Je pense qu'on sait tous qu'Alan Rickman est décédé aujourd'hui... ça m'a paru logique de poster ce chapitre ce soir, ne serait-ce que pour un tout petit peu remonter le moral. Ce chapitre est un peu triste mais tendre, j'espère qu'il vous tirera un sourire.
J'en profite pour préciser que ce mois-ci va être très, TRÈS chargé : je ne sais pas quand je posterai le prochain chapitre, qui n'est encore qu'une vague idée dans ma petite tête surchargée d'obligations, par contre je posterai bientôt la première partie d'un two-shot pour ne pas rester inactive :)
Bonne soirée !
Chapitre 20 : Le départ
Il était tard lorsque Percy eût raccompagné chez eux tous ses élèves, en cette froide nuit de 30 décembre 1976. Le dernier à être escorté jusqu'à Poudlard était Severus ; les autres retournaient dans leurs familles respectives pour profiter des derniers jours avant la reprise des cours.
Le jeune homme observa que Mr. Wistily était d'humeur songeuse. Il ignorait cependant que l'objet de sa rêverie était Sirius Black. Et heureusement, Rogue ne savait rien de leur matinée mouvementée... cette même matinée à laquelle Percy repensait non sans une certaine émotion. Quitter Sirius un peu plus tôt sur une brève poignée de mains virile l'avait ennuyé. Leurs regards s'étaient accrochés et le professeur se formula que, s'ils avaient été seuls, il l'aurait embrassé. Non : s'ils avaient été seuls, il l'aurait gardé avec lui.
Percy se gifla mentalement, mortifié de s'apercevoir à quel point les caresses de Sirius avait ébranlé sa résolution de ne pas s'abandonner à cette époque étrangère. Il devait garder à l'esprit qu'il n'appartenait pas à cette réalité. Certes, il était résigné à y demeurer et avait entrepris d'apporter son aide à l'Ordre du Phénix selon les ordres de Dumbledore, mais il devait continuer à prendre du recul, sans quoi ses décisions et son discernement s'en trouveraient altérés. Mais... le toucher de Sirius était si affolant...
Il ferma les yeux, le front plissé par l'angoisse, tandis qu'il réajustait son écharpe avec une pensée pour le suçon dans son cou.
- On arrive, signala Severus.
Mr. Wistily se redressa. Il hocha la tête et sourit à la vue du château. Ils descendirent du Magicobus puis se dirigèrent vers l'énorme portail. Argus Rusard les attendait, l'air mal aimable, ce qui n'empêcha pas Percy de le saluer joyeusement. Un léger tic retroussa d'amusement la bouche de Rogue.
- Je vous souhaite une bonne nuit et une très bonne année, jeune homme, dit l'enseignant alors que Rusard maugréait.
- Merci, lâcha Severus comme si ce mot lui piquait la langue.
Après une brève hésitation, il prit sur lui et jeta :
- Bonne année à vous aussi, monsieur.
Le sourire amical de Percy fut de trop et Rogue se hâta de suivre le concierge à l'intérieur du château, faisant mine de ne pas entendre le petit rire de son professeur. Ce dernier le regarda s'éloigner et disparaître, pensif. Est-ce que ça allait changer quelque chose ? Forcer James et Severus à se tolérer allait-il donner du fil à retordre à l'impitoyable faucheuse, ainsi que le présageait Dumbledore ? Nul n'aurait su le dire, mais Percy était certain qu'il ne laisserait jamais un autre drame se produire sous son nez.
C'est sur cette pensée qu'il marcha d'un pas décidé jusqu'à Prés-au-Lard où le canapé de ses frères l'attendait, sa malle lévitant paresseusement à sa suite. La neige avait presque entièrement fondu et son cheminement ne s'en trouva qu'écourté. Le clocher sonna vingt-deux heures. Nombreuses étaient les maisons encore éclairées et une agitation festive régnait aux Trois Balais.
Percy ne s'étonna pas de trouver les jumeaux réveillés en arrivant à leur appartement. Cependant, il fronça les sourcils en notant qu'ils portaient leurs capes de voyage et qu'ils patientaient dans le salon, entourés de valises visiblement débordantes de leurs affaires.
- Salut, Perce ! dirent-ils d'une même voix.
- Bonsoir... répondit l'intéressé avec lenteur.
Il ne savait pas ce qu'il appréhendait le plus, entre l'air sombre de Fred et le sourire forcé de George.
- Vous partez en vacances ?
Les jumeaux échangèrent un regard. Fred fut le premier à se lancer :
- On peut dire ça. De longues vacances...
- ... loin d'ici... poursuivit George.
- ... dont on ne peut rien te dire.
Percy les fixait avec stupeur. Sa malle cessa soudainement de léviter et tomba sur le plancher avec un bruit sourd, après quoi il prit place tout aussi lourdement sur le canapé. Il dévisagea ses deux frères à tour de rôle dans l'attente d'une explication, pourtant conscient qu'aucune ne le satisferait.
- Décision de Dumbledore, reprit George avec précaution. Notre présence entraîne trop de risques et il semblerait que les services secrets du Ministère nous ont à l'œil.
- Deux jumeaux sortis de nulle-part qui ouvrent une boutique de farces et attrapes aux influences moldues feraient davantage de bruit que l'apparition d'un professeur effacé, d'après Dumbledore.
Fred avait dit cela en levant les yeux au ciel mais l'argument était valable – et il le savait lui aussi. Percy conserva un visage fermé tout en écoutant ses frères parler.
- Nous allons donc disparaître quelques temps, conclut George. Il vaut mieux que papa et maman ne fassent jamais notre connaissance...
- ... et plus nous serons loin, mieux ça vaudra.
- Pardon, souffla Percy.
Les jumeaux le contemplèrent avec la même expression hébétée, ce qui ne fit que renforcer leur ressemblance retrouvée.
- C'est de ma faute ; si l'Indicible n'avait pas été exposée aux rayons du soleil et si je n'avais pas inspiré ses vapeurs...
- On ne peut jamais prévoir ce qui aurait pu arriver, l'interrompit Fred. C'est débile de revenir sur le passé autrement que pour le corriger.
Percy se tut, convaincu qu'il était incapable de réparer cette erreur. Une fois de plus, il était le spectateur de ce que son ignorance et son imprudence avaient causé. C'était comme assister à une pièce de théâtre particulièrement mauvaise sans avoir la possibilité de quitter la salle : c'est long et rageant de se dire qu'on a payé pour voir cela.
- On y va, Georgie ?
La question de Fred venait de briser un silence bien pesant. Percy se leva puis, après une brève hésitation couplée à un élan maladroit, il finit par serrer gauchement la main du premier jumeau.
- Faites très attention à vous, compris ? dit Percy.
C'était sa manière à lui de leur faire comprendre qu'il tenait énormément à eux. Ils ne donnèrent pas l'impression d'être foncièrement réceptifs à cette démonstration de tendresse guindée, néanmoins ils tâchèrent de lui sourire. Fred quitta l'appartement le premier. Au lieu de le suivre immédiatement, George ramassa un paquet posé sur le fauteuil afin de le tendre à son frère aîné.
- Joyeux Noël, Perce.
- Merci beaucoup, bredouilla le professeur. Il ne fallait pas...
- C'est un cadeau un peu spécial. Je ne sais pas s'il va te plaire. Ouvre-le, tu comprendras.
Percy s'exécuta. Le tissu si particulier qu'il découvrit en déballant le présent le laissa sans voix. Il leva ses yeux exorbités vers George qui l'observait avec un amusement modéré.
- C'est une...
- C'est la cape d'invisibilité, opina-t-il. La relique de la mort que James a léguée à Harry.
- Comment est-elle entrée en ta possession ? Pourquoi me la donner ?
- J'avais la cape de Harry sur moi quand j'ai utilisé l'Indicible le 2 mai. Quand tu as atterri à Poudlard de 1975, tu avais tes habits sur toi, pas vrai ? Eh bien il s'est passé la même chose pour la cape. Elle est toujours en la possession de James aujourd'hui... mais cette copie existe bel et bien.
George avait le regard vague.
- Fred était plutôt réticent quand je lui ai annoncé que je voulais te la remettre avant de partir. Il faut se rendre à l'évidence : nous n'en aurons pas besoin. Nous allons nous refaire une vie à l'étranger, à l'écart. Ce n'est pas un problème puisque nous ne nous sentons pas vraiment liés à cette époque. Mais toi...
Il le regarda droit dans les yeux et Percy en eut la chair de poule.
- Tu n'as jamais eu l'air aussi vivant. C'est comme si tu avais davantage ta place ici qu'à notre époque d'origine. Et même si Fred assure que te remettre cette pure merveille est du gâchis, j'ai le sentiment que tu feras bon usage de cette cape.
Percy caressa du bout des doigts la matière extraordinaire. Avoir entre les mains cet artefact chargé d'histoire lui faisait un drôle d'effet. Il le considérait comme un petit morceau des Peverell, de James, de Harry et maintenant de George, si déterminé à sauver son jumeau. Cette cape avait été l'outil de bien des héros. Lui conférerait-elle un soupçon de leur courage ?
- Je ne crois pas au hasard, déclara George. Ce n'est pas le hasard qui t'a soufflé de venir me voir dans ma chambre alors que la potion était prête ; ce n'est pas lui qui t'a mis sur la route des Maraudeurs alors qu'ils en avaient le plus besoin ; et ce n'est pas lui qui gouverne ton cœur.
George ramassa les derniers sacs et, ayant pris une légère inspiration comme s'il se préparait à plonger, il termina sa tirade :
- Au revoir, Perce.
- On se reverra ? demanda l'aîné d'un ton presque implorant.
- Ça dépend de toi.
La porte se refermant derrière George lui fit l'impression d'une faux qui s'abattait sur ses jambes et les privait de la moindre force. Percy se laissa tomber sur le canapé pour la seconde fois de la soirée et n'en bougea plus, tentant de réaliser qu'il venait de faire ses adieux à ses petits frères. Cela avait été à la fois si dur et si simple.
Percy passa une bonne partie de la nuit à veiller, assis dans le sofa, encerclé par des pensées décousues qui ne lui laissaient guère de répit. Il s'assoupit à l'aube mais un rêve déplaisant le tira très vite du sommeil, aussi il décida de tromper sa lassitude en s'activant. Après avoir profité d'une douche bouillante, il vida pour la première fois entièrement sa valise et remarqua qu'elle était bien plus remplie que quelques mois plus tôt ; cela tenait en grande partie aux cadeaux qu'il avait reçus à son anniversaire, lesquels terminèrent éparpillés dans le salon. Le dragon en peluche de Charlie trouva sa place sur le fauteuil. Percy ne pouvait se résoudre à dormir dans l'un des lits des jumeaux, néanmoins il entreposa ses quelques vêtements dans l'armoire désormais déserte avec le désir de combler ce vide qu'il détestait.
Par la suite, le professeur fit un peu de ménage dans l'appartement – la propreté n'était toujours pas devenue une préoccupation primordiale pour Fred et George, à en juger l'effrayante couche de poussière qui recouvrait certains meubles.
Fred et George...
Il se figea, baguette à la main, la figure marquée par la tristesse. Il n'avait strictement aucune idée de l'endroit où les Weasley les plus infernaux se trouvaient. C'était également une première. Il trouva la perspective épouvantable et, perdu dans ses élucubrations, il sursauta en entendant un hibou toquer contre sa fenêtre. Percy se hâta d'aller lui ouvrir avec l'espoir fou que les jumeaux lui apprenaient dans une lettre qu'ils étaient en sécurité. Néanmoins, l'oiseau inconnu lui apportait l'invitation qu'il avait totalement occultée en plus de vingt-quatre heures.
Cher Mr. Wistily,
Nous espérons que vous avez fait bon voyage jusqu'en Écosse et que la sortie scolaire vous a satisfait. Comme convenu, nous vous invitons à vous joindre à nous pour Nouvel An, à l'adresse ci-dessous.
Le reste de la missive contenait quelques informations que Percy classa dans un coin de sa tête – adresse, horaires – ainsi que la signature de « Franck et Alice Londubat ». Il paria avec un sourire qu'Alice avait insisté pour qu'ils ajoutent le nom de famille commun sur les invitations, quand bien même chaque invité sût pertinemment de quels Franck et Alice il s'agissait.
Il gratifia le messager d'une caresse et alla s'armer d'une plume afin de rédiger une réponse affirmative pompeuse à souhait. Une fois le hibou reparti avec sa lettre, Percy attaqua son petit-déjeuner avec un enthousiasme insoupçonné.
Quelques heures plus tard, l'appartement de Franck et Alice avait été transformé en un genre de curieux quartier général pour un premier Ordre du Phénix. Néanmoins, l'ambiance était légère et joyeuse, n'en déplaise à Alastor Maugrey qui affichait ostensiblement sa désapprobation quant à livrer de telles festivités en des temps si troubles.
James et Sirius avaient renoncé à lui faire la conversation, même s'ils nourrissaient pour l'Auror d'une trentaine d'années une admiration un tantinet obsessionnelle. Ils avaient fini par s'asseoir avec Remus et Peter, ainsi que Hagrid et Andromeda. Hagrid s'était toujours mieux entendu avec les personnes plus jeunes, et Andromeda se sentait naturellement d'autant plus liée à Sirius qu'ils avaient tous les deux été reniés par la famille Black.
- Dora, arrête un peu d'ennuyer Alastor ! lança la nouvelle Mrs. Tonks.
La fillette de trois ans aux cheveux roses s'obstinait en effet à escalader Maugrey qui, assis un peu à l'écart, gardait les bras croisés et zieutait la môme d'un air bourru.
- Où est Ted ? demanda soudain James.
- Il est parti avec Fabian et Gideon. Je crois qu'ils veulent lui montrer les feux d'artifice.
Sirius ne suivait plus la discussion depuis un moment déjà, l'esprit ailleurs, quand Remus se pencha vers lui :
- Tu crois qu'il va venir ?
- J'en sais rien, soupira Patmol. J'espère.
Il voulait croire qu'il aurait à nouveau l'occasion de voir Ailazur avant la rentrée, ne sachant que trop bien que le professeur risquait de le snober à l'école. Après tout, Sirius lui avait fait la promesse de cesser de l'importuner dès le premier jour de l'année 1977.
L'arrivée bruyante d'une tribu de rouquins l'arracha à sa méditation pessimiste ; même si le rouquin qu'il attendait ne daignait pas se montrer, il avait grandement apprécié de rencontrer la famille Weasley. Ni Arthur, ni Molly, ni les enfants ne l'avaient oublié et ils le saluèrent chaudement – en particulier Bill, qui avait trouvé en Sirius un partenaire de jeux idiots lorsqu'ils s'étaient vus à Ste. Mangouste.
Sirius ne put s'empêcher de loucher sur le nourrisson qui portait le nom de Perceval, plus communément appelé « Percy ». Il trouvait toujours cette histoire d'Indicible étonnante.
- Il est mignon, hein ? dit Arthur avec l'innocence d'un père qui ignorait que Sirius avait plus ou moins couché avec un autre Perceval Weasley, la veille.
L'animagus ne put que hocher la tête avec un sourire crispé.
Les invités qui ne s'étaient jamais vus firent la connaissance des uns et des autres mais, dans l'ensemble, la majorité des individus présents s'étaient rencontrés par le passé, que ce soit par l'intermédiaire de Franck et Alice, de la Maison Gryffondor ou de l'Ordre du Phoenix. Et pourtant, personne ne pipa mot au sujet de l'organisation secrète, quoiqu'elle ne constituât plus un réel secret pour personne dans cet appartement.
La sonnette retentit et Sirius bondit sur ses pieds, le cœur battant. De ce qu'il en savait, seul Percy ne s'était pas encore montré. Remus lui tira la manche pour le faire se rasseoir, un sourire goguenard accroché aux lèvres.
- J'y vais ! annonça Fabian.
L'homme qui se faisait appeler Mr. Wistily se figea lorsque la porte s'ouvrit sur le visage d'un Weasley pur sang qu'à sa connaissance il n'avait jamais vu que sur de vieilles photographies jaunies. Percy dévisagea son oncle, reconnaissant avant toute chose dans ses traits rieurs ceux de Charlie, Fred et George. Il avait même cru l'espace d'une seconde que c'était l'un des jumeaux qui venait de lui ouvrir.
- Bonsoir ! Entrez, entrez !
- Bonsoir, articula Percy, la bouche atrocement sèche.
Il précéda Fabian dans l'appartement avant de se laisser entraîner au salon, où l'attendait le choc d'y trouver un attroupement de Sorciers dont il ne connaissait que trop bien le nom. Tandis que tout le monde le saluait, son regard affolé courait d'un visage à l'autre sans s'y attarder. Ted et Andromeda Tonks, leur fille, Fabian et Gideon Prewett, Rubeus Hagrid, Alastor Maugrey...
Une bouffée de chaleur lui monta à la tête, tandis qu'une question terrible résonnait dans son esprit : combien d'entre-eux allaient survivre ? Et la réponse à cette question acheva de lui alourdir l'estomac : trop peu.
Percy ne sut pas exactement combien de temps il était resté planté au milieu de la pièce, sans bouger. Suffisamment longtemps pour inquiéter les convives qui s'étaient mis à l'observer avec une drôle d'expression, en tout cas. Ce fut Sirius qui vint à son secours, une fois de plus.
- Et bien, monsieur ? On fait son timide ?
Le jeune Black s'était levé et approché de lui pour faire mine de le secouer. Étant donné qu'il tournait le dos aux autres, Percy fut le seul à voir son expression soucieuse. Sa présence le troubla mais l'aida curieusement à reprendre contenance.
- Bonsoir, Black. Si vous m'insupportez ce soir, je vous colle une retenue dès lundi.
Puis, se tournant vers les invités de Franck et Alice, il répondit à leurs « bonsoir » et se présenta comme si de rien n'était. Alice vint vers lui pour l'accueillir en lui faisant la bise alors que les conversations reprenaient.
- C'est génial que vous soyez venu, dit-elle gaiement.
- Vous avez trouvé facilement ? s'enquit Franck.
- Oui, mais je vous en prie : tutoyez-moi, tous les deux.
Il leur remit la bouteille de vin qu'il avait apportée et se tourna vers Arthur et Molly qui venaient également le saluer avec entrain. Percy remarqua que tous ceux à qui il fut présenté le considéraient déjà comme « l'homme qui est venu en aide à Molly quand elle accouchait de Percy » et la rumeur disait qu'il était maginécologue.
Dès cela lui fut possible, Mr. Wistily alla prendre place près des Maraudeurs ; loin de l'alarmer, leur compagnie le tranquillisait, à présent. Il s'était vraiment habitué à les côtoyer en l'espace d'une année.
- Vous portez « l'écharpe », observa James. Vous êtes conscient que Siri va m'en parler incessamment pendant des semaines ? Vous en êtes conscient, au moins ?!
- Eh mais oui ! Vous portez mon écharpe ! s'écria Sirius.
Remus se frappa le front et Peter éclata de rire. Percy, quant à lui, eut un sourire en coin. Il s'était définitivement attaché à ces têtes d'hippogriffes.
Puisque le professeur veillait à boire en quantité suffisante pour arrêter de se demander si untel allait bientôt trouver la mort à chaque visage qu'il croisait, il passa une soirée très plaisante. Et s'il avait également fait attention à ne pas finir soûl comme deux jours plus tôt, cela ne l'empêcha pas d'avoir trop chaud. Il finit donc par enlever son écharpe. Quelque chose de surprenant se produisit alors.
Cela commença avec Sirius qui ne s'éloignait jamais de lui, sans pour autant oser lui parler de ce qui lui tenait à cœur. Percy surprit son élève à inspirer plus profondément, jetant des coups d'œil autour de lui comme pour deviner l'origine de l'odeur qui l'intriguait. Son regard s'arrêta plusieurs fois sur Ailazur, qui lui-même l'étudiait avec une certaine perplexité.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- C'est vous qui dégagez cette odeur de figues et de noix ? demanda l'adolescent.
- Curieuse technique de drague, concéda Percy à mi-voix, amusé.
Sirius secoua la tête.
- Sérieusement, vous...
Il s'approcha de l'aîné afin de le humer au niveau du cou. Mr. Wistily recula vivement.
- Figues et noix, certifia Sirius.
- J'ai pris un peu de parfum dans la salle de bain de mes frères, mais je ne sens rien.
- Je ne sens que ça !
- Peut-être votre odorat s'est-il amélioré depuis que vous êtes un...
Percy murmura du bout des lèvres les mots « animagus canidé », ce qui décida Sirius à lui ramener un cervidé et un rongeur pour en avoir le cœur net. Quand il demanda à James et Peter de lui dire ce que leur professeur sentait, leurs réponses l'étonnèrent grandement :
- Depuis quand vous avez l'odeur d'Evans sur vous ? fit James en écarquillant les yeux.
- La vraie question est « Depuis quand reconnais-tu l'odeur d'Evans ? », répliqua malicieusement Lupin.
- Moi, je sens... commença Peter. C'est un peu un mélange de... de renfermé, des produits de Honeyduke, de transpiration, de cirage à balai...
Il se tut devant les mines incrédules de ses amis. Sirius éluda la description troublante de ce méli-mélo de senteurs peu ragoûtant, sans même comprendre que Queudver leur décrivait tout simplement l'odeur de leur dortoir.
- Et toi, Lunard, qu'est-ce que tu sens ?
- Chocolat.
Le mystère demeura entier et Percy se promit de ne plus jamais toucher au moindre produit qui venait de l'appartement de Fred et George. Il découvrirait plus tard que ce parfum était évidemment une invention de ses frères, grandement inspirée de l'Amortentia : chacun sentait sur Percy son odeur préférée, à condition de l'apprécier.
- Black ? Arrêtez de me renifler, c'est un ordre.
Et Sirius appréciait énormément Percy, les figues et les noix.
Peu avant minuit, il fut décidé d'aller dehors pour tirer les feux d'artifice moldus que Arthur et ses beaux-frères s'étaient procurés. Ce bol d'air frais fit le plus grand bien à Percy, lequel préféra se tenir un peu à l'écart du reste des invités. C'était une sorte d'invitation destinée à Sirius. Ce dernier ne tarda pas à le rejoindre et l'aîné lui sourit afin de lui signifier qu'il désirait sa présence.
- Ça va ? lui demanda-t-il en sortant un paquet de cigarettes de sa poche.
- Ça va, opina Sirius.
L'élève le regarda allumer sa cigarette avec curiosité. Il connaissait vaguement cette coutume moldue mais il était loin de se douter que Mr. Wistily était adepte.
- Je peux essayer ? Par souci d'approfondir ma connaissance des Moldus, cela va de soi.
Percy tira une longue taffe tout en le contemplant, amusé, puis il s'approcha de Sirius, attrapa sa nuque, plaqua sa bouche sur la sienne et expira. Il s'éloigna tout aussi vite de son vis-à-vis. Ce dernier était soufflé.
- Sexy, commenta-t-il.
Après un silence, il ajouta :
- En fait, j'ai été surpris, j'ai pas eu le temps de bien inhaler la fumée.
- Oui, c'est ce que je me suis dit en le faisant, pouffa Percy en lui tendant sa cigarette. Tiens.
Sirius ne fut pas convaincu de cette découverte du tabac, ce qui se traduisit par une grimace accompagné d'une légère toux.
- Dégueulasse.
- C'est très bien, rit le professeur. Ne commence jamais. Je viens de prendre la décision que cette cigarette serait la dernière de l'année.
Illustrant ses dires, il la jeta et l'écrasa sous sa chaussure. Patmol le regarda faire, pensif.
- En fait, l'amour, c'est comme la cigarette. On sait confusément que c'est nocif. Des faire-parts de mariage et autres avertissements nous sensibilisent chaque jour.
Sirius désigna Franck et Alice enlacés plusieurs mètres plus loin d'un mouvement de la tête et Percy ne put s'empêcher de glousser.
- Mais on se dit rien qu'une taffe... conclut le jeune animagus. Qu'est-ce que tu en penses ?
- Ça se tient, estima le rouquin après réflexion. J'étais parti pour une taffe.
- Et ?
- Les effets du manque se sont manifestés rapidement.
- Tu parles vraiment des cigarettes ou tu reprends ma métaphore sur l'amour ?
Les oreilles cramoisies, Ailazur lui lança un regard qui hérissa les cheveux sur sa nuque.
- À ton avis ?
Sirius allait répondre par une plaisanterie, désireux de détourner l'attention de sa gêne, mais il fut interrompu par les cris de leurs amis et connaissances :
- DIX... NEUF... HUIT... !
Ils se regardèrent. Tous les deux avaient en tête la promesse du plus jeune : passé ce jour, il cesserait de s'acharner à émietter la maigre résistance qu'offrait Percy. Restait à savoir si l'intéressé considérait qu'il demeurait la moindre trace de ladite résistance dans son propre comportement.
- SEPT... SIX... CINQ... QUATRE... !
Ils se dévoraient des yeux plus qu'autre chose, à présent. Percy s'assura que personne ne leur accordait la moindre attention, puis franchit l'espace qui les séparait afin de serrer Sirius contre lui.
- TROIS... !
Sirius agrippa de ses doigts engourdis par le froid les épaules du plus grand.
- DEUX... !
Percy pressa sa bouche contre la sienne une première fois.
- UN... !
Il recommença, tenant son visage en coupe, heureux de cueillir sur les lèvres de Sirius des baisers en forme de sourires béats.
- BONNE ANNÉE !
Presque deux heures plus tard, Percy s'écroula sur le canapé aux côtés de Sirius, le souffle court, certain qu'il n'avait jamais si bien commencé l'année de toute sa vie. Le jeune Black partageait son avis, à en juger par les soupirs ravis qu'il poussait régulièrement. Percy embrassa son torse qui se soulevait encore rapidement et fut attendri de sentir son cœur tambouriner si vite et si fort contre ses lèvres.
Sirius leva légèrement la main pour caresser ses cheveux, le corps alourdi par la bonne fatigue. Le professeur s'allongea contre lui et arrangea la couverture avant de poser sa main sur son épaule nue, la frôlant du bout des doigts. Souriant sereinement, son amant cala sa tête contre la sienne.
- Bonne nuit.
- Bonne nuit, 'Val.
Alors qu'il laissait l'alanguissement le gagner petit à petit, Percy ne songea pas une seule fois l'absence de ses frères. Il contempla plutôt son nouveau départ et imagina un instant ce que la nouvelle année lui réservait, après quoi il profita du meilleur sommeil de sa vie, blotti dans l'étreinte aimante de Sirius.
Merci d'avoir lu ! Le prochain chapitre a déjà un titre : "Mise au parfum" ^^ (Cet axe est décidément sous le signe de l'odorat...) Ah, et désolée pour le départ des jumeaux, surtout qu'ils font partie des personnages populaires de la fic ._. D'ailleurs, maintenant que le cercle des personnages s'agrandit, lesquels préférez-vous ? Est-ce que ça a changé depuis que vous avez commencé à lire ? A la prochaine, bises !
