Note de l'auteure M : Miracle des miracles, nous voici déjà de retour pour poster le chapitre suivant, à l'heure cette fois-ci ! Je crois qu'il faut marquer ce jour d'une pierre blanche.
W : Mouais, surtout en sachant à quel point tu as été active aujourd'hui, c'est surtout miraculeux que tu sois parvenue à te bouger suffisamment pour poster ce truc... Enfin bref (W ignore complètement le regard noir mais dépressif que M lui lance), merci comme toujours pour vous reviews. Sabine02, contente de voir que l'interaction entre Al et Nina te plaît ainsi que notre idée d'un Havoc ayant la classe (go, Havoc ! Tu n'es pas estimé à ta juste valeur).
M : Et Naemir, je vais voir ce que je peux faire pour la fic sérieuse. En tout cas, ton commentaire nous a fait très plaisir, c'est super de savoir qu'on attend nos chapitres avec impatience.
W : D'ailleurs on vous laisse avec celui-ci. En espérant qu'il éclaircira vos lanternes... Enûjôyû !
Il lui fallut un voyage en voiture entrecoupé de cahots pour qu'elle réalise qu'elle ne voulait pas y penser.
Pas du tout.
Elle s'était curieusement faite à l'idée de ne plus jamais les revoir, ni lui, ni son frère, sans même s'en rendre compte, et de profiter de son séjour dans son village natal pour faire le point, comprendre qu'elle n'avait rien à tirer d'une attente peut-être interminable, et décider de les oublier et de repartir à zéro sans se poser plus de questions.
Cela pouvait expliquer sa frayeur à se retrouver nez-à-nez avec eux de façon tout à fait inattendue. Elle avait toujours besoin de réfléchir, et ce dernier chamboulement avait été la goutte d'eau. Elle allait se calmer, laisser passer le temps, et prendre ses résolutions plus tard. Un point, c'était tout.
Il lui fallut un coup d'œil pour voir que l'état de sa maison était à la fois meilleur et pire que ce qu'elle avait imaginé.
Sans aucun doute.
Le bâtiment en lui même avait bien tenu, les murs résistant à l'humidité, les meubles ne se laissant pas manger par les vers ou les termites, les tissus se contentant de s'empoussiérer, l'air ne faisant que se vicier légèrement. Elle n'avait par contre pas du tout songé au jardin, devenu entre temps une véritable forêt vierge en miniature, foisonnement de vie et de plantes toutes plus luxuriantes les unes que les autres. Les rosiers avaient prospéré, se faisant plus grands qu'elle et menaçant de renverser leur support de leur force figée. Les mauvaises herbes s'entremêlaient aux arbres fruitiers et aux restes de plantations qui subsistaient tant bien que mal face à cette invasion. Non, elle n'y avait pas songé.
Il lui fallut une journée pour s'installer, retrouvant sa chambre de petite fille presque inchangée.
Comme si une enfant y vivait encore.
Il y avait toujours son dessus de lit fleuri, cousu par sa mère avant sa naissance, événement qui devait l'emporter, sacrifiant sa vie pour celle qu'elle donnait. Dans un coin, ses quelques jouets de bois et de tissu s'empilaient toujours dans leur petite boite. Les robes restaient pendues, trop petites désormais, dans son armoire.
Cela faisait-il vraiment si longtemps que son frère Alfons avait emmené la toute jeune adolescente qu'elle commençait à être à München, loin de ces lieux, là où il avait pu s'occuper d'elle et lui trouver un emploi pas trop pénible, lui qui avait par chance été trop jeune pour être également emporté par la guerre ? Elle avait parfois presque l'impression que c'était hier.
Il lui fallut deux semaines pour faire le plus gros du ménage, ce qui était le plus urgent.
Deux épuisantes semaines.
Elle ouvrit toutes les fenêtres, profitant de l'été approchant, secoua les draps, tapis, rideaux, balaya le sol et lava l'ensemble des pièces à grande eau. Elle se permit de réorganiser certaines d'entre elles, de trier le contenu des tiroirs, placards, armoires, du grenier.
Elle se demanda vaguement ce qu'elle allait faire de toutes ces pièces désormais vides et où semblaient toujours se dresser les fantômes de leurs propriétaires, la chambre de ses parents, celle d'un de ses oncles, celle de sa grand mère, celle, petite et haut perchée au-delà du grenier, de ses deux frères, dont elle n'avait jamais connu l'aîné, décédé d'une pneumonie un peu plus d'un an avant sa naissance à elle, un peu plus d'un mois avant ses six ans. Tous, tous ils avaient disparu, ne lui laissant que l'impression fugitive de leur présence passée.
Il lui fallut un mois pour se réintégrer un peu au village, ce village qui l'avait vu grandir.
Pour retrouver tous les habitants qu'elle connaissait.
Certains se montrèrent ravis de la revoir, d'autres semblaient lui en vouloir d'être revenue seule. Certains se proposèrent aussitôt de l'aider, autant pour la lessive que pour déplacer les meubles et ainsi pouvoir mieux nettoyer le tout, d'autres se contentèrent de passer lui tenir compagnie, lui apportant un petit quelque chose, de la nourriture, du linge, ou tout simplement des nouvelles et de la conversation. Elle se rendit compte que tout était à la fois identique à son souvenir et étrangement différent, tout comme elle était la même et également autre, grandie et plus réfléchie. Comme partout, le temps passait sans passer, laissant certains derrière lui et emportant les autres.
Il lui fallut trois mois pour venir à bout de son jardin et de toutes les herbes qui s'y étaient invitées.
Trois mois pour lui rendre figure humaine.
Elle fut reconnaissante aux deux vieillards du village, dont elle se rappelait encore, et qui semblaient toujours aussi résistants, toujours aussi emplis de vie, toujours dotés de leur intelligence acérée, mais seulement un peu plus courbés, un peu plus couverts de rides, un peu plus lourdement appuyés sur leur cannes. Il lui donnèrent les conseils que toute leur vie de petits cultivateurs leurs avait inculqués, la laissant cependant agir elle-même, se démener seule.
Peut-être percevaient-ils que c'était ce dont elle avait besoin, bouger, se dépenser, sans penser à autre chose que la tâche en cours, que son objectif, que son projet. Le temps, bien rempli, passa à une vitesse folle, et elle voyait devant ses yeux ressurgir la maison qu'elle avait laissé s'enfoncer dans le passé.
Il lui fallut une semaine pour se reposer après tout cela, retrouvant le calme d'un fauteuil au coin du feu, l'écho d'une chanson qu'elle fredonnait.
Un petit semblant de paix.
Elle se souvenait vaguement des premières soirées de sa vie, celles qui étaient bien animées, entre sa grand-mère occupant le même fauteuil que celui dans lequel elle était assise, fumant sa pipe et marmonnant des histoires, elle-même et son frère en train de l'écouter, assis devant le feu, l'un des deux serrant contre lui le chien de la maison, tandis que leur père et leur oncle, cet oncle qui devait ne jamais épouser cette jeune femme que depuis quelques années il courtisait, lisaient leur journal, parlaient ou jouaient aux cartes.
Les soirées dont elle disposait désormais étaient bien plus solitaires, plus obscures en quelque sorte, lui faisant comprendre qu'il n'était pas temps pour elle de se retirer ainsi, seule, comme si elle avait déjà terminé une vie qu'elle avait pleinement vécu. Là, elle comprit qu'elle avait toute une existence devant elle dont elle devait profiter, d'une façon ou d'une autre, pour pouvoir s'en souvenir plus tard. Là, elle réfléchit sérieusement, se demandant si elle voulait retourner à la boutique que Fritz semblait tout disposé à reprendre, une fois son voyage de noces achevé. Là, elle se permit de se poser, de se calmer, et de penser. À ce qu'elle avait l'intention de faire concernant certaines choses.
À lui.
Il lui fallut une seconde pour soudain se rendre compte de ce qu'elle avait fait à Edward.
De ce à quoi sa réaction avait dû ressembler.
Elle se souvenait clairement de la scène, pouvait presque la voir de l'extérieur. Elle arrivait au sommet de l'escalier, elle voyait Edward, elle remarquait les marques douloureuses qu'il portait, elle prenait peur, elle s'enfuyait. Comme si elle ne pouvait plus supporter sa vue, comme si elle le détestait, comme si rien qu'apercevoir ce membre amputé avait été suffisant pour la dégoûter et lui faire souhaiter de ne jamais le revoir.
Car il ne savait pas. Il ne savait pas qu'elle était marquée aussi. Il ne savait pas qu'elle en avait vu des dizaines, des centaines, d'hommes, de soldats, qui avaient été soumis au même traitement pour survivre – et n'avaient parfois pas survécu. Il ne savait pas qu'elle comprenait, que ce n'était pas cela qui l'avait fait fuir, qu'il ne la rebutait pas. Il ne savait pas qu'elle avait peur de l'avenir qu'il pouvait représenter pour elle, peur qu'il disparaisse, file entre ses doigts comme tant d'autres l'avaient déjà fait. Il ne savait pas qu'elle n'avait pas eu l'intention de tout briser avant même que cela ne commence, de lui faire du mal, lui qui avait déjà tant d'anciennes souffrances dans son regard. Il ne savait pas qu'elle n'avait alors plus qu'une envie, un désir, c'était chercher à réparer, recoller les morceaux, lui faire comprendre... et ne plus hésiter.
Ne plus faire d'erreur.
Il lui fallut une demi journée, à bicyclette, pour retrouver la route de München et la parcourir dans l'autre sens.
Sans un seul arrêt.
à suivre...
Review ?
