Chapitre 21: La rébellion

« Qu'est-ce que tu observes ?

Camille s'arracha à regret de sa contemplation, à savoir du terrain de quidditch qui se trouvait au loin, tout près des serres du professeur Chourave, et regarda le nouvel arrivant se rapprocher d'elle. Drago Malefoy vint se planter à côté d'elle, près de la fenêtre dans la chambre de la cabane hurlante, et observa à son tour le parc de Poudlard. Sans dire un seul mot. C'était Drago tout craché ça, il ne fallait pas espérer qu'il dise bonjour, ou prenne des nouvelles de son interlocuteur comme le voulait la bienséance. Il ne parlait que lorsqu'il y avait quelque chose d'intéressant à dire, sinon il préférait de loin le silence, quitte à en être impoli. Avec le temps, Camille avait enfin réussi à le cerner, et bien que son comportement l'agaçait plus que fréquemment, elle ne disait rien, pour la simple et bonne raison qu'il était en quelque sorte sa bouée de sauvetage.

Depuis le mois de Février, date à laquelle il avait surgit dans la vie de la jeune Gryffondor, lui offrant une aide inespérée, Drago Malefoy avait su se montrer à la hauteur, et Camille l'avait découvert sous un jour beaucoup plus avantageux. Il était en fait beaucoup plus brave et loyal que ce qu'elle avait imaginé, et au fil des retenues qu'il lui avait épargné, le Serpentard avait fini par se résigner à lui faire la conversation plutôt que de se murer dans un silence pesant, chose qu'il avait faite au début. Et bien que Drago restait un garçon vraiment très spécial, le plus souvent agaçant et pas vraiment sympathique au premier abord, elle avait fini par se faire une raison : il était à Serpentard, elle à Gryffondor, et les piques qu'ils se lançaient ne cesseraient par conséquent jamais.

Ils ne seraient probablement jamais non plus meilleurs amis, leurs personnalités s'opposaient trop pour cela, tout comme leur éducation et valeurs qui divergeait totalement, mais ils avaient appris à se supporter, et depuis quelques temps, on aurait même pu dire que leur relation était devenue amicale. Camille faisait des efforts pour ne pas s'emporter en sa présence lorsqu'il la provoquait, tâchait de se mesurer au mieux, car elle ressentait une gratitude infinie envers le Serpentard pour les risques qu'il prenait pour elle. Il lui avait fait échapper à pas mal de retenues, car Camille continuait toujours sa provocation envers Alecto et Amycus, et les talents d'acteur de Malefoy s'étaient révélés d'une grande aide : il avait réussi non seulement à duper Rogue, mais aussi les Carrow. Pour les mangemorts présents dans le château, Malefoy faisait subir des sortilèges impardonnables à Camille pour se venger de toutes ces années de haine avec Potter, et en profitait pour utiliser ses compétences scolaires afin d'avancer ses devoirs en retard.

Camille, pour sa part, minimisait auprès de ses amis de Gryffondor ce que Malefoy lui « faisait subir », racontant qu'elle lui faisait ses devoirs et qu'il lui jetait un ou deux sortilèges une fois de temps en temps si elle se montrait odieuse. En effet, Drago n'était pas masochiste au point de se faire casser la figure au détour d'un couloir par toute la bande des Gryffondor avec laquelle traînait Camille. Ainsi, pour le moment, leur combine avait très bien marchée, et personne n'était devenu soupçonneux. En tout cas pas encore. Ce fut sur cette pensée que Camille revint sur terre, et Malefoy et elle se jetèrent un bref coup d'œil avant que le blond ne s'écarte d'elle pour aller s'asseoir dans l'un des quelques fauteuils dont la chambre était pourvue.

-Alors, qu'est-ce que je peux faire pour toi ? J'imagine que tu ne m'as pas demandé de venir ici pour discuter autour d'un thé… Commença-t-il.

Camille acquiesça, puis inspira un grand coup, plus nerveuse que ce qu'elle aurait voulu. Elle avait promis de se mesurer… Elle tira avec nervosité sur les manches de son pull en grosse laine, cherchant les mots dans sa tête sans parvenir à les trouver. Drago, voyant son trouble, la relança :

-Tu sais très bien que la diplomatie n'est pas mon fort, alors tu peux te permettre de me balancer tout d'un seul coup, qu'on en finisse.

-Je veux savoir qui l'a tuée. Ma mère.

Les traits de Drago se tendirent, et alors qu'il voyait le visage de Camille perdre toute couleur et devenir d'une blancheur inquiétante, il se décida à reprendre la parole :

-Tu penses vraiment que ça va te faire du bien que je te le dise ? Parce que oui, je le sais, ajouta-t-il lorsqu'il vit les yeux de la jeune Gryffondor s'écarquiller de surprise. Tu ne te détruirais que plus.

-Je veux savoir, j'ai le droit de savoir !

Camille ne put empêcher quelques larmes de rage de couler sur ses joues, qu'elle essuya d'un revers de main. Bien trop souvent elle montrait sa faiblesse en ce moment… Il fallait vraiment qu'elle se reprenne.

-Tu ne sais pas ce que ça fait Drago, absolument pas ! Reprit-elle avec rage et désespoir alors qu'elle voyait bien qu'il n'était disposé à lui donner aucun nom. Une ordure est en train de vivre tranquillement alors qu'on m'a enlevé ce qui comptait le plus pour moi, un jour ou l'autre il devra payer pour ce qu'il a fait ! Et si ce n'est pas moi qui peux m'en charger, je veux que quelqu'un le fasse ! Je t'en prie, personne dans le camp de l'Ordre n'a vu d'où le sort était parti, et chaque jour ça me tue un peu plus ! Mais je sais que réussir à tuer le Chef du Département des Aurors aurait fait très bonne impression auprès de Tu-sais-qui, quelqu'un s'en est vanté et tu sais de qui il s'agit !

Camille se rapprocha de Malefoy et s'arrêta lorsqu'elle fut juste devant lui, elle crocheta son regard au sien alors qu'il la dévisageait avec anxiété.

-Je maintiens que c'est une très mauvaise idée.

Elle le vrilla d'un regard noir, et finalement le blond abdiqua :

-Je suis sûr que tu as une petite idée de l'identité du responsable.

-Lestrange ? Répliqua aussitôt Camille, qui sentit les battements de son cœur s'accélérer.

Drago se contenta de hocher la tête positivement, et détourna le regard. La jeune Gryffondor, pour sa part, se laissa tomber dans un autre fauteuil vide, essayant de digérer cette nouvelle. Elle sentait une rage sans nom s'emparer d'elle, une pulsion meurtrière lui tordre l'estomac tant elle était puissante. Tuer, elle avait l'envie irrésistible de la tuer. Et de faire durer le supplice. Camille avisa un énorme vase posé à l'autre coin de la pièce, et avant qu'elle ait pu faire quoi que ce soit, le vase explosa en mille morceaux, produisant un bruit énorme qui fit vivement sursauter Drago.

-Bon, maintenant tu te calmes Camille, ou tu vas tous nous faire sauter ! S'écria-t-il.

Elle acquiesça faiblement, se fit violence pour fermer les yeux et se concentrer uniquement sur le rythme de sa respiration. Décidément, elle était vraiment beaucoup trop émotive depuis quelques mois, cela devait cesser… Lorsque les battements de son cœur se firent plus réguliers, elle ouvrit de nouveau les yeux et déclara avec détermination sans pouvoir s'en empêcher:

-Je vais la tuer.

-Je n'en doute pas une seule seconde, mais pour cela il faudrait déjà que tu soies vivante à la fin de l'année scolaire, ça pourrait aider tu ne penses pas ? Ironisa Drago, faisant allusion à la dernière retenue qu'avait évitée Camille grâce à lui, à savoir trois jours plus tôt. D'ailleurs, il faut que je te parle. Sérieusement.

-Je t'écoute.

-Je ne pourrai pas te couvrir indéfiniment. Ils vont avoir des soupçons. Depuis le retour des vacances de Pâques, ils sont devenus parano, je ne sais pas trop pourquoi. Alors il va vraiment falloir que tu envisages de te calmer en ce qui concerne ton insolence, pendant les vacances j'ai entendu Alecto et Amycus parler de toi à mes parents ainsi qu'à d'autres mangemorts. Londubat a aussi beaucoup retenu leur attention. Ils comptent se débarrasser de vous un jour ou l'autre, ils se sont d'abord occupés de Londubat…

-Ont essayé serait plus correct, le coupa Camille. Neville s'est caché juste au bon moment.

-Oui, bref, tu es la prochaine sur la liste. Encore un seul faux pas et tu y passes. Et rien ne dit que tu auras plus de chance que Londubat.

-J'aime ton optimisme Drago, railla Camille.

-Ne plaisante pas avec ce sujet-là ! Il faut que tu partes, ou alors que tu aies une attitude irréprochable jusqu'aux examens. Ils attendent que tu dérapes à nouveau pour t'avoir, ils l'ont laissé sous-entendre.

Camille ne répondit rien, se contenta de se relever et d'aller se poster devant la fenêtre, songeuse. En danger, elle l'était depuis des mois, et les Carrow avaient proféré bien des menaces à son encontre. Mais tant qu'elle pouvait rester au grand jour, elle le ferait.

-Neville ne peut plus mener de missions pour l'Armée de Dumbledore désormais, et Ginny n'est pas revenue après les vacances, il faut que je continue d'organiser nos excursions, il faut que les élèves de Poudlard sachent que la rébellion est toujours en place, dit-elle à Drago. Tenir tête au régime c'est bien ma seule distraction en ce moment.

-Tu joues perpétuellement avec le feu, et ça va te coûter la vie. Tu ne pourras pas dire que je ne t'aurai pas prévenu.

Camille se retourna, pour voir Drago Malefoy se lever de son fauteuil, et commencer à quitter la cabane hurlante. Elle comprit qu'il s'en allait pour de bon, que la situation était désespérée et qu'il ne pouvait plus rien pour elle, elle qui ne voulait rien entendre. Prise par un élan de culpabilité, elle s'écria :

-Attends !

Drago se retourna, la mine sombre, alors Camille fit quelque chose qu'elle n'aurait jamais imaginé faire, qui plus est de son propre chef : elle s'avança jusqu'au Serpentard, et une fois plantée devant lui, le prit dans ses bras. Elle put sentir la surprise de son « ami » au départ, qui finalement accepta son étreinte sans rechigner, abandonnant pour de bon l'attitude distante qu'il ne pouvait s'empêcher d'adopter avec tout le monde. Après qu'une minute ou deux furent passées, Camille s'écarta de lui, et lui dit avec gratitude et tendresse, sachant qu'il ne fallait plus à présent qu'ils soient mêlés l'un à l'autre :

-C'est la dernière fois qu'on se voit, désormais c'est trop dangereux, mais sache que je n'oublierai pas toutes les séances de doloris que j'ai évité grâce à toi, et si par miracle mon camp finit par gagner, je te le revaudrai soie-en sûr. Je pense, ou en tout cas j'espère que tu es quelqu'un de bien Drago Malefoy, et je ne peux que te conseiller de te ranger du côté de l'Ordre du Phénix une fois que tu auras quitté Poudlard, ils pourront te protéger. Mais tu es seul juge, je comprends que ta situation est loin d'être simple. Alors, simplement, merci.

Pour la première fois depuis qu'elle connaissait le Serpentard, elle vit ses yeux bleus gris briller, et comprit que ces adieux étaient finalement loin de le laisser indifférent lui-aussi. Mais, les mauvaises habitudes ne se perdant pas facilement, il se contenta de lui recommander encore une fois :

-Je t'en supplie, sois prudente ou encore mieux, pars ce soir et va te cacher !

Et le Serpentard commença à quitter la salle. Mais, pour sa plus grande surprise, Drago se ravisa, revint sur ses pas et déposa un rapide baiser sur le front de Camille, avant de descendre quatre à quatre les marches de l'escalier. Camille, toute chamboulée, se laissa retomber sur son fauteuil. Elle devait réfléchir à tout ce qu'elle venait d'apprendre. Elle mit volontairement de côté dans son esprit la nouvelle qu'elle redoutait tant, mais qu'elle avait pressenti depuis le début : Bellatrix Lestrange était bien celle qui s'était chargée de tuer sa mère. Et si Camille continuait à y penser, nul doute que ce ne serait pas qu'un simple vase qui finirait par exploser dans la pièce… Elle en revint donc à sa préoccupation la plus urgente. Ainsi, les Carrow voulaient se débarrasser d'elle. Que devait-elle faire désormais ? Suivre Neville, et s'installer avec lui dans la salle sur demande, ou bien rester ? Pouvait-elle abandonner tous les autres à cause d'une simple menace qui n'était peut-être même pas fondée ?

Plus les minutes passaient, plus la réponse dans la tête de Camille se faisait flou, et finalement, elle repartit sans avoir pris de décision en direction du château, alors que l'heure de dîner venait d'arriver. Par précaution, elle monta dans son dortoir rassembler ses affaires, et à l'aide d'un sortilège d'extension indétectable qu'Hermione lui avait montré durant l'été dernier, fourra le nécessaire dans une pochette qu'elle prenait souvent avec elle, et qui passerait inaperçue dans une poche de sa robe de sorcière. Elle ne pouvait ignorer le nœud qu'elle avait à l'estomac depuis que Drago lui avait appris que les Carrow voulaient en finir avec elle, la prudence était donc de mise, d'où la précaution qu'elle venait de prendre.

Ainsi, ce fut avec une appréhension certaine qu'elle descendit dîner dans la grande salle, se demandant si Drago avait exagéré ses propos pour lui faire peur ou bien si, au contraire, elle se jetait dans la gueule du loup. Camille s'assit directement à côté de Parvati Patil sans jeter un seul coup d'œil à la table des professeurs. Il fallait qu'elle se fasse oublier pour un temps.

-Salut Camille, quoi de neuf ? Lui demanda Parvati, sa camarade de chambre devenue amie au cours de l'année.

Camille lui adressa un sourire et inventa une visite à la bibliothèque en fin d'après-midi, ainsi les jeunes filles se lancèrent dans une conversation banale. Ce fut avec un soulagement certain que la jeune sorcière nota que les Carrow surveillaient du coin de l'œil d'autres élèves qu'elle, mais sa détente ne fut que pour un temps.

-Harry Potter, il a réussi à cambrioler Gringotts et s'est enfui sur un dragon ! S'exclama avec force et enthousiasme Terry Bott en entrant en trombe dans la Grande Salle.

Toutes les discussions cessèrent d'un seul coup, et sous le choc de la nouvelle, Camille sentit son cœur louper un battement et ses mains se mettre à trembler. Elle laissa tomber lourdement sa fourchette en métal dans son assiette, ainsi de nombreux regards convergèrent vers elle. Elle baissa les yeux, se maudissant de ne pas avoir su maîtriser ses émotions, et entendit distinctement les Carrow se lever brusquement de leurs chaises, et se diriger droit vers Terry, qui sembla se rendre compte de la témérité de son acte. Il resta figé, à l'entrée de la Grande Salle, alors qu'Amycus cherchait déjà sa baguette dans sa poche. Ce fut plus fort qu'elle, Camille hurla à l'adresse de son camarade, voyant qu'il n'esquissait aucun mouvement :

-Terry, cours ! Va te cacher !

La garçon, semblant sortir tout à coup de sa léthargie, prit ses jambes à son coup et prit la fuite, alors qu'un stupéfix le manquait de quelques centimètres. Camille, comprenant le sale quart d'heures qu'elle allait passer si elle se faisait prendre, commença à se lever pour partir, mais Alecto fut trop rapide, et pointa sa baguette droit sur elle.

-Tu vas voir ce qu'il arrive aux gens comme toi, cette fois-ci tu ne t'en sortiras pas aussi bien…

Et d'un expelliarmus Camille fut désarmée. Elle n'eut d'autre choix que de suivre Alecto, qui la poussa brutalement hors de la Grande Salle, et fit exprès de ne pas regarder en direction de la table des Serpentards. Drago avait eu raison, et elle avait encore une fois joué avec le feu, repoussé ses limites trop loin. Et désormais, elle allait en payer le prix. Camille parcourut de nombreux couloirs, de plus en plus sombres et humides, le cœur battant la chamade, la panique s'emparant d'elle, et arriva finalement dans un cachot au sous sol. Alecto la fit brutalement tomber au sol, et d'un sort des chaînes s'attachèrent autour de ses poignets. La baguette de Camille fut posée à l'autre bout de la pièce, sur une table qu'elle ne pouvait atteindre, et Alecto jubila :

-C'est trop tard pour toi désormais petite peste, d'ici quelques heures le Maître sera là, et j'aurai son accord pour me débarrasser de toi.

La porte en fer s'ouvrit à la volée, laissant apparaître un Amycus en proie à une rage folle, et empoigna Camille par le col, lui hurlant :

-Je sais que tu es au courant de certaines choses concernant la mission de ton ami Potter, alors dis-les nous de ton plein gré et tu t'éviteras une torture certaine et longue !

Camille écarquilla les yeux de surprise, tout comme Alecto, qui rétorqua :

-Le Maître a dit qu'elle n'était au courant de rien, Amycus. Et jamais Potter n'a cherché à rentrer en contact avec elle au cours de l'année.

-Alors tu n'as pas vu sa réaction quand Boot a dit qu'il avait cambriolé Gringotts ? C'était celle de quelqu'un de nerveux qui est mêlé à tout ça! Ils ont dû trouver un autre moyen de communiquer !

-Absolument pas ! Je n'ai pas eu de ses nouvelles depuis presque un an ! S'écria Camille, qui sentait la peur l'envahir. Je ne suis au courant de rien !

Avant qu'elle ait pu prévoir quoi que ce soit, la main d'Amycus, puissante, s'était abattue sur sa joue avec tant de force qu'elle eut l'impression que cela avait produit une résonnance sur les murs.

-MENTEUSE ! S'écria-t-il. Dis-nous la vérité !

-Mais c'est vrai, je ne sais absolument rien, il est parti sans moi je vous rappelle !

-Endoloris.

Camille s'effondra sur le sol, hurlant à pleins poumons alors que le sortilège chauffait à blanc sa peau, se répandant tel du poison dans tout son corps. Elle se débattit, sentit ses yeux s'embuer de larmes, et plus les secondes passaient, plus les martèlements dans son crâne se faisaient intenses. Finalement, Amycus mit fin à son sort, et elle l'entendit rire alors que sa sœur, pour une fois sensée, lui demandait :

-Amycus, tu penses vraiment qu'elle sait quelque chose ?

-C'était la copine de Potter, elle sait forcément quelque chose, et depuis ce matin le Maître est prêt à tout pour l'arrêter, imagine l'opportunité si nous lui livrions une information ? Cette petite est coriace, mais elle parlera bientôt, et en plus j'ai des informations selon lesquelles elle serait membre de l'Ordre du Phénix, on pourra toujours en retirer quelque chose.

Camille, toujours étendue au sol, la respiration hachée, vit pour sa plus grande horreur Alecto hocher la tête, puis quitter la cellule sans un regard pour elle. Elle se sentit remise en position assise par Amycus, qui de sa baguette caressa le cou pâle de la jeune sorcière. Elle ne put se retenir de pleurer, terrifiée comme jamais elle ne l'avait été.

-Alors, toujours aucune information à me donner ?

-Je ne sais rien, sanglota-t-elle.

Cela lui valut une nouvelle gifle, ainsi qu'un sortilège de découpe sur sa joue. Camille grimaça de douleur, mais ne hurla pas, se contentant de pleurer de plus belle.

-Allons, allons, un petit effort… Harry Potter a cambriolé le coffre de Bellatrix Lestrange et je veux savoir pourquoi.

-Je ne sais pas ! S'époumona-t-elle.

Cette fois-ci, Camille reçut un coup de poing dans le ventre, qui lui coupa le souffle, et l'interrogatoire reprit. Combien de temps allait-elle tenir ainsi? Difficile à dire, mais pas très longtemps. Elle se maudit de ne pas avoir suivit le conseil de Drago et être parti directement se cacher.

-Alors ?

Cela faisait un temps fou qu'Amycus interrogeait Camille, et la jeune sorcière, à bout de forces, n'eut même pas le courage de répondre. Elle sentait le sang perler de sa lèvre inférieure, ainsi que de ses joues, où de nombreuses entailles se trouvaient désormais. Tout son corps était secoué de tremblements, et sa vision se faisait trouble. Une sorte de léthargie s'était emparée d'elle, tous ses membres étaient lourds, et elle était incapable de réfléchir correctement, même plus capable de parler. A côté cependant, elle entendait un autre élève crier. Au moins elle n'était pas seule à souffrir le martyr, mais à qui appartenaient ces cris ? Ils lui semblaient inconnus. Camille entendit indistinctement quelqu'un rentrer, et identifia la voix de Rogue, froide, ordonner à Amycus :

-Il est clair qu'elle ne sait rien, arrête ou le Maître ne pourra plus rien en retirer s'il veut l'utiliser comme appât pour faire venir Potter à lui.

-Ça ne marchera pas, murmura Camille d'une voix faible.

Elle distingua deux formes humaines se tourner vers elle, et dans un dernier effort, avoua tout en pleurant:

-Il m'a laissée ici de son plein gré, je ne suis pas importante pour lui, sinon il serait venu me rechercher. Il ne m'aime pas…

Camille sentit sa tête se faire encore plus lourde, son esprit s'embrumer, les battements de son cœur ralentir. Alors, elle se laissa glisser sur le sol froid et dur des cachots, renonçant à se battre, et sombra peu à peu dans l'inconscience. Elle se souvint de ses larmes, couler d'un flot continu sur ses joues, et de son sang chaud s'écouler lentement sur son visage. Ils avaient réussi, ils l'avaient brisée. Son sort n'était-il pas pire que la mort ? Ce fut sur cette dernière pensée que la jeune Gryffondor sombra dans l'inconscience, maudissant Harry Potter d'avoir croisé son chemin.

Lorsqu'elle s'éveilla, Camille constata que la pénombre l'entourait toujours. Elle se sentait faible, avait mal à ses plaies au visage qui devaient être soignées très prochainement avant de s'infecter, et ses membres étaient courbaturés, souvenir des sortilèges doloris qu'elle avait subi. Autour d'elle, le silence était complet. Elle se mit en position assise, tâcha d'ignorer les martèlements qui s'étaient logés dans son crâne, et chercha une solution pour sortir de cette pièce avant que Voldemort ne rapplique pour l'achever. En soit, cela aurait pu être une bonne chose, mais elle savait que la mort ne viendrait qu'après la torture, et ça, c'était bien ce qui lui faisait le plus peur. Camille avisa sa baguette, toujours sagement posée sur la table en bois à l'autre bout de la pièce, désespérée.

La sorcière sentit ses yeux s'embuer de larmes à nouveau, perdue, elle était perdue. Elle se laissa glisser sur le côté, maudissant Merlin de lui avoir donné une existence si pourrie, et sentit alors une bosse dans sa robe. Surprise, elle se redressa, et sortit de sa robe de sorcier la pochette dans laquelle se trouvaient toutes ses affaires. Dans leur hâte, les Carrow n'avaient même pas pensés à fouiller ses poches ! Ses yeux s'éclairèrent, et alors elle fouilla frénétiquement dans ses affaires afin de trouver un gadget qui pourrait la faire sortir de là. Elle se retint d'exploser de joie lorsqu'elle sortit son passe-partout sorcier, une clé qui s'adaptait à toutes les serrures, cadeau que Seamus lui avait fait quelques mois auparavant pour Noël. Pleine d'espoirs, Camille fit rentrer la clé dans la serrure qui la retenait prisonnière, et tourna la clé. Elle se libéra la main gauche, et en fit de même pour la droite, ignorant sa douleur aux deux poignets. Elle se jeta sur sa baguette à l'autre bout de la pièce, et d'un alohomora ouvrit sa cellule.

Une fois dehors, elle constata pour son plus grand bonheur que personne ne surveillait les cachots, les élèves n'ayant normalement aucune possibilité de s'y échapper. Alors que Camille commença à remonter lentement les escaliers, lui revinrent en mémoire les cris qu'elle avait entendus lorsqu'elle-même subissait son interrogatoire. Qui que ce fût, il avait sans doute besoin de son aide. La jeune fille fit demi-tour et lança :

-Hominum revelio.

Et vit une légère trainée blanche aller en direction de la cellule directement à gauche de la sienne. Camille déverrouilla la porte, et une fois à l'intérieur de la cellule se retrouva nez à nez avec Michael Corner, le visage tuméfié. Son expression s'illumina d'ailleurs lorsqu'il comprit qu'on venait le secourir.

-Il faut sortir d'ici au plus vite, chuchota Camille alors qu'elle faisait sauter les chaînes qui retenaient les mains de Michael. Que s'est-il passé enfin ? Je n'ai jamais vu les Carrow aussi agités et hystériques !

-C'est Potter, la rumeur courre qu'il a cambriolé de coffre de Bellatrix Lestrange, et ce qu'il y avait dedans était assez important pour que Tu-sais-qui en personne intervienne, il a mis tous les mangemorts en alerte, ils veulent absolument pincer Potter au plus vite, lui apprit Michael tout en se relevant. Qu'est-ce qu'ils te voulaient ?

-Savoir si j'avais des informations, ce que je n'ai en aucun cas. Et toi ?

-J'ai voulu libérer des élèves enfermés ici pendant que vous dîniez dans la Grande Salle, je me suis fait pincer. Nous sommes les deux derniers dans les cachots.

Michael récupéra sa baguette elle-aussi posée sur une table à l'autre bout de la cellule, et Camille reprit :

-Il faut qu'on arrive à aller dans la salle sur demande, c'est notre seule chance !

Corner acquiesça vigoureusement, et ils sortirent tous deux des cachots, remontèrent les escaliers avec prudence et tentèrent de prendre le chemin le plus direct pour se rendre dans la salle sur demande. On était au beau milieu de la nuit, et jamais le château n'avait été aussi désert et inquiétant. Dehors, on distinguait dans le parc des baguettes éclairées, signe que tout le château était gardé, et que quelque chose se tramait.

-Je n'aime vraiment pas ça… Ne put s'empêcher de murmurer Camille, alors qu'ils atteignaient le septième étage. C'est beaucoup trop facile.

-Les Carrow et Rogue ont été appelés tout à l'heure, c'est pour ça qu'Alecto m'a lâché, j'ai vu leur marque rougir. Peut-être sont-ils encore en réunion…

Intérieurement, Camille pria pour que ce fût le cas, et elle poussa un soupir de soulagement lorsqu'elle parvint devant le mur nu qui permettait l'entrée à la salle. Alors que Michael faisait trois allers et retours, elle monta la garde, mais ils purent passer sans encombre la porte, et une fois qu'ils l'eurent refermée, elle se laissa glisser au sol, complètement éreintée.

-CAMILLE !

Neville se précipita sur elle, la releva et l'assit sur un des hamacs dont disposait la salle sur demande, qui s'était considérablement agrandie depuis quelques temps. Une quinzaine d'élèves étaient présents, tous regardant les deux nouveaux arrivants avec crainte, et déjà certains Serdaigle s'étaient précipités eux-aussi vers Michael pour soigner ses blessures. Parvati, Padma et Lavande accoururent en direction de Camille et s'exclamèrent, les larmes coulant déjà sur les joues de Parvati :

-Par Merlin, comment vas-tu ? Mal, quelle question idiote ! Nous avons eu si peur ! Oh, Camille !

Et Parvati se moucha bruyamment dans un mouchoir.

-Qu'est-ce qu'ils te voulaient ? Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ? Demanda directement Neville, comme toujours aussi efficace lorsque la pression se faisait ressentir.

-Ils… Ils voulaient savoir si Harry m'avait dit des choses sur sa mission.

Et Camille explosa en sanglots, ne pouvant se retenir davantage. Neville la prit dans ses bras alors qu'elle se remémorait le sale moment qu'on lui avait fait passer dans ces cachots, tout cela pour rien. Plus elle y pensait, plus elle se remémorait la douleur, plus elle pleurait, ne pouvant plus s'arrêter.

-Je ne savais rien, sanglota-t-elle alors que Neville s'asseyait à côté d'elle dans le hamac. Rien du tout ! Et ils ont continué, encore, encore et encore ! Je n'en pouvais plus !

-Je sais, maintenant c'est fini Camille. Tu vas aller avec les filles dans la salle de bain te faire soigner, et ensuite tu vas dormir, ça ira mieux demain.

Camille acquiesça faiblement, alors que Lavande la prenait par les épaules et l'entraînait dans la salle de bain de la salle sur demande. Tout était de carreaux blancs, la lumière y était douce, et de nombreux lavabos ainsi que quelques douches y étaient disposées. L'atmosphère était apaisante, et contrastait vivement avec celle des cachots. Les filles donnèrent à boire à Camille une potion qui la fit se détendre entièrement, à peine avait-elle conscience qu'on soignait ou faisait disparaître ses plaies en fonction de leur gravité et leur ancienneté, et ses pleurs avaient finis par se tarir, elle était dans un état semi-comateux, complètement à l'ouest, incapable de ressentir quoi que ce soit, et cela faisait un bien fou. On la fit sortir de la salle de bain au bout d'un temps qu'elle n'aurait su définir, et Neville l'accompagna dans un endroit de la salle qui venait d'être crée spécialement pour elle.

Contrairement à la plupart des élèves qui dormaient avec leurs autres camarades, Camille avait désormais un lit qui se trouvait en retrait par rapport aux autres. Il était disposé dans un petit espace de dix mètres carrés tout au plus, et était séparé du reste de la salle par un grand et lourd rideau qui lui offrait la tranquillité et la solitude qu'elle désirait. Elle se mit directement dans les couvertures, éreintée, et Neville s'accroupit près d'elle, tâchant de lui apporter un certain réconfort.

-Camille, la fin est proche, j'en suis certain. Harry va revenir bientôt, j'en suis persuadé et…

-Neville ?

-Oui ?

-Ne me reparle plus jamais d'Harry Potter. Surtout pas pour parler d'une éventualité qui n'arrivera pas. Tout est perdu, il faut qu'on arrive à se mettre ça dans le crâne.

Camille vit que ses paroles avaient peinées Neville, qui se contenta de dire alors que ses yeux commençaient déjà à se fermer d'eux-mêmes :

-On en reparlera demain, dors pour le moment, mais sache qu'il faut garder espoir.

Neville lui caressa brièvement les cheveux, et s'en alla, tirant le rideau afin de laisser Camille dormir tranquillement. A peine se fut-elle retrouvée dans la pénombre que ses paupières se firent encore plus lourdes, et le sommeil vint de lui-même l'entourer.

Ce fut quelque chose d'inhabituel qui tira Camille de son réveil. Elle sentit quelqu'un lui caresser doucement les cheveux, et alors qu'elle recommença à bouger, sortant peu à peu de son sommeil, elle ne put retenir un grognement de douleur, ses membres étant tous courbaturés, comme si elle venait de pousser son corps à bout. Ce qui, en fin de compte, était peut-être le cas. Elle ouvrit peu à peu les yeux, s'habituant à la lumière qui passait à travers les rideaux. Ce fut ensuite plus distinctement qu'elle entendit le brouhaha qui régnait dans la salle. Agacée au plus au point, Camille se mit en position assise, et jeta un coup d'œil à sa gauche pour savoir qui venait de la réveiller.

Elle sentit son cœur faire un bond, puis louper un battement, son sang ne fit qu'un tour, et alors que Camille se sentait proche de l'évanouissement, son visiteur lâcha simplement, la regardant profondément :

-Je suis revenu.

Et oui, l'auteur sadique que je suis s'arrête au moment clé afin de vous laisser tout le temps de penser à ces retrouvailles de votre côté! :)

C'était un chapitre encore très sombre, mais je vous rassure c'était le dernier! Je sais qu'il y a pas mal de scènes de violence mais j'ai relu le chapitre de Harry Potter et les reliques de la mort quand Neville parle de la vie à Poudlard, et croyez-moi c'était pas triste... Les Gryffondor ont particulièrement morflés, certains ont le visage marqué par des couteaux comme Neville, Seamus etc.

Et cela me semblait un peu trop simple que Camille se promène tranquillement dans les couloirs de Poudlard avec deux mangemorts dans les pattes alors que certains ont forcément dû entendre parler de sa relation avec Harry, donc c'est vrai que je lui en ai fait pas mal baver à la pauvre... Mais ne vous en faites pas, je vais mesurer mon sadisme dans les prochains chapitres :)

J'en profite comme toujours pour remercier les lecteurs qui suivent assidument ma fiction ainsi que les reviewers, tout particulièrement maelendil qui était plus qu'inpatiente d'avoir la suite!

A très bientôt.