Note d'auteur : Bonjour tout le monde ! Je poste ce chapitre avec un minuscule jour de retard, mais je suis là. Encore une fois, un grand merci à tous pour vos reviews qui me donnent la patate, ça me fait super méga plaisir de vous lire à chaque fois. Voici l'avant-dernier chapitre de cette fiction, il ne restera plus qu'un épilogue. J'espère ce que ce dénouement vous plaira, et je vous souhaite une bonne lecture. ;)
— Miss Davies ?
Tracey sursauta. Tirée brusquement de ses pensées, il lui fallut quelques secondes supplémentaires pour focaliser son regard sur sa secrétaire, qui la contemplait d'un air surpris.
— Mr Potter est là, lui annonça-t-elle.
Tracey lui fit signe de le laisser entrer d'un geste vague. Tandis que l'Auror pénétrait dans la pièce et s'asseyait face à elle, elle tenta de toutes ses forces de ne pas songer à leur discussion de la veille. Elle s'était sentie prête, psychologiquement, à accomplir un tel acte. Mais depuis, elle ne parvenait plus à penser à autre chose. La culpabilité la rongeait, elle revoyait sans cesse les yeux horrifiés et vides de Sanders, elle entendait sa voix résonner dans sa tête. Plus elle tentait de le chasser de son esprit, plus il était présent.
— Pour quelles raisons m'as-tu demandé de venir ? demanda soudain Potter, rompant le silence et la sortant de ses pensées morbides.
Tracey secoua la tête, tentant de reprendre pied avec la réalité.
— Il est plus prudent que l'on se voit ici, répondit-elle. Je suis surveillée, et si l'on me voit te parler, ils auront des soupçons.
— De qui est-ce que tu parles ? la questionna aussitôt Potter, les sourcils froncés.
Elle se pinça brièvement les lèvres, puis, prudente, préféra les entourer d'un bouclier qui ne laissait passer aucun son.
— Je n'ai pas été totalement honnête avec toi hier, murmura-t-elle en évitant son regard.
— A quel sujet ? demanda Potter d'une voix plus sévère, l'air contrarié.
— En réalité, j'avais préparé mon plan bien avant l'arrestation d'Emily.
Elle passa une main nerveuse dans ses cheveux, ne sachant comment lui expliquer sans qu'il se mette en colère.
— Lorsque j'étais son avocate, j'ai confronté Logan. Je lui ai fait croire que j'étais de son côté, que j'approuvais totalement les actes de l'Ordre du Renouveau. Il m'a fallu du temps pour gagner sa confiance, mais il a fini par me faire rencontrer William.
Elle se tut un instant, et jeta un coup d'oeil à Potter. Celui-ci arborait un visage de marbre, qui ne reflétait pas la moindre émotion. Elle continua, masquant son trouble.
— J'ai réussi à les convaincre que j'étais de leurs côtés. Ils ont été encore plus convaincus lorsque j'ai réussi à faire acquitter Logan. William m'a donc chargé d'établir un plan de secours, au cas où ils seraient capturés.
Elle s'éclaircit la gorge, mal à l'aise sous le regard sévère de Harry, qui ne disait mot.
— C'est la raison pour laquelle je t'ai demandé de venir ici ce matin. Le repas qui sera servi à William ce midi contiendra une dose de potion paralysante, qui fera effet peu de temps avant le procès. Un complice sera sur place, prêt à l'aider à s'évader, et à lui fournir ensuite une nouvelle identité.
Elle se tut et se décida enfin à fixer ses yeux dans ceux de Harry. Face à ses prunelles graves, elle déglutit et se sentit frémir. Le silence devenait pesant et lui portait sur les nerfs. Elle s'apprêta à parler lorsque Potter prit enfin la parole.
— Pourquoi m'annonces-tu cela maintenant ? Pour te racheter ? Tu penses donc que confesser tes crimes te permettra d'avoir mon pardon ?
Son ton était cassant, et la fit tressaillir.
— Ce n'était pas du tout ma raison, lui répliqua-t-elle en se redressant. Tu ne comprends pas Potter ? Depuis le début, j'ai joué mon rôle de taupe à la perfection. Ils me font confiance, ils croient que tout se déroulera parfaitement bien, grâce à moi. Mais j'ai un autre plan.
Elle se pencha en avant, voulant capter toute son attention.
— Le complice de William est un assassin professionnel, un tueur à gages qu'il a payé pour faire les basses besognes. D'où les sommes astronomiques transmises par les Parkinson ou Sanders. Ce complice, c'est Tango.
A ces mots, Harry se redressa brusquement. Ses yeux brillèrent, son visage perdit de sa froideur et s'anima de nouveau.
— Tu es sûre de toi ? la questionna-t-il aussitôt. Car si c'est le cas... C'est une situation inespérée ! Cela fait presque cinq ans que nous essayons de l'attraper, mais cet homme est un véritable caméléon ! On n'a jamais réussi à dénicher le moindre indice valable sur lui, son apparence, sa planque.
— Grâce à William et sa stupidité, tu vas avoir la chance de l'attraper, l'interrompit Tracey.
Potter resta silencieux quelques secondes. Puis il lui demanda, un sourire presque triomphant aux lèvres :
— Comment pensais-tu procéder ?
Tracey se redressa, soulagée, et lui rendit son sourire. Pour la première fois depuis qu'elle était sortie du bureau de Sanders, elle se sentait satisfaite.
Tracey se rendit au point de rendez-vous à l'heure dite, le coeur battant rapidement dans sa poitrine. Elle poussa la porte du café, situé à deux rues du Ministère, et commanda un cappuccino. Debout près du bar, son café à la main, elle ne pouvait s'empêcher de jeter de fréquents coups d'oeil autour d'elle, et sur l'horloge au-dessus du comptoir. A treize heures quarante exactement, un homme s'accouda nonchalamment à ses côtés et commanda un chocolat chaud.
— Tout est en place ? lui demanda-t-elle sans tourner le visage vers elle, gardant ses yeux fixés droit devant lui.
— William a ingéré la potion, répondit-elle, se retenant de l'épier trop fréquemment. Elle fera effet d'ici une quinzaine de minutes.
— Mon paiement ?
— La moitié a été transférée cette nuit. Le reste suivra lorsque William aura disparu.
L'homme vida le reste de son gobelet en carton, puis le reposa brutalement sur le comptoir.
— Attends cinq minutes avant de sortir, lui ordonna-t-il.
Tracey acquiesça. Elle attendit qu'il se soit éloigné de quelques pas pour le détailler. Un visage quelconque, des cheveux bruns ternes, une apparence affable, des vêtements passe-partout. Tango avait un don pour se fondre dans la masse, elle l'avait déjà remarqué avant. Toutes les personnes dont il prenait l'apparence étaient de parfaits inconnus, transparents et ordinaires.
Dès que Tango se fut éloigné en direction du Ministère, Tracey utilisa la pièce que Potter lui avait donnée et l'actionna. D'après le peu qu'elle avait daigné écouter, elle avait compris que l'Auror en possédait une identique, qui chaufferait dès son activation. Elle devait s'en servir pour l'avertir de l'arrivée de Tango.
Anxieuse, Tracey attendit cependant les cinq minutes requises avant de sortir. Elle gagna le Ministère à pas rapides, priant pour que tout se passe bien. Plongée dans ses pensées, elle bouscula un homme d'affaires qui venait en sens inverse, le visage préoccupé. Elle s'excusa du bout des lèvres et s'apprêta à poursuivre son chemin, lorsque l'inconnu l'arrêta.
— Miss ! l'interpella-t-il.
Elle se retourna d'un air absent, puis eut un mouvement de recul lorsque ses yeux se posèrent sur son interlocuteur. Logan la regardait, les orbites vides, la bouche ouverte sur un cri d'effroi. Glacée, elle secoua la tête pour chasser cette horrible vision. L'homme la regardait d'un air agacé.
— Vous avez fait tomber ceci.
Il lui tendit le faux Gallion que Potter lui avait donné. Elle s'en saisit en marmonnant un remerciement, puis poursuivit son chemin en ayant l'impression qu'elle était poursuivie par un fantôme.
Lorsqu'elle pénétra dans le hall du Ministère, ses frissons avaient presque disparus. Secouée, elle prit le temps de reprendre le contrôle de ses émotions lorsqu'elle fut seule dans l'ascenseur. Lorsque les portes de celui-ci s'ouvrirent sur le couloir des Aurors, elle se sentait déjà un petit peu mieux. Ses dernières réminiscences s'effaçaient progressivement.
— Miss Davies, l'accueillit Potter avec formalisme, nous allions descendre dans la salle d'audience.
Tracey acquiesça sèchement, tout en cherchant Tango des yeux. Elle ne le voyait nulle part. Le sournois avait dû une fois de plus prendre une nouvelle dose de Polynectar et changer d'apparence. Devant la réceptionniste se formait une longue forme de plaignants, qu'elle orientait d'un ton ennuyé. Tango devait se trouver parmi ceux-là, bien qu'elle aurait été incapable de dire de qui il s'agissait.
Son attention fut attirée à l'autre bout du couloir, par William que l'on sortait de sa cellule. Encadré par deux Aurors, il gardait son attitude fière et son regard froid. Ses yeux se fixèrent dans ceux de Tracey, qui hocha doucement le menton. Un sourire suffisant se dessina sur ses lèvres. Les gens qui le croisaient le regardaient avec dégoût et peur. Mais cela ne semblait aucunement l'atteindre.
— Les liens ne sont aucunement nécessaire, intervint Tracey avec froideur lorsque William et les deux Aurors furent arrivés à sa hauteur.
D'un signe de tête, Potter fit signe à ses collègues de libérer le suspect de ses chaînes. Ce dernier se frotta les poignets d'un air satisfait. Puis il toisa Harry du regard.
— Je peux vous jurer que vous regretterrez cela, Mr Potter
— Cela m'est hautement improbable, répliqua Harry.
Mais avant qu'il n'ait pu le mener vers l'ascenseur, comme prévu, la potion fit effet. Le corps de William prit soudainement une rigidité cadavérique, sa bouche s'ouvrit un râle, et il s'écroula au sol, secoué de convulsions. Harry tenta immédiatement de juguler la panique qui se répandait dans le couloir.
— Allez à Sante-Mangouste et ramenez un guérisseur, ordonna-t-il à deux de ses collègues.
— Ce ne sera pas nécessaire, intervint un homme d'âge moyen en se détachant de la foule des plaignants. Je suis Médicomage.
Sans attendre l'autorisation des Aurors, Tango s'approcha et se pencha sur le corps paralysé de William. Il l'examina avec expertise avant de rendre son verdict.
— Empoisonné, dit-il succinctement. Il faut le transporter d'urgence pour lui administrer l'antidote.
Lorsqu'il releva la tête, ses yeux rencontrèrent la baguette de Harry, fixée au niveau de son front.
— Debout, lui ordonna l'Auror d'un ton froid. Les mains en évidence.
Tracey retenait son souffle, immobile. Elle sentait le moindre nerf de son corps tendu. Autour d'eux, les quelques personnes présentes chuchotaient, ne comprenant pas ce qu'il se déroulait.
— Mr Tango, dit Harry d'une voix officielle, je vous arrête pour le meurtre d'au moins neuf membres du Magenmagot, et toute une liste d'autres crimes recensés dans nos archives.
Les Aurors présents écarquillèrent les yeux, surpris.
— Bien joué, Mr Potter, concéda Tango avec un petit sourire. Mais vous ne devriez jamais crier victoire trop vite.
D'un geste vif, il se saisit de Tracey, debout à côté de lui, et la plaça devant lui, en guise de bouclier. Surprise et furieuse, elle s'apprêtait à se défendre, lorsqu'elle sentit la pointe d'un couteau contre sa gorge. Elle s'immobilisa, osant à peine déglutir.
— Au premier geste, elle en paye les conséquences, annonça Tango d'un ton calme.
Frustré, Harry se crispa sur sa baguette, mais il ne fit pas un geste pour l'en empêcher. Un sourire moqueur aux lèvres, Tango se recula lentement, menaçant toujours Tracey. Il pénétra dans l'ascenseur et appuya sur le bouton du rez-de-chaussée.
— Au plaisir de ne jamais vous revoir, les salua-t-il.
Juste avant que les portes ne se referment, il poussa violemment Tracey à l'extérieur, puis leur adressa un dernier sourire narquois accompagné d'un geste de main. Harry n'attendit pas que l'ascenseur disparaisse pour lancer des ordres.
— Rattrapez-le, ordonna-t-il aux Aurors d'une voix âpre. Engham, reste ici. Va chercher l'antidote, sur mon bureau, la bouteille bleue. Et surveille Johnson.
Tandis que tout le monde s'activait autour de lui, Harry se pencha vers Tracey, tombée à genoux sur le sol.
— Tout va bien ? demanda-t-il les sourcils froncés.
Tracey le rassura d'un signe de tête, le souffle un peu tremblant. Elle pouvait encore sentir la pointe du couteau sur sa gorge.
— Je suis désolé, s'excusa Harry. Cela n'aurait jamais dû se produire.
— Ce n'est pas grave. Je n'ai rien, protesta Tracey en se relevant. Je vais bien.
— Cela aurait pu être beaucoup plus grave, répliqua Harry. Tu l'as trahi et il t'a laissé vivre. Pourquoi ?
— Parce qu'il ne voulait pas s'encombrer d'un poids mort pour sa fuite. Il aura tout le temps de se venger plus tard.
Soudain, des alarmes se mirent à sonner tout le long du couloir. Grimaçant au bruit, Harry s'excusa de nouveau, puis partit le plus vite possible, leur ordonnant de commencer le procès malgré tout. Encore ébranlée, Tracey se tourna tout de même vers Engham, qui pendant ce temps avait donné l'antidote à Johnson et le relevait.
— Tu as entendu ? lui dit-elle. Direction la salle d'audience.
Désorienté, William mit quelques instants à reprendre ses esprits.
— Qu'est-ce que... ? balbutia-t-il en voyant que ses poignets étaient de nouveau entravés.
Il ne tarda pas à réaliser la présence de Tracey, et les connexions se firent rapidement dans sa tête.
— Toi, siffla-t-il d'une voix haineuse.
Tracey l'ignora superbement. William s'apprêtait à la couvrir d'injures, lorsqu'ils arrivèrent enfin dans le couloir des salles d'audience. Tracey gagna la numéro quatre, tandis que l'Auror menait William dans la pièce attenante, où les accusés étaient placés sous étroite surveillance.
Tracey remonta d'un pas vif le couloir central, ignorant les regards insistants de l'assistance, et gagna sa place. En tant qu'avocate de la défense, elle faisait face au Magenmagot et dos à la foule, et était près de la porte communicante. La salle était pleine. Derrière elle, au bas des tribunes, se tenaient les journalistes. Au-dessus d'eux étaient assis plusieurs membres éminents du Ministère, et tout en haut se serraient les personnes lambda. Tout ce petit monde chuchotait avec excitation, les voix se répercutant sur la voûte en pierre du plafond.
Tracey attendit nerveusement de longues minutes. Face à elle, en hauteur, les membres restants de Magenmagot la toisait, méprisants. Ils semblaient attendre quelque chose. Pour reprendre une certaine contenance, elle se mit à feuilleter les dossiers qu'elle avait apporté. Elle ne releva la tête que lorsqu'elle vit Potter se glisser par la porte de la pièce voisine. Il gagna l'estrade, et chuchota quelques mots à l'oreille du président Brian Wilson. Celui-ci demanda immédiatement le silence d'une voix sévère. Toutes les voix se turent, et la salle fut emplie de tension. Lorsqu'il redescendit, Potter rassura Tracey d'un signe de tête. Cette dernière se relaxa. Il avait réussi à arrêter Tango. Tout se passerait pour le mieux.
— Je déclare ouverte l'affaire 13.478, déclara le président d'une voix forte.
Le bruit de son marteau frappant la surface en bois résonna. Le procès pouvait commencer.
Plusieurs personnes furent appelées à témoigner. Les premières personnes se présentant à la barre n'étaient pas d'une grande utilité pour l'affaire. Audrey, la secrétaire de William, Larry, le vieil Elfe des Parkinson, et Diane, une ancienne amie de fac de Milicent, se succédèrent. Ce fut ensuite au tour de Daphné. Tracey fut satisfaite de voir que son ancienne camarade ne semblait pas nerveuse le moins du monde. Elle savait bien qu'il ne s'agissait que d'une façade, mais elle était soulagée de voir que leur entraînement avait payé.
— Mrs Johnson, débuta Tracey avec sérieux, avez-vous jamais remarqué le moindre comportement étrange à propos de votre mari ?
— Pas au commencement de notre mariage, répondit Daphné avec calme, les mains sagement croisés sur ses genoux. Mais dernièrement, William était agressif, sur le qui-vive.
— Pourquoi vous a-t-il mis à la porte de chez vous ?
— Il a appris que j'avais une liaison avec Blaise Zabini.
Tracey se pinça une seconde les lèvres avant de poser sa question suivante. Elle s'excusa du regard envers Daphné. Elle était malheureusement obligée de jouer son rôle, assez pour être un minimum crédible.
— Vous aviez donc un parfait mobile pour vous allier avec Mr Zabini et de faire accuser mon client, n'est-ce pas ?
— Je n'ai jamais été membre de cette organisation, répliqua calmement Daphné. Blaise non plus.
— Il a pourtant été clairement identifié par plusieurs témoins lors du meurtre de Melinda Blacknall, fit remarquer Tracey.
— Il est impossible que Blaise soit coupable du meurtre de Mrs Blacknall. Il était avec moi la nuit entière.
Histoire de donner le change, Tracey posa encore quelques questions pour tester cet alibi, puis annonça qu'elle n'avait plus de questions. Son visage était de marbre, mais intérieurement, elle était fière de Daphné. Celle-ci avait parfaitement tenu son rôle, et à présent, Blaise était hors de tout danger.
Le Magenmagot posa à son tour quelques questions à Daphné, voulant s'assurer de l'alibi de son amant. Elle resta calme et digne jusqu'au-bout. Lorsqu'elle eut fini, elle regagna sa place auprès de Blaise, du côté des témoins et des Aurors. En passant devant Tracey, elle lui adressa un rapide sourire reconnaissant.
Ce fut ensuite au tour de Potter de venir s'asseoir dans le fauteuil. Aussitôt, la salle bruissa de chuchotements. Le président ordonna le silence d'un ton sévère. Cette fois, ce fut le Magenmagot qui commença à le questionner.
— Mr Potter, vous étiez en charge de cette enquête, débuta Wilson d'une voix déférente. Je suppose que vous êtes absolument certain de vos résultats ?
Potter acquiesça tranquillement. Il énuméra ensuite, à la demande d'un membre, les différentes preuves qu'il avait contre William. Les virements d'argent, son passé, la lettre de menace, dont l'écriture correspondait à celle de Johnson d'après le service d'analyse. Il finit par mentionner la confession complète d'Emily, qui avait admis la culpabilité de son frère et de celle de William, dont elle était au courant depuis longtemps.
— Miss Sanders a affirmé que son frère s'occupait de fournir l'argent au groupe, Mr Johnson ayant été ruiné à son départ des Etats-Unis. Ce dernier était la tête pensante, l'instigateur de l'Ordre du Renouveau.
— Si vous me permettez, intervint Tracey en se levant, les propos de Miss Sanders ne sont pas une vérité absolue. Cette jeune femme était psychologiquement malade, et était fortement médicamentée.
— Je vous ai remis la déposition de son docteur, répliqua Harry. Il affirme que malgré cela, ses paroles ne sont pas à remettre en doute.
— Je me dois d'approuver ici Mr Potter, dit Wilson d'une voix doucereuse.
Tracey se rassit, impassible. Intérieurement, elle exultait. Tout se passait comme prévu. Diverses personnes se succédèrent ensuite. Pansy vint rapporter les propos injurieux de ses parents, le visage de marbre. Théo appuya son témoignage par la suite.
Mais très rapidement, ce fut l'heure du jugement final. Tracey n'avait jamais vu un procès d'une telle ampleur se finir si rapidement. Mais elle comprenait. Le monde sorcier était terrifié, il leur fallait un coupable. Et le Magenmagot avait la ferme intention de tous les envoyer derrière les barreaux.
Toutefois, chacun des cinq complices eut l'occasion de s'exprimer. Les parents Parkinson passèrent tour à tour. Ils s'offusquèrent, assurèrent qu'ils n'avaient rien à voir là-dedans, et qu'ils avaient déjà été jugé pour leur crime à la fin de la guerre. Le visage de marbre du président fut parfaitement clair pour Tracey. Ils gaspillaient leurs salives pour rien.
Lorsque vint le tour de Milicent, elle se sentit trembler. Son ancienne meilleure amie avait beaucoup changé. Elle était beaucoup plus fine, fière et élégante qu'autrefois. La seule chose que Tracey arrivait à reconnaître dans ce visage était la mâchoire proéminente, les yeux chocolats assombris par la colère, et les longs cheveux bruns noués en queue de cheval. Excepté cela, elle avait tout d'une étrangère. Une étrangère pour qui elle avait tué.
Avec un frisson, Tracey repoussa l'horrible vision qui s'apprêtait à revenir la tourmenter. Elle se concentra sur ce qui se passait sous ses yeux. Le menton levé, le visage fier, Milicent ne nia pas les faits. Cela aurait été parfaitement inutile de toute manière. Sa simple boucle d'oreille la rendait coupable, et la confession d'Emily ne faisait que l'enterrer davantage. D'une voix dure, elle dit juste qu'elle avait agi par amour. Puis elle se rassit, le dos droit, le regard fixé droit devant elle.
Ce fut ensuite au tour de William. Celui-ci semblait furieux. Ses yeux bleus étaient assombris par la colère, ses poings serrés. Il resta debout, planté devant l'assemblée du Magenmagot, dans une attitude de défi.
— Mr William Johnson, annonça Wilson de sa voix de stentor. Vous êtes accusé par la présente cour d'avoir commandité plusieurs actions criminelles, à la tête du groupe appelé l'Ordre du Renouveau. Niez-vous ces faits ?
— Loin de là, répliqua William avec fiel. Si c'était à refaire, je n'hésiterais pas.
Des murmures choqués parcoururent la salle. Les traits durs, Wilson lui ordonna de se rasseoir. Pour finir, ce fut au tour de Tango de s'exprimer. Les vêtements déchirés, le visage marqué des coups reçus lors de sa petite course poursuite, il semblait défait. Il avait depuis longtemps repris son apparence originelle, et Tracey ne put s'empêcher de le détailler avec curiosité.
Il avait un corps fin et agile. Ses cheveux blonds brillaient comme de l'or, ses yeux avaient une couleur vert sombre et luisaient d'intelligence. Il était grand, plus que la normale, et dépassait William de presque une tête.
— Mr Tyler Castel, l'appela Wilson en sortant un autre parchemin de la pile posée devant lui. Vous êtes accusé par la présente cour de meurtres prémédités, sur les personnes de Mark Jenkins, Paula Peters, Maya Smith, Jordan Rivers, Lauren Morris, Alexander Weston, Lindsey Skern, Neil Curtis, Leslie Hinson et Melinda Blacknall. Vous êtes également accusé de tous les crimes relatifs à ces dossiers, dit-il en brandissant une longue liste d'enquêtes classées. Qu'avez-vous à dire pour votre défense ?
— Je ne peux pas être le meilleur à chaque fois, répondit l'accusé avec un sourire las, cela devait bien m'arriver un jour. J'ai joué, j'ai perdu. Ce sont les règles du jeu.
Wilson fronça les sourcils, puis lui ordonna sèchement de se rasseoir. Il fit ensuite revenir le silence dans la salle et se leva. Il appela les membres au vote.
A la quasi-majorité, Tango, Milicent, William et les Parkinson furent condamnés à perpétuité à Azkaban.
Tracey poussa un soupir de soulagement. Derrière elle, des applaudissements éclataient. Elle vit Daphné serrer Blaise dans ses bras, Pansy sourire de contentement. Comme flottant sur un nuage, elle les rejoignit.
— Merci Tracey, dit Blaise aussitôt qu'il l'aperçut. Harry nous a dit ce que tu avais fait, avec William et Johnson. Alors merci beaucoup.
Tracey secoua la tête, l'assura que ce n'était rien. Elle se réjouissait intérieurement de ces compliments, qui lui faisaient chaud au coeur. Daphné la remercia également, avant de pousser un profond soupir.
— Nous ferions mieux d'y aller, dit-elle à Blaise. Ou le service sera fermé.
— Où allez-vous ? se permit de demander Tracey aux deux amoureux.
— Je vais divorcer ! répondit joyeusement Daphné. Je ne pensais jamais dire cela un jour, mais c'est le cas.
— Ne passe pas par la procédure habituelle dans ce cas, cela prendra des mois, la prévint Tracey, souriant devant sa joie si communicative.
— Harry m'a prévenu, grimaça Daphné, mais je n'ai pas le choix.
— Je peux m'en occuper, si tu veux, lui offrit l'avocate.
Elle dû batailler quelques instants avant que Daphné n'accepte pleinement sa proposition, rougissante.
— Merci beaucoup, la remercia-t-elle une nouvelle fois.
— Ce n'est rien, répliqua Tracey. Tu seras ma dernière bonne action. Après je pars en vacances, pendant une durée indéterminée. Avec toute cette histoire, j'en ai besoin.
Son regard croisa celui de Potter, et pendant quelques instants, ils semblèrent se comprendre.
— Nous pouvons faire ça tout de suite si vous préférez, leur offrit-elle.
Comme elle s'y attendait, Daphné était impatiente de se détacher pour toujours de son mari. Elle accepta donc son offre avec joie.
Lorsqu'ils sortirent tous ensemble de la salle d'audience, ils croisèrent un groupe d'Aurors, qui escortaient les prisonniers jusqu'à Azkaban.
—Allez à mon bureau, j'arrive tout de suite, lança Tracey aux deux autres.
Elle n'attendit pas qu'ils acquiescent pour s'élancer vers le convoi. Mais elle n'eut pas le temps de l'atteindre que Potter l'arrêtait.
— Ce n'est pas une bonne idée, Davies, lui dit-il d'une voix ferme.
— Je veux juste parler à Milicent, lui répliqua-t-elle en tentant de dégager son bras.
— Je sais, mais rien de bon n'en ressortirait. Elle a changé. Ce n'est plus la Milicent que tu connais. Tu te ferais du mal inutilement.
Tracey ne répondit rien. La gorge serrée, les larmes aux yeux, elle se tourna vers le convoi, qui les dépassait. Son regard croisa celui de Milicent, et ce fut comme un coup physique, un coup de poing dans le ventre.
Elle ne voyait que la haine, tranchante comme un couteau. Le dégoût, la répulsion. Et le pire : cette lueur de fierté. Elle était fière d'avoir tué, fière de faire partie de cet Ordre. Tracey ne voyait plus la Milicent qu'elle avait aimé dans ces traits. Elle ne voyait que le visage convulsé d'une folle à lier, d'une tueuse.
Lorsque les Aurors et les prisonniers tournèrent au coin du couloir, Tracey sentit les larmes couler le long de ses joues. Elle avait voulu rendre justice à son amie, la venger. Mais cela avait été vain. Logan n'avait pas retourné Milicent. Elle possédait déjà cela en elle. Et elle avait tué pour elle, elle porterait pour toujours cette culpabilité comme un poids, à cause d'un simple souvenir.
— Je dois y aller, dit soudain Tracey en se dégageant brusquement de la poigne de Potter, qui maintenait toujours son poignet. Daphné et Blaise m'attendent.
Elle essuya brusquement les larmes qui maculaient ses joues et s'éloigna rapidement, redoutant les mots de consolation qu'elle sentait sur les lèvres de Potter. Comme il l'avait si bien dit, elle se devait de porter ce fardeau seule. Elle finirait bien par s'en relever. Un jour.
Resté seul dans le couloir désert, Harry poussa un profond soupir. D'un geste las, il se passa une main dans les cheveux. Il avait du mal à croire que cette histoire était belle et bien finie. Malgré l'arrestation des coupables, il n'arrivait pas à se réjouir pleinement. Voir Tracey réaliser son erreur lui avait fait de la peine. Il espérait vraiment qu'elle s'en remettrait.
Lentement, Harry regagna les étages supérieurs. Il salua une dernière fois ses collègues avant de quitter le Ministère, acceptant avec embarras les nombreuses félicitations qui l'entouraient. Il avait beau répéter qu'il n'était pas le seul Auror à avoir travaillé sur cette enquête, personne ne l'écoutait, et encore moins la presse. Il félicité personnellement ceux qui avaient mis de l'énergie autant que lui dans cette affaire. Engham et Jefferson, notamment.
Puis il quitta enfin le Ministère, et regagna la maison familiale à l'heure du dîner, pour la première fois depuis des mois. Lorsque ses enfants se jetèrent sur lui pour lui souhaiter la bienvenue, il réalisa alors pleinement ce qu'il avait manqué ces dernières semaines. Une fois que les enfants se furent enfin détaché de lui, il enlaça Ginny, et lui chuchota à l'oreille :
— C'est fini.
— Enfin, soupira-t-elle.
Ils restèrent l'un contre l'autre de longs instants, savourant la douce quiétude qu'ils ressentaient. Jusqu'à ce que leur benjamine proclame sa faim à grands cris.
— Allons manger, proposa aussitôt Ginny avec un sourire en se détachant de son mari.
Alors Harry décida de repousser au fond de son esprit toutes les horreurs qu'il avait vu ou entendu ou aujourd'hui, et suivit sa petite famille à la cuisine. Il passa sa première vraie soirée en famille depuis qu'il s'était chargé de cette affaire, et il en était tellement heureux que, l'espace de quelques heures, il oublia la journée déprimante qu'il venait de passer.
Note de fin : Et voilà ! Qu'est-ce que vous en avez pensé ? Trop facile ou pas ? N'hésitez surtout pas à laisser une review, il me tarde de connaître vos avis !
L'épilogue sera posté normalement le week-end prochain, et ce sera enfin fini ! :)
