Merci à vous qui prenez la peine de me laisser un mot, ou plusieurs…

Léna – ah , l'étude AZ machin truc, on ne va pas trop tarder à voir ce qu'elle récèle, et chic, ce sera encore à Hogwarts …

Fenice – le rêve d'aveuglement… là, je dois dire que c'était avant tout pour mettre en scène une de mes phobies, réelle et récurrente (j'ai l'impression que je ne suis pas la seule) - Isolfe s'est juste faite instrumentalisée sur ce coup (je sais qu'elle me pardonne). Remus et l'aveuglement savant….effectivement je l'ai fait tourner autour de « sa » solution, mais d'une partie seulement – je ne serai donc que cruelle à moitié.

Quant aux fins lapidaires, j'ai souvent lu tes lecteurs protester contre les tiennes, qui les laissaient sur leur faim  …

Astorius – oui, ça pourrait être Snape (et peut-être y a –t-il véritablement cru, lui aussi…et il aurait même pu en être perversement jaloux). Merci de t'être souvenu du blé vert, je suis finalement assez agricole dans mes métaphores…

Louve solitaire – Isolfe qui ronge un os, je n'y aurais pas pensé, c'est rigolo…La scène de la fin de la troisième année ? euh … je ne vois plus trop – je revendique le statut de zappeuse.

Azkaban, Sirius et si je te disais que ta revue a fait que je m'y suis remise – un (grand) raccord à effectuer avant une prochaine ( ?) mise en ligne… mais, je ne suis pas très satisfaite de ce que je produis ; en fait, après une journée de boulot, l'inspiration, je ne sais plus trop où aller la chercher…c'est assez frustrant de constater combien l'écriture renâcle et refuse… Mais, Azkaban, tu vas voir qu'on en reparle aujourd'hui.

Fée Fléau – n'importe quel matériau, j'imagine que tu fais référence à l'étude… ce n'est pas simplement de la folie amoureuse (mais tu as raison, cela ne pourrait être que cela), l'étude rédigée par Lupin va faire progresser Dazurs : j'aime bien que les solutions se trouvent dans des mots écrits. Le boulot va toujours, j'ai terminé ma période d'essai et j'ai vu (en France) mon N+2, américaine, je me l'étais bien sûr imaginée avec une choucroute blonde sur la tête, et bien non, elle fait très irlandaise (suis tout de même d'avis qu'elle se fait un brushing chaque matin…). Et elle sait mettre les points sur les i…

Alixe – long chapitre isolfien aujourd'hui !

L'azur – la reine du silence

« Que dit la reine du silence ? …. L'écriture se présenta comme un moyen susceptible de sortir de l'impasse. Et de répondre, encore et toujours à la double injonction paternelle. …Le romancier n'est-il pas celui qui raconte des histoires en silence ? Celui qui parle en se taisant ? »

Marie Nimier, La reine du silence.

Ce titre est un clin d'œil, ironique, à Isolfe et ses silences et un hommage réel, et ému, à Marie Nimier et son roman, que je vous recommande.

Bonne lecture !

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Je me précipitai chez Albus, qui n'était pas dans son bureau, et m'enfournai dans sa cheminée, dont il m'avait laissé le libre usage.

A 11 heures 15, je montrais rapidement ma plaque d'identification au gardien en faction devant la cheminée du MK ; il me sourit tout en l'appliquant sur la plaque mère qui attesta de l'authenticité de la mienne en dévoilant les données qui y étaient cachées - l'aigle et le léopard, ainsi que mon nom et mon magigramme.

« J'étais sûr que ça marcherait, je vous avais reconnue ».

Un bon point pour lui, parce que sa tête ne me disait strictement rien, un grand barbu maigre, blond aux yeux très foncés, tenant sa tête curieusement penché en avant ? Non, vraiment, rien du tout.

« Va falloir jouer des coudes, y a du monde aujourd'hui… le ministre a convoqué toutes ses troupes, présentation des objectifs ou j'sais pas trop quoi … C'est la pause, en ce moment. C'est pour ça que vous venez, peut-être ? »

Effectivement, la hall était bruissant d'animation, agité de courants obstinés qui essayaient tous de forcer leur passage en direction du coin où Berlacaron devait parodier d'un air on ne peut plus satisfait. Et sans doute, en dessous, son inévitable pointe d'angoisse, comme une minuscule tâche dans toute cette satisfaction de soi.

Je le détrompai, et lui demandai si Ambroise Delaloy (1) assistait aussi à cette grand-messe. Obligeamment, il vérifia sur sa liste.

« Oui, il est invité, mais son nom est toujours en rouge… donc il n'est pas venu. M'étonne pas trop de lui, remarquez. »

Non, moi non plus, ça ne m'étonnait pas et en plus, l'agoraphobie d'Ambroise m'arrangeait fichtrement. Je jetai un nouveau coup d'œil dans le hall ; à une dizaine de mètres, j'entraperçus Paul, en train d'assommer Anne-Marie Hamelin, la nouvelle dircom des ses théories (Paul est un des rares humains qui réussissent à déblatérer plus de pipeau que n'importe qui de la grande tribu des communicants, tout en ayant cet avantage sur eux que, lui, ne se donne même pas la peine de faire semblant d'y croire…). Flûte, je ne voulais absolument pas me faire repérer… Le gardien me toucha l'épaule.

« Si ça vous embête de traverser, je peux vous débloquer la cheminée latérale…comme ça vous arriveriez direct chez Ambroise ».

Je lui envoyais mon meilleur sourire pour le remercier et il m'ouvrit un des conduits latéraux, qui étaient connectés à toutes les cheminées du bâtiment et étaient normalement réservés aux seuls hauts fonctionnaires. Ce fut même lui qui jeta la poudre à ma place : sans doute que les top class ne se livraient pas eux-mêmes à ce genre de déshonorantes manipulations.

Il était maintenant 11 heures 30, Dieu merci, Ambroise n'avait pas désactivé sa cheminée et était studieusement installé à son bureau, en train d'écrire sur papier officiel ce qui devait donc être un de ses habituels mémos. Je toussotai, il leva les yeux de ses travaux.

« Isolfe, quelle bonne surprise ! ».

Il se mit debout et contourna son bureau à ma rencontre ; nous nous serrâmes la main.

« Vous assistez à la présentation du ministre et vous avez profité de la pause pour venir me saluer ? »

Ses yeux étaient pleins d'une plaisante malice, je me sentis enfin un peu moins oppressée.

« Ou vous rappelez à l'ordre, Ambroise, j'ai cru comprendre que vous étiez convié vous aussi. »

Mes paroles se voulaient drôles, mais le timbre de ma voix était finalement toujours mat et anxieux. Ambroise me regarda plus attentivement, subitement en alerte.

« Oh, mais dites-moi, ça n'a pas l'air d'aller bien fort ? »

Je fis un vague geste pour le rassurer et allai droit au but :

« Ambroise, j'aurais besoin de consulter les études que vous m'aviez montrées l'année dernière, vous savez, celles du professeur Lupin, ses travaux sur les loups-garous. »

Je m'aperçus qu'il ne m'avait pas quittée des yeux ; j'eus, un bref instant, l'impression désagréable qu'il était en train d'évaluer mon degré de santé mentale. Pour lui donner des gages, je complétai

« Je ne peux malheureusement pas lui demander directement, il a démissionné… assez brusquement, je dois dire, personne ne s'y attendait, mais j'imagine qu'il avait ses raisons. »

Je m'effrayais de ma propre duplicité, de ce mélange de mensonges et de vérités que j'étais en train d'étaler devant lui. Mais je savais aussi que ces informations lui suffiraient pour trouver des explications qui satisferaient, non pas sa curiosité, mais son souci de rationalité, la nécessité où il était de rattacher les faits et les causes. Et peu m'importait le lien de causalité qu'il dénicherait entre la démission de Remus Lupin et la présence d'Isolfe Dazurs dans son bureau quelques mois après.

« Asseyez-vous, je vais vous chercher tout cela. Vous voulez les deux ouvrages ?

– Oui, les deux, à moins que vous n'en ayez reçu d'autres ?

– Non, malheureusement, rien de nouveau, le professeur Lupin est pourtant un contributeur de qualité…

- Vous savez que je lui avais passé votre message, pourtant…

- Ah, ah, c'est parfait ! Et comment avait-il réagi ?

– Je .. je ne sais plus, c'était… c'était il y a longtemps. »

Ambroise semblait profondément déçu par mon manque de mémoire et d'enthousiasme.

« En revanche, ce que je peux vous dire, c'est qu'il avait commencé, enfin, qu'il a entrepris une classification des créatures maléfiques, la dernière remontait au XIXième siècle et apparemment personne n'avait songé à lui donner un coup de jeune !

– Ah, mais voilà qui est intéressant ! Il …il vous en avait parlé alors ?

– Oui, un peu. Enfin, il ne m'avait rien montré véritablement. Je sais simplement qu'il avait retenu la taille comme critère de classification… il trouvait que c'était à la fois simple et discriminant.

– Gloire lui soit rendue, car j'ai souvent l'impression que la plupart des auteurs dans ce genre de matières éminemment magiques privilégient l'opacité…vous savez, ce sont souvent des tenants de l'hermétisme, la vieille magie pure et dure …plus c'est compliqué et plus leur expertise grandit. .. quelle médiocrité d'esprit… D'ailleurs, à ce propos …

- Ambroise, désolée de vous interrompre, mais je dois être de retour à Hogwarts en début d'après-midi…

- Oh, c'est moi qui suis désolé Isolfe. Je me dépêche, je me dépêche. »

Je le vis disparaître avec soulagement dans sa réserve personnelle. Je repensai à la classification de Remus, me demandant s'il y travaillait toujours, maintenant qu'il disposait de tout son temps. Enfin, d'une partie de son temps, puisque j'avais appris par Sacha et par Morgane qu'il avait donné des cours particuliers à Arthur Brenner, des séances théoriques et pratiques de préparation au concours d'admission à l'Académie des Aurors. Ils devaient être en attente des résultats, comme tous les professeurs d'Hogwarts d'ailleurs, n'est-ce pas le taux de réussite à ce concours qui, maintenant, venait étalonner la valeur des écoles ? Et si Hogwarts se classait enfin en tête cette année, le mérite en reviendrait à Remus seul… Dumbledore saurait-il faire valoir cela devant son équipe pédagogique (y compris Snape le salopard) et le conseil d'école ? En tout cas, moi, je l'attendais, sur ce point. Presque rageusement.

Remus, donc, je sais que tu as l'air d'aller à peu près bien – en surface. Me pardonneras-tu d'être restée silencieuse et de t'avoir laissé dans le doute ? Mais comme tu me l'as écrit, je ne m'autoriserai à revenir vers toi que lorsque j'aurai tout accompli.

La porte de la réserve s'ouvrit, je vis apparaître les mains d'Ambroise chargées de mon précieux fardeau, deux volumes, assez épais, tous deux reliés de cuir noir, et embossés de l'aigle et du léopard.

« Comment procédons-nous ? ce sont de gros volumes, et vous m'avez dit que vous deviez rentrer rapidement .. et je ne peux malheureusement pas vous les laisser.

– Vous m'autoriseriez à les dupliquer ?

– En principe, je dois avoir l'accord formel de mon supérieur hiérarchique …

- Paul, donc. J'avais presque crié d'énervement.

– Non, Henri, nous avons subi la nième réorganisation ; Paul a laissé tomber le knowledge…

il m'envoya un petit rire gêné, comme pour s'excuser de s'être laissé prendre au piège de cet anglicisme mis à la mode par Lebrant,

- et c'est Henri qui l'a récupéré, le service… et le vieux bonhomme que vous voyez devant vous. Et Henri est en vacances… Donc, je pense qu'il serait d'accord pour me laisser vous faciliter la vie… Et puis, vous êtes une ancienne collègue du professeur Lupin, personne ne pourrait rien trouver à redire au fait que ces documents soient en votre possession, j'imagine qu'il a bien dû en garder un exemplaire pour lui, et il pourrait vous l'avoir confié. Par contre, je vais vous laisser procéder vous-même…

- Vous ne voulez pas que ce soit une baguette officielle qui agisse ?

– Ma chère Isolfe, on ne peut rien vous cacher. »

Il eut un nouveau petit rire emprunté. Je me demandais s'il se confesserait auprès d' Henri de cette entorse au règlement… Je décidai de ne pas me montrer plus magique que le grand-mage en lui faisant remarquer que ma baguette était encore dûment répertoriée sur les listes du MK – d'ailleurs peut-être avait-il lui même décidé de ne pas penser à cette objection.

« Vous savez toujours désactiver un déléatur ?

– Etant donné les circonstances dans lesquelles j'ai appris à le faire, aucun danger que j'oublie, Ambroise. Vous savez que j'ai toujours froid dans le dos quand j'y repense, j'étais persuadée que Paul allait me virer séance tenante.

– Quelle idée, il ne l'aurait évidemment pas fait, même s'il avait tout intérêt à vous le laisser croire… De toute façon, c'est de la routine, niveau aleph, pas besoin de surprotection, notre cher ministre a laissé tomber ses humeurs paranoïaques…

- Ah, oui ? j'imagine depuis l'incarcération de Gargamolle ? Honor m'a dit qu'elle y retournait dans deux ou trois semaines. Il paraît qu'ils n'ont toujours trouvé personne pour reprendre le flambeau de l'ancien directeur ?

– Non, c'est toujours Van Schlass qui assure l'intérim, mais … hm contraint et forcé, dirons-nous. Il a en permanence deux baillis de justice sur le dos, un certain Ohnsetz, qui a la réputation d'être une sacrée teigne… il paraît qu'il commence à saturer. Et vous savez qu'il n'y a plus qu'une tabule à Azkaban… celle de Von Schlass… l'autre est autour du cou d'un grand-juge, à Londres donc. Ils n'ont pas voulu courir le risque de voir les protections de la forteresse à nouveau hm inopérationnelles. Donc, en cas d'urgence, ils seraient faits comme des rats. »

J'écoutais d'une oreille plutôt distraite, tout en désactivant les déléaturs. Puis, je commençai la duplication. Ambroise reprit :

« Vous avez choisi le mode lent ?

– Oui, pas envie de perdre une miette d'information. »

J'avais répondu sèchement, je gâchais mon temps avec tout ces bavardages auxquels je m'étais abandonnée… Mes pieds s'agitaient furieusement sous la table - je n'avais même pas encore jeté un coup d'œil sur les sommaires. Ceux-ci avaient–ils autant à me révéler que celui qui m'avait offert le fils du loup ?

Ambroise s'éloigna de la table de travail.

Vingt minutes plus tard, j'étais en possession des deux copies, je rendis les originaux à Ambroise, le remerciai en peu de mots, mais je pense qu'il comprit que j'étais infiniment sincère. Il m'accompagna jusqu'à sa cheminée de marbre gris délicatement ouvragé en m'assurant qu'à cette heure, le hall serait quasiment désert. Je lui lançai un dernier merci et me retrouvai dans la cheminée principale ; c'était toujours le grand blond qui était de garde, je lui tendis à nouveau ma plaque, il jeta un coup d'œil sur les documents que je tenais sous le bras .

« On dirait que vous n'êtes pas venue pour rien ? »

Je ne pus que lui sourire d'un air crispé – qu'en savais-je ? Allai-je vraiment découvrir une piste dans ces deux austères études ? Et puis, même si ce n'était pas le cas, allaient-elles me parler de Remus, y avait-il mis quelque chose de lui, de plus personnel, avait-il réussi à maintenir la distanciation nécessaire vis-à-vis de l'objet de son étude ? Ou au contraire le fait qu'il fût l'un deux avait-il bousculé et malmené la rigueur de la démarche scientifique ?

Je répondis simplement non au gardien, qui me rendit ma plaque sans rien ajouter.

Le bureau d'Albus était toujours désert, ce qui m'évita de perdre encore du temps dans les mondanités. Je me précipitai chez moi ;il me sembla apercevoir au loin Minerva en conversation avec quelqu'un d'autre, mais je fis comme si je ne les avais pas vus.

Il était presque une heure, je m'installai à mon bureau et décidai de commencer par L' étude sur la dissémination des loups-garous en Europe de l'est , dont le thème cadrait mieux avec l'objet de ma recherche, la dissémination devant logiquement renvoyer à la notion de zone d'action

Je parcourus rapidement le sommaire, dont le contenu me sembla révéler une volonté manifeste de cerner le sujet dans toutes ses dimensions ( et sans nul doute aussi le reflet d'une obsession intime) :

Données statistiques …

Dissémination et croyances muggles au XVI et XVII siècles – diables et garous…

Un exemple en chiffres – le cas d'Andreas Dromsky : 1750-1755 …

Impact des pleines lunes rouges et des éclipses de pleine lune.

Intéressant cela – les loups se transformaient-ils à nouveau durant le temps que durait l'éclipse ?

Table d'accroissement de la population lycanthrope dans les faubourgs de Buda …

Zlata Podnaïa – premiers essais de recensement…

La matière était riche, mais rien qui n'attirât vraiment mon intention, à part cette histoire d'éclipse de pleine lune. Je me rendis à la page 228, je parcourus les premières lignes, et j'appris que, dans cette circonstance exceptionnelle, les garous restaient loups mais tombaient dans une sorte de léthargie – on pouvait donc en conclure que personne n'avait jamais été mordu dans une telle configuration céleste. Remus avait-il jamais souhaité que ce phénomène se produisît chaque mois, laissant son loup paisiblement endormi ? En avait-il fait l'expérience lui –même ? Je consultai la table qui se trouvait à la fin du chapitre – il avait effectivement connu une pleine lune éclipsée, le 22 juillet 1972, il avait alors une douzaine d'années.

Je poursuivis :

Annexe 1 Méthode d'échantillonnage retenue

Annexe 2 La légende des Dromsky

Annexe 3 Dossiers consultés au Oesterreichisches Ministerium für Zauberkunst.

Mon cœur décrocha et se mit à battre comme un forcené en plein dans mon estomac. Je me revoyais il y a quelques semaines de cela, à Rome, précipitant mes yeux sur le chapitre 16. Et ensuite lisant la déposition de John Lupin. L'annexe 3 allait-elle me permettre de retrouver la trace, de renouer le fil entre le discours des femmes Iroise, Enez, Marghereta et l'écriture des hommes – Tommasso ? John et, maintenant, Remus ? Ou était-ce trop facile pour que cela pût être vrai ? Qu'est-ce qui m'autorisait à penser qu'Ysengrin, le loup noir aux tâches dorées, pût avoir agi en Autriche ? Bien sûr, il y avait cet indice que je croyais avoir décelé dans la remarque marginale portée par l'auror qui avait recueilli la déposition de John Lupin " Voir piste autrichienne avec non déchiffrable ? ", mais était-ce suffisamment pour m'autoriser à conclure que j'allais le retrouver dans ces pages ? M'attendant patiemment comme le grand méchant loup attend son petit chaperon rouge ? Ce grand méchant loup dont la gueule allait s'ouvrir sur quoi : de fallacieux espoirs ou de vrais indices ?

Je sentais que, à nouveau, je me rapprochais à toute la folle allure d'une course ventre à terre de cette zone sombre et enfiévrée que les deux loups faisaient surgir en moi, au fur et à mesure que je les traçais au plus près, où la raison humaine était violemment tentée par son animalité… où j'avais envie d'aller courir les bois en hurlant. Dans deux jours, nous en serions à la cinquième pleine lune depuis la fuite de Remus.

Je repoussai brusquement les feuillets reproduits, et me précipitai dans la salle de bains, vers le lavabo. J'ouvris en grand le robinet d'eau froide et mis ma tête sous le jet glacé, comme si je voulais chasser loin de moi une sale ivresse aussi sauvage qu'une meute de loups. Le froid percutait ma nuque sans ménagement, bientôt mes cheveux furent trempés et amenèrent l'eau sur mon visage en venant s'y coller. Je devais respirer à petits coups prudents sur le mince chemin d'air que l'eau n'avait pas encore envahi. Je respirais si peu pour moi-même que les deux loups devaient s'être maintenant étouffés. Je respirais encore plus faiblement ; plus rien ne bougeait dans ma tête. Je fermais le robinet, et eus juste le temps de me dégager et de me laisser glisser au sol. J'étais aussi vaincue qu'eux deux.

Lorsque je repris conscience, mes cheveux étaient presque secs et j'avais les genoux remontés contre la poitrine. Même encore fermés, mes yeux me faisaient mal en raison de la forte luminosité qui régnait dans la pièce. Je les gardai clos, observant des points noirs qui se déplaçaient erratiquement sur un fond rouge orangé ; je me mis à genoux, puis debout, en prenant appui sur le lavabo. Ensuite, je marchai à tâtons en direction de la fenêtre, et fermai les rideaux. Je recommençai l 'opération dans la chambre, elle aussi baignée de soleil. Quand tout fut obscur, je me risquai enfin à ouvrir les yeux, mais ce simple mouvement de paupières m'occasionna une vive douleur qui éveilla son écho dans le bas de mon ventre. Je m'aperçus alors que quelque chose avait coulé entre mes jambes, sans doute pendant que j'étais évanouie. Du sang, mes règles. En avance de quelques jours – un rythme travaillant à se couler dans un autre. Une préfiguration. Ce sang qui coulait tranquillement. Toute sauvagerie m'avait quitté. Je me changeai.

Je n'avais plus que quelques minutes pour rejoindre mes élèves, je pris à la volée mes affaires de cours, des cachets et l'étude de Remus – j'allai en commencer la lecture en cours, profitant de ce que mes étudiants de septième années travailleraient entre eux, en groupe « Création et gestion d'un négoce ». Leur présence tiendrait les loups à distance.

Lorsque j'entrai dans la salle de classe, ils étaient tous mollement affalés ; même leur posture était indécise, à mi-chemin entre tables et chaises, ils bavardaient et riaient de la façon la plus décontractée qui soit – apparemment, ils avaient déjà conclu que j'arriverai en retard ou même pas du tout. Et aucun d'eux n'avait pris la peine de sortir ses affaires.

Je claquai, trop légèrement, la porte derrière moi, ils sursautèrent à peine, mais consentirent tout de même à se remettre à peu près droit. Je laissai tomber ma sacoche sur mon bureau, délibérément.

« En train de digérer, je suppose. Encore du ragoût de mouton ? »

Ce fut Morgane Brenner, au premier rang, qui répondit. Morgane, qui ressemblait tellement à Arthur, sur laquelle je ne pouvais poser les yeux sans penser à lui, et à Remus. Je me radoucis instantanément. Elle me sourit, le même sourire que son frère, franc et encourageant.

« Non, professeur, ce midi c'était du kidney pie.

– Ah, bien sûr, si ce n'est pas l'un c'est l'autre. »

Avais-je voulu être drôle ? Ils se mirent tous à rigoler et à sortir leurs affaires. Morgane pourtant s'approcha, elle me tendait un feuillet qui avait dû glisser de mon bureau ? Je le saisis et pris conscience qu'il ne s'agissait que d'un papier blanc. Elle me sourit à nouveau.

« Professeur, ça va ?

– Pourquoi ? j'ai une tête si épouvantable ?

– Bien, pas épouvantable, mais … presque. »

Elle passa rapidement deux doigts sous ses yeux et envoya un petit coup de menton dans ma direction. Je fronçai les sourcils, elle me chuchota

« Vous avez des cernes… presque noirs. Pour couper court et la rassurer, je lui chuchotai à mon tour

– J'ai très mal dormi… je suis dans mes mauvais jours du mois. »

Elle rougit tout d'un coup, bafouilla « Excusez-moi », regagna sa place et évita soigneusement mon regard pendant les dix minutes que je consacrai à leur expliquer le déroulement du TD. Ensuite, ils me soumirent les groupes que je leur avais demandés de constituer, je procédai ex abrupto à une modification, destinée à assurer un niveau à peu près homogène entre les équipes et ils se lancèrent.

Je regagnai ma place et me plongeai dans l'annexe 3.

Elle comportait une cinquante de pages, et faisait état de séries de morsures qui , à chaque fois, étaient le fait d'un seul et même loup mordant. A chaque fois, Remus avait procédé à une brève analyse des données citées, dans un style très neutre et très clair.

La première série s'était déroulée de 1905 à 1907, à la frontière entre l'Autriche Hongrie et de l'Empire Ottoman. 16 victimes, côté austro-hongrois, avaient procédé à une déposition, mais il était fort probable que leur nombre réel devait être bien plus élevé, la procédure de déclaration obligatoire venait tout juste de se mettre en place (en 1904) et il est plus que vraisemblable que la plupart des mordus devaient en ignorer l'existence – d'ailleurs, fait révélateur de sa diffusion, les 16 déclarations avaient été effectuées par des sorciers habitant en milieu urbain « et pas au fond des bois ». C'est la seule touche d'ironie que Remus s'était permise…

Bien, cela était trop ancien pour m'intéresser et, de toute façon, le mordant était décrit, dans 12 dépositions sur 16, comme un loup massif, sans doute assez âgé, à fourrure claire et dont l'oreille droite était déchirée. Deux autres déclarations mentionnaient un animal foncé et rapide, les deux autres ne comportaient aucune description.

La deuxième série était plus récente, elle remontait à la deuxième guerre muggle. Neuf déclarations avaient été déposées, Remus faisait remarquer que le nombre peu élevé devait ici être plutôt mis sur le compte de la désorganisation des services criminels austro-magiques entraînée par les événements muggles (en 1943 les forces de l'Axe avaient commencé à enregistrer leurs premiers revers, les Forces Alliées débarquées en Italie commençaient à bombarder l'Autriche) que sur une méconnaissance persistante de l'obligation déclarative.

Je dus interrompre ma lecture pour répondre à quelques questions et arbitrer un différent entre Hannah et Steven. Je leur répondis de depuis mon bureau, ce qui, visiblement, les surprit. Seule Morgane m'envoya un nouveau petit sourire, pour m'indiquer qu'elle comprenait les raisons de mon immobilisme…

Et j'attaquai la troisième partie, la troisième série. Là, il n'y avait aucune reproduction des déclarations, comme dans les deux précédentes séries, et l'auteur ne livrait aucune explication concernant cette absence. L'annexe avait donc été rédigée par lui, sans doute sur la base des dossiers qu'il avait pu consulter mais pas dupliquer… telle était du moins la conclusion que j'en tirai de mon côté.

Le rayon d'action du mordant était très précisément circonscrit : une trentaine de kilomètres autour du village autrichien d'Althofen, situé sur les contreforts du Wolfsberg, au cours des deux années 1958 et 1959. Dix déclarations avaient été déposées, six hommes et quatre femmes, les hommes à chaque fois plus jeunes que les femmes. Toutes les proies avaient été soigneusement mordues au bras gauche.

L'une des victimes était le fils, âgé de 9 ans, d'un conseiller référendaire du Haut Conseil de la Magie de Vienne, qui passait ses vacances dans cette région reculée. Le nom n'était bien sûr pas mentionné, mais la prestigieuse généalogie de la petite victime avait obligé les Aurors autrichiens à mener une sérieuse enquête. Dès lors, il semblait évident de conclure que le mordant devait habiter dans la zone qui apparaissait si on reliait entre eux tous les endroits auxquelles les morsures avaient été données – d'ailleurs, c'est ce qu'ils avaient fait et là, l'annexe comportait la reproduction d'une carte d'état major muggle sur laquelle avait été tracé une ligne rouge, qui formait comme une espèce de cercle cabossé autour de Althofen. La zone était quasiment désertique, à l'exception de ce gros village et de quelques hameaux épars – la population se montait tout au plus à 400 habitants. Cette donnée n'était pas mentionnée dans le dossier du ÖMZ, une note en bas de page indiquait qu'elle provenait d'une double source, muggle (Service Démographique Autrichien) et magique ( Recensement de la Population Magique de Cisleithanie). C'est donc Remus qui avait lui-même reconstitué la donnée totale… je me demandais pourquoi il avait pris tant de peine – s'était-il agi d'une simple récréation sur une information somme toute marginale ; ou possédait-il une autre motivation ?

Et malgré le fait que les suspects potentiels fussent relativement peu nombreux et que la pression sur les Aurors enquêteurs eût dû avoir été extrêmement forte, les recherches n'avaient pas abouti. Trois mois après l'agression, la procédure était close et l' Oberauror qui l'avait dirigée était promu en Haute Silésie Magique….

Autre bizarrerie soulignée par Remus : aucune déclaration ne contenait de descriptif du mordant, ou du moins ne contenait plus.

Je m'entendis crier « Mon Dieu, non ! ».

Mon exclamation mit instantanément fin au studieux brouhaha qui régnait dans la pièce, mes élèves relevèrent la tête avec un bel ensemble . Je réussis à bafouiller une excuse, tout en luttant contre le désespoir qui arrivait sur moi comme une volée de pierres noires. S'ils n'avaient pas été là, continuant à me regarder, je me serais roulée en boule, me mordant les mains.

J'étais devant cette piste interrompue, comme Remus chaque mois devant ses pleines lunes – un gigantesque écran opaque, qu ne pouvait être ni franchi, ni contourné, qui n'acceptait que la projection d' ombres dérisoires et impuissantes. Jusqu'à quelle humiliante lie Remus avait-il dû vider sa coupe ?

« Professeur, professeur, vous devriez aller vous reposer… »

C'était Morgane, à nouveau. Elle était venue se placer tout à côté de moi ; elle avait posé sa main sur mon bras et ne savait visiblement plus quoi en faire. Derrière elle, j'apercevais d'autres visages flous, constituant comme un décor mouvant, ondulant, dans lequel je ne parvenais plus à me situer.

« C'est l'heure de la pause, je crois que vous en avez besoin. Faites les sortir, je vais rester avec vous… si vous voulez bien ».

J'acceptai ses directives avec soulagement, je décrétai dix minutes de pause, Morgane resta près de moi et les autres sortirent, en nous regardant au passage. Mais j'aurais bien été incapable de dire ce qu'ils pensaient de tout ça.

Je fis apparaître une chaise pour la jeune fille. Quand elle se fut installée à côté de moi, elle se lança

« Vous savez, et bien, Arthur m'a parlé un peu de ce qui s'est passé, en juin dernier, à la remise des diplômes.. J'y assistais bien sûr, mais j'étais placée assez loin. Je regrette de ne pas être sortie en même temps que lui, mais je me disais que ce n'était pas la peine d'en rajouter… pour mes parents et pourtant ils ont tout à fait compris le geste d'Arthur, je crois, non je sais qu'ils en ont même été fiers… Zut, c'est tellement injuste pour le professeur Lupin. J'aurais vraiment dû suivre Arthur … j'ai manqué de courage.

– Cela n'aurait rien changé, Morgane. Cela ne sert à rien de vous en vouloir. Dites-moi, comment Arthur évalue-t-il ses chances ?

– Il ne vaut pas trop le reconnaître, mais je crois qu'il a confiance. Vous savez, quand il est satisfait de lui, il parle beaucoup moins que d'habitude, ça c'est un signe, tout le monde le sait à la maison, sauf little Ben, il est encore trop petit.

Je souris machinalement

Arthurus Rex, alors ?

Morgane m'envoya une grimace étonnée

– Le professeur Lupin en parlait comme cela, c'était humoristique, mais sincère aussi. Votre frère est très doué. Et little Ben, il va bien ?

– Oui, il est entré à l'école… magique, comme pour nous donc il a enfin des copains et des copines…

Puis, elle laissa tomber le sujet …

- Vous avez des nouvelles du professeur Lupin ?

Elle avait déjà posé sa question très vite, mais elle compléta encore plus rapidement

– Vous aviez dit à Arthur que vous ne le laisseriez pas tomber ! »

Bien sûr, il y avait du reproche dans sa voix, de l'exaltation aussi. Mais bon Dieu, qu'est-ce qu'ils attendaient tous ! que je leur ramène Lupin, souriant et triomphant, accroché à mon bras ! Mes mains s'échappèrent dans un grand geste énervé, une partie des feuillets posés sur mon bureau tombèrent, Morgane et moi nous nous baissâmes pour les ramasser, en même temps, comme si nous avions été toutes deux à l'affût d'un échappatoire, et nos têtes se heurtèrent assez durement. Il y eut un léger flottement après le choc, nous nous excusâmes en nous frottant le front, je me mis à rire nerveusement, alors qu'elle restait soucieuse – je n'avais pas répondu à sa question et elle devait se dire que les adultes étaient vraiment de faux jetons.

Elle avait fait une pile bien nette des feuilles qu'elle avait ramassées ; je notai que, n'attendant sans doute plus rien de moi, elle y jetait un coup d'œil, puis commençait à lire. A l'envers, je vis qu'il s'agissait de l'annexe trois, la zone délimitée autour d'Althofen. J'hésitais sur la conduite à tenir : devais-je la laisser continuer, et enfin, enfin, pouvoir partager ce fardeau avec quelqu'un… qui n'était pas n'importe qui… la sœur de l'élève dont Remus avait été le plus proche, celui qu'il avait revu après sa fuite d'Hogwarts, peut-être le seul qu'il ait revu depuis le 27 juin. Je tranchai farouchement - non, je n'en devais rien dire.

« Je vais reprendre mes feuilles, Morgane. » Elle leva sur moi un regard éclairci, où je ne pus ne pas voir, aussi, de l'admiration. Le peu qu'elle avait lu lui avait donc permis de comprendre ce dont il s'agissait ? Il est vrai qu'Arthur lui avait raconté ce qui s'était passé entre nous, lors de la remise de son diplôme ? Pendant ces semaines depuis ma rentrée, s' était-elle demandé si j'étais fidèle à la promesse que j'avais faite à son frère, ce devoir que je m'étais fixé quelques heures avant, parce qu'un souvenir flou en moi me chuchotait que j'en avais le pouvoir ?

Sous la clarté de ce regard, je repris courage, et me dis que je parviendrai, inévitablement, à découvrir l'identité d'Ysengrin.

« Vous le cherchez, alors ?

– Pas lui, Morgane, je sais où il est. Arthur aussi le sait. Je cherche quelqu'un d'autre. Mais je ne vous dirai rien de plus, et le peu que je viens de vous révéler, il faut le garder pour vous, d'accord ?

– Mais je pourrais peut-être vous aider ? ou Arthur ?

– Non.

– Personne ne peut vous aider, vraiment ?

- Dumbledore l'a fait, des amis aussi, mais sachez que même à eux, je n'ai pas dit grand chose. Vous voulez bien faire rentrer les autres ? Et merci d'être restée. Vous ressemblez tellement à Arthur. »

Elle parut surprise de cette dernière remarque, j'imagine pourtant qu'elle y avait souvent le droit. Moi, en disant cela j'avais pensé à Gaétan, cette même ressemblance fraternelle entre nous.

Mes élèves se réinstallèrent, j'avais terriblement soif, je les prévins que je m'absentais 5 minutes et me dirigeai vers la salle des professeurs, où je pourrais trouver de quoi me désaltérer. Je passai aux toilettes afin de me changer et constatai que je perdais plus de sang que d'habitude.

Minerva était la seule présente dans le staff room, je lui adressais un grand signe de la main, comme si j'avais été à 200 mètres d'elle et que ma voix n'eût pu l'atteindre. Puis j'allai me servir du thé, lui tournant ostensiblement le dos. Sans quitter sa place, elle m'interrogea, de sa voix officielle, nette, à la limite de la dureté.

« Vous avez laissé vos élèves seuls ? ou annulé votre cours ? ».

Cherchait-elle à me prendre en faute, en flagrant délit d'abandon de poste ? Depuis mon retour, nous n'avions réussi, ni elle, ni moi, à dépasser le stade de la simple relation professionnelle, comme si la scène qui s'était déroulée entre nous, en juin dernier, quelques heures après la fuite de Remus, n'avait jamais eu lieu.

Elle m'avait accueillie froidement, quand j'étais revenue, me faisant bien comprendre qu'elle n'avait aucune raison de se montrer compréhensive pour ces deux semaines d'absence. Snape avait assisté à la scène, avec délectation ; ils étaient repartis ensemble, j'avais failli leur crier "Foutus connards ! " et puis j'avais décidé de conserver mon énergie – pour moi, mes cours, mes recherches, pour lui.

Mais elle m'avait blessée et je revenais régulièrement sur son attitude : à chaque fois que je la voyais, je ressentais un mélange de peur et de colère, j'avais l'impression que sa posture dure et moqueuse proclamait ma folie et sa conséquence - mon inévitable échec. Elle devait se demander pourquoi je n'avais pas donné ma démission, par solidarité avec Remus, pourquoi j'étais revenue occuper mon poste, selon un rythme fantaisiste et finalement peu pédagogique, qui risquait de faire du tort à la réputation d'Hogwarts…

Hogwarts et son cursus économique, auquel Dumbledore avait habilement su faire une certaine publicité et que les autres établissements commençaient à lui envier. Il n'était pas impossible que Minerva, passionnée qu'elle était par son école et la renommée de celle-ci, me considérât comme désormais indigne de porter un tel flambeau. Elle aurait sans doute préféré me voir débarrasser le plancher hogwartien et me consacrer entièrement à mon autre tâche, celle dont je lui avais parlé, car elle, je l'avais mise au courant en premier, avant Dumbledore… Et là encore, je devais bien constater, avec un véritable malaise, que je n'arrivais pas à cerner ce qui était le plus important pour elle. Hogwarts, sans doute… de toute façon, elle continuait à croire que la lycanthropie était un phénomène irréversible. Partant de là, elle était persuadée que la seule chose indispensable était que j'aille retrouver Remus. Elle s'occuperait de trouver un nouveau professeur, totalement dédié à son enseignement, tandis que moi, je consolerais l'ex-professeur Lupin en couchant avec lui.

Je me retournai d'un coup vers elle et la regardai droit dans les yeux.

« Ils sont seuls, mais rassurez-vous, ils ont de quoi s'occuper. J'ai la faiblesse de leur accorder un minimum de confiance et de croire qu'ils possèdent un minimum de discernement et, que, par conséquent, je ne vais pas les retrouver en train de s'amuser aux cocottes magiques, comme le feraient vos petits de première année si vous les laissiez se débrouiller sans vous… »

A peine avais-je terminé cette tirade vacharde et amère, que je me la reprochais déjà – j'avais vu qu'elle se verrouillait, s'imposant l'effort de maintenir les traits de son visage en place, mais sa bouche renâclait, en tremblant et je venais de repenser subitement à ce que Dumbledore m'avait confié, avec un peu de gêne, quand je lui avais parlé de l'accueil de sa sous-directrice :

« Minerva, elle ne me l'a pas dit directement, bien sûr, mais je ne pense pas me tromper dans ma conclusion, … je la connais depuis longtemps, et je sais qu'elle est finalement beaucoup plus exaltée que ce que ses dehors stricts pourraient le laisser deviner… «

il s'était interrompu, moi je m'étais demandé ce que Sebastian aurait à dire de l'exaltation du professeur Mac Gonagall – je la voyais mal se jeter aux pieds d'un homme, les cheveux défaits et se tordre les mains… Je dus sourire à cette évocation, car Albus fit de même, et ce sourire reflété m'avait fait l'effet d'un clin d'œil complice, très subtilement égrillard.

« Alors, que me reproche-t-elle ?

– Reprocher est sans doute un terme trop fort, elle ne comprends pas pourquoi vous le faites souffrir, volontairement, en n'allant pas le retrouver. Vous lui avez dit que vous l'aimiez…

- Mais comment sait-elle que je ne suis pas allée le voir ?

– Elle a interrogé Arthur Brenner, elle lui avait demandé de venir ici, la veille de son concours, en m'impliquant à mon insu dans cette affaire, d'ailleurs… elle voulait savoir si Remus avait eu de vos nouvelles. Et Arthur lui a répondu que non. Elle est persuadée que quoique vous fassiez, quoique vous ayez entrepris, vous auriez dû, d'abord, aller le voir et lui parler. Je crois qu'elle pense … que vous êtes orgueilleuse et .. cruelle. »

Nous en étions restés là et maintenant, je comprenais que ma conduite avait de quoi lui sembler bien irrationnelle…comme à Morgane tout à l'heure. Je m'approchais de la place qu'elle occupait à la grande table de travail. J'étais proche d'elle à la toucher, sur le côté, mais son visage restait détourné.

« Je suis désolée, Minerva, je me suis laissée emporter. Et ne me jugez pas… je ne peux pas retourner le voir tant que je suis pas allée jusqu'au bout de sa chance, tant que je n'ai pas essayé de le débarrasser de son loup ».

J'attendis quelques secondes encore, le mot "loup" lui avait fait incliner fugitivement la tête, comme un poids trop lourd, ou un reproche, mais elle s'était immédiatement reprise et, à nouveau, elle ne bougeait plus. Je m'éloignai d'elle et quittai la pièce.

Je courus vers ma classe, vers l'annexe trois et les dépositions censurées, mutilées, et je repris ma lecture.

Ooooooooooooooooooo

Ambroise Delaoy est un personnage qui apparaît dans Journaux Croisés.

Ministère Autrichien de la Magie.