Voilà le chapitre 21. Peut-être que ce sera légèrement plus long pour le 22 car j'étais en 'congé' cette semaine et que j'ai trois examens dans la semaine qui suit… Ha ! Voilà !
On voit dans ce chapitre je crois une nette coupure entre moi y'a deux ans et moi maintenant. Dans les chapitres précédents on peut voir une belle petite morale du genre : oh la drogue c'est mal. Et dans celui là, ben pouf la morale.
J'avais un oublié un personnage dans le reminder de la semaine passée :
Hannah : 18 ans. Irlandaise. Partenaire de Marguerite dans ses missions.
Chapitre 21
CHRISTINE
Think
of me
think of me fondly,
when we've said goodbye.
Remember
me
once in a while -
please promise me
you'll try.
We
never said
our love
was evergreen,
or as unchanging
as
the sea -
but if
you can still
remember
stop and think
of
me . . .
Think of me (Christine/Emmy Rossum)- Phantom of the opera
Shanghai était une ville étouffante, une marée vivante en constante mobilité et il fallait savoir exactement où s'en aller pour ne pas être piétiné. Heureusement, Marguerite comprenait tout et Hannah ne connaissait pas la peur. Marguerite les dirigeait dans la grande capitale surpeuplée, emplie d'odeurs sucrées, fades, fortes, douces, pimentées et putrides. Après un très long voyage, elles étaient ankylosées et épuisées. Mais elles avaient une destination où se rendre.
Finalement, Marguerite atteignit une petite rue plus tranquille et passa dans une ruelle, où elles eurent enfin un moment de solitude. Toutes deux poussèrent un soupir et Marguerite leva les yeux.
- C'est là.
Il y avait une porte noire au bout d'un escalier, humide, en métal froid. Elles montèrent doucement et Marguerite cogna à la porte. Un homme ouvrit une petite capsule pour observer les visiteurs, sourit et les laissa entrer.
Marguerite et Hannah se retrouvèrent dans un appartement à l'occidentale plutôt luxueux, malgré l'extérieur défraîchi.
- Bonjour, dit l'homme dans un anglais bien maîtrisé, je suis l'agent Barnes. Votre allié du KGB.
Marguerite fronça les sourcils et échangea un regard avec Hannah.
- Je sais que vous êtes de la CIA, expliqua-t-il. Mais votre contact de la CIA n'est plus en état de vous répondre aujourd'hui. C'est moi qui ait été chargé de votre surveillance et de votre introduction.
- Et si nous décidions de ne pas vous faire confiance ?
- Bonne chance. Je suis le plus expérimenté ici. Et je reçois fréquemment des agents de toutes sortes d'organisations, même si je suis affilié à la Grande-Bretagne. Ce n'est pas pour rien que votre organisation vous a donné ce lieu comme point de repère.
Perdues à l'autre de bout du monde, Marguerite et Hannah n'avaient pas beaucoup de possibilités.
- Alors ?
- Nous recherchons le clan Xan.
- Je sais. Mais je dois vous avertir. Ce sont les plus dangereux de la région. Et en aucun cas vous ne devez les ramener ici, c'est le seul endroit sécuritaire de tout Shanghai. Est-ce clair ?
- Nous ne sommes pas idiotes.
- Vous devez vous assurer de ne jamais être suivies. Vous ne passerez pas inaperçues. Sinon, cela conduira à notre mort à tous. Est-ce bien clair ? répéta-t-il de façon autoritaire.
- Oui, d'accord, c'est clair.
C'était un petit bonhomme trapu à première vue inoffensif, mais les deux jeunes femmes virent à ce moment qu'il pourrait se transformer en requin si cela aurait été nécessaire.
- Bien, affirma-t-il. Vous ne commencerez pas aujourd'hui, malgré l'urgence. Vous êtes trop fatiguées, ce ne sera pas crédible. De plus, il vous faudra d'autres vêtements, des habits plus classes pour jouer votre rôle.
Adrienne débarqua dans sa petite ville natale avec un grand sourire et elle aperçu Taylor au loin et courut le rejoindre, sauta dans ses bras. Le jeune homme bien baraqué pris quelques secondes pour bien sentir le corps de son amie contre lui et d'humer un peu ses cheveux. Elle était belle. Elle avait changé. Depuis le secondaire, elle avait gagné en assurance et cela avait complètement changé l'image qu'elle projetait.
Adrienne resta les yeux fermé dans les bras de Taylor, se laissant bercer par de vieux souvenirs et de vieux sentiments, bien qu'entre elle et lui, une histoire leur avait toujours sembler impossible.
- Alors comme ça tu es célèbre.
Il se décollèrent un peu et se regardèrent dans les yeux.
- Ce n'est pas important.
- Eh madame! Vos bagages!
Le chauffeur de taxi lui déposa ses bagages, elle lui remit l'argent pour la course et un pourboire généreux et il souleva son chapeau pour la remercier et la saluer. Puis il partit. Elle venait de descendre devant son appartement et Taylor l'attendait. Elle ne savait pas comment il avait su qu'elle serait là à cette heure précise, mais cela ne la dérangeait, elle était juste heureuse de le revoir.
- Tu me racontes ton voyage ? dit-il en prenant ses valises.
Elle fut touchée, elle sourit, acquiesça et suivit Taylor dans son propre appartement.
- Voilà ! La dernière boîte !
Roxton venait de déposer la dernière boîte de déménagement de Danielle et Alan dans leur tout nouvel appartement. Il souriait, ce qui était un excellent signe pour Danielle. Il faut dire qu'avec eux, Roxton se sentait loin de tous les autres qui étaient restés en contact avec Marguerite et qui ne parlait que d'elle à longueur de journée. C'était lassant. Et cela l'enrageait. Il préférait donc se tenir avec Danielle qui pour rien au monde n'aurait abordé le sujet et avec qui il ne subissait pas d'analyse psychologique, avec qui il pouvait rire sans recevoir des regards tristes.
La pitié, il n'en avait que faire.
Elle n'était partie que depuis quatre jours, mais pour lui, elle l'avait quittée depuis une éternité. Il l'avait oublié, tentait-il se faire croire.
- Wow ! Merci beaucoup, lui dit Danielle en essuyant son front du revers de sa main.
Il sourit et s'accota sur le comptoir de la cuisine. Alan arriva avec trois bouteilles d'eau.
- Tiens, dit-il en lui lançant une bouteille.
- Merci bien, bonhomme.
Alan reprenait beaucoup de bien depuis les derniers mois. Il revenait sur la bonne voie et puis, étant jeune, il ne se rendait pas compte de ce qui aurait pu lui arriver. C'était mieux ainsi : quand on ne revenait pas dans le passé et qu'on ne se posait pas trop de questions.
Enfin, dans son cas à lui.
Danielle se tourna vers John et sembla hésiter un instant avant de se lancer.
- J'ai entendu dire entre les branches que tu cherchais un appartement. Tu veux partir de chez toi ?
- Qui t'as dit ça ?
- Ton frère.
- William ? Tu lui parles ?
- Sur Facebook parfois.
- Ah ouais, facebook, le choléra contemporain(1).
Danielle rie un peu à cette blague et secoua la tête.
- Peut-être, mais ça a quand même quelques petites utilités.
- Ah oui, du genre calculer votre pureté, classifier vos amis par ordre de préférence, faites un test de film ou devenez un vampire !
- Non, non… John, s'il y a quoi que ce soit, tu peux venir t'installer avec nous.
John stoppa ses plaisanteries et considéra Danielle et sa proposition.
- Tu es sérieuse ?
- Tout à fait.
- Eh bien…
Il se questionna une seconde puis secoua la tête.
- Je suis désolé, mais je doute que ce soit une bonne idée.
- On serait colocataires, pas plus.
- Même pour colocataires, Danielle, j'ai vraiment besoin de…
Il soupira, il n'avait aucunement le goût d'étendre ses sentiments et autres choses mais il sentait qu'il n'aurait pas le choix. Il fut donc bref :
- J'ai besoin d'être seul. Et je travaille beaucoup en ce moment, je n'aurai aucune difficulté financière.
- Les examens sont dans moins d'un mois. Il va falloir que tu ralentisses sur le boulot.
- Peut-être. Mais en ce moment, ça me fait du bien.
Danielle sentit que ce n'était pas le moment d'insister, mais qu'elle aurait bien d'autres moments de réitérer sa proposition car John passait très peu de temps avec ses amis habituels et beaucoup de temps avec elle. La flamme qui avait existé jadis entre eux, au secondaire, pourrait renaître sans problème, elle en était certaine.
Véronica pointa son visage dans l'ouverture de la porte. Certains élèves se tournèrent vers elle et elle ne broncha pas. Une élève particulièrement endormie entrouvrit un œil. Elle était étendue sur son bureau et elle se redressa vivement en voyant Véronica, mal-à-l'aise de se faire voir profondément ennuyée par le cours. C'était une classe de deuxième secondaire.
- Professeur, dit l'élève endormie, y'a Mme Layton qui vous regarde.
- Quoi ?
Il se tourna vers Véronica et sourit.
- Ah! Véronica. Bon, très bien, continuez le problème numéro deux, je reviens dans deux minutes.
Il se dirigea vers son ancienne élève en souriant et la salua généreusement, en lui faisant une courte étreinte.
- Bonjour, Véronica, ça va ? Qu'est-ce qui t'amène ?
- Bonjour. Oui, moi ça va. En fait… je ne sais pas trop ce qui m'amène. La nostalgie peut-être.
Challenger sourit.
- Quand on grandit, on finit par apprécier ce qui nous semblait si futile de la jeunesse, c'est vrai.
Véronica eut un sourire triste et approuva la déclaration. Elle avait passé les derniers jours à ruminer son passé, mais surtout sa dernière année du secondaire, là où sa vie avait pris un tournant décisif. La décision de sortir avec Malone. La rencontre avec Marguerite. Plus jeune, elle n'arrivait pas à saisir la chance que la vie lui avait donnée. Elle était née la petite cuillère dans la bouche. Et pendant ses années du secondaire, elle avait trouvé la vie longue et ennuyeuse. Et pourtant, maintenant, elle revenait dans son école secondaire, humant le parfum de la jeunesse qui lui avait fait un jour tourné la tête.
Aujourd'hui, elle était enceinte et elle avait son propre chez-elle. En quatre ans seulement, la vie s'était complètement transformée.
Et Roxton et Marguerite s'étaient détruits.
Challenger sembla lire dans ses pensées :
- Tu sais, vous êtes encore jeunes. Ne pense pas que ta jeunesse est terminée parce que tu sembles soudainement submergée par des problèmes d'adultes. Plus jeunes, nous sommes des boules d'énergie. Plus vieux, nous sommes des sphères de sagesse. Tu n'est pas encore sage, Véronica, je te rassures.
Véronica ri de bon cœur et dit :
- Je l'espère, Challenger, je l'espère.
- Tu penses qu'on devrait se pointer au match de Roxton ?
- Non, répondit Taylor. C'est le dernier match de basket de la saison universitaire et je te jure qu'il va perdre s'il nous voit.
- Pourquoi ?
- Parce qu'il est en pétard après Marguerite et après tout ceux qui sont proches d'elle.
- Parlant de pétard, passe-moi le donc…
Taylor passa le joint à Adrienne et s'avala une gorgée de vin.
- Tu crois que c'est mauvais de mélanger de la mari avec du vin ?
- Ben oui, répondit Adrienne en riant.
Taylor haussa les épaules et finit de boire son verre, le déposa ensuite à côté de lui. Assis sur le balcon adjacent à la chambre d'Adrienne, il profitait juste du moment avec son amie d'enfance. Ils avaient parlé un peu de Marguerite, un peu d'Adrienne, un peu de lui-même, s'étaient préparés à manger, comme dans le bon vieux temps et s'était ouvert une bouteille de vin… et rouler un joint.
Ils commençaient d'ailleurs à sentir doucement les effets combinés des deux drogues.
- J'ai jamais vu d'éléphant rose, moi, dit Adrienne.
- Ah. D'accord, moi non plus. Super pertinent.
- Quoi, une fille sur le plateau à Berlin est arrivée stone une fois et elle disait qu'elle avait vu un éléphant rose. C'est cliché non ?
- Moi j'ai conversé avec une patère convaincu que c'était mon père.
- Mhh.
- Ouais.
Il y eut un léger silence et tout deux furent pris d'un fou rire agréable et détendu.
Taylor ne voyait peut-être pas d'éléphants roses mais il pouvait fixer les cheveux d'Adrienne, ses longs cheveux roux ondulés, frais, parfumés… Il passa sa main sur la joue de son amie et glissa ses doigts entre ses cheveux fins et déposa un baiser sur ses lèvres. Elle cessa de rire. Plutôt détendue, elle n'osa pas réagir. Elle se laissa embrasser. C'était plutôt agréable. Taylor embrassait bien.
Il prit du recul un instant, la regarda dans les yeux. Elle sourit, parcourue d'un frisson de plaisir.
- Tu sais Taylor, murmura-t-elle, je vais repartir à Los Angeles.
- Je sais.
- Et… tu as une copine aussi. Tu lui as dit que tu étais ici ?
- Non.
- Tu lui as dit quoi ?
- Que j'étais chez mes parents pour le week-end.
Elle passa ses mains derrière le cou de son ami et retint un soupir. Elle ferma les yeux.
- C'est pas écrit dans le destin, nous deux. On est une histoire impossible.
- D'accord.
Elle se rapprocha de lui, se porta contre son corps. Leurs lèvres se frôlaient. Leurs corps tremblaient.
- J'ai envie de toi, dit-elle en un souffle.
Marguerite gémit dans son sommeil et se retourna. Elle finit par ouvrir difficilement les yeux. La chaleur l'étouffait. Et le soleil pénétrait doucement la pièce à travers les stores en bois. Un atroce mal de crâne l'accablait quand elle s'assit dans son lit.
Elle ne cessait de rêver à son pays natal, à ses amis. Elle rêvait souvent à Véronica en fait, elle rêvait qu'elle accouchait, sans que Marguerite soit présente. Et qu'elle était fâchée. Elle rêvait à Roxton qui se mariait avec Danielle. Ou à Roxton qui la traitait de traînée, de salope.
Elle n'aimait pas ses rêves. Cela l'éveillait avec un goût amer et une sensation de fièvre. Elle trouvait que la Chine sentait particulièrement mauvais, mais Barnes lui disait que c'était parce qu'elle était dépaysée et qu'elle s'habituerait. Les pièces étaient étroites, les draps piquants, les murs sales. Les gens se poussaient et ne réagissaient plus aux foules.
Marguerite avait passé de nombreuses années assise sur un chaise en bois d'école, frustrée de se sentir emprisonnée par le système. Parfois, assise en classe, elle regardait par la fenêtre et apercevait un oiseau. Elle avait alors une crise de jalousie intérieure. Mais qu'est-ce qu'elle foutait prise entre quatre murs résonnant alors que l'oiseau, lui pouvait faire ce qu'il désirait toute la journée ? Elle aurait voulu être un animal, vivre par ses propres lois, selon ses propres besoins. Pas s'emmurer jour après jour.
À quoi ça rimait de s'asseoir et d'écouter ? À quoi rimait le monde ? Elle avait soif de voyager, elle avait envie de bouger, d'expérimenter, d'acquérir toutes sortes de savoir sur le terrain. Elle voulait connaître oui, mais pas seulement par l'usage de son esprit. Elle avait un corps et cela ne pouvait que le détériorer que de le laisser sur une vieille chaise tous les jours.
Et puis, à la longue, même avec Roxton, elle avait finit par avoir des fourmis dans les jambes. Ce n'était pas une question d'amour, c'est qu'elle commençait à avoir peur du sérieux, de devoir s'assagir et de fonder une famille…
Au secours.
Tant de fois, elle avait rêver d'avoir une occasion comme elle vivait en ce moment. Et pourtant, elle sentait qu'elle ne serait toujours pas satisfaite.
(1) Facebook le choléra contemporain : cité de la Presse, samedi le 20 octobre 2007, dans une lettre ouverte…
