Chapitre 20 – J'ai cherché

« J'ai cherché un sens à mon existence
J'y ai laissé mon innocence
J'ai fini le cœur sans défense

J'ai cherché l'amour et la reconnaissance
J'ai payé le prix du silence
Je me blesse et je recommence »

(Amir)

7 décembre 2014 – Camden Town, Londres

Boum ! Boum ! Boum !

Une vieille dame qui passait par là jeta un regard réprobateur à l'homme qui tambourinait sur la porte. Harry, lui, n'en avait cure. Tout ce qu'il voulait, c'était des réponses.

Boum ! Boum ! Boum !

Finalement, la porte s'ouvrit.

-Bonjour Harry.

Hermione ne semblait nullement étonnée de voir son ami sur son seuil, la fixant avec des yeux brillants de colère et de tristesse.

Harry ne répondit pas. Elle s'écarta pour le laisser entrer. Il traversa le couloir à grandes enjambées jusqu'à la cuisine.

-J'ai préparé des lasagnes, dit Hermione. Tu veux que …

- Tu as parlé à Draco, coupa Harry.

Hermione soupira et s'appuya sur le plan de travail.

-Non, Harry. Je n'ai rien dit à Draco.

- Qui alors ? Tu étais la seule à savoir !

- Blaise. Il vous a vu, Olivier et toi, à Chinatown. Vous vous embrassiez.

- Et il en a déduit que j'allais rompre avec Draco ?

La jeune femme baissa les yeux.

-Il est venu me voir le soir-même. Il… il m'a demandé si je savais… Je lui ai dit oui.

- Tu lui as dit ?! s'exclama Harry.

- Il s'agit de Blaise, Harry ! Mon petit-ami ! Je ne voulais pas lui mentir !

Harry secoua la tête, dépité.

-Je n'y crois pas, souffla-t-il. Comment as-tu pu…

- Harry, essaie de comprendre… Je…

- Ce que je comprends, c'est que tu es plus loyale envers Blaise qu'envers moi ! Putain, il te baise si bien que ça que ça te rend incapable de te taire ?!

La gifle claqua avec force.

-Comment oses-tu ? siffla Hermione.

Harry massa sa joue meurtrie, fusillant son amie du regard.

-Figure-toi que c'est à toi que j'ai pensé ! continua-t-elle, les poings serrés. Blaise est le meilleur ami de Draco. S'il s' était agi de toi, j'aurais voulu savoir ! Mais ça, tu es trop borné pour le comprendre !

Il eut le bon goût de baisser les yeux.

-Je te demande pardon, finit-il par dire. Je n'aurais pas dû dire ça.

- Non, tu n'aurais pas dû… Mais je te pardonne.

Sans attendre, Hermione tendit les bras vers Harry. Il s'y réfugia et la serra contre lui.

-Ça s'est mal passé ? demanda-t-elle tout bas.

- Pas vraiment. Il…

Un claquement de porte l'interrompit. La minute suivante, Blaise faisait son apparition dans la cuisine.

-Potter, jeta-t-il froidement en posant un sac de victuailles sur le comptoir.

- Zabini.

Blaise sortit ses provisions et entreprit de les ranger dans le frigo, sans un mot.

-Ecoute Blaise, commença Harry. Je… je suis désolé. Je sais que tu m'en veux mais…

- Je t'en veux ? s'écria-t-il en reposant brutalement une boîte de conserve devant lui. Merde Harry ! Tu largues mon meilleur ami ! Tu le fais souffrir, évidemment que je t'en veux !

-De nous deux, je ne pense pas que ce soit lui qui souffre le plus.

- Tu l'as vu ?

- Oui. Je viens de partir de chez lui.

- Chez lui ? s'étonna Hermione. Tu es allé dans le Wiltshire ?

- Non. A Pimlico. Dans l'appartement que ton petit-ami a acheté pour lui, par procuration.

- Quoi ?

Hermione se tourna vers Blaise, incrédule.

-C'est quoi cette histoire ?

- C'est la vérité. J'ai signé l'acte de vente pour lui ce lundi.

- Pourquoi a-t-il acheté un appartement à Londres ?

- Il est revenu vivre ici, expliqua Harry. Définitivement. Pansy et lui se sont mis d'accord pour qu'il dirige dorénavant la succursale londonienne de leur cabinet.

- Mais… et son procès ? Je croyais qu'il devait absolument être à New-York pour s'en occuper ?

Harry fit un geste vague de la main.

-Apparemment, ce n'est plus aussi important que ça…

- C'est ce qu'il t'a dit ? demanda Blaise, qui était resté silencieux jusque-là.

- Oui… d'après lui, tout s'est bien passé avec le Conseil d'administration et il n'aurait plus besoin d'être à New-York pour son procès.

Blaise fronça les sourcils et tâcha de masquer sa perplexité du mieux qu'il pouvait.

-Ça n'a pas de sens, dit Hermione. Il est passé devant le conseil d'administration vendredi et en l'espace d'un weekend, il achète un appartement et décide de revenir vivre ici ?

Elle avait dit ça en regardant ostensiblement en direction de son petit-ami, attendant clairement une réponse de sa part.

-Ça, c'est Draco, dit Blaise d'un ton détaché. Quand il a décidé quelque chose, il faut que ça se fasse tout de suite, que ce soit acheter une nouvelle paire de chaussures… ou bien un appartement.

Hermione ne semblait pas vraiment convaincue mais elle n'eut pas le temps d'épiloguer car Blaise avait changé de sujet.

-Que vas-tu faire à propos de tes affaires ? demandait-il à Harry.

- Mes affaires ?

- Le brevet du nouveau balai, le problème de contrefaçon, clarifia Blaise. Tu vas changer d'avocat ?

Harry tressaillit. Il n'avait pas du tout pensé à ça.

-Non, dit-il après un temps. Je ne compte pas en changer. A moins que Draco n'en décide autrement.

- Je ne sais pas pour qui tu le prends mais il est suffisamment professionnel pour faire la part des choses !

- Ça, crois-moi, je m'en suis rendu compte ! s'exclama Harry.

- Que veux-tu dire ?

- Je veux dire que notre séparation ne l'a pas vraiment affecté ! Mais je suppose que c'est normal… après tout, comme il me l'a dit si bien, entre nous, ce n'était que du sexe !

Blaise ne répondit pas. C'était du Draco tout craché.

-Je vais y aller, dit soudainement Harry.

- Tu es sûr de ne pas vouloir rester encore un peu ? plaida Hermione.

- C'est gentil mais non. Je dois… enfin… Olivier m'attend.

Un reniflement méprisant se fit entendre un peu plus loin mais il n'y porta pas attention.

-De toute façon, tu vas au Ministère cet après-midi, non ? continua Harry. Ta deuxième sortie avec Rose…

- Oui, sourit Hermione. Cette fois, nous allons aller sur le Chemin de Traverse.

- Embrasse-la de ma part, ok ?

- Promis.

Il posa un baiser sur la joue d'Hermione et lança un regard à Blaise. Comme celui-ci lui tournait le dos, toujours occupé à son rangement, il sortit sans plus un mot. Quelques secondes plus tard, la porte claquait.

-Vous allez vraiment vous faire la gueule ? demanda Hermione à Blaise.

- Je suis en colère Hermione ! Tu peux comprendre ça, non ?

- Bien sûr que je le comprends ! Mais moi je suis entre vous deux ! s'écria-t-elle. Exactement comme avec Ron quand Harry s'est séparé de Ginny !

- Je sais, soupira Blaise en la prenant dans ses bras. Je suis désolé, ma puce.

- Je ne veux pas revivre ça une deuxième fois, dit-elle tout bas.

- Ça n'arrivera pas. Je ferai un effort, je te le promets. Il faut juste me laisser un peu de temps.

Hermione hocha doucement la tête. Elle lui faisait confiance.

-Ça t'ennuie si je te laisse ? Je voudrais aller voir Draco… je ne crois pas qu'il soit aussi indifférent que Potter ne le laisse entendre.

- Pas de problème. Vas-y.

- Tu es sûre ?

- Absolument. De toute façon, je vais bientôt partir pour le Ministère.

- D'accord. Pas trop nerveuse ?

- Beaucoup moins que la dernière fois ! Là, je suis plutôt impatiente !

Blaise lui sourit tendrement.

-Je suis tellement content pour toi.

Il l'embrassa et sortit de la cuisine pour prendre sa veste et transplaner.

-Blaise ? le rappela Hermione juste avant qu'il ne parte.

- Oui ?

- Pour ma prochaine sortie avec Rose… tu… tu voudras bien être là ? Je voudrais que ma petite fille fasse ta connaissance.

- Oui, acquiesça le métis non sans une certaine émotion. Avec plaisir.

Hermione sourit à son tour, heureuse de réaliser qu'elle avait vraiment trouvé l'homme de sa vie.

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Appartement de Draco Malefoy, Pimlico, Londres

Blaise avait un mauvais pressentiment. Il appuyait pour la troisième fois sur la sonnette sans obtenir de réponse. Finalement, il jeta un rapide coup d'œil à gauche et à droite et dégaina sa baguette.

-Alohomora

La serrure se déverrouilla sans difficulté. Une fois à l'intérieur du vestibule, il sentit l'air vibrer autour de lui. Sans attendre, il se jeta dans l'escalier, grimpant les marches quatre à quatre jusqu'au troisième étage. Plus il progressait, plus l'air vibrait et plus il angoissait.

Ses pires craintes se confirmèrent quand il arriva sur le palier. De fines langues lumineuses et colorées s'échappaient de sous la porte, rebondissant sur les murs avant de disparaître.

-ALOHOMORA !

Il avait jeté le sort tellement fort que la porte de l'appartement claqua violemment contre le mur opposé, le laissant face à un spectacle éblouissant et terrifiant à la fois.

Blaise n'avait assisté qu'une seule fois dans sa vie à un tel phénomène, des années auparavant.

Tout jeune diplômé, il était en stage au service de psychomagie de Sainte-Mangouste. La veille, le service des urgences avait dû prendre en charge un couple, sérieusement blessé après avoir été agressé dans l'Allée des Embrumes. L'homme présentait une vilaine plaie à la tête après avoir été assommé mais son état était satisfaisant. Son épouse par contre avait reçu un sort de découpe. Elle était arrivée aux urgences entre la vie et la mort. Le lendemain, le médicomage, accompagné de Blaise, annonçait à l'homme que son épouse avait succombé à ses blessures durant la nuit. L'homme n'avait pas prononcé le moindre mot. Il n'avait pas crié. Il n'avait pas pleuré. Il s'était contenté de fermer les yeux. Croyant qu'il souhaitait seulement être seul pour faire face à sa peine, le médicomage et Blaise avaient quitté la chambre.

Une heure plus tard, Blaise était revenu le voir. En état de choc, l'homme n'avait pas pu conserver le contrôle de sa magie. Celle-ci s'était échappée de son corps sous forme de langues lumineuses multicolores qui dansaient à travers la chambre. Tétanisé, complètement dépassé par ce qu'il voyait, Blaise n'avait pu que hurler aux infirmières d'appeler le médicomage. Celui-ci était arrivé quasi immédiatement. Il avait tenté en vain de ramener l'homme à la conscience. La magie sortait de son corps et personne ne parvenait à la ralentir. Elle était sortie encore et encore, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. L'homme était mort, vidé de sa magie.

Et Draco subirait le même sort s'il ne faisait pas quelque chose rapidement.

Il se précipita sur son ami, allongé sur le canapé, complètement immobile.

-Allez Draco, reviens, dit-il en lui tapotant les joues. Allez !

Il le frappa plus fort, se rappelant ce que le médicomage lui avait dit à l'époque.

Le seul moyen de sauver quelqu'un qui perd sa magie, c'est de lui faire reprendre conscience de son corps, en le blessant s'il le faut. Physiquement et psychologiquement.

-BORDEL DRACO ! REPRENDS-TOI ! cria-t-il en lui donnant une gifle cette fois. POTTER T'A QUITTE ! TU ENTENDS ? IL T'A LAISSE CHOIR COMME UNE VIEILLE MERDE !

Une autre gifle, puis une troisième.

Draco finit par cligner des yeux. Il prit une brusque inspiration. Aussitôt, les langues de magie qui virevoltaient autour de lui réintégrèrent son corps.

-A-t-on idée de se mettre dans des états pareils pour un mec, continua Blaise. T'es vraiment qu'une pédale lamentable Malefoy.

Cette fois, Draco se redressa et repoussa brutalement Blaise qui tomba au sol. Il le fixa d'un regard noir, tandis que sa magie reprenait totalement possession de son corps.

-Par Merlin, tu m'as foutu la trouille Draco ! grommela Blaise en se relevant. Qu'est-ce qui t'as pris de…

Cling !

Il se baissa pour ramasser la bouteille vide qui roulait à ses pieds.

-De la… vodka ? dit-il, incrédule. Tu t'es enfilé une bouteille de vodka !

- Elle était entamée, protesta faiblement Draco.

- Merde, Malefoy ! Mais tu es inconscient ou quoi ?

- Oh ça va… ce n'est pas la première fois que je me bourre la gueule…

- Peut-être mais jamais en étant dans un état psychologique aussi… fragile !

- Fragile ? Va te faire foutre ! Je ne suis pas fragile ! Et la pédale lamentable t'emmerde !

Sur ces mots, il voulut se lever du canapé et chancela dangereusement. Blaise s'avança vers lui pour le soutenir mais Draco le rembarra sans égard.

-Draco ! Je n'en pensais pas un mot ! C'était le seul moyen pour te faire réagir ! Pour te…

- Dégage de là, Zabini… Je n'ai pas besoin de toi.

- Pas de quoi, Malefoy ! railla le métis. C'était un plaisir de te sauver la vie !

Draco baissa les yeux et tourna la tête vers son ami. Après ce qui sembla une éternité, il murmura :

-Je suis désolé… Merci… Que tu le croies ou non, il n'était pas dans mes intentions de passer la baguette à gauche aujourd'hui. Ni ce jour, ni un autre.

- Ouais, bougonna Blaise. Heureux de te l'entendre dire.

D'autorité, il entra dans la cuisine et se mit à fouiller les placards.

-Bordel, il n'y a donc rien à manger ici ?

- Je te rappelle que je suis arrivé hier. Je n'ai pas vraiment eu le temps de faire des courses…

- Il faut que tu manges !

- Invite-moi au resto.

- Non, tu vas venir chez moi quelques jours.

Draco souffla avec exaspération.

-Blaise, si j'ai acheté cet appartement, ce n'est pas pour…

- Je sais très bien pourquoi tu as acheté cet appart, coupa Blaise.

- Je n'ai pas besoin de baby-sitter !

- Je pense que si. Prends tes affaires, on y va. Et ne discute pas.

Trop fatigué pour tenir tête à Blaise, Draco monta à l'étage où se trouvait sa chambre récupérer les valises qu'il n'avait pas encore eu le temps de défaire.

-Pourquoi tu ne lui as rien dit ? demanda Blaise, appuyé contre le chambranle.

- Dire quoi à qui ?

- A Potter. Pourquoi tu ne lui as pas dit la vraie raison pour laquelle tu es revenu à Londres ?

Draco eut un petit rire méprisant.

-Pour qu'il culpabilise ? Qu'il reste avec moi alors qu'il avait décidé de me quitter ? Sûrement pas !

- Draco, tu…

- JE N'AI PAS BESOIN DE SA PITIE ! cria-t-il.

Pas déstabilisé par cet éclat de colère, Blaise continua.

-Il finira pourtant par savoir…

- Pas forcément. Si Théo et toi arrivez à fermer votre gueule, je ne vois pas de qui il l'apprendrait.

- Pansy. Quand elle saura qu'il t'a largué, elle va débouler ici pour lui faire bouffer ses couilles.

- Encore faudrait-il qu'elle le sache.

Blaise leva les bras au ciel.

-Bon sang, t'es con ou tu le fais exprès ? Potter sort avec le nouvel entraîneur des Tornades… Je ne te donne pas trois jours pour que ça fasse la Une des journaux ! Ils vont s'en donner à cœur joie, surtout après la si charmante petite interview de vous deux où il disait… ah oui… « Draco a toujours occupé une place à part dans ma vie. Et quoi qu'il arrive, ça ne changera jamais »… ça, c'est sûr, il est…

- Arrête Blaise, coupa Draco. Ne t'en prends à lui, ok ? On ne s'était rien promis… S'il a envie d'une relation plus conventionnelle, c'est son droit.

- Tu te rends compte qu'il aurait pu l'avoir avec toi, cette relation conventionnelle…

- Sûrement pas.

- Draco…

L'intéressé leva la main pour le faire taire.

-Je ne discuterai pas de ça. Ni maintenant, ni plus tard. C'est clair ?

- Très clair, soupira Blaise.

Draco termina de trier les quelques affaires qu'il allait emporter.

-Il y a au moins une bonne nouvelle, dit Blaise, l'air de rien.

- Laquelle ?

- Potter voudrait te garder comme avocat. Théo aussi.

- Tu l'as vu ? demanda Draco plus vivement qu'il ne l'aurait voulu.

- Oui. Chez Hermione. Juste avant de venir ici.

- Hm… moi qui pensait qu'il serait immédiatement allé se réfugier dans les bras accueillants de Dubois…

- Apparemment non. Tu vas y arriver ?

- Quoi ?

- A continuer à travailler avec Potter.

Draco fit une grimace que Blaise ne put pas voir.

-Tu penses que j'ai le choix peut-être ? Que je peux me passer du seul client qu'il me reste ?

- Je suis désolé, Draco.

- Ouais… moi aussi.

Il empoigna son sac et sortit de la chambre.

-Ma cheminée n'est pas encore raccordée. On va transplaner, dit-il.

- Tu es fou ! Tu as subi une importante perte de magie ! Tu es incapable de transplaner sans te désartibuler !

- Blaise, je…

- J'ai dit non ! On va prendre un taxi. Et quand on sera chez moi, tu vas manger, dormir un peu et puis… appeler ta mère.

Draco leva les yeux au ciel, complètement abattu.

-Tu ne crois pas que j'en ai déjà assez bavé comme ça aujourd'hui ?

- Draco… ta mère, c'est un peu comme une beuglante… plus tu vas attendre, plus ce sera terrible.

- Blaise…

- Quoi ?

- Tu me fais chier.

- Je sais.

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Appartement d'Olivier Dubois, Lambeth, Londres

Le crépitement des flammes vertes dans l'âtre annonça à Olivier l'arrivée d'un visiteur. Avec appréhension, il vit Harry en sortir.

Il rongeait son frein depuis la veille. Harry et lui s'étaient disputé au sujet du retour de Malefoy. Lui voulait qu'il règle le problème dès son arrivée au Terminal mais Harry avait refusé, préférant se donner le temps du weekend. Evidemment, Olivier ne se faisait aucune illusion sur ce qui avait dû se passer entre les deux hommes. Le regard fuyant de Harry, debout au pied de la cheminée, lui confirma ses craintes. Mais la colère de savoir qu'Harry avait couché avec Malefoy n'égalait pas la peur qu'il se soit dégonflé pour lui annoncer que c'était fini.

-Ça va Harry ? demanda-t-il en marchant vers lui.

- Ouais, ça peut aller.

- Tu as… je veux dire…

- C'est fait, oui.

Olivier ne put réprimer un soupir de soulagement. Il prit Harry dans ses bras et lui caressa doucement les cheveux.

-Je sais que c'est difficile mais…

- Non, coupa Harry. Je l'ai fait parce que je devais le faire. Parce que je voulais le faire. Et je n'ai aucun regret par rapport à ça… mais ne me dis pas que tu sais. Tu ne sais rien.

Olivier se raidit mais ne fit aucun commentaire. Il se contenta de serrer Harry un peu plus fort contre lui.

-Je t'aime Harry, dit-il après quelques secondes. Je suis heureux que tu sois là. Je sais que c'est égoïste de ma part, mais je ne peux pas m'empêcher d'être heureux.

- Ne t'inquiète pas. Je le suis aussi.

- Vraiment ?

- Vraiment.

Pour conforter ses dires, il leva la tête vers Olivier et l'embrassa avec douceur.

-Tu restes ici ce soir ? murmura Olivier entre deux baisers.

- Ici ou ailleurs, peu importe. Du moment que tu y sois.

Le sourire d'Olivier était définitivement la plus belle chose au monde.

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8 décembre 2014 – Potter Corp., La City, Londres

Avec un soupir triste, Harry posa sur son bureau le courrier qu'il venait de recevoir d'Andromeda Tonks. Les nouvelles qu'elle lui apportait n'étaient pas vraiment mauvaises, mais pas réjouissantes non plus.

Harry retira ses lunettes et se massa les yeux. Il savait que l'état de Teddy ne s'améliorerait jamais mais il gardait au moins l'espoir qu'il ne se détériore pas trop vite.

Quelques années auparavant, Teddy avait dû être hospitalisé dans l'unité de soins psychiatriques de Sainte-Mangouste. Depuis toujours, il était un garçon taciturne et dépressif mais les choses avaient empiré peu après ses treize ans. Le gêne lycanthrope qu'on croyait absent ou inactif jusque-là, s'était progressivement réveillé, rendant l'adolescent instable et agressif. Un incident avec l'un de ses camarades de classe avait eu raison de sa scolarité à Poudlard, en dépit des efforts de Minerva McGonagall pour l'encadrer le mieux possible. Ostracisé par les enfants de son âge, conscient de la tare qui était désormais la sienne, l'adolescent avait alors tenté de mettre fin à ses jours. Il en avait réchappé de justesse, mais avec de lourdes séquelles.

Effondrée, mais consciente que Teddy représentait désormais un danger pour lui-même et pour les autres, Andromeda n'avait eu d'autre choix que de le placer dans une institution spécialisée où il recevrait les meilleurs soins et le meilleur encadrement. Harry trouva un établissement parfaitement adéquat en Allemagne. Il était spécialisé dans la lycanthropie latente, celle dont souffrait Teddy. Il avait pris tous les coûts en charge, y compris l'achat d'une petite maison pour Andromeda, à quelques pas de l'institution.

Mais malgré la qualité des soins, l'état de Teddy s'était détérioré. Son agressivité était telle désormais qu'il lui était interdit de recevoir des visites. Les seules personnes que le jeune homme tolérait à ses côtés étaient sa grand-mère et son infirmier. La mort dans l'âme, Harry avait donc cessé de venir le voir pour ne pas aggraver la situation.

-Monsieur Potter, l'Auror en Chef Londubat demande à vous voir.

- Merci Peggy, soupira Harry. Faite-le entrer.

La seconde suivante, la porte du bureau de Harry s'ouvrit sur Neville.

-Neville ! dit Harry en lui tendant la main. Tu es venu incognito ? ajouta-t-il en lorgnant sur le costume moldu que portait l'Auror.

- Oui. Je me suis dit qu'il valait mieux ne pas trop attirer l'attention en rue !

- Bah… avec tous les excentriques qui arpentent les rues de Londres, personne ne t'aurait remarqué tu sais ! Viens t'asseoir !

Neville sourit et prit place dans un confortable fauteuil, Harry en face de lui.

-Peggy, voulez-vous bien apporter du café, s'il vous plaît ? demanda celui-ci en actionnant l'interphone.

- Tout de suite, Monsieur Potter.

- Je suis rudement content de te voir Neville. Ça faisait longtemps.

- Bien trop longtemps, confirma l'autre homme. Comment vont tes enfants ?

- Parfaitement bien ! Albus est comme un poisson dans l'eau à Serpentard et James… eh bien, c'est James. Quatorze ans et tout ce que ça implique.

- Je peux imaginer ! Même si, heureusement, Frank me donne encore un peu de répit.

- Albus m'a dit qu'il faisait des merveilles en cours de vol ? Et que le capitaine des Poufsouffle songe sérieusement à demander une dérogation pour le faire jouer au poste de poursuiveur ?

- Oui, qui peut le croire, hein ? Un Londubat doué sur un balai ! Il ne manquerait plus qu'il soit un génie des potions et je m'interrogerai sérieusement sur ma paternité !

- Ta paternité est autant sujette à caution que la mienne par rapport à Albus ! rigola Harry. Merlin, Frank te ressemble comme deux gouttes d'eau !

Les deux hommes furent interrompus par Peggy qui amenait des tasses fumantes et une assiette de biscuits sur un plateau.

-Si vous avez besoin d'autre chose, n'hésitez pas, dit-elle en posant le plateau sur la table basse.

- C'est parfait, Peggy. Merci.

Quand la secrétaire fut repartie, Neville reprit la parole.

-Tu te doutes de la raison de ma visite, dit-il en portant sa tasse à ses lèvres.

- Oui, confirma Harry. Le vol des plans du ThunderBird.

- En effet.

Il reposa sa tasse sur la table et sortit de la poche intérieure de sa veste un parchemin plié en quatre.

-Harry, peux-tu examiner cette liste de noms et me dire si l'un d'eux t'évoque quelque chose ?

Harry prit le document et le lut attentivement.

-Non, dit-il en le rendant à Neville. Ces noms ne me disent rien. De qui s'agit-il ? De suspects potentiels ?

- Disons que Luna et moi essayons d'explorer toutes les pistes.

- Et ça vous mène à quelque chose ?

- Nous progressons.

Harry soupira, un peu exaspéré par les propos vagues de l'Auror.

-Est-ce que des personnes auraient des raisons de t'en vouloir ?

- Tu me demandes si j'ai des ennemis ? rigola Harry. Je ne sais pas, moi… Déjà tous les mangemorts qui sont toujours en fuite, les sympathisants de Voldemort qu'on n'a jamais pu identifier... Les équipes de Quidditch concurrentes aux miennes, les Attrapeurs qui ont perdu parce qu'ils ne possédaient pas de ThunderBird…

- Oui… dis comme ça, c'est un peu absurde c'est vrai, sourit Neville. Pourtant ma question est sérieuse.

- Je ne sais pas Neville, soupira Harry. Je n'ai pas l'impression que quelqu'un m'en veut vraiment ouvertement. A part Ginny et Ron, évidemment, plaisanta-t-il.

- Ron semble déjà hors cause.

Harry faillit recracher la gorgée de café qu'il était en train de boire.

-Bordel, Neville ! C'était une plaisanterie ! Tu as… vraiment enquêté sur Ron ?

- Oui. Des preuves ont été trouvées qui l'incriminaient directement.

- C'est… c'est une blague…

- Non, Harry. Pas du tout.

Le ton sérieux de l'Auror fit bien comprendre à Harry qu'il ne plaisantait pas du tout.

-Comment… comment Ron a-t-il pu être impliqué dans cette histoire ?

Neville lui résuma brièvement la situation. Le morceau de parchemin découvert dans l'entrepôt et la vidéo-surveillance le montrant qui entrait au siège de la société BroomBroom à Manchester le 25 octobre dernier.

-C'est impossible ! dit immédiatement Harry. Ce jour-là, Ron a passé la journée à Montrose. Je m'en souviens comme si c'était hier ! Il…

- Nous le savons, dit Neville. Nous avons déjà confirmé son alibi. Mais je noterai au dossier que tu l'as également confirmé.

- C'est… absolument… incompréhensible. Pourquoi impliquer Ron ?

- Je suppose que c'est une cible facile. Tout le monde ou presque est au courant de vos différends. Ceci dit, si le coupable voulait vraiment qu'on prenne la piste Weasley au sérieux, il aurait dû faire preuve d'un peu plus de subtilité. Les indices qu'il a laissés étaient tellement énormes qu'ils n'étaient pas crédibles.

- N'empêche… je suis embarrassé pour lui. Malgré tout ce qui nous oppose, jamais je ne pourrais imaginer qu'il puisse faire une chose pareille.

- Et Ginny ?

Harry regarda Neville avec effarement.

-Tu es sérieux ?

- Je te l'ai dit : nous explorons toutes les pistes.

- Ginny n'a aucun intérêt à me ruiner. Je paie pratiquement tous les frais liés aux enfants. Donc, indirectement, c'est mon fric qui lui paie sa garde-robe et ses vacances. Et ça, elle n'est pas prête à y renoncer de sitôt.

- L'argument a du sens.

Les deux hommes restèrent silencieux un moment avant que l'Auror ne se lève pour prendre congé.

-Merci de m'avoir reçu Harry. J'essaierai de te tenir informé des progrès de l'enquête dans la mesure de mes possibilités.

- Merci à toi, Neville. Merci d'avoir pris cette affaire au sérieux.

- Tu dois surtout remercier Malefoy. C'est lui qui a débarqué dans mon bureau prêt à y mettre le feu si je ne m'occupais pas de cette affaire.

- Oui… Draco peut être très persuasif quand il veut, dit tristement Harry.

- Comment ça se passe entre vous deux ?

- Pas très bien… Pour tout te dire, nous nous sommes séparés.

- Oh.

Neville se dandina d'un pied sur l'autre et l'espace d'un instant, Harry revit l'adolescent maladroit qu'il avait été durant sa scolarité.

-Je suis désolé Harry… je ne voulais pas… être indiscret.

- Tu n'étais pas indiscret. Et tu n'as pas à être embarrassé avec ça. Draco et moi, nous avons toujours eu des chemins séparés, alors…

- C'est marrant que tu dises ça… A Poudlard, tu te plaignais qu'il était tout le temps sur ton chemin. Et lui, il a dû se dire la même chose, surtout en sixième quand tu as passé la moitié de l'année à l'espionner.

Harry ne répondit rien, conscient qu'en un sens, Neville avait raison. Draco avait toujours fait partie de sa vie.

Entre nous, c'est éternel.

Il chassa cette petite voix inopportune et sourit à son ancien camarade de classe.

-J'ai été content de te revoir, Neville.

- Moi aussi. A bientôt Harry.

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9 décembre 2014 – Centre équestre de Chapelhill, Longdown, Devon

-Comme vous pouvez le voir Monsieur Weasley, votre fille se débrouille remarquablement bien sur un cheval. Elle a un don pour communiquer avec l'animal, un peu comme s'ils ne faisaient qu'un. C'est très rare de rencontrer cette aptitude chez une cavalière aussi jeune.

Ron sourit. Certes, sa fille avait un don. On appelait ça la magie… Si elle parvenait si bien à communiquer avec le cheval, c'était grâce à une aura magique particulière, celle qui faisait que certains sorciers devenaient naturellement des animagus.

-Il serait vraiment dommage que Rose abandonne l'équitation, continua la responsable du centre équestre.

- Elle n'abandonnera pas, dit Ron. Rose ira finalement dans un pensionnat en France. Contrairement à celui que nous avions envisagé pour elle en Ecosse, celui-ci propose des cours d'équitation.

- Oh, vous m'en voyez ravie ! La France a une excellente réputation dans ce domaine. Ils seront subjugués quand ils verront les prouesses de votre fille !

- Merci Miss Bellamy.

- Pas de quoi. Les enfants talentueux méritent d'être encouragés.

Sur ces mots, elle s'éloigna, laissant Ron admirer l'aisance avec laquelle Rose dirigeait son cheval.

-Regarde papa ! dit-elle en trottinant vers lui. Regarde ce que j'arrive à faire !

- C'est bien ma chérie ! Je suis fier de toi.

- Tu as vu ? Je sais même…

La petite fille s'interrompit, les yeux écarquillés de surprise.

-PARRAIN ! cria-t-elle.

D'un mouvement souple, elle descendit de sa monture, passa sous la barrière et courut vers l'homme qui arrivait en face. Ron se retourna à son tour, pour voir sa fille bondir dans les bras de Harry Potter.

-Parrain ! répéta-t-elle. Je suis contente de te voir !

- Moi aussi ma puce. Ça faisait tellement longtemps !

- Comme tu as su que j'étais ici ?

- La secrétaire de ton papa m'a dit qu'il t'amenait ici tous les mardis.

- Oh… c'est papa que tu es venu voir alors, dit Rose, déçue.

- Si j'avais seulement voulu voir ton papa, je ne serais pas venu jusqu'ici… je serais retourné au Ministère demain.

Convaincue, Rose fit un grand sourire à Harry.

-Tu m'aides à remonter sur mon cheval ? Je n'arrive pas encore à le faire toute seule.

Harry la souleva par la taille et l'installa sur la selle. Aussitôt, le cheval se mit en mouvement, répondant à ses moindres sollicitations.

-Elle se débrouille bien, commenta Harry appuyant ses bras sur la barrière.

- Qu'est-ce que tu veux ? demanda Ron abruptement. Et ne me dis pas que c'est pour voir Rose.

- Ce serait si difficile à croire ? Après tout, ce n'est pas comme si tu me donnais souvent l'occasion de passer du temps avec elle. Une heure à Noël, deux à peine à son anniversaire…

- De quoi tu te plains ? C'est déjà mieux que le temps que tu passes avec ton autre filleul.

Harry eut un mouvement de recul, blessé par la remarque de Ron.

-Ça c'est vraiment dégueulasse, Ron. Même pour toi.

-Je suis désolé, dit Ron tout bas, se rendant compte de la portée de ses paroles. Je… c'est… je n'aurais pas dû dire ça. Je ne sais pas ce qui m'a pris.

- Je vais te le dire, jeta Harry. Tu as tellement pris l'habitude de vouloir me blesser, de toutes les manières possibles et imaginables, que tu ne fais même plus attention à ce que tu dis !

Ron eut le bon goût de ne pas répondre. Harry soupira. Au loin, Rose lui fit un signe de la main auquel il répondit en souriant.

-Ecoute, Ron, dit-il finalement. Je ne suis pas ici pour me disputer avec toi. Je… je voulais juste te dire que je suis désolé que tu te trouves impliqué dans cette histoire de contrefaçon. Je sais que tu n'as rien à voir avec ça.

- Tu… sais… ? bafouilla Ron, abasourdi. Malgré…

- Oui, coupa Harry.

- Pourquoi ?

- Parce que ça ne te ressemble pas. Quand j'y repense, toutes les fois où tu t'en es pris à moi, ce n'était pas pour me nuire directement. Ce n'était même pas pour venger Ginny. C'était pour atteindre Hermione. Me ruiner en me volant le fleuron de ma société ne t'avancerait en rien.

- Ravi de savoir que tu ne me prends pas totalement pour un salaud, grinça Ron.

- Tu sais que j'ai raison.

Harry attendit une réponse mais rien ne vint. Ron regardait obstinément devant lui.

-Bon… c'est tout ce que je voulais te dire. Je vais aller embrasser Rose avant de partir.

- Harry ! Attends ! dit Ron en le retenant par le bras. Je… je ne sais pas qui t'en veut comme ça, mais j'espère que les Aurors trouveront cet enfoiré.

- Je l'espère aussi.

Les deux hommes se fixèrent un long moment en silence. Alors que Harry se décidait à bouger, Ron dit, à brûle-pourpoint :

-Je vais en parler avec Lavande et… si tu veux… tu pourras voir Rose un peu plus souvent.

Harry eut un petit rire désabusé. Les mains dans les poches de sa veste, il joua avec un caillou du bout du pied.

-Ça me ferait très plaisir, Ron. Mais ce qui me ferait encore plus plaisir, c'est que tu fasses pareil pour Hermione.

En une seconde, l'attitude de Ron changea du tout au tout. Son visage se durcit et ses yeux étincelèrent de colère.

-Tu ne peux vraiment pas t'en empêcher, hein ? dit-il d'un ton venimeux.

- M'empêcher de quoi ?

- De la défendre ! De toujours prendre son parti !

- Ron, soupira Harry… Là n'est pas la question ! Tu…

- Si, justement ! C'est toute la question ! Depuis le début tu es de son côté, sans égard pour ce que moi j'ai pu ressentir ! Mets-toi à ma place Harry ! Qu'aurais-tu fait à ma place si tu avais appris que Ginny avait avorté, hein ?

Harry regarda celui qui fut son ami, avec une profonde tristesse.

-Tu veux la vérité Ron ? dit-il calmement. La vérité, c'est que ça ne m'aurait pas tracassé plus de dix secondes.

Devant l'air ahuri du rouquin, il poursuivit.

-Quand Ginny m'a annoncé qu'elle était enceinte de James, la première chose à laquelle j'ai pensé, c'était que je ne pourrais plus ramener mes plans cul à la maison aussi facilement. La deuxième, était de savoir si cette nouvelle aurait un impact positif sur ma popularité. Et la troisième, était de me demander comment ça avait bien pu arriver, sachant que Ginny utilisait des sorts de contraception. Aujourd'hui, je ne peux même pas envisager un monde sans James et Albus mais à l'époque… c'était différent. J'étais différent. J'étais un petit con, obnubilé par sa carrière, son argent et son cul. Ce que je veux dire, Ron… c'est que je te comprends. Mais je comprends aussi Hermione, parce que je sais ce que c'est de flipper devant quelque chose qu'on a pas voulu.

-Il n'empêche qu'elle aurait dû m'en parler ! Merde !

- Ça, je suis bien d'accord. Mais tu ne penses pas qu'elle a payé suffisamment ? Elle ne voit presque plus sa fille. Que te faut-il de plus ?

Une fois encore, Ron ne répondit pas. Il se contenta de serrer les bras contre lui en fuyant le regard de Harry.

-Tu peux encore arrêter ce massacre, Ron. Avant que ce ne soit Rose qui en souffre.

- Ne me parle pas de Rose, ok ! se rebiffa-t-il. T'es assez mal placé pour me faire la morale après la souffrance que toi, tu as infligée à tes enfants !

- Je sais. Et je n'en suis pas fier. Mais je leur devais la vérité.

- La vérité ? ricana Ron. Ils connaissent la vérité sur le mec avec qui tu sors ? Ils savent qu'il est un mangemort ? Tu sais, une de ces ordures qui ont tué mon frère, Remus, Tonks… et ton parrain.

- Ils savent ce qu'i savoir sur Draco et, étonnamment, eux, ils ne jugent pas. Ceci dit, tu n'as plus d'inquiétude à avoir pour tes neveux. Malefoy et moi, on n'est plus ensemble.

- Pourquoi ça ne m'étonne pas ? dit Ron avec mépris. Tu es décidément incapable de…

- C'est bon, coupa Harry. On va s'arrêter là avant que l'un de nous ne dise quelque chose qu'il regrettera vraiment.

Ron soupira et hocha lentement la tête.

-Bien. Comme je le disais, je vais aller dire au revoir à Rose. A un de ces jours, Ron.

- Ouais. Salut.

Harry tourna les talons, le cœur lourd.

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12 décembre 2014 – Potter Corp., La City, Londres

-Bonjour Monsieur Potter.

- Bonjour Peggy.

- Votre réunion s'est bien passée ?

- Ennuyeuse. Et stérile. Et ici ? Rien de particulier ce matin ?

- Voyons voir…

Peggy prit une pile de petits papiers, triés par ordre d'importance.

-Paul Dale souhaite vous parler à propos d'un des sponsors des Finches. Il rappellera cet après-midi. Alice Frobisher viendra lundi matin vous montrer les projets pour la campagne promotionnelle des Pies. Et Dan Simons de Quidditch Magazine, souhaite vous interviewer.

- A quel sujet ?

Peggy haussa les sourcils avec un sourire contrit.

-Hm, je vois, fit Harry. Dites-lui que s'il n'a aucune question à poser sur mon travail, je ne vois pas l'intérêt d'une interview.

- C'est en substance ce que j'ai déjà dit à Sam Tarly de Souaffle ! et à Dolly Brixton de Gossip Wizz.

- Bien. Rien d'autre ?

- Des broutilles. J'ai vu l'essentiel avec Miss Granger.

- Parfait, dit Harry en se dirigeant vers la porte de son bureau.

- Oh, une dernière chose Monsieur Potter, dit Peggy en souriant. Un livreur est passé tôt ce matin.

- Un livreur ?

La secrétaire ouvrit la porte du bureau. Aussitôt, une douce odeur florale se répandit dans l'air. Harry entra dans la pièce et vit, posé sur la table du coin salon, un énorme bouquet de roses, de lys et de freesias.

-Oh.

- Une enveloppe accompagnait le bouquet. Elle est posée juste à côté.

Peggy se retira en refermant doucement la porte derrière elle. En souriant, Harry s'approcha du bouquet et respira son merveilleux parfum. Il prit la petite enveloppe et la décacheta rapidement.

« Merci pour hier et pour tous les autres jours. Passés et à venir. Je t'aime ».

Harry sourit plus largement, touché par le geste d'Olivier. Il n'avait jamais eu de relation avec un homme aussi attentionné que lui. C'était perturbant mais délicieux à la fois. Bon… il devrait peut-être lui expliquer gentiment qu'il n'était pas une fille et qu'en général, il appréciait les cadeaux un peu plus virils… mais ça pouvait attendre. Olivier le rendait tellement heureux. Bien plus que…

Merci pour hier.

Harry se laissa tomber sur sa chaise, en soupirant. Hier, il avait passé la soirée et la nuit chez Olivier, à Lambeth. Ils avaient fait l'amour, comme à chaque fois, et ça c'était éternisé. Olivier avait mis ça sur le compte de l'exceptionnelle vigueur de Harry, affirmant qu'il n'avait jamais été aussi comblé. La vérité était moins idyllique. Harry avait eu beau pilonner Olivier de toutes ses forces, de le prendre dans toutes les positions imaginables, il ne parvenait pas à y trouver du plaisir. Ses gestes étaient mécaniques. Son excitation était mécanique. Son désir aussi. Finalement, fatigué par l'effort, il avait fermé les yeux. Aussitôt, un visage aux traits fins, aux cheveux blonds et aux gris moqueurs s'était imposé à lui. Il avait alors été submergé d'images de Draco et lui, au plus fort de la passion. Cela avait suffi. Sa jouissance avait été aussi intense que culpabilisante, d'autant plus qu'Olivier n'y avait vu que du feu.

Harry posa le petit bristol sur son bureau et se renversa dans son fauteuil. Combien de temps mettrait-il pour oublier ?

Quoi qu'il arrive, nous ne pourrons jamais oublier. Ni le bon. Ni le mauvais. C'est comme ça.

-Monsieur Potter ?

La voix de sa secrétaire dans l'interphone le sortit de ses pensées.

-Oui Peggy ?

- I la réception quelqu'un qui insiste pour vous parler de toute urgence.

- Quelqu'un ? Mais qui ?

- Hm. Narcissa Malefoy.

- Et merde, murmura-t-il en fermant les yeux.

Il ne savait pas quoi faire. Il n'avait certainement pas envie de subir les reproches de la mère de Draco mais d'un autre côté, il valait peut-être mieux crever l'abcès directement, sachant qu'elle ne le lâcherait pas avant de lui avoir dit ce qu'elle avait sur le cœur. Dans ce cas, le mieux était peut-être de l'emmener dans un lieu public car quelle que soit l'ampleur de sa colère, Narcissa Malefoy ne se donnerait jamais en spectacle.

-Monsieur Potter ? insista Peggy. Que dois-je lui dire ?

- Dites-lui que j'arrive. Et Peggy ? Dites à Hermione que je suis sorti déjeuner. Je la verrai plus tard.

- Bien Monsieur Potter.

Quelques minutes plus tard, Harry était dans le hall d'accueil de sa société. Narcissa Malefoy, d'une élégance inouïe, attendait patiemment en contemplant l'agitation de la ville par la baie vitrée.

-Madame Malefoy ?

- Je croyais que nous nous étions entendus pour que vous m'appeliez Narcissa ?

- Je… oui, en effet… Narcissa. Je m'apprêtais à sortir déjeuner. Voulez-vous m'accompagner ?

- Volontiers.

Une petite part de lui avait espéré qu'elle refuse. Il lui fit donc un sourire crispé et l'invita à le suivre vers les ascenseurs.

O°O°O°O°O°O°O

Ils n'eurent pas longtemps à marcher pour rejoindre The Kitchen, un restaurant de Bread Street où Harry avait ses habitudes.

-C'est un restaurant moldu. Ça ne vous ennuie pas ?

- Je m'en accommoderai, mon cher Harry, dit Narcissa avec un petit rire musical.

Elle entra donc dans la petite brasserie à la suite de Harry, comme si elle avait fréquenté ce genre d'endroit toute sa vie.

Le serveur leur trouva une table en retrait et remit les menus. Narcissa y jeta à peine un œil avant de commander.

-Le Tartare de bœuf et un Perrier.

Elle avait dit tout cela avec un accent français impeccable.

-Je… heu… la même chose, dit Harry.

Narcissa sourit de son air sidéré.

-Vous ne le savez peut-être pas mais une partie de ma belle-famille est d'origine française. La Normandie pour être précis. Nous y avons une propriété, près de Cherbourg où nous nous rendions chaque année. Mais ce n'est pas là que j'ai appris la langue. C'est à Paris où j'ai séjourné un an juste après Poudlard.

- Oh. C'est une chance. Paris est une très belle ville.

Une serveuse vint leur apporter leurs boissons et ils continuèrent à deviser cordialement sur les différents endroits qu'ils avaient visités en Europe et ailleurs. Après quelques minutes, Harry s'agita un peu sur sa chaise, se demandant quand Narcissa entamerait les hostilités.

Elle attendait manifestement que son plat soit servi car sitôt son assiette devant elle dit :

-Je suis au courant pour vous et Draco.

- Je m'en doute. Sinon, pourquoi serions-nous ici ?

- Je ne vous cache pas que je suis extrêmement déçue.

Harry prit sur lui de parler calmement.

-Ecoutez, Narcissa… sauf votre respect, ce qui s'est passé entre Draco et moi ne regardent que nous.

- Draco est mon fils, dit-elle en plantant rageusement sa fourchette dans son tartare. Je m'inquiète pour lui !

- Je comprends mais…

- Je croyais vraiment que vous étiez différent des autres.

Elle mangea une bouchée de viande et de salade qu'elle mâcha méticuleusement.

-Je suis désolé que ça n'ait pas fonctionné, dit Harry. Mais… nous sommes trop différents. Nous…

- Foutaises, lâcha-t-elle.

La viande crue semblait avoir sur elle un effet désinhibiteur.

-Narcissa, continua Harry, toujours calmement. Votre fils ne m'aime pas… ou en tout cas pas comme on doit aimer quelqu'un avec qui on veut construire quelque chose.

Irritée, elle s'essuya délicatement les lèvres et but une gorgée d'eau.

-Ne vous avais-je pas mis en garde ? Ne vous avais-je pas dit que Draco était incapable de verbaliser l'amour qu'il vous porte ?

- Vous conviendrez avec moi que ce n'est pas facile de savoir si quelqu'un vous aime quand il ne vous dit rien !

- Ne vous avais-je pas dit aussi que ce que Draco ne vous dirait pas, il vous le montrerait ?

Harry soupira en reposant ses couverts.

-Justement. Vous trouvez que c'est me montrer de l'amour que de coucher avec d'autres hommes ?

- Vous êtes un idiot.

- Je vous demande pardon ?

- Vous êtes un idiot. Parmi ces hommes, combien ont partagé son lit une deuxième fois ? Combien ont eu suffisamment d'importance pour qu'il retienne leur prénom ? Vous voulez Draco pour vous tout seul ? Mais vous l'avez et vous ne vous en rendez même pas compte ! Son cœur est à vous et seulement à vous !

- Je regrette Narcissa. Je ne sais pas à qui est le cœur de Draco mais il n'est certainement pas à moi… Votre fils ne veut pas s'engager. Avec personne. Pas même avec moi. Et la vie qu'il me propose, si je l'ai acceptée pendant un temps, ce n'est plus le cas. Je veux autre chose. Et ça, Draco le refuse catégoriquement.

- Le mariage ? demanda Narcissa avec espoir.

- Non. Pas le mariage. Mais une vie commune, oui. Stable. Avec mes enfants et…

Harry allait dire le sien mais il se reprit juste à temps.

-Mais il ne veut rien de tout ça, continua-t-il rapidement. Il valait mieux qu'on se sépare avant de se faire souffrir encore davantage. Alors, si vous êtes venue pour me persuader de me remettre avec lui, vous perdez votre temps, conclut Harry fermement.

Narcissa baissa les yeux mais pas suffisamment vite pour cacher l'éclair de profonde tristesse qui les traversa.

-A vrai dire, Harry, dit-elle en jouant avec ses couverts, je ne suis pas venue pour ça. Même si j'avais espéré qu'il y ait une infime chance pour que les choses s'arrangent entre vous, je… je dois bien admettre que ce ne sera pas le cas.

- Pourquoi vouliez-vous me voir dans ce cas ?

Elle redressa la tête, regardant Harry bien en face.

-Mon mari est malade. Vraiment très malade. Il va… Il va mourir. Ce n'est plus qu'une question de jours.

Harry haussa un sourcil, les lèvres pincées.

-Pardonnez-moi Narcissa mais… ne comptez pas sur moi pour éprouver de la compassion pour un homme qui a voulu me tuer à plus d'une reprise.

- Je sais. Et je ne vous demande rien de tel.

- Alors quoi ?

- Je voudrais que vous essayiez de convaincre Draco d'aller le voir. Il s'y refuse depuis le jour où il a été emprisonné mais, là… le temps presse…

- Moi ? Vous voulez que moi, je convainque Draco d'aller à Azkaban ? Mais enfin… comment voulez-vous… Je… nous sommes séparés…

- Peu importe, dit Narcissa avec un geste de la main agacé. Vous, il vous écoutera.

Abasourdi, Harry regardait la femme assise en face de lui comme si elle était folle.

-Non… non, il ne m'écoutera pas. Pas après ce qui vient de se passer ! Pourquoi ne pas demander à Blaise ou Pansy de lui parler ?

- Ils le feront, sans aucun doute mais cela n'aura pas le même impact que vous.

- Pourquoi ?

- Parce que vous, vous savez ce que c'est que d'être orphelin.

- Je ne sais pas… je ne pense pas que ce soit une bonne idée, murmura Harry après un temps.

Narcissa ferma les yeux. Elle semblait vouloir rassembler les forces qui lui restaient pour parler.

-Harry, s'il vous plait. En une semaine, mon fils a tout perdu. Son cabinet, sa réputation, presque toute sa fortune, vous. Ne le laissez pas perdre son père sans l'avoir revu au moins une fois.

- QUOI ?

- Essayez de le convaincre, je vous en supplie !

- Attendez… de quoi parlez-vous ?

- Mais…voyons… de son père...

- Non ! Son cabinet, sa réputation ! Pourquoi dites-vous qu'il les a perdus ?

Interloquée, Narcissa fronça les sourcils.

-Vous… vous n'êtes pas au courant ?

- Putain de bordel de merde ! Non ! s'écria Harry.

Quelques tables plus loin, une dame d'âge respectable s'indigna de la vulgarité des jeunes gens d'aujourd'hui mais Harry s'en fichait pas mal.

-Vous saviez à propos de la plainte pour harcèlement sexuel ? demanda Narcissa.

- Oui ! Draco m'a dit que tout était réglé, que le conseil d'administration était d'accord sur le procès, sur sa stratégie de défense.

- Absolument pas !

Une boule douloureuse commença à se former dans la gorge de Harry.

-Vous voulez dire que…

- Draco et Pansy ont été mis en minorité par le conseil d'administration. Draco a été forcé de conclure un accord avec ce… morveux de Tuckle qui l'accusait de harcèlement. Le montant de la transaction était astronomique. Et quand ce fut fait, les membres du conseil ont exigé la démission de Draco et Pansy. Ce que Tuckle ne lui avait pas encore pris, Draco l'a dépensé pour pouvoir au moins racheter les parts de la succursale de Londres et en faire son cabinet à part entière.

Elle s'interrompit pour sortir de son sac un petit mouchoir brodé avec lequel elle s'essuya le coin des yeux.

-Le vendredi soir… quand la nouvelle est tombée, il pensait encore pouvoir venir vivre chez vous. Mais quand il a appris le lendemain que vous étiez sur le point de faire votre vie avec quelqu'un d'autre, il… il a vendu son loft pour financer l'achat d'un appartement à Londres. Je ne décolérais pas quand je l'ai appris ! Il aurait pu revenir habiter au Manoir, le temps d'y voir plus clair, le temps de… Enfin, vous connaissez mon fils. Il ne veut rien devoir à personne. Maudit orgueil ! s'écria-t-elle.

Harry était anesthésié. Il se doutait bien que Draco ne lui avait pas tout dit, que ce retour précipité cachait quelque chose mais il aurait pu penser à tout, sauf à ça.

-Et Pansy ? finit-il par demander, d'une voix blanche.

- Elle ne sait pas encore si elle va rester à New-York ou rentrer à Londres. Ça dépendra de son compagnon. Il travaille pour le Macusa, le Ministère américain de la Magie… ce n'est pas un poste qu'on quitte sur un coup de tête.

- Pourquoi il ne m'a rien dit ? murmura-t-il sans trop attendre de réponse.

Narcissa poussa un bref soupir.

-Qu'auriez-vous fait s'il vous l'avait dit ?

- Je… je ne sais pas.

- Bien sûr que si, vous le savez. Vous seriez resté avec lui. Parce que vous êtes comme ça. Mais croyez-moi, ça, Draco ne vous l'aurait jamais pardonné.

Harry ne répondit pas. De toute façon, il n'y avait rien à dire.

-Je vais vous laisser Harry. Merci d'avoir bien voulu me rencontrer.

- Il n'y a pas de quoi.

Narcissa se leva, rajusta les plis de sa robe et prit son sac.

-Est-ce que vous réfléchirez à ce que je vous ai demandé ?

- Je… j'irai lui parler. Je vous le promets.

- Merci Harry. Je savais que je pouvais compter sur vous.

Elle posa la main sur son épaule et la pressa légèrement, comme pour le réconforter. Puis elle partit. Un petit sourire aux lèvres.

A suivre...