Le train s'arrêta une énième fois et le dernier passager du wagon, un adolescent à casquette, passa dans l'allée pour descendre à la gare.
Stansfield se trémoussa dans son siège incertain de ce qu'il devait faire. Il y avait presque deux heures qu'ils traversaient des banlieues de plus en plus merdiques. Au début il y avait tellement de foutus écolières qui criaient dans le wagon que l'inspecteur avait eu envie d'en étriper son content. Heureusement, elles étaient vite descendues dans les quartiers aisés puis le train s'était vidé peu à peu de ses passagers minables. Il ne s'était rien passé de notable sinon qu'environ une demi-heure plus tôt, Mathilda s'était étendue sur son siège et roupillait toujours.
Qu'est-ce qu'elle venait foutre dans ce coin pourri ? Un client à nettoyer peut-être ? Ou bien de la famille à visiter ? Peut-être aussi avait-elle manqué son arrêt parce qu'elle dormait. Ce serait logique puisque le prochain arrêt était le terminus.
Nerveux, Stansfield se mordit la lèvre en regardant défiler les carrières vides et déprimantes où moisissaient des buissons rachitiques par ci par là. Bon sang ! Qu'est-ce qu'ils allaient faire en arrivant à la gare du terminus ? S'ils étaient forcés de descendre leur filature serait foutue. Devait-il l'enlever et l'emmener quelque part ? La torturer pour lui faire cracher le morceau ? Fallait-il agir tout de suite ou lorsque le train arrêterait ? Ou bien la laisser dormir et si le train repartait dans l'autre sens envoyer Bob la réveiller. Elle se rendrait compte qu'elle avait manqué l'arrêt et il ne serait pas grillé ou bien peut-être pas ? … Pffft. Tout était confus.
Il n'arrivait plus à penser clairement, il fallait absolument qu'il prenne une dose. Sa dernière dose … Ensuite il n'en aurait plus et que Dieu lui vienne en aide.
Il sortit la gélule de sa boîte en tremblant. Il ouvrit la bouche mais le petit contenant magique n'eut pas le temps de s'y rendre avant que ses poumons n'explosent ; du moins, c'est l'impression qu'il eut. Ses yeux s'ouvrirent immenses alors qu'un râle s'échappait de sa gorge et que la gélule inutile roulait par terre.
- Salut Stansfield. Comment ça va ?
L'adolescent à la casquette qui était passé à peine quelques minutes plus tôt se laissa joyeusement tomber sur le siège à côté de lui.
- Pas trop bien je parie, dit Math en souriant.
Le policier l'observa les yeux ronds, incrédule. Tandis que le goût métallique de son propre sang lui emplissait la bouche, il regarda le siège où elle était supposée être et vit ses cheveux qui en dépassaient toujours. On aurait juré qu'elle était encore là à roupiller sagement. Son regard revint à la jeune fille. Sous sa casquette des Red Socks, elle lui souriait comme s'ils étaient de vieux amis.
- Je suis vraiment contente de te voir Stan.
Putain de bordel de MERDE ! Elle avait tirée derrière lui, au travers du siège ! Les poumons en feu, il tenta de crier pour alerter les autres mais ne réussit à produire qu'un grognement bestial. Mathilda ne sembla pas s'en inquiéter outre-mesure car tandis que Stansfield s'égosillait misérablement elle entreprit de dévisser le silencieux de son fusil, très détendue.
- J'ai nettoyé le train. J'espère que ça ne te dérange pas, dit-elle en jetant un coup d'œil dans le cylindre.
Stansfield comprit soudainement que tous ses hommes étaient morts, que le train était vide et qu'il allait y passer. Sa respiration entrecoupée de râles s'accéléra tandis que Mathilda faisait glisser la culasse du pistolet d'un geste expert. Elle jeta un coup d'œil dans l'ouverture et satisfaite, fit disparaître ses armes dans l'étui qu'elle portait caché contre son dos. Elle leva la tête et le regarda gravement.
- Écoute, excuse-moi de te dire ça mais il faut vraiment que quelqu'un le fasse.
Elle le dévisagea avec le plus grand sérieux, très professionnelle.
- Ton équipe est totalement nulle. Où tu as trouvé ces crétins ? Dans une boîte à surprise ? Il y en avait trois qui dormaient. Trois sur cinq ! Tu peux croire ça ? J'ai jamais vu des navets pareils.
Elle haussa un sourcil compatissant.
- Sans blague, ça n'a pas dû être facile tous les jours …
Elle avait parfaitement raison mais même s'il l'eut voulu, Stansfield n'était plus du tout en état de se plaindre. Mathilda haussa les épaules.
- Mais bon, d'un autre côté tu n'auras plus à les supporter. C'est le bon côté de se faire descendre.
Stansfield se mit à hoqueter à moitié étouffé dans son sang et la petite tueuse se fit rassurante.
- J'ai touché que le bas du poumon. Le temps qu'il se remplisse, tu as encore un bon cinq minute, dit-elle en s'adossant confortablement dans son siège. Léon appelle ça le coup de l'aquarium. Tu sais comme un bocal qui se remplit. C'est pratique s'il faut dire quelque chose au client avant qu'il crève mais que lui, on veut qu'il la boucle.
Paniqué, le policier se mit à ouvrir et fermer la bouche comme un poisson cherchant son air. Mathilda n'y fit pas attention. Les clients faisaient souvent de drôles de têtes quand ils y passaient. Elle enleva sa casquette et libéra ses cheveux qu'elle replaça avec un mouvement gracieux.
- Je n'étais pas sûre si tu viendrais, dit-elle en posant négligemment le couvre-chef sur le siège, mais j'espérais bien que tu te pointerais. Ça fait un bail que je voulais venir voir Tony alors j'ai beaucoup pensé à toi. Quand j'ai vu que tu étais garé au resto … T'imagines pas à quel point j'étais contente.
Elle lui sourit ravie et Stansfield la regarda vraiment pour la première fois. Elle semblait aussi à l'aise qu'au milieu d'un pyjama party alors qu'elle venait de descendre froidement cinq agents du DEA et que devant elle, le sixième agonisait en crachant ses poumons. Une si jeune fille … Et malgré qu'il doive mourir, Normand Stansfield fut impressionné malgré lui par le prédateur qui allait l'occire.
Dans sa tête résonna le chant d'une clarinette. Plus mature et complexe qu'une simple flûte. La symphonie de Montana se rehaussa de ce nouvel instrument et il sembla au mélomane que cela sonnait parfaitement juste.
- Par contre j'ai failli te perdre devant l'école, continua Mathilda. C'est pas pour t'insulter mais tu te ramollis je crois. C'était pourtant pas du grand art comme déguisement. J'ai même pas changé de coiffure. Tu te rends compte que malgré tous mes efforts pour que tu me suives tu t'es retrouvé complètement largué ?
Elle le regarda par en dessous avec cette expression qui lui était familière, l'air de dire que c'était tout de même pitoyable. Sur ce, Stansfield s'étouffa en crachant une giclée de sang et son assassin tenta de l'aider en lui tapant dans le dos.
- Mais il faut dire à ta défense que je suis assez douée, dit-elle comme pour l'excuser. Léon lui il se déguise jamais. De toute façon il est nul, dit-elle en souriant attendrie. Même pas capable d'imiter John Wayne.
Le policier réussi enfin à reprendre sur lui et Math cessa son tambourinage.
- John Wayne, tu le connais ? C'est un vieux.
Il lui renvoya un regard halluciné duquel il s'avérait hasardeux de déduire si oui ou non il connaissait Johnny. Mathilda se tourna vers lui en appuyant son épaule sur le dossier. Elle attendit d'accrocher son regard pour être bien sûre d'avoir son attention.
- Stansfield écoute, je ne veux pas qu'il y ait de malentendu entre nous. La balle c'est juste parce que tu nous colles aux basques. Tu comprends, à force ça devient casse-pied.
Elle haussa les épaules.
- Tu te doutais bien qu'on allait finir par te nettoyer un de ces jours.
Stansfield qui n'avait jamais eu aucun doute de cette sorte eu l'air de s'insurger car il se mit à cracher des postillons de sang en grognant. Mathilda acquiesça comme si elle comprenait.
- Je sais, je sais. Tu croyais que c'était toi qui allais nous avoir. Mais c'était qu'un beau rêve Stan. T'as jamais eu aucune chance. Léon c'est le meilleur. Le meilleur, insista t-elle. Techniquement, tu es mort depuis des années. Si tu es en sursis c'est juste parce que t'es pas à lui.
Mathilda s'avança et planta ses yeux dans les siens.
- T'es à moi Stan, dit-elle en le fixant. T'as tué mon petit frère. Tu te souviens ?
Alors que le regard de Mathilda devenaient étrangement sombres, l'esprit malade de Stansfield lui fit remarquer que si cette gosse était devenue nettoyeuse, était devenue un tel prédateur prodige, c'était grâce à lui. Sans lui, elle ne serait qu'une petite pute comme tant d'autres. La vérité, c'est qu'elle était sa création et il avait accouché d'un monstre exceptionnel. Putain de merde, c'était quand même la classe. Et puis qu'est-ce qu'il en avait à foutre ? Depuis trop longtemps il se sentait complètement largué. À bout. Il était fatigué. Épuisé. Il était dépassé par sa propre noirceur et il en avait marre. Tout bien compté, se faire éclater par sa propre créature ce n'était pas si mal. Une fin à la Frankenstein, ça lui convenait parfaitement.
- Mais tu sais, juste te descendre avec une balle je trouve que c'est trop … ordinaire, reprit Mathilda. Et puis c'est que le boulot habituel. Non. Pour toi, il faut quelque chose de spécial. Quelque chose qui …
Math fit tourner sa main devant son nez à la façon des italiens quand ils cherchent leur mot.
- … Qui frappe les esprits.
La jeune fille passa le bras derrière son dos et en ressortit un petit couteau qu'elle tint devant elle. Le manche était entouré de bandes de cuir sur lequel était peint un symbole à moitié effacé.
- Je connais bien les types dans ton genre Stan. Je nettoie la planète de leur sale gueule depuis un bail déjà. Si tu entendais tout ce qu'ils peuvent dire quand ils ont un flingue sous le nez. Soudain ils n'ont plus de masque. C'est comme si on pouvait voir leur âme juste avant qu'elle foute le camp. Et des types comme toi, j'en ai vu des tas.
Malgré la douleur que lui arrachait chaque respiration, le policier se composa un air de défi. … Elle se gourait grave. Il était très loin d'être « un type comme les autres ». Dans les faits, on avait jamais vu son putain de pareil !
- Je sais que tu t'en fous de crever, dit-elle en le dévisageant. T'en as rien à faire parce que t'as fait ta marque. T'es devenu une telle terreur qu'on te craindra même après ta mort. C'est ça ta raison de vivre. Être le plus grand fils de pute que New-York ait jamais portée. Et le pire c'est que t'as réussi. Pas vrai ? T'es un grand parmi les grands. Une légende. On parlera de toi pendant des années. Sûrement qu'un jour quelqu'un écrira un livre sur toi et qu'il y aura même un film.
Un affreux sourire plein de dents écarlates étira les lèvres du dément. Pour ça, elle avait foutrement raison. Même si sa carrière était quelque peu écourtée, sa main resterait imprimée à jamais sur le walk of fame des plus terrifiants salauds d'Amérique ; tout juste entre Capone et Manson.
- Sauf que malheureusement pour toi … tu as tué mon petit frère.
Elle lui montra le canif à nouveau et dans les yeux de la jeune fille le policier vit une lueur froide qui le fit douter. … C'était quoi ce putain de couteau ?
- Mafia russe, dit-elle en couvant le poignard d'un regard tendre. On a pas mal de contrats pour eux ces temps-ci. Ils jouent du coude sur le territoire des italiens … tu sais ce que c'est. Les couteaux comme celui-là c'est la marque des Kiprov. Ils en laissent un pour signer un crime ou faire savoir qu'ils sont passés. Tu connais ce gang ? C'est leur symbole là tu vois, dit-elle en lui mettant le manche sous le nez.
Stansfield n'avait jamais entendu parler de ces merdeux et de toute façon il n'avait jamais fait affaire avec les siffleurs de vodka. Mathilda le fixa d'un air résolu. Le poignard vola dans ses mains et d'un coup sec, elle le lui planta sauvagement dans l'entre-jambes. Le moribond sursauta mais son cri ne fut qu'un gargouillis sanguinolent. Il approcha sa main tremblante du coutelas avec le réflexe de l'enlever mais abandonna aussitôt, incapable de s'y résoudre.
Mathilda se recula dans son banc pour juger de l'effet général.
- Ça, ça veut dire que la mafia russe t'as descendu parce que t'es une saleté de pervers qui s'en prend aux enfants, expliqua t-elle.
Le policier la dévisagea incrédule. Putain de merde … Il n'avait jamais touché à un foutu mioche de sa vie ! … Du moins pas comme ça. Quelle conne ! Ce truc sentait le coup monté à dix kilomètres et personne n'y croirait. Il se sentit tout à la fois soulagé et déçu. Soulagé parce que son plan était merdique et déçu pour les mêmes raisons. Finalement, ce n'était qu'une petite pute comme les autres. Elle avait simplement eu un bon professeur.
Mathilda planta ses yeux dans les siens.
- Quand on te trouvera arrangé comme ça dans un train qui est toujours bourré de gamines, on prendra la chose au sérieux. On fera des vérifications et on apprendra que juste avant d'y passer, ce bon Stansfield a été aperçu devant un collège de jeune fille. Le collège orthodoxe où vont presque tous les soviets friqués de la ville.
Stansfield réalisa soudainement que ce n'était pas par hasard qu'elle l'avait entrainé devant cette école et une sourde inquiétude se mit à courir dans sa moelle épinière.
- Quand on apprendra que tu étais devant ce collège qu'est-ce qu'on en déduira ?On déduira que l'inspecteur Stansfield était un pervers qui a eu la mauvaise idée de chasser des gamines bolchéviques et que c'est pour ça que les Kiprov lui ont réglé son cas.
La jeune fille croisa gracieusement la jambe. Une pose féminine qui jura étrangement avec son déguisement d'adolescent boutonneux.
- Évidemment les homicides auront des doutes mais quand la surveillante rousse dira qu'elle a vu ce salaud prendre une élève en chasse dans les couloirs du collège … puis quand d'autres témoins confirmeront qu'il a suivi cette fille jusque dans le train, il faudra bien se rendre à l'évidence, dit Mathilda fataliste.
Et soudain, le policier comprit la machination. Elle l'avait piégé. Totalement. Le feu qui dévorait sa poitrine et l'élancement insupportable de son entre-jambe poignardé passèrent au second plan. Elle avait bien l'étoffe du prédateur qu'il avait cru deviner et le chant de la clarinette jaillit à nouveau sous son crâne avec insolence. Malheureusement pour elle, les collègues n'y croiraient jamais et de toute façon ils étoufferaient l'affaire mais c'était tout de même bien pensé.
Mathilda lui sourit.
- Tu crois que ça ne marchera pas. Pas vrai ? Après tout, pourquoi un policier d'expérience ferait quelque chose d'aussi idiot ? Hein ? C'est évident que ça ne colle pas. Sauf que tu oublies quelque chose …
Elle baissa les yeux et haussa un sourcil étonné.
- Tiens, justement …
Elle se pencha par terre et cueillit la petite pilule magique qui n'accomplirait jamais sa destinée.
- Le labo qui analysera le sang du suspect aura une sacrée surprise, dit-elle en faisant tourner la gélule entre ses doigts. Ils trouveront exactement le genre de saleté qui peut pousser un inspecteur à perdre toute prudence pour agir au grand jour comme un con exalté.
Enfin, Mathilda vit la peur dans les yeux de son ennemi. Il hocha la tête comme pour nier que cela pouvait se produire mais c'était en vain. Il était camé jusqu'aux oreilles et ils le découvriraient inévitablement. Par contre … oui. Par contre le bureau ne le laisserait jamais sortir cette info sinon le DEA serait dans une sacré merde.
La jeune fille lui jeta un regard de connivence.
- Tout ça c'est drôlement croustillant tu ne trouves pas Stan ? S'il fallait qu'un journaliste en entende parler …
Elle leva les yeux en l'air comme si elle réfléchissait.
- Je verrais bien William Norton sur ce coup là. Tu te souviens de lui ? Tu as descendu sa femme parce qu'il avait fait un papier sur toi. Il serait drôlement motivé, dit-elle comme si elle trouvait l'idée amusante. Et puis s'il savait d'avance le résultat des tests sanguins, ce serait difficile de les cacher au public. Ah et j'y pense ; quelqu'un pourrait lui envoyer ce cachet et il connaîtrait même le nom du produit.
Mathilda sourit en coin et se rapprocha d'un air de confidence.
- Si je l'appelais de la gare, chuchota t-elle, je suis sûre qu'il accourrait si vite qu'il réussirait à photographier vos cadavres avant que les homicides débarquent.
Et Stansfield qui sentait ses forces l'abandonner comprit que c'est exactement ce qui allait se produire. Savoir que c'est ce gros connard de Norton qui allait se farcir le scoop et jubiler en l'immortalisant avec les burnes mutilées l'enragea au point qu'il ne put cacher l'éclair de rage qui traversa ses yeux vitreux.
- Te fâche pas. Toi qui veux être célèbre … Imagine plutôt les gros titres.
Elle s'avança au bord de son siège en prenant une pose théâtrale.
- « Un inspecteur du DEA est soupçonné de pédophilie, d'enlèvement et de trafic d'enfant ! ». Puis rebondissement : « Norman Stansfield traquait une jeune élève juste avant d'être assassiné dans le train où il l'avait suivie ! ». Ensuite c'est le scandale : « L'autopsie révèle que le policier était sous l'emprise de drogue alors qu'il était en fonction ! ». Et tu peux en imaginer des dizaines d'autres du meilleur au pire. Ce sera génial. Le public va adorer je te promets.
Mathilda afficha un air joyeux comme si elle allait lui annoncer une merveilleuse nouvelle.
- Et le mieux dans tout ça c'est que comme j'ai liquidé ton équipe de nuls, on croira qu'ils étaient impliqués eux aussi. Six agents du DEA assassinés comme des pédophiles alors qu'ils traquaient une fillette …
Elle leva les mains devant elle comme pour donner plus d'importance au gros titre.
- « Affaire Norman Sansfield. Le DEA sous enquête ! », dit-elle triomphalement.
Cette fois, le policier moribond ne s'extasia pas sur l'intelligence retorse de sa redoutable tortionnaire, il la craint. Même au travers les bouillons de l'immonde douleur, il comprenait qu'un cirque médiatique autour de telles accusations mettraient forcément le DEA dans l'eau bouillante et alors …
- Un inspecteur qui trempe dans le trafic de drogue depuis des années, c'est la pire chose qui peut arriver au DEA c'est évident. Leur seul espoir c'est de détourner l'attention des médias et justement, ils vont avoir beaucoup de chance sur ce coup là. Les journaux adorent les histoires de pervers sexuels détraqués alors tu peux être sûr qu'ils te jetteront en pâture aux chiens à grands coups de pieds. Ils fabriqueront même des preuves s'il le faut.
Le fou furieux la fixa de ses yeux exorbités.
- Tu comprends ce que ça veut dire ? Ça veut dire que t'es foutu Stan. Oublie tes rêves de gloire. Sur ta pierre tombale ce sera juste écrit « saleté de pédo ».
Il hoqueta comme s'il voulait protester.
- Jamais personne n'osera se vanter de t'avoir connu. Personne ne s'intéressera à ce que t'as pu faire. Il n'y aura pas de livre, pas de film. On te crachera dessus et on ne parlera plus jamais de toi, sauf pour vomir.
Les yeux du mégalomane se fermèrent brusquement comme s'il en avait déjà trop entendu.
- T'es un homme totalement mort Stan. Plus mort qu'un déchet. Même ton souvenir est mort.
La tête de l'inspecteur s'affaissa et un filet de sang coula de ses lèvres, tachant sa chemise blanche.
- Et ça, ÇA, c'est pour mon ptit frère, dit-elle avec les yeux brillants.
Elle le fixa gravement un long moment mais ne resta pas auprès de lui pour le voir mourir. C'était un spectacle qu'elle avait déjà vu cent fois et sa vengeance était ailleurs.
Comme elle avait déjà fait le trajet à trois reprises, tout était parfaitement minuté. Elle eut le temps de s'assurer que toutes ses victimes avaient l'air dormir et que leurs blessures étaient bien dissimulées. Elle se changea, effaça toutes ses traces, vérifia que Stansfield était bien mort, le couvrit avec son veston puis le train s'arrêta et elle descendit au terminus désert. Elle attendit afin de s'assurer que le train repartait en sens inverse puis appela William Norton qui faillit faire dans son froc en apprenant que le cadavre de l'assassin de sa femme l'attendait bien au chaud dans un train de banlieue.
Elle monta dans le train suivant et tout en regardant distraitement les quartiers monotones qui défilaient par la fenêtre, Mathilda ressentit l'impression paisible et exaltante que l'on éprouve lorsqu'on sait qu'un chapitre de sa vie vient de se terminer.
