La mer, le calme et le premier avril

Chapitre 21 : Umi

Umi était morte.

Depuis longtemps déjà.

Le jour où elle était rentrée en furie chez elle avant de se précipiter dans sa chambre et se plonger dans un mutisme, elle avait tué.

D'une façon terriblement idiote, qui plus est.

Elle rentrait de l'école et avait traversé sans regarder ni à droite, ni à gauche.

Les écouteurs qu'elle portait aux oreilles ne permettaient pas aux sons de passer.

Elle n'avait donc ni vu, ni entendu la camionnette.

Les passants ont tous témoigné d'avoir vu la fille descendre du trottoir, insouciante et s'être fait fauchée en pleine progression par le véhicule.

Elle était tombée sur le sol, inerte.

On pouvait immédiatement juger qu'elle était décédée : ses yeux grand ouverts étaient vides et sa colonne vertébrale faisait un angle peu naturel.

L'ambulance était arrivée. On l'avait transporté à l'hôpital.

Mais ce que personne ne voyait, c'était la grande femme se pencher sur Umi et prendre son âme dans les bras, l'emmener, et disparaître.

Akai vit dans une immense citadelle délabrée, envahie de long fils rouges qui parcourent la totalité des pièces.

Il est quasiment impossible d'évoluer chez l'esprit.

Elle avait ramené Umi et l'avait assise dans un fauteil défoncé.

La jeune fille avait ouvert les yeux.

Se retrouver face à cette femme méprisante fait partie des plus grandes peurs de sa vie.

Celle-ci lui avait proposé un marché : Elle lui prêtait un corps artificiel, faisait disparaître sa mort des fichiers de l'Etat et en échange, elle retournait au Japon.

Pour pousser son cousin Domeki Shizuka à enfin aimer correctement Watanuki Kimihiro, et vice-versa.

Umi avait eu du mal à tout digérer. D'abord sa mort, puis le fait que si les deux garçons (dont elle ne connaissait que le premier, et encore, ça faisait longtemps qu'elle ne l'avait pas vu…) n'ouvraient pas les yeux, ils risquaient gros, à en entendre la démone.

Umi avait finalement accepté. Le jeu en valait la chandelle.

Et elle n'avait pas envie de mourir.

Son cadavre disparu alors de la morgue où il avait été transposé, la mémoire de ceux qui l'avait vu effacée, les traces de l'accidents également. Tout ce qui pouvait prouver que Domeki Umi s'était fait renverser et tuer sur le coup avait disparu.

Et Umi réapparu dans son monde.

Elle était rentrée chez elle en trombe, et s'était effondrée, désorientée, apeurée.

Elle n'avait plus parlé, réfléchissant à une stratégie pour rentrer et convaincre les deux garçons.

Car elle aussi était en danger si jamais elle échouait.

Akai n'était pas une figure de clémence.

Bien au contraire.

Et ainsi, en ce jour où elle avait à demi réussi sa mission, Akai lui retirait toute possibilité de vivre.

Elle avait détruit son corps artificiel et l'âme s'était évaporée.

Les passants retrouvèrent la mémoire, la morgue le cadavre, la rue les traces.

Le cimetière trouva une tombe de plus, les fichiers mortuaires un nom.

Le père d'Umi retrouva ses larmes.

Tout comme si la jeune fille n'avait jamais été sauvée par Akai.

Et Shizuka n'avait plus que ses yeux pour pleurer.

À suivre…

/Sifflote l'air de rien, regarde ses ongles/

Mais que croyez-vous ? Moi aussi je suis triste ! J'aimais bien Umi ! Mais voilà, c'est la fatalité.