Titre : Vent d'Est
Auteur : Mokoshna
Manga : Naruto
Crédits : Naruto est la propriété de Masashi Kishimoto (je l'ai apprise par coeur).
Avertissements : AU, Yaoi, Yuri, Het. En outre, étant donné la différence d'éducation de certains et suite aux événements qui ont suivi le départ de Naruto, des personnages peuvent paraître OOC.
Blabla de l'auteur : Encore un interlude sur Hijiri Tsumon ! Étant donné la nature du personnage, j'ai décidé que chaque interlude lui serait dédié à partir de maintenant. Ce n'est pas grand-chose, cela ne concerne pas toujours l'histoire principale, mais il y a des détails qui sont passés sous silence dans la trame principale par manque de place, de temps, ou simplement parce que c'est inutile pour l'intrigue. Quoique...
Bonne lecture !
Interlude 2 :
Hijiri Tsumon
Ce n'était pas de tout repos d'être Hijiri Tsumon.
Quelquefois, Hijiri se disait qu'il devait demander une prime rien que pour cela. Il était déjà bien payé du fait de son rôle auprès du jeune Gaara mais cela ne comptait pas, pas vraiment. Après tout, en cherchant bien, il devait bien rester quelque part dans la nature d'autres expérimentations d'Orochimaru ou d'un autre qui détiendrait l'ADN du premier Hokage. Ou quelque chose s'en rapprochant, les savants fous ça ne manquait pas dans ce pays, que diable !
— Un problème, Tenzô ? fit la voix grave de Tsume. T'as pas l'air dans ton assiette.
Hijiri fixa sa vieille amie avec des yeux de merlan frit.
— Je t'ai déjà dit de m'appeler Hijiri.
Tsume s'assit bien en face de lui, posa les jambes sur la table et se mit sans plus de façons à se nettoyer les dents avec un cure-dent. À ses pieds, son fidèle compagnon Kuromaru mâchonnait un bout d'os qu'il avait trouvé en chemin, les yeux rivés sur Hijiri qui sentit son mal de crâne augmenter en conséquence. Aucun de leurs collègues qui se trouvaient en même temps dans la salle de repos n'osa faire remarquer à Tsume son manque de tenue. On ne défiait pas Tsume Inuzuka si on voulait garder son corps un minimum intact. On racontait dans les couloirs que le seul à s'y être essayé, un sous-fifre un peu prétentieux du nom de Mizuki, avait bien failli y laisser un bras et avait à présent une magnifique cicatrice en forme de crocs sur l'arrière-train. Hijiri, qui connaissait Tsume presque comme s'il l'avait faite, savait très bien qu'elle en était capable même s'il n'avait pas vérifié sur sa pauvre victime.
— T'as pas une gueule de Hijiri Tsumon, grogna enfin Tsume. T'es trop faiblard pour ça.
— Je suis un ninja patenté, je te prie ! protesta Hijiri, vexé.
— C'est pas ce que je veux dire. Pour être Hijiri Tsumon, faut avoir des tripes. Toi, t'es cap' de vomir tes boyaux si tu vois une gamine se faire tuer sous tes yeux. Ou tu te mettrais à pleurnicher.
Cette remarque fit grimacer Hijiri. La gamine tuée sous ses yeux, il avait déjà donné, merci. Mais pas question de dire ça à Tsume... ou à n'importe qui d'autre qui ne serait pas Shikamaru Nara ou Neji Hyûga. Il soupira.
— Ce n'est pas vrai. Je suis un professionnel.
— Sur le coup peut-être pas, mais tu le ferais une fois que personne te verrait plus, hein ?
Hijiri ne sut comment lui répondre, car elle avait touché une corde sensible. Il avait effectivement tendance à se laisser submerger par ses émotions quand on lui en laissait l'occasion. Quelle ironie pour un homme qui n'était censé n'être qu'une expérience de laboratoire !
— Laisse ça, grommela-t-il, pressé de changer de sujet. Comment tu vas, de ton côté ? Ça fait un moment que j'ai plus de nouvelles de ta famille.
Deux mois, plus exactement, ce qui en principe n'était pas très long mais pour un ninja, cela représentait une éternité. N'importe quoi pouvait arriver en deux mois : la mort d'un être cher, un changement de régime, le choix était vaste et malheureusement fort réalisable. Il vit Tsume froncer des sourcils comme si elle avait avalé un aliment amer.
— Je peux pas vous blairer, vous autres Hijiri Tsumon. Je me demande si c'est pas pour ça que j'en ai autant dans la vie. Comme le dirait Nara, c'est galère.
— Que veux-tu dire ?
— Figure-toi que t'es pas le seul à avoir eu l'idée d'endosser le rôle. Ma crétine de fille a eu aussi le caprice de suivre les pas de son cher et défunt papa.
Hijiri faillit s'étouffer avec sa propre salive.
— Hana ? Elle est devenue Hijiri Tsumon ?
— Et comment ! Cette sale ingrate ne veut plus qu'on l'appelle de son nom de baptême. Maintenant, c'est Hijiri ou rien du tout. Mais ça ne va pas se passer comme ça ! Elle va comprendre son erreur, la petite !
— Comment... pourquoi ?
Tsume haussa les épaules.
— C'est ça le plus moche. Elle refuse d'en parler. Elle a été en mission avec cette chipie d'Anko, tu sais celle avec sa langue de serpent toute répugnante, et quand elle est revenue, toute seule je te prie, elle avait changé de nom. Comme si elle pouvait faire ça sans consulter sa mère, la petite conne !
— Oh.
Franchement, Hijiri n'avait rien d'autre à dire à part « Oh ». Déjà qu'il n'avait jamais rencontré d'autre Hijiri Tsumon à part le précédent (et maintenant lui-même) depuis tout le temps qu'il existait, voilà qu'il apprenait que la propre fille de son prédécesseur en était une à présent ! Ce monde était fou.
Il fallait qu'il pense à rencontrer Hana-Hijiri. Ils pourraient peut-être s'échanger des trucs ou... autre chose, il ne savait pas exactement quoi. En tout cas, l'expérience pouvait être... intéressante.
— Et ton fils ? Il ne lui est rien arrivé de tel, si ?
Les sourcils de Tsume se froncèrent davantage, ce qui la fit presque ressembler à Gai tellement ils étaient serrés. Elle poussa un grognement de colère.
— Lui, c'est pire. Faut croire que j'ai pas chance avec ma portée.
— Hein ?
— Tu l'as pas appris, dans ton petit village de sable ? Il a trahi Konoha. On a lancé un avis de recherche sur lui.
— Quoi ?!
Ça, c'était la meilleure. Hijiri s'était levé d'un bond à cette nouvelle ; d'un instant à l'autre, il s'attendait à ce que Tsume le reprenne en riant et lui dise qu'il ne s'agissait que d'une blague, qu'elle voulait juste tester ses tripes en tant que Hijiri Tsumon. Elle ne bougea pas d'un poil.
— Ça surprend, hein ? J'te dis pas quand le Conseil a annoncé ça, ça a été la panique dans la famille. Y'aurait pas eu Hana qui est devenue le garde personnel du Hokage en plus d'être Hijiri Tsumon, on aurait passé un sale quart d'heure, nous les Inuzuka.
Il pouvait se passer une foule de choses en deux mois chez des ninja, mais là ça frôlait le ridicule. Aux dernières nouvelles, Kiba n'était qu'un genin pas plus doué qu'un autre, un soldat ordinaire qui avait pour particularité de faire partie de la famille Inuzuka. Même le familier qu'il se trimballait sur la tête, un joli petit chien répondant au nom d'Akamaru, n'avait rien d'exceptionnel.
— Comment il s'est débrouillé pour trahir Konoha ? Je l'ai déjà vu, ton fils, c'est pas le ninja le plus futé ou le plus doué de sa génération mais il donnait l'impression d'être fidèle au village !
Tsume serra les poings.
— Va savoir. Hana est sur ses traces. Elle a bien l'intention de le ramener par la peau du cou.
— Qu'est-ce qu'il a fait ?
— Il a tué un Hyûga qui tentait de protéger le chef de son clan. Sale affaire. Il va sans dire que les Hyûga sont furieux contre nous.
— Vous êtes sûrs que c'est lui ? C'est incroyable, comme histoire !
— Les preuves sont accablantes. Il y a pas mal de témoins et il a utilisé des techniques que seul un Inuzuka connaît. Et puis ce sont les Hyûga. Ils savent différencier un chakra d'un autre.
— Ça ne veut rien dire ! Quelqu'un aurait pu prendre son apparence et ses techniques pour vous tromper, ou on l'aurait manipulé...
— On ne peut pas savoir tant qu'on l'aura pas trouvé, le coupa Tsume. Le problème, c'est qu'il s'est enfui et personne ne sait où il se trouve. Je te l'ai dit, c'est une sale affaire.
Hijiri se rassit, en état de choc. Ses mains étaient moites ; il les essuya sur son pantalon sans s'en apercevoir. Que l'héritier de Tsume et de Hijiri Tsumon soit un traître au village était inimaginable ! Les Inuzuka avaient toujours fait preuve d'une loyauté sans faille envers Konoha, et ce depuis que le premier Hokage avait accepté leur ancêtre, alors un homme des bois qui vivait au milieu des loups, en tant que citoyen de sa nouvelle patrie. C'était cette loyauté indéfectible qui faisait de ce clan l'un des plus respectés de Konoha.
— Une chance que le Hokage nous ait à la bonne, ajouta Tsume. C'est lui qui a permis à Hana de poursuivre Kiba. Avec un peu de chance, il aura droit à un procès équitable au lieu d'être jeté en pâture aux Hyûga.
Ah oui, Jiraiya. Hijiri ne savait que penser de la manière dont cet homme dirigeait le village mais au moins, une chose était sûre : il était suffisamment juste pour ne pas accuser sans raison. Il n'empêche, c'était quand même une histoire incroyable.
— Ça s'est passé il y a longtemps ?
— Deux semaines. Hana n'est toujours pas de retour, sinon tu penses bien que t'en aurais entendu parler dès ton arrivée. Tu restes combien de temps ?
— Pas très longtemps, j'en ai bien peur. Gaara accompagne son père pour une mission diplomatique, c'est tout. Nous repartons dès qu'ils ont fini les discussions.
— Et t'es là pour quoi au lieu de pas être avec ton gosse ?
Hijiri désigna la fenêtre du menton. Celle-ci menait sur une grande cour circulaire ; on entendait des cris et des bruits de combat.
— Il est train de jouer avec Lee Rock. Comme j'avais l'impression d'être de trop, je me suis dit que je pouvais bien monter boire un thé à la machine.
Tsume eut un sourire narquois. Il était difficile d'imaginer que son fils se trouvait en mauvaise posture à cette heure. Les Inuzuka étaient des êtres si terre-à-terre, si peu concernés par la tragédie ! Quand il leur arrivait quelque chose de mal, ils se contentaient de l'accepter tout en essayant de trouver la manière d'arranger les choses sans trop de chichis. Ce n'était pas leur genre de se plaindre ou de sombrer dans le désespoir, pas quand ils pouvaient agir pour que tout aille mieux. De ce côté, ils ressemblaient assez aux Nara. Pas étonnant qu'ils s'entendent mieux avec cette famille qu'avec les Hyûga, par exemple, qui étaient prompts à invoquer le destin et à blâmer la malchance pour tous leurs coups du sort...
— Ils « jouent », hein ? fit Tsume en ricanant. Ils sont précoces, ces gamins.
Hijiri faillit (encore) s'étouffer, d'indignation cette fois.
— Qu'est-ce que tu veux dire ! Gaara n'est pas...
— Oh arrête, j'ai bien vu comment il matait le petit Lee. C'est à se demander s'il a bien voulu le tuer la dernière fois, ou s'il voulait seulement rejeter une vérité qu'il n'était pas prête à encaisser... tu sais, comme quand ce beau gosse d'Inoichi et Gai...
— Non ! l'interrompit Hijiri avec la force du désespoir. Tu fais fausse route ! Il n'y a absolument rien de commun entre Gaara et Lee et Inoichi et Gai !
— C'est vrai que question physique et caractère, on peut pas trop comparer Inoichi et Gaara, c'est pas pareil. Je vois mal ton gosse se balader avec un bouquet de fleurs dans tout le village en lançant à qui veut l'entendre qu'il est la petite fleur de Gai.
D'horreur, Hijiri se plaqua les mains devant les oreilles.
— Je n'ai rien entendu, lalala le monde est magnifique, lalala je suis Hijiri Tsumon...
— Et je te dis pas leurs séances de galipettes, on peut les entendre dans tout le village. Qui aurait pu croire qu'Inoichi aimait crier pendant l'acte ? Y'a même une voisine qui se serait plainte parce que le mur mitoyen aurait...
— Il-faut-que-j'y-aille-tout-de-suite-j'entends-Gaara-qui-m'appelle-de-la-cour-au-revoir-Tsume-c'était-super-au-plaisir-de-te-revoir-bye !
Tsume éclata de rire, mais Hijiri n'était déjà plus là pour l'entendre : vif comme l'éclair, il avait bondi par la fenêtre pour aller rejoindre son protégé, les mains toujours solidement collées sur ses oreilles pour ne plus avoir à écouter Tsume et les choses affreuses qu'elle disait sur Gai et sa relation ô combien fameuse avec Inoichi...
Gaara le vit atterrir devant lui avec indifférence. Hijiri lui fit un sourire formel, salua Lee qui avait les bras levés en l'air pour il ne savait quelle obscure raison et se mit en position de combat.
— Je viens m'entraîner avec vous, dit-il, la voix encore un peu tremblante.
— Mais bien sûr ! s'écria Lee, enthousiaste. Plus on est de fous, plus on rit, n'est-ce pas Gaara ?
Gaara eut l'air confus.
— On n'était pas en train de rire.
— C'est une expression ! Ça veut dire qu'on doit être heureux parce qu'un nouvel ami vient nous rejoindre alors qu'on s'amuse !
— Je croyais qu'on s'entraînait.
— C'est pareil ! L'entraînement est source de joie, et le fait de s'entraîner à plusieurs est encore mieux !
Sacré Lee. S'il y avait bien quelqu'un capable de supporter les sautes d'humeur de Gaara et surtout de savoir comment lui répondre sans se faire décapiter, c'était bien lui. En fait, Hijiri savait bien que pour être aussi... magnanime envers l'autre garçon, Gaara devait bien avoir des sentiments un peu plus ambigus que la simple volonté de s'en faire un ami. Ce n'était tout simplement pas son style, d'être aussi direct. Non pas qu'il fût particulièrement doué ; sa méthode de drague, à défaut d'appeler cela autrement, laissait même clairement à désirer. Si même Hijiri pouvait le voir, c'est qu'elle était bien fumeuse.
Hijiri soupira. Encore. Depuis qu'il était Hijiri Tsumon et qu'on l'avait mis avec ce gamin habité par l'Ichibi pour éviter à ce dernier de ressurgir sans crier gare comme lors de la dernière attaque, il n'avait que des raisons de soupirer. Gaara n'était pas si mauvais, dans le fond. Juste... incompris. Et mal éduqué. Il n'y avait pas idée d'apprendre à un gosse que l'amour passait par le meurtre ! Plus d'une fois, Hijiri avait voulu étrangler de ses mains le Kazekage mais s'était heureusement arrêté à temps : créer un conflit diplomatique n'aurait aidé ni Gaara, ni Konoha, même si l'envie était légitime. Au pire, Gaara avait encore son frère et sa sœur qui semblaient quand même tenir à lui malgré la peur qu'il leur inspirait parfois.
— Nous devons habituer nos corps à l'effort pour que nos cœurs puissent chanter en harmonie avec nos muscles puissants, bandés pour protéger le faible et l'opprimé ! cria Lee, les yeux brillants. Ainsi, nous accomplirons notre devoir sacré de protecteurs de Konoha et seront récompensés de notre noble travail par la vision idyllique de notre village scintillant dans les cieux infinis de la gloire !
À ces mots, Hijiri fut (pour le dire vulgairement) sur le cul. Il jeta un coup d'œil inquiet en direction de Gaara, mais non, celui-ci ne semblait ni surpris, ni choqué. Au contraire, il se mit à applaudir discrètement Lee.
— Tu sais au moins ce qu'il a voulu dire ? demanda Hijiri, perplexe.
— Je ne suis pas certain, dit Gaara de sa voix égale. Il m'a dit d'applaudir et de jeter des confettis à ses discours sur la justice et la jeunesse, mais je n'ai plus de confettis. Qu'est-ce que c'est, « la vision idyllique de notre village scintillant dans les cieux infinis de la gloire » ?
Hijiri soupira.
— Ça ne te concerne pas puisque tu viens de Suna, mais je crois qu'il veut dire que Konoha serait reconnaissante envers ses ninja pour la protection qu'elle leur apporte.
— Comment ce village pourrait-il être reconnaissant ?
— Par village, il voulait dire ses habitants. C'est une métonymie. Euh... comment te dire...
— J'ai compris le sens. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi les gens seraient reconnaissants. C'est son travail. Il a été formé pour cela.
— Quand quelqu'un te sauve la vie, tu es reconnaissant envers cette personne, même si c'était son travail. De même, ton sauveur a le sentiment d'avoir fait quelque chose de bien, et il en est fier. Généralement, c'est comme ça.
— Fier ?
— Oui.
— Comme quand Kankurô réussit à diriger une marionnette de plus ? Ou quand Temari a tué plus d'ennemis que moi ?
Hijiri se retint de se prendre la tête entre les mains. Il avait décidément beaucoup de boulot avant de faire comprendre à ce gosse la différence entre le bien et le mal, à supposer que cette notion ait un sens dans leur monde régi par la guerre. Il inspira longuement pour se donner du courage, mais avant qu'il ait pu ouvrir la bouche, Lee le devança.
— La fierté d'un soldat, d'un homme même, c'est d'être digne de protéger ceux qu'il aime !
— Ceux qu'il aime ?
— Exactement ! Ta famille, tes amis, et suprême bonheur, ta bien-aimée ! N'as-tu pas dans ton cœur, une personne spéciale qui te fait perdre la tête et qui te fait battre le cœur plus fort à chaque fois que tu la vois ? Tu as envie d'être avec cette personne, de la serrer contre toi, de lui montrer à quel point tu es fort et qu'elle n'a rien à craindre tant que tu seras là pour la protéger ! N'est-ce pas une chose merveilleuse que l'amour ?
Gaara se mit à faire une drôle de tête. Hijiri avait appris à connaître cette expression : cela voulait dire que le jeune garçon réfléchissait intensément sur un terme qui lui était inconnu, et en tirait ses propres conclusions qui pouvaient être à l'occasion justes mais étaient le plus souvent déformées par son étrange manière de penser. Il s'attendait au pire.
— Je ne suis pas sûr de tout comprendre.
— C'est pourtant simple ! fit Lee, heureux de se rendre utile. N'y a-t-il pas quelqu'un dans ta vie qui compte plus pour toi que les autres ?
— Plus que les autres ?
— Oui ! Tu veux voir cette personnes sans cesse, tu veux la toucher, parler avec elle durant des heures, lui montrer à quel point tu es fort ! À chaque fois que tu la vois, tu te sens bien, tu as envie de chanter !
— Je... ne suis pas certain d'avoir envie de chanter, répondit Gaara, mais je me sens bien. Et je veux lui montrer que je suis plus fort que lui.
On nageait en plein délire. Hijiri était cloué sur place par l'horreur ; il venait de comprendre à qui Gaara faisait allusion. Lee, pauvre innocent qu'il était, en rajouta une couche.
— C'est exactement ça ! Et tu veux être avec elle, non ? Tu veux couvrir son corps parfait de chastes baisers ?
— Quoi ?
— C'est une forme d'attachement. Une attirance physique. C'est normal !
— Oh. C'est normal.
Le désastre était imminent. Comme à travers un rêve, Hijiri vit Gaara s'approcher d'un Lee qui souriait de toutes ses dents. Il se baissa et, avant que quiconque ait pu intervenir, planta ses lèvres sur celles de Lee.
Un silence de plomb tomba sur la clairière.
— C'est pas désagréable, dit Gaara en s'éloignant d'un Lee médusé.
Il se lécha les lèvres, l'air satisfait. Lee se mit à trembler comme une feuille. Puis, sans surprise, il hurla de toute la force de ses poumons.
— Qu'est-ce que tu as fait ? Pourquoi ? On est des garçons ! On est amis !
Malgré ses mots, il ne semblait pas si dégoûté que cela (ce qui serait surprenant en sachant qui était son maître). Hijiri soupira. Plus ça allait, et plus ce pauvre Lee ressemblait à Gai, au point de mimer ses préférences sexuelles. Enfin, pas tout à fait : comme l'avait dit Tsume, il n'y avait rien de comparable entre Gaara et Inoichi si ce n'est leur sexe.
— Tu viens, Gaara ? Le Kazekage doit avoir fini la réunion, il nous attend sûrement. Et Lee ?
Lee leva vers lui un regard de chiot perdu.
— Tu devrais en parler avec ton maître. Moi, je me charge de Gaara, ok ?
— Mais...
— Vous êtes confus tous les deux, et c'est normal. Le mieux est de vous laisser un peu de temps.
— Je ne suis pas confus, dit Gaara, très calme.
Hijiri abattit son poing sur le sommet de son crâne, ce qui ne le fit pas spécialement réagir. Il avait l'habitude à présent.
— Oh que si, tu l'es, grommela Hijiri. Il est grand temps qu'on ait la discussion.
— La discussion ?
— Oui, celle que tu devrais avoir avec ton père au vu de ton âge mais que tu auras avec moi parce que le Kazekage n'est pas la meilleure personne pour t'en parler. Tu sais, sur les abeilles et les fleurs et tout ça...
— Pourquoi tu voudrais qu'on aborde la botanique ? s'étonna Gaara.
Hijiri soupira.
— Fais-moi penser à tuer ton père avant la fin de ma carrière. Mais que ça reste entre nous, hein !
— C'est un ordre ?
— On va dire.
— Entendu.
Et sans plus de façons, Hijiri entraîna Gaara jusqu'à leurs quartiers provisoires, laissant un Lee désemparé dans la cour.
o-o-o
Contre toute attente, Hana, ou Hijiri Tsumon à présent, revint avant que la délégation de Suna ne reparte chez elle. Hijiri fut aux premières loges pour l'accueillir, avec Tsume. Ce jour-là, il avait reçu la permission d'aller dîner chez sa vieille amie. Gaara resterait en compagnie de son frère et de sa sœur.
Éduquer le garçon sur le sexe et ses vicissitudes ne fut pas de tout repos... comme toujours avec lui. Hijiri ressortit de cette épreuve grandi ; du moins c'était ce qu'il pensait. Comment ne pas avoir gagné en expérience et en sagesse face à une telle aventure ? Expliquer la sexualité à un enfant était déjà une tâche assez difficile en soi ; l'expliquer à Gaara du Sable était un exploit à nul autre pareil. Après cela, il estima qu'il avait largement gagné le droit de demander une soirée de libre, pour se détendre et reprendre des forces avant d'entamer la suite de son travail.
Il s'avéra qu'aller chez Tsume ce soir-là fut une monumentale erreur.
Oh, le dîner commença sous les meilleurs auspices : Tsume avait fait les choses en grand et invité tous les membres de sa famille présents dans le village ainsi que quelques amis communs qui avaient le temps de venir. La nourriture était excellente, quoique composée presque exclusivement de viande ; on était un Inuzuka ou on ne l'était pas. Hijiri ne se plaignit pas, bien au contraire : avec un tel énergumène à garder au quotidien, il avait besoin de forces et de bonne viande rouge. Tsume lui fit honneur en lui réservant les meilleurs morceaux de l'énorme bœuf entier rôti qu'elle avait fait préparer pour l'occasion.
— Et surtout, te prive pas, s'était-elle exclamée, on est là pour se remplir la panse !
Hijiri l'avait prise au mot : sitôt mis devant sa gamelle, il s'était empressé de dévorer sa part avec l'enthousiasme d'un homme affamé après une course. Tsume l'avait regardé faire avec plaisir.
Hana arriva sans prévenir. Hijiri était en train de s'attaquer à sa cinquième pièce de bœuf quand la lourde porte de la salle s'ouvrit avec fracas, les battants allant s'écraser contre les murs en faisant vibrer la demeure familiale. Tsume se leva d'un bond, furieuse. Plusieurs des chiens présents poussèrent des grognements sourds ; Kuromaru claqua même des crocs pour montrer sa désapprobation.
Entrèrent les triplés Haimaru, queues fièrement dressées pour montrer leur statut et crocs rangés afin de ne pas provoquer de combat. Les autres chiens cessèrent leurs grognements mais continuèrent de fixer la porte, tout comme les humains. Hijiri s'étonna qu'aucun de ces animaux n'ait senti plus tôt la présence de Haimaru. Puis il se souvint de sa propre arrivée au domaine : le garde de la porte avait sursauté en l'entendant approcher, comme s'il ne s'était pas attendu à sa venue. Pourtant, il avait bien eu à ses côtés un gros chien au pelage gris qui s'était alors mis à gémir. À chaque fois que Hijiri avait approché un chien et jusqu'à ce que Tsume mette fin à cet étrange phénomène en déclarant Hijiri un ami de la famille, les animaux avaient reculé devant lui.
Haimaru étaient les chiens de Hana, autrement dit une partie d'elle-même selon les lois des Inuzuka. Hana était Hijiri Tsumon. Y avait-il un lien ?
— Bonsoir, fit la voix puissante de Hana.
Elle fit un pas en avant, se montra enfin aux yeux de tous. Hijiri trouva qu'elle avait maigri. Il sourit en voyant qu'elle tenait fermement son petit frère par la peau de son cou, puis se ravisa en se souvenant de ce que Tsume lui avait dit cet après-midi. Kiba. Le traître qui avait tenté de tuer Hiashi Hyûga.
— Désolée de déranger le repas, continua Hana, la voix dure. Je ramène la brebis galeuse.
Le regard de Kiba n'exprimait que fatigue et lassitude. C'était Hana qui tenait Akamaru entre les bras ; le petit chien ne faisait pas le moindre mouvement, pas même pour essayer de rejoindre son maître. D'un même accord, les langues se délièrent, les esprits déjà échauffés par l'interruption du repas s'agitèrent.
Tsume abattit son poing sur la table. Tous se turent.
— Salle d'interrogatoire. Koshi, dit-elle à l'homme qui avait accueilli Hijiri, tu vas porter un message au Hokage. Pas un mot à personne jusqu'à ce qu'il arrive.
Et ce disant, elle regarda l'ensemble de la salle, aussi bien Inuzuka que membres extérieurs. Personne n'osa intervenir.
— Tu viens avec nous, dit-elle à Hijiri sur un ton qui n'admettait aucune réplique. Vous ne serez pas trop de deux Hijiri Tsumon.
o-o-o
Voilà comment Hijiri fut mêlé sans le vouloir au problème des Inuzuka. Il avait envie de pleurer, mais Tsume ne lui en laissa pas le temps : sitôt la porte de la salle d'interrogatoire fermée, elle se planta devant la silhouette avachie de son fils et lui décocha un magnifique coup de poing qui l'envoya contre le mur. Même Hana fit la grimace.
— Espèce de petit con, qu'est-ce que t'as foutu ! hurla-t-elle en direction de Kiba. Fils indigne ! Connard de traître ! Tu mériterais que je te fasse frire !
Kiba s'adossa contre le mur, sans regarder sa mère. Sa lèvre inférieure avait été fendue en deux et il devait avoir au moins une dent cassée. Un large filet de sang coulait sur sa veste. Akamaru, tremblant et geignant, sauta des bras de Hana pour aller lui lécher la blessure. Kiba l'écarta d'un geste. Le cri que poussa le petit chien était empreint de désespoir.
— Ce n'est pas moi, le coupable, dit-il simplement. On m'a utilisé.
Sa voix était rauque, cassée. Il cracha par terre : une dent atterrit sur le sol. Hana s'approcha de sa mère et lui prit le bras.
— Mère...
— Et toi, ne me touche pas ! Tu ne vaux pas mieux ! Tu as reçu un nom de baptême, un nom d'Inuzuka, et tu vas le renier du jour au lendemain contre l'avis du chef de ton clan ! Quel genre de fille es-tu ?
Les yeux de Kiba pétillèrent de colère.
— Fous-lui la paix, vieille peau ! rugit-il à son tour. Elle est Hijiri Tsumon ! Tu devrais être fière qu'elle reprenne les traces de notre père !
Trois paires d'yeux le dévisagèrent avec surprise. Tsume déglutit, sa colère largement calmée.
— Tu étais au courant ?
Kiba ne répondit pas.
— Mère ? fit Hana, choquée. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Notre père était...
— Il est inutile de le cacher à présent, grogna Tsume. Oui, votre père était l'ancien Hijiri Tsumon, celui que ce type remplace.
Hijiri aurait voulu se faire tout petit, il aurait voulu disparaître sous terre. Kiba fixait le sol d'un air buté. Akamaru se tenait à bonne distance de lui, comme s'il craignait de le toucher, comme s'il n'était pas son familier...
— On pourrait remettre l'interrogatoire à plus tard, dit Hana, d'une voix si faible que Hijiri avait l'impression d'entendre une enfant. Kiba a besoin d'être soigné.
Tsume se remit en colère.
— Ce n'est pas...
— Mère, je t'en prie !
Hijiri n'avait jamais entendu Hana supplier qui que ce soit. Tsume non plus, apparemment, puisqu'elle se raidit et jeta sur son fils un regard presque effrayé. Kuromaru se ratatina sur le sol.
— Le Hokage voudra l'interroger lui-même, dit-elle d'une voix blanche.
— Je sais.
— Je te laisse t'en occuper. Viens, dit-elle en désignant Hijiri.
Il la suivit docilement, curieux et aussi un peu appréhensif. Ce n'était pas le genre de Tsume de s'écraser ainsi avant un interrogatoire. Elle le mena jusqu'à une salle attenante vide dans laquelle se trouvait une table et plusieurs chaises, s'assit dans l'une d'elle et, les coudes sur la table, se prit la tête entre les mains.
— J'aurais dû le remarquer plus tôt, dit-elle d'une voix rauque où perçaient et colère et tristesse. J'étais tellement en rogne que je n'ai rien senti...
Troublé, Hijiri s'assit à son tour en face d'elle.
— Que veux-tu dire ?
Tsume eut un rire nerveux, sans joie.
— Tu n'as pas remarqué ? Il a voulu le cacher, mais son corps est couvert de marques. Et l'odeur... du sperme, un peu partout. Et pas le sien. Plusieurs. Même dans son haleine.
Hijiri faillit se mordre la langue.
— Tu ne veux pas dire...
— Je les tuerai, fit Tsume d'une voix étrangement calme. Je les écorcherai un par un, je leur arracherai leur bite et la leur ferai bouffer. Puis je foutrai des baffes à Kiba jusqu'à ce qu'il se décide à prendre de nouveau Akamaru sur sa tête.
Hijiri hocha la tête. Il ne pouvait rien faire d'autre.
o-o-o
Qui sait ce qui se passa chez les Inuzuka par la suite ? Hijiri fut congédié à l'arrivée du Hokage ; on lui fit bien comprendre qu'il était plus utile auprès de Gaara que de Kiba.
Quand il vint aux nouvelles le lendemain, ce fut pour apprendre que Hana était déjà repartie en mission pour une durée indéterminée. Tsume et son fils se trouvaient chez le Hokage ; le destin de Kiba était encore incertain. Personne ne savait quel sort on lui réservait ; on n'était même pas sûr qu'on l'ait réellement emmené puisque personne, même parmi les membres les plus proches de la famille, ne le vit après son arrivée avec Hana.
Hijiri dut repartir pour Suna sans avoir eu de réponse. Il avait un devoir à accomplir qui primait sur ce qui était arrivé aux Inuzuka ; de toute manière, cette histoire ne le concernait en rien. Pourtant, pour la première fois depuis bien longtemps, il avait envie de s'impliquer dans une affaire aussi sordide.
De tout le trajet de retour à Suna, il ne quitta pas Gaara des yeux. Gaara, à qui il avait enseigné des bribes de sexualité la veille de cette soirée. Gaara, qui était si différent de Kiba.
Il se souvint de sa propre enfance. Il se souvint d'Orochimaru.
Sitôt arrivé à Suna, il s'enferma dans ses quartiers et pleura.
À suivre...
Oui bon j'avoue, le petit élément tragique à la fin ne devait pas être aussi tragique. Et Kiba ne devait pas avoir de rôle ou presque, mais maintenant ça va changer. Pour le meilleur ou le pire, on verra bien.
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