Posté le : 3 Décembre 2012. Dans une semaine, avant-première de Bilbo The Hobbit à Paris avec des amis rencontrés sur le site. o/
Note : Plus que quatre chapitres, mes agneaux. Celui-ci se concentre davantage – comme promis – sur la fin de la Fashion Week thaïlandaise (et il est plus long que les autres, youpi-ha). J'ai beaucoup aimé l'imaginer et le rédiger. Sinon, le prochain chapitre sera plutôt axé sur le POV de Harry. Je sais que le chapitre précédent de par sa narration a surpris ou déçu des lecteurs, mais je ne le voyais pas autrement. Je voulais absolument traduire l'ambiance des défilés et une partie du procédé de création, mais aussi adopter un ton neutre après le trop-plein d'émotions des chapitres précédents.
J'ai pris énormément de plaisir à écrire sur Narin, Usa et désormais Piam J et j'aurais aimé continuer l'aventure avec eux même si je me dois de les laisser à la fin de ce chapitre. Peut-être en ferai-je référence dans un chapitre ou un autre... Qui sait ? Dans tous les cas, nous sommes vraiment dans la dernière ligne droite. Plus que quatre petits chapitres et on se sépare. J'espère que vous ne vous êtes pas lassé de cette aventure et des tribulations de nos deux héros. Je me suis quand même pas mal attachée à eux, à leurs rêves et paroles. Et merci à Elodie pour la correction efficace et rapide de ce chapitre.
Oh et sinon je suis déçue sur une chose : ça concerne les retours de cette histoire. Je peux compter mes commentaires par chapitre sur les doigts de la main et je trouve que lorsque je compare aux statistiques (233 lecteurs rien que pour le dernier chapitre et 3 reviews, je veux manger mes propres dents) et surtout à l'énergie et la passion que je mets dans cette histoire, ça mine le morale. Bon, d'accord j'écris pour le plaisir. Mais à la base cette histoire était personnelle et j'ai finalement décidé de la partager. En définitive, je ne sais pas si cela a changé quelque chose de l'avoir fait... J'aurais imaginé que vu que la fin approchait, j'aurais eu plus de commentaires, mais non : j'atteins des profondeurs abyssales.
De toue façon, c'est toujours la même rengaine et on me croit jamais lorsque je dis que un pourcent voir moins de mon lectorat prenait la peine de me laisser un petit mot. Je pense aussi que la plupart des personnes ne mesurent pas l'impact (qu'il soit positif ou non) que cela peut avoir. Je sais que ça ne changera en rien vos habitudes et que si ça se trouve vous ne lirez même pas cette note parce qu'elle est trop longue et vu qu'on appartient à une génération « fast and furious » vous vous serez déjà précipitez sur le chapitre en ligne, but bref, j'aime me complaire dans l'idée que vous êtes un lectorat majoritairement respectueux et qu'en fait non, je n'ai jamais eu 233 lecteurs pour le chapitre précédent, que j'ai juste halluciné et qu'en réalité j'ai eu juste trois lectrices donc trois reviews. Le monde est plus beau vu ainsi. Et puis, je relativise : je suis quand même gâtée par vos jolis mots. Je ne sais pas quand j'écrirai le prochain chapitre même si je suis inspirée. D. Would.
(1) extrait de mon drabble « Futuresex Lovesound »
(2) extrait de ROCKRITIC, préquelle partie II, Les Princes des Villes.
(3) extrait de ROCKRITIC II, mais je l'ai modifié en plusieurs endroits.
Piste de lecture : 01. Linger – The Cranberries. 02. Bel Air – Lana del Rey. 03. Futuresex Lovesound – Justin Timberlake. 04. Lovestruck – Duffy. 05. Madness - Muse. 06. Between the Cheats – Amy Winehouse. 07. You better stop before – Debbie Gibson. 08. Jump – Rihanna. 09. Stay – Rihanna feat Mikky Ekko.
Bangkok (suite)
. . . . . Chapitre 20 : De l'érotisme
« Il en est ainsi depuis que je suis toute petite, j'ai toujours fait cavalier seul, toujours été solitaire (...). Je rêvais de faire partie d'une communauté d'esprits, j'ai longtemps cherché des gens. Mais j'étais ostracisée à l'école. Ces amis que je cherchais, je ne les ai trouvés qu'avec l'âge, récemment…»
Lana del Rey
Piam J nous accueille dans une large salle circulaire au dôme en verre.
Des ouvriers s'activent le plus silencieusement possible pour finir les derniers travaux sans déranger les répétitions de dernière minute. Sur le podium, un trio de mannequins espagnoles croisées au Grand Hôtel Cesti s'essaie à une petite chorégraphie millimétrée. Leur coach semble intraitable et les retient jusqu'à ce qu'une de ses protégées tourne de l'œil, à force d'effort et de la chaleur caniculaire.
Je m'évente le visage alors qu'Eduardo salue Piam sans même enlever ses lunettes de soleil. Piam J est une plantureuse jeune femme : ses courbes sont savamment dessinées et sont soulignées par sa jupe tulipe bloody orange. Le visage de Piam semble chaleureux, contrairement à son assistante, la redoutable Usa.
Celle-ci nous toise et serre la main d'Eduardo du bout des doigts. Elle place soigneusement une mèche derrière son oreille. Piam, elle, avait pris le risque de couper ses cheveux très courts et ça lui va admirablement bien. Pourtant, je ne peux m'empêcher de trouver sa mâchoire légèrement anguleuse pour une femme. Nous nous asseyons tout autour d'elles, en fonction des places disponibles.
Piam laisse planer un petit silence et nous observe avec un sourire éclatant, qui deviendra sûrement légendaire. Voir la personne pour laquelle je travaille me rassure, davantage encore lorsque je la vois si prompte aux échanges et à la complicité.
Je vois à travers son regard noisette que d'avoir ses poupées devant elle l'enchante au plus haut point. Elle passe une main sous son menton, sourit agréablement à Blaise et dit dans un anglais presque parfait :
– Bonjour à toutes et à tous, je suis Piam J, la créatrice. Si vous êtes ici, c'est parce que vos prestations sur les derniers défilés m'ont séduite. Vous avez chacun un petit quelque chose que j'ai eu envie d'exacerber au travers de ma dernière collection. Je la voulais fraîche, spontanée, jeune, lumineuse et florale... Mais Narin a sans doute dû vous en toucher quelques mots.
– Oui, il nous en a vaguement parlé, émit Eduardo en fouillant dans son sac.
Aussitôt, je remarque que Usa griffonne quelque chose sur sa tablette tactile et au fond de moi, je sais que Narin aura des comptes à rendre d'ici quelques heures. Je soupire. Eduardo devrait apprendre à fermer sa grande gueule. Et puis, il a l'air terriblement patient, ce Narin. Je l'aime bien. Contrairement à cette Usa, qui m'analyse de haut en bas depuis un très long moment, ce qui me met incroyablement mal à l'aise.
– Vous avez vu les créations sans savoir qui porterait quoi. Venez, je vais vous montrer. Vous allez essayer et me dire ce que vous en pensez.
J'échange un regard incrédule avec Blaise : c'est bien la première fois qu'une créatrice nous demande notre avis.
– Alors, voyons voir... Il y a vos noms inscrits sur les diverses étiquettes. Mmh, Willerma voici ta robe. Je vais te laisser avec des aides pour te vêtir.
Piam J connaît nos visages et l'exactitude de nos mensurations. Dès qu'elle nous voit dans nos vêtements, elle nous complimente, nous interroge et ses yeux brillent de mille feux. Piam est faite pour ce métier et s'épanouit dedans.
Nous devons nous presser au bout de deux heures, puisque la délégation italienne débarque pour leurs propres répétitions de dernière minute avec les créations. J'enlève délicatement ma chemise et la rends à l'aide qui l'enveloppe dans une blouse de protection. Blaise est déjà entièrement rhabillé et m'attend, les mains dans les poches de son jean.
Nous ne nous sommes pas beaucoup parlé depuis nos retrouvailles à l'Aéroport d' Orly. J'avoue avoir été surpris de le voir dans la délégation pour la Fashion-week thaïlandaise. Je ne l'avais pas oublié. Non. Je pensais juste qu'il serait resté encore un long moment à la Barbade.
Dans l'avion, nous nous étions raconté nos frasques des derniers mois. Il m'avait dit qu'il posait toujours pour l'école des Beaux-Arts de Paris et qu'il avait déménagé. Il ne croyait toujours pas en l'amour et se demandait comment je faisais.
De mon côté, j'étais resté excessivement évasif. Il sait juste ce qu'il avait besoin de savoir : que Harry et moi nous sommes momentanément séparés et que, par voie de conséquence, je pouvais à nouveau coucher avec lui sans me morfondre sur les retombées. Blaise avait alors souri et prononcé un « C'est cool » avant de tourner la tête vers le hublot.
Maintenant qu'il sait ça, j'ai l'impression que Blaise attend avec impatience le moment où l'on se retrouvera en tête à tête. Il ne le dit pas, mais le fait sentir. Et moi aussi, j'ai envie qu'on soit seuls dans l'une des nombreuses chambres du Grand Hôtel Cesti.
Alors quand la nuit tombe dans le majestueux salon de notre suite et que je le vois assis sur un grand fauteuil, je m'approche et pose mes mains sur ses paupières.
– Alors, il s'est passé quoi avec Dov ? murmure Blaise, comme s'il craignait de briser la tranquillité du moment.
Il m'invite à m'assoir en face de lui et je réponds doucement :
– Je ne sais toujours pas ce qui lui est passé par la tête pour qu'il vienne jusqu'ici. Il se torture. Encore, si c'était juste pour baiser, je peux comprendre. Tout le monde aime baiser.
Blaise sourit.
– La baise, y'a que ça de vrai, appuie-t-il en plaçant ses bras derrière sa nuque. Tu as déjà tiré ton coup depuis que Potter t'a largué ? Enfin, t'ai mis sur la touche... parce que je te vois bouillir de l'intérieur au mot « largué ». J'ai tort ?
– J'ai juste pas envie que tout le monde le sache.
Ses yeux mazout crient de muettes coquineries. Il me dévisage et me jauge, guettant la moindre de mes réactions. En réponse à cela, je tâte mentalement chaque partie de son corps. Mon regard s'arrête une fraction de seconde sur son entrejambe et je le détourne, blasé que Blaise ne puisse point me baiser. (1)
Mais peut-être que si. Peut-être qu'il pourrait bien me baiser... Il me tend une clope alors qu'elles me donnent des brûlures d'estomac. Je fume et je sais pas pourquoi. J'ai pas besoin de fumer : ça ne m'apporte ni satisfaction ni soulagement.
Aimer les cigarettes, c'est comme aimer Harry. Aucun des deux ne semble nécessaire, mais je les pompe inlassablement, jusqu'à en extraire l'intrinsèque substance. Le Zippo s'approche du rouleau de tabac et un point rougeâtre annonce le début de mes irritations à la gorge. Pourquoi je fume ? Ah oui, parce qu'on me donne des clopes.
– Tu la trouves comment Piam J ? demande Blaise en exhalant un nuage de fumée.
– Très douce, et passionnée. Elle... J'sais pas... Je me sens bien quand elle est là.
– Tu vas virer ta cuti ?
– Quand même pas, je ris. Mais Piam est très belle.
Un sourire s'étire sur les lèvres de Blaise, laissant découvrir de magnifiques dents blanches.
– C'est un putain de trans ta Piam.
– Ah bon ?
– Ouais, sacrément bien faite, mais y'a quelques signes qui ne trompent pas. Mais c'est vrai : elle est belle et douce. Je me la taperai bien.
– J'crois que t'as un ticket avec elle.
– Tu crois ?
J'acquiesce et me tourne vers la baie vitrée. Bangkok fourmille et inonde de lumière notre salon toujours plongé dans l'obscurité. Je m'approche de Blaise et me blottis dans ses bras sur le sofa.
– J'aimerais bien faire comme toi, me trouver quelqu'un et me poser...
Je le regarde étrangement puis il éclate de rire.
– J'rigolais. Je me vois pas posé avec qui que ce soit...
– Il te faudrait quelqu'un de taré et qui te tienne par la queue, je dis tout à coup pensif.
On rit un instant, ne remarquant même pas l'arrivée d'Eduardo qui file directement dans sa chambre. Son intrusion me rappelle brusquement que nous ne sommes pas chez nous. En ce moment, je peine à trouver ma place. Blaise continue de fumer tranquillement et conserve le silence.
– Tu sais, au début, j'ai fait du mannequinat juste pour revoir Harry. J'm'en foutais des défilés, des fringues et de la thune... Je voulais simplement le revoir et qu'il me remarque pour autre chose que... ce gamin rencontré sur la jetée. C'était vraiment stupide de ma part.
Je me masse les tempes. C'est toujours la migraine en prévision dès que je pense à lui.
– Il te manque, hein ? devine Blaise.
J'acquiesce, sans trop savoir quoi ajouter. Virna – l'une des mannequins de notre groupe – sort de sa chambre avec une adorable robe lilas et un sac en perles. Elle nous souhaite bonne nuit et ferme doucement la porte derrière elle.
Son parfum nous effleure un moment avant de s'évaporer aussitôt, s'imprégnant dans les mailles de tissu microscopiques des coussins. J'en serre un contre moi et en place un autre juste sous mon cou et ferme les yeux. Je me laisse emporter et j'ai tout à coup l'odeur de l'embrun de la mer, de l'eau tout autour de moi, et de lui... lui avec son appareil photo.
Je rouvre mes paupières et inspire profondément. L'air est toujours aussi sucré depuis le passage de Virna. Pourtant, j'aurais donné cher pour que la fragrance soit remplacée par le sel de l'océan.Don't be afraid of me... Don't be ashamed..., je fredonne.
La soie du coussin me rappelle les fines membranes en ébullition près des rivages. Je passe mes paumes sur ma figure avec lassitude. Je sens une main presser mon épaule et j'ai tout à coup envie de chialer.
Parce que je sais que cette main secourable n'est pas celle que j'attendais. Je me laisse bercer par mes souvenirs : un ciel brillant, fait d'or en fusion, éclairait les pigments de ta peau légèrement bronzée. Tu te noyais du regard dans un tissu de vagues étiré à l'infini. Puis, tu m'as probablement vu passer sous le brise-lame. J'ai couru après les vagues et l'une d'entre elles est venue s'échouer sur moi.
Le crépitement pailleté des clichés succincts m'a aveuglé. Plus tard, j'ai appris que le soleil se levait de mon côté du lit pour se coucher du tien.
Ensemble, nous avons écumé les clubs, ridé l'eau de nos corps jeunes et vigoureux, admiré la robe ambrée du porto. Tu as apprivoisé mon intrépidité. J'ai mis en exergue tes sentiments. Dans ton ventre sommeille depuis longtemps une bête folle, prête à bondir au moindre remous...
Peut-être était-ce une erreur de s'être arrêté. Peut-être que nous n'aurions jamais dû nous rencontrer. Pourtant, tout est là, écrit. Cette histoire doit sans doute vouloir dire quelque chose. Elle débute par un naufrage entre deux hommes – toi et moi – sur le même radeau à la dérive. Elle se consume aussi rapidement qu'une cigarette. Envolée. En cendre. Une romance avortée, tuée dans l'œuf. But loving you forever can't be wrong.
J'écrase ma clope dans le cendrier, les yeux dans le vague. Quand je pense à Harry, je me souviens de nos longues discussions, allongés l'un près de l'autre, de ces moments où il me laissait entrevoir des fragments de son enfance, de la façon dont il m'avait protégé à Prague et ailleurs. Quand je pense à lui, j'ai ce truc qui me prend et pèse si lourd. Je change subitement d'attitude. Je me sens tout drôle et je n'ai pas envie que cela cesse.
Être amoureux, ça donne le mal de mer à chaque étreinte. T'as envie de vomir par-dessus bord, mais tu te retiens tout le trajet, par politesse. Et finalement, tu te dis qu'il est préférable de quitter le pont et d'admettre que... tu ne peux plus faire semblant. (2) Je ne peux plus mentir ni me mentir.
Je me souviens alors que quelques jours avant notre « break », nous nous étions rendus à une fête foraine dans le Kent le temps d'un week-end. Je n'étais jamais allé dans une fête foraine.
Il m'avait entendu le dire, un jour, à la Barbade alors que je discutais avec un habilleur. Il l'avait retenu et avait insisté pour m'y emmener. Nous avions visité un immense Manoir qui surplombait la côte. Les gens du village disaient qu'il était hanté et qu'en s'y approchant, on risquait sept ans de malheur.
Mais cette maison était à couper le souffle. Devant le portail, je me sentais infiniment petit. Je voyais la Manche s'agiter en contrebas et essayer d'abattre la demeure sans y parvenir. J'imagine qu'à l'intérieur de la maison, on devait se sentir au bout du monde. Jamais un endroit ne m'avait fait une telle impression...
Nous avions dû quitter les environs de la maisonnée pour nous rendre près de la grande roue. Je m'étais amusé comme un fou là-bas. Puis, une fois la nuit tombée, nous avions quitté la fête foraine pour nous poser sur la plage de galets.
La plupart étaient encore humides de la récente marée haute. Harry avait ramené une vieille couverture. Nous nous étions assis dessus alors qu'il prenait des photos de cet endroit commun à plusieurs autres en Angleterre. Mais moi, je n'ai jamais eu besoin de ça : tout reste gravé dans ma tête.
– S'il te manque tant que ça, tu devrais essayer de le joindre, prononce Blaise en me tirant brutalement de mes pensées. J'veux dire, la vie est trop courte pour passer à côté de fabuleuses occasions. OK, je ne suis pas le mieux placé pour parler de ça... mais je sens que ça te pèse cette histoire.
Je tente de sourire.
– Dov pense qu'il ne reviendra pas.
– Il est juste jaloux.
Blaise pose ses lèvres sur les miennes. Elles ont la saveur de la nicotine. Mes doigts s'égarent dans sa nuque et j'essaie de retrouver un morceau de Harry à travers ce baiser. Blaise le sait, mais il a l'air de s'en foutre. Il m'utilise autant que je l'utilise. Qui y a-t-il de mal à ça ? Je caresse son cou et trouve les premiers boutons de sa chemise.
Sans m'en rendre compte, je me retrouve sur lui à mordiller ses lèvres. Je ne sais pas ce qui me prend. Papa dirait que j'ai sûrement le feu au cul. Moi, je pense que c'est la frustration et les hormones qu'un homme est un irascible ogre de libido.
Mon désir gronde dans mon ventre alors que le bras de Blaise me comprime contre son torse, le regard teinté d'incertitude. Un truc me prend, me fait trembler et frissonner. Ça doit être un mélange d'excitation, de crainte, de culpabilité et de manque. Je n'arrive pas vraiment à le définir.
Dans tous les cas, des gémissements sortent de ma bouche entrouverte alors que la langue de Blaise s'applique à me faire un suçon. Il m'emmène jusque dans sa chambre en rigolant. Nous avons déjà oublié que Eduardo risque de nous entendre si ce n'est pas déjà fait. C'est sûrement de ça dont j'ai besoin : de sexe et c'est tout.
C'est la première fois que j'entre dans sa chambre. Je ne vois que le lit. Je ne sais pas dans quel sens nous nous trouvons exactement. Mon bassin vient à la rencontre du sien. Contact impulsif. Adam dans toute sa splendeur, vautré dans le péché originel. Contre moi, Blaise mime l'acte sexuel. Levis contre Denim.
Je frise le losing-control. Je ne sais pas où je m'accroche, mais je pousse des cris de salope. Blaise n'est pas en reste non plus. Son jean se tend comme la peau d'un tambour. Le thumpa-thumpa du plaisir, déferlant dans cette muqueuse gorgée de sang. Une pulsation lui répond avec la même ardeur. Dureté contre dureté. Libidineux tandem.
Peut-être bien que c'est juste physique, que c'est de l'énergie cinétique, qu'il a un sex-appeal magnétique, que je ne vois que des couleurs psychédéliques, que le réveil sera électrique, mais je m'en fous. Peu importe. L'important c'est l'instant, de réaliser tout doucement que ce qu'on vit est bel et bien réel, qu'il y aura des conséquences voulues ou impromptues.
J'ouvre les yeux sans savoir d'où me vient cette force. Je dois puiser en moi pour m'empêcher d'émettre un son admiratif. Blaise est à en couper le souffle, sauvage. L'extase est au bord de mes lèvres.
Mes doigts s'emmêlent dans ses cheveux et je raffermis la prise. Il me dévore la bouche avec cette même précipitation, cet agacement normalement dû à la jeunesse. Je souris. Et il me mord. Cruel. Adorable perfidie.
Je n'ai jamais ressenti quelque chose d'aussi fort à un stade si peu avancé de l'acte sexuel. Sa main est prise de spasmes quasi imperceptibles. Un émoi sans pareil le secoue. Je me demande ce que je fous ici. Pourquoi moi et pas quelqu'un d'autre ? Le monde ne tourne plus rond. Et je retourne Blaise. Je fais mon rodéo. La tauromachie est lancée.
Sa paume tiède se loge sur mon ventre, sous mon vêtement. Son pouce frôle mon nombril un instant avant de remonter le long de mon torse. Il me couve de son regard incendiaire. Le mien doit être tout aussi parlant. Il doit crier des « Baise-moi » contre ma volonté. Le corps parle seul. Et moi, je me tais. Je me tais de peur de confirmer le vieil adage : « Mes mots dépassent ma pensée ».
Mais ça, c'est faux. C'est se voiler la face. On dit toujours ce qu'on pense, surtout dans la spontanéité de l'instant. Cette phrase couvre juste les gens avec d'immenses guillemets. Ils se protègent, les hypocrites. Je suis franc. Si j'ai quelque chose à dire avec ma langue ou mon corps, je ne m'en prive pas. Il n'y a rien de mieux qu'une personne naturelle. Et c'est avec naturel que ma bouche se pose sur la sienne…
Je tais ses gémissements avec mes lèvres impétueuses. J'ignore à quel moment j'ai enlevé mes fringues : ses doigts habiles ont déboutonné et dézippé mon pantalon. Ma cage thoracique se soulève en une respiration erratique, comme après avoir plongé dans une eau glacée. Je me cambre lorsque la douleur me prend, là, au niveau du flanc. Mon ventre arbore une légère teinte rouge là où il a posé ses dents. Je m'humidifie les lèvres puis il fond sur moi, avide.
Je me sens comme tiré par des dizaines de ballons d'hélium tant je suis euphorique. Chaque parcelle de mon corps s'éveille, comme des milliers de sensitives exacerbées. Je m'envole, quelque part, dans les bras de ce salaud qui me retrouve tous les six mois pour me baiser en beauté. Ma main posée sur le matelas trouve celle de Blaise.
Avec impatience, il la loge au niveau de son entrejambe. Le tissu de son boxer glisse, suivant sa ligne de poils bruns. Son membre se loge dans le creux entre mon pouce et mon index et je mène la cadence. Il grogne d'impatience et donne de l'impulsion à ses mouvements.
Je l'arrête en resserrant doucement ma prise autour de son sexe. Il roule entre mes deux bagues enfoncées à mon index et mon majeur. Je crois que la sensation lui plaît, car Blaise commence à avoir des mouvements de plus en plus saccadés et imprécis. Aujourd'hui, c'est moi qui te fais danser, bébé.
Éreinté, il respire bruyamment au-dessus de moi. Il doit sans doute se faire violence afin de se contenir et ne pas venir trop tôt. Ses yeux me fixent, et pourtant, ils semblent perdus dans un endroit auquel je ne peux encore accéder. Blaise est une énigme, même dans la luxure. Il tait une insulte en se mordant la lèvre alors que j'entame de voluptueux mouvements du poignet.
Blaise ne peut s'empêcher de venir à la rencontre de mes doigts, en une vaine tentative de contrôle du rythme. J'accélère et décélère en fonction de mon sadisme surgissant des limbes. Tant pis si ça le fait débander, Moi, je m'amuse. Mes yeux rieurs sont ancrés au port des siens. Ils n'oscillent pas vers le bas. Je ne réalise pas encore ce que je tiens dans ma main. Ce qui est important c'est ce que je lui fais ressentir.
Les mains de Blaise se referment sur la couverture et il étouffe un grognement presque animal. Je provoque son appétit sexuel en cessant tout mouvement. Il me dévisage d'un air mauvais. Il plaque ses lèvres contre les miennes et je saigne un peu. Sa chaleur corporelle m'étouffe. Ici, c'est la canicule. Les non-dits transpirent. Mes maladresses suent.
Je ne sais pas ce que je fais là et où ça me mènera.
Je découvre une nouvelle facette de ma personnalité. Je me reconnais à peine, à exécuter des gestes machinaux. Une pression me guide. Un trop-plein de plaisir m'étouffe. Mon corps se cambre alors que ma main se balade de plus en plus rapidement sur son sexe. (3) Il la repousse légèrement et m'invite à me placer au-dessus de lui après avoir enfilé un préservatif.
Dire qu'il y a quelques minutes encore, je pensais à Harry. Et là, bam !, je me retrouve à califourchon sur Blaise à me faire lentement pénétrer. J'ai toujours su que les souvenirs avaient quelque chose de douloureux. Autant les rendre les plus agréables possible.
Je soupire alors que je sens son membre progresser en moi. Blaise caresse mes fesses et commence à rire alors qu'on entend Eduardo tambouriner contre la porte de la chambre pour nous demander de faire moins de bruit. Je feinte de ne rien avoir entendu et hurle des onomatopées encore plus bruyantes pour le faire rager. C'est encore mieux que prévu.
Quelques minutes plus tard, je crie de plus en plus fort sans retenue aucune. Je jouis, et lui avec moi.
Le lendemain matin, le réveil est difficile.
Je suis toujours allongé nu contre Blaise. Il dort sur le ventre et maugrée des choses dans son sommeil toutes plus invraisemblables les unes que les autres. Je me lève et pars prendre une bonne douche. En revenant dans la chambre, complètement trempé, le réveil-radio indique qu'il vient tout juste d'être six heures. J'enfile un jean tout simple et un tee-shirt à la gloire de GNR.
Je sors et referme la porte. Virna est déjà dans le couloir en train de natter sa longue chevelure blonde vénitienne. Elle dépose un léger baiser sur ma joue et ne me pose aucune question sur ma nuit avec Blaise. Après tout, elle vient juste de me voir sortir de sa piaule. Nous nous asseyons près de la baie vitrée et contemplons le réveil fracassant de la merveilleuse Bangkok.
– Pas trop stressé ? prononce Virna d'une voix douce.
– Un peu, mais ça ne sera pas mon premier défilé donc... ça m'enlève un certain poids. J'essaie de relativiser.
J'attrape avec joie la tasse de café qu'elle me tend et m'installe sur le hamac de lin blanc. Je change brusquement de sujet parce qu'étrangement, oui, je suis inquiet. J'ai peur d'être lamentable au défilé de Piam J et de discréditer l'ensemble de sa collection.
– Et sinon, tu as fait quoi hier soir ?
– Je suis allée rejoindre les autres dans un endroit vraiment renversant. Une sorte de bar dansant. Mais je regrette que Dov ne soit pas venu. C'est quelqu'un d'absolument... imprévisible et charmant.
Je fronce des sourcils.
– Quoi ? Ne me dis pas que tu n'as rien vu.
– Voir quoi ? je répète en avalant une gorgée de café.
Virna a un petit sourire et se positionne en tailleur sur un énorme pouf.
– J'aimerais bien tenter le coup... Je veux dire, avec Dov. Il est exactement le genre de mec que toutes les nanas rêvent d'avoir.
J'ai un rire nerveux et continue de boire.
– De toute façon, faudrait un exploit pour qu'il me remarque. Il a l'air complètement dans ses pensées. Il paraît que son grand-père va bientôt mourir. Le pauvre... tout le monde sait qu'il adore son grand-père. Il l'a pratiquement élevé, en même temps.
On finit notre petit-déjeuner et attendons le réveil des autres. Eduardo me lance un regard revolver et je ne peux m'empêcher de sourire. Dov finit par le rejoindre et murmure quelque chose à son oreille. Eduardo sourit et c'est la première fois depuis que je le connais qu'il semble heureux. Une heure plus tard, nous sommes déjà tous prêts pour nous rendre sur le lieu du défilé.
Narin nous attend de pied ferme et semble presque impatient de nous revoir. Il nous confie à ses coiffeuses et je me retrouve à devoir expliquer à une Thaïlandaise particulièrement têtue qu'il s'agit de ma vraie couleur de cheveux.
À mes côtés, Virna semble aux anges et une assistante s'occupe avec soin de lui faire une manucure impeccable. Depuis notre arrivée, Blaise a disparu avec deux stylistes engagées par Piam. J'ai entendu une histoire de peinture d'or. Dans une alvéole voisine, la délégation italienne débarque et je me contemple une énième fois dans le miroir et suis choqué d'apercevoir Dimeo – l'ex Milanais de Harry.
Il semble particulièrement mal à l'aise et demande constamment où se trouve telle ou telle chose. Je ne le trouve pas aussi beau que les autres mannequins ici présents. Il dégage un charme discret et a l'air d'avoir repris un peu de poids. Une bonne chose.
Dimeo semble d'abord hésitant, puis il se fraie un chemin dans l'effervescence des coulisses. Sa styliste semble être plus intéressée par d'autres jeunes hommes que lui. Je le vois s'approcher et il arbore un sourire timide.
– Je peux m'assoir ? dit-il en désignant l'autre fauteuil se trouvant à mes côtés.
– Mmh, oui. Pour le moment, il n'y a personne.
– C'est bizarre de se revoir ici. Je veux dire... Tu dois être plus surpris que moi.
– J'ai vu ton copain dans la salle tout à l'heure.
– Mon copain ?
Le premier prénom qui me vient en tête est celui de Harry. Mais ma raison me dit que ce n'est peut-être pas ça, sinon Dimeo l'aurait formulé autrement.
– Oui, ton copain... Vous étiez venu ensemble à Milan et Harry nous avait présentés. D'ailleurs, tu as de ses nouvelles ? Enfin, c'est juste que parfois... je repense à lui et ça me rend un peu triste que tout soit fini.
– Ah… Excuse-moi, mais on doit certainement m'attendre pour enfiler les créations. Bon courage pour ton passage sur scène.
– Oui, à toi aussi.
Tandis que je m'éloigne, je suis rongé par la culpabilité : en allant au Lac Majeur avec Harry, j'ai rendu ce mec cocu. Pourtant, il a l'air de l'aimer encore un peu.
Je croise Usa dans un couloir et elle me pousse pratiquement vers Piam J, qui fait les ultimes retouches sur la magnifique robe empire en mousseline de Virna. Celle-ci comporte diverses touches de vert pomme. Sa peau a été couverte d'une poudre fine qui la rend un peu plus pâle qu'à l'ordinaire et sa tête est coiffée d'une sublime tiare en or blanc.
Dans l'ordre du défilé, elle suit de près Milly qui laisse deux assistantes rajuster sa coiffure. La création parisienne sciemment accommodée par Piam semble irréelle. Elle brille de mille feux. Narin scrute l'habilleur qui s'occupe de moi. Il donne quelques indications et je me retrouve avec un jodhpur quasi transparent qui laisse apercevoir le sous-vêtement Aussie Bum d'un vert fluo. C'est Piam qui a passé un accord avec eux. Business is Business. Je porte un débardeur bleu-vert pastel et une veste grise à col Mao. Je n'ose pas me regarder dans le miroir et prie pour que l'auditoire me trouve top-tendance.
Nous nous mettons en place et attendons que Milly entre la première. Blaise nous rejoint alors qu'elle termine son tour. Enfin, j'ai eu beaucoup de mal à le reconnaître : sa peau tout entière a été recouverte de peinture d'or. Je me mords les lèvres pour ne pas rire. Il lève les yeux au ciel et il marmonne :
– Ta gueule, vraiment.
Lorsque toutes les filles sont passées, c'est à son tour et je dois avouer qu'il est prodigieux. Le rire était sans aucun doute nerveux. J'ai tout à coup envie de hurler « J'ai couché avec lui ! Deux fois en plus ! ». Blaise finit par revenir une minute plus tard. J'ai envie de me ronger les ongles et réprime cette pulsion.
C'est bientôt à moi de rentrer sur scène. Je suis le dernier. Les autres me rejoignent à la fin, suivis de Piam J. Un tonnerre d'applaudissements secoue la salle tout entière, absolument féérique grâce aux bons soins de Usa.
Alors que je tente de savourer pleinement ce petit moment de gloire, enveloppé des clameurs de l'assistance, auréolé des projecteurs et du crépitement des flashs, j'aperçois dans la foule un petit garçon accompagné de sa mère, s'ennuyant ferme sur sa chaise. Quelque chose de lourd tombe sur ma poitrine. Je suis pris d'un bref mirage où l'enfant se transforme en Luz. Je hisse le cou, et inconsciemment, j'espère croiser le regard de Harry. Mais je ne vois rien de tout cela.
À la place, devant moi, une standing ovation se forme pour applaudir le fabuleux travail de Piam J qui effectue une gracieuse révérence. Elle se tourne, et à notre plus grande surprise, s'incline également devant nous. Je me joins aux applaudissements et espère du fond du cœur que Piam ne sera pas uniquement reconnue pour son talent, mais également pour son combat personnel et sa grandeur d'âme.
