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(TW: Viol. Ce chapitre contient de la violence et des rapports forcés de façon plus ou moins explicite.)
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The show must go on
Assise sur l'une des banquettes, Camues n'avait pas lâché la porte du regard depuis son retour dans le salon. Si croiser Apollon pour le voir entrer dans la chambre de Kanone plus tôt n'avait pas été pour la rassurer, apprendre ce qu'il s'était passé avec Isa pendant son absence n'avait été que pire. S'efforçant de calmer Milow qui fulminait toujours contre Dite, la rouquine avait patiemment écouté Shionne lui expliquer le déroulement des choses.
- Kanone pourra sans doute t'expliquer, avait finit par conclure Shionne.
Mais voilà. Plus le temps passait et plus il semblait évident que Kanone ne reviendrait pas dans le salon, certains clients étant directement conduit vers les chambres par Marin. Alors que la soirée se terminait pour laisser la place à une nuit qui promettait d'être remplie, Camues finit par se lever pour avancer d'un pas décidé vers les chambres. Si la jumelle ne revenait pas dans le salon, c'était elle qui irait la voir pour avoir des explications.
Le caractère de Camues avait toujours été plutôt effacé, discret mais dès qu'il s'agissait d'Isa et de Hyoga, elle était capable d'une assurance que peu de gens lui connaissait. Sa décision de les prendre sous sa protection n'avait pas été faite en vain et depuis ce jour, il ne s'était pas passé un seul instant où elle ne s'était pas soucier de leur rendre la vie la moins pénible possible. Lorsqu'Isa avait pris l'initiative de s'imposer en tant que fille de chambre pour les jumelles, et principalement Kanone, Camues s'était arrangée pour qu'elle n'ait jamais le moindre problème avec Apollon pour ce caprice. Quand Hyoga avait été incapable de trouver le sommeil après son arrivée au Sanctuaire, elle n'avait pas hésité un seul instant à rester auprès d'elle, s'assurant que les loups ne la confit pas à n'importe quel client pour les premiers temps. S'il n'avait tenu qu'à elle, Camues aurait fait son possible pour leur obtenir le même statut que la jeune Ailia et leur éviter d'avoir à se vendre pour pouvoir garder un toit.
Adossée au mur de la chambre de Kanone, la rouquine patientait en silence. Isa restant introuvable, y compris dans sa chambre, il ne lui restait plus que la jumelle pour comprendre ce qu'il pouvait se passer. Perdue dans ses inquiétudes, son attention fut ramenée dans le couloir suite au grincement discret d'une porte s'ouvrant. Elle se détacha lentement de son appui, espérant que ce qu'elle voyait ne soit qu'une horrible illusion, un cauchemar éveillé. Plus loin dans le couloir, Isa sortait des appartements d'Apollon, hissant la bretelle de sa nuisette sur son épaule avant de tenter de remettre de l'ordre dans ses cheveux.
- … Isa ?
La jeune fille se saisit à l'appel de son nom, osant à peine tourner la tête vers l'endroit d'où venait la voix, complètement figée. Sans perdre une seconde, Camues la rejoignit, encore sous le choc de la scène dont elle venait d'être témoin.
- Mais… qu'est-ce que tu fais ici ?
Isa recula d'un pas, puis de deux, le regard fuyant pour se soustraire à cette main inquiète qui s'était posé sur son bras. A cet instant, elle ne souhaitait qu'une chose : disparaître. Sans même répondre à sa question, elle tourna les talons, s'éloignant le plus rapidement possible dans la direction opposée, bredouillant de vagues excuses à propos d'une chose qu'elle devait à tout pris faire, maintenant, tout de suite.
Si la peur avait réussit à dominer jusqu'à maintenant lorsqu'elle devait faire face à Apollon, les choses étaient complètement différentes à présent. La réaction d'Isa n'augurait rien de bon et elle ne pouvait laisser les choses ainsi. C'était tout simplement hors de question. Elle se moquait bien de ce qu'il pouvait lui faire à elle, mais elle refusait tout simplement que l'une de ses deux filles subisse les lubies de cet homme. Sans la moindre once d'hésitation dans son geste, Camues se tourna vers la porte de la chambre du chef du Sanctuaire pour rentrer sans même s'être annoncé.
Encore allongé entre les draps défaits, Apollon s'étirait légèrement avant de remarquer l'intrusion impromptue. Un sourire se posa sur ses lèvres alors qu'il calait son menton dans le creux de sa main, son coude dans l'oreiller alors que sa main libre tapotait la place encore tiède à coté de lui.
- Tiens, tiens… Tu veux venir ?
Cet air suffisant. Ce sourire. Ce sourire odieux.
Une bouffée de colère monta en Camues qui claqua littéralement la porte derrière elle en avançant de quelques pas dans la pièce. Elle pouvait supporter de voir ces hommes riches posés leur mains sales sur ses protégées, c'était le travail. Elle n'avait jamais aimé ça mais elle s'était faite une raison. Mais lui, c'était hors de question. Parce qu'elle savait ce qu'il était. Elle savait mieux que quiconque, avec Sagane, comment cet être détestable obtenait ce genre de faveur. Il menaçait, il manipulait. Il n'y avait que contrainte et forcée que les filles finissaient entre ses draps, que se soit par ses mots ou par ses mains.
- Qu'est-ce qu'Isa faisait ici ?!
Sa voix avait claqué dans l'air, arrachant à Apollon un air surpris l'espace d'un bref instant. La petite créature tremblotante et suppliante qu'il avait l'habitude de voir, avait revêtu un manteau d'un acabit bien différent. Plus il observait son regard brûlant de colère, plus il trouvait qu'elle ressemblait à ces créatures sauvages, une de ses mères du règne animale qui ne montrent leurs crocs que lorsque vous touchez à leur petits. Il se redressa pour s'asseoir calmement, n'affichant pas la moindre crainte face à cette femme furieuse qui semblait décidée à lui sauter à la gorge à la moindre parole malheureuse. Il resta sans prononcer le moindre mot pour le moment. Ce spectacle était bien trop fascinant pour qu'il intervienne. Pas tout de suite.
- Sagane et moi, on ne te suffit pas ?, continua rageusement Camues qui s'entendait à peine, le sang battant avec une force assourdissante à ses tympans. Laisse la tranquille ! Qui tu veux mais pas elle !
- D'accord, finit-il par répondre calmement. Hyoga.
La hargne brûlante se mua en l'espace d'une seconde en une expression froide et calme. Avec un simple mot, il venait sans le savoir de franchir une limite qu'il n'aurait jamais du. Et à l'instant où il relâcha son attention, pensant que sa réponse avait finit de calmer cet élan de rébellion chez la jeune femme, celle-ci se saisit du coupe papier posé sur le secrétaire juste à coté d'elle. Sans le moindre instant de doute, elle se précipita vers Apollon, ses doigts serrés sur le métal froid. Rien n'arrêterait jamais cet homme. Ni les mots, ni les remords. Et alors qu'elle abaissait sa main armée, elle savait qu'il ne restait plus que cette solution.
La mort de ce monstre était la seule chose qui les libérerait de lui.
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En s'enfuyant dans le couloir, Isa avait été trop paniquée pour entendre ce qu'il se passait derrière la porte de l'une des chambres. Ses ongles plantés dans l'avant bras de l'homme qui la maintenait par la gorge, Shua faisait son possible pour tenter de reprendre le contrôle de la situation. Mais plus les secondes coulaient, plus la panique prenait le pas à mesure qu'elle peinait à respirer. Incapable d'appeler à l'aide, elle n'arrivait même pas à comprendre comment les choses avaient pu dégénérer aussi rapidement.
Depuis qu'elle avait pris la place de Kanone auprès d'une partie de sa clientèle, Shua avait finit par prendre pleinement conscience de ce qu'impliquait la place qu'occupait Kanone et la raison de ces marques qu'elle cachait à toutes. Si certains avaient des goûts étranges et dérangeants, ce n'était là que la partie visible de l'iceberg. Il y avait tout un panel d'homme qui, malgré toute la meilleure volonté dont elle pouvait faire preuve, acceptant la moindre requête aussi dégradante soit-elle, n'hésitaient pas à faire preuve de violence. Cherchant à pousser à la faute pour avoir une raison, ils étaient nombreux à se délecter de la crainte qu'il pouvait inspirer d'un simple geste, serrant leur prise jusqu'à laisser la marque violacée de leur doigts sur ses cuisses ou ses bras quand ce n'était pas celle de leur dents sur sa peau.
Tant qu'elle ne craignait pas pour sa vie, Shua avait fait son possible pour supporter ces déviances, supprimant autant qu'elle en était capable le moindre mouvement de défense. Alors que certains se calmaient en voyait la crainte, satisfait de cette sensation de pouvoir qu'ils possédaient sur la ravissante créature des bas-fonds qu'ils avaient payée pour la nuit, il arrivait que ce ne soit qu'un combustible pour la folie d'autres. Mais jusqu'à maintenant, seule Kanone avait eu à faire à ces hommes, ayant pris l'habitude d'engourdir leur sens avec de l'alcool et quelques graines de pavots, la torpeur et l'inconscience les assommant avant qu'ils ne laissent le temps à leur excès d'exploser.
Mais lorsque cet homme était arrivé, la jumelle n'était pas encore disponible et, malgré l'avertissement de Shane, Shua avait décidé de prendre sur elle, comme à son habitude. Comme elle avait été naïve. Elle le réalisait maintenant, le souffle entravé par les mains de cet homme qui ne semblait pas accorder la moindre attention aux sillons sanglants qu'elle traçait avec ses ongles sur ses bras en tentant de se défaire. Peu importait le nombre de coup qu'elle pouvait lui donner, il ne bougeait pas, souriant d'un air de dément qui se délectait de la voir lutter en vain.
Alors que le manque d'oxygène commençait à embrumer ses sens, une poussée d'adrénaline permis à Shua de repousser l'homme alors qu'elle s'éloignait aussi rapidement que possible vers l'autre coté du lit, reprenant douloureusement sa respiration entre deux quintes de toux. Ivre de colère et de contrariété, le client de se redressa, attrapant la jeune fille par la cheville pour l'empêcher de s'enfuir d'avantage en lui hurlant dessus. Sans même réfléchir, muée par son simple instinct de survie, Shua attrapa la lampe de marbre et de bronze qui se trouvait sur la table de chevet et frappa, les yeux fermés à s'en fendre les paupières. Un silence morbide tomba après le bruit sourd de l'impact, les mains de la jeune fille tremblant tellement que l'objet lourd lui glissa des mains pour tomber sur le lit.
Son regard figé sur le liquide carmin qui l'avait éclaboussé, encore trop choquée pour réaliser, Shua se saisit en entendant la porte s'ouvrir.
Dans l'encadrement de la porte, Ailione eu un léger mouvement de recul face à la scène avant de rapidement entrer dans la pièce en fermant derrière elle. Ayant entendu la voix du client depuis le couloir, elle avait décidé de venir s'assurer qu'il ne se passe rien de grave. Mais elle n'aurait jamais pensé trouver un tel spectacle. Approchant avec précaution de la jeune fille qui semblait complètement tétanisé, les yeux rivés sur le corps inanimé du client, elle fut repoussé par deux fois sous la panique qui n'avait pas complètement disparu avant de réussir à l'attirer vers elle pour l'éloigner du lit.
- C'est un accident… Je… Je ne voulais pas, finit par réussir à articuler Shua. Il a essayé de…
- Ce n'est rien. C'est finit, se contenta de dire Ailione pour qu'elle ne se force pas à continuer.
La gardant contre elle le temps qu'elle arrive à se calmer alors qu'elle avait finit par fondre en larme maintenant que l'adrénaline était retombée, elle n'avait pas besoin de la moindre explication pour comprendre. Les traces rouges qui commençaient à foncer sur la gorge de Shua suffisaient amplement. Mais pourtant, elle savait que cela ne serait d'aucune aide face à Apollon. Quoiqu'elle puisse dire, même si son geste n'avait été que pour défendre sa vie, il n'y avait pas le moindre doute que c'est à elle qu'il imputerait toute la faute.
Relevant le visage de Shua, Ailione essuya les traces de sang qui avait marqué son visage avec son pouce avant de la regarder droit dans les yeux pour s'assurer qu'elle l'écoute bien.
- Tu vas aller dans la salle d'eau retirer le sang. Je vais chercher une solution pour lui, expliqua-t-elle d'un ton décidé. Tout ira bien, personne ne saura ce qu'il s'est passé. Tu as ma parole.
Si elle était arrivée une seconde plus tôt, elle aurait sans doute tué cet homme de ses propres mains.
Le corps, les draps et cette histoire. Tout disparaîtrait avant même que quelqu'un n'ait le moindre doute. Ce qui ne serait clairement pas le cas des ecchymoses sur la gorge de Shua. Alors pourquoi avoir le moindre remord ?
