Bonjour à tous et bonne lecture.


Shinji Inu : Haha, je te laisse découvrir ça. Merci beaucoup.


Chapitre 20


Tout a commencé sur le divan,

À régler mes affaires, à parler de mon père.

Il m'a fallu des années lumières,

Retrouver l'origine de mes enfers.

Je rêve, je m'enferme,

Je sais qu'au fond de moi,

Des milliers de combats

S'enflamment et se terrent.

Tout ce que j'ai vécu,

A forger mon foutu caractère.

Caractère – Joyce Jonathan


Harry ne semblait pas se remettre des révélations que Lyanna venait de lui faire. Il regardait fixement la blonde et la jeune femme préféra s'excuser, prétextant de la fatigue, pour pouvoir s'isoler dans la chambre qui lui avait été prêtée.

Elle était toujours mal à l'aise lorsqu'elle parlait de sa filiation à un inconnu, chose qui était extrêmement rare. Pour être exact, elle était toujours mal à l'aise lorsqu'elle en parlait, tout simplement. Qu'il s'agisse d'un inconnu ou d'une personne proche ne changeait rien.

En Amérique, la question ne se posait pas, elle était Lyanna Nott, point, aucune question, aucun regard gênant. En Angleterre, les choses étaient différentes, ses amis étaient au courant depuis toujours et n'y accordaient plus aucune importance, les autres se contentaient de la regarder de manière insistante et de chuchoter dans son dos.

Une bouffée de rancœur s'empara d'elle. Elle avait été reconnue par Julius Nott dès sa naissance, si elle n'avait pas eu les cheveux si blonds et les yeux de ce gris étrange, elle n'aurait eu aucun problème.

Elle aurait pu étudier à Poudlard, savoir dans laquelle des quatre célèbres maisons était sa place. Elle n'aurait pas eu à quitter son frère, son pays, ses amis d'enfance.

Mais non, malheureusement, sa ressemblance avec Lucius Malefoy avait été trop frappante. Alors malgré le fait qu'elle ait été reconnue, les rumeurs et médisances avaient commencé à la suivre avant même qu'elle ne sache tenir sur ses deux jambes. Se faire surnommer la bâtarde Malefoy avant même de savoir marcher n'avait rien de plaisant.

Chez les Sang-Pur, les choses étaient aussi simples qu'injustes. Les enfants qui n'étaient pas reconnus par leur père étaient des bâtards. Ainsi, peut-être que de nombreux autres enfants n'étaient pas déclarés par leurs pères biologiques mais, du moment que personne ne l'apprenait, il n'y avait aucun problème. Le sort n'avait simplement pas été en faveur de Lyanna.

Toutefois, dans son malheur, elle avait eu beaucoup de chance. Julius Nott avait été un véritable père pour elle. Il l'avait élevée, encouragée et aimée, comme si elle était sa fille de sang. Il avait épousé la mère de la jeune femme avant même qu'elle n'accouche et avait accepté de la reconnaître tout en sachant qui était le véritable père. Même après que Cathy, la mère de Lyanna, l'ait quitté, il avait continué à s'occuper de l'enfant, tout juste âgée de trois ans à cette époque. Pour Lyanna, peu importait le sang, Julius était son père et elle lui vouait une admiration sans limites.

La blonde sortit de ses pensées en entendant des coups frappés à sa porte.

- Lya, je peux entrer ? demanda Drago, de l'autre côté du battant.

- Oui, répondit-elle avec un grand sourire.

S'il y avait bien une chose de positive dans toute cette histoire sordide, c'était Drago. Pour la plupart des gens, il paraissait froid, arrogant, insupportable même, si elle devait être honnête. Mais il était différent avec ses proches. Malgré les apparences, ses amis savaient qu'ils pouvaient compter sur lui. Lyanna n'était pas une amie, elle était sa sœur et entre son comportement envers les autres et son comportement envers elle, il y avait une énorme différence.

Avant son départ en Amérique, Lyanna était souvent au manoir Malefoy pour passer ses journées pendant que son père travaillait. Elle pouvait remercier Narcissa pour ça, elle avait toujours tenu à ce que Drago et elle se voient. Enfin, elle supposait que c'était grâce à elle, même si elle n'en avait jamais eu la preuve.

D'aussi loin que remontaient ses souvenirs, Drago avait toujours été un grand frère exemplaire. Il était à l'écoute, rassurant, protecteur et chaleureux. Jamais il n'avait fait allusion à son statut de bâtarde, elle était sa sœur, au même titre que si Lucius l'avait conçue avec Narcissa. Elle l'aimait plus qu'elle n'aurait su le dire et elle savait que c'était réciproque.

Même après son départ l'Amérique, elle avait pu compter sur lui par correspondance et elle était revenue à chaque vacance d'été. Enfin, jusqu'au retour de Voldemort.

Rester loin de lui autant d'années avait été une vraie torture. Cela avait été d'autant plus dur en le sachant emprisonné. Le pire de tout fut l'année écoulée sans aucune nouvelle de lui. C'étaient les mêmes questions qui étaient revenues en boucle pendant tous ces mois. Où était-il ? Etait-il en vie ? Pourquoi ne la rassurait-il pas ?

Repenser à cette période la replongea dans le même état d'angoisse qu'elle avait supportée tout ce temps et les larmes lui montèrent aux yeux.

- Lya ? s'inquiéta Drago en voyant une larme couler sur la joue pâle de sa sœur.

Remarquant que les pleurs de la jeune femme s'accumulaient et qu'elle ne semblait ni pouvoir se retenir ni pouvoir lui confier ce qui l'attristait, même s'il s'en doutait, le blond s'installa à ses côtés et l'enlaça.

Les sanglots de Lyanna s'accentuèrent alors qu'elle passait ses bras autour de son frère, se laissant aller contre lui. Ils restèrent ainsi pendant un moment, sans parler. La jeune femme était en train de relâcher toute l'angoisse qu'elle avait pu ressentir.

- Je suis désolé, chuchota Drago lorsque les larmes de sa sœur se tarirent.

Lyanna s'écarta quelque peu de lui et le regarda dans les yeux, un sourire aux lèvres.

- Tu es là maintenant, c'est le plus important, finit-elle par dire.

Si Drago avait gardé le silence auprès de ses amis, il ne voulait pas en faire de même avec Lyanna. Il prit une inspiration et se lança alors même que la blonde n'avait aucunement l'intention de le questionner dans l'immédiat.

- A ma sortie de prison, je n'étais déjà plus le même. J'avais peur de vous retrouver. Je venais de passer cinq ans dans un endroit où mes seules visites avaient été celles de Potter en tant qu'avocat. Ainsi que les deux visites des membres du Ministère m'annonçant la mort de père puis celle de ma mère...

La jeune femme prit les mains de Drago dans les siennes.

- J'ai essayé d'obtenir un droit de visite mais ils m'ont dit que je n'étais pas de la famille, expliqua Lyanna en baissant les yeux.

Drago retint sa colère. Celle-ci n'était pas destinée à sa sœur, bien sûr. Non, sa colère était à l'encontre de son père qui n'avait jamais rien fait pour légitimer Lyanna et à toutes les personnes qui jugeaient la naissance de sa sœur. Dans des cas comme celui-ci, ça ne devrait pas être à l'enfant d'être pointé du doigt mais aux parents. Eux, ils savaient ce qu'ils faisaient, contrairement à un être qui n'avait jamais demandé à venir au monde.

- De toute façon, je n'aurais jamais accepté que tu viennes dans cet horrible endroit…, commença le blond.

- J'ai vu des choses bien pires, avoua-t-elle en se concentrant sur ses doigts entrelacés à ceux de son frère.

- Je ne vois pas ce qu'il y a de pire qu'Azkaban, fit amèrement remarquer Drago.

La jeune femme soupira, fuyant toujours le regard de son frère et prit la parole d'une voix tremblante.

- J'ai fait le déplacement pour tous vos procès, celui de Narcissa y compris…

- Je t'avais demandé de ne pas venir au mien !

- Comme si j'étais du genre à t'écouter, répondit Lyanna avec un sourire en coin.

Le blond ricana. Oui, ils étaient très différents sur beaucoup de choses mais ils avaient des points communs. Ils n'en faisaient qu'à leur guise, n'écoutant que ce qu'il leur plaisait d'entendre. On pouvait noter également que, lorsque les émotions étaient trop fortes, ils répondaient par de l'ironie, même si ce trait était un peu plus prononcé chez Drago que chez sa sœur. Mais, surtout, ils avaient la même dévotion l'un envers l'autre.

- Pourtant, dans aucune des lettres que tu as écrites, tu ne m'as parlé de ta présence aux audiences.

- Tu n'as pas regardé une seule fois autour de toi ce jour-là. Alors je me suis demandé, à quoi bon t'en parler ? Tu ne m'avais pas vue.

Drago acquiesça, mais il ne voyait pas où sa sœur voulait en venir. Certes, les voir tous condamnés à des peines de prison ou au baiser du Détraqueur pour leur père n'était pas facile, mais ça n'était pas pire qu'une visite à Azkaban.

- Je ne vois pas où tu veux en venir…

- Lors de son procès, Lucius m'a vue, lui, commença-t-elle.

Drago ne fut pas surpris par l'utilisation du prénom de leur père. Elle ne l'avait toujours appelé « père » que devant lui et en privé, pour ne pas le contrarier. Le blond savait que sa sœur aimait son père biologique, malgré tout ce qu'elle pouvait dire ou faire, elle l'avait aimé, mais elle ressentait aussi beaucoup de colère et de rancœur. Drago n'allait certainement pas la blâmer à ce sujet.

- Juste après son procès, il a réussi à obtenir quelques minutes avec moi. Lorsqu'une personne est condamnée au baiser du Détraqueur, il a le droit de demander la présence de quelqu'un de son choix…

Drago ne put cacher l'horreur sur son visage.

- Lya, dis-moi qu'il ne t'a pas demandé ça…

Mais Drago s'interrompit. Bien sûr qu'il le lui avait demandé. Leur père pouvait être tellement égoïste. Il ne questionna même pas sa sœur pour savoir si elle avait accepté. Il la connaissait, jamais elle n'aurait eu le cœur de lui refuser sa dernière volonté. Malgré toute la rancœur que pouvait avoir Lyanna à l'encontre de Lucius, elle restait l'une des personnes les plus gentilles que pouvait connaître Drago, au moins à égalité avec Potter ils feraient la paire ces deux-là. (Mais pourquoi demander Lyanna et pas Narcissa ?)

- Il ne te mérite pas… Il ne t'a jamais méritée, déclara Drago en prenant sa sœur dans ses bras. (Elle n'y était plus ? Elle s'était juste un peu écartée)

- Il ne t'a jamais mérité non plus. Certes, nos problèmes avec lui sont différents mais quelque part, tu as tellement plus souffert par sa faute. Je me dis souvent qu'au final, j'ai eu de la chance de ne pas être une Malefoy.

Dès le retour de Voldemort, Lucius avait dit à Julius Nott de ne plus laisser sa fille rentrer en Angleterre. Si certains Sang-Pur se contentaient de cancaner et de médire sur Lyanna, d'autres, comme Bellatrix, auraient pu lui faire du mal. Sans parler de Voldemort lui-même. Elle pouvait reprocher pas mal de choses à Lucius mais à ce moment-là, il l'avait protégée. Contrairement à Drago qui s'était retrouvé au cœur de cette guerre.

En fait, il n'y avait que son statut de bâtarde et le fait de ne pas avoir grandi chaque jour auprès de son frère qu'elle pouvait reprocher à Lucius. Elle se souvenait de la période où elle avait été hospitalisée après avoir attrapé la Dragoncelle. Lucius avait passé quatre jours à l'hôpital, sans jamais la laisser plus de quelques minutes.

Elle se souvenait aussi de l'année où elle avait pleuré de ne jamais pouvoir fêter Noël avec Lucius et Drago. Même si Narcissa avait toujours accepté la présence de Lyanna. Lucius avait pourtant veillé à ce que la petite fille ne soit pas intégré aux fêtes de famille. Cela n'aurait pas été convenable aux yeux des autres Sang-Pur.

Cependant, pour que sa fille soit heureuse, son géniteur était venu la récupérer et ils avaient passé Noël rien que tous les deux, en France, loin des commérages. Plus tard, en rejoignant le Manoir Malefoy après les fêtes, Drago lui avait confié avoir passé le meilleur Noël de sa vie, seul avec sa mère.

Malgré la rancœur qu'elle avait envers lui, elle devait avouer qu'il avait été meilleur avec elle qu'il ne l'avait été avec Drago. Son grand frère devait toujours se comporter avec une certaine prestance, Lucius n'avait jamais toléré le moindre écart venant de lui. Il représentait l'avenir de la famille Malefoy, celui qui transmettrait le nom, qui en serait l'image pour Lucius, il se devait d'être irréprochable.

Lyanna, elle, ne représentait rien. Elle n'était pas l'avenir des Malefoy. Elle était simplement sa fille. Elle avait connu un Lucius patient, rieur parfois, attentionné lorsqu'ils n'étaient que tous les deux. C'était pour cette raison qu'elle avait accepté d'être présente à ces derniers instants. Il n'avait jamais été irréprochable avec elle, loin de là mais elle gardait de bons souvenirs de certains moments, Drago ne pouvait pas en dire autant.

La jeune femme soupira et s'éloigna un peu de Drago.

- Bon, assez parlé de lui, continue plutôt ton histoire, dit Lyanna.

Le blond lui raconta donc sa sortie de prison. Bien sûr, comme ils avaient échangé des lettres lors de son incarcération, il était inutile de s'attarder sur cette période. Il lui avoua son incapacité à faire de la magie. Il lui raconta comment cela avait entraîné sa chute. La jeune femme ne l'interrompit pas une seule fois, les yeux brillant de larmes contenues.

Il lui expliqua aussi comment Harry l'avait trouvé et comment il avait accepté son aide, sans vraiment savoir pourquoi. Encore aujourd'hui, il ne savait pas pour quelle raison il l'avait fait

Si la jeune femme était honnête avec elle-même, elle devait avouer qu'elle en voulait à Drago de ne pas être venu vers elle, de l'avoir laissée s'inquiéter ou encore de s'être laissée dépérir au lieu de se battre. Mais son soulagement et sa joie de le retrouver surpassaient tout le reste.

- Ne parlons plus de tout ça, je vois bien que tu en souffres rien que de me le raconter. Tu es là à présent, c'est ce qui compte, lâcha-t-elle.

Le blond caressa sa joue et y déposa un baiser avant de se lever.

- Je suis heureux que tu sois là. Tu comptes rester un moment ? la questionna-t-il.

- Je ne compte plus repartir.

Drago lui répondit par un sourire qu'elle lui rendit.

- Je vais te laisser dormir.

La jeune femme acquiesça et alors qu'il s'approchait de la porte, elle lui posa une dernière question.

- Où vas-tu dormir ?

- Dans le canapé, mentit-il.

Malgré le fait que le visage du blond ne montrât aucun signe de mensonge, Lyanna afficha un sourire en coin.

- Bien sûr, dans le canapé.

Alors que Drago s'apprêtait à lui demander ce qui semblait l'amuser, elle poursuivit.

- N'oublie pas de jeter un sort de silence pour mes pauvres oreilles et le sort de protection si vous n'avez pas fait les tests adéquats.

Drago lui répondit par un geste de la main loin d'être convenable et la blonde se contenta de rire. Comment avait-il pu espérer qu'elle gobe son mensonge ? Il était plus que doué dans l'art de travestir la vérité… sauf avec sa sœur. Il ne savait pas vraiment de quelle façon, mais elle voyait toujours lorsqu'il mentait. La réciproque n'était pas forcément vraie, elle pouvait le berner à sa guise mais était trop honnête pour le faire.

- J'avais oublié à quel point tu étais une emmerdeuse.

Un nouveau rire lui répondit et il ne put s'empêcher de partager son hilarité tant ce son lui avait manqué.

- Je t'aime, lâcha-t-il une fois le rire tari.

- Je t'aime aussi.

La blonde regarda son frère sortir et, avec un sourire, elle se laissa tomber sur les oreillers. En cet instant, elle se sentait parfaitement détendue et ce, pour la première fois depuis pas mal de temps. Son frère était libre et il allait bien, alors elle aussi.

Elle se changea d'un coup de baguette et éteignit les lumières. Avec un soupir de bien-être, elle ferma les yeux, laissant le sommeil la cueillir rapidement.


Merci à tous et un joyeux noël.