Surprise !

Eh oui, c'est noël, je suis d'humeur généreuse ;) Alors bienvenue sur la dernière publication du Poids des Souvenirs !

Bonne lecture.

(Au fait, il y a un petit lexique à la fin)


Épilogue :

Une Vision du Futur

« Maman…Maman, non, oui, attends, laisse-moi en placer une enfin ! Oui, oui, merci ! Oui, non, évidemment que je suis content ! Mais oui, je sais que vous êtes fiers de moi ! Calme-toi, enfin ! »

Je ris alors que ma mère continue de m'abreuver d'éloges au téléphone. J'imagine la tête de mon père à côté d'elle, qui doit essayer de tempérer un peu son enthousiasme pour ne pas qu'elle m'étouffe. C'est vrai que de base, je ne pensais pas rester si longtemps au téléphone avec eux, je voulais juste leur annoncer la bonne nouvelle. Mais ma mère a toujours eu du mal à écourter les conversations à distance.

« Maman, je suis vraiment désolé, ça me fait super plaisir de t'entendre, mais je vais devoir y aller. Lucie ne va pas tarder à arriver…

- Passe-lui mon bonjour – qu'est-ce que tu dis, chéri ? – notre bonjour, me dit ton père !

- Ha ha, sans faute !

- Mais dis-moi mon chat, quand vas-tu te décider à faire ta déclaration ? »

Je laisse échapper un soupir silencieux. Ma mère a du mal à enregistrer certains faits, décidément…

« Maman, pour la énième fois, Lucie et moi nous n'avons pas une relation de ce genre-là. Je te rappelle – encore – qu'elle est en couple avec quelqu'un d'autre. »

Là c'est ma mère que j'entends soupirer.

« D'accord, je comprends bien. Mais tu es sûr qu'il n'y a pas quelqu'un d'autre ? »

La note d'espoir dans sa voix m'agace au plus haut point.

« Maman, je te le répète, je me sens parfaitement heureux célibataire, ce n'est pas un choix par défaut !

- Oui, oui, je comprends bien. Mais quand même…

- Maman…

- Oui, oui, pardon. Tu sais, je veux juste que tu sois heureux.

- Oui, je sais. Mais ne t'inquiète pas pour moi, tout va parfaitement bien dans ma vie. Alors passe au moins une semaine à juste fêter ma réussite et nous reprendrons les joutes verbales sur l'intérêt d'une relation stable après.

- Deal ! »

Je sursaute alors qu'une main se pose sur mon épaule. Lucie me contemple avec un sourire un brin moqueur. Je savais bien que j'aurais dû écourter cette conversation…

« Lucie viens d'arriver, je vais vous laisser. Je vous embrasse, à bientôt.

- À bientôt mon chéri, profite bien de ta soirée. Et tu sais, bien qu'elle soit en couple, je suis sûre qu'elle ne résistera pas si tu fais le premier pas.

- Maman !

- Je plaisante ! Je plaisante ! Bonne soirée, et encore toutes mes félicitations !

- Merci, allez, salut. »

Je raccroche et range mon téléphone en soupirant.

Ne joue pas les effarouchés, tu es toujours de bonne humeur après vos conversations.

Écrase.

« Alors beau brun, tu t'en sors ? lance Lucie en souriant.

- M'en parle pas, je n'ose pas imaginer ce que vit mon père depuis l'annonce des résultats. Il m'a dit que ma mère était restée scotchée devant la page internet toute la journée, quand je l'ai eu au téléphone. Approximativement une minute, avant qu'elle ne monopolise l'appareil. »

Lucie éclate de rire alors que je me penche pour lui faire la bise, avant d'entrer dans le restaurant que nous avons réservé.

« Il faut dire que c'est pas rien, réussir le concours de l'ENM ! Il y a combien, 10% d'admis ?

- 8. »

Elle pousse un sifflement admiratif.

« Toutes mes félicitations. Peut-être que moi aussi je devrais virer à moitié hystérique pour bien montrer la vénération que tu m'inspires.

- Pitié, épargne-moi ça. »

Elle sourit en s'asseyant à la table que nous désigne le serveur. Toutes ces années ne l'ont pas tant changé que ça. Évidemment, elle a perdu les rondeurs de l'enfance, et elle porte les cheveux courts maintenant, mais elle a conservé son éternel demi-sourire. Et son teint de cachet d'aspirine.

« Non, sérieusement, félicitation, reprend-elle. »

Je souris, pensif. C'est vrai que, pour quelqu'un qui me connaît depuis le collège, l'évolution doit paraître un peu surprenante. Moi qui n'avais jamais été un bûcheur, j'ai changé du tout au tout depuis cette période. Mais j'ai un peu de mal à savoir si c'est simplement parce que je suis devenu plus sérieux en grandissant ou si c'est dû à un autre type d'évolution.

Ne me réduis pas à un « autre type d'évolution » tu veux ?

Je laisse échapper un petit rire. C'est vrai que c'est un peu rustre de ma part.

« Merci Lucie, je réponds finalement à mon interlocutrice de chair et de sang. Mais tout ça, c'est aussi beaucoup grâce à ton soutien que ç'a pu avoir lieu.

- Ah mais, je sais bien. D'ailleurs, quand tu te feras la blinde de blé une fois en poste, j'exige un pourcentage. »

Cette fille est intelligente, pour une humaine.

Tu es courant qu'elle plaisante, n'est-ce pas ?

Ne m'insulte pas. Je sais très bien comment Lucie fonctionne. Je la connais depuis presqu'aussi longtemps que toi maintenant. Tu as tout fait pour.

C'est vrai. Quand j'ai compris que je n'étais plus exactement seul dans ma tête, j'ai fait un choix un peu…discutable. C'était peut-être présomptueux, dangereux, de penser que je pourrais gérer la situation et garder le contrôle quoi qu'il arrive. Mais ça m'a paru la meilleure chose à faire. Cependant, si les évènements de l'époque m'avaient appris quelque chose, c'est qu'il valait mieux avoir un garde-fou. Alors je me suis tourné vers mon alliée du moment. Et même si nous venions de nous accrocher à cause de ta tendance détestable à t'apitoyer sur ton sort – écrase – elle m'a écouté.

Très honnêtement, je pense que je l'ai un peu piégée. Si elle avait connu XANA du temps de la lutte, elle ne m'aurait probablement pas laissé faire. Mais Lucie a découvert le procédé de genèse du programme multi-agent immédiatement après avoir appris son existence, et si je lui avais déjà dit à quel point il était dangereux, il y a une énorme différence entre un discours et une démonstration en directe. D'autant que de savoir qu'une bande d'ados avait réussi à le tenir en échec tout ce temps – toi écrase – a dû pas mal tempérer l'idée qu'elle s'en faisait. Résultat, elle a accepté le rôle que je lui proposais. Oh, elle a bien tenté de me faire changer d'avis, d'aller voir « le petit génie qui gérait le tintouin », mais je crois qu'elle manquait de conviction en proposant ça.

Toujours est-il qu'on est en contact depuis toutes ces années et qu'on se voit régulièrement, histoire qu'elle garde un œil sur mes actes.

Et de mon côté, j'évite d'approcher des ordinateurs trop puissants. D'ailleurs, malgré mes nouveaux talents en informatique, je me suis détourné autant que faire se peut de cette voie. Quel sens du sacrifice…

« Conversation intéressante ? demande subitement Lucie.

- Désolé, je réponds, gêné, j'étais plus perdu dans…mes pensées que dans les siennes.

- Mince. Je veux dire, je peux comprendre que tu préfères parler avec un programme informatique sociopathe plutôt qu'avec moi, mais que tu préfères te parler à toi-même, je dois vraiment être devenue ennuyeuse…

- Ha. Ha.

- Sinon, au-delà de tes misères psychologiques, il va bientôt y avoir la réunion des anciens de Kadic, non ?

- …ouais, effectivement.

- Tu comptes y aller ? »

Je garde le silence, les mains occupées à triturer un morceau de pain.

« Je ne sais pas encore trop, je réponds finalement. D'un côté, j'aimerai bien revoir des gens comme Christophe, Manu, Émilie ou Caro. On a essayé de garder le contact, mais tu dois savoir ce que c'est, on se voit plus trop. Et puis d'un autre, je me passerai carrément de croiser les LG. On ne s'est pas exactement quittés en bons termes, malgré les deux ans de statu quo. Et puis j'ai toujours un peu peur qu'ils remarquent quelque chose. »

Dis-le. Dis-le que tu crains ma réaction si jamais je me trouve face à eux.

Oui. Il y a ça aussi.

« Tu sais, commence Lucie, pensive, je dirais qu'il y a peu de chances qu'ils réalisent quoi que ce soit. Lyoko est sûrement derrière eux. Je me doute que ce doit être une histoire qui ne s'oublie pas facilement, mais ils ont sûrement mille trucs en tête et plus assez de paranoïa pour subitement croire que rien n'est fini.

- Si c'est vrai, ce n'est pas de la paranoïa.

- Tu vois très bien ce que je veux dire, rétorque-t-elle en balayant ma remarque d'un revers de la main. Tu sais ce qu'ils deviennent ?

- Vaguement, j'ai des nouvelles qui popent parfois, par facebook.

- Ben tiens, et tu vas me dire que tu vas jamais stalker leur profil par curiosité. »

Je grogne face à sa remarque moqueuse. Elle a pas tort. Sauf que c'est pas exactement moi qui veut des nouvelles. Menteur. Pas exactement seulement moi qui veut des nouvelles.

« Jérémie et Aelita ont fait la prépa Ginette, et ils sont respectivement entrés à Polytechnique et à l'ENS Paris, Yumi est en fac de médecine, Odd est encore plus ou moins en train de se chercher, il a commencé une fac de musique, puis il a pris une année sabbatique, et là il essaie d'entrer à l'ENSATT, et Ulrich a fait un BTS avant d'entrer l'ENAC. »

Lui aussi, la fin de l'aventure Lyoko lui aura fait du bien côté notes. S'il ne s'est pas tout de suite mis à briller, redoubler la seconde lui aura permis de reprendre pieds et de finir honorablement le lycée…

« Mais et toi ? L'ISARA ?

- Boh, moi, ça se passe. Rien de bien nouveau depuis la dernière fois qu'on s'est parlé… »


Je rentre dans mon petit studio un peu après 23h. J'aime bien nos soirées avec Lucie, même si on commence toujours par le sujet bateau au possible « comment vont les études ? » on dérive toujours assez vite et ça nous change les idées. Et puis, Lucie est l'une des rares personnes qui ne me regardent pas comme un déséquilibré quand je lui dis que je n'ai pas la moindre envie de me caser dans une relation, sérieuse ou pas. En échange, je ne lui dit pas qu'elle et son mec sont bizarres parce qu'après trois ans de relation ils ne se sont toujours pas présenté leurs familles, et je ne la traite pas de désaxée quand elle me dit qu'elle n'a pas la moindre intention de faire des gosses. Comme elle le dit elle-même – en plaisantant, mais elle le dit – c'est plus écolo.

Les enfants ne sont qu'une source de distraction inutile. Les êtres humains devraient se concentrer sur ce qu'ils ont à accomplir avant d'aller copuler pour transmettre leur patrimoine génétique.

Bah, il faut bien que quelques-uns pondent des moutards, qui paieraient les retraites, sinon ?

Quitte à avoir besoin de renouveler les générations, vous feriez aussi bien de centraliser l'élevage des enfants entre les mains de personnes qualifiées. Les individus aux compétences plus intellectuelles pourraient se concentrer sur des tâches plus intéressantes.

Je laisse échapper un petit rire en enlevant mes chaussures.

J'en connais un qui n'a toujours pas digéré la naissance d'Aelita. Fais attention Xav, c'est typique du premier né, de rejeter son cadet, et c'est purement émotionnel.

Ne m'appelle pas comme ça, je ne suis pas Xavier.

Mais oui, mais oui.

Je jette mes vêtements au sol avant de m'effondrer en caleçon sur le lit. La journée a été riche en émotions et il est tard. Je me doucherai demain matin.

Dis Xavier ?

…XANA ?

Quoi ?

Est-ce que tu m'en veux ? De te garder prisonnier ?

Oui.

Ah bon…

Mais je te suis encore plus reconnaissant de ne pas m'avoir détruit quand tu l'as découvert.

Je rouvre brutalement les yeux à cette annonce. La question me torture tous les jours mais j'essaie de ne pas y penser. Je me demande régulièrement si demander à Jérémie de le détruire n'aurait pas été plus charitable. Et lui, il vient de dissiper mes doutes d'une seule phrase.

Ne te méprends pas. C'est uniquement parce que je guette la moindre opportunité de me libérer de toi. Et quand ce sera fait, je te détruirai sans le moindre état d'âme.

Je souris dans le noir en me glissant sous les couvertures.

Bonne chance, alors.

…Toi aussi.


Voilà, c'est fini. Merci à tous d'avoir suivi cette histoire jusqu'au bout. J'espère qu'elle vous aura plu un minimum et que mes hypothèses sur la backstory vous ont surpris et intéressés. Je pense avoir répondu à toutes les questions importantes, mais si vous avez encore des interrogations, n'hésitez pas à me les envoyer, par reviews ou MP, et j'y répondrai sans faute.

Comme promis, petit lexique des acronymes et autres parcours scolaires :

ENM : École Nationale de la Magistrature

Prépa Ginette : une école préparatoire scientifique parisienne, dans les premières places des classements.

Polytechnique : École d'ingénieurs française associée à l'excellence académique. Et à l'élitisme.

ENS : École Normale Supérieure, une des institutions universitaires et de recherche parmi les plus prestigieuses et sélectives de France. Elle a des cursus en Lettres et en Sciences, mais j'imagine plutôt les deux Einstein en Sciences.

ENSATT : École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre. On y enseigne les
métiers de comédien, administrateur, costumier, coupeur, directeur technique, écrivain dramaturge, metteur en scène, concepteur lumière, concepteur sonore, régisseur, et scénographe, et je pense que Odd pourrait être intéressé par ces formations.

ENAC : École Nationale de l'Aviation Civile. Il y a plusieurs formations,
25 programmes de formations différents, incluant des formations pour devenir ingénieurs, contrôleurs aériens, pilots de ligne, gestionnaires, techniciens supérieurs ou encore instructeur avions. Je sais, c'est Odd qui avait participé au concours pour faire un vol test, mais je sais pas pourquoi, j'imagine bien Ulrich en contrôleur aérien.

ISARA : Institut Supérieur d'Agriculture et Agroalimentaire Rhône-Alpes. J'avoue, pour Lucie je n'avais pas spécialement d'idée, et je ne voulais pas en faire une ingénieure (voie de la facilité pour moi parce que c'est ma branche) parce que j'orientais déjà Aelita et Jérémie par là. Du coup j'ai pioché parmi les cursus qu'on fait mes potes. Alors oui, elle est à Lyon. J'y ai pas pensé sur le moment. Mais pourquoi pas. Elle revoit William quand elle remonte sur Paris. Ou il vient faire du tourisme à Lyon.

Dans l'espoir de vous revoir sur une de mes prochaines publications, encore merci =)