Avertissement : Présence d'automutilation, de violences, de troubles alimentaires. Mention de viol. Fic assez dure…

Disclaimer : Personnages et monde d'après J.K. Rowling.

Bêta-Reader : Chipuliara ! (BOUM ! xD) (et merci encore ! :D)

Petite précision : Draco Malfoy (Fr : Drago Malefoy), Severus Snape (Fr : Severus Rogue), Tom Marvolo Riddle (Fr : Tom Elvis Jedusor).

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NARUSTORY : Salut, je suis contente que tu aies trouvé le précédent chapitre intéressant et j'espère que celui-ci le sera tout autant. Merci pour ta review :)

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Bonne lecture :)

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Chapitre 21

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Deux jours passèrent pour Harry dans le flou total. Plongé dans le coma, il revit seize ans de sa vie en quarante-huit heures. Les images horribles qui constituaient la majorité de ses souvenirs étaient entrecoupées de quelques merveilleuses scènes. Il pleura la plupart du temps.

Il sentit les coups de son oncle. Il entendit les rires d'Hermione. Il aperçut Quirrell et son double visage. Il perçut le miroir de Risèd avec ses parents. Il se rappela le Basilic. Il redécouvrit le bonheur de voler. Il frissonna devant les Détraqueurs. Il discerna la sensation d'avoir une famille avec Sirius. Il revit la mort de Cédric, son impuissance. Il revécut le bal du Tournoi des Trois Sorciers. Il vit la mort de son parrain. Il discerna les parties d'échec avec Ron. Il sentit de nouveau les coups. Il se revit en train d'être violé. Il se vit se faire plus distant avec ses amis. Il aperçut le changement chez Ron. Il s'aperçut, seul, délaissé, sale, souillé. Il distingua Draco, une aide, une lumière. Il remarqua Snape, un appuie, un pilier. Il entendit les paroles destructrices d'Ash. Il vit les visions de Voldemort.

Puis le noir. Le repos. La paix.

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Harry ouvrit les yeux, calmement. La lumière qui régnait dans la chambre lui fit plisser les paupières. Son corps était ankylosé, ses talons le faisaient souffrir, ses tempes le brûlaient légèrement. Une grimace de douleur déforma son visage quand il se rassit sur le lit qu'il occupait. Il hésita longtemps entre se lever et rester allongé. Finalement il se mit sur ses pieds, s'appuya sur le matelas pour s'assurer que ses jambes ne se dérobaient pas. Il remarqua qu'il ne portait qu'un simple pantalon en toile et un marcel noir. Les bandages de sa main et ses avant-bras formaient un contraste saisissant avec le tissu sombre.

Ensuite il s'accrocha au mur pour avancer vers la porte. Il ne savait pas quel jour ils étaient, ni l'heure. Il n'avait pas la force de faire de la magie mais d'après la fenêtre qu'il avait ensorcelé, il faisait encore jour.

Doucement il ouvrit la porte qui grinça sur ces gonds. Il s'accrocha au battant et plissa de nouveau les yeux lorsque sa tête se mit à tourner. Sa poigne se raffermit mais cela n'empêcha pas ses jambes de se dérober sous lui.

Deux bras le rattrapèrent avant qu'il ne touche le sol. On le maintint par le coude alors que sa tête tournait encore.

- Attention, Potter ! gronda une voix à côté de lui.

- Bonjour à vous aussi, professeur, répondit Harry d'une voix faible.

- Imbécile ! Vous ne pouviez pas attendre que je vienne vous cherchez, non ? Stupide Gryffondor.

A petit pas, Severus mena le jeune homme jusqu'à la table. Harry se laissa tomber sans aucune grâce sur la chaise, à bout de force, le souffle rendu court par l'effort minime.

- Aussi faible qu'un faon, grommela Snape en secouant la tête de gauche à droite.

Le maître des potions s'assit en face du jeune brun puis lui montra le plat de croissants.

- Un chocolat chaud je présume ?

- S'il-vous-plaît.

Severus revint avec la tasse, la déposa devant son élève puis se réinstalla. Harry prit la tasse entre ses mains tremblantes.

- Pourquoi suis-je aussi fatigué par aussi peu d'effort ?

- Vous êtes resté dans le coma pendant deux jours, vous n'avez pas mangé depuis samedi. Et puis n'oublions pas que vous avez survécu au sort de magie noire. Vous devriez manger.

- J'ai… je veux dire, j'ai vraiment le droit ? demanda-t-il d'une petite voix. Vous… vous m'y autorisez ?

- Pardon ?

- Puis-je vraiment prendre de la nourriture ?

Severus fronça les sourcils devant ces questions, il y avait vraiment un problème.

- Oui, prenez ce que vous voulez, vous en avez le droit après ce que vous venez de traverser.

- Le droit ? dit-il pour lui-même, les yeux dans le vague.

- Harry, il va vraiment falloir que l'on parle tous les deux.

- De quoi ? demanda le Gryffon sans toucher au plat, un peu perdu.

- Nous verrons ça tout à l'heure, d'accord ?

- Je n'aime pas beaucoup parler, monsieur.

- Severus. Je vous ai déjà dit que vous pouvez m'appeler Severus ici.

- Oui. Désolé.

- Vous avez confiance en moi n'est-ce pas ?

- Oui, répondit Harry sans un moment d'hésitation.

Severus se laissa tomber légèrement en arrière pour appuyer son dos au dossier de la chaise.

- Bien. Alors nous verrons cela tout à l'heure. Mangez, maintenant.

Harry hésita encore à prendre un croissant. Le voyant Severus le prit à sa place et le mit devant lui.

- Merci.

Puis Harry commença à grignoter le bout du croissant.

- Voulez-vous une potion contre les nausées ?

- S'il-vous-plaît, monsieur. Euh… Severus.

Severus se leva, prit sur l'étagère la potion en question et la fit boire à Harry.

Une demi-heure plus tard, Harry avait terminé son croissant sans trop de problème, et sa tasse était presque vide. Severus l'aida à aller jusqu'au canapé en le maintenant par le coude. Une fois assis Harry fixa les flammes qui dansaient joyeusement devant lui. La voix de son professeur le fit sursauter.

- Voulez-vous une nouvelle tasse de chocolat chaud ?

- J'aimerais bien, oui.

Il alla en préparer une rapidement puis revint vers le brun, lui tendit la tasse et s'installa sur son fauteuil.

Le silence s'insinua dans la pièce comme un vil serpent. Les bûches craquaient dans la cheminée. Harry buvait le chocolat qui lui brûlait délicieusement la gorge. Severus savait que le brun ne lui parlerait pas facilement, ça allait être à lui de le pousser doucement.

- J'ai vu votre dos, vous savez ?

Harry sursauta manquant de justesse de renverser sa tasse. Ce n'était peut-être pas la meilleure chose à dire pour commencer. Mais Severus n'avait jamais eu beaucoup de tact.

- J'aimerais avoir des explications.

- Il n'y a rien à expliquer, je suis simplement tombé dans les escaliers pendant les vacances.

- Vous mentez très mal, Harry.

C'était du bluff. Pur et simple. La voix d'Harry était totalement contrôler. Il avait surement répété cette réplique en boucle.

- Des escaliers ne peuvent pas faire cela.

Harry déglutit difficilement.

- Je pense que vous avez été battu, continua Severus. Par un élève, peut-être ? ajouta-t-il, espérant biaiser le jeune homme.

Bien sûr Harry ne marcha pas, il courut.

- C'est cela, un élève. Nous nous sommes battus dans les couloirs.

- Vous vous contredisez Harry. D'abord des escaliers maintenant un élève ?

Jugeant qu'il s'enfonçait plus qu'autre chose, Harry décida de fermer sa bouche. Alors il serra les lèvres.

- J'aimerais beaucoup que vous me parliez, mais prenez votre temps.

Harry voulait vraiment en parler à quelqu'un, peut-être qu'un poids s'envolerait de ses épaules, mais il avait peur.

Peur du regard dégoûté de Severus sur lui. Peur de sa réaction. Peur de le salir, de lui faire pitié. Peur d'être tourné en ridicule. Peur, tout simplement. Il n'aimait pas parler, mais il savait qu'il devrait le faire un jour où l'autre.

- Je vais demander au directeur de vous envoyez chez vos moldus pour les vacances de Noël. Vous avez besoin de votre famille après une telle épreuve.

Paniqué, Harry cria, lâcha la tasse qui se cassa en mille morceaux par terre. Il se leva tellement vite que ses jambes lâchèrent. Il tomba au sol, et rampa vers un coin sombre où il se balança d'avant en arrière. Il ne voulait pas. Il ne voulait plus y retourner. Son oncle allait…

Il eut envie de vomir en imaginant le cadeau de Noël version Vernon Dursley.

Severus qui était resté paralysé devant la réaction d'Harry se reprit en l'entendant sangloter dans son coin sombre. Il se rapprocha, s'agenouilla et prit bien garde de ne pas le toucher.

- Harry, vous n'y retournerez pas. Harry vous êtes à Poudlard avec moi, Severus Snape. Vous ne retournerez pas là-bas si vous ne le voulez pas.

- Vrai ? pleura Harry.

- Je vous le jure, vous resterez ici, si vous voulez.

- Je veux.

- Bien. Revenez-vous asseoir.

Obéissant à son professeur, Harry se redressa tant bien que mal et se réinstalla sur le canapé. Il essuya ses joues d'un geste violent puis se plongea dans le mutisme. Severus l'observa puis attrapa un livre. Cela risquait d'être long.

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Finalement trois heures après, Harry ouvrit la bouche. Il avait pesé le pour et le contre puis il s'était décidé à parler. Il n'expliquerait peut-être pas tout mais il commencerait. Il inspira profondément puis se lança.

- Mon oncle me frappait.

Severus délaissa son livre qu'il ne lisait pas pour fixer le brun. Il avait vu son débat intérieur pendant trois heures. Et il était heureux de constater qu'il voulait finalement se confier. Même s'il voyait rouge par ce qu'il venait d'apprendre.

- Depuis tout petit.

Severus serra les mâchoires devant cette révélation. Lui qui l'avait méprisé en le pensant pourri-gâté, il s'était lamentable trompé. Et il regrettait amèrement.

- J'étais comme un elfe de maison pour eux.

- On ne frappe pas des elfes de maison pour rien, Harry.

Les yeux dans le vide, le concerné hocha simplement la tête face à cette affirmation qu'il savait déjà.

- Je faisais la cuisine pour eux, m'occupait du jardin, du ménage, la vaisselle.

- Sans aide ?

C'était risqué de l'interrompre, Harry risquait de se braquer puis de se renfermer sur lui-même. Mais Severus devait comprendre.

- Tante Pétunia, des fois, faisait le repas quand oncle Vernon me maltraitait trop et que je ne pouvais plus bouger. Je pouvais rester enfermé pendant une semaine dans le placard sous l'escalier quand mon oncle y allait trop fort. Mais généralement je me forçais à me lever, sinon j'avais le droit à une nouvelle correction.

- Placard sous l'escalier ?

- Ma chambre, c'est à cause de cela que suis tout petit et aussi le fait que je ne suis pas nourri chez eux, j'ai seulement parfois les restes de leur repas. Après ma première année, ils m'ont donné une chambre, l'ancienne chambre de Dudley. Ils avaient peur que vous les surveilliez.

Severus garda le silence face à cette révélation, il attendait la suite.

- Je ne suis qu'un anormal pour eux. Je suis un monstre, gémit-il en se cachant le visage de ses mains.

- Tu n'es pas un monstre, Harry.

- Si.

- Pourquoi dis-tu cela ?

- Vous ne savez pas tout, lorsque vous le saurez vous serez d'accord avec moi. Je suis un monstre sale, souillé.

Severus tiqua aux adjectifs à nouveaux employés. Il se leva sans faire de bruit puis s'assit tranquillement à côté d'Harry qui ne le remarqua pas tout de suite.

- Que s'est-il passé pendant les vacances Harry ?

- Il… Il… m'a…

Severus tenta de l'apaiser d'une main dans le dos.

- Respire, Harry. On a le temps. Si c'est trop dur, tu pourras me le dire plus tard si tu le souhaites.

- Il… il… il…

- Qui Harry ?

- Oncle Vernon.

- Qu'a-t-il fait ?

Harry, le visage toujours caché par ses mains, murmura tellement bas qu'il espéra un peu que Snape ne l'ai pas entendu.

- Il m'a violé.

Severus sursauta face à cette phrase de quatre mots. Il ne s'y attendait pas, même si les verbes qu'Harry employait sans cesse aurait du lui mettre la puce à l'oreille. Il s'était voilé la face. Et il ne savait pas quoi faire pour la première fois de sa vie. Alors il prit Harry dans ses bras, le berça légèrement.

- C'est fini, jamais plus tu ne retourneras là-bas. Je te le jure, Harry. Tu n'auras plus à endurer ça. C'est fini.

- Il m'a violé pendant des semaines. Remus devait venir me chercher la semaine où oncle Vernon est entré la première fois pour me frapper et… et…

- Shhhht… Calme-toi, Harry. C'est fini…

- Vernon me disais que je ne devais pas exister et que les gens de mon genre n'était bon qu'à quatre pattes à supplier et à gémir.

Severus serra les poings. Il allait tuer ce porc de Moldus. Comment Harry pouvait-il encore sauver le monde après ce qu'il avait vécu ? Cela restait un mystère pour lui. Et le plus important : comment avaient-ils pu tous ne pas le voir ?

- Mais il… il m'a dit que je le voulais. Que je n'étais pas une victime, que j'avais excité volontairement mon oncle pour qu'il me viole.

- Qui Harry ?

- Ash !

Il allait tuer cet enfoiré aussi. Même si c'était le père de Draco, il allait le tuer. Comment pouvait-il être aussi mauvais pour faire devenir la victime d'un viol – un gosse ! – en coupable ? C'était un enfoiré qu'il étriperait de ces propres mains. Un viol n'était pas anodin, loin de là même. On ne pouvait pas en plus appuyer dessus. Cela donnait envie à Severus de vomir.

- Tu n'es pas coupable Harry. Le coupable c'est ton oncle. Tu ne pouvais rien faire. Ne te sens pas coupable pour ça. C'est toi la victime.

- J'ai arrêté de crier !

- Quoi ?

- J'ai arrêté de crier quand il me violait. J'ai accepté, j'ai arrêté de me débattre.

Harry se leva violement, resta cette fois sur ses pieds, et explosa de rage, de tristesse et de douleur.

- J'aurais dû me débattre, crier, me battre. J'aurais même dû faire de la magie, le tuer, le torturer, le faire souffrir. J'AURAIS DÛ CRIER, hurla Harry, le visage rouge, les joues mouillées de larmes. J'ai arrêté de hurler, je l'ai laissé faire, chuchota-t-il, le visage baissé, les poings serrés.

Severus ne répondit rien. Au fond qu'aurait-il pu dire ? Harry souffrait parce qu'il avait connu un évènement que personne ne devrait connaitre. Pas seulement une fois mais pendant des semaines. A la fin, il avait arrêté de se débattre. Et Severus comprenait. Il s'était résigné, il ne pouvait rien faire d'autre. Il avait perdu espoir alors que Remus devait venir le chercher. Il pensait avoir mérité cela.

Le professeur de potion attrapa les poignets toujours recouvert de bandages et l'attira vers lui. Il le reprit dans ses bras.

- Un viol est un acte barbare, Harry. Les monstres sont ceux qui le font. Les victimes ne peuvent rien faire. Tu ne pouvais rien faire. Tu n'aurais jamais dû connaitre ça. Et j'en suis désolé.

- Mon oncle a tout brisé. Il m'a brisé.

- Tu revivras, tu te relèveras. Comme le Phénix tu renaitras de tes cendres. Tu es fort, Harry.

- Pas assez, dit-il le visage caché dans la poitrine de son professeur.

- Je t'aiderai. Draco aussi.

- Je ne mérite pas votre aide. Je ne mérite pas de vivre. Je suis sale, Severus.

- Tu es tout sauf sale, Harry. Tu es pur comme neige. Propre comme du cristal.

Harry, le nez dans la chemise de son professeur secoua la tête tristement. Il n'y croyait pas. Il n'y croyait plus.

- Dumbledore est au courant, Harry ?

Severus passa sa main dans la tignasse brune. Il n'était en rien fan des moments de tendresse comme celui-ci mais le moment était exceptionnel. Qui aurait pu penser que le futur Sauveur du monde Sorcier et Moldus connaissait de telles épreuves dans sa vie personnelle ?

- Non ! Ne lui dites surtout pas, je vous en prie, s'exclama Harry en se redressant un peu.

D'une pression à l'arrière de la tête, Severus ramena Harry contre lui. Ils restèrent ainsi un long moment. Harry pleura encore, s'accrocha à la chemise noire. Severus se contenta de le rassurer sur sa présence, lui faisant ainsi savoir qu'il n'était plus seul.

- Il pourrait t'aider Harry.

- Vous m'aidez déjà.

Si Severus fut surpris de cet aveu, il n'en montra rien. Par contre, intérieurement, il était heureux que sa présence aide le petit brun.

- Je ne veux plus y retourner, professeur. Je ne veux plus le revoir.

Severus resserra ses bras autour du corps frissonnant d'Harry.

- Jamais tu ne retourneras là-bas, je te le promets.

- Que penserait la communauté sorcière si elle savait que leur héros était incapable de se défendre d'un simple Moldu. Je ne suis pas le sauveur qu'ils veulent voir en moi. Je n'arrive déjà pas à me sauver moi-même comment pourrais-je sauver tout une communauté ?

- On s'en fout d'eux, Harry. Arrête de penser à cela, concentre-toi sur ton rétablissement.

Le Gryffon se laissa aller dans les bras de son professeur. Il en avait besoin. C'était la première fois qu'il racontait à quelqu'un ce qui s'était passé.

- Je vous dégoûte, professeur ? murmura le petit brun.

- Non, Harry. Je t'admire.

Severus grimaça. Il commençait à virer Poufsouffle. Mais Harry en avait besoin, donc il prenait sur lui. Au final, il pourrait même s'y habituer.

- Vous allez le dire à Draco ?

- Seulement si tu le veux.

- Je… je ne sais pas trop.

- On verra alors, en temps voulu.

Il joua avec les cheveux de son élève avant d'interrompre son geste.

- J'avais une question Harry.

- Posez-la.

- Pourquoi te fais-tu du mal ?

Harry effleura du bout des doigts les bandages et réfléchit pendant un court instant.

- Suis-je obligé de répondre ?

- Non.

- Bien.

Une des mains d'Harry se crispa sur sa cuisse mutilée alors que l'autre restait sur ses avant-bras effectuant un lent va-et-vient. Allait-il vraiment le dire ou garder le silence ? Après une longue et pénible attente, Severus poussa un soupir parfaitement audible. Il avait pensé que le jeune Gryffon allait lui parler. Il s'était trompé.

- Lorsque la lame courre sur ma peau, je me sens vivant. Mes tremblements cessent, ma respiration redevient normale. Ça me prouve que je suis humain. Que même si je suis sale et souillé à l'intérieur mon sang est toujours rouge. Ça me permet, pendant dix secondes, de me rapprocher de l'humanité qui s'éloigne de moi. La douleur qui me transporte alors que la lame s'enfonce dans ma peau évacue les ténèbres qui m'avalent inlassablement. La folie me guette, je le sais, je le sens depuis cet été et me faire mal m'autorise à redevenir le Harry d'avant. Celui qui était heureux de la vie, qui prévoyait des projets pour le futur.

- Qu'est devenu ce Harry-ci ? demanda Severus, la gorge nouée.

- Il est mort. Il est mort sur un matelas dans une chambre d'une maison de Privet Drive. Il a été cassé, détruit.

- Connais-tu la différence ? chuchota Severus.

Abasourdi, Harry se détacha de l'homme en noir en fronçant les sourcils.

- Quelle différence professeur ?

- Entre une chose cassée et une chose détruite ?

- Non. Et je ne vois pas le rapport.

- Une chose cassée peut être réparée, Harry. Grâce aux bonnes personnes et au temps. Une chose détruite, tu ne peux plus rien faire. Seulement l'enterrer et l'oublier. (1)

Harry qui creusait dans les yeux onyx à la recherche d'une réponse à ses questions, sentit sa lèvre inférieure trembler involontairement. Lui qui pensait ne plus avoir de larme, une perle d'eau salée dégoulina sur la joue déjà marquée par la tristesse. Il n'aimait pas pleurer, surtout devant une tierce personne mais il ne pouvait faire que cela. Il avait tout perdu. Son innocence, sa hargne, sa pureté, son envie, son imagination.

Il reporta toute son attention sur les yeux noirs qui ne l'avaient pas quitté une seule seconde. Harry y vit une étincelle de douceur, de compassion et une troisième qu'il ne comprit pas.

- Que suis-je ? murmura Harry avec sincérité.

Ses yeux se brouillèrent à nouveau de larmes. Il attendait depuis tellement longtemps de l'aide. Une aide que personne ne lui avait proposé et qu'il n'avait jamais demandé.

Severus lui sourit doucement, pas d'une grimace sarcastique, ni d'un sourire ironique. Non, un vrai sourire. Petit, certes, mais il était bel et bien là. Et en cet instant, Harry eut une pensée complètement déplacée et irréaliste. Severus Snape est beau lorsqu'il sourit.

- Tu n'es pas détruit. Seulement cassé par des évènements que tu n'aurais jamais dû connaître. Tu as connu trop de choses en trop peu de temps. Tu es victime d'un destin que tu n'as pas choisi.

- Je peux survivre ? questionna Harry d'une voix où sonnait une petite pointe d'espoir.

- Tu peux vivre.

Oh, oui, définitivement il virait Poufsouffle. Où était la terreur des cachots ? Connu pour ses sarcasmes et sa froideur ? Loin, très loin quand il était question de Draco et – maintenant – d'Harry. Il effaça de sa paume les joues mouillées. Ensuite, après un soupir, Severus le repoussa sur le côté du canapé, se leva puis prépara une tasse de chocolat chaud.

Harry, le regarda sans vraiment le voir quand il se rapprocha avec la boisson chaude qu'il lui tendit et que le jeune brun accepta.

- Quel jour sommes-nous, professeur ?

- Severus.

- Oui, Severus.

- Vendredi. Ce soir les élèves retournent dans leurs familles.

- Je ne veux plus y retourner.

Severus, resté debout le regarda un instant. Il avait de nouveau le regard dans le vide. Le sujet « famille » resterait un sujet fragile. Lorsque Draco serait au courant, ils aviseraient.

- Tu n'iras plus là-bas, Harry. Tu comprends ce que je te dis ? Jamais je ne te laisserais avec ce porc qui te sert d'oncle.

- Vous avez l'air si sûr de vous. C'est que vous me le ferait presque croire.

Piqué au vif, Severus leva le menton, et lui lança un regard froid.

- Croyez ce que vous voulez Harry. Si vous êtes aussi bête pour croire que je vous mentirais sur un tel sujet, cela ne regarde que vous, entêté de Gryffondor.

Le coin des lèvres d'Harry se releva lentement.

- Draco reste-t-il ?

- Bien sûr ! Vous n'imaginez quand même pas que j'allais le laisser partir alors que son père en a après lui.

- C'est bien pour lui. Vous pensez qu'il viendra me voir ? demanda Harry, tel un gosse.

Severus se détourna, donna un léger coup de baguette pour faire léviter les morceaux de la tasse, toujours par terre. Puis il resta de dos, cachant ainsi le sourire et le regard tendre qu'il adressa mentalement à son ex-élève honni.

- Evidemment qu'il viendra vous voir.

- Je devrais surement lui dire.

Il n'avait pas besoin de préciser, Severus savait de quoi il parlait. Il se retourna pour voir Harry boire le chocolat.

- Vous le lui direz quand vous penserez que c'est le bon moment.

- Il ne me détestera pas, n'est-ce pas ? Nous n'avons jamais été amis avant mais en ce moment c'est le seul qui ne m'a pas tourné le dos.

- C'est un idiot s'il fait cela. Et croyez moi, Draco est tout sauf idiot.

- J'ai peur de le dégoûter.

- M'avez-vous dégoûté ?

- Non.

- Alors pourquoi n'en serait-il pas autant pour Draco ?

Le professeur des potions revint s'asseoir dans son fauteuil. Harry avait l'air d'aller mieux. Enfin pas vraiment. Il semblait avoir un poids en moins sur ses épaules. Il épousseta sa robe noire.

- Lupin aimerait vous voir.

Harry sursauta. Avait-il vraiment entendu ce qu'il venait d'entendre ?

- Comment ?

- Remus Lupin, l'amant de votre cher défunt parrain, voudrait vous voir.

Quand Severus vit le visage d'Harry s'assombrir, dangereusement, il sut qu'il s'était foiré. Il se dit, après coup, qu'il avait réussi à placer dans la même phrase la personne morte qui se rapprochait le plus d'un père pour le brun et la personne qui l'avait abandonné chez ces Moldus qui eux-mêmes l'avaient emmené en enfer. Bravo Severus ! Bien joué. Ce qu'il pouvait être con parfois.

- Je ne veux pas le voir.

C'était compréhensible. Mais Severus pensait que ce serait bien pour les deux qu'ils se rencontrent.

- Vous devriez, cela vous ferait surement du bien.

- Si j'accepte, vous resterez avec moi ?

- Si vous le voulez.

C'était le mieux. Ainsi Severus pourrait contrôler Harry s'il craquait et remettre Lupin à sa place s'il allait trop loin.

- Bien alors je veux bien.

- J'irais le voir pour lui dire de venir demain dans la journée.

Harry acquiesça simplement. Se demandant comment il s'en sortirait quand il sera seul dans l'appartement. Avec pour seul compagnie le silence et l'écho des paroles qu'il venait de confesser.

- Draco sera avec vous quand j'irais voir le loup.

Harry en fut tout de suite rassuré. Il ne voulait plus être seul maintenant qu'il avait mis son cœur à nu, ses nerfs à vif. Jamais, avant, il ne l'avait fait. Et cela lui faisait bizarre. Il se mit à trembler.

- Je pense que vous devriez vous reposez avant que Draco n'arrive.

Harry hocha la tête en signe d'accord. Severus l'aida à regagner sa chambre avant de s'écrouler lui-même dans son fauteuil, de demander à Winky un cognac et de se perdre dans ses sombres pensées qui tournaient toutes autour d'Harry et ce qu'il venait d'apprendre.

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(1) : Phrase et concept inspiré de La Confrérie de la Dague Noire de JR. Ward tome 3 – L'amant furieux : « Est-ce que tu comprends la différence? Une chose cassée? On peut la réparer. Détruite? Tout ce que tu peux faire, c'est attendre de l'enterrer. »

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A suivre…

J'espère que ce chapitre vous a plu ! :) Je vous dis à mercredi prochain, bonne journée les gens et merci encore à toutes (tous).