Je suis contente si la rencontre avec dave ne t'as pas déçue, une deuxième est prévue mais ce sera pour le chapitre prochain


- « Je peux vous poser une question, Rodney »

- « Euh... si je peux y répondre... »

- « Je n'ai pas osé demander à John mais... comment va mon neveu? »

Comme à chaque fois qu'on parlait de Johnatan, un sourire niais se dessina sur son visage. Il aimait cet enfant; bien qu'il ne soit pas le sien, qu'il n'ait même aucun lien de parenté avec lui, Rodney considérait le petit Jo comme son neveu. Lui qui n'aimait pas les enfants, qui doutait même d'en vouloir un jour, s'était amouraché de cette petite tête brune casse- coup.

- « Il va très bien je vous rassure. Il commence à marcher et à parler : le début du calvaire pour sa mère quoi! »

- « Et autre question... »

- « Je vois où vous voulez en venir... Comment John s'en occupe t-il? »

- « Oui. »

Rodney but une gorgée de café, un moyen de gagner du temps pour réfléchir sur ce qu'il allait répondre. La famille de John n'était pas sensé savoir que celui-ci était mort en ignorant la grossesse de Elizabeth.

- « Il devait être fou de joie de pouvoir enfin connaître son enfant. »

- « John s'occupe très bien de Jo. » répondit Rodney.

Après tout, sur ce point il ne mentait pas, c'était la vérité. Une fois l'étonnement et la surprise passée, le militaire avait pris son rôle de père au sérieux, apprenant à connaître son fils, à s'occuper de lui. Que de chemin parcouru en l'espace de deux semaines.

- « Il a du temps à rattraper »

- « J'ai une photo, si vous voulez voir la guimauve » proposa Rodney en tirant son portefeuille de son pantalon, sortant une photo du petit garçon qui ne datait que d'un mois. « Surtout, promettez moi de ne pas répéter à John que j'en ai une. »

- « Pourquoi? »

- « S'il vous plait. »

Rodney pouvait déjà entendre les railleries de John.

OoO

- « Un suicide? » s'étrangla John. « Il... il se serait suicidé? » répéta t-il soudainement pale comme la mort. « Non, tu te trompes... »

- « On ne t'as donc pas tout dit... »

- « Comment? »

Une question à double sens : comment s'était-il suicidé? comment avait-il pu arriver à une telle extrémité?

- « Je n'ai pas voulu que la cause de sa mort soit connue publiquement alors j'ai joué de mes relations... » avoua Dave sans grande fierté. « On est très peu à savoir que papa a préféré avaler un tube de barbiturique plutôt que de vivre avec la douleur de t'avoir perdu, cette sensation d'échec de ne pas avoir été un bon père... »

- « Il a avalé un tube de barbiturique? »

- « Etrange, normalement ce sont les femmes qui mettent fin à leur jour de la sorte, les hommes préfèrent les armes à feux » fit Dave, sarcastique.

Se savoir responsable de la mort de son père, une nouvelle qui finit d'abattre John. Bien qu'il n'ait pas collé directement le tube dans sa main, c'était tout comme... Il faut vraiment avoir mal pour décider d'en finir, il faut vraiment que la vie n'ait plus de sens pour que l'appel de la mort se fasse aussi pressent. Son père avait un autre fils, un petit fils, qui avaient encore besoin de lui... malgré tout, il n'avait pas jugé nécessaire de tenir bon pour eux...

- « Penses tu encore que papa ne t'aimait pas?! »

Dave soupira puis s'éloigna vers la fenêtre de son bureau. Il avait conscience de la dureté de ses mots, d'avoir blessé John, mais comment lui faire comprendre autrement que tout ce dont en quoi il croyait depuis des années était faux? Que leur père l'aimait, il l'aimait tellement que le seul moyen pour retrouver son fils fut de se ôter la vie. La vie n'est-elle pas, enfin de compte, qu'une pénitence dans l'attente de la douce délivrance de la mort?

- « Il est de toute façon trop tard pour changer quoi que ce soit, tout ce qu'on peut faire, pour papa, c'est de devenir une famille. »

- « Je ne suis même pas sûr qu'on sache comment s'y prendre. »

- « Apprenons, rattrapons le temps passé et surtout... » Dave s'arrêta de parler.

Tout comme son frère, lorsqu'il s'agissait d'évoquer de sujets plus profonds, Dave avait bien du mal à parler. Un trait de famille commun qui les rapprochait alors même qu'ils soient tous les deux si différents.

- « Surtout que quoi? »

- « Je suis heureux que tu sois en vie.. Sincèrement. »

Des mots tous simples mais qui firent chaud au coeur de John qui les interpréta à leurs justes valeurs. Mais connaissant son frère, et vu la tête qu'il abordait, il était évident qu'une, voire plusieurs questions, lui brûlaient les lèvres.

- « Qu'est ce qu'il s'est vraiment passé, John? Pourquoi tout le monde a cru à ton décès. Il n'y avait pas de corps... sans corps je ne comprends pas comment on peut du jour au lendemain balancer à la famille une telle nouvelle! Comment l'armée a pu penser que tu étais mort?!»

- « Dave, tu sais très bien que je ne peux pas te répondre... »

- « Comme toujours: secret défense oblige! Tu n'as donc aucune autre réponse à la bouche ma parole! »

- « Aucune qui puissent te satisfaire, je regrette. »

Les deux hommes se défièrent du regard, finalement, ce fut Dave qui, une fois de plus, lâcha prise.

- « Comme d'habitude je m'incline, tu as gagné... Laisse moi juste te poser une autre question »

- « Je t'écoute » fit John, grimaçant, sûr de ne pas aimer ce qu'il allait entendre.

- « Que comptes tu faire à présent? »

- « Comment ça? »

- « Veux tu encore servir sous le drapeau alors que c'est à cause de ton job que tu as été séparé des tiens durant deux ans? »

- « Je ne te mentirai pas en te disant que je ne sais pas pour le moment. »

Ce qui était la stricte vérité, John ignorait encore s'il reprendrait su service sur Atlantis, voire même dans l'armée.

- « Et ton fils, ta femme dans tout ça? Je sais que Elizabeth travaille avec toi, étant plus au courant que moi de ton travail je ne suis pas sûr qu'elle soit d'accord à ce que tu reprennes du service là où tu as disparu pendant deux ans. »

Il n'avait pas mal interprété les paroles de son frère, au yeux de sa famille, Elizabeth était sa femme. John aurait pu le contredire, rétablir la vérité, mais il n'en fit rien se disant que ce mensonge était une bonne chose au final. Il était plus facile pour eux de penser à l'époque que John était marié, heureux en ménage, plutôt que de le savoir anéanti par la trahison de sa compagne.

- « Je t'arrête tout de suite, Dave : cela ne te regarde pas! Si tu connaissais Elizabeth comme moi, tu saurais qu'elle est suffisamment professionnelle pour faire abstraction de sa vie privé dans le travail. »

- « Désolé... j'ai dépassé les bornes »

- « C'est le cas. Je ferai mieux d'y aller »

- « John excuse moi, ne crois pas que je sois mécontentent de te savoir vivant... mais cette annonce m'a fait un tel choc que c'est la tristesse, la colère, que j'ai ressenti il y a deux ans qui ont pris le pas sur ma joie. »

John hocha de la tête, signe qu'il comprenait que cette situation ne soit pas facile à gérer.

- « Combien de temps restes-tu? »

- « Je ne sais pas encore... »

- « Elizabeth et ton fils sont-ils en ville, j'aimerai beaucoup les revoir »

- « Non... non ils ne sont pas ici. »

La réaction de John interpella Dave qui devina que son frère lui cachait quelque chose – mais quoi?

- « Tout va bien, John? »

- « Je dois y aller Dave, on se recontact? »

Alors que John tournait déjà la poignée de la porte, son frère l'appela, pressentent que c'était à lui de faire le second pas au risque de ne pas le revoir avant des lustres, voire même jamais.

- « Dînons ensemble demain soir, John. Maintenant qu'on a mis les choses à plat, j'aimerai qu'on passe une soirée entre frangins comme avant. »

John le fixa, hésitant sur sa réponse. Pourquoi l'idée de pouvoir passer une soirée ordinaire avec son frère l'inquiétait tant? Sûrement car ils n'avaient pas connu ça depuis si longtemps que sa mémoire lui faisait défaut, il ne parvenait pas à se rappeler d'avoir passé une soirée sans qu'une dispute n'éclate entre eux, sans que les reproches fusent de part en part.

- « Ok ça me va. »

- « Tu pourras me donner des nouvelles de mon neveu.. enfin...le peu que tu sais de lui »

- « A demain Dave » dit John d'un sourire compatissant, puis il tourna des talons.

OoO

La faible lumière du soleil de ce début de matinée brillait à travers la fenêtre, éclairant le visage d'un homme brun qui, les yeux grands ouverts, fixait le plafond. John bailla et jeta un coup d'oeil sur sa montre posée sur la table de chevet : 7 heures. Un sourire nostalgique étira ses lèvres, pensant qu'autrefois, il aurait fallu toute une armée pour le sortir de Morphée. Autrefois. Dans une autre vie.

Il tendit une main pour rapprocher plus près de lui la femme encore endormie, pour sentir la moiteur de sa peau nue. Un contact pour réchauffer son coeur froid plus que son corps. Il ne se souvenait plus du prénom de la jeune femme blonde blottie contre lui - ne lui avait-elle jamais dit ou l'avait-il tout simplement occulté de sa mémoire? Ce n'est pas son prénom qui l'avait conduit à accepter les avances de cette femme hier soir au bar, ce n'est pas non plus ce corps de rêve à allumer un brasier dans ses reins qui l'avait poussé à ne pas la repousser une deuxièmes fois, ni son abstinence de deux ans. En fait, il ne savait pas trop ce qu'il l'avait influencé à se conduire comme le mâle type dont le cerveau se situait en dessous de la ceinture; une attitude qui fut la sienne jusqu'à ce qu'il se mette en couple avec Elizabeth... Tout ce qu'il savait, c'est qu'une fois de retour de chez son frère, John s'était senti mal comme jamais, entrevoyant pour la première fois quel fut le calvaire de son entourage, comprenant que la mort de son père relevait de sa faute à lui et à lui seul.

Son regard vacilla tandis que le visage de son père se présentait devant ses yeux. Le regard noir, le sommant de partir de la maison familiale. John avait alors 18 ans, depuis, il ne l'avait jamais revu et ne le reverrait plus jamais même s'il le désirait. C'était fini. Son père était désormais dans un cercueil, reposant à jamais. Une larme s'échappa, roulant sur sa joue, silencieuse, tandis que John prenait conscience de l'étrangeté de la chose, reconnaissant la sensation comme un cauchemar à moitié remémoré et devenu réalité, et pas de la façon dont il aurait voulu. Il devait faire le deuil de son père comme il l'avait fait 20 ans de ça avec sa mère.

En dépit du corps chaud de cette femme blottit contre lui, John frissonna. Il se débattit pour sortir du lit, les draps s'accrochant à son corps comme des mains désespérées. Il marcha jusqu'à la salle de bain, comme si une douche brûlante pourrait effacer de sa mémoire la journée d'hier ainsi que toutes ses conséquences.

Lorsque le destin décide de s'acharner contre vous il n'y a rien d'autre à faire que de l'accepter et de s'y plier. Quand les événements s'enchaînent à vitesse grand V, procurant le tournis comme si vous étiez dans un grand huit, il est parfois difficile de comprendre ce qu'il vous arrive. C'est l'impression que John avait eu ces derniers temps : celle de recevoir coups sur coups. Bien sûr, il ne devait pas s'attendre à ce que son retour des morts se fasse dans la douceur et la simplicité, mais il était loin de s'imaginer que ce sera aussi dur.

Les deux mains posées sur le carrelage de la douche, sa tête penchée en avant, John laissait couler l'eau sur le haut de son crâne, sa nuque, ses épaules... Il porta sa main sur son épaule, sur son tatouage, prolongement de lui même et qui symbolisait ce qu'il pensait être devenu, mais qui désormais, ne rimait plus à grand chose. Sauf à une erreur d'appréciation manifeste. Une erreur d'avoir laissé sa colère rythmait sa vie ces deux dernières années. Et maintenant?

John entendit une porte claquer, soulagé que sa compagne de nuit décide de son propre chef de partir sans les sempiternelles formalités d'usage qu'imposent ce genre d'escapade nocturne. Ce n'était qu'un coup pour la nuit, tous deux le savaient. Il se décida enfin à éteindre l'eau, s'enveloppant d'une serviette autour de la taille, il sortit de la cabine de douche et passa une main sur le miroir embué par la vapeur.

- « John? »

Il fronça des sourcils, croyant avoir mal reconnu cette voix qui était bien trop grave pour être celle d'une femme.

- « John? »

Non, il ne rêvait pas. Mckay.

- « Rodney? Tu peux me dire ce que tu fais dans ma chambre » le somma t-il hargneusement.

- « Bonjour à toi aussi. » répondit le canadien confortablement assis sur le bord du lit à présent inoccupé.

John ne bougea pas, son regard s'accrochant lourdement au scientifique, attendant que ce dernier réponde à sa question.

- « Tu pourrais enfiler quelque chose s'il te plaît » fit Rodney, grimaçant quelque peu.

Sans un mot, John traversa la pièce, prit dans un sac des vêtements sans réfléchir et fila dans la salle de bain où il ressortit quelques minutes plus tard, habillé.

- « A la base j'étais venu te voir pour savoir si tu voulais prendre le petit déjeuner avec moi en bas et... j'ai eu la surprise de voir une femme m'ouvrir. Dis moi, ce n'était pas celle que tu as déjà refoulé hier soir avant qu'on parte chez ton frère?! »

Bien que sa phrase était formulée comme une question, elle ne suggérait aucune réponse, aucun commentaire. Le ton employé était celui du reproche, celui de l'incompréhension.

Il n'aurait jamais dû laisser John seul au bar, sauf que Rodney pensait que son ami ne risquait rien; rien mise à part une bonne gueule de bois.

- « Qu'est ce que ça peut te faire Rodney? »

- « Tu comptais rattraper tes deux ans d'abstinence avec la première pouf venue, c'est une attitude très mature ça. Non, que dis-je? C'est tout toi ça! Le grand John Sheppard est de retour, sauf que ce n'est pas lui que je voulais retrouver, pas cet homme qui ne sait pas garder sa braguette fermée plus d'une minute! »

- « C'est mon problème si j'ai envi de me conduire sexuellement comme un ado, Rodney. » rétorqua John le plus calmement, bien que intérieurement il était à deux doigts d'exploser.

- « Ton problème! Je crois rêver. Tu n'as plus ce droit depuis que tu es père, John. Quelle image veux tu donner à Jo plus tard? Souhaites tu réellement qu'il prenne exemple sur toi? »

John resta interdit, ne sachant pas comment interpréter les paroles de Rodney, il partit au quart de tour.

- « Insinuerais-tu que je fais un mauvais père! Que Jo serait mieux élevé si je n'étais pas revenu! » cracha John en s'approchant dangereusement de Rodney, les poings serrés.

Le canadien soupira, agacé qu'une fois encore, le militaire s'emporte inutilement tout ça car il voyait du mal partout.

- « Je n'ai jamais dis ça. Ce que je veux dire, c'est qu'en tant que père, tu te dois à une certaine tenue. A ton avis, que va t-il penser de toi s'il te voit chaque matin avec une femme différente? Oh bien sûr il sera fier de toi, il sera fier non pas de tes exploits militaires mais du nombre de femmes qui sera passé sur toi. »

Voyant que ses paroles faisaient leur chemin chez John, Rodney ajouta :

- « Sans parler de Elizabeth... »

A l'entente de ce nom, John leva les yeux, l'air de dire qu'il ne voyait pas le rapport. Rodney fronça des sourcils, estomaqué par ce regard qui était également celui de Johnatan quand il n'appréciait pas qu'on lui dise non, un regard d'incompréhension.

- « Je ne suis pas sûr que tes exploits de cette nuit lui fasse très plaisir, surtout si tu comptes revenir avec elle. »

Un rire jaune s'échappa de la gorge de John, un rire incontrôlable qui fit trembler le canadien, ne comprenant pas ce revirement d'attitude.

- « Tu es sérieux là? » demanda t-il, sarcastique. « Tu vis vraiment dans ton petit monde, toi. Tu penses franchement qu'on puisse se remettre ensemble après tout ce qu'il s'est passé ?! »

- « Euh... oui » marmonna le scientifique pour qui ça allait de soi.

Une évidence. Rodney ne les imaginait plus l'un sans l'autre.

- « Apparemment c'est pas ton cas » ajouta Rodney, contraignant sa voix à rester calme, détendue. Sans prétention, et pas accusatrice.

- « Rodney » soupira John d'une voix fatiguée et lasse.

Ça voulait tout dire et en même temps pas grand chose. Ce Rodney signifiait que John voulait couper court à la conversation, mais pas que ça. John aurait pu répondre non, un simple mot qui aurait suffit pour anéantir les espoirs de son ami, mais en ne disant pas ce non, il le confortait dans l'idée comme quoi tout n'était pas fini. Il y avait encore de l'espoir, encore faut-il qu'il s'avoue ce qui pour Rodney était une évidence. Le temps oeuvra dans ce sens...

- « Allez viens, on va le prendre ce peti déj' »