Douceur liquide

Auteur: Woshi

Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent

Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles

Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière

Note: J'ai écrit ce chapitre avec mes larmes... 8'D Non, plus sérieusement, j'ai eut un mois assez costaud, ce qui explique pourquoi j'ai trainé (non, je ne me cherche pas d'excuse). Et encore un gros morceau j'ai envie de dire, alors j'espère que vous avez faim parce qu'il va y avoir du lourd!

Je voudrais encore une fois remercier toutes les personnes qui prennent la peine de me laisser une review, ça me fait chaud au coeur et c'est toujours un plaisir de vous répondre et discuter avec vous!

Enfin bref, finit le blabla, place au chapitre! Bonne lecture!

[ Saya no Uta OST - Spooky Scape / Sweet Pool OST - The Hunger ]


La nuit commençait déjà à s'installer alors que lycée avait été déserté depuis longtemps.

Sous les derniers éclats du crépuscule, Takao marchait d'humeur sombre en direction de son but. Après les cours, il avait fait mine, comme toujours, de sortir de l'établissement pour rentrer chez lui. Cependant, chose inattendue; Shin-Chan avait été présent au portail, l'attendant presque comme un condamné à mort envers son exécuteur. Il ne lui avait rien dit, simplement montré d'un signe le vélo qui le servait d'ordinaire à le tracter pour le raccompagner chez lui. Kazunari hésita quelques secondes, mais pas longtemps avant de voir dans cette initiative un signe ultime de la confiance que son ami avait envers lui, même plongé dans les plus obscures ténèbres de la folie.

Ils n'avaient pas joué à pierre-feuille-ciseau cette fois-là. Le jeune homme aux yeux aigles s'était d'emblée proposé, moins parce qu'il savait qu'il allait de toute façon perdre et plus parce qu'il ne voulait absolument pas laisser passer cette occasion, peut-être la dernière, de passer du temps avec Shintarô. Il ne savait pas ce qui avait décidé ce dernier à vouloir qu'il le conduise chez lui après ces derniers jours de mutisme, mais les faits étaient là. Shin-Chan était de toute façon quelqu'un de lunatique, alors cela ne l'étonnait qu'à moitié. Une fois qu'il l'eut raccompagné dans un silence morbide, l'adolescent aux cheveux brun le salua sans recevoir de réponse puis répartit sur son bicycle dans un silence pesant.

Ou du moins, c'est l'illusion qu'il donna.

Après avoir fait quelques mètres pour s'assurer qu'on ne le verrait sous aucun angle, il gara son moyen de locomotion dans un endroit discret puis refit purement le chemin inverse. Sauf que cette fois, il prit soin de faire un grand détour du quartier, de sorte à ce qu'il ne puisse pas être vu depuis les fenêtres de la maison des Midorima. Cela fut fastidieux et assez stressant, mais Takao réussit à se glisser juste en dessous d'une fenêtre qui s'avérait être ouverte. Il remercia sa chance d'avoir fait en sorte que les propriétaires aèrent cet endroit sans surveiller. Avec la discrétion dont il était capable, il réussit à se faufiler à travers l'ouverture sans faire de bruit.

Cette fois, s'il se faisait surprendre par l'un ou l'autre des parents, ils pourraient légitimement l'accuser d'être entré par effraction.

Mais de toute façon, invité ou non par son camarade, il se ferait de toute façon jeter, alors autant qu'il s'invite tout seul. Après tout, ce n'était pas comme s'il avait l'intention de se servir uniquement dans le frigo et squatter le lit de Shin-Chan. Aussi fort qu'il aurait aimé que ce soit le cas, ce n'était pas ça. Aujourd'hui, s'il était entré comme un voleur dans une maison qui n'était pas la sienne sans avertir personne, c'était pour de bonnes raisons. Il voulait tout simplement avoir le coeur net de toutes ces histoires qui concernaient les Midorima, et surtout leur fils. Aujourd'hui, il était hors de question qu'il reparte sans réponse, quitte à ce que la vérité se révèle encore plus cruelle qui ne l'aurait pensé.

Ayant mis à disposition ses capacités d'observation et de discrétion de manière intense ces derniers jours, Takao réussit à se faufiler d'une pièce à l'autre sans se faire repérer. Sans laisser de trace. Camouflant sa présence au maximum, personne ne devait deviner que quelqu'un d'étranger trouvait dans les lieux. Visitant au passage l'endroit, quoique de manière rapide, l'adolescent remarqua sans étonnement que Shin-Chan était fils unique et qu'il n'y avait pas d'animaux de compagnie dans cette maison. Bien, cela voulait dire qu'ils étaient trois habitants. Et vu l'heure, son camarade devait sans doute être dans sa chambre, il n'avait donc aucune crainte de tomber sur lui.

Et ce n'était de toute façon pas lui que Kazunari voulait espionner.

Après avoir fait silencieusement la visite des lieux, tout du moins, des pièces par lesquelles il passait, Takao entendit un bruit venir d'une pièce située à l'opposé de la chambre de Shin-Chan. Elle était fermée, mais en tendant l'oreille, il pouvait largement deviner que cela venait des personnes de l'autre côté. Les deux parents y étaient visiblement présents semblaient discuter d'un ton assez grave. Avec autant de discrétion, Kazunari s'approcha jusqu'à se retrouver coller contre le bois de la porte. La seule barrière qui les séparait. Si jamais il leur venait idée d'ouvrir brusquement, il serait démasqué, mais l'adolescent brun sentait que ce n'était pour le moment pas dans leur attention.

Il se placa de manière stratégique afin de pouvoir fuir à tout moment et resta aux aguets.

Visiblement, au vu du ton agressif et soutenu, le sujet devait être sérieux.

"Cela ne peut plus continuer, il faut partir d'ici!" S'exclama une voix féminine, âgée.

"Et où ça?" Répliqua son homologue masculin. "Tu sais très bien que peu importe l'endroit où nous irons, ils seront toujours là pour ne menacer. On ne sait pas jusqu'où leur réseau s'étend!"

"Oui mais... je n'en peux plus de cette vie. Allons à l'étranger! Ils ne pourront pas nous trouver là-bas."

"Tu es folle!" Tu sais toutes les préparations que cela prend pour déménager à l'étranger? En plus ils pourraient très bien nous en empêcher s'ils devinent nos intentions. C'est beaucoup trop tard maintenant!"

"Je ne veux plus subir tout cela..."

"Nous n'avons pas le choix, nous sommes obligés de rester dans cette secte."

Une secte?

Alors les Midorima étaient vraiment impliqués dans ce genre d'histoire morbide? Mais... De quoi avaient-ils donc peur? Qu'est-ce qui les empêchait de s'enfuir? Qu'est-ce qu'ils étaient obligés de faire pour ces gens pour être à ce point désespéré? Que... faisaient-ils subir à Shin-Chan au quotidien? L'image du tatouage étrange lui revint en mémoire et il ne put s'empêcher de penser que cela avait un lien. Peut-être une marque d'appartenance, ou quelque chose comme cela. Qui sait à quelles sombres pratiques son ami était obligé de se plier chaque jour. Si ça se trouvait, c'était la cause de tous ses troubles; l'horloge, sa paranoïa, sa dépression... L'esprit bien trop fertile de Takao commençait à lui envoyer des images déplaisantes.

La sonnerie d'un téléphone fixe l'empêcha d'aller trop loin au point de sombrer à son tour dans la folie

"Non... ce sont eux!" Paniqua alors la mère d'un ton affolé.

"Calme toi!" Rétorqua le père, non moins nerveux. "Mets le haut-parleur, Shintarô est enfermé dans sa chambre de toute façon."

Takao grinça des dents en entendant cela mais cruellement, c'est cette confiance aveugle envers leur intimité et cette distance autoritaire qu'il avait vis-à-vis de leur fils qui lui permettait d'être là où il était actuellement. Il ne pouvait qu'être soulagé de savoir qu'en effet, Shin-Chan ne risquerait pas de le surprendre, tout comme les deux adultes ne se sentaient pas observés ou écoutés par une tierce personne. Une part en lui souffrait d'une lourde culpabilité de profiter ainsi de cette situation, mais une autre part lui rappelait qu'il n'avait pas choisi sa position. S'il avait pu, nul doute qu'il aurait préféré apprendre ces choses de la part de son camarade plutôt qu'en espionnant ses parents.

Une voix étouffée et modifiée, sans doute via un appareil électronique, se fit alors entendre.

"Bien le bonsoir, Midorima-san. J'espère ne pas vous déranger."

"Non, non! Vous... vous ne nous dérangez pas du tout!" Répondit l'homme de la maison d'une voix tremblante mais polie. "Qu'est-ce qui vous amène à nous contacter si tard?"

"Eh bien, j'aimerais savoir si vous aviez repensé à ma requête."

Taka eut pendant un moment du mal à savoir si la personne qui parlait était bel et bien un être humain qui usait de technologie pour transformer sa voix ou si ce n'était pas qu'un simple robot. L'individu était étrangement calme et surtout, articulait beaucoup trop bien ses syllabes. Mais bien plus que cela, Kazunari avait un étrange sentiment oppressant dès lors qu'elle eut pris la parole. L'atmosphère était soudain devenue beaucoup plus tendue, comme si une bombe venait d'être amorcée et menaçait à tout moment d'exploser. Cette personne était beaucoup trop courtoise alors que se ressentait étrangement une colère, voir une haine à travers ses paroles. Cela en paraissait presque inhumain...

"Eh bien..."

"Cela fait quelque temps déjà que je vous parle du cas de Shintaro, non? Je pense que vous avez eu tout le temps qu'il vous fallait pour me donner votre réponse." Siffla la personne soudain moins courtoise. "Nous sommes allé déjà très loin dans le seul but d'obéir à la Providence Naturelle."

"Oh s'il vous plaît... soyez indulgent... soyez indulgent avec nous!" Supplia la mère Midorima, soudain désespérée. "Nous avons toujours suivi les recommandations de l'organisation! Nous nous sommes occupé de Shintarô depuis sa naissance et fait en sorte qu'il se plie à vos desseins!"

Ils entendirent un soupir fatigué de la part du haut-parleur suivi d'un long silence.

"J'ai l'impression que vous ne comprenez pas très bien votre situation." Fit alors la voix déformée d'un ton bien plus sec. "Je me suis toujours montré tolerant envers votre famille. Depuis des décennies, l'organisation a accordé à vos prédécesseurs un patrimoine, une réputation et un statut aisé afin que votre nom n'ait jamais à souffrir du besoin ou de renommée."

"Et nous vous en sommes extrêmement reconnaissants!" S'empressa la femme.

"Mais tout cet entretien a un prix, vous le savez!" Coupa l'étranger, ne voulant visiblement pas entendre leur gratitude orale, pas plus que leur justification bancale. "Ce n'est pas pour rien si l'organisation a tant que cela prit soin de vous; vos ancêtres se sont engagés. Il est maintenant temps d'honorer leur part du contract!"

Takao ne pouvait rien voir à ce moment précis, mais par le silence et la tension pesante suite à ce reproche, il pouvait aisément deviner les deux adultes très mal en face du téléphone. Lui-même, alors qu'il n'était pas directement concerné, ne put s'empêcher de déglutir d'appréhension en imaginant très bien l'ampleur de la menace. Il sentait que quelque chose de sous-entendu venait d'être énoncé. Quelque chose de très mauvais que tous les occupants de cette maison redoutaient. Cela ne lui plaisait pas du tout. L'adolescent ignorait ce qui était en jeu, mais cela allait bien au-delà d'une simple considération matérielle, il en était certain.

Après un petit temps, la voix reprit, sans doute satisfaite de l'effet engendré.

"Je sais à quoi vous pensez, et je ne vous appelle pas pour cela ce soir."

Les deux parents soufflèrent de soulagement, comme si on venait de leur annoncer qu'ils étaient graciés.

"Cependant, votre fils a interféré avec un hôte extrêmement rare, car de nature Mesu."

...

Mais de quoi étaient-ils en train de parler?

"Nous n'avions pas vu d'hôte à ce point compatible avec la vie interne depuis fort longtemps. Son existence est tellement parfaite qu'il peut faire naître la chair à l'état brute par une simple stimulation. Il sera probablement apte à produire un Immaculé très prochainement une fois arrivé à maturité."

La tension fut palpable dans l'air le temps que l'individu au bout du fil reprenne sa respiration.

"Mais pour cela, il doit être associé à un Osu parfait. C'est le voeu le plus cher et le but même pour laquelle l'organisation a été créée. Nous ne pouvons pas nous permettre d'échouer!"

Une autre pause, assez longue pour mettre les nerfs de tout le monde à vif, mais pas assez pour leur permettre de retrouver du courage

"Pourtant, Shintarô ne cesse d'interférer et jouer avec eux pour gagner du temps. C'est d'ailleurs son but secret; faire échouer nos plans."

Cette dernière phrase laissa les parents désarmés, comme s'ils venaient d'apprendre ce fait sans s'en être douté le moins du monde. Kazunari, de là où il était et même avec ses connaissances limitées, ne put s'empêcher de se sentir irrité de leur surprise. Il ne savait pas quel était ce "plan", il ne savait pas en quoi il consistait, ni comment il allait se dérouler. Mais il n'y avait aucun doute, quand on prenait la peine de s'intéresser un minimum à lui, que Shin-Chan semblait très mal vivre sa situation. Alors qu'il refuse et s'y oppose était quelque chose de tout à fait naturel. Un simple réflexe de survie.

"Nous... nous sommes désolés! Nous ne savions pas qu'il essayait de vous mettre des bâtons dans les roues!" Répondirent-ils à l'accusation.

"Vraiment?" Interrogea la voix d'un ton mi-ironique, mi-exaspéré. "Vous savez, il a toujours haï sa nature profonde, et de ce fait, ses congénères qu'il évite comme la peste. C'est la raison pour laquelle il ne veut pas que le projet aboutisse... je me demande bien d'où cette haine peut lui venir."

Les deux adultes se turent, sachant qu'à ce stade, cela ne servait plus à rien de mentir ou même d'arrondir les angles.

Ils avaient toujours méprisé leur fils pour ce qu'il était, ce dès sa naissance. S'ils avaient pu, ils l'auraient sans doute tué à la seconde même où il naquit, voire plus tôt... mais cela leur fut interdit. Car une sanction bien plus horrible encore que l'obligation d'entretenir un monstre sous leur propre toit les attendrait. Alors, ils l'avaient gardé, à contre coeur. Après, la manière dont ils l'avaient éduqué, la manière dont ils l'avaient élevé... Ils avaient tout fait pour s'en tenir éloigné et n'avoir rien à faire avec lui sans pour autant pouvoir engager quelqu'un à leur place pour s'en occuper. Au point que maintenant, ils s'en rendaient compte, Shintarô aurait pu par ses actes et ses paroles mettre la vie de tout le monde en danger.

Le couple Midorima ne pouvait nier avoir transmis involontairement ce rejet de... ces autres créatures à leur fils.

"C'est ce refus de son espèce et ce dégoût que vous lui avez inspiré qui l'empêchent de devenir un Osu parfait!" Accusa l'inconnu d'une voix cruellement grave et froide. "À croire que vous ne vouliez vraiment pas honorer l'engagement de votre famille !"

"Bien sûr que si!" Assura la voix avec crainte. "Nous n'étions pas au courant de ses actions, sinon nous l'aurions mieux surveillé."

"Je veux pas entendre vos excuses!" Coupa encore une fois la personne, cette fois-ci clairement irritée de s'entendre répéter les mêmes choses. "À l'heure actuellement, seul un Osu parfais peut s'accoupler avec un Mesu. Si Shintarô avait accepté de prendre ce rôle, je n'aurais pas eut besoin de vous importuner autant. En fait, une fois le rituel accomplit, l'organisation vous aurait laissés tranquilles jusqu'à la fin de votre vie. Mais là... dès que tout sera fini, nous devrons prendre des mesures strictes vous concernant."

Le vide qui suivit en disait long sur la sentence qui les attendait. L'adolescent brun n'osa même pas imaginer ce que cela impliquait.

"Vous n'espériez tout de même pas que, parce qu'il n'était pas encore arrivé à son stade de maturité, nous allions abandonner votre fils."

"Non, bien sûr que non. C'est la raison même pour laquelle... je l'ai mis au monde." Répondit amèrement la femme d'un ton résigné. "Ce qu'il fait... ce qu'il fait est vain."

"Exactement."

Takao sentit son coeur lui faire mal en entendant la voix de celle qui était censée être la mère du principal concerné exprimer cela de manière aussi insensible et sans aucune hésitation.

De quel droit se permettaient-ils de dénigrer Shin-Chan ainsi? Parler de lui comme s'il n'était qu'un animal... ou un objet! Oh bien sûr, c'était sûrement le cas. Il n'avait pas compris grand-chose sur ce qui était en train de ce dire, mais le jeune homme aux yeux gris avait bien saisi que son camarade aux pupilles vertes n'était qu'un simple pion à sacrifier dans leur histoire. Il ne mesurait pas encore à quel point son ami était impliqué, ni en quoi son rôle consistait exactement, mais les petits indices lui montraient clairement qu'il était dans la misère. Sa colère grandissait en lui, mais il ne pouvait rien faire à part écouter en silence et ronger son frein.

"Mais... mais est-il nécessaire de souffrir autant?" Fit malgré tout la voix féminine d'un ton timide et craintif. "Nous ne nous attendions pas à ce que ce soit si dur... ni même qu'il ne subisse autant d'effets secondaires."

"Tout est de sa faute." Répondit impitoyablement l'étranger. "Sans cesse, il est testé, sans cesse, il échoue. Cela serait bien plus facile pour lui s'il acceptait tout simplement ce qu'il est, comme le fait notre Osu parfait. Mais il n'en fait qu'à sa tête, alors tant pis pour lui. C'est votre punition pour ne pas avoir su l'éduquer correctement."

S'il avait pu, Takao aurait sans doute vu l'air mortifié et coupable du couple qui ne savait quoi répondre à cela.

"Alors que vous avez eu la chance de faire partie de la famille Midorima qui protège et porte les desseins de l'Immaculé, vous avez renié Dieu et ignoré la raison de vivre de votre lignée. Le destin a puni votre enfant, et ce sera le fardeau de Shintarô."

"Nous ne savions pas... nous ne savions pas qu'il était allé aussi loin. Ayez pitié!"

"Je n'attends plus rien de votre part." Résuma impitoyablement l'inconnu en ignorant cette supplique. "Vous avez lamentablement échoué à la seule mission qui vous était confiée en échange de votre vie confortable: élever un hôte! Nous avions déjà la preuve que la présence des parents biologiques est inutile pour leur développement, vous venez de confirmer notre théorie... on peut même dire tout l'inverse; vous parasitez leur maturité!"

Un silence de mort se fit sentir avec cette annonce aussi choquante qu'inquiétante.

"La naissance d'un nouvel Immaculé approche." Conclut la personne. "Votre fils n'aura de toute façon pas le choix. Nous devons nous préparer nous aussi de notre côté. Si jamais l'Osu et le Mesu ne concluent pas au final, tout ce que nous aurons fait jusque-là sera vain et il faudra tout recommencer. Cela veut dire attendre peut-être encore des années jusqu'à ce que de nouveaux hôtes atteignent leur maturité!"

Sa dernière phrase employée sous un ton alarmiste n'échappa pas à l'oreille vigilante de Takao qui sut qu'il tenait là un élément crucial de la conversation.

"L'Origine...ne va pas attendre indéfiniment. Son temps lui est compté, et si jamais les choses n'avancent pas bien, il faudra peut-être lui sacrifier le Mesu afin qu'il retrouve un peu de sa chair originelle et puisse survivre encore quelque temps jusqu'au prochain rituel."

"Ah... oui..."

Les deux adultes ne surent quoi répondre et honnêtement, l'adolescent se sentirait aussi désarmé à leur place.

"Vous comprenez, Midorima-san; nous ne voulons pas échouer si proches du but. Si nous allons jusqu'au bout, ce sera fructueux, le début d'un cercle vertueux. L'organisation pourra aller de l'avant, et alors peut-être que nous reverrons notre jugement vis-à-vis votre condition, pour peu que Shintarô se conduise bien jusque-là. Cependant, si vous n'êtes pas en mesure de contrôler votre propre fils au point qu'il fasse échouer le rituel..."

La menace en suspens dépêcha le couple de rassurer bien vite leur interlocuteur, comme si la sanction tomberait immédiatement avant la faute.

"Bien sûr, nous pouvons le contrôler!" S'exclama l'homme. "Nous le lui avons dit beaucoup de fois de se tenir tranquille! Nous ne ferons rien pour vous mettre en colère... ni l'organisation! Nous vous servirons jusqu'au bout!"

"Bien. Si vous avez compris, c'est parfait. Ce sera tout pour aujourd'hui."

Il semblait que la conversation soit fini.

La tonalité resonnant dans le vide le confirma et Takao décida de ne pas se risquer plus longtemps ici à se faire prendre. Bien sûr, il aurait aimé rester pour entendre l'impression des parents, mais il sentait que la tension qu'avait engendrée cet appel téléphonique ne lui porterait pas chance. Il se dépêcha de reculer de cette porte qui pourrait à tout moment s'ouvrir sur un couple en colère. Et cette fois-ci, il n'était pas sûr qu'ils se contenteraient de le jeter comme un malpropre, vu la gravité et la confidentialité de ce qu'il venait d'entendre. Prenant soin de vérifier que personne ne le verrait, il sortit par la fenêtre et couru aussi vite qu'il put en direction de son vélo.

Son stress descendait légèrement au fur et à mesure qu'il s'éloignait de cette maison malgré la désagréable sensation d'être épié par quelqu'un qui savait qu'il espionnait plus tôt. Ce ne fut que lorsque son vélo fut garé dans la cour de son immeuble et les portes, de l'appartement de ses parents mais aussi de sa chambre, claquées, qu'il se sentait enfin à l'abri. Cependant, son malaise ne le quittant pas, il ferma les volets de sa fenêtre avant de s'allonger sur son lit et se rouler en boule sous les couvertures, s'offrant une illusion de protection et d'intimité. Même cela n'arriva pas à le calmer.

Tout le long du chemin, une sensation désagréable et angoissante lui avait étreint le coeur, et elle ne voulait pas le quitter.

Jamais une conversation ne lui avait laissé un tel sentiment, surtout à laquelle il n'avait pas prit part. Elle était sans doute de loin la plus étrange qu'il a pu entendre, et pourtant qu'il en avait entendue, des conversations étranges, à force de fréquenter Shin-Chan! Mais là, le sujet fut juste... anormal. Kazunari n'arrivait même pas à se l'imaginer en fait tellement cela le dépassait. La moitié du vocabulaire employé lui échappait totalement. Mesu? Osu? Immaculé? Rituel? Qu'est-ce que tout cela voulait-il bien dire? Il n'en avait aucune idée, à part avoir la vague image d'une réunion d'individus encapuchonnés dans une cave sombre en train de réciter des incantations sataniques... Non, il préférait ne pas se l'imaginer.

Cependant, il avait compris une chose; les parents de Midorima étaient sous la pression d'un chantage extrêmement fort et Shin-chan en subissait directement les frais.

À en juger par ce qu'il en avait entendu, ils étaient impliqué dans une sorte de secte ou organisation qui les entretenait. Mais dans quel but? Et en échange de quoi? Ils semblaient préparer quelque chose. Quelque chose d'important, et visiblement urgent en rapport direct avec le fils Midorima. Oui, c'était lui. C'était sans doute Shintarô que ses parents "donnaient" en échange. Mais de quelle manière, il ne le savait pas. Est-ce que son ami était obligé de faire des choses? Ou bien allait-il être obligé de faire des choses, ce qui expliquait pourquoi il était tellement à cran en ce moment? Mais... la raison pour laquelle il était en colère était tout autre pourtant...

Jusqu'à présent, Takao avait toujours regardé d'un air curieux, voir intrigué les excentricités de son camarade.

Mais après avoir entendu ces histoires, il commençait à comprendre qu'il avait en fait les pieds bien plus sur terre que n'importe qui. À sa manière.

Même après avoir tenté de faire le point dans son esprit embrouillé, cette oppression ne voulait pas quitter sa poitrine. Si cela avait été une blague, Takao en aurait rit de bon coeur. Mais malheureusement, les choses étaient sérieuses; cette secte était responsable de tous les maux qui pesaient sur la famille Midorima. Sur Shin-Chan. Et peu importe leurs buts, ils semblaient prêts à tout pour l'atteindre. La question n'était même plus de savoir qui était ce "maître" mais de trouver comment les libérer de son emprise. Cette secte semblait influente, à ne pas y douter, mais il y avait une limite au pouvoir économique, même politique. Et pourtant... pourtant.

La fuite était impossible.

Cela semblait pourtant simple de s'en aller. Dans un endroit que l'on jugerait à l'abri de ces gens qui, par ce qu'il en avait compris, vivaient surtout dans l'ombre et ne devaient pas avoir un réseau si large que ça. Déménager à l'étranger, comme l'avait suggéré la mère de son ami. Cette idée avait traversé l'esprit de Takao; prendre Shin-Chan et partir ailleurs où il pourrait enfin être heureux. Mais ils ne le pouvaient pas. Ils ne pouvaient pas fuir. Ils ne pouvaient pas se débarrasser d'eux. Parce qu'il y avait autre chose. Il le sentait. Un lien fort, invisible et indestructible qui liait la famille Midorima et plus particulièrement leur fils à cette organisation et même à son coeur.

Alors que découvrir ce qui se cachait derrière son malheur aurait dû l'aider à sauver Shin-Chan, Kazunari ne put que réaliser à quel point il était impuissant.

OoOoOoOoOoOoOoOoOO

Ce matin, la semaine à peine entamée semblait avoir déjà épuisé tout le monde.

Le temps était nuageux, l'air étouffant de la veille persistant dans l'atmosphère avec pourtant un soleil pâle qui se cachait derrière les cumulus. Le genre de météo qui n'était apprécié de personne. Avec l'impression de traverser un bord de mer sous les tropiques ardentes, Kise se dirigeait vers le lycée d'un pas moins anxieux que ces derniers jours. Sa condition s'étant bien stabilisée depuis son retour en cours, il avait pu travailler un peu le week-end et même le soir sur ses leçons. En plus d'avoir occupé son esprit tout le week-end, il sentait une satisfaction d'un devoir accomplit qu'il n'avait plus ressenti depuis assez longtemps. À ce rythme, le prochain examen allait être une réussite.

Il devait être une réussite.

Comme cela, Akashi-sensei le libérera de son obligation de suivre des révisions avec Aominecchi. Même s'il se rendait compte maintenant que c'était moins parce qu'il ne supportait pas son camarade que ça lui pesait de faire cela à la fin des cours. Non, pour être franc, il arrivait désormais très bien à supporter l'adolescent au teint sombre. Leur dernière session de révision s'était d'ailleurs passée sans encombre, où il put cette fois-ce rester un minimum concentré jusqu'à la fin de l'heure. Cette fois encore, il n'avait pas croisé les parents de Daiki et ce dernier l'avait laissé repartir simplement comme cela. Et c'était très bien, maintenant qu'ils avaient trouvé un bon équilibre lorsqu'ils passaient du temps ensemble.

Cependant, une partie au fond de lui souhaitait peut-être que ce temps ne soit justement pas sous l'excuse d'un tutorat dont il n'avait au fond pas si besoin que cela.

Plein d'espoir, le blondinet entra dans la salle de classe après être passé dans le couloir à casier pour y changer et ranger ses affaires et prit place à sa chaise habituelle sans prendre la peine de s'arrêter sur ceux qui le saluaient. Au milieu de ce climat habituel, Ryouta laissa son regard d'or se diriger spontanément vers la fenêtre. Aomine n'était pas visible dans le préau. Ou bien il arriverait peut-être plus tard, ou bien état-il déjà dans sa propre classe, qui sait. Cependant, Kise avait toujours le pressentiment que son camarade arrivait toujours dans l'enceinte du bâtiment avant lui. Il n'avait jamais pu s'en assurer de lui-même, mais une impression en lui soufflait cette idée.

Après tout, l'adolescent aux yeux marins était d'une année de plus que lui, aussi bien en âge qu'en classe scolaire. Il n'était pas l'élève le plus brillant de l'établissement, loin de là, mais son talent au basket lui valait d'être reconnu et porteur d'espoir pour le club du lycée. Il était l'exemple même de la réussite, d'une certaine manière. Son jeu était parfait. Trop parfait. Au point qu'il était dégoûté d'un sport qu'il avait jadis aimé plus que tout. Aujourd'hui il s'en fichait, et cela s'en ressentait clairement dans son attitude. C'était triste, d'une certaine manière, et cela donnait envie de raviver la flamme pour lui prouver que ses rêves étaient encore possibles à sauver. Mais qui donc pourrait bien se charger de cette quête?

Certainement pas Kise, qui lui-même n'avait aucune flamme à raviver, alors s'occuper de celle d'un autre n'était même pas pensable...

Mais tout cela n'était pas si important finalement, surtout pour des adolescents comme eux qui arrivaient à la fin de leur scolarité. Ils avaient vécu leur vie de collégien et de lycéen à leur manière. Elle aurait pu être mieux, à bien des égards, mais elle aurait aussi pu être pire. Au final, ils étaient justes satisfaits d'être arrivés jusqu'ici, là où d'autres avaient bien moins de chances qu'eux. Bien sûr, cela ne voulait pas dire qu'ils étaient prêts à devenir adultes, mais ils étaient au moins prêts à abandonner leurs rêves et leurs idéaux pour un monde un peu plus réaliste. Même si au fond, ils savaient bien qu'ils auront toujours ce pincement au coeur sous la forme d'un amer regret d'être passé à côté de quelque chose.

En attendant, ils devaient l'atténuer comme ils le pouvaient.

Aujourd'hui, Ryouta irait chez Daiki pour leurs cours particuliers pour y contribuer.

En y repensant, cela le plongea d'ailleurs dans une humeur confuse. Autant la dernière fois s'était passée sans évènements particuliers, autant celle d'avant... Le souvenir du visage endormi de son camarade, apaisé et presque fragile, appuyé contre son épaule fit bondir son coeur d'émotion. Bien qu'il l'ait vu de ses propres yeux, cela lui semblait désormais irréel et dénué de sens avec du recul. Comme si tout cela s'était passé en rêve. Peut-être... peut-être n'avait-il pas été bien réveillé à ce moment-là, son esprit basculant à la frontière de l'inconscient. Ce n'était pas la première fois qu'il expérimentait des songes réalistes, mais aucun jusqu'à présent ne lui avait été aussi agréable et tendre.

Alors qu'il vérifia de nouveau la présence du bleuté dans la cour, une voix vint l'interpeller.

Une voix qu'il avait peur de reconnaître dû à son ton grave et agressif.

"Yo." Salua Kagami d'un air impassible en se plaçant en face de lui.

Il semblait avoir retrouvé son état d'esprit initial après l'interaction de la dernière fois... Cela soulagea à moitié Kise, se méfiant maintenant des personnes d'apparences calme et posée. L'écho de la discussion qu'il eut avec Kurokocchi lui revint en mémoire. Il ne pouvait pas en être totalement sûr, mais la personne dont son ami craignait les réactions semblait très clairement être Kagamicchi. Eh bien... il avait peur d'admettre que ses craintes n'étaient pas totalement infondées. Le lendemain de son premier tutorat avec Aominecchi, il lui avait semblé que le rouquin avait eu un regard bien plus mauvais que d'habitude. Le bleuté avait dû le sentir lui aussi, puisqu'ils en avaient parlé au téléphone le soir même quand le blondinet l'avait involontairement appelé.

Bonjour..." Répondit Ryouta sur la défensive.

Il préférait ne pas étendre la conversation, déjà sincèrement surpris que Taïga soit venue lui parler en sachant qu'il était encore plus asocial que Tetsuya lui-même.

"Pas la peine de m'regarder comme ça..." Grogna l'adolescent aux yeux carmin d'un air mauvais. "Y'a Akashi qui te demande en salle de laboratoire à la fin des cours, ce n'est tout ce que je vous te dire."

"Oh... d'accord... merci..."

"Ouai... de rien..."

Sur ce, Kagami s'éloigna du pupitre de son camarade sans demander son reste sous l'oeil doré et perplexe de ce dernier.

Étrange. Juste pendant un moment, Kise avait pensé que c'était étrange. L'expression, l'attitude, le ton de la voix de Kagamicchi étaient les mêmes que d'habitude mais quelque chose n'allait pas. Quelque chose n'était pas normal. Quelque chose clochait... Ses yeux. Oui, c'était cela. Son regard n'était pas dénué d'intérêt ou ennuyé, comme d'habitude. Il n'y avait pas cette indifférence méprisante qu'il exprimait envers chaque personne à laquelle il parlait. Ils semblaient animés d'une étrange lueur malsaine. Une lueur que le blondinet avait déjà vue quelque part... Midorima. Et Aomine. Ce fameux jour de pluie. Il avait les mêmes yeux.

Ryouta se redressa d'un coup et se secoua la tête. Il réfléchissait trop. Il n'y avait aucun moyen que Taïga ait un quelconque rapport avec ces deux types dérangés. Il était normal. Il détestait ce genre d'individu.

Néanmoins, son malaise resta toute la matinée et lui colla à la peau jusqu'à la fin de l'après midi.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Après les cours, quand la classe fut finie, Kise se dirigea vers la salle de laboratoire, comme Kagami l'en avait informé.

Dans cette partie du bâtiment, du fait de sa position au moment du crépuscule, les rayons du soleil atteignaient difficilement l'intérieur des différentes pièces, rendant les allées plus sombres que dans n'importe quel autre endroit du lycée. Peut-être à cause de cela, rares étaient les personnes, étudiants ou membre du personnel enseignant, qui s'attardaient ici tard le soir. L'ambiance morne devenait très rapidement angoissante et effrayante lorsque l'on s'y aventurait seul. De plus, le dispositif des installations scientifiques obligeant, une certaine ventilation était maintenue pour éviter tout incident grave. Cette mesure de sécurité gardait ainsi l'endroit dans une fraîcheur constante et assez agréable. Ou peut-être désagréable.

Marchant d'un pas hésitant dans les couloirs aux teintes sanguines, Kise s'arrêta en face de la salle de laboratoire numéros trois avec une boule au ventre.

Son professeur ne semblait pas être encore arrivé et toutes les lumières de la pièce étaient encore éteintes de ce qu'il en voyait à travers la vitre de la porte. Était-ce lui qui était arrivé en avance? Eh bien, ce n'était pas la première fois qu'Akashi Seijurô arrivait en retard à un rendez-vous, simplement par envie. Mais dans ce cas, la porte ne devrait pas être encore ouverte, et cela le condamnerait donc à attendre à l'extérieur, dans ces corridors étroits, sombres et peu rassurants. Cette perspective ne l'enchantant pas. Ryouta testa tout de même la porte coulissante qui, à sa grande surprise, s'ouvrit sans résistance. Perplexe, le blondinet jeta un coup d'oeil à l'intérieur malgré l'absence de clarté.

Personne à l'intérieur.

Peut-être qu'Akashi-sensei avait oublié de la fermer en partant, même si c'était quasiment impossible de la part de l'adulte de faire preuve d'une telle étourderie. Ou bien peut-être s'était-il simplement absenté pour une quelconque affaire en lui laissant la porte ouverte. Dans ce cas, il devrait revenir bientôt. Cela voulait dire qu'il ne lui restait plus qu'à l'attendre, puisque son professeur semblait bien l'avoir convoqué. Cherchant des indices à ses interrogations en espérant ne pas se tromper dans ses déductions, le visiteur observa un peu plus l'intérieur de la pièce de là où il était.

Les rideaux étaient tirés, plongeant la pièce dans une pénombre inquiétante du fait que la seule lumière traversant les espaces était celle rougeoyante du soleil couchant. Du noir, du marron profond, du carmin étaient les couleurs prédominantes de chaque élément présent. Les bureaux, les chaises, les matériaux, les murs, le sol, le tableau; tout lui semblaient peints dans ces couleurs irréalistes. Peut-être était-ce à cause de la basse température du couloir qui créait un contraste, mais l'air provenant de la salle de laboratoire lui semblait tellement élevé qu'il eut l'impression d'ouvrir la porte d'un four en pleine cuisson.

Sentant déjà la sueur se former sur sa peau, Kise entra timidement en retenant sa respiration.

Une fois à l'intérieur, il prit conscience de la canicule superficielle qui y régnait, brassant sa chemise pour se ventiler le corps. Il se demanda un instant si le chauffage, ou les ustensiles pour chauffer les récipients lors d'expériences chimiques n'étaient pas allumé. Ce n'était tout simplement pas possible qu'il fasse si chaud sans raison alors que les autres salles devaient sûrement être à température ambiante! Pourtant, aucun élément extérieur ne venait expliquer ce phénomène. Une fenêtre était même ouverte afin de recycler l'air. Incompréhensible. Le blondinet ne savait pas s'il allait tenir longtemps dans ce sauna, sentant déjà une fièvre monter en lui.

Mais il n'avait pas le choix, il valait mieux attendre son professeur ici. C'est pourquoi il chercha un endroit pour s'installer, si possible près de la fenêtre ouverte afin qu'il ne fasse pas un énième malaise.

C'est à ce moment qu'il arriva.

"Hein?"

Ce mot interrogatif sortit de sa bouche lorsqu'il entendit le son de la porte se refermer derrière lui. Avec un très mauvais pressentiment, il tenta de se retourner sous le coup de la surprise pour vérifier qui était entré dans la pièce après lui - ou peut-être l'attendait à un endroit où il ne l'avait pas vu- . Mais à peine eut-il le temps de faire un mouvement que quelque chose -quelqu'un- se précipita pour le bloquer dans son élan. Son bras droit fut attrapé d'une poigne douloureuse et son épaule maîtrisée de l'autre main. Lâchant un cri de douleur, il se sentit épinglé contre le mur le plus proche sans avoir le temps de répliquer.

"Arrêtez! Lâchez-moi!" Hurla Kise en se débattant une fois ses esprits retrouvés.

Une horrible sensation familière lui prit au ventre avec cette douleur qui ne lui était pas inconnue. Encore... Encore dans ce genre de situation dangereuse qu'il s'était promis de tout faire pour éviter depuis ce jour pluvieux. Qui cette fois? Qui avait décidé de lui pourrir la vie alors qu'il avait enfin décidé de remonter la pente. Désespérément, il fit tout son possible pour se dégager et s'enfuir, ne voulant pas revivre ce cauchemar. Mais l'autre personne mit toute sa masse sur son dos afin de l'empêcher de bouger. Sa carrure semblait être aussi, voire plus imposante que celle de Ryouta. Et il avait de la force dans les bras, sans aucun doute.

Incapable de soulever le poids de deux personnes, le blondinet essaya alors de se dégager sur les côtés. La surprise lui permit de retrouver un temps l'usage d'un de ses bras mais l'autre, qui maintenait toujours son poignet le rappela rapidement à l'ordre en le tordant jusqu'à le faire crier de souffrance. Refusant cependant d'obtempérer, Kise se tourna alors comme il put pour atténuer la sensation malgré sa position désavantageuse. Il suffisait que son agresseur décide de lui tordre d'un côté ou de l'autre sa main pour l'amener dans une autre direction. Et c'est ce qu'il s'amusa à faire pour le fatiguer.

Dans l'agitation, son ventre frappa une des tables à côté de lui qui acheva de le tordre en deux sur lui-même.

"Hugh!"

Dans ce gémissement plaintif, une grande main plaqua sa tête - et donc tout le haut de son corps- contre le bureau, l'obligeant à se pencher en avant dans une position bien humiliante. La sensation froide du matériel contrasta avec la chaleur oppressante qui le fit d'autant plus suer avec l'effort, le stress et la peur. Quand il tenta de se redresser, des doigts agrippèrent fermement ses cheveux blonds pour le maintenir en place, refusant de le laisser tenter une nouvelle libération. La douleur du tiraillement de son cuir chevelu le fit grimacer et abandonner malgré lui toute rébellion. Ce n'est que maintenant qu'il réalisa que la paume qui le tenait était aussi bouillante que cet endroit, si ce n'est plus.

Son sang se glaça malgré tout dans ses veines quand le corps fiévreux de son assaillant vint se coller au sien.

"Qui c'est ~ ?" Murmura une voix profonde contre son oreille.

La reconnaitre acheva la terreur naissante de prendre possession de tout le corps du lycéen blond.

Sa gorge était tellement bloquée qu'il ne crut pas pouvoir déglutir correctement pour digérer un tant soit peu sa surprise.

"... Kagamicchi."

"Bonne réponse."

Aussi fou que cela puisse paraître, la personne qui maintenait Kise actuellement était Kagami.

Rassemblant tout son courage, l'adolescent aux yeux miel tourna sa tête autant qu'il put pour s'en assurer lui-même. Il n'y avait aucun doute. Ce physique, ce visage, ces cheveux; il s'agissait bien de Kagami Taïga. Il ne savait pas pourquoi, ni comment ils en étaient arrivés là en quelques secondes et pour le moment, c'était bien le cadet de ses soucis. Tout ce qu'il voyait, c'est qu'il était en très mauvaise posture et que son camarade ne semblait pas faire cela uniquement pour une mauvaise plaisanterie ou un pari débile. Il était sérieux, sans aucun doute.

Peut-être était-ce à cause de l'obscurité, mais il lui semblait d'ailleurs que les yeux rouges de son homologue étaient dilatés dans une sorte de sauvagerie.

"Ne détourne pas le regard!" Gronda-t-il d'une voix trop basse pour être rassurante.

D'un geste brusque, il lui tira le bras -et les cheveux- pour le forcer à se redresser de la table, et le retourna violemment pour le plaquer de nouveau contre le mur, cette fois dans une emprise bien plus ferme. Ressassant son traumatisme, Ryouta se força à soutenir le visage de Taïga. Ce qu'il y lut le foudroya d'effroi. Il n'était pas déformé par la colère, comme il en avait l'habitude. Non, il était calme. Beaucoup trop calme. Habilement, le rouquin lui leva les deux poignets au-dessus de sa tête pour les maintenir d'une seule main avec une aisance qui fit comprendre au blondinet qu'une fois de plus, il était totalement impuissant.

"Laisse-moi partir Kagamicchi..." Demanda-t-il pourtant d'une voix sans accroc, mais où se lisait une certaine colère. "Qu'est-ce que tu crois faire?"

Il était étonné lui-même de réagir aussi posément en sachant parfaitement ce qui l'attendait s'il ne trouvait pas rapidement un moyen de se sauver de là. Si on lui avait demandé, sans doute aurait-il été affolé de revivre une telle horreur. N'importe qui en sachant ce qui l'attendait à sa place aurait fait n'importe quoi pour que ça ne se reproduise pas, connaissant que trop bien le calvaire par lequel il était passé. Ou peut-être... Peut-être parce qu'il avait justement déjà vécu une expérience similaire, il n'était pas aussi affolé que la dernière fois. Une sorte de fatalisme sans doute...

Au-dessus de lui, Kagami soupira dans un petit rire dément.

"Tu me demandes ce que je fais... je n'en ai pas la moindre idée moi-même!"

L'air devenait insupportable, et saturé d'une odeur si âpre qu'elle lui donnait envie de vomir. Pourtant, Kise savait que cela ne venait pas de la pièce, c'était plutôt monté d'un seul coup. Une goutte de sueur coulait de la tempe de Kagami, signe évident de sa nervosité. Misant sur cette brèche, le blondinet tenta alors de le resonner;

"Akashi-sensei va arriver, alors tu ferais mieux..."

"Ca m'étonnerait... j'ai menti."

D'accord. Cela rendait les choses un peu plus compliquées en effet. Intérieurement, Ryouta avait espéré tenir Taïga en respect le temps que son professeur les surprenne et lui vienne en aide mais là... Il allait devoir se débrouiller seul.

"C'était pour t'emmener ici, Kise..." Expliqua le rouquin d'un ton exaspéré. "Je savais que sinon, tu ne me suivrais pas de ton pleins grés... surtout avec les autres qui te tournent autour! Ici, on est seuls... et on va pouvoir discuter tranquillement sans perturbateurs."

À chaque mot, ses lèvres tremblaient.

Kise avait la sensation qu'il n'était pas totalement conscient de ce qu'il était en train de faire. Cela ne lui ressemblait tout simplement pas. Le Kagami qu'il connaissait n'était pas fourbe comme cela. Il ne mentait pas pour atteindre son but et il n'attaquait certainement pas les gens en traitre. Il était impulsif, fonçait la tête baissée et n'élaborait pas des pièges aussi vicieux. Et surtout, il le laissait en paix. Non, celui qui était en face de lui n'était pas le camarade qu'il côtoyait tous les jours. C'était quelqu'un d'autre. Quelqu'un d'autre qui possédait le corps - et sûrement l'esprit- de l'adolescent.

Il fallait qu'il gagne du temps.

"Comment tu as... la clef!"

"C'est facile d'en chopper une quand le doublon traîne un peu partout... mais plus important Kise."

Le jeune homme aux cheveux flamboyants semblait incapable de faire la part des choses à ce moment.

Son souffle saccadé atteignit la peau du blondinet qui, malgré lui, frissonna d'appréhension. Il ne s'en était pas rendu compte jusqu'à maintenant, mais une forte odeur corporelle s'échappait de son agresseur. Elle était en train de les envelopper tous les deux et repousser tout air sain qui leur permettrait de reprendre leur esprit. Il comprit alors d'où lui venait cette impression de suffoquer. C'était mauvais. Très mauvais. Cela lui rappelait amèrement ce qu'il avait ressenti avec Aominecchi ce fameux jour. Les deux sportifs avaient exactement la même aura, le même comportement, la même froideur...

Il semblait impossible que Taïga retourne à son état normal.

"Je peux te demander... quelque chose?"

Cela ne sonnait pas comme une demande mais bien comme une menace à laquelle l'interrogé se sentit obligé de plier.

"Kise... explique-moi. explique-moi ce qu'il m'arrive..."

"Quoi?"

"Je deviens cinglé à force de rester près de toi, Kise... explique moi pourquoi... pourquoi tu me rends si..."

Il ne finit pas sa phrase, tue dans un soupir saccadé qui fit bien comprendre au concerné que son agresseur n'était plus conscient.

"Je ne sais pas..." Avoua Ryouta le plus honnêtement du monde. "Si seulement je le savais... peut-être que je n'aurais pas tous ces soucis..."

"Aaah... c'est tout ce que tu peux me répondre?" Grogna Kagami d'un ton agacé. "Dans ce cas... je ne voulais pas aborder le sujet mais puisque tu m'y forces..."

Kise déglutit, appréhendant ce qui allait lui demander.

"Dis... qu'est-ce que tu penses d'Aomine?"

"Aominecchi?"

Pourquoi amenait-il Daiki dans la conversation maintenant?

Encore?

Le corps du rouquin se plaqua plus fermement contre le sien, bloquant pratiquement sa respiration contre son torse en lui écrasant douloureusement les côtes. À un moment où son souffle commençait à s'emballer à cause de l'angoisse. Il fallait qu'il se calme. Sinon il allait s'évanouir.

"D'abord vous passez du temps ensemble, ensuite il va carrément chez toi..." Énuméra l'adolescent aux yeux rouges. "Akashi te l'a peut-être demandé, mais pourquoi tu ne le rejette simplement pas?"

Dangereux.

C'était dangereux de rester ainsi. Il avait l'impression que chaque partie de son corps était en train de cuire sous l'emprise de Kagami, et Kise devina sans soucis que ce dernier était sans doute dans le même état. Il ne s'en rendait juste pas compte. Ils étaient tous les deux dans un état secondaire. L'un avait peur, l'autre était furieux, mais en dessous de tout cela, une tension montait. Leur souffle saccadé témoignant de leur excitation respective était encore plus inquiétant. Il n'était plus sûr s'il voulait le repousser ou le garder collé contre lui. Alors que la peur prenait tout de même le dessus sur ses pulsions, le blondinet n'osa imaginer tout le self-contrôle dont devait faire preuve son homologue...

Combien de temps allaient-ils tenir encore comme cela jusqu'à ce que l'un d'eux craque?

"Quand j'ai su que tu allais chez lui pour des cours particuliers, ça m'a rendu fou... Tu n'imagines pas à quel point!"

Non, il n'imaginait pas. Mais la force avec laquelle les doigts de Taïga se resserraient sur ses poignets au point de lui couper la circulation sanguine, promettant un beau bleu, donnait à Kise un large avant-goût de sa colère. Et cela ne lui plaisait pas vraiment. Mais plus que de l'inquiétude, il était surtout abasourdi depuis un petit moment par les aveux que son camarade lui faisait sans même s'en rendre compte. Bien sûr, il avait déjà senti un peu avant qu'il l'observait jusqu'à le mettre mal à l'aise, mais il n'aurait jamais imaginé qu'il puisse être aussi dérangé au point d'en arriver à de telles extrémités pour des raisons aussi ridicules.

"Tu m'espionnais?"

"J'étais énervé!" Répéta Kagami sur la défensive. "Je ne pouvais pas m'en empêcher! C'est n'est pas comme si tu étais doué pour empêcher des rumeurs sur toi... ce serait même plutôt l'inverse."

Bouche bée, le blondinet n'arrivait pas à croire ces mots qu'il lui disait si naturellement.

"Ce mec est tellement... Depuis vous lui parlez, vous devenez bizarres... Tout est de sa faute! Il a fait tellement de choses... qui m'irritent!"

Bien qu'indécis sur ses termes, Taïga était grave. Ryouta tenta désespérément de ne pas trembler en sentant sa seconde main s'attarder sur sa poitrine. Inconsciemment, il se cambra, pestant contre les réflexes traitres de son corps excité malgré lui.

"Tu sais, je le hais... je le hais tellement! C'est plus fort que moi! Je ne sais jamais à quoi il pense... il se croit au-dessus de tout parce qu'il est doué au basket, avec sa foutue arrogance!"

Kise serra les lèvres dans une grimace à cette évocation.

Il savait que les relations entre Aomine et Kagami étaient assez orageuses, mais il n'aurait jamais soupçonné une telle haine de la part de l'un d'entre eux. Cela n'allait bien plus loin qu'un simple problème de compatibilité de personnalité ou de mal entendu. Le pire, c'est qu'il se doute que du côté de l'adolescent au teint mate, ça ne devait certainement pas être le cas. Il devait sûrement prendre cela avec nonchalance, comme d'habitude. Par contre, son rival... Il bouillonnait de rancune. Quelque part, il le comprenait. Daiki était quelqu'un qui attirait naturellement de l'antipathie et sûrement dans d'autres circonstances, il aurait accepté cette rage mais là... il ne voyait pas pourquoi il lui en parlait.

Les yeux rouges débordant de folie se bloquèrent sur ses orbes miel affolées.

"C'est un sale type... c'est mieux pour toi de rester éloigné de lui... et d'être avec moi! Tu ne penses pas?"

Ces pupilles qui ne reflétaient rien, qui fixaient un vide inquiétant lui donnaient l'impression d'être bloqué aussi bien physiquement que psychologiquement. Il n'y avait rien à part cette barrière vitreuse en eux et Ryouta ne savait pas quoi faire. Il était sincèrement terrorisé par cette déclaration haineuse et cette proposition tellement inattendue. En même temps, son souffle brûlant venant chatouiller ses cheveux blonds le fit frissonner malgré lui. Il eut énormément de mal à garder en place sa raison alors que son esprit devenait de plus en plus embrouillé par cette asphyxie. Depuis quand Kagamicchi dégageait-il une telle odeur aussi forte, aussi... familière?

Ses divagations ne semblèrent cependant pas plaire.

"Gnn... tu commences à m'énerver... est-ce que tu te fous de moi?"

D'un ton soutenu par sa colère étouffée, Kagami fit pencher sa tête sur le côté pour faire craquer sa nuque. Les os resonnèrent dans un bruit sinistre avant qu'il ne se remette en position initial.

C'était mauvais signe... Quelque chose allait bientôt se briser s'il ne faisait rien.

"Combien de temps encore il va te falloir pour réfléchir!" Hurla soudainement le rouquin, prêt à exploser. "Donne moi simplement ta réponse! Dépêche! Dis quelque chose!"

Peut-être à cause de sa surcharge d'émotion, Kise sentit sa prise se refermer douloureusement sur lui, promettant une ecchymose aggravée si jamais il s'en sortait en un seul morceau. Il grimaça en détournant la tête, tentant instinctivement de se dégager de cette position de plus en plus désagréable pour lui. Juste à ce moment, la main qui ne faisait que jusqu'à maintenant caresser légèrement ses pectoraux l'agrippa par le vêtement pour le plaquer plus violemment contre le mur, lui arrachant une plainte. Sonné, le blondinet eut du mal à rassembler ses idées sous le coup de cette violence verbale et physique. Cela eut au moins pour effet de le sortir un peu de cette torpeur perverse qui l'empêchait de réfléchir.

"Réponds, Kise." Murmura doucement la voix grave contre son oreille." Moi ou Aomine? Si c'est moi, acquiesce... si c'est Aomine, alors tais-toi."

Son coeur battait si violemment contre son torse qu'il crut qu'il allait lui transpercer la poitrine. Il était juste effrayé. Taïga avait perdu la tête, il s'en rendait compte maintenant. Ce n'était sous l'impulsion d'un simple coup de tête qu'il agissait; il était réellement possédé. Jamais il n'aurait eu à le confronter à un dilemme pareil, il le savait. Son camarade n'avait rien à voir avec lui, son obsession... n'était pas justifiée. Cela lui fit comprendre pourquoi il avait autant peur. Cette situation n'avait rien à voir avec ce qu'il avait vécu avec Aominecchi. Il lui avait fait des choses horribles, mais c'était indéniable, mais il avait su à ce moment ce qu'il était en train de faire. Ses gestes n'avaient pas été hésitants malgré le ardeur et la passion immodérée qu'il avait mis dedans.

Kagami, lui, était clairement perdu et n'avait certainement pas conscience de la situation dans laquelle ils étaient.

C'était comme si... comme si quelqu'un d'autre était en train de le contrôler, ou en tout cas de contrôler ses émotions. Comme une vanne ouverte au maximum pour laisser déborder la rivière jusqu'à l'inondation. Car en effet, la situation était clairement catastrophique. Le blondinet ne savait pas ce que le rouquin pourrait lui faire si jamais il désobéissait. Cependant, il n'avait aucune intention d'acquiescer. Kagamicchi ou Aominecchi; la question n'était pas de choisir. Les deux étaient différents, leurs relations avec Kise aussi. Pour quelle raison devrait-il en "préférer" un à l'autre alors que les enjeux n'étaient clairement pas les mêmes?

Surtout en sachant que le rouquin ressentait à son égard, c'est-à-dire absolument rien. Ils ne se connaissaient pas l'un l'autre, n'avaient aucun point commun et n'avaient rien à faire ensemble. Peut-être... peut-être auraient-ils pu devenir bons amis si les circonstances avaient été autres. Pour être honnête, Ryouta ne détestait pas Taïga, il sentait même qu'il finirait par l'apprécier s'ils finissaient par apprendre à se connaître, sans jamais vraiment devenir proche car il ne se faisait pas d'allusion sur leur caractère respectif. Mais juste pour cette idée, il était encore plus déterminé à ne pas le laisser s'enfoncer dans cette illusion.

Pendant un moment, Kagami laissa son regard embrasé bloqué sur Kise, guettant la moindre de ses réactions.

La seconde d'après, il se mit... à rire.

"Ah... ahahaha! J'ai compris, j'ai compris!" S'exclama-t-il avec une expression qui ne montrait en rien qu'il s'était calmé, bien au contraire. "Vraiment Kise? Aomine est le meilleur? Je suppose... que c'est moi qui me suis planté!"

Il se trompait...

Ce n'était pas le problème...

"J'ai l'air bête, hein? ... Putain!"

Dans une profonde inspiration, l'adolescent aux cheveux carmin relâcha le col du blond pour laisser de nouveau sa main se promener sur le haut de son corps de manière plus suggestive. Les sensations de va-et-vient sur sa peau sensible, frôlant son cou et ses mamelons à travers le tissu le firent frissonner malgré lui. Malgré la menace du geste qui laissait présager la suite, il ne put, comme d'habitude, empêcher les sensations coupables naître en lui. Cela le fit d'autant plus paniquer. Autant lui que Kagami était sur le point de craquer. Ce n'était pas le moment de se laisser envahir par ces émotions parasites, ou aucun d'eux n'allait en ressortir indemne.

Il devait communiquer le vrai sens de sa réponse.

"Tu te trompes, Kagamicchi..." L'étrange caresse se stoppa, l'encourageant à continuer. "Je ne vais pas te choisir toi ou Aominecchi... Choisir pour quoi? Pour quelle raison devrais-je choisir l'un d'entre vous. En plus... en plus je sais que ce n'est pas ce que tu désires..."

Le sourire disparut du visage de Taïga.

Impossible de dire si c'était une bonne chose ou non.

"Parce que je sens que quelque chose ne va pas avec lui." Répondit-il soudain plus posément. "Qu'est-ce qu'il te fait... je ne sais pas ce qu'il te fait quand vous êtes ensemble, mais tu es différent quand tu es avec lui... Tu ne t'en rends pas compte, mais moi oui... Vous êtes pareil tous les deux... Lui aussi... lui aussi il est différent avec cet enfoiré... Pourquoi... je ne sais pas pourquoi!"

Contrastant dans des nuances différentes de rouge, la couleur des yeux du jeune homme tourna soudain dans une couleur plus foncée.

"Vous semblez tellement vous comprendre tous les deux... tu ne t'en rends pas compte... mais c'est tellement... flagrant! Alors que moi... moi je n'arrive pas à le comprendre... lui... je ne le comprends pas!"

De qui parlait-il?

Aomine ou bien...

Sans le lâcher du regard, son homologue redressa la tête avec une expression tellement égarée qu'elle lui fit presque de la peine.

"Pourquoi je te veux à ce point? Pourquoi je te désire à ce point? Je ne sais pas, Kise! C'est plus fort que moi et pourtant... pourtant ... Je voudrais que tu me le dises! "

Il semblait pris dans un dilemme entre ses désirs et sa raison. Il n'osait pas l'interrompre.

"Dis Kise... est-ce que je peux t'avoir?"

L'avoir?

Il en était hors de question!

Kise en avait assez. Tous le traitaient comme un objet dont ils prendraient possession sans lui demander son avis. Il n'était pas une chose dénuée de sentiment et de volonté que l'on pourrait user et abuser par envie. Il avait une fierté! Il voulait le montrer. Il voulait montrer à quel point cela le blessait quand on le considérait ainsi, lui retirant finalement toute humanité, tout amour-propre. S'ils désiraient tant que ça qu'il aille vers eux, ce n'était pas de cette manière qu'ils réussiraient! Mais comment leur faire comprendre, à eux qui n'écoutaient jamais rien de ce qu'il essayait de leur dire...

Il était découragé et baissa la tête par dépit.

"Ah... Alors c'est ça ta réponse... Je vois... Je suppose... qu'on ne peut rien y faire!"

Kagami eut un rire désespéré en resserrant sa poigne, sa main descendant maintenant beaucoup plus bas sur le corps de sa future victime.

"Kagamicchi!"

"Débats-toi, et je te promets que je te ferais passer un mauvais quart d'heure!"

Le poing serré contre son torse lui fit comprendre le sous-entendu, et il ne put s'empêcher de lâcher un gémissement d'agonie.

"Je suis déjà allé trop loin, Kise... "Fit alors son agresseur d'un ton beaucoup plus doux, presque comme si c'était ses dernières paroles. "Je ne peux pas retourner en arrière alors... désolé... désolé pour toi... et pour moi."

Non.

Ça allait mal finir.

Taïga était déjà en train de défaire son pantalon alors qu'il colla son visage dans la nuque de Ryouta, inhalant profondément toute l'air qui était disponible. C'est en l'entendant lâcher un soupir d'extase que le blondinet comprit qu'il venait de faire une énorme erreur et atteindre un point de non-retour. La chaleur les enveloppait au point de former un cocon de vapeur autour d'eux. Il sentit une langue fiévreuse s'attarder sur sa peau puis le mordre la seconde d'après de manière affamée. Une bête. Il était entre les mains d'une bête incontrôlable. Détournant la tête pour ne pas à le regarder, l'adolescent sentit ses yeux miel se voiler d'une étrange brume.

Encore une fois... Il allait revivre ce cauchemar. Il ne voulait pas.

Par réflexe, il ferma les yeux en espérant qu'un miracle vienne le sauver. N'importe quoi. N'importe qui.

Aominecchi!

Le nom sonna de manière inattendue dans sa tête. Hurlant désespérément au secours. L'image de ces yeux honnêtes fut la seule chose à laquelle son esprit se rattacha dans cette situation sans espoir.

Juste à ce moment, il entendit le bruit de la porte qui s'ouvrit dans un fracas et des bruits de pas se rapprochant d'eux de manière précipitée. Sur le coup, croyant à une hallucination de son cerveau, peut-être en réflexe d'autodéfense, il n'y crut pas tout de suite et garda les yeux fermés en attendant la fin. Ce n'est que lorsqu'il sentit que l'atmosphère brûlante venait de redescendre en même temps que ses membres n'étaient plus écrasés sous tout le poids de son agresseur qu'il ouvrit ses paupières pour vérifier s'il ne rêvait pas. Et en effet, le rouquin venait de tourner la tête pour vérifier comme lui ce qui venait les perturber.

Tout cela ne s'était passé qu'en quelques secondes, mais les émotions s'emboîtant dans son coeur, cela lui parut comme une éternité.

"Merde!"

Quelqu'un sauta sur Kagami et le saisit carrément par le col sans prévenir. Ce dernier lâcha un autre juron, beaucoup plus agressif.

"Putain, lâche- moi!"

Kise en profita alors pour se dégager totalement de la prise qui le retenait jusque-là et s'éloigne d'une distance où il était sûr qu'il aurait pris la fuite en cas de besoin. Une fois ces mesures de sécurité prises, il put enfin vérifier qui était entré dans la pièce et venait donc de lui sauver sa misérable peau. Son sang ne fit qu'un tour alors qu'il crut s'évanouir tellement il n'y croyait pas, le forçant à s'appuyer contre un pupitre sous le coup de la surprise. Bien sûr, il l'avait espéré, il l'avait même appelé inconsciemment, mais jamais, Oh grand jamais, il n'aurait cru qu'il répondrait à son cri de détresse.

Là, en face de lui, se tenait Aomine.

Il était en train de tenir le lycéen aux cheveux rouges par le cou d'une prise plutôt ferme à en juger par la grimace de celui-ci. Le sentant sur le point de la suffocation, le bleuté le relâcha pour le laisser respirer. Il ne s'attendait sans doute pas à ce que son adversaire tombe tout de suite par terre, mais il n'avait pas anticipé le fait qu'il riposterait immédiatement en tentant de le frapper au visage du poing. Malheureusement pour Taïga, Daiki avait d'excellents réflexes et put éviter sans peine l'attaque surprise avant de riposter d'un coup de genou dans le ventre. Ce ne fut pas particulièrement violent, mais assez pour le faire plier en deux. Mais pas assez pour calmer ses hardeurs.

"Argh!"

"Aominecchi..."

Peut-être parce que le blondinet venait de lâcher négligement ce nom qui l'irritait au plus haut point, Kagami se redressa pour foncer sur Aomine dans la perspective de le faire tomber et sans doute lui refaire le portrait. L'adolescent bronzé réussit à garder son équilibre, mais du reculer et lutter pour éviter de chuter, se cognant de part et d'autre en même temps que son homologue. Après un moment à mettre la salle sens dessus dessous pendant lequel Kise ne put que reculer sans savoir quoi faire face à ces deux monstres déchaînés, celui aux yeux bleu nuit réussit à amocher suffisamment celui aux iris rouges pour le laisser gésir par terre.

Après cela, il se retourna vers le blondinet, toujours sur ses gardes, d'un air concerné. Lui aussi avait encaissé quelques coups pendant la bataille qui saignaient de part et d'autre et commençaient déjà à virer au bleu.

"C'est quoi ça... pourquoi t'es venu jusqu'ici?" Siffla-t-il d'un air mortifié. "Si ça... si ça n'avait pas été toi... tout aurait été...! Pourquoi! Pourquoi je n'ai pas pu... y arriver? Pourquoi ça a tourné comme ça, bordel?!"

Kise fronça les sourcils aux mots amers de cette silhouette triste étendue en face de lui.

Il devait sans doute avoir vécu sans subir d'échecs ou de réelles peines tout le long de sa vie pour exprimer une telle frustration. Ses deux parents étaient certainement présents pour lui quand il en avait besoin, et aimants sans arrière-pensée. Lui-même était en bonne santé, au point d'être très doué au basket. Plus qu'un sport, une passion qui lui donnait une raison de vivre; cela se voyait à ses yeux qui brillaient dès qu'il en parlait, ou qu'il pratiquait. Il n'avait pas beaucoup d'amis, mais il s'en était sûrement fait aux États-Unis malgré son caractère taciturne. Oui, les choses on dut être très faciles pour lui jusque-là. Sans obstacle, sans nuages noir, sans pessimisme.

Mais des personnes étaient intervenues pour lui faire connaître le goût, et le dégoût, de cet horrible sentiment que tout lui échappait et que la fatalité existait bel et bien. Dans la vie, on ne pouvait pas avoir ce qu'on voulait, c'était un fait.

Sincèrement, Kagamicchi était enviable. Lui expérimentait cela pour la première fois.

En revanche, pour Kise, depuis sa naissance, les choses n'allaient généralement jamais comme il aurait voulu qu'elles aillent, et il devait composer avec au quotidien...

"Kagami-kun, ça suffit. Tu t'es assez fait de mal comme ça."

"Kuroko!"

Abasourdit, Kagami se retourna alors vers la personne qui était actuellement à genoux, en train de l'enlacer par-derrière. Aucune des trois personnes présentes dans la pièce jusque-là ne s'était rendu compte de sa présence, et personne ne pourrait dire depuis combien de temps le garçon transparent était ici. Sans doute venait-il d'arriver. Au moment où le rouquin s'en rendit compte, la détresse lisible sur son visage se décupla, comme s'il voyait en Kuroko un salvateur. Ce dernier resserra un peu plus son étreinte en cachant son visage contre son épaule. Tout son corps tremblait, comme s'il était sur le point de pleurer. Sans doute fut-ce le cas.

Taïga aussi, se sentit craquer.

"Kuroko... je ne sais pas... je ne sais pas ce qui m'a pris." Chuchota-t-il dans un sanglot. "Je... je suis désolé..."

Ces mots fit comprendre à tout le monde qu'il venait de reprendre ses esprits et, sans doute, mesurer l'ampleur de ce qu'il avait fait -et faillit faire-. La honte s'abattit sur lui avec une telle force qu'il ne put regarder, ni Ryouta, ni Daiki, et garda son visage tourné vers celui qui venait de le ramener à la réalité. C'était fini. Il avait complètement foiré, du début jusqu'à la fin. Ils allaient le haïr, tous... Et ils auraient bien raison. Comment en étaient-ils arrivés là? Comment avait-il pu se laisser emporter? Ses lèvres tremblèrent de culpabilité, cherchant désespérément en la personne qui venait de l'agripper une réponse.

Celui-ci laissa alors une de ses mains caresser sa chevelure flamboyante en murmurant doucement;

"Ce n'est rien Kagami-kun... ce n'est rien... ça va aller..."

Ils restèrent un moment tous les quatre comme cela, incertain de ce qu'ils devaient faire. Kise était encore sous le choc, non seulement d'avoir failli se faire agresser par Kagamicchi, en plus d'être sauvé par Aominecchi, mais en plus de voir Kurokocchi débarquer ici. Aomine semblait mal à l'aise face à la situation, comme s'il hésitait sur la personne à laquelle il devait parler en premier. Ses iris bleu roi passèrent régulièrement du blondinet au duo affalé par terre qui semblait en proie à de grands tourments. Certainement que ces deux-là avaient beaucoup de choses à se dire. Des choses qu'ils auraient dû se dire depuis longtemps déjà...

Le maté laissa échapper un petit soupir de sa bouche avant de parler;

"Tetsu, occupes-toi de Kagami... Emmène-le loin d'ici, chez lui, où tu veux... et surtout calme le!"

Sa voix resonna comme un écho lointain dans la tête de son semblable. Il lui fallut un petit moment avant de redresser son visage à l'expression miséreuse vers lui, un autre pour comprendre ce qu'il venait de lui dire. Ses billes glacées retombèrent sur le rougeoyant qui gardait obstinément son attention sur le garçon pâle. Il ne voulait pas affronter le regard des deux autres. Pas encore. Tetsuya pouvait le comprendre. Il était en état de choc, il ne pouvait de toute façon pas expliquer ce qui venait de se passer... ni se le faire expliquer d'ailleurs. La perspective d'arriver néanmoins à une discussion sérieuse le fit mordre sa lèvre d'appréhension.

Mais il n'avait pas le choix.

"D'accord..." Obtempéra le lycéen aux cheveux bleu électrique. "Je te confie Kise-kun..."

Le concerné regarda tour à tous les deux bleutés, incertain s'il devait intervenir ou non dans cette conversation, de toute manière terminée. Il abandonna l'idée de demander quoi que ce soit, comprenant que c'était assez dur comme ça pour tout le monde. Pourquoi Kurokocchi était-il venu lui aussi, il n'en avait aucune idée. Pas plus qu'il arrivait à imaginer quel genre de relation étrange il devait entretenir avec Kagamicchi. Mais il était certain que ce lien était désormais mis à rude épreuve. Cela lui fit de la peine. Il observa d'un air compatissant son ami prendre la main du rouquin pour le traîner hors de cette pièce avant qu'il ne se laisse de nouveau emporter par ses émotions. Ce dernier le suivit docilement, les yeux légèrement vagues.

Les deux quittèrent la salle de laboratoire numéro trois dans des bruits de pas qui devinrent de plus en plus lointain au fur et à mesure qu'ils s'enfoncèrent dans le couloir jusqu'à la cage d'escalier.

OoOoOoOoOoOoOoOo

Au final, la pièce replongea dans un silence de mort, comme à son entrée.

Mais il n'était toujours pas seul. Se sentant encore incrédule face à ce qui venait de se passer avec une très amère sensation de déjà-vu, Kise se tourna vers Aomine pour le regarder. Cette fois-ci, il prit soin de rester à bonne distance de lui. Malgré son ahurissement face aux circonstances et son choc d'avoir échappé au pire, il restait méfiant. La dernière fois, il avait très cher payé sa négligence, et malgré toute sa volonté de vouloir croire que son camarade n'était pas foncièrement mauvais, rien ne lui disait qu'il n'allait pas de nouveau perdre contrôle de lui, exactement comme Kagami, exactement comme ce jour pluvieux...

"Pourquoi... tu es venu ici?"

L'adolescent au teint sombre respirait normalement, mais il regardait le blondinet d'une manière inhabituelle. Pas vraiment de la même manière qu'avant, plutôt une sorte... de soulagement.

"Tu n'étais pas en classe quand je suis venue te voir, alors je t'ai cherché... pour nos révisions du soir."

"Ah..."

C'est vrai.

Avec tout ce remue-ménage, cela lui était complètement sorti de la tête, mais ils s'étaient entendus sur le fait de se rencontrer après les cours pour faire leur devoir ensemble aujourd'hui. Alors il l'a cherché... Ryouta préféra ignorer l'étrange sentiment qui naquit dans son coeur, s'apparentant à une espèce de bonheur. Il n'avait aucune raison d'être content. Après tout, c'était normal comme réaction. N'importe qui d'autre aurait réagi de cette manière. C'était ce dont toute la partie rationnelle de sa conscience voulait le convaincre. Pour éviter de se faire des illusions sur les véritables attentions de son camarade. Mais tout de même...

Qu'est-ce qui se serait passé si Aominecchi avait décidé de rentrer chez lui plutôt que partir à sa recherche?

Qui sait ce qui serait arrivé.

Au final, il a été sauvé. Et c'était une bonne chose qu'il soit venu pour lui. Aussi fou que cela puisse paraître étant donné le lourd passif qu'il portait, surtout pour ce genre de situation, c'est ce que Kise pensait sincèrement. Plus que cela, c'était même... miraculeux! Juste au moment où Kagami fut sur le point de commettre l'irréparable, le nom d'Aomine avait émergé dans son esprit, et Aomine était intervenu pour de vrai. Comme s'il avait deviné qu'il était en danger ou quelque chose du genre... Il y avait beaucoup trop de coïncidences, ça ressemblait presque à un film ou un drama en y repensant. Mais peu importe comment on voyait les choses, il était sain et sauf, et au final, c'est tout ce qui comptait.

Expirant pour relâcher tout son stress, Ryouta se frotta ses poignets, où ses douloureuses ecchymoses commençaient déjà à être visible. Il avait déjà oublié ce type de douleur, que personne ne devrait connaître, et il ne l'avait pas regrettée. Un bracelet violet entourait sa chair comme signe amer de ce qu'il venait de vivre. Même si ça mettrait sans doute des jours à disparaître -et donc des jours à les camoufler-, il pourrait quand même se servir de ses mains sans problème... Il se souvint alors que Daiki aussi avait été blessé dans son affrontement avec Taïga. Sans réfléchir à ses distances de sécurité, il se rapprocha alors pour l'examiner.

Il saignait. Une ligne rouge se dessinait au dos de sa main gauche. Il s'était sans doute griffé et cogné au coin d'un des bureaux.

Cependant...

"Hein?"

S'était-il trompé ou sa vue lui jouait-elle des tours? Il avait l'impression que la blessure était en train de rétrécir. D'ailleurs, l'hémorragie ne se stoppait-elle pas rapidement? Il se frotta ses yeux ambre, perturbé. Peut-être s'imaginait-il des choses à cause de l'obscurité et des nuances de couleurs qui pouvaient l'induire en erreur sur la gravité de la coupure. Eh bien, il était d'autant plus confus qu'il ne pourrait pas vérifier cela sans y regarder de plus près et surtout à la lumière. Quand il tenta de mieux l'observer en se penchant, Aomine cacha sa main derrière ses hanches. Bien qu'il feignît l'indifférence, Kise déchiffra à travers ses traits une pudeur inattendue.

Il détourna la tête, embarrassé, frustré et très troublé par cette étrange sensation. C'était clairement étrange.

"Cela te fait mal?"

Soudainement interpellé, il revint à lui avec cette question autant attendue que troublante.

"Mes poignets... un peu..." Avoua-t-il d'un air penaud.

"Allons à l'infirmerie." Proposa le bleuté.

"Et toi?"

"Ça ira."

Le lycéen aux iris marine se dirigea en premier vers la porte. Le blondinet attrapa son sac qui était tombé durant l'agitation et le suivit sans un bruit.

Quand il essaya de bouger plus amplement son corps, la douleur le traversa de part et d'autre dans ses muscles, lui rappelant cruellement la violence de l'agression. Il s'était défendu comme il pouvait face au gabarit assez costaud que représentait Kagami, et il s'était cogné à beaucoup de choses, sans parler bien sûr de ce qu'il lui avait fait subir. L'expression de sa haine durant ce moment puis ses plaintes désespérées résonnèrent dans ses oreilles. Puis il se remémora sa conversation téléphonique avec Kurokocchi. Cette dernière avait très certainement conscience de ce qu'il s'était passé et surtout, pourquoi ça s'était passé. C'était maintenant à lui d'essayer de comprendre et de faire des compromis.

Le reste n'appartenait pas à Ryouta qui n'avait pas demandé d'être prit au milieu de leurs soucis relationnels.

Malgré tout confus, il sortit de la salle en compagnie de Daiki, sachant que lui aussi, il faudra qu'il fasse des compromis.

En arrivant à l'infirmerie, le jeune homme aux orbes miel reçut les soins nécessaires pendant que son camarade était parti chercher ses affaires dans son casier afin qu'ils soient prêts à partir. Ils furent questionnés à plusieurs reprises par la femme en tenue blanche sur la raison des ecchymoses de Kise et Aomine, mais les deux restèrent vagues -ou silencieux pour le plus introverti des deux- dans leur réponse. La blessure de l'adolescent bronzé finit par avoir la taille d'une égratignure déjà cicatrisée, troublant d'autant plus le blondinet. Peut-être que ses yeux le trompaient. Le temps passait, sa mémoire était floue, et il ne l'avait pas vue d'assez près pour l'examiner correctement après tout...

Terminant ses formalités, il quitta la salle médicale en remerciant l'infirmière pour aller changer ses chaussures au réez de chaussée.

Après un évènement comme celui-là, il n'était pas vraiment dans des conditions optimales pour étudier aujourd'hui. Et il se doutait que son accompagnateur devait l'avoir compris. Même s'il était taciturne, ce genre de chose était assez compréhensible de la part d'autrui, du moins il l'espérait. C'est pourquoi Ryouta pensait donc rentrer directement chez lui, prendre une douche bien chaude -l'idée du bain étant encore exclue- et se coucher dans son lit sous le bruit et la lumière de son aquarium en se disant que cette mauvaise journée était enfin terminée. Et oublier dans son sommeil.

Mais quelqu'un brisèrent ses espoirs en l'attrapant par le bras dès qu'il fut près de l'entrée.

Daiki, bien sûr, le regarda attentivement dans les yeux sans exprimer quoi que ce soit et le tira silencieusement en commençant à marcher.

"Hey... lâche-moi!" S'exclama le jeune homme blond.

Pourtant, bien que confus, Kise commençait à être habitué à ces démonstrations peu conventionnelles de la part d'Aomine lorsqu'il voulait quelque chose et le laissa le traîner tout le long de la cour jusqu'au portail du lycée. Au début, bien sûr, il se débattit, mais après un peu de temps de marche -et de protestations- il commença à comprendre les attentions de son camarade en reconnaissant le chemin vers la station de train. Il voulait probablement qu'ils aillent chez le bleuté pour étudier. Son bras sous l'emprise du sportif, il quitta l'école en traînant un peu des pieds, plus pour la forme qu'autre chose car en réalité, il ne se sentait pas si agacé que cela de devoir le suivre -de toute façon, c'était le chemin de son appartement-.

Il n'y avait plus aucun étudiant qui se promenait dans le coin, et le soleil du soir laissait tomber son obscurité pourpre sur les rues de la ville.

Et c'est sous cette ambiance qu'encore une fois, ils se rendaient dans la maison d'Aomine. Ensemble.

Avec un étrange sentiment, Kise passa la porte de la demeure, guidé par l'habitant des lieux.