Retour de vacances, la suite donc !
Elenthya : Ben alors ? On ne tient plus la tension dramatique ? Je t'ai connue plus combative… XD Oui, il ne se passe rien, mais on ne peut pas faire de scandale à tous les chapitres ! XD J'espère que celui-ci pourra me faire pardonner auprès de toi. Merci et kiss !
Une nouvelle fois, j'ai une réponse à un pari dans ce chapitre. Lol. Cette fois, mon amie m'avait dit « A un moment ou un à un autre, je veux de la cascade ». C'est tout. J'ai tergiversé un petit moment et je trouvais que ce chapitre était l'occasion parfaite pour accéder à cette requête. Quand même, qu'est ce que tu me fais pas faire… (spéciale dédicace ! lol)
Chapitre 21 : Ce que je veux vraiment
Après la fuite de Sanae, les frères Hitachiin n'avaient pas osé aller après elle tant ils en étaient cois. Les choses s'étaient passées si vite qu'ils peinaient encore à se dire que ce n'était pas un cauchemar mais bel et bien la vérité : ils avaient profondément blessé leurs futures fiancées.
Hikaru ne comprenait toujours pas pourquoi Sayuri s'était autant emportée face à une question qui avait tout ce qu'il y avait de plus innocent. Certes, il savait que la jeune fille était fière de nature, mais là, c'était fort. Quant à Kaoru, il était resté interdit pendant de très longues minutes, sa main épousant la forme de celle laissée sur sa joue. Sanae avait été méconnaissable. Jamais il ne l'avait vue aussi furieuse. Son geste l'avait figé sur place. Pourquoi cette gifle ?
En milieu d'après midi, un domestique vint informer les jumeaux qu'une limousine venait juste d'arriver. Oubliant pour quelques instants la situation dans laquelle ils se trouvaient, Hikaru et Kaoru quittèrent la terrasse pour accueillir le visiteur.
- Mais… ?
Quelle ne fut pas leur surprise en découvrant deux majordomes qui s'affairaient à ranger deux valises dans le coffre. Les garçons demandèrent ce qui se passait au chauffeur qui eut une expression de désolation.
- Mademoiselle Sanae a regagné le domicile familial et m'a chargé de ramener ses affaires ainsi que celles de sa sœur.
- Quoi ? s'exclamèrent les jumeaux. Elles rentrent chez elles ?
- C'est cela. Mademoiselle Sanae est partie de chez vous il y a un moment déjà. Mademoiselle Sayuri est au courant et compte la retrouver directement à la résidence Suzumura après son cours.
Hikaru et Kaoru ne bougèrent plus. Sanae avait quitté le pavillon et ils n'en avaient rien su. Bien sûr, elle avait dû demander à partir dans le plus grand secret. Et Sayuri qui avait dû apprendre la scène, ils ne pouvaient imaginer pire. Ne pouvant rien faire d'autre, les garçons laissèrent les domestiques charger les quelques affaires des filles et regardèrent la limousine s'éloigner dans l'allée du domaine.
Encore ébranlés, ils se rendirent dans le salon et se laissèrent tomber dans l'un des larges canapés blancs. Leur regard était vide comme figé dans l'expression de stupéfaction avec laquelle ils avaient parlé aux jumelles pour la dernière fois. Parties. Elles ne seraient pas là ce soir.
- Qu'est-ce qu'on a fait… murmura lentement Hikaru.
La question se posait, mais ce qui les horrifiait réellement, c'était de ne pas savoir ce qu'ils devaient faire. Les appeler ? Ne rien faire ? S'en réjouir ? Paniquer ? Aucune réaction ne leur venait.
Chacun fit un bilan dans sa tête. Cela faisait presque quinze jours que la cohabitation avait commencé. Les plus grosses crises étaient passées, mais jamais un réel climat d'entente durable n'avait réussi à les lier tous les quatre. Cette fugue était-elle la chute normale et prédictible de ces quinze derniers jours ? Etait-elle arrivée de façon inéluctable ?
Ils serrèrent les dents. Sanae n'était pas dans le faux. Même si les sœurs Suzumura avaient leur considération, ils ne les avaient pas bien traitées. Ils avaient été irrespectueux tous les deux. Hikaru pour avoir fait une enquête dans le dos de Sayuri et Kaoru d'avoir fait des reproches à Sanae pour une chose dont elle n'était pas responsable. Ils avaient tout gâché. Et elles étaient parties.
- On est allé trop loin, reconnut Kaoru en baissant la tête, la joue encore rouge. Il faut faire quelque chose.
- Attends ! l'arrêta son frère. Et si on avait vraiment cherché ça ?
- Les faire partir ?
- Oui ! On ne les a jamais considérées comme nos fiancées, nous avons toujours gardé une distance avec elles. Nos unions sont obligées, mais est-ce qu'on veut vraiment chercher à les connaître ? Veut-on réellement essayer de tenter de construire quelque chose avec elles avant ce mariage ?
Kaoru referma la bouche. Hikaru avait raison. Et si, très loin au fond d'eux, ils avaient espéré que cela se passât ainsi ? Que Sayuri et Sanae s'en aillent pour les laisser tranquilles avant d'être unis à tout jamais ? Oui, lors de l'annonce de leurs fiançailles, ils voulaient les garder loin d'eux, mais pas ainsi ! Pas au prix de leur faire du mal ! Les choses avaient aussi changé. C'était vrai, ils avaient donné l'impression de les prendre pour des étrangères, mais ce n'était pas le cas, ils ne voulaient pas les voir ainsi.
- Mais que faire ? se demandèrent-ils à haute voix.
Leurs yeux tombèrent sur la poche de Kaoru dont le strap de portable dépassait de sa poche. Ils eurent la même idée. Ce fut le cadet qui s'en chargea et dégaina son appareil pour composer un numéro. Ce n'était pas très reluisant pour leur image de garçons sans failles, mais il y avait urgence.
Quelques sonneries après, on décrocha et une voix enjouée résonna :
- Ola ! Buenos dias !
- Baron ? s'étonnèrent les jumeaux, une oreille chacun sur le combiné. C'est toi ?
- Hikaru ? Kaoru ? Qué tal ? s'amusa Tamaki avec son accent espagnol nouveau. Je vous souhaite le bonjour de la Galice ! La maison de l'investisseur de papa est ma-gni-fi-que ! Dommage qu'Haruhi ne soit pas là… Et vous, les vacances avec vos charmantes futures ? Vos cœurs ont-ils fini par s'entremêler les uns aux autres ?
Grosse grimace de culpabilité sur le visage des deux rouquins. Cela ne s'annonçait pas facile du tout, mais il n'y avait que Tamaki qui était –assez- en mesure de les aider. Après tout, il était un prince. Mieux valait le préparer en douceur :
- Euh… Ecoute, King…
- « King » ?! Dios mios… Qu'est-ce que vous avez fait ?
Aïe. Il avait compris. Hikaru et Kaoru gardèrent dans un coin de leur tête qu'ils devraient appeler Tamaki « King » plus souvent, ça éviterait de lui faire comprendre qu'ils avaient fait une bourde quand ils l'appelaient de la sorte. La préparation opérée, les garçons prirent une longue inspiration pour se donner du courage et exposèrent la situation à leur ami. Au point où ils en étaient, ils racontèrent même l'épisode des fantômes. Tamaki croyait aux pouvoirs de Nekozawa, il croirait bien cela.
- … et un chauffeur vient de repartir avec leurs affaires… acheva Kaoru.
- Tama, on ne sait pas quoi faire… supplia presque Hikaru.
Silence à l'autre bout du combiné.
- T-Tamaki ?
Les jumeaux sentirent le téléphone trembler dans leurs mains comme s'il était en mode vibreur et un rugissement bestial fusilla leurs tympans :
- QUOI ?! QU'AVEZ-VOUS FAIT, BANDE DE SANS-CŒURS ! explosa le King.
- Mais… Tamaki… bredouillèrent les jumeaux, le portable à bout de bras.
- Je pourrais vous virer de notre Cercle d'hôtes pour cette infamie ! Vous salissez notre club avec une telle attitude ! Je vous somme d'aller vous jeter à leurs pieds et de leur implorer un châtiment parce que le pardon serait trop beau pour vous deux !
Les accusés préférèrent ne rien dire. Bien que Tamaki fût vraiment bruyant, il avait raison et ils méritaient ses semonces. Au final, le seul conseil véritable qu'ils avaient reçu était d'aller s'excuser auprès de Sayuri et Sanae. Cependant, une nouvelle fois : le voulaient-ils ? Voulaient-il leur retour au pavillon ?
Ils se regardèrent l'un l'autre. Oui. Ils avaient déjà trop échangé avec elles pour s'arrêter maintenant. Kaoru reprit son téléphone portable et composa le numéro de celui de Sanae qu'elle lui avait laissé il y a plusieurs jours.
- Le répondeur après quelques sonneries, elle ne voudra jamais nous parler.
- Dans ce cas, nous n'avons plus qu'à aller chez elles et leur demander de nous écouter.
Hikaru et Kaoru acquiescèrent ensemble puis quittèrent le salon en demandant à faire préparer une limousine. Une quinzaine de minutes plus tard, les jumeaux franchissaient le portail de leur propriété, direction la résidence Suzumura.
Pendant le trajet, ils furent incapables de réfléchir. Qu'allaient-ils leur dire, à supposer qu'elles accepteraient de les écouter ? Qu'ils étaient désolés, bien entendu mais cela ne suffirait pas. Ils ne pouvaient pas imaginer ce qu'ils auraient à faire si elles refusaient de les voir. Aucune pensée anticipée ne parvenait à être produite dans leur esprit.
Quand ils atteignirent l'immense portail de fer forgé noir de la résidence Suzumura, le soir tombait déjà, entraînant dans sa chute le beau temps. De grosses gouttes d'eau venaient s'écraser contre les vitres teintées de la voiture et un nouvel orage tambourinait déjà avec violence. Il était tout près d'ici. La limousine suivait un chemin goudronné qui fendait un long bois assombri par le gris des nuages. Hikaru et Kaoru pensèrent à la même chose en même temps. Etait-ce là que Sanae avait développé sa peur du noir ?
Enfin, une demeure se découpa nettement entre le noir des arbres. La résidence Suzumura était très vaste mais les façades avaient un aspect sobre et chic à la fois. Quelques lumières apparaissaient à des fenêtres des étages. Un nouvel éclair fendit le mauvais temps quand la voiture s'arrêta devant le porche d'entrée. Le chauffeur s'empressa de sortir et ouvrit la portière aux deux jeunes maîtres, un parapluie à la main.
- Messieurs Hikaru et Kaoru…
Les garçons ignorèrent le froid qui léchait leur peau découverte et gravirent rapidement les marches du porche pour aller sonner. Un doux carillon tintinnabula de l'autre côté du vitrail de verre soufflé qui encadrait la porte et quelques secondes après, la poignée tourna pour laisser place à une petite bonne au visage rond aimable.
- Vous désirez ? s'enquit-elle avec un sourire poli.
- Nous sommes Hikaru et Kaoru Hitachiin. Nous serait-il possible de parler aux Demoiselles Suzumura ?
A peine avaient-ils annoncé leurs prénoms qu'ils avaient déjà remarqué la lueur désolée traverser les petits yeux marrons de la femme.
- Oh… Messieurs Hitachiin, je suis désolée que vous ayez fait tout ce chemin… Mais Mesdemoiselles Sayuri et Sanae ne souhaitent pas vous rece…
- C'est important ! coupa Hikaru. Je vous en prie !
- Ca ne durera qu'un instant ! ajouta Kaoru qui commençait à avoir la chair de poule comme son frère.
Mais la domestique secoua lentement la tête avec un air désolé.
- Je regrette. Elles ont été formelles. Elles refusent de vous voir.
Les jumeaux baissèrent les yeux. C'était à prévoir. Elles les haïssaient vraiment. Comprenant qu'il était inutile d'insister, ils remercièrent la femme et tournèrent les talons sans prendre le temps d'attendre le chauffeur et son parapluie. Ils rentrèrent dans la limousine et la voiture fit demi-tour.
S'ils avaient pris le temps de se retourner, Hikaru et Kaoru auraient aperçu deux silhouettes, chacune derrière une vitre de l'étage. Un baladeur mp3 sur les oreilles, Sayuri regarda le véhicule s'enfoncer dans le noir du bois puis s'en alla de son poste d'observation. Idiots.
La main autour du rideau drapé aux moirures blanches, Sanae baissa la tête. Non, pas cette fois. Elle s'éloigna de sa cachette.
Dans leur limousine, Hikaru et Kaoru gardaient le silence. Ce silence les avait refroidis. Les choses allaient-elles se finir ainsi ? C'était sans compter sur les mains du destin…
- Hu ? Chauffeur, pourquoi vous arrêtez-vous ? firent les garçons qui avaient remarqué un arrêt en plein milieu des bois.
- Un tronc d'arbre est tombé en travers de la route, les informa l'homme en leur montrant. Un éclair sans doute.
Les frères se regardèrent, un grand sourire machiavélique sur le visage. Merci, destinée !
¤¤¤
- Un arbre sur la route du bois ?
- Exact. Et nous n'avons hélas pas la possibilité de repartir jusqu'à demain. Serait-ce possible… ?
Hikaru et Kaoru accordèrent leur sourire le plus angélique à la petite bonne qui, comme nombreuses femmes qui croisaient leur route, ne sut résister. Elle opina du chef et invita les garçons et leur chauffeur à entrer dans le vestibule tandis qu'elle se dirigeait vers un petit interphone.
La décoration intérieure ressemblait beaucoup à celle du manoir Hitachiin. Dorure, rideaux épais, tapisseries, tableaux et deux magnifiques escaliers séparés par une fontaine de marbre blanc qui montaient aux étages. L'ambiance avait quelque chose d'assez féminin. Le fait de compter plus de femmes dans la famille que d'hommes, sans doute.
- Mademoiselle Suzumura ? appela la domestique, l'index sur le bouton de l'interphone. Messieurs Hikaru et Kaoru sont ici et malheureusement, ne peuvent pas repartir à cause d'un arbre abattu par l'orage. Peuvent-ils rester ici pour la nuit ?
Il y eut une quinzaine de secondes de silence total. Enfin, la voix grésillante et froide de Sayuri se fit entendre :
- Soit. Occupez-vous de leur trouver des chambres et du dîner.
Il y eut un petit clic puis plus rien. D'accord, le ton empli de mauvaise grâce de l'aînée des sœurs faisait froid dans le dos, mais c'était là leur chance de pouvoir leur parler !
Hélas, les choses ne se passèrent pas aussi facilement qu'ils l'auraient espéré. Hikaru et Kaoru se heurtèrent à la fidélité des serviteurs qui ne voulurent pas accéder à leur requête de parler aux jeunes maîtresses de la maison. On leur montra leurs chambres. C'était une grande pièce à l'ambiance feutrée bleu nuit avec lit baldaquin, armoire et petit secrétaire accompagné d'un siège confortable. Une table basse reposait au centre de la salle face à un fauteuil de cuir brillant.
Un peu plus tard, les jumeaux furent invités pour le dîner. La domestique les conduisit jusqu'à la salle à manger digne des plus belles salles de réception. Un immense lustre éclairait toute la salle de ses nombreuses branches dorées à l'or fin, une immense table en « U » habillée d'une longue nappe blanche brodée de fil argenté sertie de ses sièges restaurés prenait tout l'espace et les larges rideaux de voilage crème illuminaient tout de leur clarté. Cependant, un détail interpella les invités qui louchaient sur la tablée à la vaisselle étincelante :
- Euh… Deux couverts ? s'étonnèrent-ils en se tournant vers leur accompagnatrice.
- Mesdemoiselles Sayuri et Sanae n'avaient pas faim ce soir… s'excusa-t-elle avec un hochement de tête.
Ils grimacèrent. Elles n'avaient surtout pas envie de supporter leur présence à table. Hikaru et Kaoru se retinrent de penser que ce n'était pas poli de recevoir des invités de la sorte, ils n'avaient pas fait mieux. Ce fut donc avec un amer sentiment de frustration qu'ils prirent place à table pour attendre les premiers plats. Dur. Ca serait très dur.
Hikaru et Kaoru dînèrent seuls, au centre de la grande table en « U », entourés par les domestiques qui se tenaient en retrait derrière eux en cas de besoin. Bien qu'invités, ils avaient la sensation de ne pas être les bienvenus dans cette demeure. A croire que la rancœur des sœurs Suzumura avait imprégné les murs et les choses qui les entouraient. Quand ils eurent terminé, les jumeaux quittèrent la table pour retourner dans leur chambre. En haut de l'escalier et après le tournant de l'intersection, ils eurent la surprise de croiser quelqu'un :
- Hu ? Sayuri ?
L'aînée des jumelles passait par là, revenant très certainement de la salle de bains. Elle portait un tee-shirt extra large gris qui glissait sur une de ses épaules blanches et cachait un bermuda décontracté ample. Elle avait une serviette autour de cou et ses cheveux encore humides, torsadés et rapidement séchés retombaient en de fines et grosses mèches grossières. C'était la première fois qu'Hikaru et Kaoru la voyaient aussi négligée et en même temps, cela leur rappela que derrière le roc Sayuri, il y avait un simple être humain. Et même aussi simple, elle restait jolie.
On pouvait lire dans ses grands yeux noirs l'expression de la personne qui s'apercevait qu'elle venait de tomber dans une embuscade et qu'elle voulait fuir. Les trois jeunes gens échangèrent des regards. Appréhendés chez les garçons et empreint d'une froide indifférence chez Sayuri.
Après un temps, elle reprit un bout de serviette entre ses doigts et frotta nonchalamment sa chevelure tout en continuant son chemin comme si elle n'avait pas remarqué ses visiteurs.
- Sayuri, s'il te plait ! prièrent-il quand elle les doubla.
Elle s'arrêta mais ne se retourna pas. Ils devaient saisir cette opportunité.
- Nous voudrions vous parler, à toi et Sanae. On voudrait s'excuser de notre comportement de ce matin.
Silence du côté du dos de la jeune fille. Quelques perles d'eau se détachèrent de ses pointes de cheveux courbées pour s'écraser et disparaître sur le tapis. Elle tourna légèrement la tête vers l'arrière.
- Votre mésestime pour moi ou vos bassesses, je m'en moque. Ca ne m'atteint pas. En revanche…
L'œil de son profil gauche se plissa d'une froideur frémissante.
- Je vous interdis de faire du mal à Sanae, surtout toi, Kaoru. Surtout toi.
Et Sayuri repartit avec une démarche aussi détachée qu'elle était arrivée en laissant les frères Hitachiin avec un mauvais sentiment. Ils avaient même réussi à la dégoûter de leur crier dessus. Il ne restait qu'un profond mépris dédaigneux.
Mais ils n'en resteraient pas là. Ils étaient décidés à ne pas repartir de cette demeure sans avoir dit ce qu'ils avaient à dire. Ils avaient environ douze heures pour cela. Ce fut donc dans cette optique déterminée qu'Hikaru et Kaoru cherchèrent un plan d'action quand ils regagnèrent leur chambre.
Ses yeux perdus de l'autre côté de la vitre de la fenêtre, Hikaru eut une idée un peu folle.
- On va passer par les balcons, exposa-t-il en ouvrant la fenêtre. J'ai remarqué en arrivant qu'ils ne tiraient pas les rideaux, on pourra vite repérer les chambres des jumelles.
Fouetté par un vent humide de pluie, Kaoru n'était pas très rassuré de s'aventurer sur les corniches avec cet orage mais suivit son aîné. Après tout, lui aussi voulait s'excuser.
Deux silhouettes effilées qui se hissaient prudemment sur un coin du balcon se découpèrent dans la nuit noire au passage d'un éclair retentissant. Une chance pour nos cascadeurs en herbe, l'espace de vide qui séparait chaque rambarde n'était pas très important. Chacun s'arma de son élan et s'élança pour passer au-dessus des grosses barres de pierre sculptée et traverser le nouveau balcon. Hikaru se pencha discrètement pour jeter un coup d'œil à l'intérieur mais il ne vit personne.
- Ce n'est pas là. On continue.
Ils traversèrent ainsi encore quatre balcons tout en priant pour que leur intuition fût la bonne. Le manoir Suzumura ressemblait pas mal au leur, la configuration des lieux devait donc réserver les chambres de ce côté de la demeure qu'ils exploraient.
Hikaru prit de nouveau son élan et attrapa la cinquième rambarde avant de l'enjamber. Kaoru commençait à sentir comme son frère des raideurs dans les bras en plus de grelotter de froid avec ses vêtements trempés. Loin de s'en préoccuper pour autant, le cadet se concentra et sauta à son tour. Hélas, ses mains glissèrent sur une fine pellicule d'eau qui recouvrait la rambarde et chuta.
- Aaaaah !
- Kaoru ! s'étouffa Hikaru se précipitant.
Par chance, son frère était retombé sur le balcon du dessous sans trop de mal. Une fois relevé, Kaoru rassura son jumeau et s'approcha de la fenêtre de sa petite terrasse.
- C'est ouvert… signala-t-il. Je vais pouvoir retourner à l'intérieur. On se retrouve. Reste prudent.
- Promis. A tout à l'heure ! répondit Hikaru sans trop élever la voix.
A peine la porte vitrée venait-elle de se refermer à l'étage du dessous qu'il entendit du bruit provenant de la pièce de son propre balcon. Le rideau qui couvrait la moitié de la fenêtre s'écarta et laissa apparaître une Sayuri outrée et scandalisée derrière les filets d'eau de pluie qui roulaient sur ses carreaux. Hikaru la vit étouffer un juron de stupeur.
- Mais c'est pas vrai… souffla-t-elle, la main crispée sur son rideau.
- Sayuri ! appela le jeune homme en s'approchant de la fenêtre. Ouvre-moi ! Je dois te parler !
- Vous êtes un fou, Hikaru Hitachiin ! Je vais appeler la police pour entrée par effraction !
- Quelle effraction ? C'est toi qui nous as permis de rester pour la nuit.
Sayuri se retint de hurler. Et il trouvait encore le moyen de se montrer ironique avec le petit sourire en coin en prime ! Ce garçon alors ! Elle l'informa qu'il était hors de question qu'elle le laisse entrer et tourna les talons, ce à quoi son interlocuteur ne parut pas prêter attention. Bien au contraire, il resta digne jusqu'au bout et s'assit sur le rebord du balcon sous la pluie torrentielle. Une minute exactement plus tard, Sayuri revint à sa fenêtre et la débloqua.
- Imbécile, pesta-t-elle en faisant demi tour. Maintenant, sors de ma ch… Ah ?!
La jeune fille n'avait pu faire un pas qu'elle se retrouva plaquée contre le mur, les mains d'Hikaru de part et d'autre de sa tête.
- Pas avant d'avoir fait ce que j'avais à faire, murmura-t-il, les yeux dans les siens.
Elle se tut, rendue muette par une sensation qui l'immobilisait dans toutes les parcelles de son corps. Elle pouvait se dégager d'Hikaru rien qu'en passant par en dessous d'un de ses bras qu'il appuyait contre le mur mais elle en fut incapable. Alors elle ne bougea pas. Elle le dévisageait simplement, de ses yeux bronze fâchés à ses mèches de cheveux collées à son front en passant par ses joues albâtres brillantes de pluie. C'était la première fois qu'elle le voyait d'aussi près.
- Tu veux m'interroger pour ton enquête au moins ? persifla-elle sans oublier sa rancœur.
- Non, je voulais justement m'excuser pour avoir fait ça dans ton dos, je…
- Tu me détestes tellement que tu essayes de me chercher des poux pour me discréditer, c'est ça ? Vous vous sentez tellement supéri…
- J'ai fait ça pour toi !!
Sayuri entrouvrit la bouche de surprise, les joues roses. Pourquoi réagissait-elle ainsi ? Etait-ce par étonnement ou parce que ses mots lui semblaient si sincères ?
Hikaru serra son poing gauche de colère et ne la quitta pas des yeux.
- Quelqu'un m'a dit que tu avais des ennuis. On voulait juste t'aider ! Ca partait d'un bon sentiment et non pas d'un quelconque manque de confiance en toi !
- Q… Qui ça « quelqu'un » ? demanda Sayuri qui essayait de retrouver de sa contenance. Et quels ennuis ?
- Sayuri, tu me jures que tu n'as rien ?
Elle voulut reculer la tête quand elle vit celle d'Hikaru se rapprocher mais le mur l'en empêchait. Pourquoi la regardait-il donc avec de tels yeux ? Et il lui demandait cela comme si elle venait d'échapper à la mort. Pire, elle avait l'impression qu'elle perdait pied dans cette situation. D'où venait donc cette faiblesse qui l'assaillait ?
- Il… Il y a juste que là, j'ai un sale gosse de riche qui m'empêche de passer, bougonna la prisonnière en détournant la tête.
Hikaru eut un sourire. Il venait d'enfin entendre cette pointe d'agacement hautain qui caractérisait la voix habituelle de Sayuri. Maintenant que son message était passé, il pouvait la libérer. Le jeune homme s'exécuta et la laissa traverser la chambre en trombe. Il en profita pour la découvrir. La pièce, aménagée d'un double lit à lambrequin, d'une coiffeuse, d'un bureau, d'un divan d'une table basse ronde, le tout fait en bois de rose, était bien à l'image de son occupante : simple mais élégante et la musique classique embaumait l'air.
Quand elle lui ouvrit la porte pour sortir, il n'opposa aucune résistance.
¤¤¤
Au rez-de-chaussée du manoir, nous retrouvons un autre rouquin de 17 ans dont le dos le faisait encore atrocement souffrir.
- Aïeaïeaïe… Hikaru, t'as vraiment intérêt à avoir trouvé… De la glace…
Un œil fermé par le mal, Kaoru poussa une énième porte dans l'espoir de trouver les cuisines afin de soulager un tant soit peu cette douleur lancinante qui ondulait dans son bas dos. Sa patience fut récompensée lorsqu'il entrevit la vague forme d'un évier dans une pièce plongée par la pénombre.
- Excellent… soupira-t-il en allumant la lumière.
Kaoru poussa légèrement la porte derrière lui et se dirigea sans attendre vers le réfrigérateur dans l'espoir d'y trouver des glaçons. Le nez dans le froid, il entendit le gond de la porte grincer légèrement et des pantoufles effleurer le carrelage.
- Qui a laissé la lum… Hé ?
Le jeune homme se retourna à cette voix qu'il connaissait bien. La dernière fois qu'il l'avait entendue, elle était teintée de cette colère déçue qui l'avait rendu fou. Sanae se tenait dans l'encadrement. Elle avait essayé d'écarquiller les yeux d'étonnement en voyant Kaoru ici mais avec le sommeil qui pendait encore à ses paupières, elle n'était parvenue qu'à faire une drôle de figure qui pouvait prêter à sourire. Son ensemble de nuit tee-shirt et bermuda de satin ciel brillait sous la lumière des néons du plafond et ses cheveux étaient tressés avec quelques mèches qui étaient ressorties.
- Kaoru… dit-elle sans donner d'intonation particulière. Que fais-tu là ?
- Je cherchais de la glace.
- De la glace ?
- Ah ! Oui… pour… euh…
Il aurait pu lui mentir. Lui dire qu'il voulait se faire une boisson bien fraîche ou n'importe quoi d'autre, mais cela suffisait. Les mensonges avaient pris trop de place ces derniers temps. Kaoru referma la porte du frigo et se tourna vers la jeune fille.
- Pour mon dos, suite à une mission commando avec Hikaru pour trouver vos chambres et enfin vous parler.
Sanae détourna la tête. Elle ne savait pas vraiment si elle voulait entendre ce qu'il avait à dire. Alors il força un peu les choses et commença à parler tout en s'avançant vers elle :
- Sanae, nous n'avions aucune mauvaise intention envers Sayuri avec ces recherches. Nous aurions dû en parler au lieu de faire ça, c'était vraiment minable.
Elle n'avait pas bougé la tête mais elle savait qu'il était en face d'elle. Ne pas le regarder. Ne pas le regarder dans les yeux, elle se ferait avoir.
Face à son silence, Kaoru s'imposa de continuer.
- Et… je te demande pardon pour ce que je t'ai dit. Je me suis monté la tête tout seul et je m'en suis injustement pris à toi. Et si comme tu me l'as dit, tous tes mots et gestes ont été sincères, alors je les accepte tous.
Il souriait, elle en était sûre. Elle le sentait. Ce sourire si doux qui la réchauffait alors qu'elle s'obstinait à regarder l'intersection formée par les joins du carrelage. Sanae devina que Kaoru lui tendait la main et consentit enfin à tourner son attention vers lui. Mais elle ne le regardait toujours pas directement, juste sa grande main aux doigts fins tendue vers elle.
- Amis ?
Après un temps, elle ouvrit la bouche pour parler lorsque soudain, un nouvel éclair éclata dehors et la lumière s'éteignit aussitôt. La phobie enfantine de l'adolescente se réveilla dans la seconde :
- A… !
Elle n'eut pas le temps. Son cri s'évanouit dans sa gorge alors qu'elle venait d'être heurtée contre quelque chose de mouillé. Elle sentait l'eau s'imprégner dans le tissu de son pyjama sur le devant comme le derrière avec ces bras qui l'entouraient.
- Ne panique pas, Sanae. Ca va aller.
La joue contre le poitrail trempé de Kaoru, Sanae était partagée entre le froid ressenti par celui du corps du jeune homme et la fièvre qui montait petit à petit de ses joues à son visage entier. Comme lors de la nuit des lucioles, Kaoru s'occupait de la rassurer. Néanmoins, cette fois, son étreinte avait quelque chose de plus déterminé et de fort. Ses bras l'encerclaient complètement comme s'il voulait la retenir.
Elle fut incapable de déterminer le temps passé ainsi sans bouger et sans parler jusqu'au brusque retour de la lumière. Une fois l'éclairage revenu, Sanae se libéra des bras de Kaoru et sortit précipitamment sans se retourner.
¤¤¤
Le lendemain, aux alentours de 10 heures, les frères Hitachiin étaient sur le départ. Ils s'étaient racontés à leur retour de chambre les échanges qu'ils avaient eus avec les filles et s'aperçurent que, bien que ce ne fût pas un franc succès, ils étaient contents d'avoir pu leur parler. Maintenant, ils étaient en paix avec eux mêmes.
Tôt dans la matinée, on avait appelé quelqu'un pour s'occuper de l'arbre échoué dans l'allée et la voie était à présent dégagée. Hikaru et Kaoru descendirent l'escalier du porche et retrouvèrent leur chauffeur près de leur limousine.
- Merci pour votre hospitalité, remercièrent-ils à l'adresse de la petite bonne rondouillarde. C'était… ?
Ils se turent, rendus muets par la vision de Sayuri et Sanae qui descendaient sur le perron. Les adolescents s'observèrent silencieusement. Les jumeaux sourirent :
- Vous revenez ?
Elles se regardèrent entre elles avant de planter leurs yeux dans les leurs.
- Que sommes-nous au juste pour vous ?
Les garçons se regardèrent à leur tour. Etrange. A présent qu'ils avaient failli les perdre, la réponse leur vint toute seule. Ce fut avec un doux sourire qu'ils leur répondirent :
- Des amies, ça serait déjà bien, non ?
Elles ne s'attendaient pas à cela et la surprise se lisait clairement sur leur visage. Des amies. Et quand ils leur tendirent la main pour les inviter à les rejoindre, elles comprirent qu'ils disaient vrai. Alors, chacune accorda sa main au garçon qui la lui proposait et descendirent les marches.
- Alors, vous revenez, dirent-ils.
Sayuri détourna la tête avec un petit « Humph ! » hautain.
- C'est surtout parce que c'est moins loin pour Takumi de venir chez vous pour s'entraîner avec moi… bougonna-t-elle en regardant ailleurs.
Bien que son sourire fût moins radieux qu'auparavant, Sanae fut plus honnête que son aînée :
- J'ai envie de croire en vos paroles.
Et puis… pouvait-elle balayer ses sentiments pour le cadet Hitachiin aussi facilement ? Non, bien sûr que non.
Hikaru et Kaoru comprirent qu'ils étaient encore sur la sellette, mais c'en était fini. Dorénavant, ils les traiteraient avec le respect et la considération qu'elles méritaient. Après tout, elles étaient leurs fiancées. Cette fois, ils ouvraient la porte à la paix et la confiance pour venir s'installer entre eux quatre. Ils le savaient maintenant. Oui. Ils voulaient les connaître vraiment et les apprécier sincèrement.
Ce fut donc sur les bases nouvelles d'un départ engageant qu'Hikaru, Kaoru, Sayuri et Sanae repartirent en limousine, direction le manoir Hitachiin et la route vers un nouveau chapitre dans leur histoire ?
Les plus sceptiques peuvent penser que c'était trop facile, je leur réponds « pourquoi pas ? » mais on a pas toute la vie devant nous. Je trouve que cette fic est déjà lente, je peux pas aller moins vite. XD
Prochain chap : du classique, du connu, mais tellement drôle… et révélateur !!
