Titre: Drop the Dagger, Romeo

Auteure: Tch0upi

Fandom: Naruto

Pairing: Naru&Sasu

Genre: Angst&Romance

Disclamer: Aucun personnage ne m'appartient.

Rating: M.


Drop the Dagger, Romeo

Chapitre XXI.


Can you keep a secret?
Will you hold your hand among the flames?
Honey, you're a shipwreck…

— Iko


Naruto n'arrivait pas à croire à ce qu'il avait sous les yeux. Ou plutôt, qui il avait sous les yeux. L'homme était assis derrière la longue table rectangulaire dans la pièce plongée dans la semi-obscurité. Yahiko était assis face à lui.

Le professeur détailla le visage sale, les lunettes rondes et les cheveux hirsutes qui sortaient de sa queue de cheval presque totalement relâchée — probablement à cause d'une bagarre. La lumière du spot au-dessus de la table se reflétait dans les vitres de ses lunettes et l'empêchait de voir ses yeux. Il ne l'avait jamais vu avant aujourd'hui, mais il savait certainement de qui il s'agissait. Kabuto Yakushi. L'homme qui avait failli tuer Sasuke auparavant. L'homme qui l'avait étranglé jusqu'à l'inconscience. Il était assis là. Devant lui. À quelques pas. Il n'y avait qu'un mur et une grande fenêtre teintée qui les séparaient.

Naruto serra les poings en se rappelant à quel point Sasuke le craignait. Sakura était absente ce soir-là, et il soupait seul avec Sasuke. Ce dernier avait baissé la tête et son visage avait pâli si subitement, puis il avait marmonné ces quelques mots : Il… Il sait où je suis. Il m'a trouvé. C'était sans parler du fait qu'il avait manqué de s'évanouir plus tôt cette journée là. Il avait eu un malaise après la visite de cet homme sur le campus de la Fac. Un malaise intense qui lui avait coupé le souffle complètement. Il était en pleine crise de panique quand il l'avait trouvé.

Ce qu'il ne donnerait pas pour avoir le droit de pousser cette porte, empoigner cet homme par le col et l'envoyer dans le mur. Mais s'il cédait à ses envies, il ne vaudrait pas mieux que cette ordure. Naruto jeta un coup d'oeil à Itachi qui se tenait à ses côtés. L'aîné de Sasuke semblait calme. Trop calme, même. Comment pouvait-il se contrôler alors que dans cette pièce là, juste devant eux, se trouvait un type qui avait fait terriblement souffrir son petit frère ? Itachi se contrôlait complètement. Peut-être était-il en train de bouillir intérieurement, tout comme lui ?

À l'intérieur, Yahiko était en train de questionner Kabuto. N'en pouvant plus du silence prononcé, Naruto se tourna de nouveau vers Itachi.

— Alors, vous voulez bien m'expliquer comment vous êtes devenu copain avec un flic ?

Itachi ne tiqua pas au ton de voix brusque du blond. Il ne fit que le regarder, son visage toujours impassible. Un bref regard suffit à Itachi avant qu'il ne le ramène sur la vitre, à travers de laquelle il observait Yahiko et Kabuto.

— Je l'ai connu quand j'étais détenu. Il m'a aidé à m'en sortir. C'est une longue histoire, dois-je vraiment tout raconter à un moment comme celui-là ?
— Non, soupira Naruto. J'essaie juste de comprendre quel genre de mec vous êtes.
— Le genre qui a commis beaucoup d'erreurs et qui tente maintenant de les réparer.

Naruto ouvrit la bouche, mais Itachi se retourna de nouveau et l'interrompit.

— On devrait peut-être aller marcher un peu. Qu'en pensez-vous ? Avant que la vue de ce mec ne finisse par faire ressortir en moi le bagarreur que j'étais.

Étonné, Naruto dévisagea Itachi quelques secondes. Il ne pouvait nier qu'il était exactement sur la même longueur d'ondes en cet instant même.

— Excellente idée. Mes poings me démangent aussi, si vous voyez ce que je veux dire.
— Je vois très bien ce que vous voulez dire.

Les deux hommes firent quelques pas puis tournèrent dans le couloir. À cette heure, les couloirs du poste de police se vidaient. Ils marchèrent jusqu'au bout d'un corridor, où ils virent une pièce assez grande avec des sièges et un comptoir à café et beignets. Itachi proposa d'aller boire quelque chose et Naruto accepta. Un café ne pouvait que lui faire du bien…

Cinq minutes plus tard, ils étaient tous deux assis dans la salle, côte à côte, café en main et fixaient chacun le vide devant eux. Des gens passaient devant eux de temps à autres, des policiers pour la plupart. Au bout d'un long silence, son café déjà presque terminé, Naruto se tourna de côté et regarda le profil d'Itachi. Ne pouvant chasser l'image que cette ressemblance si frappante envoyait à son esprit, celle du visage de Sasuke, Naruto se mordit la lèvre avant de demander, dans un murmure, le coeur serré :

— Quand est-ce que toute cette histoire a commencé ?

Pendant de courtes secondes, Naruto crut qu'Itachi ne l'avait pas entendu. Mais le brun baissa la tête, les yeux rivés sur le café qu'il avait entre les mains sur les genoux.

— Il venait d'avoir sept ans. Du moins, au moment où je me suis rendu compte qu'il se passait un truc… entre lui et notre p… père.

Naruto avala de travers. Ce n'était pas son café noir qui était amer et qui avait du mal à glisser au fond de sa gorge. C'était les mots qu'il venait d'entendre.

Sept ans.

— Je n'ai pour ma part jamais eu de bonnes relations avec mon père. C'était un homme strict, sévère. Il était troublé. Et je sais qu'il a été malade et dépressif, bien que ces raisons ne justifient en rien ce qu'il a fait à Sasuke… Enfin. Avec moi, disons qu'il n'a pas été le père par excellence, mais il ne m'a jamais… il n'a jamais levé la main sur moi. Avec Sasuke, par contre…

La voix d'Itachi se fit plus sombre, plus basse. Il avait toujours les yeux baissés. Naruto contempla ses doigts pâles enroulés autour de son café. Peut-être qu'il s'imaginait des choses, mais il crut les voir trembler légèrement.

— Il était différent avec lui. Plus froid. Plus cruel. Plus brutal. C'est plus tard que j'ai compris pourquoi, ou que j'ai cru comprendre. Comme je l'ai dit, Sasuke venait d'avoir sept ans quand j'ai commencé à voir que quelque chose n'allait pas. Vous savez, Sasuke était un petit garçon plein d'entrain. Il mettait de la vie à la maison, où tout était morose et triste. Mes parents n'ont jamais été heureux ensemble et… enfin. Sasuke était jovial, heureux, toujours souriant, il avait des pétillements pleins les yeux et des rêves pleins la tête. Pour son âge, il était extrêmement brillant. Et puis un jour, j'ai commencé à le voir devenir plus pâle, plus triste. Il avait des cernes sous les yeux. Des cernes. Un enfant de sept ans ne devrait pas avoir cet aspect physique. Il ne souriait plus. Il allait à l'école et rentrait le soir, et ne nous racontait plus ses journées à table le soir. Il avait complètement arrêté d'être celui qu'il était. Je l'ai vu devenir plus mince, plus réservé. Il se refermait lentement sur lui-même alors qu'il avait toujours été extraverti. Et puis un jour, j'ai vu ses bleus. Un coquard énorme sur le haut de son front, que ses mèches ne réussissaient pas à cacher.

Itachi s'arrêta. Naruto, de son côté, déglutit. Une dame passa devant eux et remonta le couloir. Quand elle eut disparu, Itachi reprit son récit.

— Je savais que c'était notre père qui lui faisait ça. Quand j'étais plus jeune, j'ai été témoin d'une scène entre nos parents… une scène violente, disons. Je savais donc que mon père en était capable. Mais avec Sasuke, c'était différent. Plus les années se sont écoulées et plus l'état de Sasuke s'empirait. On aurait dit qu'il ne dormait plus du tout la nuit. Il marchait la tête basse, avait pratiquement peur de se servir un verre d'eau à la cuisine. Il était si frêle, et sa peau était si souvent couverte de bleus…
— Et vous n'avez rien fait ?
— Qu'aurais-je pu faire ?

Un nouveau silence durant lequel Naruto se tut. La colère bouillait encore en lui. Et l'inquiétude, aussi.

Sasuke, où diable es-tu ?

— Je pense… en fait, j'en suis persuadé… que la raison pour laquelle les choses se sont détériorées ainsi, c'est la maladie de mon père. Il était dépressif. Et alcoolique. Il avait des problèmes avec ma mère, aussi. C'était un mariage forcé. Ils ne se sont jamais aimés. Ma mère était catholique jusqu'au creux de ses entrailles. Elle priait comme une sainte sans arrêt. Elle avait aussi sa part de problèmes mentaux, ça j'en suis certain. Le mixte de ces deux personnes brisées n'a pas fait de merveilles. Et, écoutez, peut-être que je me trompe, mais… j'étais assez vieux pour m'en rendre compte après tout, avant la naissance de Sasuke…

Itachi grimaçait maintenant, comme si le passé était devenu si horrible qu'il n'arrivait plus à continuer.

— Vous rendre compte de quoi ? l'encouragea-t-il.
— Des problèmes qu'il y avait entre mon père et ma mère. Ils se disputaient souvent. Mon père la frappait aussi même si c'était dans l'intimité et pas devant nous. Cette scène dont j'ai été témoin… Ça s'est passé avant la naissance de mon frère. J'étais jeune et je n'ai pas compris sur le coup ce que j'avais sous les yeux. C'est beaucoup plus tard que j'ai saisi. Mes parents… Mes parents n'ont jamais désiré…
— N'ont jamais désiré quoi ?
Sasuke, avoua enfin Itachi. Je pense que Sasuke n'était pas prévu du tout. Ce que j'ai vu… cette nuit-là. Naruto, mon père a…
— Quoi ? Vous êtes en train de me dire que ce que vous avez vu, c'était un viol ?
— Oui, chuchota Itachi. J'en suis sûr. Et souvenez-vous que ma mère était très croyante. Elle n'aurait jamais avorté, c'était contre ses croyances. Et en y repensant… en repensant à mon enfance, même avant que mon père ne se mette à frapper Sasuke, je n'ai jamais vu ma mère porter un geste tendre envers mon petit frère. C'est comme s'il était la preuve vivante de son malheur, de ses péchés. Comme si elle essayait de le toucher le moins possible. Sasuke ne s'en est jamais rendu compte, il était si jeune et si innocent. Et moi je n'ai jamais rien vu parce que je ne voyais que mon père, je ne ressentais que de la colère et du dégoût envers lui, et ma mère est passée sous le radar parce qu'elle était silencieuse. Mais quand le vieux a crevé, c'est elle qui a pris le relai. Qu'est-ce que Sasuke a fait pour mériter ça, je n'en ai aucune idée. Et moi qui n'ai rien fait de mieux que de foutre le camp !

Un long silence fut nécessaire pour chacun d'eux, autant pour Itachi qui semblait revivre un passé difficile, que pour Naruto qui essayait d'encaisser tout ce qu'il venait d'entendre.

— Merde, souffla-t-il. Ça, c'est… J'ai jamais rien entendu d'aussi horrible.

La mâchoire serrée, Itachi demeura muet comme une tombe. Naruto l'observa. Dans un soupir, il continua :

— Ne soyez pas si dur envers vous-même. Vous n'étiez qu'un gosse vous aussi.
— J'aurais dû… rester. J'aurais dû faire quelque chose. On n'en serait peut-être pas là aujourd'hui.
— Et quoi ? Vous auriez tué votre mère ? Et pourrir en prison est mieux que d'être présent pour Sasuke ?
— À quoi ça nous avance maintenant ? rétorqua Itachi en tournant la tête pour plonger dans les deux lagons bleus du professeur. Il a disparu… Il est parti.
— On va le retrouver. Cette ordure va bien parler un de ces jours !

Itachi fixa le blond de longs moments, espérant trouver dans son regard l'espoir et le courage qui semblaient lui manquer. Il finit par soupirer à son tour, baissant la tête vers son café. Il en prit une gorgée avant de reprendre :

— Et vous alors ? Vous semblez attaché à lui…

Naruto se pinça les lèvres.

— Ouais… Hum…
— Vous êtes son professeur ?
— Non. Je ne lui donne pas cours. J'ai été celui désigné… En fait, je me suis porté volontaire pour lui donner un toit le temps de ses études. Et… de fil en aiguille… je me suis… J'ai appris à le connaître. J'ai découvert son histoire, ou du moins une partie. Et je… Nous… euh…
— Vous pouvez le dire, Naruto. Je ne vais pas vous frapper.
— Quoi ?
— Que vous l'aimez.

Naruto eut à peine le temps d'avoir l'air surpris qu'Itachi enchaînait, avec un léger sourire.

— Ça crève les yeux.

Le professeur voulut trouver quelque chose à dire, même nier. Mais il avait dépassé ce stade. Alors, dans un soupir et un affaissement de ses épaules, il ne fit que demander :

— À ce point ?
— Il faudrait être aveugle. Et même encore… le ton de votre voix vous trahirait.
— Ouais, bah… Je suis découvert.
— Ça va. Je ne vous connais pas beaucoup, mais vous avez l'air d'être quelqu'un de bien.

Naruto ouvrit la bouche, mais une autre voix le devança, accompagné d'un bruit de pas qui se rapprochait d'eux.

— C'est là que vous vous cachez ?

En relevant la tête, Itachi et Naruto virent Yahiko, toujours vêtu de son long manteau, s'avancer et s'assoir face à eux sur une chaise qu'il avait attrapée en chemin et tirée jusqu'ici.

Naruto fronça les sourcils en voyant le policier arborer une expression proche de l'agacement.

— Alors ? À quoi on s'en tient ?

Yahiko le dévisagea.

— Les deux idiots n'ont pas avoué grand chose, à part les grandes lignes.
— Quelles grandes lignes ? demanda Itachi.

Le rouquin fit passer son regard de Naruto à lui.

— Ce que vous savez sans doute déjà. Que Sasuke vit dans la rue depuis quelques années, qu'il a pris part à de la prostitution, à de la drogue. M. Yakushi dit que Sasuke l'a attaqué avec un couteau le soir où on l'a arrêté. Ses paroles semblent véridiques, à en juger par la blessure profonde qu'il a à l'épaule. Je ne vous mentirai pas, il va falloir le retrouver avant qu'il ne blesse quelqu'un d'autre.
— Comment ? cracha Naruto.

Il paraissait choqué, si choqué qu'une boule énorme resta bloquée dans sa gorge, et il lui fallut quelques secondes supplémentaires pour retrouver la parole.

— Pourquoi dites-vous cela comme si vous êtes persuadé qu'il va blesser quelqu'un d'autre ? Sasuke ne ferait jama…
— M. Uzumaki, l'interrompit Yahiko.

Il leva une paume afin de le calmer. Naruto referma la bouche, sa mâchoire serrée et l'ardeur bouillonnant dans son corps. À ses côtés, Itachi demeurait maître de lui-même.

— Comment pouvez-vous croire un homme comme lui ? Il a essayé de tuer Sasuke par le passé. Cette blessure qu'il a. Ce ne peut être que de la légitime défense.
— Écoutez. Je ne prends le parti de personne. Je suis policier et j'essaie d'agir pour le mieux des citoyens. J'essaie d'analyser les choses le plus objectivement possible. Et qu'avons-nous là ? Un jeune homme, de ce que j'ai pu en comprendre, profondément perturbé, troublé, mentalement instable, probablement en colère, en liberté et armé. Même s'il s'agit d'une personne qui vous est chère, on ne peut nier qu'il représente un danger.

Les poings serrés au point que ses ongles s'enfonçaient au creux de ses paumes, Naruto demeura silencieux. Quand avait-il pu se procurer un couteau ? La dernière fois qu'il avait vu Sasuke, c'était chez lui, juste avant que Sasuke ne lui dise qu'il irait voir son frère. Ce soir même, Kabuto avait été arrêté et, selon le policier, il avait été impliqué dans une altercation avec Sasuke. Bon sang, si Kabuto s'en était tiré avec une blessure à l'épaule, dans quel état était Sasuke ?

« Un homme provenant d'ici même. Il y a trois jours. Selon un témoin, il aurait secouer et harceler un jeune homme au fond de la ruelle juste là. Comme c'était la nuit et qu'il neigeait, le témoin n'a pas pu être certain ni de ce qu'il a vu, ni de l'identité de la victime. Mais cet homme était couvert de sang, et blessé — signe que ce jeune homme s'est défendu. »

Et le jeune homme, c'était Sasuke. Naruto en était certain.

— Il y a aussi de fortes chances que Sasuke soit également blessé. Vous avez un jeune homme blessé qui arpente les rues froides de décembre, et vous voyez cela comme un danger ?
— Je sais que vous ne voyez pas du tout les choses comme je les vois, et je comprends tout à fait. Il s'agit d'une personne à qui vous tenez et je respecte cela.
— C'est beaucoup plus que ça ! s'emporta le professeur. Vous n'avez aucune idée de ce qu'il traverse ! Il…

Une main fraîche sur son bras l'arrêta en pleine lancée. Naruto se tourna vers Itachi.

— Nous ferions peut-être mieux de laisser Yahiko faire son travail.

Confus et surtout paniqué sans être capable de se calmer, Naruto plongea dans le regard d'Itachi, se laissant sonder par les prunelles aussi noires que celles de Sasuke. Pendant un instant, il crut même revoir le regard du plus jeune. Un pincement au coeur le força à se détendre, même si ça voulait dire de succomber un peu plus à l'inquiétude qui le rongeait depuis l'intérieur de son corps.

— Je vais ordonner plusieurs patrouilles. Nous allons fouiller partout dans les environs et creuser un peu plus. Je ne peux vous promettre de le retrouver, mais je vous promets d'y mettre tous nos efforts.

Accablé, Naruto ne fit qu'acquiescer. Itachi se releva en tirant le blond, qui avait rivé ses yeux vers le bas. Yahiko se redressa également et tendit une main qu'Itachi attrapa solennellement.

— Merci pour tout, murmura l'aîné de Sasuke.

Yahiko acquiesça du menton.


Au tournant de minuit, ce soir-là, Naruto, les yeux rivés sur la pendule de la cuisine, réalisa que cela faisait désormais quatre jours qu'il était sans nouvelles de Sasuke. Itachi était avec lui. Ils semblaient ne plus se quitter depuis la disparition du jeune homme, la seule chose qui les liait vraiment. C'était comme si chacun avait peur que Sasuke prenne contact avec l'un ou l'autre, et ne pas être là quand le moment viendrait. Enfin… Ce n'était pas comme si Sasuke allait le faire. S'il avait voulu disparaître, c'était pour une raison.

— Vous devriez aller vous coucher.

Naruto leva la tête vers Itachi qui faisait quelques pas dans la cuisine. Sous son lourd manteau, qu'il avait laissé dans le hall, il portait un pantalon propre noir et une chemise de la même couleur. À le regarder, Naruto ne voyait pas du tout un homme qui avait été incarcéré. Il avait plutôt l'air d'un directeur général d'une grande entreprise, ou un avocat, ou même un prof d'université comme lui.

— Je ne réussirai pas à fermer l'oeil, alors aussi bien rester ici. Et si Yahiko nous contacte…
— Je ne pense pas qu'ils vont trouver quoique ce soit aussi rapidement.
— Je suis ouvert à toute éventualité.
— Je le sais bien.

Itachi se tut. Il s'approcha et tira une chaise afin de s'assoir à table avec lui. L'obscurité envahissait les lieux. La seule lumière venait d'une petite lampe posée sur le comptoir à côté de l'évier, derrière eux. La nuit dehors était sombre, noire. La température s'était réchauffée, et la neige, maintenant mêlée à de la pluie très froide, tombait comme un torrent glacé. Rien ne pouvait être plus merdique. Son seul réconfort, c'était qu'il avait terminé toutes ses corrections — Dieu seul savait comment il avait pu se concentrer aux travaux des étudiants après sa visite au commissariat un peu plus tôt aujourd'hui — et qu'il pouvait désormais souffler un peu. Demain c'était samedi, et la semaine qui suivrait était destinée à l'étude, il avait libéré ses cours aux étudiants. Et la semaine suivante, ce seraient les examens finaux.

— Comment il est ?

Fronçant les sourcils à cette question, Naruto tourna la tête pour s'accrocher aux billes obsidiennes du jeune homme assis à côté de lui.

— Quoi ?
— Sasuke. Comment il est, aujourd'hui ? Je ne l'ai vu qu'une fois avant qu'il ne…

Itachi s'arrêta, chercha d'autres mots sans les trouver. Naruto comprit. Il se détendit un peu. La nuit était jeune. Qu'avait-il d'autre à faire que broyer du noir ici à attendre un coup de fil de la police ? Itachi avait raison. Les probabilités qu'ils trouvent quelque chose aussi vite étaient faibles. Autant discuter un peu avec Itachi. Pour une raison étrange, la présence du frère de Sasuke l'apaisait.

— Brisé. Désolé, Itachi. C'est le seul qualificatif qui me vient lorsque je pense à lui.
— Je m'en doute un peu. Je ne l'ai vu qu'une fois, mais j'ai tout de suite vu les dégâts.
— Ouais.
— Mais pour que vous… Vous savez, pour que des sentiments naissent quelque part… Il a bien fallu qu'il se passe quelque chose de spécial entre vous.

Ses paroles étaient murmurées. Naruto les écouta en baissant les yeux sur ses mains sur la table, et en se remémorant les moments spéciaux en question. Un fin sourire peignit son visage.

— Je ne suis pas certain de ce qui est venu en premier. La curiosité ou l'attirance physique. Je ne vais pas mentir, Itachi, sourit tristement Naruto en perçant le regard du brun. Votre frère est magnifique. (Au sourire de l'autre, Naruto gagna un peu de courage et de confiance et poursuivit :) Mais j'étais très intrigué par lui. Dès que je l'ai vu, j'ai su… Ses yeux, son regard, ses paroles… Tout en lui criait à l'aide, et je ne sais pas pourquoi, mais je l'ai senti. Il était très perturbé. Tout le mal qu'on lui a fait. Et pourtant, malgré ça, malgré l'abus, la violence, la souffrance physique et mentale qu'il a enduré toutes ces années, il a vu ma douleur. Ma séparation avec Sakura m'a fait mal, plus que je ne l'aurais souhaité, et Sasuke était là. Alors qu'il avait toutes les raisons de ne s'occuper que de lui, de s'occuper de ses problèmes. Il était là et il m'a montré de la tendresse, de l'affection et du réconfort. Il est juste… Il est juste vraiment quelque chose. Et il y a cette lumière au fond de lui, cette lumière aveuglante qui luit. Je suis persuadé qu'avec de l'aide et quelques années, il sera quelqu'un de vraiment extraordinaire.

En levant finalement les yeux après sa confession, Naruto remarqua qu'un sourire était aussi suspendu aux lèvres d'Itachi. Il avait même les yeux baignant dans des larmes et cette vision tira un peu plus sur le coeur du blond. Mais le professeur lutta contre sa tristesse.

— Il disait que j'étais son phare dans la nuit, éclairant les océans les plus sombres. Et moi, je l'ai rejeté.
— Ce n'est pas de votre faute, dit Itachi après ce qui lui avait paru un très long silence.

Mais Naruto n'en était pas aussi sûr. Après les mots qu'il venait de prononcer, tout était clair. Il avait rejeté le jeune homme alors qu'il s'était ouvert à lui. Sasuke avait eu assez de courage pour aller chercher de l'aide vers lui, pour lui avouer sa détresse, et Naruto avait été assez stupide pour croire qu'il allait assez bien pour le pousser vers quelqu'un d'autre.

« Tu veux que je parte ?

— Non ! Je te dis seulement que cela peut être une bonne chose pour toi d'avoir de nouveaux horizons. D'avoir un autre endroit où aller. En ce moment tu as besoin d'une chose que je ne peux pas t'offrir. Et je refuse de t'enfoncer encore plus dans ton gouffre en cédant à tes envies. Et Dieu seul sait que j'en ai terriblement envie. Vivre avec ton frère te permettra de t'éloigner de toutes les choses qu'on t'a faites. On a abusé de toi, Sasuke. Pendant des années. Physiquement. Sexuellement… Et tu crois t'en être sorti, mais non, et tu ne t'en rends pas compte. Ce n'est pas sain pour toi, et être près de moi ne fait qu'envenimer ces sentiments qu'on t'a forcé à ressentir.

— Tu ne m'as pas forcé… »

« Tu es ma lumière dans la nuit. »

Il se souvenait de ses yeux qui s'étaient remplis de larmes.

« Je vis pour toi. »

Et soudainement, Naruto réalisa autre chose, alors que les souvenirs revenaient le submerger comme un raz-de-marrée.

«Il se racla la gorge, retirant le linge mouillé.

— J'ai cru que t'étais…
— Il en faut plus pour me tuer.
— Tu penses que c'est une blague ?
— Qu'est-ce que ça changerait ?
— Sasuke. Tu vas continuer jusqu'à ce que ça te tue vraiment ?

Naruto n'avait jamais été effrayé par grand chose. À part les clowns, quand il était petit. Des peurs stupides et classiques chez les enfants. Mais à l'instant, il fut profondément terrifié par la façon dont Sasuke haussa les épaules.»

Son souffle se mit à accélérer. Les images prenaient vie dans sa mémoire. Et l'horrible réalité le rattrapait. Il commençait à comprendre…

« Naruto posa une main délicatement sur le côté de son corps, effleurant du bout de ses doigts la taille meurtrie. Il sentit Sasuke respirer plus rapidement, et un bref coup d'oeil vers son visage lui apprit qu'il avait fermé les yeux sous le contact.

Naruto serra la mâchoire de nouveau. Il retira sa main avant que celle-ci ne touche plus bas la cicatrice affreuse qui barrait sa hanche et le bas de son ventre et qui disparaissait sous le pantalon.

— Qui t'a fait ça ? voulut-il savoir, son ton de voix grave et bas.

Les paupières de Sasuke s'entrouvrirent, et comme s'il se réveillait, il parut déstabilisé. Il baissa la tête vers la main du blond qui planait au-dessus de sa cicatrice, n'osant pas la toucher.

Sasuke ne répondit pas tout de suite. Il prit doucement la main du blond et le força à la poser sur sa cicatrice. Des frissons prirent Naruto de toute part, et il fut soulagé d'être si près de Sasuke, autrement, ses jambes soudainement très flageolantes l'auraient laissé tomber.

— C'est moi, souffla Sasuke. »

« Je suis mon pire ennemi. »

Quand il rouvrit les yeux, après le passage de tous ces souvenirs, Naruto avait la nausée. Le fantôme de Sasuke dans son esprit était plus clair désormais. Moins translucide. Auparavant, il n'avait pas saisi les paroles de Sasuke. Il n'avait pas saisi ce que le jeune étudiant avait essayé de lui dire. Avec des Je suis mon pire ennemi et des Je vis pour toi.

« Essaie d'être un peu plus optimiste, d'accord?
— J'essaierai. Pour vous. »

« Sasuke. Je sais que ta vie c'est de la merde. Que tu es seul et que tu te sens abandonné dans ta misère, mais je suis en train de te dire que tout ça peut s'arranger. Tu peux changer complètement de vie. Tu peux vivre dans de meilleures conditions. D'accord, l'argent n'achète pas le bonheur. Mais putain, ça peut aider !

— Vous y tenez ?

À nouveau, Naruto s'interrompit. Sasuke le fixait, sans expression et sans lueur dans les yeux. Il poussa un nouveau soupir.

— Ce n'est pas moi dont il est question, Sasuke. Il faut que tu le fasses pour toi. Mais oui, j'y tiens, finit-il par avouer.

Sasuke fut silencieux de nouveau. Quand il reprit la parole, le feu qui l'avait habité quelques brèves secondes avait disparu. Le froid polaire était de retour. Il baissa les yeux avant de murmurer :

— D'accord.
— Tu acceptes ? s'étonna Naruto.
— Pour vous, avoua Sasuke en relevant les yeux vers lui. »

— Naruto ? appela Itachi, au présent.

Mais la voix de Sasuke était la seule qu'il entendait.

« Je ne suis pas stupide, tout le monde dit que je suis un génie, ce qui fait que je sais ce qui se passe avec les génies de ce monde, termina Sasuke sur un ton dur. Il n'y a pas de place pour eux dans ce monde. Ils sont des bêtes de foire. Des marginaux. Et ils se font écarter de la société.

— Qu'est-ce que tu racontes ?
— Ils se font idolâtrer mais ne font que mettre en lumière des vérités toutes simples. Et ils se font tuer parce qu'ils ne marchent pas dans le moule. Certains sont exilés, pendus, jetés dans le bucher. D'autres sont accusés de crimes stupides alors qu'ils ont pourtant stopper des guerres. Et d'autres sont rendus si fous et déments qu'ils finissent par mettre fin à leur vie eux mêmes. »

D'autres sont rendus si fous et déments qu'ils finissent par mettre fin à leur vie eux mêmes.

Itachi vit le visage du blond pâlir dangereusement.

— Quelque chose ne va pas ?
— Itachi…

Le brun ne dit rien, attendant avec impatience que le professeur reprenne peu à peu ses esprits. Les yeux bleus s'agrandirent lentement, fixant ses mains qui tremblaient, à plat sur la table.

— Il va mettre fin à ses jours.
— Quoi ? Comment pouvez-vous savoir une chose pareille ?
— Je l'ai toujours su. Je suis juste passé à côté des signes. Sasuke a déjà tenté d'en finir par le passé. Qu'est-ce qui l'empêcherait de recommencer ?!

Paniqué, Naruto bondit sur ses pieds, la chaise grinçant sur le plancher derrière lui. Le bruit aigu et agressant résonna dans la pièce calme et Itachi, arborant une grimace, se leva à son tour.

— Naruto, que pensez-vous pouvoir faire ? On ne sait même pas où il est !
— Et bien je n'attendrai pas qu'ils aient retrouvé son corps quelque part ! Il a un couteau sur lui !

Itachi essayait de rester calme, mais même lui se vit doucement perdre les pédales, entraîné par la panique du blond.

— On devrait… avant, on devrait réfl… marmonna Itachi.

Mais il fut interrompu par la sonnerie du portable de Naruto. Les mains qui tremblaient férocement désormais, le professeur décrocha croyant qu'il s'agissait de Yahiko. L'image du corps de Sasuke vidé de son sang au fond d'une ruelle comme seule pensée, envahissant sa tête entière, il répondit d'une voix chevrotante qu'il essaya de faire un peu plus confiante.

— Oui ?
Naruto ? C'est moi… Sasuke…


À SUIVRE...