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Lexa était passé en mode automatique, incapable d'avoir des pensées pour autre chose que ce que le Comte lui avait dévoilé. Elle perçut la présence de Bellamy quand celui-ci se mit à sa hauteur, son premier réflexe fut le chasser loin d'elle Lexa réfréna cet élan car elle ressentait le besoin de lui parler, de poser des questions, d'obtenir le plus d'informations. Comme si les connaissances factuelles et rationnelles pouvaient étouffer le tourbillon d'émotions qui se formait en elle et qui lui déplaisait autant qu'il l'effrayait.
_ Qu'est-ce que tu as fait ?
Elle posa sa question comme on dépose une bombe sur le point d'exploser, avec précipitation, sans délicatesse. Et Bellamy sut naturellement quel était le fond de sa pensée quand il répondit le plus simplement possible, comme s'il s'imaginait pouvoir minimiser les choses.
_ J'ai essayé de tuer notre leader.
_ Pourquoi ?
_ Je devais protéger ma sœur.
_ Et Octavia ?
_ L'air respirable était limité sur l'Arche, nos dirigeants ont instauré une politique de l'enfant unique. Elle a été la sœur de trop. Ça a coûté la vie à notre mère.
La Commandante n'hésita pas une seconde à poser la question qui occupait tout son esprit, quand bien même cela aurait pu être délicat de parler de Clarke – actuellement dans le coma – avec Bellamy. Mais Lexa était naturellement plus souvent indélicate qu'agréable à cause de son habitude de prendre appui sur sa raison et non ses sentiments.
_ Clarke ?
Son simple nom, tout était dans l'intonation et Lexa y cachait énormément de chose : sa curiosité, sa colère, les sentiments complexes qu'elle éprouvait pour la blonde et qu'elle refusait de s'avouer.
_ Il faudra lui demander en personne, soupira Bellamy.
_ Tu ne le sais pas, déclara Lexa et ce n'était pas une interrogation.
_ Non, confirma-t-il.
_ A-t-elle parlé de ce qui s'était passé durant les cinq ans où elle était partie ?
_ Non. Elle n'a, pour ainsi dire, rien dévoiler de cet épisode. Penses-tu que ce soit la vérité ?
_ Certainement pas la stricte vérité, décréta la Commandante Terrienne. J'imagine qu'il a dû arranger certains passages et en oblitérer d'autres.
_ Mais tu crains que ce ne soit vrai.
_ Pas toi peut-être ?
_ Je ne sais pas, dit Bellamy d'une voix mal assurée. Disons que pour l'instant, je refuse d'y croire.
_ Pourtant, s'il ne nous a pas complètement floués, Clarke représente un danger pour nos deux nations. Et il est de notre devoir d'intervenir avant que plus des nôtres en subissent les conséquences…
_ Dans l'hypothèse peu probable, où ce serait le cas, la coupa Bellamy, que Clarke ait été retournée. Penses-tu sincèrement, que la confronter serait bénéfique pour qui que ce soit ? Si on fait tomber son masque et qu'on révèle son vrai visage, elle se vengera. Et nous perdrons beaucoup trop d'hommes de valeurs à se mesurer à elle.
Mahon n'appréciait guère que le garçon tourne en permanence autour du Comte, cela lui rappelait celui qu'il avait été quand il s'était retrouvé perdu. Tout juste sorti de la prison, les Pères et Mère du peuple sans nom avaient félicités les survivants de telle manière que Mahon en avait été perturbé. Ils l'avaient jeté dans une prison insalubre, ils avaient tenté de l'empoisonner avec un virus dévastateur. Et maintenant qu'il avait souffert, couvert les parois de la prison de sa sueur et de son sang, ils l'avaient accueilli non pas comme un héros ou comme un prisonnier de retour chez lui mais comme si de rien n'était, comme s'il n'avait fait que passer un examen sur un pantin d'exercice.
Cinq ans plus tôt,
Mahon inspira fébrilement l'air frais, ses genoux le faisaient souffrir, il s'était écorché l'avant-bras en s'extirpant de la crevasse. Là, tout de suite, de nouveau libre, il s'en contrefichait bien. Il sursauta, une main venait de se poser sur sa cheville, il baissa les yeux en même temps que ses camarades et observa Daemon qui se hissait sur le plateau à la force de ses bras. Sa bouche était dégoulinante de sang, et Mahon vit Clarke afficher une mine emplie de dégoût avant de détourner la tête.
_ Combien de temps pensez-vous qu'ils vont mettre avant de se rendre compte que nous nous en sommes sortis ? déclara Daemon avec insouciance.
_ Je suis persuadé qu'ils sont déjà au courant, lui répondit Fett.
_ Génial, se plaignit Elyas, nous avons de la visite les amis.
Effectivement, Mahon remarqua soudainement la présence d'une demi-douzaine d'instructeur portant le foulard rouge sombre. Ils s'avançaient vers le petit groupe de rescapé. Ils s'arrêtèrent à un mètre d'eux, en ligne, un instructeur d'avança et prit la parole.
_ Tout d'abord, félicitation. Ensuite, que chacun des instructeurs ici présent, moi y compris, seront attaché un seul d'entre vous.
_ Vous n'êtes que six, protesta aussitôt Elyas.
_ Et alors ? répondit l'instructeur en chef.
_ Il s'avère que nous sommes huit à nous en être sortis, fit remarquer Fett avec calme et autorité.
_ Non, deux d'entre vous n'ont fait que profiter de la situation et ne seront par conséquent pas accepté dans nos rangs.
_ Voilà une excellent initiative, railla Daemon.
_ La ferme toi, la situation est suffisamment tendue comme ça ! le réprimanda Mahon avec anxiété.
_ Ça tombe bien que le sujet vous intéresse autant, riposta l'instructeur, parce que c'est de vous deux que je parlais.
_ Si je ne te connaissais pas, je jurerais que tu es jaloux.
Mahon s'efforça de ne pas sursauter en entendant Wintergreen s'adresser à lui à sa manière, c'est-à-dire brutale mais sans colère. C'est la manière que le jeune homme avait de parler, simplement en lâchant les mots sans s'impliquer émotionnellement dans la conversation quel que soit le sujet. Et si jamais, on en arrivait à mettre les pieds au-delà d'une certaine ligne jaune, il se contentait de ne rien dire.
_ Merci, Wintergreen. Heureusement que tu me connais.
_ Tu es sombre.
_ Si tu le dis. Tu sais que le Comte le sait ?
_ Oui. Mais il n'a rien dit ce sujet, j'en déduis que ça ne le dérange pas.
_ Et Clarke ? Tu crois qu'elle le sait ?
_ Quoi ? Qu'on est ensemble ou mon véritable nom ?
_ Les deux, j'imagine…
_ Mahon. J'en ai envie.
_ Je ne t'ai jamais entendu demander ça de manière aussi directe, Sl… Bill.
_ Tu peux m'appeler Slade.
Mahon sourit, prit le visage de Slade entre ses mains et l'embrassa. Il répondit à son baiser presque immédiatement, et il l'approfondi même en caressant le dos de Mahon de ses mains. Ils oublièrent où ils se trouvaient, ils n'avaient plus conscience que d'eux, de leurs lèvres collées, de leurs caresses.
Octavia s'était jetée sur son frère à peine avait-il passé la limite du camp, elle l'embrassa sur les deux joues et le serra fort contre son cœur. Dieu, qu'elle avait eu peur de le perdre. Les larmes aux yeux elle se détacha de lui et une seconde bouffée d'émotion surgit, Octavia gifla bruyamment son frère.
_ Je sais que les femmes ont du mal à contenir leurs émotions, dit Bellamy mi- figue mi- raisin. Mais, pour le coup j'aimerais bien que tu m'expliques.
_ Tu m'as fichu la trouille de ma vie.
_ N'exagère pas non plus, tu veux.
_ Quel était le but ? Que mon enfant grandisse sans son oncle ?!
_ Hé !
_ Désolé.
La brune libéra son frère, elle remercia Robbie et ses camarades d'un hochement de tête et alla rejoindre Lincoln qui s'entretenait avec la Commandante Lexa. Visiblement cette dernière avait du mal à dire ce qu'elle avait découvert. Octavia haussa les sourcils mais la Terrienne l'envoya balader en lui suggérant sèchement d'aller demander à son cher grand frère au lieu de l'ennuyer elle. Octavia chercha à capter le regard de Lincoln mais son petit ami continuait de fixer sa Heda en fronçant les sourcils.
Finalement, suivant le conseil – qui l'eut cru - de Lexa, la brune se dirigea vers l'infirmerie où Bellamy devait être en train de passer une visite médicale et de se faire penser ses blessures. C'était aussi là que Clarke… dormait.
Bellamy vit sa sœur entrer dans l'infirmerie, il frémit quand Jackson tira sur les points de suture Octavia s'accroupit en face du lit où il était installé. A son regard sérieux et voilé, il sut qu'elle ne venait pas prendre de ses nouvelles.
_ Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-elle du but en blanc.
_ Le Comte nous a capturés.
_ Le Comte ?
_ Celui qui a blessé Clarke.
Ils jetèrent tous deux un regard un coup d'œil attristé et coupable au corps inanimé de la blonde uniquement vivante d'un point de vue médical. Octavia inspira pour se donner du courage et se lança :
_ Que t'a-t-il fait ? Est-ce qu'il t'a torturé ?
_ Non. Il ne nous voulait pas de mal, ni à moi ni à Lexa. Il souhaitait juste nous tenir à l'écart de quelque chose qu'il entreprenait.
_ Quoi ?
_ Je ne sais pas. Il a dit certaines choses, concernant Clarke. Des choses qui, si elle s'avérait vraie, seraient terribles et réduiraient à néant tout ce que nous avons battis pendant ces cinq années.
_ Et tu le crois.
_ Oui, mais je préfère vérifier.
En disant cela, Bellamy frissonna. Il se contentait de répéter ce que lui avait dit le Comte. Vous savez ce que je dis toujours ? Aie confiance, mais vérifie. Une partie de lui s'en voulait de le croire, tandis qu'une autre se demandait si, en fin de compte, le Comte n'avait pas tout simplement dit tout haut ce que lui pensait tout bas depuis un certain temps. Que Clarke Griffin était partie définitivement, et que quelqu'un de très différent était là à sa place. Quelqu'un de mortellement dangereux… Deathstroke.
Clarke revenait peu à peu dans un état proche de la conscience, autrement dit, la lumière créait des jeux d'ombres rougeoyants sur ses paupières et la blonde s'ennuyait. Être conscient que l'on ne peut ni bouger, ni parler et la pire chose qui puisse arriver, elle avait l'impression d'être prisonnière de son corps, prisonnière de la réalité matérielle qu'elle quittait avec joie dès qu'elle le pouvait et que ses souvenirs remontaient au-devant de ses pensées.
Les instructeurs emmenèrent chacun un des six sélectionnés, Clarke suivit docilement le sien. Lorsqu'ils se trouvèrent un peu à l'écart, le foulard rouge s'arrêta, se retourna et dévoila à la blonde un sourire radieux.
_ Anya ! s'exclama joyeusement Clarke.
_ Je suis fière de toi, dit sincèrement Anya. J'ai hâte que nous commencions ton entrainement, tu as été vraiment très impressionnante, Clarke. Tu as fait forte impression auprès des Pères et de la Mère.
_ Vraiment ?
_ Ne doute pas de toi, pas un seul instant car tu es douée. Pressons-nous, des amis attendent ton retour avec impatience.
Le sourire aux lèvres et les pensées entièrement dirigées vers Leslie et Slade, Clarke courut sur les talons de sa nouvelle instructrice, la Terrienne Anya. Elle retrouva, avec un plaisir qu'elle n'aurait pas soupçonné un mois auparavant, la cité en ruine. La première fois que Clarke y avait mis les pieds, elle n'avait fait que poser des yeux curieux sur tout ce qu'elle découvrait avec ébahissement. Aujourd'hui, où que son regard aille, elle retrouvait un détail familier qui la faisait se sentir chez elle. De nouveau.
Avant même que Clarke n'ait pu les localiser dans la foule, Leslie et Slade sautèrent à son cou. La jeune femme originaire de la Nation de la Glace l'enlaça, plongea son visage au creux du cou de Clarke en y déposant un léger baiser. La blonde laissa ses mains trouver leur place non loin des reins de Leslie et intensifia l'étreinte.
_ Vous savez, les filles, je n'ai rien contre ce genre d'orientation, déclara Slade ne se raclant la gorge, mais j'aimerais vraiment saluer mon amie également.
Clarke rit pendant que Leslie rougissait, elle donna à son camarade l'accolade amicale qu'il réclamait.
_ Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ?
_ De quoi ?
_ Que tu n'as rien contre ce genre d'orientation ?
_ Oh, c'est vrai que Leslie n'a pas encore eu le temps de te le dire.
_ Encore une fois : de quoi ?
_ Clarke, je suis gay.
_ Oh !
La blonde encaissa le coup, elle n'avait rien vu venir mais réalisa presque aussitôt que ça ne la dérangeait pas. Elle-même avait été amoureuse d'une femme, et quelle femme… Dans le centième de seconde qui suivit, elle comprit ce que sous-entendait son ami, à propos de sa relation avec Leslie.
_ Non ! s'exclama- t-elle, non.
_ Ça n'a rien à voir, reprit Leslie trop tôt.
_ Si vous le dîtes, répondit Slade visiblement peu convaincu en levant les mains comme pour se rendre.
Les filles continuèrent de protester avec véhémence pendant une bonne dizaine de minutes. Anya informa Clarke qu'elle avait une journée de repos avant que l'entrainement et les choses sérieuses reprennent. En dépit de leurs protestations sur leur sexualité, dès le moment où Leslie et Clarke se retrouvèrent seules, toutes les deux dans les quartiers de la blonde, elles se posèrent la question. Pour Clarke la réponse vint aisément, elle avait aimé Finn, elle avait été attirée par Lexa et Nanda. Et maintenant, elle tombait amoureuse de Leslie.
_ J'aime les hommes, déclara soudainement Leslie.
_ Qui est-ce que tu essayes de persuader ? Toi ou moi ?
_ Clarke ! se plaignit-elle.
_ Clarke ?
C'était la voix de Bellamy qui parvint à ses oreilles, elle perçut d'étranges intonations. Ce fut en sentant ses orteils, ses mains, s'agiter qu'elle devina qu'elle avait bougeait dans son sommeil. Preuve qu'elle émergeait de sa paralysie. Clarke se demanda si Bellamy était penché au-dessus de son lit. Qui était donc à son chevet ? Robbie, Abby ? Sa mère avait-elle surmonté leur différent pour se faire du souci pour sa seule famille en état comatique ?
Il suffit à Clarke d'ouvrir les yeux pour se rendre compte qu'elle pouvait encore voire, et que Bellamy était – en effet – penché au-dessus de son lit, une expression inquiète inscrite sur le visage. Derrière lui, Jackson semblait plein d'espoir sur sa gauche, Octavia étai juste perplexe. Plutôt pas mal comme panel. La blonde ouvrit la bouche et tenta d'articuler quelque chose, presque certaine que tout ce qu'elle parviendrait à émettre serait de risibles croassements.
En réalité, elle s'exprima clairement, bien que faiblement :
_ Les gars. Voir vos têtes au réveil n'est pas le cadeau le plus agréable qui soit, vous savez.
_ Heureux que tu sois de retour parmi nous, la salua Bellamy en souriant.
_ Impressionnant, nota Jackson, tu es sorti du coma depuis à peine une minute et tu es déjà en mesure de parler de manière cohérente.
_ C'est une bonne chose ? voulu savoir Clarke.
_ Je ne sais pas. Mais d'après tes relevés médicaux, tu es en bonne voie de guérison. J'ai confiance en eux.
_ Aie confiance, se moqua gentiment la blonde, mais vérifie. On ne sait jamais.
Octavia su, à cet instant, que Bellamy savait et elle sut à son tour. Le Comte avait dit la vérité, Clarke n'était pas celle qu'elle prétendait être. Ce n'était plus la fille du docteur Abigail Griffin, Chancelière du camp Jaha qui était allongée dans son lit, en pleine convalescence. Ils venaient de prendre soin, de soigner, un ennemi.
