Playlist

« The scientist » Coldplay

« Little things » One direction

« Crier tout bas » Cœur de Pirate

« Saint Claude » Christine and the Queens

« All you had to do was stay » Taylor Swift

« Cosmic love » Florence + the machine

Chapitre n°20

Point de vue d'Aurore

Je raccompagne Matthéo à l'aéroport pour qu'il rentre à la maison. Le week-end est passé bien trop vite à mon goût mais le revoir m'a fait du bien. Nous sommes dans le bus depuis quelques minutes, ma tête est posée sur son épaule. Nous sommes restés sur le canapé enlacés dans les bras l'un de l'autre toute la nuit, jusqu'au lever du jour. J'ai ressenti le besoin de sentir son odeur de menthe fraîche. Nous avons passés de bons moments à marcher sous la neige, chasser dans Central Park. Nous avons discuté aussi. Il m'a raconté ses journées quand il travaille à l'hôpital. Je lui ai posé des questions parce que j'ai eu envie d'en savoir plus. Connaitre ses journées, savoir ce que Carlisle lui demande de faire et comment il fait pour garder son sang froid face à des situations compliquées. Je le regardais de temps en temps pendant qu'il parlait, son sourire aux lèvres parfois, ses plis sous les yeux, ses fossettes, ses mèches de cheveux blonds qui tombent devant ses yeux. Ces milliers de détails me reviennent en mémoire. Nous avons une relation particulière. On n'a pas besoin de dire grand chose mais le peu que l'on se dit pour l'instant est suffisant. On se cherche encore.

D'ailleurs, je me mets à penser que les fêtes de Noël approchent et on va tous se retrouver autour d'une belle table. J'ai hâte de rentrer à la maison pour quelques jours. Retrouver ma famille, les serrer fort dans mes bras, s'échanger des cadeaux et se souhaiter les vœux annuels. C'est quelque chose que j'ai envie de connaitre. J'ai envie de décorer la maison, placer les cadeaux sous le sapin, aider Esmée en cuisine, rire, prendre Alice dans mes bras. Cette atmosphère chaleureuse familiale me manque. Être seule dans une grande ville comme New-York m'a fait peur au début mais je me suis rassurée en sachant que ce n'est que pour une période temporaire. Ce n'est que pour mon stage. J'ai hâte d'y être.

Nous arrivons à l'aéroport au bout de vingt minutes de trajet. Nous sommes dans le hall en train de consulter les horaires des vols. Cela me déprime déjà. L'idée de le laisser monter dans l'avion me déprime. J'ai envie d'acheter un billet d'avion sur un coup de tête. Ce ne serait pas raisonnable et parfois ne pas l'être est une bonne chose, prendre des risques. Mais je me résous et reste raisonnable. Matt me regarde en mêlant ses doigts aux miens. Ce simple contact me fait sourire. J'en avais envie. Savoir qu'il le fait spontanément me rend heureuse.

« Tu vas bien ? Tu n'as rien dit dans le bus ».

« Oui » dis-je en pressant mes lèvres contre les siennes sans lui demander la permission.

« Cela ne répond pas à ma question ma belle » dit-il dubitatif. « Je peux changer mon billet si tu veux ».

« Tes horaires à l'hôpital ? Tu es sûr que Carlisle sera d'accord ? Je ne veux pas que tu aies des problèmes à cause de moi ».

« Si tu ne vas pas bien, je lui passe un coup de fils. Il comprendra et je ne dirais pas non à l'idée de passer trois jours supplémentaires avec toi ».

Je suis touchée par cette délicate attention de sa part. Évidemment que j'ai envie que Matthéo reste avec moi. J'ai envie de le garder encore quelques jours, pour passer davantage de temps avec lui, lui donner un peu de temps aussi pour couper de son travail à l'hôpital, qu'il puisse souffler un peu en dehors des études. En profiter moi aussi parce qu'il m'a manqué. Sentir son odeur de menthe, le prendre dans mes bras quand j'en ai envie, toutes ces choses classiques dont je me suis habituée depuis trois ans. Mais ce serait égoïste vis-à-vis de Carlisle qui compte sur lui à l'hôpital. Il a été tout de suite d'accord pour que je lui envoie des billets d'avion. Je n'ose pas abuser. Je second donc négativement la tête à contrecœur. Cela me fend le cœur de le dire à haute voix.

« Mon vol est dans une heure » dit-il. « Tu as le temps de boire un café ? ».

J'acquiesce et on se dirige vers un café. Je profite de l'heure qui reste en sa compagnie. Il prend un café allongé et moi aussi. Je ne bois pas de café d'habitude. Il s'assoit à une table libre et enlace ses doigts aux miens. Un mince sourire se dessine sur son visage. Il n'ose pas regarder autour de nous. Ses démonstrations d'affections en public sont rares. Pas de jugement de ma part. En fait, je me sens reconnaissante. Je suis un peu surprise. Au lycée je ne me souviens pas de ma timidité envers mes gestes d'affections parce qu'il m'arrivait de lui demander un câlin dans les couloirs ou un bisous, par surprise, ce qui me réchauffais le cœur.

« Merci encore pour les billets, te voir m'a fait du bien et j'essaierai de m'organiser pour une autre fois ».

« Une autre fois ? ».

« Oui » rougit-il. « Tu me manque, je consulterai les prix pour les prochaines vacances ».

« Heureuse que ça t'aies plu, j'ai eu de la chance, ma surprise a fonctionné ».

« Effectivement » me sourit-il.

« Merci Carlisle » riais-je.

C'était l'occasion et je suis satisfaite de ma réussite. Matt boit une gorgée de son café. Le mien est toujours entre mes doigts. Je le laisse refroidir un peu plus. L'odeur du café est agréable. On discute un peu. Il me sourit doucement mais une grimace change l'aspect de son visage. L'annonce de son vol résonne dans le hall de l'aéroport. Il fallait bien que cette belle parenthèse entre nous prenne fin. Son visage regarde au loin, il termine ensuite son café avant de se lever. Je l'accompagne jusqu'aux contrôles de sécurité. Nous traversons une partie du hall en évitant les voyageurs pressés avec leurs valises. Ils courent en espérant ne pas rater leur avion. Les gens commencent à former une file d'attente. De toute façon, il va devoir attendre alors autant que je reste un peu plus longtemps.

« Il va falloir que j'y aille » me souffle t-il.

« Déjà ? ».

« Malheureusement ».

Je n'ai pas spécialement envie de le laisser partir. Pas aujourd'hui en tout cas mais il faut bien que ce week-end prenne fin. Il prend le premier avion pour rentrer et il enchaine sa journée à l'hôpital.

Il m'embrasse une dernière fois. Je m'agrippe à son vêtement pour ne pas le laisser me quitter trop tôt, les autres passagers coupent la file. Ses mains viennent entourer mes joues aussi délicatement que possible. Ce type de contact me donne toujours de légers frissons. Des sanglots menacent de passer la barrière de mes yeux, chose que je souhaite éviter. Mes émotions humaines me manquent parfois alors je les retranscrits de plus en plus afin de ne pas laisser ma nature vampirique prendre le dessus. Ses lèvres se détachent des miennes, avec regrets pour moi. Ses doigts effleurent ma joue et la mèche de cheveux qui tombe devant mes yeux. Un dernier sourire et il s'éloigne de moi.

Il sort son passeport de son sac et pars avec sa valise.

Je m'éloigne du hall de l'aéroport et sors en direction de l'arrêt de bus. Il arrive dans deux minutes. Je regarde autour de moi, personne, fouille dans mes poches et trouve de la monnaie pour un ticket.

Je passe le reste de la journée dehors à arpenter les boutiques à la recherche de cadeaux de Noël. Il se trouve que j'ai des doutes sur un ou deux cadeaux. Je suppose que Jasper possède tous les livres d'histoire du monde. J'ai entendu beaucoup de bien au sujet d'un livre réédité en un nombre limité d'exemplaires d'un livre de Jules Verne alors je ne sais pas si ça lui conviendra. Il y a une petite librairie atypique à côté de la maison de couture dans laquelle je travaille. J'irai voir ça demain. Pour Alice, j'ai pensé à un ancien appareil photo vintage, pour Bella et Edward un abonnement musical, pour Carlisle un pull en cachemire, Esmée aura un parfum, quand à Rosalie et Emmet je ne sais pas encore. C'est la première fois que je prévois d'offrir des cadeaux à quelqu'un. Carlisle m'a expliqué que les traditions étaient importantes pour lui pendant les périodes de fin d'année et qu'il souhaitait que nous soyons réunis autour d'une table ronde décorée comme il se doit. Les décorations de Noël se mettent déjà en place et j'aurai aimé que Matt les voient avec moi. Il me manque. J'aimerai bien tenir sa main, juste un simple contact. Je ne pensais pas être autant vulnérable et affectée en quelque sorte par le manque de sa présence. Je suis ici pour un stage de six mois donc je vais rentrer à la maison dans trois mois. Ma vie dans une grande ville comme New-York est une belle expérience professionnelle et personnelle car les gens avec qui je travaille dans la maison de couture sont bienveillants avec moi. Tout se passe bien. Ma famille me manque. Je suis contente d'avoir vu Matt ce week-end. Lui faire la surprise de lui offrir un billet aller retour a été une bonne idée.

Aujourd'hui est une journée productive. Trouver mes cadeaux de Noël n'a pas été difficile, excepté le cadeau de Carlisle car le modèle de pull repéré n'était pas en stock dans les magasins alors je l'ai commandé et la livraison est prévu pour la semaine prochaine. Le reste des cadeaux ont été achetés. Je rentre chez moi avec tous mes paquets. Une chance qu'il y ait un ascenseur dans l'immeuble.
Je suis soulagée d'entrer dans mon appartement. Je ferme la serrure derrière moi, enlève mon manteau et dépose mes paquets sur le sol du salon près du canapé. La semaine prochaine sera dédiée en parie aux paquets cadeaux. J'ai hâte de découvrir les festivités de Noël avec les Cullen.

Mes journées à la maison de couture défilent aussi vite qu'ils ne commencent. Ce stage me prend tout mon temps. D'un côté, cela m'arrange parce que ça m'enrichi et ça ne me fait pas broyer du noir à cause du départ de Matthéo. Il dit être tellement occupé à l'hôpital qu'il ne doit pas avoir le temps de souffler alors je n'ose pas songer à ce qu'il pense à moi. Je me concentre ainsi sur mon travail. Je passe la plupart de mes soirées à coudre la robe. Cette pièce unique me demande toute mon attention. Coudre fait partie de ma vie depuis des années, c'est un exutoire et un moyen de satisfaire mes envies en terme de vêtement. Je dois aussi ma reconnaissance d'être acceptée au sein d'une telle école grâce au blog de ma sœur. Sans elle, je n'aurai pas eu ce stage de rêve.

Je ne veux pas me reposer sur mes lauriers non plus et continuer de coudre pour prouver que j'ai ma place. D'ailleurs, je dois mettre des nouveaux détails sur les manches. J'ai choisi des manches trois quart plutôt que des bretelles. La robe doit être prête d'ici deux mois et demi. La robe est faite, je suis en train de coudre les éléments qui la composent et d'ajouter du tissu. Je suis satisfaite de mon travail.

Je ressens un vide. Après un week-end à deux, j'ai dû mal à m'habituer au silence qui règne dans la pièce. Je suis rentrée à l'appartement depuis des heures.

En attendant, je vais chercher mes affaires de couture et tente de terminer mon travail, la robe violette que Matthéo a apprécié. Il s'agit en effet de mon projet. J'espère qu'il sera validé, mon année en dépend. Je travaille dure pour réussir et en principe, ça porte ces fruits. Coudre ne me fait pas oublier pour autant les deux jours passés à ses côtés. Mes pensées sont centrée sur la robe en question. Ce projet est important pour moi. La robe est longue, des tules violets entourent la taille. Le tissus est composé de dentelles colorées en violet et de perles cousues à divers endroits. On dirait une robe de film. J'ai eu l'idée en allant dans une boutique vintage de la ville. Des milliers de modèles sont disponibles, des idées à en perdre la tête, j'étais ravie de trouver cet adresse grâce à Internet. Je suis devenue amie avec la gérante de la boutique. D'ailleurs, elle m'a envoyé un message pour me demander des nouvelles et je prends en photo mon modèle avant de lui envoyer. Son avis m'est utile. Elle me répond aussitôt d'un message qui exprime sa surprise et sa joie.

« Comment raccorder cette pièce à la robe ? » demandais-je à moi-même.

Je décide de faire une pause méritée. Sortir à cette heure-ci s'avère risqué à cause des heures de pointes mais la soif commence à prendre le dessus, ma gorge me brûle. Cette sensation est horrible. Il est préférable d'attendre quelques heures avant de sortir mais plus les minutes passent plus j'ai besoin de ma dose d'hémoglobine. Je quitte mon appartement en prenant soin de ranger mes clés dans ma poche de pantalon.

Une fois dehors, mon instinct de vampire assoiffé va prendre le dessus. Je me dirige vers Central Park où il n'y a personne. Je n'ai jamais croisé personne en tout cas. Lorsqu'un vampire a soif, il n'a plus de contrôle sur ce qu'il est. Il devient un prédateur. Dis comme ça, on décrit une créature digne d'un film d'épouvante qui ferait des millions d'entrées au cinéma. Je refuse d'être cette créature. Depuis ma transformation en vampire, je me le suis promise. Je ne veux pas avoir honte de moi comme ça a pu m'arriver par le passé. Cette image m'a suffisamment collé à la peau. Je la déteste. Y penser me fait mal mais c'est un constat. Les années ont beau défiler, l'estime de moi-même est celle d'une créature nocturne qui a des instincts spécifiques on va dire.

Pas de créatures à me mettre sous les crocs, je commence à m'impatienter. Si un animal ne pointe pas le bout de son nez, je vais devenir dangereuse pour autrui.

Je m'avance davantage dans la pénombre. Seuls les bruits des animaux nocturnes résonnent ici. Je découvre la ville de la Grosse Pomme sous un autre jour, un nouvel angle inconnu aux yeux des humains. Aucun d'eux ne trainent dans le secteur. La nuit, c'est un espace dangereux. Je ne veux pas briser ce que je suis. Je suis une jeune fille comme d'autres, pas tout à fait à cause de mon immortalité mais j'ai tout de même des sentiments. On a tendance à juger les gens trop vite, à se faire une idée de la personne en quelques secondes alors que ce n'est sans doute pas l'image qu'elle reflète réellement. On a tendance à minimiser les propos tenus par des gens qui ont un avis non fondé. Il n'y a rien de pire. On apprécie l'esprit d'une personne en apprenant à la connaitre davantage. Mon caractère n'est souvent pas compris dès le début. Je m'améliore avec les années ou plutôt les siècles. Et je suis ainsi. Personne ne peut me changer. On dit qu'on est trop ceci, pas assez cela. Ce type de réactions est ridicule. J'ai toujours détesté le jugement hâtif.

Là n'est pas la question puisque je repère une proie potentielle qui serait susceptible d'assouvir son besoin d'hémoglobine immédiatement. Cette fois, elle ne m'échappe pas. Il n'y a que des petites proies. Je ne risque pas d'attraper une biche. Sa faible contenance en hémoglobine me satisfait un peu. J'en attrape une seconde, une troisième, une quatrième. Ma soif est apaisée. Mais je ne dirais pas non encore une fois à un animal plus gros. Je vais devoir m'en contenter pour ce soir. Je n'ai pas envie de remonter à l'appartement maintenant. Il doit être trois heures trente du matin ou quatre heures mais peu importe.

Je regarde le ciel étoilé donc obligatoirement je pense à Céleste. Je me demande si tu as les cheveux aussi blonds que dans mes souvenirs et les yeux verts incroyables que tu as. Je me demande quel est ton caractère, comment tu vas ? Des tas de questions qui sont sans réponse depuis des années. Des tas de questions auxquelles les réponses seront sans doute oubliées avec le temps. Jasper m'avait dit que retrouver un bébé était compliqué mais pas impossible. Il m'a dit dit que grâce aux informations et descriptions que j'ai, retrouver une trace dans les archives était possible. Alors j'ai une vie maintenant, j'ai une famille aimante, un copain incroyable et un parcours scolaire qui commence bien. Mais Céleste me manque et j'ai besoin d'avoir de ses nouvelles, même de façon indirecte. Juste savoir quelques détails de sa vie, rien de plus pour savoir qu'elle va bien. J'ai trouvé son prénom en trois minutes, sous un ciel étoilé comme celui-ci. J'ai pensé que ce prénom était le bon, qu'il lui allait bien. Je pense à elle très souvent. Je pense qu'elle aimerait savoir l'origine de son prénom, si jamais je la retrouve et si jamais elle me pose la question.

Personne à l'horizon dans ce parc, hormis moi. Le silence peut être apaisant pour certain ou angoissant. Je déteste le silence. Mais j'ai tout de même besoin d'une source de bruit pour me sentir bien. Pas ce soir, je me sens bien dans cet environnement de nature qui coupe avec le bruit constant de la ville. Personne ne peut s'apercevoir de ma présence dans les environs.

Le vent se met à se lever un peu. Il m'intrigue aussi. Il souffle dans les feuilles. Cela crée un son particulier. Idéal pour commencer un bon thriller ou un film angoissant. Mais dans les deux, c'est moi la créature dangereuse de l'histoire. J'aime bien venir dans les environs chasser, marcher en plein jour car je me sens comme tout le monde et je peux apprécier le fait de sortir de chez moi, sans forcément que les gens n'aient peur. Je déteste ce ressenti.

Un son étrange attire mon attention et une odeur, une odeur que je connais puisqu'il s'agit de sang. Âcre et forte à la fois, je soupçonne une odeur de sang humain mais je ne veux pas m'en convaincre, pas même me faire à l'idée. Je n'ai pas senti cette odeur depuis des lustres. Un autre vampire que moi rôde dans les parages. Soit il s'agit d'un vampire nouveau né qui ne contrôle pas sa consommation d'hémoglobine humaine soit il s'agit d'un chasseur expérimenté. Dans tous les cas, je ne suis pas rassurée sur ce point. Un vampire assoiffé est dangereux. L'odeur de sang flotte dans l'air. Je n'arrive pas à déterminer sa provenance car elle semble venir de partout à la fois. Je suis confuse. J'ai l'impression de ressentir des milliers de messages subliminaux.

Une paire d'yeux verts que je reconnaitrais entre mille me frappe de plein fouet, comme une gifle qui nous marque le visage. Une vague de souvenirs remontant des années en arrière refait surface. À quelques mètres devant moi, une paire d'yeux verts incroyables que je n'aurai jamais pensé revoir de sitôt. Une sensation de chaleur envahie mon corps. Tant d'années se sont écoulées et la revoir était inespérée. Si j'avais eu des nouvelles de son existence, toujours des « si » qui ne vont pas changer le cours des choses mais s'il s'agit bien d'elle je veux pouvoir me présenter et me justifier sur le peu de temps où je me suis occupée de ce bébé.

« Céleste ? » murmurais-je.

Elle ne peut pas être ici, pas en pleine nuit dans Central Park. Ce n'est qu'une enfant, une adolescente je ne sais pas. Je n'ai eu aucune nouvelle durant tant d'années et elle réapparait comme par magie ? J'ai dû être victime d'une hallucination visuelle. Je suis fatiguée. Je réfléchis trop et mes pensées se sont dirigées directement vers Céleste. Elle ne peut pas, pensais-je les mains sur le visage. Ce moment tant attendu. Je commençais à me poser de réelles questions à son sujet. Retrouver Céleste fait partie de mes objectifs. Grâce à Jasper et à Carlisle, j'ai recommencé à y croire. Ils m'ont rassuré sur le fait qu'avec les informations que j'ai eu en m'occupant de Céleste, à sa description physique, la retrouver ne serait pas impossible. Ils m'ont fait entendre qu'il y avait une chance, aussi infime soit-elle.

« Tu n'as aucune idée de qui je suis ni de comment je connais ton prénom mais je peux t'expliquer ».

Je ne peux me résoudre à la perdre une nouvelle fois. Si une chance m'est donnée pour la retrouver. Je ne demande pas forcément à lui parler, juste de savoir comment va t-elle me suffit. Je n'ai besoin que du strict nécessaire. M'occuper de Céleste a été bénéfique. Bien plus que je ne le pensais. Un bébé demande de l'attention, de l'amour, des soins et j'ai réussi à lui donner toute ces choses indispensables à un être aussi adorable qu'elle. Sans elle, je serais restée une créature nocturne sans affects, sans cœur et condamnée à fuir toute mon existence.

Ça ne peut pas être Céleste. Les probabilités pour que ce soit elle sont si faibles.

Rien. Pas de réponse de sa part. C'était trop beau pour être vrai. Pas de nouvelle réponse de ma part non plus, je l'ai regardée le souffle coupé. Je ne savais absolument pas quoi lui dire.

J'ai vu les yeux verts de Céleste.

Les iris verts ont disparu aussi vite qu'ils sont apparus une minute plus tôt.

Elle a déjà dû prendre la fuite. J'ai bien fait d'intervenir tiens. Quelle idée stupide de ma part. Elle ne voudra plus revenir vers moi maintenant. Je ne réalise absolument pas. Je sors mon téléphone de ma poche et compose le numéro de la première personne à laquelle je pense. La personne décroche au bout de deux sonneries, une chance.

« Alice »murmurais-je. « J'ai retrouvé Céleste ».

En prononçant son prénom, les larmes me montent aux yeux. Impossible de ne pas retenir mes sanglots. J'ai attendu ce moment depuis tant d'années. Ses prunelles vertes ont brillé dans le noir. Je les aient vu grâce à l'éclairage public du parc et à ma vision infaillible. Tous les souvenirs de Céleste me sont revenus en mémoire. Le passé m'a rattrapé. Et les répercussions font mal. L'idée de revoir Céleste n'était pas prévu avant quelques temps, combien je ne sais pas du tout. Le temps de faire mes recherches et encore, si elle avait survécu à sa pneumonie. Les chances de survies sont faibles. Elle a eu accès à des soins. Au cas contraire, les choses auraient été dramatiques.

« Comment ? »s'exclame ma sœur.

« J'ai reconnu ses yeux verts »dis-je sans hésiter une seconde.

« Je n'ai eu aucune vision la concernant ».

« J'ai retrouvé Céleste » répétais-je les larmes aux yeux.

« Tu veux que je prenne un avion pour New-York ? ».

« Il faut que j'en sois sûre, tu ne vas pas te déplacer pour rien et si c'était une hallucination ? »dis-je.

« Je... Tu paniques. Respire une seconde ».

Je fais ce qu'elle me dit, éloigne le téléphone une seconde de mon oreille et reprend le fil de la conversation.

« Je te rappelle plus tard » dis-je en raccrochant.

S'il s'agit bien de Céleste, je dois en avoir le cœur net moi-même. Il faut que je sache si ces yeux verts lui appartiennent. Je ne peux pas me permettre de me tromper. Il se peut qu'un autre vampire traine dans les rues new-yorkaises sans que je m'en aperçoive. Il est probable que ce vampire m'espionne de temps en temps. Discuter avec Alice ne m'a pas apaisé pour autant. Seulement, j'aurai aimé qu'elle soit présente, qu'elle me confirme ma vision et qu'elle me prenne dans ses bras.

Il n'y a pas de traces de Céleste dans les parages. Ce vampire a pris la fuite et je n'ai aucune idée de comment envisager la création d'un contact. En avoir la certitude m'aiderait.

Je ne me vois pas non plus arpenter tout Central Park cette nuit, pas seule. Je ne veux pas prendre de risques, si un vampire dangereux traine dans les parages, je refuse de finir entre ses crocs, même si je peux me défendre. Ma curiosité me pousse à explorer les environs mais ma raison le refuse. S'il s'agit bien de Céleste, je reviendrais demain soir et les soirs suivants pour tenter une approche, peu importe le temps que ça prendra. retrouver Céleste fait partie de mes projets depuis un moment et je ne peux me résoudre à ranger celui-ci maintenant que j'ai vu des prunelles vertes qui pourraient lui appartenir. Il a fallut que le destin se mêle de cette histoire. Ni elle ni moi avons la moindre information concernant l'une comme l'autre. Mon cœur me dicte de suivre mon intuition.

Alors je quitte Central Park avec le regret de ne pas avoir été avenante envers Céleste donc c'est un peu troublant. On verra demain. Je m'avance dans les rues new-yorkaises et aperçois mon immeuble. L'idée de franchir la porte d'entrée sans elle à mes côtés ne me satisfait pas. J'espère la voir demain ou au moins dans la semaine. Si c'est possible bien entendu.
Je monte les escaliers jusqu'au troisième étage, ouvre la porte d'entrée de mon appartement. J'ai pas encore l'idée de laisser la clé enfoncée mais me résou. Céleste m'a sans doute oublié. Elle ne me connait absolument pas. Espérer un quelconque contact est inespéré. De plus, je l'ai quittée en la regardant souffrir sans pouvoir l'aider moi-même. Elle a eu un traitement pour sa pneumonie. Résultat, je suis en train d'espérer un contact, si les yeux verts que j'ai vu sont les siens. Elle ne me croira jamais.

J'enlève mon manteaux et mes chaussures que je laisse près de la porte. J'ouvre le robinet pour me préparer un thé. C'est une sorte de réflexe que je perpétue parce que toutes les couturières en prennent un à chaque pause. Étonnant pour un vampire de boire autre chose que de l'hémoglobine je suis d'accord mais il faut bien que je me fasse une place dans ce monde. Je verse l'eau chaude et le sachet de thé dans ma tasse fumante. La chaleur émise réchauffe mes doigts froids.


Salut !

J'expérimente les dialogues en caractère gras, pour un confort de lecture et j'avoue que c'est intéressant. En attendant, pas mal de chapitres vont suivre et c'est bon signe, mon imagination est au top.

Merci encore de me lire ! Bonne lecture ;)