Chapitre 21 : Soirée de Beuverie

Note de l'auteur : Je voulais informer sakura que je remercie toujours de ses commentaires réguliers que ma fic a été en réécriture parce que j'ai changé mon style. Pas besoin de la relire, j'au juste viré le mode théâtral au profit d'un monde normal.

Voici le chapitre vingt et un que je ne trouve as spécialement terrible mais qui j'espère vous remettra bien dans le bain pour cette fic. Je suis particulièrement inspirée en ce qui la concerne, alors j'espère qu'elle continuera à vous plaire.

Navrée encore pour cette attente et bonne lecture

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Dans les rues de la capitale, un groupe de sept personnes marchaient côte à côte. Si la plupart étaient relativement calmes, il y en avait deux qui sortaient du lot, ou du moins un en particulier qui semblait complètement excité. Son bras passé autour des épaules de son ami qui était légèrement plus grand que lui, il ne cessait de lui dire à quel point il était génial de tous les inviter, bien qu'au fond il soit quand même étonné que leur supérieur Hijikata soit d'accord pour découcher. Ce dernier, à la grande stupéfaction du lancier qui était venu lui faire la proposition de cette sortie, avait accepté sans la moindre once d'hésitation. La vérité était que le vice-capitaine Hijikata cherchait par tous les moyens à détendre Saito qui redoutait la venue du moment fatidique que lui avait annoncé Itô un an plus tôt. Comme ce dernier lui avait donné un sursis d'environ une année, ce délai écoulé, il craignait chaque jour de devoir quitter la milice et l'homme qu'il aimait, tant et si bien que toutes les nuits, il s'accrochait inlassablement à Hijikata, lui murmurant toujours des "Je t'aime". Le brun répondait à ses étreintes, tout à fait compréhensif de son désarroi, d'autant plus qu'il appréciait vraiment tous les efforts dont avait faits preuve Saito au cours de cette année pour surmonter ses peurs, bien qu'il en restait encore quelques séquelles. D'un attachement compulsif et étouffant à des émois débordants, sans parler de ses frayeurs incontrôlées, le jeune homme aux yeux bleus respectait à présent ses désirs d'indépendance, se montrait plus efficace que jamais en tant que capitaine de division, sans parler de son talent culinaire, sa discrétion quand à leur relation et les mots doux qui faisaient toujours fondre le démon que pouvait être Hijikata. Saito ne pleurait plus comme avant, bien que le brun se doutait qu'il devait se cacher.

La preuve même, il y a peu, Itô était venu le voir dans son bureau pour l'informer de la situation militaire du pays. L'entrevue avait duré quelques minutes, et quand l'homme fourbe était sorti de la pièce en laissant le shôji ouvert, chose que détestait Hijikata persuadé qu'il l'avait fait exprès, le vice-capitaine avait vu comme un semblant de tissu blanc s'échapper de derrière l'arbre qui se trouvait devant son bureau. En s'approchant, il constata qu'il s'agissait là de Saito qui était recroquevillé sur lui-même contre le tronc, sa tête dans ses genoux, son mince corps secoué par des sanglots. Il ne semblait d'ailleurs pas avoir remarqué sa présence tant son bouleversement était palpable. Alors quand Hijikata lui avait mis une main sur l'épaule, l'homme à la chevelure violette avait levé précipitamment son visage baigné de larmes mais s'était rapidement détendu quand il vit qu'il ne s'agissait que de l'homme qu'il aimait. Ce dernier mit une main sur sa joue puis embrassé son front avec tendresse avant de demander :

« - Que t'arrive-il ?

- I…Itô-san… Bégaya Saito secoué de sanglots. Ca y est ? Toshi…

- Chut Saito, tenta de le rassurer Hijikata en lui caressant la joue et par ce biais lui essuyant ses larmes. Non ce n'est pas ça. Itô-san est seulement venu me faire un rapport sur la situation militaire. Ne t'en fais pas. »

Hijikata avait alors deviné que Saito qui avait vu Itô entrer dans son bureau s'était imaginé le pire, le clouant sur place, alors qu'il tentait d'étouffer son désarroi en se bâillonnant la bouche. A présent rassuré, ses pleurs étaient seulement silencieux et eurent vite faits de se tarir, l'étreinte d'Hijikata aidant. Par la suite de la journée, ils ne s'étaient plus quittés, mais c'était là une proposition du vice-capitaine et non un caprice de Saito.

C'était donc bien pour cette raison qu'Hijikata cherchait à détendre son jeune compagnon. Bien que ce dernier n'est pas de nouveau sombré dans l'angoisse, même le démon qu'il était peinait à le voir lutter de la sorte pour son bien-être à lui. Car il le savait bien, si ça n'en tenait qu'à lui, Saito passerait son temps en compagnie de l'homme qu'il aimait toujours aussi passionnément, et ce malgré les mois écoulés depuis le début de leur relation.

Hijikata regarda autour de lui. Chacun était bien trop occupé pour faire attention à leur petite personne. Sanosuke lui-même ne se gênait pas pour passer son bras autour de la taille de Sôji. Le brun se rapprocha discrètement de Saito, et se collant presque à lui, il lui prit sa main fraîche et fine. Même si l'homme aux yeux bleus gardait son apparence froide, ses doigts saisirent avec vivacité ceux que lui tendait son bien-aimé, et Hijikata sourit non sans regarder encore autour de lui que personne ne faisait attention à eux. Le seul susceptible de les remarquer était Heisuke qui était juste à coté de lui. Le jeune samourai aux yeux bleus arborait un air jovial, mais ce sourire n'était que façade, car à l'heure actuelle, il était plus abattu que jamais. Le brun avait d'ailleurs trouvé cela étrange qu'il ne soit pas placé juste à coté de Chizuru dans le petit groupe qu'ils formaient ¹. Se serait-il passé quelque chose en eux ? L'expression de Chizuru ressemblant de près comme de loin à la même qu'arborait Heisuke.

Les exclamations du capitaine de la seconde division coupèrent court aux interrogations d'Hijikata. D'ailleurs, se rendant compte qu'ils déambulaient à présent dans un quartier particulièrement fréquenté, il lâcha la main de son compagnon, de même que Sanosuke avait eu le décence d'enlever son bras d'autour de la taille d'Okita :

« - Ah Sano, tu es vraiment génial, s'extasiait Shinpachi qui avait un bras autour des épaules du lancier, je n'aurais jamais cru que tu nous inviterais tous à manger.

- Shinpachi-san, tu devrais plutôt le remercier pour avoir gardé les panneaux, dit Okita.

- Bien sûr. Ah nous y voilà. L'addition est pour Sano ce soir, mangez et buvez autant que vous le pouvez jusqu'au petit matin, dit Shinpachi qui indiquait l'établissement luxueux.

- Enfoiré, maugréa Sanosuke, justement quand c'est moi qui paie.

- Sano-san, merci bien, dit Heisuke plein d'entrain, je vais boire jusqu'à ce que je ne tienne plus debout.

- Ce n'est pas comme si tout le monde pouvait boire ici, annonça alors Okita qui se rappelait que Matsumoto-sensei lui avait fortement déconseillé l'alcool.

- Ne te plains pas, tu peux également profiter de la bonne nourriture, le reprit alors Hijikata.

- C'est vrai, dit Shinpachi qui à son tour s'engouffra dans le bâtiment.

- Tu n'as pas besoin d'être aussi poli et formel ici, dit Saito à Chizuru, les seuls à être encore dehors.

- Ah oui… »

Le groupe s'installa dans une salle ornée de magnifiques décorations. Chizuru en était tellement ébahie qu'elle ne cessait de regarder dans tous les sens pour en apprécier leur charme et les incruster bien au fond de sa mémoire. De tous, ce devait bien être la seule à être autant charmée par les couleurs, de même que c'était la seule qui avait opté pour une position agenouillée alors que les autres étaient détendus au possible, assis en tailleur et même Saito qui en temps normal était toujours à genoux. Cela plut à Hijikata qui lui sourit, ce qui fit rougir le gaucher. Encore une fois, la jeune fille sentit comme une pointe de jalousie à voir les regards doux que lançaient Hijikata à Saito, mais elle ne devait pas trop s'attarder à contemplation du brun, car Heisuke était assis juste en face d'elle. Même s'il s'était montré froid et distant ces deux derniers jours, elle avait toujours des sentiments pour lui et ne voulait pas le blesser. Sen lui avait un jour dit qu'elle aimait deux hommes en même temps, et elle s'était demandée comment cela pouvait être possible, elle comprenait à présent.

Une porte s'ouvrit et une élégante geisha s'inclina devant l'assemblée, avant se de présenter. Cette fois, plus que les couleurs chatoyantes qui l'entouraient, Chizuru était ébahie par le charme que dégageait la dénommée Kimigiku. Se trouvant vraiment fade à coté d'elle, elle en venait à se demander si son apparence peu féminine pouvait être la cause de l'éloignement d'Heisuke et de l'indifférence d'Hijikata. Même si le capitaine de la huitième division lui avait mainte fois affirmé le contraire, la trouvant mignonne telle qu'elle était, les rougeurs présentes sur les joues du trio comique à la vue de la belle geisha, et même sur celles d'Heisuke, eut vite fait de la persuader de sa théorie. Mais que pouvait-elle y faire ?

Kimigiku, quand à elle, après avoir fait le tour de l'assemblée, regarda de plus près le fameux Sanosuke Harada que sa maîtresse lui avait demandée de surveiller. Encore là un caprice de jeune fille gâtée qu'était sa jeune princesse, cette dernière ayant peur que l'élu de son cœur, ou plutôt un des élus de son cœur ne courtise ou ne se fasse courtisé par des femmes en cette soirée. Chose peu probable en soi, car il était prévu que pour la soirée organisée entre ces différents membres du Shinsengumi, seule une geisha se devrait de les divertir, et non pas les charmer. Elle-même n'ayant pas d'expérience avec les hommes, elle avait soutiré quelques informations par-ci par-là, avant d'endormir celle qui aurait normalement du les amuser afin de prendre sa place. Mais pour tout dire, elle se sentait vraiment mal à l'aise au milieu de ces hommes, qui plus est particulièrement beaux, Sanosuke Harada ne faisant pas exception.

Kimigiku sentit un regard lourd se poser sur elle. Tournant la tête vers le côté opposé à Sanosuke, elle vit un samourai aux cheveux châtains plutôt courts et aux yeux verts qui la regardait d'un mauvais œil. Aurait-il découvert qu'elle était une espionne ? En tant que shinobi, elle se devait d'assurer sa mission jusqu'au bout, aussi se leva-elle et alla s'installer à coté du chef de l'assemblée, à savoir Hijikata. Le samourai aux verts cessa ses regards mauvais à son égard. A présent concentré sur le plat qu'on venait de leur servir, il commença à manger tranquillement non sans avoir souhaité un bon appétit au reste de l'assemblée. La shinobi comprenait de moins en moins, mais peu importait. Maintenant qu'elle était là, il fallait qu'elle joue le jeu, tout en espérant qu'on ne lui demande pas de jouer du shamisen ou encore de danser, deux choses auxquelles elle ne connaissait absolument rien.

Quand on eut servi les plats et l'alcool à l'ensemble des personnes, Hijikata refusa d'abord le sake proposé par la Geisha :

« - Désirez-vous que je vous serve une petit coupe, Hijikata-han ? Demanda Kimigiku.

- Euh, non merci, je ne bois pas d'alcool…

- Oh ne chipotez pas Hijikata-san, le coupa Shinpachi qui lui n'avait pas attendu pour commencer à boire. Ce soir, c'est Sano qui invite, il serait fort dommage que vous vous priviez de cette merveille. Un vrai délice, vous ne savez pas ce que vous manquez.

- Je remercie bien évidemment Harada, mais disons que…

- Hijikata-san, le coupa à son tour Okita, vous avez tout simplement peur de montrer à tout le monde et plus particulièrement à Chizuru que vous ne tenez pas l'alcool. »

L'air sournois que venait d'employer le capitaine de la première division lui valut un regard lourd de reproches d'Hijikata et des yeux remplis d'éclairs de Saito qui se trouvait juste à coté de lui. C'était déjà bien assez difficile pour le capitaine de la troisième division de voir une femme si proche de son vice-capitaine ! Il se faisait violence pour ne pas se jeter sur la geisha afin de ne pas encore décevoir l'homme qu'il aimait, mais si en plus Sôji y mettait son grain de sel à le mettre mal à l'aise et gâcher ainsi cette soirée.

Au final, Hijikata capitula et tendit sa coupe à la jeune femme. Il devait reconnaître que le sake avait effectivement très bon goût, mais arriva ce qu'il devait arriver, au bout d'à peine quelques coupes, sa tête commençait déjà à tourner, de même qu'il n'avait déjà plus les idées très claires. Pour autant, il continuait de tendre sa coupe à la geisha pour qu'elle le réserve. Au point où il en était de toute façon, valait mieux encore profiter de cette douce ivresse qui lui faisait un peu oublier le quotidien quelque peu stressant du Shinsengumi.

Quand à Heisuke, il ne porta pas la moindre attention à son plat, tout à l'inverse du sake qu'il engloutissait plus qu'il ne savourait le succulent goût. Etant petit et frêle, la tête ne tarda pas à lui tourner, de même que les rougeurs aux joues et cet air gai qu'il ressortait quand il était ivre :

« - Y a pas à dire, les sake plus chers sont différents. Il faut les boire culs sec, culs sec.

- Heisuke, tout ce que tu fais c'est boire, tu n'as pas touché à ton plat, fit remarquer Shinpachi, tu vas être complètement bourré.

- Et alors, il est où le problème ? »

Le jeune samourai n'osait pas le dire tout haut, mais le sake était pour lui comme un moyen d'oublier ses actuels soucis, dont le fait qu'il soit obligé de s'éloigner de la fille qu'il aimait afin de se garantir de sa sécurité. Le dite jeune fille était justement assise juste en face de lui. Même si elle offrait à tous ce sourire et cette gaîté qui réchauffaient le cœur, Heisuke savait qu'il la faisait souffrir.

Portant une nouvelle coupe de sake à ses lèvres, il recracha tout en même temps que Shinpachi suite à une remarque complètement déplacé d'Hijikata, les deux acolytes se fichant éperdument de la petite capacité de leur démon de supérieur face aux boissons alcoolisées. Complètement pris dans leur délires, Heisuke ne remarqua pas les regards que ne cessaient de lancer Chizuru à Hijikata, elle qui cette fois éprouvait une certaine jalousie envers la geisha actuellement si proche du vice-capitaine. Personne, hormis Okita qui était assis à coté d'elle, ne fit attention aux yeux doux que lui lançait la jeune fille, et le capitaine division qui prit note de ce qu'il venait de constater ².

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La soirée était bien avancée quand Kimigiku quitta la pièce dans laquelle se trouvaient les membres du Shinsengumi ainsi que leur petite protégée. Par rapport à cette dernière, la shinobi avait pris plaisir à la vêtir d'un gracieux kimono et d'un maquillage certes léger mais qui avait amplement suffit à éblouir les hommes présents. A croire que ces hommes ou plutôt ces fauves se jetteraient sur n'importe quelle femme un tant soit peu féminine. Mais bon, elle devait aussi reconnaître qu'elle s'était bien amusée. Fort heureusement pour elle, le fameux Sanosuke Harada avait fait le spectacle à sa place, chose qu'elle ne devrait en aucun cas rapporter à sa maîtresse sous risque de crise hystérique de l'oni pour avoir manqué une telle chose.

S'apprêtant à quitter les lieux, Kimigiku vit à travers la fenêtre deux hommes qu'elle ne connaissait que trop bien. Chikage Kazama et Kyûju Amagiri se tenaient juste en bas du bâtiment dans lequel elle et les samourai du Shinsengumi se trouvaient ³. Sachant pertinemment que l'héritier du clan Kazama cherchait à s'approprier Chizuru Yukimura pour en faire son épouse et perpétuer sa lignée, elle espéra que les deux hommes déguerpissent rapidement de la ruelle. Pour l'heure, les membres du Shinsengumi étaient bien trop éméchés et excités pour envisager rentrer à leur quartier général, ce qui leur laissait un peu de temps. Son service à elle était terminé, elle se chargerait de surveiller l'entrée de manière à ce qu'ils ne se rencontrent pas. Cela dit, la shinobi était plus que surprise, cela faisait bien un an qu'ils n'avaient plus de nouvelles de ce trio d'oni. D'ailleurs où se trouvait le troisième membre du groupe, Shiranui ?

Laissant là le kimono emprunté à la Geisha toujours endormie, elle revêtit ses vêtements habituels de shinobi dans lesquels elle se sentait beaucoup plus à l'aise et se chargea de surveiller les mouvements des deux oni. Amagiri semblait parler avec un homme qui appartenait au clan Satsuma, et après quelques négociations, lui et Kazama entrèrent dans le bâtiment juste en face de celui duquel elle venait de sortir. Juste avant qu'ils ne disparaissent de sa vue, Kimigiku qui avait les sens plus développés du fait de son entraînement remarqua que la main de Kazama vint saisir le haori noir d'Amagiri, comme s'il avait peur que ce dernier ne s'éloigne trop de lui. Chose fort étrange surtout quand on connaît le tempérament fier de l'héritier des Kazama.

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Chizuru s'était éclipsée quelques minutes le temps de remettre sa tenue habituelle, à savoir kimono rose et hakama beige, de même qu'elle s'enleva le peu de maquillage que lui avait mis Kimigiku. Avant de les retirer, Chizuru s'était admirée dans tous les sens devant le miroir. Depuis combien de temps n'avait-elle plus porté ce genre de vêtements ? Certes, Heisuke lui en avait fait essayer un le jour même où ils s'étaient avoués leur sentiments, mais aujourd'hui, elle avait été ravie de se montrer à tous sous sa vraie nature.

D'abord hésitante et intimidée, Chizuru avait finalement remercié le ciel qu'une telle opportunité lui soit donnée. Se présenter ainsi, surtout à l'homme ou plutôt aux hommes qu'elle aimait, leur montrer ce qu'elle pouvait cacher sous son déguisement masculin. Car même si elle n'en avait rien montré, la jeune fille avait été un tant soit peu vexée par la remarque d'Heisuke comme quoi la fameuse Kaoru Nagumo était très féminine à coté d'elle. Celui qu'elle avait tant aimé et qu'elle aimait encore était si froid ces derniers temps. Était-ce peut-être pour cela qu'elle commençait alors à se tourner vers Hijikata ? Cela ne faisait que quelques jours qu'Heisuke était distant, et il lui en avait clairement expliquée les causes. Sans doute devait-elle prendre son mal en patience ?

Même en s'affirmant ceci, le mal-être de Chizuru se disparaissait pas, persuadée qu'elle ne vivrait plus jamais de doux moments comme cette merveilleuse année qui venait de s'écouler. Et elle en venait à chérir de plus en plus ses brefs tête-à-tête avec Hijikata, le dernier datant de cette soirée et ayant été rapidement interrompu, chose qui une fois de plus l'avait bien déçue.

A sa grande surprise, à peine Chizuru eut-elle fait un pas dans la pièce où tous se trouvaient qu'un jeune garçon à la longue chevelure châtain se jeta sur elle. Alors qu'elle était debout, lui était à genoux, ses bras autour de sa taille et sa tâte nichée dans la ventre de la jeune fille :

« - Oh Chizuru, ma Chizuru, dit Heisuke d'un ton qui laissait fort à deviner son taux d'alcoolémie.

- Heisuke-kun… »

Le sentir contre elle, le cœur de la jeune fille se mit à battre à la chamade. Instinctivement, elle se baissa et alla l'enlacer afin d'humer sa chevelure, se maudissant intérieurement d'avoir douté de lui et d'avoir pensé un autre alors qu'il ne cherchait qu'à la protéger. Elle s'agenouilla et posa la tête du jeune samourai sur ses genoux. Ce dernier enserra le hakama de sa dulcinée dans son poing et s'endormait à présent dans cette position, à croire que le giron de Chizuru devait être le plus douillet des oreillers.

Des sifflements de la part de Shinpachi et Sanosuke se firent entendre, les deux compères étant eux-aussi bien éméchés :

« - Non mais regardez-moi ça, quel veinard cet Heisuke !

- Moi aussi je veux poser ma tête sur les genoux de Chizuru, se lamentait Shinpachi.

- Shinpachi, avertit instinctivement le vice-capitaine très soucieux de la jeune fille malgré ce qu'il voulait bien montrer.

- Moi j'ai Sôji, dit alors Sano qui commençait à se lever. »

Le lancier se mit difficilement sur ses deux jambes et avança en titubant vers le capitaine de la première division, s'apprêtant à lui tomber dessus. Ce dernier, histoire de l'embêter un peu comme il aimait le faire, décida de ne pas le retenir dans sa chute et de se décaler au dernier moment. Il n'avait seulement pas prévu que le lancier irait si vite et se laisserait complètement choir. Aussi Okita, pris de court, dut se décaler anarchiquement sur sa droite, allant presque se coller contre Saito. Ce dernier paniqua à l'instant même où Sôji entra en contact avec lui. Agissant plus par instinct, il se précipita sans réfléchir dans les bras d'Hijikata qui l'accueillit sans problème. Le vice-capitaine étant tout aussi pompette que les autres, il ne calculait pas vraiment ce qu'il se passait, d'ailleurs il était même plutôt content que son compagnon vienne se coller contre lui. La vérité était que même s'il s'était écoulé un an depuis cette malheureuse histoire et que Sôji semblait avoir depuis longtemps tourné la page, ce n'était pas vraiment le cas de Saito qui craignait toujours de se retrouver trop près du capitaine de la première division. Autant il était arrivé à surmonter ses craintes, même celle de se retrouver de nouveau en tête à tête avec Itô, autant Sôji l'effrayait encore, aussi tremblait-il dans les bras de l'homme qu'il aimait, ce qui énerva Sôji au plus haut point :

« Ne prends cet air effrayé Hajime-kun, loin de moi l'intention de te sauter dessus. »

Pour autant, Saito ne quitta pas les bras d'Hijikata, la tête dans sa poitrine afin de ne pas affronter le regard dur de Sôji. Ce dernier caressait à présent les cheveux en bataille de Sano qui se tenait la tête, en proie à de terribles céphalées. A coup sûr que le lendemain serait difficile pour chacun d'eux, et on avait fort à risquer que le vice-capitaine serait plus exécrable que jamais. Heisuke s'était déjà complètement endormi dans le giron de Chizuru qui n'osait plus bouger, ce qui laissa Shinpachi seul autour de tous ces couples. Dépité, il alla chouiner dans un coin.

Voyant que Sanosuke était lui-aussi en train de s'endormir sur ses genoux, Okita, qui était encore totalement sobre du fait qu'il n'ait pas bu, annonça qu'il serait temps de bouger tout le monde afin d'espérer rentrer au quartier général au petit matin. Cette remarque fit rire la jeune fille car le soleil était encore bien loin de se lever. Mais il était vrai qu'au vu de l'état de leurs compagnons, il serait sans doute fort difficile de rentrer. C'est donc à regret que Chizuru réveilla Heisuke confortablement installé sur elle, et soutint. Okita quant à lui aidait plus ou moins Sanosuke. Fort heureusement pour lui que le lancier savait encore marcher, car l'homme aux yeux verts aurait eu bien du mal à le porter, de même pour Shinpachi qui ne faisait pas un pas sans se tenir à quoi que ce soit. Quant à Saito, Il soutenait Hijikata qui était méconnaissable. D'habitude si calme et pudique surtout en ce qui concernait sa relation avec le capitaine de la troisième division, là il ne cessait de déposer des baisers sur la joue du gaucher, l'appelant "mon Saito" et passant tendrement ses bras autour de la taille fine de l'homme aux yeux bleus en dormant à moitié sur son épaule. Autant Saito aimait quand Hijikata le considérait, autant là il était plus que gêné qu'il soit aussi explicite devant les autres et encore plus dans la rue. Heureusement pour eux qu'à cette heure-ci, la capitale était quasiment déserte, les citoyens s'étant envolés dans le doux monde des rêves pour ne pas assister à un tel spectacle. Pourtant la clarté de la lune et les lumières s'évaporant encore des salons de thé faisaient que la bande de guerriers étaient encore parfaitement perceptibles pour ceux qui ne dormaient pas encore.

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Après avoir mis un moment à négocier avec les membres du clan Satsuma, Amagiri réussit à obtenir une chambre qu'ils se partagerait Kazama et lui le temps qu'on leur trouve un logement. Au final, le blond devait reconnaître que dépendre de ce clan avait l'avantage pour eux d'être logés sans débourser quoi que ce soit, même si la raison pour laquelle il s'en était retrouvé ainsi était vraiment des plus embarrassante. Heureusement aussi que son bienfaiteur savait y faire question négociation. Son calme et sa maturité, sans parler de ses capacités d'orateur, étaient vraiment pratiques et appréciés par le blond qui, il devait le reconnaître, n'était pas spécialement doué pour tout ça. Le fils de bonne famille qu'il était ne savait tout simplement pas se débrouiller seul, et la présence constante d'Amagiri à ses cotés était on ne peut plus rassurante.

Kazama avait revêtu un kimono de nuit blanc et attendait près de la fenêtre qu'Amagiri vienne le rejoindre. Malgré le fait que ce dernier lui ait demandé de se coucher pour se reposer, il n'était pas question qu'il s'endorme sans sentir la présence de son bienfaiteur tout près de lui. Et puis malgré les deux futons mis à disposition, le blond avait vraiment envie de se réfugier dans la chaleur de son corps robuste.

Les rues de la capitale étaient encore animées malgré l'heure avancée de la nuit. Régulièrement, il sortait des diverses maisons de plaisir des hommes complètement ivres qui avaient bien du mal à mettre un pied devant l'autre. Kazama riait du haut de son perchoir, trouvant que les humains n'avaient pas du tout changé au cours de cette année et lui paraissaient toujours aussi pitoyables que dans son souvenir. Un groupe d'hommes qui sortait de la maison juste en face de celle où il se trouvait capta son attention. Il cligna plusieurs fois des yeux avant d'avoir l'impression de distinguer très clairement sa fameuse fiancée Chizuru Yukimura qui soutenait un homme de petite taille et aux longs cheveux châtain. Il reporta davantage son attention sur le groupe d'hommes relativement tous éméchés, ses yeux se déplaçant de l'un à l'autre, son cœur battant à la chamade et plein d'espoir de le voir à lui. Kazama s'avança encore, se collant presque contre la fenêtre et le vit enfin sortir à son tour de la maison de thé. Il n'avait pas changé… Mais sa vision idyllique de cet objet de désir eut vite fait de s'amoindrir. L'oni aux yeux rouges secoua plusieurs fois sa tête mais l'image de son Toshizô Hijikata étroitement enlacé contre un autre homme et ne cessant d'embrasser la joue de ce dernier… Kazama enserra son kimono au niveau de la poitrine tellement son cœur lui faisait mal. Qui était ce petit gars frêle si proche du vice-capitaine ? Il avait l'impression de l'avoir déjà vu quelque part. N'était-ce pas lui qu'il avait blessé au bras ? Saito ? Il lui semblait qu'Hijikata l'avait appelé comme cela :

« Alors c'est lui que tu as choisis ? Tu le préfères à moi ? Mais que lui trouves-tu ? Attends de voir Toshizô Hijikata. »

Kazama s'éloigna de la fenêtre, bien déterminé à poursuivre le groupe de guerriers qui s'éloignait de plus en plus. Son désir ayant pris le dessus sur sa raison, son intention était d'arracher Hijikata de l'étreinte de Saito. Seulement, arrivé au niveau de la porte de la chambre qu'il occupait, il se retrouva face à Amagiri qui revenait enfin. Faisant un geste de recul afin de ne pas se cogner contre lui, Kazama tenta tant bien que mal de cacher son état à son bienfaiteur. Maintenant qu'il était là, impossible de sortir. La raison lui revint alors, et il se rendit compte qu'il était sur le point de commettre l'erreur de sortir dans la rue en kimono de nuit :

« Qu'y a-il, demanda Amagiri ? Ne t'avais-je pas dit de te coucher ?

- Je… Bégaya Kazama, je t'attendais. Je trouvais que tu tardais, je m'inquiétais.

- Je suis là maintenant. »

Amagiri avait dit ça en déposant un chaste baiser sur la joue de son protégé avant de l'inciter à se coucher sur le futon, ce que fit docilement Kazama. Jetant un dernier regard à la fenêtre, il regretta fortement de ne pas avoir encore pu toucher son objet de convoitise. Cela dit, il était quand même heureux d'avoir pu le voir si vite. Pestant encore contre cet humain qui était si proche de lui, il se jura de l'éliminer afin de ne mettre aucune barrières entre lui et Hijikata, et ce le plus rapidement possible.

Détournant la tête de la fenêtre, Kazama jeta à présent un œil à Amagiri qui s'endormait déjà dans un futon à coté du sien. Même s'il n'en montrait rien, le rouquin était réellement fatigué, tant et si bien qu'il n'avait pas remarqué l'état dans lequel son protégé se trouvait, alors qu'en général il voyait tout. L'oni aux yeux rouges ne put s'empêcher de sortir de sa literie afin de se coller à lui, voulant sentir la chaleur de son corps bercer ses rêves. Amagiri ne broncha pas. Au contraire, il passa même un bras autour de ses épaules, plus satisfait que jamais de le savoir si proche de lui.

Pourtant, l'oni à la force titanesque ne savait pas encore qu'il était loin d'occuper tout l'esprit de Kazama, ce dernier ne rêvant que d'Hijikata.

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Tant bien que mal, Okita réussit enfin à emmener Sano jusque dans sa chambre. Seulement, le capitaine de la première division dut même aider son compagnon à se dévêtir et lui enfiler un kimono de nuit. Question comportement, le lancier ne valait pas mieux qu'Hijikata quand il était ivre. Même pire, il ne cessait d'avoir les mains baladeuses, et ce malgré les protestations de Sôji qui lui demandait d'arrêter. Ce dernier pensa être enfin tranquille quand il couvrit Sano qui commençait à s'endormir. Se retournant pour que lui-même puisse se changer, au moment où il eut fini de nouer l'obi de son kimono de nuit, il sentit deux bras lui enlacer la taille et le tirer en arrière. Pris au dépourvu, le temps qu'Okita se rende compte de ce qu'il lui arrivait, et le voilà contre le torse de Sano qui maintenant avait sa tête dans son cou :

« Sano-san, lâche-moi, protesta Okita.

- Sôji, j'ai envie de toi, dit la voix sensuelle de Sano qui passait une de ses mains dans le kimono de son amant.

- Arrête, je n'ai pas envie. Tu es ivre, je ne veux rien faire dans ces conditions.

- Ca ne veut pas dire que ça en sera moins agréable. Allez, laisse-toi aller.

- Mais lâche-moi, je suis fatigué, railla Okita qui gesticulait. Si tu n'es pas capable de te maîtriser, sors de cette chambre, va dans la tienne.

- Puisque c'est comme ça, je vais aller voir Shinpachi qui je suis sûr ne me refusera pas, dit alors Sano qui relâcha sa pression sur le corps de Sôji.

- Comment ? S'étonna Okita. Sano-san, tu ne parles pas sérieusement ?

- Bien sûr que si, je n'ai pas l'intention de m'endormir sans un câlin. Si ce n'est pas toi, ça sera Shinpachi. »

Okita écarquilla les yeux, ne croyant pas ce qu'il venait d'entendre. C'était une blague, Sanosuke n'avait quand même pas une double liaison. Pourtant, le lancier était effectivement en train de quitter la chambre du capitaine du premier escadron. Instinctivement, le jeune homme aux yeux verts le suivit à quatre pattes et alla saisir son bras au moment où Sano posa la main sur le shôji. Il espérait du fond du cœur que son compagnon était simplement en train de lui faire une blague, et il eut un espoir quand il lui sourit, mais pourtant :

« - Tu as changé d'avis ? Demanda alors Sanosuke qui trouvait Sôji agenouillé, les yeux brillants en train de le retenir était encore plus désirable.

- Sano-san, je croyais… Je croyais que nous avions une relation. Ne me dis pas que toi et Shinpachi-san… Dis-le moi Sano-san. »

Au lieu de lui répondre, Sanosuke retira son bras brusquement et sortit de la chambre d'Okita. Sôji le regarda marcher dans l'allée, et malgré le fait qu'il l'appelait, le lancier ne se retourna pas. Le jeune samourai sentit alors les larmes lui monter aux yeux et il mit ses deux mains devant la bouche pour ne pas que Sano entende ses sanglots. Avec le temps, il avait fini par aimer Sano tout autant qu'il avait aimé Saito autrefois. N'était-ce pas le rouquin lui-même qui lui avait proposé qu'ils aient une relation, lui promettant qu'il l'épaulerait toujours et ne le laisserait pas. Et que découvrait-il ce soir alors que Sano était ivre et plus maître de ses paroles : qu'il avait une double liaison avec Shinpachi ! Cela expliquait sans doute sa fatigue et le fait que le lancier ne vienne le rejoindre que tard dans la nuit.

Avant de refermer le shôji, Okita réussit à crier à l'égard de celui qui avait été son compagnon :

« Enfoiré »

Puis il se replia sur lui-même dans sa literie, retenant ses larmes qui ne devraient absolument pas sortir, sinon elle serait comme une défaite envers cet homme qui s'était bien joué de lui. Devait-il être content que cette soirée ait eu lieu ? Okita pensa que pour ce qu'il lui restait à vivre, il aurait quand même aimé rester dans le secret de cette trahison.

Pris d'une nouvelle quinte de toux, il espéra que celle-ci soit fatale, car après le rejet de Saito et l'abandon de Sanosuke, le désir de vivre qu'il pouvait lui rester venait de s'envoler tel un plume portée par le vent.

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¹ Un détail bête, mais regardez bien dans l'épisode huit quand le groupe arrive ensemble là ils vont passer la soirée. Respectivement de gauche à droite, on retrouve : Saito, Hijikata, Heisuke, Shinpachi, Sano, Okita, Chizuru.

² Encore un détail à la noix. Au cours du repas, quand Chizuru regarde Kimigiku servir du sake à Hijikata et qu'elle soupire parce qu'elle trouve Kimigiku très belle à coté d'elle, on remarque qu'Okita détourne les yeux vers elle. Détail stupide mais qui a son importance ici.

³ Dernier détail idiot, mais j'ai remarqué qu'à la fin de l'épisode huit, quand Kimigiku regarde par la fenêtre, on y voit que Amagiri et Kazama. Où est Shiranui ? La réponse, la voilà dans ma fic.

Note de l'auteur : Merci d'avoir lu. Vous voyez que j'échange les rôles. Le vaillant justicier qu'était Sanosuke devient un vrai fripon. Par contre, je suis désolée mais j'adore Saito chouineur. Alors je promets de le remettre classe plus tard, mais pour l'instant, je l'aime bien chouineur.

La réponse de Shiranui en rapport à sa sœur que je pensais mettre dans ce chapitre, et bien ça sera dans le prochain.