Les sourcils froncés, Remus parcourait ses notes pour ce qui lui semblait être la millième fois. Ses yeux fatigués glissaient sans interruption sur les suites de mots lues et relues sans pour autant qu'une illumination ne vienne le frapper, accroissant sa frustration.
— Toujours en train de tenter d'élucider le mystère des loups-garous inconnus ?
La voix qui retentit face à lui, pourtant joviale, le fit se raidir. Il ne leva le menton qu'avec réticence, tressaillant face à la vue du sourire avenant de Nymphadora, de ses yeux brillants et de ses cheveux éclatants. Il lui retourna un sourire poli et hocha le menton sans répondre. Puis il détourna rapidement le regard, tournant la tête vers Dumbledore, qui trônait au bout de la table. Il ne voulait pas voir la déception et la tristesse dans ses prunelles, sentiments qui rythmaient leurs conversations depuis quelques semaines. Mais il ne pouvait pas flancher. Il ne le devait pas.
Malgré sa claire rebuffade, elle s'assit en face de lui, silencieuse. Dumbledore s'éclaircit la gorge, et la réunion commença. Pourtant, Remus ne parvenait pas à se concentrer. Il avait une conscience aiguë de la présence de la jeune femme, à quelques mètres de lui. Il ne parvenait pas à la comprendre. En dépit de sa froideur, de la distance qu'il persistait à mettre entre eux, elle ne semblait pas se décourager le moins du monde. Que faire pour qu'elle comprenne qu'il agissait pour son propre bien ?
— Et je pense que Remus sera la personne la plus apte pour accomplir cette mission, dit soudain Dumbledore, le ramenant à la réalité.
Avisant le regard égaré de son ancien professeur, le directeur eut un léger sourire.
— Je disais Remus que vous étiez mon premier choix pour partir négocier avec les gobelins. Ragnok semble prêt à parlementer. Une rencontre a déjà été arrangée. Je vous donnerais à Tonks et vous les coordonnées exactes.
Remus se figea, incapable de réagir. Il ne pouvait pas partir en mission ensemble, impossible. La dernière fois, cela avait eu des conséquences aux accents irrévocables, et il ne pouvait laisser de tels évènements se reproduire. Il n'était pas sûr de pouvoir tenir ses bonnes résolutions une fois complètement seul avec elle, et encore moins de son attitude à elle. Mais comment dire non à Dumbledore sans paraître égoïste ? Comment se justifier sans que cela se présente comme un rejet complet ?
Totalement inconscient du dilemme intérieur de Remus, Dumbledore poursuivait d'une voix calme, la lumière des bougies se reflétant sur les verres de ses lunettes en demi-lune.
— Pour en revenir au problème le plus immédiat, Severus, je compte sur vous et Minerva pour vous assurer de la sécurité des élèves lors de mon absence. Je suis conscient que votre liberté de mouvements est des plus restreintes, mais le corps enseignant est à présent le dernier élément se dressant entre les étudiants et cette chère Dolores Ombrage.
— Qu'allez-vous faire Albus ? demanda Maugrey d'une voix bourrue. Vous êtes activement recherché par le Ministère à présent, Fudge nous a fait placarder un avis de recherches hier matin.
— Oui, je pense qu'il serait imprudent de me montrer présentement en Grande-Bretagne, répondit Dumbledore avec une bonne humeur qui les surprit tous. Je devais de toute manière effectuer un petit voyage, le moment est donc parfaitement choisi.
Tout le monde resta prudemment silencieux, personne n'osant poser de question sur cette mystérieuse expédition, ni même sur sa destination.
— Ce voyage étant de la plus haute importance, je me dois de partir dès la fin de cette réunion, poursuivit calmement Dumbledore. J'aurais par conséquent besoin d'un volontaire pour une rencontre planifiée avec les vampires en fin de semaine prochaine.
Le silence se réinstalla dans la pièce, plus lourd. Chacun savait ce que cela impliquait. Les vampires étaient restés extraordinairement neutres jusqu'à présent, résistants aux avances des deux parties, Mangemorts comme Ordre du Phénix n'avaient pu leur soutirer aucune promesse. Suite à de nombreuses sollicitations, ils avaient fini par faire clairement comprendre aux messagers des deux camps que le prochain à revenir vers eux se verrait infligé d'une morsure du plus bel effet. Dumbledore avait cependant réussi, quelques semaines plus tôt, à obtenir une entrevue avec leur leader, bien que personne ne sache exactement comment il s'y était pris.
Deux options s'étalaient à présent devant les membres silencieux de l'Ordre. Se rendre au point de rendez-vous et risquer de se faire arracher la tête par un vampire mécontent de se trouver face à un sous-fifre — la notion de hiérarchie étant très importante chez les vampires, leur leader refuserait de négocier avec n'importe qui, et connaissant le caractère imprévisible de leur race, le pire était à prévoir. Ou ne pas y aller et risquer de perdre une alliance décisive, tout en prenant le risque de les voir rejoindre le camp de Voldemort.
Malgré le choix difficile, Remus n'hésita pas longtemps. Dumbledore lui offrait ainsi un parfait échappatoire. Parlementer avec des vampires lui semblait bien plus attrayant que passer plusieurs heures à devoir combattre son instinct et repousser Nymphadora de multiples fois tout en voyant la peine qui luisait dans ses yeux.
— Je suis volontaire Albus, dit-il d'une voix claire, s'attirant ainsi nombre de regards étonnés.
Il évita soigneusement de détourner ses yeux des prunelles claires du directeur, qui le scannait avec attention.
— Et votre mission avec Tonks ? demanda-t-il d'un ton neutre.
— Kingsley peut me remplacer, affirma-t-il avec aplomb. Il est tout aussi diplomate que moi. Et mon statut de loup-garou sera un atout lors de ma rencontre avec les vampires, nous sommes sur un pied d'égalité aux yeux du Ministère. Je sais que je peux les gagner à notre cause.
Il y eut un instant de silence, Dumbledore semblant peser le pour et le contre.
— Bien, finit-il par dire. Alastor vous accompagnera.
Remus hocha le menton, déterminé. Il riva ensuite son regard sur la table devant lui, refusant de croiser les yeux accusateurs de Sirius, ou de voir sur son visage la peur qu'il sentait émaner de Nymphadora. Sa décision était prise, et il ne la regrettait pas le moins du monde.
Face à lui, Tonks peinait à retenir ses larmes. Il était difficile de rester enjouée et joyeuse comme elle se l'était promis dans ce genre de situation. C'était tellement blessant de constater qu'il préférait risquer sa vie plutôt que de venir en mission avec elle. Sa compagnie était-elle donc si affreuse ?
Elle le fixait sans discontinuer, mais il refusait de lever la tête, il refusait de croiser son regard. Il refusait de se retrouver seul avec elle, il refusait de lui parler. Ces constatations firent naître une énorme boule dans sa gorge qu'elle eut du mal à réprimer. Malgré les promesses qu'elle s'était faite d'être toujours positive, elle ne parvenait pas à rester optimiste.
L'homme qu'elle aimait préférait mettre sa vie en péril plutôt que d'admettre les sentiments qu'il avait pour elle. Et cela la rendait désespérément malheureuse.
RAR Lu : Je suis vraiment super heureuse que tu continues de lire cette histoire et de l'apprécier, et surtout, merci pour ta gentille review qui me donne le sourire ! :) Je suis contente de savoir que tu as aimé la petite conversation entre Sirius et Tonks, ce sont deux personnages qui n'échangent pas beaucoup dans le bouquin, mais je me suis dit qu'ils avaient quand même un bon potentiel au vu de leur parenté et de leurs caractères respectifs. Bref, encore merci pour ta lecture, ta review, tes compliments, ça me fait très plaisir, et j'espère que la suite continuera à te plaire. :)
