Posté le : 27 Mars 2013. Une revenante !
Note : Ce chapitre est un peu particulier vu qu'il marque un autre changement dans l'intrigue. Je ne vous en dis pas plus et j'espère que vous apprécierez toujours autant mes efforts scénaristiques. Encore merci aux nouveaux lecteurs qui rejoignent progressivement l'aventure. J'aimerai pouvoir écrire davantage pour cette histoire mais je n'en n'ai pas le temps avec les partiels qui approchent. Néanmoins, les idées s'agencent. Le pourquoi du comment cette longue absence ? Vu l'intrigue très ressérée et les personnages qui s'agencent, j'ai dû faire un choix et je suis plutôt satisfaite de celui-ci. C'était vraiment la décision qui m'a pris du temps : je l'ai tourné, retourné, et re-retourné dans ma tête. Bon, maintenant je suis fixée et prête à vous la faire partager. J'espère que vous ne trouverez pas la fin de ce chapitre trop abrupte. D. Would.
Gaslight
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Chapitre 21 : « La croisée des chemins »
Harry tenait le visage de Draco entre ses mains et ne semblait vouloir le lâcher sous aucun prétexte. Le contact de ses lèvres, de sa peau et de son corps lui avait cruellement manqué. Harry comprenait pleinement ce qu'il voulait dire par « Le besoin de se sentir complet ».
Avec son âme qui se baladait on-ne-sait-où dans les parages, l'absence pouvait s'avérer cruelle. Parfois, Harry regrettait que Draco parte de chez lui et ne reste pas plus longtemps à ses côtés. Il saisit sa main et l'attira en dehors du petit salon. Le couloir était sombre, quelques chandelles aux lueurs vacillantes guidant leurs pas.
Sans même s'en rendre compte, Draco s'était cramponné à la nuque de Harry. L'embrasser lui avait incroyablement manqué. Toucher sa peau, ses cheveux, son sexe. Tout. Draco était tellement pris dans le feu de l'action, qu'il fut à peine surpris par le changement de décoration spectaculaire qu'avait subi le 12 Square Grimmaurd. Ses doigts se glissèrent sous son pull et Draco le déshabilla progressivement comblé par l'intensité de leur étreinte...
– Tu sais, prononça Draco la tête posée contre son épaule nue, quand j'étais Mangemort je ne me suis jamais autant détesté. C'est comme si... comme si pendant deux années de ma vie on m'a mis la tête sous l'eau pour m'empêcher de réfléchir. Et quand j'ai pu reprendre ma respiration, c'était trop tard. J'étais allé trop loin. Le pire dans tout ça, c'est d'avoir été déclaré innocent. Parce que je suis tout sauf innocent.
– Alors pourquoi avoir plaidé non-coupable devant le Magenmagot ?
– Mes parents ne supportaient pas l'idée d'enfermement. Pourtant on a été enfermé pratiquement une année entière à cause de ce monstre. Il nous tenait en laisse, tu vois. Mon père était... lobotomisé et soumis à sa volonté. Je l'admirais tellement mon père. Enfin, jusqu'à ce moment-là.
– Je pensais que c'était une fierté pour toi de faire partie de ce groupe, déclara Harry en caressant sa marque sur son avant-bras. En tout cas, tu avais l'air très content de toi en sixième année.
Draco eu un petit rire navré.
– Je n'étais qu'un gamin, Harry. Qu'un putain de gamin. Mais on est un peu pareil tous les deux : on ne nous a pas laissé choisir. Le monde l'a fait pour nous. Je me déteste pour m'être laissé mené par le bout du nez. Ça ne me ressemble pas. Ce n'est pas le vrai moi.
– Moi... Je ne sais même plus qui je suis vraiment. Je veux dire... Le vrai Harry n'est pas celui piégé dans une prophétie. C'est quelqu'un d'autre et... je ne veux pas faire machine arrière alors que je suis sur le point de le découvrir. Ce serait dommage de crever avant.
– Crever ? Qui a parlé de crever ?
– Draco, j'ai le Ministère de la Magie sur le dos. J'ai le Premier ministre moldu qui veut aussi ma peau. J'ai Ron qui trouve que je suis louche et pour couronner le tout, mon âme est coincée dans le corps d'un ex-mangemort qui trouve ça cool de coucher avec moi pour l'amour de l'humanité. Je m'étonne que je n'ai pas explosé plus tôt.
– J'ai toujours été altruiste, tu sais bien. Surtout lorsqu'il s'agit de sexe.
Harry éclata de rire et passa un bras autour de ses épaules.
– Tu sais, je pense que... que je ne vais pas m'en sortir. Qu'un jour ou l'autre on va découvrir que c'est moi qui aie fait toutes ces saloperies. Je ne veux pas d'un autre scandale médiatique : « Le Survivant, tueur d'aurors d'élite ». Ca s'annonce fameux. Du coup, j'ai deux alternatives : me rendre ou fuir.
– La première option est bien trop gryffondorienne. Tout ça c'est derrière nous, plaisanta à moitié Draco. Si tu vas derrière les barreaux, tu me condamnes à crever et ça c'est hors de question. Je ne veux pas mourir à cause de ton machin qui se trimballe dans mon ventre ou ailleurs.
– Mon truc ? Si je n'avais pas accès à tes pensées, j'aurais suggéré que tu parles d'autres choses que de mon âme, rigola Harry.
– Très spirituel.
Draco leva les yeux au ciel (ou plutôt au plafond horriblement crasseux) et soupira.
– Tu sais, j'ai demandé à Blaise de s'occuper de Queen.
– S'occuper... Tu veux dire... Liquider ?
– Ouais, exactement. Ce salopard a quand même fait entrer des moldus armés dans la maison de mes ancêtres et a saccagé la déco (Il passa outre le décès d'Hermione et de dizaines d'autres d'invités). À cause de lui, ça prendre un sacré paquet de temps avant que tout rentre dans l'ordre.
– Comment Zabini compte si prendre ?
– C'est un sorcier doué. Il trouvera forcément une solution.
Harry le regarda s'enrouler dans la couverture et marmonner un rapide « Bonne nuit » avant d'agiter sa baguette magique pour que les lumières s'éteignent enfin.
En effet, Blaise avait trouvé une solution. Le lendemain matin, Hedwige – qui reprenait doucement ses marques au Square Grimmaurd – était revenue avec un numéro de la Gazette du Sorcier. Elle roucoula un moment lorsque Harry lui offrit du Miamhibou et vint alors se percher sur l'ancien fauteuil préféré de Sirius en se grattant le dessous de l'aile avec son bec.
Le Survivant faillit avaler un morceau de toast de travers lorsqu'en page 3, sur la colonne habituelle réservée aux faits divers, ses yeux tombèrent sur l'épitaphe de Gabriel Queen – avocat émérite de la communauté sorcière et dirigeant du cabinet de Liverpool.
Harry lut rapidement : « Ce matin aux alentours de cinq heures, la secrétaire de Gabriel Queen découvrit son supérieur figé sur sa chaise, et le teint livide. Aucune trace d'effraction ou de magie n'a été détectée. Il semblerait que le criminel ait agit depuis l'intérieur du bâtiment et aurait disparu peu de temps plus tard. Les systèmes de sécurité n'ont pas été déclenchés et prêteraient à deux hypothèses sur lesquelles travaille activement la brigade de police : il s'agit soit d'un odieux assassinat, soit d'une crise cardiaque. En effet, on aurait trouvé dans son sang une dose incroyable de Zangrief – cellule souche de la magie primaire. Ainsi, l'inspecteur Robertson pense que le jeune avocat dopait ses performances afin de suivre plusieurs dossiers à la fois. Nous n'en sachons pas plus pour le moment... »
Le journal se mit à bouger et un encart publicitaire pour les pastilles pour la gorge la remplaça. Draco s'assit tranquillement en face de lui et beurra ses toasts tout en fredonnant l'hymne de Poudlard.
Harry – en temps normal – aurait trouvé ça horrible que Queen meurt aussi brutalement, mais une partie de lui pouvait d'un moment à l'autre faire un véritable saut périlleux. Queen était mort. Hermione était vengée. Les choses rentraient ainsi dans l'ordre. Sans doute que le Premier ministre moldu le suspecterait... mais peu importe. Ils en étaient désormais débarrassés.
– Tu me passes le café, s'il te plaît ? demanda Harry avec nonchalance.
– Quelles sont les nouvelles d'aujourd'hui ?
– Un peu de pluie dans le Sussex.
Draco ne s'en formalisa pas et attrapa le journal avant d'arborer un petit sourire en coin. Il le reposa quelques minutes après et semblait d'excellente humeur.
– Comment Queen et toi, vous...
– On en est arrivé à coucher ensemble ? Un peu comme toi et moi : fâcheux concours de circonstances. J'ai tendance à tomber que sur des détraqués mentaux.
Il ignora le regard parfaitement hostile de Kreatteur et poursuivit :
– Queen a travaillé pour le père de Théodore quelques mois. Ses facultés intellectuelles hors du commun nous ont permis d'établir une stratégie de pointe contre les défenses du Ministère de la Magie. Je... Je ne pourrai pas te dire pourquoi je l'ai choisi lui, pourquoi ça a duré aussi longtemps malgré nos différences... Mais je ressentais le besoin d'être avec lui pour me débarrasser de toute la culpabilité qui pesait sur mes épaules. Puis j'ai réalisé que Queen n'est qu'une fausse victime : il s'est servi de sa haine pour recréer le monde dont il avait envie. Et au fond, il ne vaut sans doute pas mieux que Voldemort.
Quelque chose ébranla brièvement Harry : certainnement le ton placide avec lequel Draco avait fait ces quelques déclarations, ou peut-être le fait qu'il avait poursuivit le même objectif que Queen durant ces derniers mois. La vengeance.
Se venger à tout prix de la magie parce qu'un groupe isolé seulement nous avait fait du mal. Est-ce une bonne finalité que de choisir d'écraser les autres pour son simple profit personnel ? Plus il essayait d'être différent de Voldemort, plus il lui ressemblait. Par exemple, tous les deux n'avaient plus d'âmes.
– Le cadavre de Queen est encore frais, finit par prononcer Draco le sortant de ses réflexions. Théodore connaît un très bon Langue de Plomb prêt à nous aider dans la soirée... pour le transfert d'âme, juste après l'autopsie. Ni vu ni connu. Tu n'es pas obligé de venir, mais je voulais que tu saches que j'allais me débarrasser de ton truc.
Derrière le ton apparemment froid de Draco se cachait une certaine fragilité. Alors Harry voulut brusquement changer de sujet :
– Et tes parents ? Ils ont finalement décidé d'accepter Hypérion vu qu'il a des pouvoirs ?
– Potter ou l'art et la manière, persifla Draco en soufflant sur sa tasse de thé brûlant. Pour eux, il reste un Cracmol. La technologie moldue ne pourra rien y changer. J'ai réfléchi, tu vois. Et je comprends que ça... ce qu'il a dans le sang, c'est une putain d'erreur de la nature. Il n'est pas fait pour être sorcier. Non pas qu'il n'a pas les capacités de gérer ses nouveaux dons... Mais, sa vie d'avant lui manque. À cause des conneries qu'il y a tout autour de nous, on empêche des gens de vivre tranquillement. De vivre comme ils avaient décidé de le faire bien longtemps auparavant. Honnêtement, je ne pense pas que Hypérion soit heureux de sa nouvelle condition et d'avoir retrouvé sa « famille ».
Draco fit le geste des guillemets avec ses doigts et prononça ce dernier mot avec tout le cynisme du monde. Harry se demandait comment il gérait le fait de découvrir que ses parents s'étaient cruellement débarrassé de leur aîné sur le simple prétexte que ce dernier était Cracmol. Est-ce que ce genre de pratique était courante chez les sorciers ?
La seule personne qui puisse lui répondre et avec un semblant honnêteté c'est sans aucun doute Mrs Weasley. Mais vu ses rapports conflictuels avec Ron et les divers grigris et alarmes entourant la maison, la seule absence de son âme ferait sauter la ribambelle de strutoscopes étalés dans l'entrée.
Harry se massa les tempes : l'idée qu'un Langue de Plomb le débarrasserait à tout jamais de son âme aurait dû le réjouir, mais elle ne laissait qu'une sensation désagréable de vide. Ce vide devenait un peu trop fréquent avec le temps. Par exemple, hier soir, il aurait dû ressentir quelque chose de similaire à sa première fois avec Draco.
Or, cette fois-ci, il se sentait presque anesthésié de ses caresses. Être un parfait mort-vivant devait sans doute avoir ses inconvénients... Et Harry ne s'était pas préparé à celui-ci. D'un mouvement de la baguette magique, la vaisselle se mit à trottiner gaiement et s'envola jusqu'à l'évier où elle se savonna et se rinça d'elle-même.
– Qu'est-ce que tu comptes faire quand tu seras libre ? Je veux dire... sans âme. Détraqueur, quoi.
Harry prit une grande inspiration et attendit que Kreatteur quitte la cuisine pour murmurer :
– J'irai... J'irai lancer un sortilège d'Imperium au Ministre moldu pour qu'il arrête ses conneries et ensuite... ensuite je mettrai en scène ma propre mort.
Draco ouvrit des yeux ronds.
– Tu comptes te faire passer pour mort ? répéta-t-il stupidement. Mais... Mais les gens vont griller au moins cent fusibles si tu disparais. Tu es devenu l'icône de toute une génération ! Tu es Harry Potter, merde !
– Tu ne diras rien, pas vrai ?
– Alors là, hors de question que tu m'embarques dans un nouveau merdier. Je te ferai dire que j'ai les Aurors sur le dos, la brigade de police sur le dos, le Magenmagot sur le dos, la sûreté du territoire sur le dos, l'association antiterrorisme sur le dos et...
– J'ai compris, chuchota Harry. Mais je pensais que c'était une bonne façon d'en finir. Là où j'irai, personne ne pourra me rattraper ou me dire que je suis telle personne. J'ai envie d'être Harry. Juste Harry.
– Harry... tu n'es vraiment pas heureux comme sorcier ?
– Je pensais que c'était les plus beaux moments de ma vie. Mais je me suis trompé. Je crois que le meilleur m'attend.
– Ah, et comment en profiter si tu es strictement incapable de ressentir les choses ? fit remarquer Draco.
Il se leva brusquement et avant de quitter la cuisine, il s'exclama :
– Tu aurais pu avoir au moins la gentillesse de simuler pendant que je me donnais du mal pour te faire plaisir !
Il monta furieusement les escaliers et Harry soupira en tentant de fermer son esprit. Il n'était pas question de jeter de l'huile sur le feu en lui laissant libre-accès à ses pensées.
Harry fumait tranquillement sa cigarette sur un des bancs du Square Grimmaurd lorsque Draco apparut sur le trottoir d'en face, emmitouflé dans un blouson. Il s'approcha et s'assit à ses côtés.
– Je suis allé dire au revoir à Hypérion, prononça-t-il.
– Au revoir ?
– Je crois que t'as raison, Harry. Le meilleur... il est devant nous. En rencontrant mon... frère... je me suis aperçu qu'il avait été bien heureux sans magie, que moi avec. C'est peut-être dingue et complètement risqué mais j'ai envie d'essayer. Je veux disparaître sans laisser de trace et refaire ma vie ailleurs.
Harry exhala un nouveau nuage de fumée, incrédule des mots que venait de prononcer Draco. Sur toute la planète, c'était – pour lui – la personne la plus satisfaite de la personne qu'il était. Après tout, il était un Sang Pur, bénéficiait d'une immense fortune et d'un luxueux Manoir... Quelle genre de personne serait prête à faire une croix dessus ?
– J'ai vraiment bien réfléchi, tu sais, depuis hier. Je pense que c'est faisable si on prévoit tout correctement. Je n'ai rien dit à Blaise, Théodore et Pansy mais je crois qu'ils comprendront que ce n'était pas qu'un accident...
– De quoi ?
Dracou soupira et ouvrit un plan du Chemin de Traverse :
– Ici, on sortira du Chaudron Baveur en se disputant très fort. Et... Et je te provoquerai en duel. Si on consomme un peu d'Astra, on pourrait avoir assez de pouvoirs pour que cela soit spectaculaire.
– L'Astra ?
– La drogue que Théo et moi on a découverte. Ça catalyse les facultés magiques et décuple la force par dix environ... Enfin bref. On s'affronte et à la fin, on... on en finit par un sort de disparition et ça raye toute cette zone du quartier. J'ai vérifié tout à l'heure que ce n'était pas habité. Les gens diront qu'on était deux sorciers très puissants, que ça a mal tourné...
Harry trouvait le scénario de Draco étonnant similaire avec le « décès » de Peter Pettigrow et se demandait s'il s'en était largement inspiré.
– Après, continua-t-il, on pourra partir exactement où on en a envie, comme on a envie. On pourra toujours utiliser la magie, mais à petite dose. Il faudra juste qu'on prenne de nouvelles identités.
Que Draco dise à haute voix leur projet le rendait encore plus réel et terrifiant.
– Et pour mon âme ? On va toujours voir le Langue de Plomb ?
– Quelques jours après notre décès, on va voir O'Fustfill, on s'infiltre dans son bureau et on le tue. On place ton âme dans son cadavre, on repart, ils l'enterrent et on en reparle plus.
Harry écrasa sa cigarette et regarda le calme du square tout autour. C'est vrai que ça serait sympa une vie comme les autres. Pourtant, il ignorait ce qui pouvait bien motiver Draco à faire un choix similaire au sien...
– Alors comme ça, tu n'as pas libéré Kreatteur, dit Draco en déposant sa pinte de Bièreaubeurre.
– Tu admettras que ça ferait suspect juste quelques heures avant ma mort.
Leur petite conversation mentale s'éternisait depuis de longues minutes et Harry et Draco se jetaient de fréquents coups d'oeil. Tout était prêt pour leur prochaine vie, mais aucun des deux n'avait jusqu'ici le courage de faire le premier pas. Brusquement, Harry bondit sur sa chaise et vociféra :
– Eh, toi, sale connard ! Regarde pas dans ma direction !
– Me parle pas comme ça, espèce de sale Sang-Mêlé, cria Draco en dégainant sa baguette.
Il l'agita et Harry se retrouva propulser hors du Chaudron Baveur, sur les fesses.
– Merde... T'aurais pu trouver un sort moins douloureux.
– Et que ça soit moins crédible ? Ah, ça, non jamais Potter.
– RÉPÈTE UN PEU POUR VOIR ! hurla Harry en commençant à lui lancer de nombreux sorts d'attaque.
Des étincelles de lumière jaillirent de sa baguette et Draco évita ses sortilèges avec aisance et expérience des combats. Le fait de s'être injecté de l'Astra augmentait considérablement ses réflexes et la puissance de ses coups, les rendant à proprement parlé spectaculaires. Ce qui était grisant, c'était cette énergie, ce flux qui glissait entre leurs baguettes : Ollivander avait raison. Il y avait un lien incontestable entre ces deux-là. Un lien unique.
– Prépare-toi à mourir.
Et alors, un éclair aveuglant l'éblouit suivit de peu par une détonation assourdissante. Harry eut tout juste le temps de sentir la paume tiède de Draco se refermer sur la sienne et la sensation désagréable du transplanage. Puis plus rien. Plus rien – non rien – ne le retiendrait auprès de la communauté magique.
D'ici quelques minutes, les habitants du Chemin de Traverse et tous ses amis découvriraient catastrophés que Draco Malfoy l'avait soit disant tué. Pendant ce temps, lui, il pourrait enfin vivre comme il l'avait toujours entendu : libre de toutes responsabilités.
L'odeur de la mer emplit les poumons de Harry qui se redressa et éclata de rire en voyant l'onde s'agiter quelques mètres en contrebas.
– On l'a fait ! s'écria-t-il.
– Pas si vite. Viens par-là on doit changer nos identités.
Draco avait étudié lors de sa formation de Mangemort les procédés pour changer d'apparence et était devenu un des experts. Harry se souvient d'ailleurs encore de la fois où il avait modifié ses traits et sa carrure pour qu'il devienne son « cousin Otto » lors de sa première soirée au Gaslight.
Draco suivait scrupuleusement ses indications et Harry grandit d'au moins cinq centimètres, devint châtain et ses yeux virèrent à un bleu terne, presque impersonnel. Draco regrettait ce choix de soudaine banalité, mais il valait mieux ne pas avoir un physique hors du commun pour ne pas attirer l'attention sur soi. Et puis, il se fera sans doute à l'idée de devoir embrasser le type en face de lui et non Harry.
Il balaya cette pensée de son esprit et se concentra sur sa propre apparence : Draco préféra de loin rester blond, mais d'une couleur un peu plus ordinaire que celle d'avant. Ses yeux virèrent aux marrons et son nez était désormais légèrement retroussé.
– Bonjour, je m'appelle... Mmh, j'en ai aucune idée pour l'instant. Ça fait juste trop bizarre.
– Ouais, c'est sûr.
Il sortit de son petit sac en peau de moke que Hagrid lui avait offert des vêtements rétrécis et ils se déshabillèrent malgré le froid et la pluie glacée qui commençait à tomber.
– Je nous ai fabriqué des faux papiers, éluda Draco. Dès que tu auras choisi ton nom, il s'inscrira sur tous les dossiers du gouvernement moldu.
– Comment est-ce que...
– Un avantage d'avoir pleinement assumé sa carrière de Directeur du Département de Reconstruction. Et puis, Hypérion m'a expliqué brièvement comment ils faisaient avec les Cracmols pour les insérer. Je m'en suis inspiré.
Une fois complètement vêtus de jeans et de leur sweat-shirt, Harry et Draco restèrent un long moment silencieux : ils étaient désormais d'autres personnes complètement ordinaires, sans attaches. Rien ne pourra les faire revenir à la triste réalité de leur existence.
Harry ne pouvait pas bien savoir si Draco avait pris cette décision pour lui, ou parce qu'il en avait marre de la tournure que prenait son existence, mais maintenant qu'il était là, ça lui faisait du bien de ne plus se savoir seul face à cette nouvelle aventure. Désormais, le monde était à eux.
– Que fait-on maintenant ?
– On peut commencer par descendre cette colline, répondit Harry en lui prenant la main.
