Oui, ça fait plus de 4 mois. Je ne m'étendrais pas sur les raisons de ce retard, on va se borner à dire que je manque de motivation pour cette fic et que j'ai en conséquence de grandes difficultés à poursuivre. Je pense fréquemment à tout abandonner, et en même temps ça me rend très triste. Bref. Pour vous tenir au courant (si par exemple il n'y a pas de nouveaux chapitres d'ici 4 autres mois xD) mon livejournal est à votre disposition.

Avant de commencer, je vous fais un récapitulatif du chapitre précédent, histoire que vous vous remettiez dans le bain :

- les Parvenus (les étrangers au sang pur (quoique pas toujours si vérifiable), les "nouveaux riches" de Serpentard) tentent d'attirer Kassidy dans leur petit club.

- Kassy apprend que Remus est un loup-garou, après une bonne dizaine de chapitres de quiproquo sur le sujet entre elle et les Maraudeurs

- Kassy découvre (déteste ?) le dur métier de "propriétaire terrienne" (son père lui a offert un hectare de terrain à gérer comme bon lui semble)

- Betty McLinden organise une fête (sujet du chapitre 21, en fait, mais je le rappelle au passage)

- dans son entretien avec Dumbledore (qui devait traiter de son orientation à la base) on découvre des choses sur la famille Andersen : une ancêtre de Kassidy aurait été une grande devineresse grâce à sa consommation de Psychandre (vous vous souvenez encore de Wilfried, la plante qu'a adopté Kassy ?). Cette ancêtre, en abusant de ces joyeuses substances, a enfanté le premier mâle de la lignée Andersen, lequel a hérité d'un don de voyance émoussé, qui a continué de diminuer au fil des générations jusqu'à presque disparaître. Les pressentiments de Kassidy sont en quelque sorte des résidus de ce pouvoir. Ayant eu vent des propriétés de la Psychandre, sa charmante et défunte mère, Regina Andersen (Mangemort, souvenez-vous ! xD), a cru bon d'en parler à Voldemort... Le danger rôde donc autour des Andersen : d'une part parce qu'ils sont quasiment les seuls à avoir des plants vivaces (c'est la merde à cultiver ces trucs-là...), d'autres part parce que l'ingestion de feuilles de Psychandre est très souvent mortelle (mais il y a lieu de penser que Kassidy, au vu de son ascendance et de ses prédispositions, pourrait y survivre, ce qui la place dans une situation délicate puisque Voldemort pourrait bien, s'il arrive à mettre la main sur elle, la forcer à en avaler... histoire, éventuellement, de récupérer une vision intéressante). Bref, Kassidy a exigé que Lassy (une elfe de maison) soit le Gardien du Secret de la demeure Andersen.

- Rabastan prouve à Kassidy qu'il n'est pas (encore) Mangemort (pas de Marque des Ténèbres pour le moment). Au passage il lui apprend qu'il compte l'épouser.

Voilà voilà. J'oublie souvent les reviewers anonymes, mais qu'ils sachent que je les aime aussi et que je ne cherche aucunement à les snober. Donc merci à : Alyce (tu m'as fait réaliser que Rogue commençait à me manquer), z'oda (qui m'a appris le verbe "détriper"), Soli (qui depuis le temps à peut-être cessé de vérifier en premier sur ma fic s'il y a de nouveaux chapitres...), LOlipup (non, ta review ne m'a pas effrayée), margot (fanfiction n'affiche pas ton email, malheureusement... il faut tricher en mettant des espaces autour des points, des arobas, etc. mais je t'aurais répondu sinon), Jude (qui est visiblement dans le camp des SiriusetKassidyilyaqueçadevrai :D), léa (qui, elle, n'a pas encore choisi son camp, hein ?). Merci aux anonymes donc (j'avais pas réalisé que vous étiez si nombreux !). A partir de maintenant je pense vous répondre sur mon livejournal ! (et pour bakyare : je ferais sûrement de même puisqu'il semble que tu n'acceptes pas les messages privés (et donc les reviews) ?)

Bonne lecture !


Chapitre 20 : L'aveu

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J'avais la sensation étrange que l'intégralité de mon sang s'était regroupée au niveau de mes tympans. J'entendais mon cœur battre, littéralement, et mes mains tremblaient toujours – j'avais beau être rentrée depuis une heure, je ne m'étais encore pas remise du choc.

Ce n'était pas tant Rabastan lui-même qui était responsable de mon état, mais plutôt les perspectives d'avenir qui s'offraient à moi. Je ressentais comme un semblant de vertige.

Je pouvais prendre le nom Lestrange, associer ma fortune à la sienne et poursuivre ma vie aux côtés d'un ami sincère. Une alliance comme celle-là effacerait des mémoires les dernières réticences, les dernières suspicions des sangs-purs les plus conservateurs. C'était presque inespéré. Une porte de sortie, un salut pour les miens…

J'en avais rêvé. Quand dans sa lettre, Mère m'avait annoncé son projet de me fiancer à Lucius Malefoy, j'avais prié pour qu'une situation semblable se présente. Epouser un complice, évoluer dans la haute société avec un homme me comprenant, et – surtout – être libre. Si Malefoy me promettait une existence dépouillée de loisirs et le reniement complet de mes valeurs familiales, Rabastan quant à lui n'avait aucune autre exigence que de me voir répondre aux attentes de mon père. Jamais il ne chercherait à m'éloigner de la réserve d'hippogriffes ou ne m'obligerait à taire mes opinions.

Le rêve prenait donc consistance.

Cependant, une terreur sourde s'infiltrait en moi, plus perverse qu'aucun poison. D'une part les mots de Dumbledore au sujet de mon futur professionnel me revenaient (« Es-tu certaine que c'est ce que tu veux ? »). De l'autre, une vieille peur me taraudait, ce doute sournois que j'avais toujours écarté de mon esprit.

Et si, pour une fois, j'étais juste Kassidy et non l'héritière Andersen ?

Si je me fiais à ma raison, l'idée-même était risible : j'étais Kassidy Andersen. Et à moins de renier ma filiation, rien ne pourrait changer cet état de fait. Une bonne proportion de mes choix était directement liée à mon éducation et à ce que j'estimais être mon devoir ; je ne pouvais pas agir seulement en fonction de mon unique personne.

Et pourtant une petite voix tenace continuait de me harceler : Mais toi, Kassidy, qu'est-ce que, toi, tu veux ? Le pire était que je n'avais aucune réponse valable à lui fournir.

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« Gardez-moi ça ! »

Je lâchai brusquement ma sacoche sous les yeux ébahis de Narcissa et Magdalena. L'une des deux posa une question mais j'étais déjà en train de rebrousser chemin. Je le sentais dans mes veines, aussi sûrement qu'un venin se propageant dans tout mon organisme ; c'était un de ces mauvais pressentiments qui rythment mon quotidien, flou comme d'ordinaire, mais si vif que je ne pouvais décemment pas l'ignorer. Je percevais une colère – non – une réelle fureur en vérité, qui n'était pas la mienne mais qui d'une manière ou d'une autre devait avoir un rapport quelconque avec moi – et si ce n'était pas le cas alors ça le serait bientôt.

La scène qui m'apparut au tournant du couloir me glaça les veines.

« Répète un peu, Servilus ! Répète, pour voir ! »

Un flux argenté s'écoulait de la baguette de Potter et maintenait Severus immobilisé contre le mur du corridor. A côté de lui, au vu de son froncement de sourcils peu amène, Sirius Black paraissait partager l'émotion de son presque-frère. Un filet de sang gouttait sur sa mâchoire, signe que l'affrontement n'avait pas attendu ma venue pour se déclencher. J'échangeai un regard avec Lupin, qui grimaçait sa désapprobation mais pour autant ne faisait pas mine de vouloir intervenir.

Pettigrow, lui, s'était improvisé sentinelle, car il pépia soudain à l'attention du reste du groupe : « Andersen ! »

Potter, Black et Severus tournèrent leurs trois visages vers moi.

« Tu viens au secours de ton ami ? Comme c'est charmant ! lança Potter en guise de salutation.

– Ce n'est pas mon ami. »

L'expression de Severus resta égale à elle-même, c'est-à-dire aussi stoïque que si le sujet ne le concernait pas.

« Oh ! Tu viens nous prêter main forte alors ? » Il y avait autant d'ironie que de défi dans le regard de Sirius Black.

« Ne soyez pas stupides. Lâchez-le.

– J'ignorais que les Serpentard étaient solidaires à ce point. Tu savais ça, toi, Patmol ? »

Etonnamment, et ce malgré sa répartie légendaire, Black ne formula pas la moindre raillerie. Mais cela passa inaperçu puisque derrière lui, Severus plantait ses yeux sombres directement dans les miens et crachait à mon encontre :

« Va-t-en, Kassidy. »

L'aigreur dans son ton me prit totalement au dépourvu. Potter partit dans un grand éclat de rire, la tête renversée vers l'arrière.

« Puisque même lui le dit, Andersen, ça ne sert à rien de t'obstiner ! »

Je ne pesai pas le pour et le contre bien longtemps. Il avait à peine achevé sa phrase que je lançais mon coude vers son poignet. Il échappa sa baguette et Severus fut libéré de l'emprise du sortilège. Mon camarade me jeta une œillade agressive, à la limite de la rancœur, et s'échappa à reculons, prêt à répliquer à une nouvelle attaque.

Au même instant, Potter s'accroupissait vivement pour récupérer son bien et en un rien de temps fondait sur moi. Si c'était possible, ses cheveux étaient encore plus désordonnés que d'habitude. Ses lunettes étaient légèrement de travers sur son nez, et sa bouche se tordait de rage :

« Mais qu'est-ce qui te prend à la fin ! De quoi tu te mêles, Andersen ? C'est pas ton ami ! Et c'est pas tes affaires ! »

Il me repoussa contre le mur.

« Ce type c'est un connard ! T'entends ? Un connard ! » Il me secoua rudement contre la pierre. « Comme toute ta satanée maison ! »

Dans mon champ de vision apparut la main de Black, qui sans prévenir tira Potter en arrière. Un lourd silence tomba entre eux. Ils se dévisagèrent. Le Poursuiveur afficha d'abord un étonnement troublé, puis la compréhension éclaira son visage, et enfin le dégoût. Face à lui, Black restait impassible, peut-être simplement légèrement agacé.

« Mais bien sûr ! rugit James Potter avec acidité. Je me demande pourquoi je suis si surpris ! » Il leva les yeux au plafond mais ses traits demeurèrent figés dans un masque de hargne. « T'as vraiment des penchants glauques, Sirius, si tu veux mon avis ! Comme quoi tu n'as pas échappé à toutes les tares de la famille Black…

– James, gronda Black. »

Quelque chose se modifia dans sa physionomie. Les muscles de son visage se crispèrent et sa peau déjà claire perdit toute coloration. Les doigts qu'ils tenaient serrés sur l'épaule de Potter tressaillirent. Avec une lucidité effrayante, je compris qu'il était sur le point de craquer et que leur amitié se trouvait du même coup sur une pente glissante.

Lupin dut le comprendre aussi, car il avança soudain pour les écarter l'un de l'autre.

« James, avertit-il d'une voix ferme mais étonnamment douce, ne viens pas prononcer des mots que tu regretteras par la suite. On est tous d'accord pour dire que Rogue est allé trop loin cette fois-ci mais ce n'est pas la faute de Sirius. Et ce n'est pas en t'en prenant à lui ou à Andersen que tu vas pouvoir régler quoi que ce soit. »

Black ouvrit la bouche. Lupin le prit de vitesse : « Et on sait tous très bien que tu n'es pas comme tes parents. Ce n'est pas la peine de s'étendre sur le sujet. »

La tension diminua sensiblement. Rémus m'accorda un mince sourire : « Maintenant je propose que tout le monde se dirige sagement vers la classe de sortilèges. »

J'opinai prudemment, la gorge nouée. Mine de rien, Potter avait une sacrée poigne et son agression m'avait quelque peu remuée.

Alors que nous nous mettions en marche, Black se porta volontaire pour m'apporter une ébauche d'explication : « Rogue a critiqué Lily… à propos de ses origines. C'est pour ça que James… » Il remua vaguement le poignet, j'hochai la tête pour lui signifier qu'il n'avait pas besoin de développer davantage.

En levant les yeux, je notai que nous nous tenions en retrait par rapport aux autres. Pourtant, il baissa le ton.

« Il t'a un peu secouée, hein ? »

Il y avait autant d'excuse que d'inquiétude dans son regard.

« Ça va, niai-je. C'est rien. »

Un infime sourire se fraya un chemin jusqu'à mes lèvres.

« Il y a quelques mois, tu aurais pris un plaisir fou à me tabasser avec Potter.

– Oui, admit-il sans me regarder. Il y a quelques mois. »

Pettigrow se retournait parfois pour nous lancer des regards manquant singulièrement de discrétion.

« Qu'est-ce qui a changé ? »

Ce fut au coup d'œil curieux de Black qu'il m'apparut que j'avais formulé mon interrogation à haute voix.

Il hésita : « Tu as changé. J'ai changé.

– Je t'ai tellement détesté…

– Tu ne me détestes plus ? Même pas un peu ? »

Il affectait si bien le dépit qu'on aurait dit une supplique. J'éclatai de rire – trois paires d'yeux se tournèrent vers nous, dont Potter qui semblait irrité par ma bonne humeur.

« Si, toujours un peu.

– Je préfère ça. »

Il me sourit. Un intense sentiment de plénitude m'investit tout entière. Et soudain ma gaieté vacilla pour laisser place à un trouble inexprimable ; je reportai mon attention un point quelconque devant nous.

Depuis quand est-ce que je prends tant de plaisir à discuter avec Black ?

En pénétrant dans le local d'enchantements, j'avais dans la bouche le goût amer d'une trahison. Mais j'aurais été bien incapable de mettre des mots sur cette sensation. Qui avais-je trahi ?

Une voix sournoise susurra dans ma tête :

Toi-même, Kassidy. Tu t'es trahie toi-même.

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Magdalena avait pris place face à Circée, à côté de Preston Jenks. Je les épiais depuis plus d'un quart d'heure et elles ne cessaient de rire et de se sourire, avec une complicité qui me déroutait.

« Tu joues les voyeuses ? »

Je sursautai quand Franz Liemann se laissa tomber à ma droite. Je serrai les lèvres. Je pouvais pardonner certaines choses, mais son agression vis-à-vis de Bellona, en début d'année, me restait toujours au travers de la gorge.

« Lena est une chouette fille. Du temps où elle sortait avec Edward, on la fréquentait souvent. On lui a laissé une place au chaud, au cas où…

– Je ne comprends pas. »

Une fossette apparut dans sa joue pâle.

« Elle a voulu tenter sa chance avec vous – Narcissa et toi. Vous l'aimez bien, je ne le nie pas, mais est-ce qu'elle s'est intégrée chez les purs ? » Il répondit lui-même à sa question : « Bien sûr que non. Le scandale associé au nom Pomfresh est insurmontable. Jamais elle ne sera digne de votre belle société. » Il écarta les bras, dans un geste paternel. « Alors que nous… on prend les gens comme ils sont.

– Ne me fais pas rire Liemann ! »

Il secoua la tête sans se départir de son rictus amusé.

« As-tu entendu une seule fois le terme « sang-de-bourbe » chez les Parvenus ? »

Il baissa la voix, comme pour me glisser une confidence :

« As-tu entendu un seul d'entre nous disserter sur ta mère ? As-tu intercepté des regards soupçonneux ? Non. On t'a tendu la main. Et on te la tend toujours. »

Il se redressa.

« Quand tu comprendras tout ce que tu as à y gagner, tu t'empresseras de la saisir. »

Je serrai les poings. On aurait presque dit une menace.

« Ne me fais pas croire que tu agis par altruisme.

– Peut-être pas envers toi, concéda-t-il. Mais pour Lena, explique-moi quels avantages on tire de son amitié ? »

Distiller le doute en moi, pensai-je, c'est à ça que vous sert Magdalena.

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Avery me jeta un regard courroucé en empoignant fermement mon bras.

« Tu me fais mal ! protestai-je en me débattant sous l'œil curieux d'un petit Poufsouffle. »

Le géant aboya à son attention : « Tu n'as rien de mieux à faire, le blaireau ? » et le garçon décampa sans demander son reste. Sa poigne se desserra toutefois.

« Explique-moi ce qu'elle fiche avec les Parvenus !

– Je ne suis pas sa mère ! me récriai-je. Si tu as un souci avec ses fréquentations, tu as cas lui en faire part !

– Tu crois vraiment qu'elle m'écouterait ? siffla-t-il entre ses dents. Elle serait capable d'embrasser l'autre abruti de Jenks rien que pour me contrarier ! »

Sur ce point, il n'avait pas tord.

« J'essaye de contrer ce maudit rituel et pendant ce temps-là, elle, elle sympathise avec des parias ! »

Je tiquai à l'entente de ce dernier mot.

« Il faut que tu l'en empêches, Andersen. Ne la laisse pas s'humilier davantage…

– S'humilier ? répétai-je, ahurie. Ne me dis pas que tu fais encore référence à cette histoire autour des Pomfresh ! »

Il eut le bon sens de se taire. Impuissante, je levai les bras au ciel pour exprimer mon exaspération.

« Tu n'as pas changé, Avery ! Tu prétends que tu agis pour la reconquérir… mais la vérité c'est que tu as toujours honte d'elle et que ton seul projet est de la changer suffisamment pour qu'elle ne jure pas dans ton petit manoir propret et au milieu de ton entourage infect.

– Ce n'est pas...

– Ecoute, je ne veux plus t'aider. Pas si je dois tolérer tes préjugés à la longueur de temps. C'est au-dessus de mes forces. »

Il blêmit, agrippa mon épaule en serrant ses doigts robustes autour de l'articulation ; comme un oiseau qui se rattraperait désespérément à une branche.

« Andersen !

– Lâche-moi. »

Bizarrement il obtempéra. Je rajustai ma cape avec agacement.

« Je te le répète une dernier fois, Avery. Si tu veux Magdalena, c'est toi qui dois changer, pas elle. En attendant, je n'ai rien à faire avec toi. »

Je le plantai là, espérant de tout cœur que cette fois-ci mes reproches feraient leur bout de chemin sous son crâne obtus. Je n'avais pris aucun plaisir à le sermonner mais c'était là un passage obligé ; les dernières remontrances que je lui adresserais. Tout dépendait de lui tout compte fait.

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« Un bonbon au citron ? »

Je ris nerveusement en avançant la main vers le récipient tendu. Dumbledore me demanda sereinement pourquoi j'avais l'air si épuisée.

« Changer les mentalités réclame bien plus d'énergie qu'un duel magique. En plus le résultat n'est pas toujours à la hauteur de nos espérances.

– On ne peut pas sauver les gens malgré eux, soupira le vieux directeur. »

Je levai les yeux vers lui.

« Ça ne vous ressemble pas, ce pessimisme.

– Ce n'est pas du pessimisme, me confia-t-il. C'est un fait indéniable.

– Vous parlez de Grindelwald ? hasardai-je. »

Il recula un peu sur sa chaise, surpris. Une douleur furtive voila son regard.

« Entre autre, oui. »

Une question se pressa sur mes lèvres et fut prononcée avant même que j'eus pesé le pour et le contre :

« Etait-il pire que… Vous-savez-qui ?

– Pire ? » Je devinais qu'il n'y avait jamais vraiment réfléchi. « Je ne sais pas. Il était plus humain peut-être. »

Humain ? C'était un drôle de critère pour classifier les Mages Noirs !

« Mais nous ne sommes pas là pour parler de Grindelwald. » Il leva la main pour m'empêcher de l'interrompre. « J'ai reçu ton père l'autre jour. Lassy est votre Gardien du Secret, comme tu le voulais.

– Elle doit être ravie, souris-je.

– Elle l'est. Elle a répété qu'elle ferait tout ce qu'il était possible de faire pour être digne de cet honneur. »

Je n'en doutais pas une seule seconde.

« J'aimerais qu'on parle de ton orientation. » Il attira à lui une fine chemise verte dans laquelle se trouvait, je le savais, mes relevés de notes annuels et une copie de mon bulletin de B.U.S.E.

« Je ne te proposerai pas Auror. » Il afficha une mine enjouée, goûtant la plaisanterie. « Non seulement tu n'as pas conservé la Métamorphose mais en plus ce n'est conforme à ton ambition, je me trompe ?

– Non.

– Bien. Ton niveau en étude des moldus est plus qu'honorable. » Il me scruta derrière ses lunettes en demi-lune. « Cependant il devient de plus en plus risqué de se lancer dans cette branche… »

Il croisa les mains.

« J'ai un ami qui aimerait profiter de sa retraite et il m'a parlé de son désir de prendre un apprenti. Ton niveau en sortilèges, en défense contre les forces du mal ainsi qu'en soin aux créatures magiques font de toi une élève tout indiquée. Sans parler de ton expérience avec Parca et de tes connaissances en Magie Noire. Il te faudra peut-être travailler plus assidument tes potions, mais hormis cela tu as toutes les capacités requises. »

Il dût percevoir mon impatience car il me questionna soudain.

« Tu as certainement entendu parler de Nicolas Flamel ?

– Bien sûr… » Je marquai une pause incrédule. « Vous voulez que je devienne alchimiste ? »

Ses prunelles bleues pétillèrent.

« Nicolas ne fait pas que de l'alchimie, même s'il est vrai que sa renommée y est principalement associée. »

J'essayai de passer en revue ce que je savais des occupations de l'illustre Flamel. A part l'alchimie, je ne voyais pas.

« Depuis que Theresa Macmillan est décédée, il croule sous les requêtes et n'a plus de temps à consacrer à ses autres passions.

– Theresa Macmillan ? » J'avais déjà entendu ce nom… « Ce n'est pas elle qui a publié un essai sur le sortilège de l'Imperium ? »

Ça avait fait scandale dans la presse. Elle avait ensorcelé des chimpanzés pour recenser les signes qui ne trompaient pas et témoignaient d'une soumission à l'Impardonnable en question. Les défenseurs de la nature avaient été révoltés. Et l'utilisation de ce sortilège, bien que lancé dans un but scientifique et non à dessein malveillant, avait hautement dérangé l'opinion publique. Elle avait comparu devant le Magenmagot, où elle s'était expliquée. Sa motivation première dans cette affaire avait été de donner les moyens aux autorités de détecter plus efficacement les cas d'Imperium.

« Vous croyez… vous… Moi, devenir exorciste ?

– Pourquoi pas ?

– C'est un métier réputé pour être très exigeant.

– Pas plus qu'Auror ou Médicomage. »

Dumbledore fit glisser un morceau de parchemin jusqu'à moi.

« Si tu es intéressée, n'hésite pas à contacter Nicolas Flamel. Il sera ravi de te donner plus d'indications. »

Je le remerciai distraitement en glissant l'adresse dans ma poche. Ce fut avec l'esprit confus que je quittai le bureau du directeur. L'opportunité qui m'était offerte méritait toute mon attention ; la coutume voulait qu'on ne postulât pas pour rejoindre le club très fermé – et très restreint – des exorcistes britanniques, on y entrait sous la recommandation d'un Albus Dumbledore ou autre personnalité du monde magique – des génies pour la plupart. Enfin l'Exorcisme était une branche de la sorcellerie entourée de mystères, et plus encore de clichés, une profession véritablement connus des seuls qui l'exerçaient.

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« JOYEUX ANNIVERSAIRE ! »

Prise par surprise, je bondis hors de mon lit, le regard hagard, ma chemise de nuit encore toute entortillée autour du corps. Magdalena, qui était penchée sur moi, avait reculé d'un pas pour éviter que je ne la percute. Dans son dos, Narcissa et Bellona échangèrent un regard las – apparemment Lena avait été la seule à voter pour un réveil énergique.

Sans prévenir, notre amie me tira par le bras, manquant de me faire trébucher sur ma malle.

« Les cadeaux ! Les cadeaux ! claironna-t-elle comme s'ils lui étaient destinés. »

Elle sortit le sien de dessous son lit et me le cala dans les bras avec le désir explicite que je l'ouvre en premier. Son petit sourire me fit appréhender le pire. J'ouvris posément l'emballage, prête à jeter au loin l'objet s'il s'avérait qu'il fût ensorcelé.

Je m'en voulus de ma méfiance quand je découvris de quoi il était question.

« C'est une robe de chez Nessos, me renseigna inutilement Magdalena.

– Elle est magnifique. »

Et elle l'était tant que la qualifier ainsi était presque un euphémisme.

« Je l'ai payée avec Circée, expliqua-t-elle sous mon regard songeur. »

Elle paraissait un peu embarrassée. Je devinai sans trop de mal que c'était ladite Circée qui avait financé la plus grande part du présent – les Sanders possédait une honorable fortune de part leur magasin sur le chemin de Traverse. Magdalena n'avait pas tant de moyens, même si sa mère faisait son possible pour lui accorder une petite quantité d'argent de poche chaque mois. Une somme qui le plus souvent se changeait en poudre d'asphodèle…

Je la remerciai chaleureusement.

Bell m'offrit une horloge magique en bois sombre. Un serpent s'enroulait paresseusement autour du cadran en dardant un regard oblique sur les occupantes de la chambrée.

« Le professeur Flitwick a lancé le sortilège de Passe-Temps, avoua-t-elle penaude. Mais j'ai fait le reste. »

Toujours aussi modeste, la petite Bellona. Le sort en question était d'une complexité extrême et peu de sorciers accomplis auraient été capables de l'exécuter à la perfection. Or une infime erreur se traduisait en général par des retards qui en s'accumulant allaient jusqu'à dérégler complètement l'affichage de l'heure. A ma connaissance jamais une sorcière de premier cycle n'avait atteint un niveau suffisant en magie pour parvenir à le lancer sans approximation.

« Elle est très jolie. Tu as dû travailler dessus longtemps. »

Elle rougit comme si ce fait était honteux mais ne chercha pas à nier.

Enfin vint Narcissa, avec ses livres précieux. Chaque année, à l'occasion de nos anniversaires respectifs, nous nous donnions l'une à l'autre un ou deux grimoires appartenant à notre famille. Ces échanges nous permettaient de découvrir des charmes pointus, des pratiques magiques oubliées dans des domaines qui nous intéressaient. C'était la solution que nous avions trouvé pour éviter le jeu malsain de l'escalade dans les prix, cette vanité camouflée qui caractérisaient nos mères respectives (« Regarde mon argent et ce qu'il me permet d'acquérir ! » disaient leurs yeux lorsqu'ils se croisaient).

Plus tard dans la journée, d'autres me souhaitèrent un bon anniversaire ; Severus, tout d'abord, mais seulement du bout des lèvres, puis McLinden – comment savait-elle ? – et Avery avec le regard surpris de celui qui vient d'apprendre la date, entre deux cours Marsyas Devos connu pour sa mémoire sans faille, suivi d'Edward River – hypocrite – et, à ma grande surprise, de Rémus Lupin.

« Betty m'en a parlé dans la matinée, reconnut-il.

– Oh… Betty… ? »

En réponse à mon air entendu, son visage s'était fermé et il avait acquiescé d'un sec et laconique : « Oui, Betty. » avant de s'en retourner Merlin sait où. Pour la première fois de ma vie, je voyais Lupin faire preuve de susceptibilité.

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Un autre moment, certes négligeable, avait ponctué ce premier février, ce fameux jour de mes dix-huit ans. Avant d'entrer en sortilèges, Lena avait glissé quelque chose dans ma poche.

« Celui-là, il est seulement de moi. »

Elle m'avait adressé un clin d'œil appuyé avant de me dépasser.

Alors que Flitwick répondait à une interrogation d'Evans, je tirai le présent de ma robe pour l'examiner.

Une photographie de Sirius Black me dédiait son plus beau sourire enjôleur – même sur papier, cet imbécile gardait son arrogance. Je levai sur Magdalena un regard noir. Ses paupières papillonnèrent innocemment et son sourire moqueur me suivit toute l'après-midi.

x

Une semaine plus tard, je fêtai mon troisième mois sans Magie Noire. Bien entendu, à l'exception de moi-même personne ne mesura l'importance de cette date. Magdalena avait oublié cet anniversaire-là et Black ne prit pas la peine de venir me féliciter. Sûrement n'y pensa-t-il même pas, trop occupé à roucouler avec sa Serdaigle insignifiante.

Je me moquais bien qu'il aime ou non cette fille, mais à l'idée qu'ils partageaient peut-être ce genre d'instants intimes le soir de ce troisième mois, une rage folle me serra la gorge. Il aurait dû aller à ma rencontre, il aurait dû dire quelque chose d'encourageant, et au lieu de ça il s'ébattait probablement sous quelque drap bleu et bronze, l'esprit tourné intégralement vers sa futile concupiscence.

Et moi j'étais toute seule dans un couloir quelconque, frigorifiée, à attendre…

A attendre quoi exactement ? Je n'aurais su le dire.

Du moins je tâchai de m'en persuader.

Black avait toujours su me trouver, comme s'il avait été doté à la naissance d'un sixième sens lui permettant de me dénicher quelque soit ma cachette dans Poudlard. J'avais imaginé, un peu bêtement, qu'il l'utiliserait pour me rejoindre. Il aurait prononcé une phrase ou deux et, puisque tel était apparemment son unique objectif, il m'aurait quittée pour aller satisfaire ses appétits libidineux avec June Vauvert. Je ne demandais pas plus.

Juste une minute d'attention.

Et il faisait froid, et j'étais seule, et il était sans doute auprès de sa maudite Serdaigle…

« Andersen ? »

Mon cœur bondit dans ma poitrine. Puis la silhouette se découpa plus nettement, s'engageant dans un trapèze lumineux que formait l'éclairage lunaire sur le sol du couloir. Je reconnus Lupin.

« C'est toi, constatai-je avec un rien de dépit. »

On pouvait difficilement faire plus stupide comme remarque.

« Tu t'attendais à quelqu'un d'autre ? »

Ce qu'il pouvait m'agacer avec son sourire perspicace !

« Non. Je n'attendais pas.

– Tu es là depuis trois quarts d'heure, rétorqua-t-il sans se départir de son amabilité irritante.

– Comment tu le sais ?

– Je le sais, c'est tout. »

Il se glissa contre le mur, face à moi.

« Sirius comptait sortir quand June est arrivée.

– Et alors ?

– Alors je me suis dit que ça t'intéresserait peut-être.

– Je ne vois pas pourquoi. »

Il paraissait s'amuser véritablement de ma défiance à son égard.

« Ça fait plus d'un mois qu'il est avec June, me fit-il remarquer en me jetant un regard en biais. En général il ne dépasse pas les deux semaines. »

Une colère fugace me serra le ventre.

« Je te l'ai déjà dit, Lupin : je me moque de ses histoires de cœur.

– Oui tu me l'as déjà dit, acquiesça-t-il. »

Ma fureur se raviva.

« Tu sais que tu es insupportable ? explosai-je. Toujours à parler à demi-mots et à faire des insinuations puériles et extravagantes ! C'est comme si tu pesais tes paroles pour injecter le plus de sous-entendus possibles à l'intérieur !

– Je t'ai vexée, constata-t-il.

– Non ! »

Je grognai devant son regard suspicieux et moqueur : « Bon. Peut-être un peu.

– Ça veut dire que je ne perds pas la main, se réjouit-il à ma grande incrédulité. » Il baissa les yeux quand il réalisa qu'il venait de se reconnaître une part de perfidie. « Je m'entraîne sur James, habituellement, s'excusa-t-il. Il prend la mouche pour pas grand-chose… surtout quand ça concerne Lily.

– Il a bien failli assassiner Severus. »

Je grimaçai vaguement.

« Vous n'êtes plus amis ?

– Non. Divergence d'opinion. »

La sécheresse de mon ton lui indiqua le peu de désir que j'éprouvais à poursuivre la conversation dans cette direction.

« C'est vrai que tu… fréquentes Avery ?

– Je croyais que cette rumeur ne courrait plus ! »

Ma mine dépitée le renseigna sur la fausseté de cette information.

« Je la tiens de la bouche de Sirius. »

On y revient ! soupirai-je intérieurement.

« Un malentendu. »

Je secouai la main dans le vide, comme pour écarter la question.

« Il y a décidemment beaucoup de malentendus autour de toi.

– C'est le contrecoup des mensonges… et les mensonges font parti du bagage de tout bon Serpentard. »

Il revint sur le sujet précédent :

« Tu veux savoir ce que pense Sirius de ta supposée relation avec Avery ?

– Ça a l'air de m'intéresser ? grommelai-je.

– Si j'étais n'importe qui, je dirais non. Mais de part… ma condition… je sais des choses. Et ça t'intéresse indubitablement. Je le sais. Je le sens.

– Un jour ça causera ta perte, prophétisai-je. Les gens n'aiment pas qu'on remue leurs sensations comme tu le fais.

– "Sensations" ? C'est un terme intéressant. D'autres emploieraient "sentiments" à la place. »

Je tiquai. Je dus faire un pas en arrière, à la manière d'un hippogriffe faisant face à un feu de forêt, car je me retrouvai brusquement acculée contre le mur.

« Ne mélange pas tout, Lupin. »

Il me scrutait avec bienveillance et curiosité. Son timbre doux retentit soudain, comme une sentence, un verdict :

« Par moment, tu lui ressembles tellement que c'en est troublant. Vous avez un don effarant pour refuser de regarder les choses en face. Toujours à tourner autour du pot quand quelque chose vous effraye… »

Sans prévenir, il commença à s'éloigner.

Répondant à ce qui devait être un instinct primitif, je le rattrapai, agrippai son poignet étonnamment frêle.

« Qu'est-ce qu'il en pense alors, de ma supposée relation avec Avery ? »

Il se fendit d'un très large sourire.

« Pourquoi tu ne lui demandes pas toi-même, Andersen ? »

Et il m'abandonna, mortifiée, au milieu du couloir. Ses épaules tressautèrent silencieusement au souvenir de mon regard indigné, jusqu'à ce qu'il disparaisse au tournant. J'avais été bernée. Par un Gryffondor qui plus est. Il avait voulu me faire avouer l'intérêt suspect que j'accordais aux aventures de son ami… et j'avais fini par lui donner raison.


Promis, ça avançera davantage au prochain chapitre ;) (déjà entamé)