avec elle, mais elle craignait que cela n'arrive jamais. Il était tellement secret. Ils se ressemblaient bien plus qu'elle ne s'en doutait jusque-là, même si au lieu du masque de perfection qu'elle s'imposait consciemment, lui forçait son personnage d'adolescent bougon et incompris.

« Je suppose qu'il doit y avoir des exemplaires dans la Salle Commune, finit par admettre Sienna, apparemment consciente qu'elle n'allait pas respecter les vœux de Ash.

- Merci, Sin. Tu… tu ne le diras à personne, d'accord ? »

Sienna fronça les sourcils, puis hocha gravement la tête, une nette désapprobation dans le regard. Mia n'en attendait pas moins d'elle, et elle en aboutit à la conclusion qu'à partie de ce jour-là, elle devrait toujours partager un peu sa meilleure amie avec Ash.

Rapidement, elle embrassa cette dernière, autant pour la remercier de son silence que pour lui rappeler qu'elle avait été son amie en premier, puis quitta le dortoir en se préparant à subir des quolibets. Cela ne manqua pas.

Dès qu'elle revint à la Salle Commune, tous les regards se tournèrent vers elle. Quelques-uns exprimaient clairement leur répugnance à la regarder, alors que d'autres paraissaient compatissants, comme si elle venait de subir un décès dans sa famille. Elle ne préférait même pas réfléchir à ce qui était pire.

En soupirant, elle se dirigea vers le groupe de Septième Année installés au centre de la pièce, sur les canapés les plus confortables et les mieux situés, et elle se cala entre eux, sans se soucier de ce qu'ils pourraient bien dire de son arrivée très remarquée.

« Est-ce que l'un de vous aurait une Gazette à me prêter ? » les interrogea-t-elle sans ciller, déterminée à ne pas se laisser troubler par leurs expressions moqueuses, à la limite de la cruauté.

Jamais elle n'avait été aussi heureuse d'être à quelques mois de quitter Poudlard. Elle n'aurait à supporter leurs commentaires qu'un cours laps de temps, et pourrait même leur sortir leurs quatre vérités avant de s'en aller. Si elle en trouvait l'audace.

Elle croisa le regard narquois de Nicholas parmi les autres, et haussa un sourcil, comme pour lui demander ce qui le rendait si fier, alors qu'il n'avait pas la moindre raison de l'être.

Elle avait toujours eu quelques difficultés à vivre leur relation, et pendant tout le temps que cela avait duré, elle avait cru que le problème venait d'elle, qu'elle était responsable de ne rien ressentir, de ne rien attendre de plus… Elle savait désormais qu'il n'en était rien : c'était Nicholas le problème et pas elle, et lorsqu'elle l'entendit s'esclaffer alors qu'un élève plus jeune se mettait à hurler en une parfaite imitation d'un loup, elle se demanda comme elle avait pu perdre tant de temps avec lui.

Elle reporta son attention sur le gamin qui avait crié, et son sourire joyeux s'effaça sous le regard assassin qu'elle lui décrocha. Puis, en essayant tant bien que mal de contenir sa colère, elle interrogea de nouveau les étudiants de sa classe, en l'attente d'une réponse.

Rapidement, l'une d'entre eux lui tendit un exemplaire de la Gazette et Mia décela un éclair de sympathie dans ses yeux. Sans la remercier –elle avait peur de se mettre à les insulter si elle prenait le risque d'ouvrir la bouche- elle tourna les talons et fit quelques pas.

Puis, changeant brusquement d'avis, elle fit volte-face et –sans regarder les autres- se plaça devant Nicholas dont le sourire s'affaissa légèrement.

« Est-ce qu'on peut parler, toi et moi ? le somma-t-elle sans ciller. Seul à seule. »

Un des garçons pouffa avant de faire un geste grossier, mais Mia ne lui jeta pas un regard, malgré le frémissement de rage qui lui parcourut l'échine. Nicholas hocha la tête sous son air sérieux, puis –comme pour tenir la face devant ses copains- lui fit une petite courbette avant de lui faire signe de passer devant.

Elle se dirigea rapidement vers un coin vide de la pièce, bien consciente que tous les observaient et que chacun de ses mouvements était analysé à la loupe. Elle n'attendit pas qu'Harper lui demande ce qu'elle voulait, impatiente de prendre le contrôle de la situation… Contrôle qu'elle n'avait jamais réellement eu en sa compagnie.

« Est-ce que c'est toi qui a parlé aux journalistes ? »

Il parut surpris, et secoua la tête avant de ricaner, trop incrédule pour mentir :

« Ton père a été plutôt clair, Mia. Si je la ferme, j'aurai mon stage au Ministère l'été prochain, avec un poste à la clé. Est-ce qu'il pense que c'est moi ? Parce que…

- Peut-être, mentit-elle en se retenant de sourire : Merlin, avait-il toujours été une telle mauviette ? Quoi qu'il en soit, je tenais à te rappeler la promesse que tu lui as faite… Au cas où il te viendrait à l'idée de parler de Ash dans le futur.

- Eh, j'étais pas tout seul dans cette salle, tu te souviens ?! Si quelqu'un parle de ce qu'il m'a fait, ça ne sera pas nécessairement moi ! J'ai promis de ne rien dire, mais si ton père ose encore me menacer, ou exercer des pressions, je…

- Qui parle de menaces ? On discute, Harper, c'est tout. »

Il lui adressa un regard médusé, et elle éprouva un brusque sursaut de fierté face à sa surprise. Elle voulait lui prouver qu'elle n'était plus la faible Mia aisée à manipuler, et qu'elle était bien plus forte qu'il l'avait cru. Elle voulait lui faire suffisamment peur pour qu'il laisse Ash tranquille, et ne lui apporte pas encore d'autres problèmes. Et elle avait réussi.

Son euphorie s'évanouit brusquement alors qu'il la scrutait. Puis, il secoua la tête avec un petit ricanement bref, et elle l'entendit railler amèrement :

« T'es une grande malade, en fait. Toute ta famille… Vous êtes tous totalement barrés. Avec tes airs de petite Sainte, tu as l'air de bien t'amuser ! (Il pointa du doigt son cou et elle se souvint brutalement du suçon fait par Julian la nuit précédente.) Et ton frangin, un vrai psychopathe, pas vrai ? Qui aime bouffer des gens pour le petit déj', et manipuler de pauvres moldues innocentes ! Mais ça doit être dans votre sang, après tout… Entre votre mère folle à lier et votre père bon pour Azkaban, on ne peut pas vraiment vous en vouloir.

- De quoi est-ce que tu parles ? s'entendit-elle bégayer.

- Oh, c'est vrai ! Tu n'as pas encore lu le journal, pas vrai ? Bonne lecture, Mia ! Au moins, un de vous deux sait lire ! »

Il tourna les talons avec un dernier petite rire, et elle resta plantée là, le journal froissé dans son poing serré. Elle percevait les regards des étudiants sur elle, entendait leurs commentaires qu'ils ne prenaient même plus la peine de murmurer, et elle sentit les larmes lui monter aux yeux.

Aucune Mia ne pouvait affronter cette situation. Ni la petit Mia courageuse qui était incapable de ressurgir désormais, paralysée par l'humiliation. Ni la parfaite Mia qui ne s'était jamais retrouvé dans une telle posture.

Elle sentit la présence de Sienna avant de la voir, et elle se laissa entraîner vers leur dortoir sans plus prendre la peine de chercher la force de le faire.


Ils commencèrent par le plus facile. Drago avait pris un crayon, et Ash songea qu'il agissait ainsi pour lui montrer qu'ils avançaient, que cette discussion aurait une fin alors même qu'ils n'avaient pas attaqué les sujets vraiment importants. Hermione lui tenait la main, Drago crispait les doigts autour de la mine et il rayait chaque phrase dès qu'ils avaient fini de l'analyser.

Le petit encadré qui déclarait sans détour qu'il était favorisé par rapport aux autres étudiants au sujet de ses difficultés scolaires fut le premier à être recouvert de gris. Il avait admis profiter de la situation, parfois, et qu'accepter d'être aussi assisté par les professeurs de Salem avait probablement fait plus de mal que de bien à ses problèmes d'écriture. Hermione parut presque fière qu'il l'admette, et il en conclut qu'elle allait s'acharner encore davantage lors de leurs leçons.

Puis, Drago se pencha sur le sujet « Neal », qui semblait le tournebouler plus qu'il ne le méritait, et Ash en conclut que la supposée « affection malsaine » l'inquiétait. Le rassurer fut facile, car il n'y avait jamais eu d'immoral dans sa relation avec Neal et qu'il refusait que quiconque s'imagine le contraire.

« Quand il m'a récupéré à la prison, j'ai cru… J'ai cru que c'était un de ces gars louches pendant quelques minutes, du genre que j'avais déjà rencontré dans certains foyers ou dont d'autres garçons et filles parlaient. Parce que c'était facile de trouver une raison à son intérêt pour moi, et que je ne voyais pas qu'est-ce qui pouvait lui donner envie de m'aider si ce n'était un truc tordu ! avoua-t-il avant de sourire. Il m'a ramené chez lui, j'étais presque prêt à le massacrer parce que j'avais appris à me défendre et que Neal… Il avait l'air d'un mec pas franchement doué pour la baston ! Il m'a fait asseoir sur le canapé, s'est assis sur la table basse du salon pour me faire face, et m'a dit clairement des mots dont je me souviendrais probablement toujours : « Je sais que tu as connu des hommes dangereux, je sais que tu ne t'es pas retrouvé derrière ces barreaux par hasard et que tu as fait ce qu'il fallait pour te défendre. Et je veux que tu sois sûr de ne jamais rien avoir à craindre de moi. Je ne bois pas. Je ne me drogue pas. Je ne cogne pas même quand je suis en colère. Et je ne te toucherai jamais. »… Il n'a pas menti. Il n'y a jamais rien eu de tordu entre nous, même si c'est drôlement facile de croire le contraire. »

Drago acquiesça et eut l'air si éperdument soulagé qu'Ash ne fut pas surpris de voir Hermione tendre la main vers lui aussi. Ash observa leurs doigts joints, puis continua à raconter pour préciser :

« En fait, je n'ai pas la moindre idée de ce qui l'a toujours poussé à s'occuper de moi, au cas où vous vous poseriez la question. J'ai toujours supposé qu'il avait eu une enfance du genre de la mienne, mais son père est mort il y a deux ans et il est allé à l'enterrement. Il a donc une famille, même s'il n'en parle jamais et qu'à l'exception de cette occasion, il n'a jamais eu l'air de se préoccuper d'eux… Je crois que ce sont des moldus, mais c'est tout ce que je sais. Je n'ai jamais voulu lui poser de questions. Je déteste qu'on parle de mon passé, alors j'évite de fourrer mon nez dans les histoires des autres ! »

Drago n'ajouta rien, se contentant de rayer le petit paragraphe concernant Neal, avant de passer à la suite, les épaules un peu moins crispées qu'auparavant. Ash suivit son regard alors qu'il lisait rapidement le reste de l'article, et attendit la suite, à la fois mort de trouille et impatient d'y arriver.

Ça pouvait être facile de dire la vérité sur certains sujets. Neal, sa dyslexie, le loup et sa potion… Autant de sujets qui –s'ils pouvaient les angoisser un peu- n'avaient pas la primeur de leur intérêt, parce qu'ils connaissaient des fragments de ces histoires. D'autres ne l'inquiétaient pas outre-mesure : il pouvait se défendre des accusations de nombre de délateurs –Hollywood l'avait toujours provoqué et sa potion n'aidant pas… Quant aux histoires vraies, il pouvait aussi trouver des excuses, même si ce n'était pas ce qu'ils attendaient de lui, et lorsque Drago leva les yeux vers lui, l'air bouleversé, il comprit qu'ils allaient s'attaquer aux choses sérieuses.

« Ce… Sénateur ? Est-ce que l'histoire avec sa fille est vraie ? »

Ash ferma les yeux une seconde, le temps de se rappeler qu'il avait discuté de cela avec Olivia la veille et qu'il avait survécu. Il n'avait même plus pensé à Hope, ces douze dernières heures, il pouvait donc être rassuré : elle n'allait pas revenir le hanter.

« Oui, et non. » murmura-t-il donc avant se lancer.

Il leur raconta la même chose qu'à Olivia, à quelques détails près. Il ne voulait pas qu'ils s'imaginent que Hope l'avait fait souffrir, il survola donc le côté personnel de l'histoire, préférant s'appesantir sur ce qu'elle avait vécu avec son beau-père que sur ce qu'ils avaient fait ensemble. Il n'avait pas réellement l'intention de leur cacher quoi que ce soit, mais il était certain que cela ne leur aurait rien rapporté. Pourtant, ils parurent lire entre les lignes et combler les blancs : il put lire la compréhension dans leurs yeux quand il expliqua comment Hope était morte, et Drago sembla tenté de poursuivre la discussion, ce qu'Hermione empêcha d'un seul regard.

Ils semblaient communiquer plus aisément que la plupart des gens de sa connaissance : il leur suffisait de se regarder pour partager tout un tas d'informations qu'il avait bien du mal à saisir… quand il en était seulement capable. Il observa Hermione piquer le crayon à Drago pour rayer le passage concernant les Cassidy, et elle prit la suite, en un organisme bien huilé. Il n'avait aucune difficulté à les imaginer, assis à cette même table, prêt à faire avouer un quelconque crime à l'un de leurs enfants chahuteurs.

« La voiture cassée, c'était donc cet… ce Cassidy, gronda-t-elle, ayant apparemment bien des difficultés à employer le terme « homme » pour le définir. Et les autres arrestations ? »

Ash grimaça, un peu mal à l'aise cette fois. Pour les vols et les bénins délits, il n'avait absolument aucune excuse, à moins qu'avoir voulu s'amuser un peu et obtenir des choses qu'il n'aurait jamais eues sans cela en soit une… Pour des gens apparemment très aisés –pour ne pas dire riche dans le cas de Drago- il imaginait très bien que ce soit compliqué à appréhender. Pourtant, tout en tapotant nerveusement du pied sous la table, il s'empressa d'expliquer :

« La plupart du temps, c'était juste pour… m'occuper ? Je passais devant un magasin, je voyais un truc cool et je savais que personne n'allait me l'offrir, et qu'à moins de vendre l'un de mes reins, je n'allais certainement pas pouvoir me l'acheter. Du coup, j'entrais dans la boutique, je chipais le truc –des vêtements, des bonbons, jamais des choses trop chères- et je partais aussi discrètement que possible. J'ai été arrêté quelques fois, surtout les étés après Salem. Quand on est petit, les gens font moins attention. A l'adolescence, c'est toujours plus compliqué, surtout quand on a cette tête ! s'esclaffa-t-il sans prêter attention à leur flagrante désapprobation qui le poussa néanmoins à ajouter fièrement : Mais j'ai été arrêté quoi, quatre fois ? Sur tous les vols, c'est plutôt un très bon score ! »

Il s'attendait à les voir se mettre en colère, il avait presque voulu provoquer cette réaction même s'il le regrettait tout à coup. Mais Hermione secoua simplement la tête en se mordillant la lèvre pour ne pas rire, alors que Drago ne se retenait pas.

« Et dire qu'on s'imaginait que tu volais par besoin… Et c'était un jeu ?!

- Pas toujours, admit Ash en haussant une épaule. Il m'arrivait de voler de la vraie nourriture, comme quand j'étais chez les Fitzpatrick. Ils avaient tendance à oublier ma présence, du coup… Oh et y'a eu Miss Dixie ! Elle, elle pensait que le Diable entrait par ma bouche dès que je disais un gros mot, et j'en disais pas mal. Du coup, elle m'interdisait d'ouvrir la bouche en sa présence, ce qui m'empêchait de manger devant elle… Je piquais des trucs chez le voisin d'en face dès qu'elle allait se coucher. C'est lui, je crois, le premier à avoir appelé les flics pour moi. Et j'ai dû changer de foyer. »

Les sourires s'étaient effacés, et il regretta de leur avoir donné tant de détails. Puis, Hermione lui serra la main plus fort par-dessus la table en courbant les lèvres de manière à lui offrir un semblant de rictus rassurant qui ne fit que l'assommer davantage. Ils disaient vouloir savoir, mais il n'était pas certain qu'ils puissent tout encaisser.

Comme s'il lisait dans ses pensées, Drago lui fit un clin d'œil avant d'affirmer franchement :

« Pas facile. Mais pas insurmontable non plus. On peut continuer ? »

Ash acquiesça, et ils vinrent finalement à la partie de l'article si brillamment illustrée par la photographie. Il ne put s'empêcher de lui jeter un autre coup d'œil, et il constata avec soulagement d'à quel point tout ça lui semblait loin. Presque irréel. Le reste… Le loup, Hope, les arrestations… Tout ça faisait encore partie de lui, et il avait conscience qu'il n'oublierait jamais vraiment. C'était arrivé à Ash.

Mais c'était Tyler qui regardait l'objectif. Tyler était comme Jem. Faible. Un gamin perdu dans un monde de grandes personnes, un gamin qui subissait des drames sur lesquels il n'avait aucune prise, un gamin qu'il n'était plus vraiment, même s'il devait vivre avec le poids de ce qu'il avait vu et fait.

Un poids qu'il n'avait pas réellement envie d'évoquer. Mais Hermione lui serrait toujours les doigts, comme pour lui prouver qu'elle ne partirait jamais et même s'il avait du mal à y croire, du mal à accepter qu'elle puisse s'attacher à lui, malgré tout ce qui n'était pas Jem… Il voulait le faire. Il devait prendre le risque, parce que sans cela, il ne valait pas mieux que le trouillard Jemy et le malléable Tyler.

Alors il ouvrit la bouche et les mots s'en déversèrent sans qu'il prenne la peine de les soupeser, de les enrober pour que l'histoire sonne moins macabre que la vérité. Pour cela au moins, il ne voulait rien cacher.

« J'avais neuf ans. Ça faisait un peu de quatre ans que j'étais dans le système, et les Niven étaient ma onzième famille. Ou peut-être la douzième… J'avais arrêté de compter, à ce moment-là, et je changeais si souvent de maison que je ne savais jamais ce que j'allais trouver en ouvrant les yeux le matin. Elle avait un petit boulot comme secrétaire, je crois, ou un truc du genre. Et lui… Son dossier disait qu'il était « travailleur indépendant », mais la seule chose qu'il faisait, du matin au soir, c'était boire. C'était l'été, et du coup je n'avais même pas moyen de me réfugier à l'école pour la journée, même si l'école… et bien, disons que ce n'était pas l'endroit où j'étais le plus à l'aise. Mais ç'aurait été mieux que de vivre avec eux.

- Ils étaient violents, conclut Drago et Ash le soupçonna d'avoir lu son dossier, ce qui ne le troubla qu'à peine.

- Pas au début. Il criait beaucoup, ou me lançait des objets dessus quand il trouvait que je prenais trop de place ou que je faisais trop de bruit… Il lui faisait la même chose à elle, ou à cet immonde clébard qui me mordait dès que je l'approchais. Les seuls moments où ils étaient sympas, c'était quand l'assistant social passait nous rendre visite. Et je savais que c'était pour recevoir leur chèque ensuite. Mais j'avais l'habitude. Je jouais le jeu, parce que je me disais que je pouvais toujours tomber sur pire. Sur un type comme le père de Hope, par exemple, mais qui préférait les petits garçons ! Ça… ça m'obsédait littéralement. Du coup, si je devais aller à l'hôpital pour me faire faire quelques points de suture après avoir reçu une bouteille en pleine tête, quelle importance ?

- Ash…

- J'avais toujours peur que ce soit pire. »

Il n'osait pas les regarder. Il redoutait ce qu'il pourrait lire dans leurs yeux. Cette pitié, cette compassion, cette affection… Autant d'émotions qu'il était incapable de gérer pour ne pas les avoir connues assez tôt, ou pour ne pas s'en souvenir. Alors, il poursuivit, sans prêter attention aux ongles d'Hermione qui s'enfonçait dans la chair de sa paume, traçant des demies-lunes sur sa peau pâle.

« Un soir, environ deux semaines après que je sois arrivé, ils se sont disputés. J'ai compris qu'elle n'était pas dans son état normal en cinq secondes… J'avais déjà rencontré des drogués et elle avait l'air défoncée. Elle criait, elle hurlait même, et ils s'injuriaient tous les deux en se balançant des trucs à la tête. Elle a fini par partir en claquant la porte et en menaçant de le tuer, et on ne l'a plus revue. L'assistant social a débarqué quelques jours plus tard, et il a suggéré de me mettre dans un foyer collectif, le temps que les choses s'arrangent, mais Niven a dit que ça allait, qu'il pouvait s'occuper de moi sans elle, que de toute façon, elle passait ses journées au boulot et que ça ne changerait rien. Il avait encore plus de besoin de son chèque maintenant qu'elle ne ramenait plus d'argent, je suppose… »

Il fit une courte pause, le temps boire un peu. La gorge sèche, il avala difficilement la fin de son chocolat désormais froid, avant d'attaquer la suite.

« Il s'ennuyait. Il ne pouvait plus crier sur elle, alors j'avais droit à encore plus d'insultes, à encore plus d'objets volants… Et plus il s'ennuyait, plus il buvait, et plus il buvait, plus il devenait imaginatif. Il a commencé à se passer des objets et à utiliser ses mains. Il me claquait en passant près de moi, l'air de rien, comme pour jouer, mettait son pied devant moi pour me faire tomber… Ou il entrait brusquement dans la chambre, et hop ! une gifle, comme ça, comme si de rien n'était ! Il trouvait ça drôle, et il rigolait. Sauf quand il était vraiment ivre. Il passait des claques aux poings. »

Il entendit Hermione hoqueter, et il ferma les yeux. Il ne voulait pas la voir pleurer. Il ne supporterait pas de la voir pleurer. Alors il accéléra le débit, sans plus se soucier de savoir s'ils comprendraient les mots dont il dévorait les syllabes à moitié, pressé d'en finir.

« Je voulais lui faire du mal. Je voulais me venger. J'y pensais tout le temps. Jusque dans mon sommeil. Et puis… Et puis, un matin, je me suis réveillé sur la moquette du salon, et j'étais couvert de sang. Son sang. Et il était là, allongé à côté de moi dans son marcel couvert de tâches. Non. Dans ce qui restait de son marcel. Et il n'y avait plus… Il n'y avait plus que des morceaux de lui. Et… et le chien léchait le sang sur un os rongé de sa main. Et… il ressemblait à… à un morceau de viande… Et j'avais du sang dans la bouche… Et je… »

Tout lui revint par saccades, si brutalement qu'il eut l'impression de sentir le goût cuivré du sang sur sa langue à la place du chocolat, et il se leva d'un seul mouvement. Il perçut le sursaut d'Hermione lorsqu'il arracha sa main de la sienne avant qu'il ne se précipite vers l'évier. Par-dessus les gargouillis de sa gorge alors qu'il se penchait, il entendit les chaises racler contre le carrelage alors qu'ils s'approchaient.

Drago murmura quelque chose qu'il ne parvint pas à comprendre, alors que le contenu de son estomac se répandait dans la vasque. Puis il sentit une main apaisante se poser contre sa nuque, fraiche, légère, familière. Hermione. Un tissu humide glissa contre son front et il perçut la présence de Drago à sa droite. Il aurait dû se sentir étouffé, ainsi encerclé, mais ses jambes flageolaient tant qu'il ne pouvait s'empêcher d'être rassuré par leur contact. S'il tombait, ils le rattraperaient. Au moins pour cette fois.

« Respire, mon grand, chuchota Drago d'une voix tourmentée.

- Stop, parvint-il à articuler alors que les larmes lui brûlaient les yeux. Stop !

- C'est fini. On arrête là, d'accord ? C'est fini... »

Il hocha la tête, un merci au bord des lèvres, avant de sentir son estomac se soulever de nouveau, et il les laissa lui caresser le dos en un geste apaisant qu'il eut l'impression de reconnaître. Il se laissa finalement retomber et Drago passa son bras autour de lui en glissant au sol avec lui. Hermione humidifia une autre serviette qu'elle passa sur ses lèvres alors qu'il se mettait soudain à grelotter.

« Je suis désolé… », balbutia-t-il, sans trop savoir de quoi il s'excusait exactement.

D'avoir été malade. D'avoir rendu les yeux d'Hermione rouges et humides. D'être responsable de la nouvelle ride d'angoisse sur le front de Drago. Ou alors pour tout le reste peut-être.

Ils savaient, eux. Ils savaient pourquoi il s'excusait. Alors Drago caressa tendrement son front sans qu'il soit capable de le repousser, sans qu'il en ait même la moindre envie, Hermione lui reprit la main, comme s'il ne l'avait jamais lâchée. Et ils partagèrent ce regard, celui qui le rendait presque jaloux, celui qui se passait de mots.

Celui qu'ils lui traduisirent, quelques secondes plus tard, le même sourire aux lèvres. Un rictus plein de compassion, et d'affection. Mais sans pitié. Un rictus compréhensif et épuisé. Un rictus qui valait peut-être bien tout ce qu'il venait de revivre.

« Tu n'as pas à être désolé, Ash.

- Vous n'avez pas signé pour ça, hein ? soupira-t-il en reniflant. Vous n'êtes pas obligés de…

- On est tes parents. On est ta famille. C'est ce que font les membres d'une famille entre eux, répliqua Hermione avec assurance. On parle, même si c'est parfois compliqué et triste, et que ça nous fait souffrir. »

Elle jeta un coup d'œil à Drago, et Ash comprit qu'elle ne disait pas cela que pour lui. Qu'elle souhaitait aussi rappeler quelque chose à Drago qui détourna les yeux pour se focaliser sur lui, un mince sourire aux lèvres :

« On continuera plus tard, d'accord ? On ira à ton rythme, et on abordera les sujets que tu veux… Même les trucs sympas ! Dis-moi qu'il y a des trucs sympas ! »

Il fit mine de le supplier et un rire secoua Ash, malgré les nouvelles larmes qui lui montaient aux yeux. Mais il réussit à acquiescer. Oui, il y en avait.

Il y avait Hope qui l'entraînait à une soirée huppée pour choquer ses parents, Cabel qui lui apprenait à faire du skate, Sofia qui se mettait sur la pointe des pieds avant d'entrer dans les manèges des grands. Il y avait la mère de Cabel qui lui remplissait toujours son assiette jusqu'à ce qu'il ait mal au ventre, ses connaissances du skate-park qui faisaient mine de l'ignorer quand il revenait après l'année scolaire tant qu'il n'avait fait au moins une figure qui vaille la peine, et cet assistant social dépassé qui débordait pourtant tant d'enthousiaste qu'il en était à mourir de rire. Et il y avait certaines bêtises qu'il pourrait probablement leur raconter un jour sans s'inquiéter de les choquer, parce qu'ils auraient déjà entendu le pire.

« Ouais… Y'a des trucs sympas, jura-t-il en s'essuyant les yeux. Des tas. »

Mais ils ne surpasseraient jamais les pires. Et Drago et Hermione n'étaient pas Olivia. Ils avaient peur, il le lisait dans leurs yeux : peur de ce qu'ils ne savaient pas encore, peur de ce qu'ils devinaient, peur de ce qu'il venait de leur raconter. Ils n'avaient pas peur de lui, pas vraiment. Mais cela viendrait, sans doute.

Et comme s'il lisait dans ses pensées, Drago fronça les sourcils avant d'annoncer d'une voix étonnamment tendre, une voix qu'Ash l'imaginait sans soucis utiliser pour parler à un enfant ayant besoin d'être rassuré… Un enfant comme lui, avant. Comme lui, maintenant.

« Tout ça, ça ne changera rien. Tu le sais, pas vrai ? Ce qu'on apprend aujourd'hui, ce que tu nous raconteras demain… On veut savoir tout ça pour te connaître toi, d'accord ? Pour te comprendre. Pour savoir qui tu es. Toi, pas Jem.

- Je ne serai jamais lui… »

La poigne d'Hermione se resserra et il s'efforça à la regarder, même si les larmes qu'il voyait briller dans ses yeux lui donnaient la sensation d'être un monstre de la pire espèce. Et, alors qu'il s'attendait à l'entendre démentir cette affirmation, à lui jurer que retrouver ses souvenirs arrangerait tout comme ils semblaient le croire, elle sourit et répliqua :

« Sans doute pas, non. Et tu sais quoi ? C'est tant mieux.

- Qu-Quoi ? »

Il se tourna vers Drago qui lâcha un petit ricanement un peu défait, si triste qu'il se demanda ce qu'il venait de manquer parce qu'il était évident qu'il avait loupé un épisode. Ou peut-être plusieurs. Drago jeta un coup d'œil à Hermione et hocha la tête, comme pour l'approuver, avant de revenir vers lui.

« Jem… Il n'aurait jamais pu survivre à tout ce que tu as vécu. Pas sans tout ce que tu as apparemment subi entre temps, pas avec ses souvenirs sans doute. Il n'aurait jamais tenu le choc en restant ce qu'il était enfant. Il se serait fait dévorer tout cru par ce monde ci, et il n'aurait jamais pu s'en remettre non plus… Il avait de nombreuses qualités, des qualités qu'on ne doute pas que tu aies encore. Mais survivre, sans nous ? Non. Il en aurait été incapable. »

Ash resta stupéfait. Depuis le jour où il avait appris la vérité, il avait eu la sensation que Jem était une version meilleure de lui-même, un garçon tel qu'il ne le serait jamais, tel qu'il ne voulait simplement pas être. Et au fond, il avait bien senti qu'il aurait dû souhaiter le contraire, au moins pour s'adapter. Et voilà qu'ils lui disaient… Merlin, qu'essayaient-ils ne lui faire comprendre, exactement ?

Comme si son incrédulité se lisait sur son visage, Hermione ajouta, un sourire brisé aux lèvres :

« Tu as fait ce qu'il fallait faire pour survivre, et tant pis si parfois c'était mal ou même illégal. Tu es là, maintenant, et c'est ça qui devrait compter. C'est ça qui compte. Ton passé, il doit juste nous servir de base pour la suite… Mais tu es avec nous, maintenant, et tu es libre de devenir ce que tu veux être, qui tu veux être. Quel qu'il soit. Si ce n'est pas Jem… Si… »

Elle effacera une larme qui avait filé sur sa joue, et Drago, sans doute conscient qu'elle n'arriverait pas à finir sa phrase, conclut à sa place, la voix si faible qu'il eut du mal à l'entendre. Mais il avait déjà compris.

« Si ce n'est pas Jem, on apprendra à l'accepter. »


Note _ *petits coeurs partout* *saupoudrés de paillettes et de licornes* et... ENFIN ! Vous avez pris autant d'temps que ça à l'capter, bande de... de... de... NAH ! u_u' (Sinon, je m'entends généralement bien avec les petites voix dans ma tête, oui oui.)

Petites questions _ 1. Qui a trouvé le réveil trop meugnon entre Ash&Olivia ? (malgré la main perverse xD) ; 2. Qui a envie d'aller défoncer chaque journaliste de la Gazette à coups d'balais & de batte de Quidditch et tout le tralala ? ; 3. Même s'il n'y a réellement aucune surprise dans ces révélations, qu'avez-vous pensé des histoires de Ash ? ; 4. Qui a envie d'aller cogner Nicholas jusqu'à ce que mort s'en suive ? (ça fait beaucoup de gens à tuer après lecture de ce chapitre en fait...) ; 5. Et qui a poussé un "enfin" à la fin de ce chapitre ? ; 6. Est-ce que ce chapitre vous a plu ? :-)

Dans le prochain épisode _ Des hurlements de loups, de l'acné, un Incident, un goûter, de l'argent, des secrets, de la suspicion, un idée qui ne plait pas à tout le monde, des pulsions incendiaires, des pieds dans l'plat et des choses à plat, un aveu qui coûte cher, des sanglots, trois petits mots, des cauchemars, le Monstre, des sursauts et une promesse impossible à tenir.

L'instant Pub _ Ah ah, ça fait longtemps ! :D Une amie à moi s'est lancée dans la publication d'une Dramione que je lis & corrige & qui est absolument géniale ! Elle donne -comme tout bon Dramione qui se respecte !- envie de lever les yeux au ciel face à Hermione & des pulsions que je ne nommerai pas dès que cela concerne Drago... =P Elle s'appelle PARCHEMIN & est écrite par Yagaelle. Et si vous avez la flemme de chercher, elle est en premier dans mes favoris actuellement ! Je vous la conseille grandement ! Enfin, non, je la conseille à ceux qui sont gentils et bien élevés... Les manchots, oust oust oust ! Voilà, c'est dit ! =P

Des bisous !

Bewitch_Tales.