Le satin noir sur son teint blanc
Avoue peignoir que c'est troublant
Ho, ho
Avoue c'est troublant
Je noierais bien ses courtisans
Mais j'en prendrais pour 110 ans
Au moins
Au moins 110 ans
Hélène, j'suis pas Verlaine
Mais j't'écris quand-même (…)
Hélène : Julien Clerc
Chapitre 27 : Lettre à Hélène (le 13 mars)
J'avais quitté le client, non sans avoir aussi retiré mon déguisement de valet de chambre – je portais une autre tenue juste en dessous, ce qui me faisait paraître plus enveloppé – et sortit dans la rue avec les habits d'un employé de l'hôtel qui quitte son service. Cheveux et barbe châtain clair.
Après de nombreux détours dans les ruelles pour vérifier que je n'étais pas suivi, je regagnai une de mes nombreuses planques. Je devais rédiger une lettre pour Hélène et la lui faire envoyer par coursier spécial pour qu'elle l'ait aujourd'hui, même si elle lui parvenait au soir. J'avais besoin aussi de Meredith pour faire quelques achats de vêtements adaptés pour le rôle qu'Hélène devait jouer.
La tâche allait être ardue, il fallait que tous les rouages de la machine soient bien huilés et tournent sans accro. Il me faudrait aussi utiliser les talents d'ancien « serrurier » d'Andrew… et je devais lui demander son matériel d'alpinisme, trop dangereux d'aller en acheter un ! J'allais devoir employer beaucoup de personnel moi ! Rester discret et ne pas se faire repérer en plus ! Surtout moi !
Lord Fairwood m'avait donné le télégramme à faire envoyer à son ami de France ainsi qu'une certaine somme en liquide pour les frais urgent. Il ne pouvait pas se rendre au bureau pour déposer son télégramme, il serait suivi. Moi, dans cette tenue, je pouvais sans problème ! Aucun risque, plus rien à voir avec le déguisement d'employé que j'avais utilisé pour quitter l'hôtel !
En espérant que Meredith soit disponible pour le petit travail de demain ! Sinon, je n'y arriverais jamais. Aux dernières nouvelles, elle travaillait moins et avait réduit le nombre de ses clients. Elle s'en tenait aux plus riche et plus anciens… C'était faisable. J'irais la trouver sur son lieu de travail pour lui expliquer ce que j'attendais d'elle.
Je m'assis à ma petite table, pris la plume et me torturai les méninges pour trouver par quoi je pourrais donc commencer ma lettre. Pas facile, je ne devais pas être trop familier, ni trop condescendant. Tout expliquer brièvement et ne pas lui donner l'impression que je lui forçais la main, lui laisser la liberté de refuser sans que cela ne me pose des problèmes.
Je gardais aussi à l'esprit que si elle acceptait d'aller en mission chez lord Fairwood mais refusait celle en France, cela ne m'avançait à rien… A part le fait de la revoir… Et dans le pire des cas, il y avait un concert à Albert Hall dans quelques jours. Si j'obtenais des places, je pourrai l'y emmener en remerciement de son déplacement.
Concentre-toi que diable ! Tu dois écrire une lettre ! Déjà, savoir comment débuter ! Par un « mademoiselle » ? Non, trop condescendant vu ce qu'on avait…partagé ! « Hélène » ? Trop court ! « Ma chère Hélène » ? Cela ne faisait pas trop familier ? Elle n'était pas la mienne… Cela faisait début de lettre à l'eau de rose ! Ce n'était pas du tout le but de cette lettre ! Allez hop, j'enlève le « ma » qui fait trop affectueux :
Londres, le 13 mars 1885.
Chère Hélène,
J'espère que vous allez bien et que votre séjour chez votre tante se passe bien.
N'ayant toujours aucunes nouvelles de votre part, j'espère que ce n'est pas à cause de l'hiver qui dure et du printemps qui n'arrive pas… Si par malheur c'était le cas nous devrons résoudre plus tard cet inconvénient majeur…
Vous devez vous demander pourquoi je vous envoie cette missive et surtout pourquoi c'est un coursier spécial qui vous la remet en mains propres.
Vous avez raison, ce n'est pas pour vous parler du printemps que je vous écris puisque c'est vous qui devez me donner des nouvelles… C'est pour une toute autre chose.
Je m'explique : je suis sur une enquête assez délicate d'un cambriolage et le client ainsi que moi-même sommes sous surveillance des complices du cambrioleur. J'ai déjà du ruser pour donner l'impression que je ne m'intéressais pas à cette enquête.
Le client ne peut pas s'adresser à la police vu que les biens qui lui ont été volés n'ont pas été acquis de manière légale… Ce matin, il y avait déjà un type qui faisait le pied de grue devant chez moi…
Etant donné que je ne puis me déplacer chez ce client – et chez ses deux voisins – pour relever les indices éventuels, je voulais te demander si tu voulais bien y aller demain à ma place ? Toi au moins, tu n'es pas sous surveillance…
Je sais que je te demande beaucoup et tu me rétorqueras que tu n'as pas l'habitude de faire ce genre de travail. Mais je sais que tu es une fille intelligente et que tu es rusée comme un renard quand tu t'y mets !
Si tu n'es pas disponible, ne te tracasse pas et dit au coursier que tu refuses. Le client ira se faire pendre ailleurs… Ne te sens pas obligée de le faire si tu n'en as pas envie.
Par contre, si tu es libre demain et que tu acceptes, remet un mot au coursier pour moi et il te donnera les billets de train ainsi que de l'argent pour les frais éventuels.
Je te rassure tout de suite, tu ne seras pas seule pour mener ce travail à bien : Meredith t'accompagnera et jouera le rôle de ta dame de compagnie. Un autre ami, Andrew, tiendra le rôle de cocher et de valet de pied.
Dans ce cas, prends une petite valise avec le strict nécessaire, d'autres vêtements te seront fourni à Londres pour les besoins de l'enquête. Tu pourras même les garder.
Il te faudra être très discrète et te faire passer pour une amie de l'épouse de Lord Fairwood (le client) et trouver une astuce pour aller chez les deux autres sans te faire remarquer.
A ton arrivée à la gare de Waterloo, Meredith t'attendra, ainsi que votre futur cocher. Le rôle est pour Andrew. Fait comme si tu la connaissais de longue date. Elle portera une perruque blonde et une robe verte. Quant à toi, mets un chapeau avec voilette, comme si tu étais en deuil.
Elle s'occupera de toi et t'emmènera dans un endroit tranquille pour te préparer. Le cocher aura pour mission de brouiller les pistes, on ne sait jamais !
Meredith ayant la même taille et même corpulence que toi, je la chargerai de te trouver une robe digne de la grande dame que tu dois être demain (et que tu es déjà).
Tu commenceras par Lord Fairwood, puisque tu es une amie de son épouse qui vient lui rendre une visite de courtoisie, et tu relèveras tous les indices que tu peux, ainsi que tes observations, déductions, conclusions, bref, tout ce qui te passes par la tête.
Tu as le sens de l'observation et une mémoire phénoménale ! Puisque d'après le coroner Ferguson tu joues bien du piano sans les partitions… Je te fais entière confiance.
Confie l'examen des serrures à Andrew, surtout celles des coffres, c'était un spécialiste avant… Entre nous, tu peux lui faire entièrement confiance aussi, il est inverti et nous dirons donc que sa « préférence » à lui ne va pas chez les femmes… Mais il sait se battre et fera un bon gardien pour deux jeunes femmes.
C'est un ami de Meredith et je de ce fait je le connais de longue date, c'est pour cela que je vous l'adjoins.
J'expliquerai la procédure à Meredith (en espérant qu'elle soit disponible aussi) pour que votre départ ainsi que votre retour à Londres soit le plus discret possible. Tu resteras avec elle jusqu'à ce que je vous retrouve à l'hôtel Cosmopolitain.
Le directeur est en ancien client, nous sommes toujours en contact, et je vais lui demander de vous réserver une suite. Nous discuterons alors devant un bon repas de ce que tu as relevé comme indices.
Watson sera présent lui aussi…Et sûrement pas de bonne humeur en l'apprenant…
Par contre, je ne sais pas trop comment t'annoncer la suite…
Si j'accepte l'enquête, je devrai partir au moins un mois en France, dans le nord, puisque notre suspect y habite… Je dois découvrir où se trouvent les objets volés et les récupérer ! Lord Fairwood m'a dit que cet homme était tout sauf un imbécile ! La preuve, il se doutait que c'est à moi et non à la police qu'ils s'adresseraient et il avait déjà fait surveiller mon domicile…
Bref, si Watson et moi débarquons en France ainsi, nous nous ferons vite repérer ! Comme nous devons brouiller les pistes, le client voulait m'adjoindre une bonne femme qui se ferait passer pour ma jeune épouse ! Nous ferions alors un couple de « jeunes mariés riches et nantis » qui se promènent dans la région.
Rien que d'y repenser, j'en ai encore des sueurs froides !
Vu que tu es une femme intelligente, tu as sûrement deviné où je voulais en venir…
Si tu acceptes totalement cette affaire, j'aurai donc encore besoin de toi pour jouer le rôle de mon épouse. Oui, je sais que là je t'en demande beaucoup ! Libre à toi de refuser cette partie aussi. Tu peux te contenter de relever les indices et c'est tout. Tu peux même m'envoyer sur les roses si tu le désires, je n'en prendrai pas ombrage le moins du monde. Je t'inviterai alors à l'Albert Hall, il y a du Mozart dans quelques jours… Sans Watson ! Tu pourras profiter de la musique sans qu'il te casse les oreilles !
En France, l'enquête risque d'être difficile et pas de tout repos ! Nous devrons rester discret et explorer des kilomètres de côtes et de plage… à pied ou à cheval… escalader des falaises ou alors m'assurer pendant ma descente en rappel le long de ces falaises… bref, pas facile du tout.
Nous devrons aussi essayer d'entrer par la grande porte chez le cambrioleur. Un ami de Lord Fairwood donnera une grande réception avec un bal pour les fiançailles de sa fille dans quinze jours, nous y serons invités et nous devrons alors faire connaissance avec le fameux comte de Rougemont, le voleur !
Nous devrons aussi potasser le manuel des œuvres d'art pour être crédible et savoir soutenir une conversation avec les autres invités, tous collectionneurs. Et comme je sui sensé vouloir acheter des objets de valeur…
Pendant le séjour, nous louerons une chambre dans une auberge chic de la région. De plus, il faut savoir que nous allons devoir partager une certaine intimité et que certaines personnes risquent d'y trouver à redire… Tu devines de qui je parle…
Voilà, tu sais tout. Réfléchis bien à tout ce que cela peut impliquer comme danger.
Remets un mot au coursier, il me le transmettra. Prends le temps de bien réfléchir au deuxième service, c'est trop important que pour le prendre à la légère ! Et évite de dire à ta tante ce que tu vas faire…
Amicalement.
Sherlock Holmes.
Je relu ma lettre et constatai avec effroi que si j'avais bien commencé en la vouvoyant, j'étais ensuite repassé au tutoiement. Tant pis, pas le temps de la recopier.
