Chapitre 21 :

Zuko marchait dans le désert, sous un ciel bleu sans nuages. Le vent froid n'allait pas tarder à se lever, comme en témoignaient les petits grains de sable qui roulaient sur la surface dorée.

Mais il n'avait pas peur, parce qu'une présence autour de sa main lui rappelait qu'il n'était plus seul. Il tourna la tête et rencontra le regard aimant de Jet. Il se demanda vaguement où le jeune homme avait réussi à trouver le stupide brin de paille qui pendait entre ses lèvres.

La levée soudaine du vent balaya cette interrogation. Le sifflement emplit ses oreilles tandis que les bourrasques s'acharnaient sur son corps, tentant de le déchirer de leur étreinte glaciale.

Mais soudain Jet fut là, à l'entourer de son corps, s'interposant entre ce vent atroce et lui. Ils se pressèrent l'un contre l'autre, faisant bloc contre les rafales et les tourbillons de poussière. Entre les bras de son petit ami, Zuko sentit que le danger s'éloignait peu à peu. Le sifflement insupportable n'était plus qu'un bruit de fond un peu désagréable et le froid ne lui parvenait plus, bloqué par le corps musclé de Jet. Quand leurs bouches se rejoignirent, même les pressions du vent s'évanouirent…

Leurs lèvres finirent par se séparer, mais leurs doigts restèrent entrelacés. Autour d'eux, la poussière était redevenue sable. Et le ciel bleu avait retrouvé son immobilité première. Zuko et Jet se remirent en marche, main dans la main.


Zuko ouvrit les yeux et se retrouva nez à nez avec Jet, entre ses bras puissants. Avec un sourire attendri, il contempla le visage endormi du jeune homme. Ses beaux sourcils étaient légèrement froncés, ses cheveux en bataille et ses lèvres entrouvertes de manière tentante. Zuko trouvait que dans cet état d'abandon du sommeil, son amant était encore plus craquant que lorsqu'il jouait son grand jeu de séducteur.

Et puis un filet de bave coula d'entre les lèvres du séduisant Jet et se répandit sur l'oreiller.

Zuko écarta vivement sa tête pour éviter la flaque, tirant le coupable du sommeil. Les bras bronzés lâchèrent aussitôt son dos et une voix pâteuse mais légèrement inquiète s'éleva :

« C'est mes bras qui…

- Tes bras sont très bien là où ils sont, le coupa Zuko. Par contre, tu peux garder ta bave pour toi. »

Un gloussement étouffé lui répondit. Jet avait enfoncé son visage dans l'oreiller et roulait son faciès dans sa bave.

Zuko le regarda essayer de ne faire qu'un avec le lit avec mollesse (un art dans lequel l'ancien chef des Combattants de la Liberté excellait), partagé entre l'amusement et l'exaspération. Passant une main dans les cheveux bruns désordonnés, il dit :

« Je me demande vraiment comment tu as pu faire trembler les Rhinos Féroces. Tu passes le plus clair de ton temps à dormir et paresser. La seule chose qui devrait vraiment avoir peur de toi, c'est ce pauvre oreiller. »

La réponse de Jet fut perdue dans le coussin. Zuko descendit sa main le long du cou foncé jusqu'au dos bien dessiné qu'il malaxa avec tendresse, déclenchant des grognements appréciatifs chez son petit ami à demi endormi.

« On devrait aller secourir mon oncle, Jet. Je ne peux pas le laisser moisir en prison, c'est ma seule véritable famille. »

Le dos se contracta sous la main de Zuko. Jet releva brutalement la tête, planta deux yeux bien ouverts dans ceux de son petit ami et dit d'une voix claire :

« On en a déjà parlé. On ne partira pas avant que tu sois complètement remis, physiquement et psychologiquement. Ton oncle me tuerait si je te laissais partir avant. Il t'a confié à moi.

- Mais je suis remis ! s'énerva le prince déchu. Je peux marcher comme avant et je ne fais plus ces putains de cauchemars. Qu'est ce que tu veux de plus ?

- Je veux que tu sois complètement remis, répéta Jet.

- Mais c'est le cas ! »

Mais le jeune homme bronzé le regardait toujours avec cet air insupportablement buté qu'il avait à chaque fois qu'ils évoquaient le sujet. Zuko se releva brutalement, attrapa des habits et tout en les enfilant avec de grands gestes saccadés, il dit :

« Si tu continues comme ça, je pars sans toi. De toute façon, tu n'as même pas expliqué à tes amis ce qu'on voulait faire. Alors peut-être que tu seras mieux ici, à te prélasser et rien foutre. »

Et sans lui laisser le temps de répliquer, Zuko quitta la chambre et claqua la porte derrière lui.

Bien sûr, il savait que Jet ne voulait pas attendre par confort personnel, mais parce qu'il s'inquiétait sincèrement pour lui. Mais se faire ainsi couver le mettait en rogne, surtout que les prisons de son père n'étaient pas connues pour être agréables et qu'imaginer son oncle là bas lui donnait envie de tout brûler.

Il poussa la porte de la cuisine avec force et manqua assommer Pesticide.

« Oh mince ! Désolé ! Je… euh, j'étais énervé et… euh, je ne pensais pas que tu étais derrière ! »

La jeune fille leva son menton vers le prince écarlate en signe de défi.

« Ah bon, tu étais énervé ? A entendre tes cris, j'aurais plutôt pensé que tu étais tout joyeux et d'humeur à embrasser la terre entière, à commencer par Jet. »

Zuko se gratta la tête, l'air tellement embarrassé que Pesticide eut pitié de lui. D'un geste fatigué, elle l'invita à s'installer à table. Puis elle s'assit à côté de lui, attrapa une des pommes qui trônait sur le plateau de fruit et lui demanda :

« Bon, qu'est ce que ce crétin de Jet a encore fait ?

- Il s'obstine à jouer la mère poule.

- Vous êtes aussi butés l'un que l'autre, c'est à se taper la tête contre les murs.» râla Pesticide.

Elle croqua dans sa pomme avec hargne, comme si le fruit était responsable du comportement des deux amants. A côté d'elle, Zuko tâtait les fruits avec des gestes tellement violents qu'il finit par écraser une poire. Embêté, il chercha autour de lui de quoi nettoyer sa main poisseuse, sous le regard narquois de la jeune fille.

« Je sais qu'il peut être chiant, mais c'est parce qu'il tient vraiment à toi. Il ne peut pas se permettre de perdre quelqu'un d'autre. D'abord ses parents et son village, et après ses Combattants de la Liberté… Montre lui que tu sais t'occuper de toi même.

- Mais bien sur que je sais m'occuper de moi même ! Et il le sait très bien : je lui ai déjà buté le cul ! » s'exclama Zuko avec humeur.

Sa main pressa la poire déchiquetée pour appuyer ses paroles, achevant définitivement le pauvre fruit. Mais Pesticide n'eut pas le temps de faire de remarque sarcastique, car Jet arriva à ce moment et s'en chargea :

« Et cette poire pourra en témoigner, ô botteur de cul professionnel. »

Zuko regarda Jet avancer vers la table de sa démarche féline. Comment pouvait il retrouver cet air mielleux alors qu'ils venaient de s'engueuler ?

« D'ailleurs pour rappel, c'est moi qui allait te botter le cul. Tu as été sauvé par ton oncle. » reprit Zuko avec légèreté.

Et par le Dai Li, compléta mentalement Zuko… Les yeux bruns de son petit ami cessèrent un instant de pétiller, signe qu'il venait de penser à la même chose que lui. Mais l'instant d'après, Jet avait retrouvé toute sa superbe et se tournait vers Pesticide, qui levait ostensiblement les yeux au plafond.

« Allons au marché tous les deux. On n'aura bientôt plus de poires vu la vitesse à laquelle Lee les détruit.

- Pourquoi faire ? Longue Flèche est déjà la bas, et le village est à presque une heure de marche, protesta la jeune fille.

- Eh bien justement, plus on est de fous, plus on rit. C'est un petit oiseau qui me l'a dit. » insista Jet, une drôle de lueur dans le regard.

Étonnement, Pesticide se leva de sa chaise sans râler. Quelques secondes plus tard, les deux jeunes gens sortaient de la ferme abandonnée, laissant Zuko seul avec sa colère et un cadavre de poire…

Ce n'est que lorsque le banni sortit à son tour de la ferme pour aller entraîner sa maîtrise du feu dans le champ, une bonne demi-heure plus tard, que repensant au départ précipité des deux Combattants de la Liberté et à l'évocation du « petit oiseau » rapporteur, il eut un doute et tourna la tête dans l'autre sens.

En contrebas, il y avait une grosse fumée grise. Pile là où se trouvait le village. Là où Jet et Pesticide étaient allés rejoindre Longue Flèche…