Le presbytère Hunsford
Miss Collins était repartie avec son père le lendemain de l'annonce des fiançailles et il fut convenu qu'un bon mois serait suffisant pour publier les bans et organiser le mariage à Hunsford.
La maison des Collins et la calèche de Longbourn ne pouvant contenir tous les Bennet, les parents durent se résoudre à laisser les deux cadets partir avec James en séjour à Londres chez leur oncle Gardinier venu les chercher. James était tourmenté à l'idée de retrouver ou non les Bingley et se serait bien passé de la compagnie de ses jeunes frères mais il ne le montra pas. Il était bien trop charitable pour ne pas penser aux joies que procurera à ses jeunes frères la vie trépidante de la capitale. Lysander y trouverait les boutiques tant convoitées et Kyle pourrait jouer avec ses jeunes cousins qu'il aimait tant chahuter.
Sur la route menant au Kent, Mark et Elliot se relayait pour diriger la calèche chargée de leurs parents et de tous les effets personnels du fiancé. Mrs Bennet avait également préparé quelques mannes contenant tout ce qu'elle avait pu rassembler afin de subvenir aux besoin d'un jeune ménage sans dote et probablement sans grand trousseau de jeune fille.
Ce fut un attelage poussiéreux et des voyageurs fatigués qui arrivèrent devant le presbytère de Hunford. Situé à côté de l'église, encadré de hauts murs et d'une grille imposante, le presbytère était à l'image de son hôte, sobre et terne, dénué de toute fantaisie.
Après les salutations d'usage et le déchargement des mannes, Rosemary Collins fit visiter la demeure et attribua les deux chambres vacantes. Celle de sa défunte mère était pour ses futurs beaux-parents et une plus petite allait à son futur époux et son frère.
Elliott, lui, fut assigné à se rendre derrière la bâtisse afin de désatteler les chevaux et ranger le véhicule. Il comptait, durant ce séjour, mettre à profit toutes les excuses pour se tenir loin de leurs hôtes inintéressants, aussi il prit le temps de visiter le potager et le petit jardin situés entre les écuries et l'arrière de la maison.
Le potager, en ce milieu du mois de novembre, était en jachère mais les petits écriteaux de bois alignés informaient le passant des légumes que celui-ci avait contenu et démontrait la méticulosité et la rigueur de son jardinier. Le jardin était d'inspiration française par sa symétrie et ses topiaires rigoureusement taillés mais n'avait point le charme des jardins de Versailles avec ses volutes et ses arabesques telles que Elliot avait pu découvrir sur les gravures d'un recueil de la librairie.
Des ronces sur pieds, qui devaient être en saison de splendides rosiers, ajoutaient probablement à ce jardin des couleurs et une touche féminine qu'il aurait manqué à l'ensemble si ils n'étaient point là. Elliot sourit en pensant qu'ils étaient sûrement l'œuvre de Rosemary ou sa mère, une excentricité péniblement tolérée dans ce monde de rectitude et d'austérité. Elliot admira ensuite les fruitiers palissés qui couraient sur les hauts murs de part et d'autre du jardin. Ils devaient dater de plusieurs décennies et offrir chaque année de nombreuses pommes, poires et coings comme le stipulaient les noms latins sur les petits panneaux.
Une gentille bonne qui l'avait aperçu vint lui ouvrir la porte de l'arrière cuisine. Il se présenta, se déchaussa de ses bottes et la suivit vers la chambre qui lui était assignée, un broc d'eau chaude dans les mains.
En entrant dans la chambre, il y découvrit Mark, affairé à se rhabiller afin d'être plus présentable auprès de sa fiancée et son futur beau-père.
Elliot était surpris du calme et de la sérénité qui dégageaient de son frère, si proche de changer de vie et de statut. Il le savait pas particulièrement amoureux de Rosemary, contrairement à James qui était complètement épris de Charline. Cela interloquait fortement Elliot qui se demandait qui de ses deux frères était en fin de compte le plus proche du bonheur.
Elliot balaya la pièce du regard et vit qu'un seul lit occupait la petite chambre d'ami. Il fit la moue. Si les fils Bennet partageaient leur chambre, aucun d'entre eux n'avaient encore partagé leur lit! A la vue de la tête de son aîné, Mark le rassura :
- Il ne s'agit là que d'une situation pour quelques jours. Puis, se rendant compte de la signification de ses paroles et que dans peu de temps ce serait la chambre et le lit de sa femme qu'il partagerait, il se mit à rougir fortement.
Elliot se mit à rire et Mark l'accompagna, emplissant tout l'étage de leurs éclats de voix masculines dont la maisonnée n'était pas habituée.
