Enfin le nouveau chapitre annoncé ! Nous allons laisser de côté Batman, Eaglestar et Iron Girl pour quelques chapitres afin de revenir sur la femme qui a quand donné son nom à cette fic…Harley Quinn ! Que fera la reine du chaos après la destruction de Génosha ? Qui rencontrera-t-elle ? Que va-t-elle expérimenté et à quel point sombrera-t-elle dans la folie et le meurtre ? Découvrez-le maintenant et dans les prochaines semaines !

Chapitre Vingt-et-Un

Retour à la Grosse Pomme

Manhattan, New York

20 juin 2015, 13h02

Harley Quinn

Alors que je déguste un hot-dog bien graisseux d'une main, l'autre manipulant la poussette de Jack, je suis forcée d'admettre que l'Amérique m'avait manqué. Il y a quelque chose d'unique dans ce pays de fous dirigé par des fous, quelque chose à laquelle je peux presque m'identifié. Ou alors, je délire encore à cause du décalage horaire. C'est également possible.

Wind à mes côtés, je traverse l'épaisse foule de citoyens et de touristes, les premiers zigzaguant aveuglément grâce à la force de l'habitude sans quitter des yeux leur téléphone portable, et les seconds en bavardant avec enthousiasme dans leur langue respective en brandissant des appareils photo. Et au milieu du vacarme de toutes ces discussions, s'entremêlent les klaxons agressifs des taxis et les bavardages vident des présentateurs sur les écrans géants accrochés sur certaines façades. L'effet Time Square se propage.

Nous dépassons une borne publicitaire dont l'hologramme s'anime sous la présence de Wind, lui proposant un quelconque produit de beauté pour séduire son âme sœur. Mon amie jette un regard dédaigneux à la femme virtuelle avec son sourire trop blanc, puis secoue la tête.

-Dommage que cela ne soit qu'une machine, me confie-t-elle. J'aurais bien aimé lui coller une mauvaise odeur pour le reste de la journée…

-Ah oui…on n'arrête pas le progrès, n'est-ce pas ?

Je suis habillée en civile, avec une simple camisole rose ornée d'un dessin de bonbon et un short court, et mes cheveux sont coiffés en deux couettes. Malgré cela, ma peau blanche ne manque pas d'attirer l'attention, de même que mon corps féminin. J'ai recouvert mon poussin d'une couverture pour lui faire de l'ombre face au soleil, mais aussi parce que son apparence particulière risque de lui attirer des jugements mesquins. Et je n'ai pas envie de me lancer dans un bain de sang aujourd'hui.

Mon en-cas terminé, je lèche consciencieusement mes doigts en laissant mon regard parcourir la rue de derrière mes verres fumés. Sur bien des points, New York me rappelle Gotham. Une immense cité, de hauts gratte-ciels, une frontière marquée entre pauvres et riches…l'endroit parfait pour s'amuser.

Durant le voyage depuis Génosha, j'ai longuement réfléchi à ce que je voulais accomplir dans ce monde sans Batman. Maintenant que Jack est né, plus rien ne peut se mettre en travers de mon chemin. Il va m'être possible de poursuivre l'œuvre de monsieur J. ici…il y a tellement de gens aveugles à la folie du monde. Tellement de ridicules superhéros à humilier !

Qui plus est, personne ne me connait, ici. On va bien s'amuser…

-Qu'en penses-tu, Windy ? je demande à ma compagne. Cet endroit te convient ?

-C'est vrai que je ressens une furieuse envie de foutre le bordel, admet-elle avec un sourire.

-Là tu parles ! Mais patience, cela va venir.

Nous tournons un coin, ce qui fait apparaître entre deux immeubles la tour vitrée de la société Oscorp, l'un des géants industriels du coin. Cet endroit me rappelle beaucoup la tour Wayne de chez moi, avant que je ne participe à sa destruction. Un instant, je me plais à imaginer toutes les vitres exploser, répandant une averse de verre tranchant s'abattre sur la ville. Cette vision de mon imaginaire me fait glousser.

-Harley…dit soudain Wind. Il y a…

-Oh, regarde ! je m'écris avec enthousiasme. C'est Freddy la Terreur !

Poussant Jack à toutes vitesses, je traverse la rue malgré les voitures et va rejoindre une mascotte d'ours jaune arborant un sourire démesuré et un bandana de Rambo qui salue la foule massée autour de lui. Freddy est le héros d'un de mes dessins animés favori, une merveille bien violente où un commando de mascottes animalières armées jusqu'aux dents se lance dans des missions sur toute la planète. J'ai toujours trouvé hilarante cette émission, que j'ai découverte à Génosha.

Repoussant quelques gamins sans la moindre honte, je me place au premier rang et fais signe à Freddy. La mascotte se tourne vers moi et pousse un rire enjoué, lançant l'une de ses fameuses répliques :

-On dirait qu'on a affaire à une indigène ! Banzai !

Il s'empare de sa mitrailleuse en styromousse et fait mine de me tirer dessus. En riant, je fais semblant d'esquiver et lui arme l'arme factice des mains, la pointant sur son estomac. Lorsque je «tire», Freddy porte ses pattes à son ventre et fait mine de mourir à grand renfort de grognements exagérés. Sa camarade Bonnie, un lapin bleu doté d'un brassard de la croix rouge, mime une exclamation horrifiée en me voyant abattre son chef.

-T'as vu Windy ? je lance à mon amie qui vient finalement de me rejoindre. J'ai tué Freddy ! Je l'ai eu !

-Super, dit-elle en secouant la tête, amusée.

-Allez, prends-moi en photo ! Je veux immortaliser ce moment !

Pendant que Wind sort de sa poche son téléphone portable, Freddy accepte de se mettre à genoux devant moi avec les mains derrière la tête, comme s'il attendait que je l'exécute froidement. Les gens autour de moi éclatent de rire en voyant mon expression féroce prise pour la photo, alors que je braque la mitrailleuse géante sur l'ourson. Une fois quelques clichés pris, je remercie Freddy en lui serrant la main, à lui et à Bonnie, avant de lui rendre son arme. L'ourson géant esquisse un salut militaire grotesque avant de reporter son attention sur le reste de ses fans.

-Tu es vraiment une gamine, commente Wind tandis que nous nous éloignons.

-Quoi, tu n'avais pas remarquée ? je fais mine de m'offusquer. Au fait, tu crois que ça va lui manquer ?

Je lui désigne un paquet de cigarettes que j'ai dérobé à mon ami Freddy. Mon amie ouvre la bouche sous l'effet de la surprise et comprend où je veux en venir.

-Tu n'as pas…

-Si. Ça fait longtemps que je n'ai pas utilisé la blague «Fumer peut vous tuer». Il faut rester fidèle à ses classiques.

-Je croyais que tu étais fan de cette série.

Je hausse des épaules.

-Si. Mais ça n'est pas Freddy. C'est juste un acteur dans un costume qui essayait un peu trop de deviner si je portais un soutif. Je me demande s'il croyait vraiment que son masque le rendait plus subtil…

-Et…tu portes vraiment un soutif ?

-Par cette chaleur ? Tu rigoles, j'espère ?

-Harley, tu es incorrigible.

-Merci, j'apprécie le compliment. Au fait, tu voulais me dire quelque chose tout à l'heure ?

-C'est sans importance. Allons rejoindre Jackie, elle va s'impatienter.

XXXXXXX

Queens, New York

20 juin 2015, 19h21

Harley Quinn

Le soir venu, il est temps de mettre une tenue un peu plus formelle. Justement, je me suis fait fabriquer par un tailleur lors de notre escale à Johannesburg un nouveau costume, histoire de me renouveler : d'abord une blouse aux manches bouffantes arborant le rouge et violet qui est ma marque de commerce depuis que j'ai abandonné le noir et rouge ; par-dessus, une veste redingote sans manche aux couleurs inversées par rapport à la bouse, avec les symboles de carreaux dessus ; une large boucle violette nouée autour du cou ; un pantalon moulant possédant toujours le code de couleur, agrémenté d'une jupe courte et d'une ceinture avec une boucle en forme de jeu de cartes ; enfin, mon fidèle chapeau haut de forme, unique survivant de la tenue imaginé par Valex à Gotham, complète l'ensemble.

Cet ensemble coloré fait tourner les rares têtes encore dehors dans ce quartier mal famé où les néons des panneaux éclairent presque autant que les lampadaires eux-mêmes. Des graffitis recouvrent l'essentiel des murs, et une odeur désagréable d'urine mêlée à des senteurs de grillages flotte dans l'air.

Cette fois, en plus de Wind, je suis accompagné par Jackie, la jeune mutante observant les lieux d'un air approbateur et carnassier. Elle m'a déjà confié qu'elle se sentait chez elle dans les lieux sombres et dangereux.

-Sérieusement Harley ? me dit Wind en calquant ses pas sur les miens. Queens ? Queens ? Au nombre de quartiers coupe-gorges de New York, il a fallu que tu choisisses le moins subtil ?

-J'aime le jeu de mots, j'admets avec un sourire.

-J'hésite entre applaudir ton audace et t'étrangler.

-Tu es mignonne. Ah, cet endroit me semble prometteur.

Il s'agit d'un genre de pub mal famée encastré entre un immeuble abandonné –sauf pour les sans-abris- et l'échoppe d'un boucher aux vitrines dotées d'épais barreaux métalliques. L'établissement, portant comme nom Le Farfadet Rieur, s'orne d'un panneau arborant l'image écaillée d'un farfadet souriant et dansant une gigue avec une chope de bière à la main. Une musique irlandaise s'élève de l'intérieur. D'un signe de la tête, je fais signe à mes compagnes d'entrer.

Les conversations s'interrompent lorsque la clochette au-dessus de la porte tinte à notre entrée. La salle pleine à craquer possède en grande majorité des soudards portant des habits d'ouvriers sales et arborant des muscles bien dessinés ou, inversement, une bedaine moins glorieuse. Quelques sourires se dessinent en voyant ma tenue, et je souris à mon tour, avant de me diriger vers le bar. Le tavernier, un homme doté d'une moustache fournie et d'une longue cicatrice sur la tempe, hausse un sourcil en me détaillant, mais ne fait pas de commentaire.

-Je vous serre quelque chose ? demande-t-il avec un fort accent irlandais.

Je fais mine de réfléchir, puis je décris en détail un cocktail que je nomme moi-même un «Overdose de sucre», en raison de la quantité supérieure de boissons sucrées par rapport à celle d'alcool. J'insiste particulièrement sur la nécessité d'avoir une paille. Avec une habileté certes, le tavernier mélange les ingrédients et fait glisser le verre dans ma direction, ajoutant même un citron sur le bord. En échange, je fais glisser un billet vers lui qu'il empoche. Jackie se contente d'une bière et Wind, d'un whisky.

Alors que je suis accoudée au comptoir, une voix mâle s'élève dans mon dos.

-On ne t'as pas dit qu'Halloween était dans quatre mois ?

D'un geste du pied, je fais tourner mon tabouret pour faire face à l'énergumène. Sans surprise, je découvre qu'il s'agit d'un type avec plus de muscles que de cervelle, aux bras tatoués et fumant la pipe. Un pistolet dépasse de son pantalon, d'une manière qui laisse planer le doute sur s'il veut avoir l'air menaçant ou s'il veut donner l'impression qu'il est plus gâté par la nature qu'il l'est vraiment. En bref, il s'agit d'une petite brute de seconde zone. Pas impressionnée pour deux sous, je le salue effrontément de la tête avant de prendre une longue gorgée de ma boisson. Voyant qu'il semble attendre quelque chose, je me décide à répondre.

-À qui ai-je le désagrément de parler ? je dis d'un ton enjoué.

Agacé d'avoir raté son effet d'intimidation, le gaillard se fraye un chemin jusqu'à mon siège, se plantant devant moi de manière à me répandre son haleine alcoolisée au visage.

-On m'appelle Mad Matt, se présente-t-il. Tu ne me connais visiblement pas, poupée, sinon tu tremblerais de peur dans ton costume ridicule. Je suis le chef des Cinq Trèfles !

-Un club de jardinage ? je demande en lui tirant la langue.

Le teint écarlate, Mad Matt referme sa main sur ma gorge et me dévisage avec agressivité. Je réussis, fort heureusement, à ne pas renverser mon verre.

-On est l'un des gangs les plus craints de Queens ! se vante-t-il. Ici, même la police ne vient pas nous chercher des noises ! C'est nous la loi dans ce quartier.

-Ah oui, je dis avec un mince sourire. On a parlé de vous aux nouvelles. Je crois me souvenir que Spiderman a mis la moitié de vos hommes derrière les barreaux le mois dernier ?

Pour être franche, je savais parfaitement qui sont les Cinq Trèfles, de même que je savais où les trouver. Il est juste amusé de tourner en dérision ce chien fou de Mad Matt. Et se faire rappeler son récent échec face au justicier de New York ne manque pas d'accroître sa colère.

-J'ai une bonne nouvelle pour toi, Matty. Je suis venue prendre le contrôle de ton gang, de tes ressources et de ton territoire.

Un tonnerre de rires explose dans le bar, jusqu'à ce que l'on réalise que je suis sérieuse. Mad Matt ne trouve pas la situation drôle, comme la crispation accrue sur mon cou me l'indique.

-Il va falloir me passer sur le corps pour ça, réplique-t-il.

-Ça peut s'arranger, je réponds avant de prendre une autre gorgée, avalant avec quelques difficultés.

-Qui es-tu pour prétendre débarquer dans ma ville afin de me prendre ma place ?

En guise de réponse, je lui décoche un coup de pied dans l'entrejambe, enfonçant le pistolet dans ses attributs masculins et le forçant à me lâcher. Tandis qu'il tombe à genoux en se tenant ses parties meurtries, je sors mon pistolet de mon sac à surprises et l'abats d'une balle entre les deux yeux.

-Je suis Harley Quinn, j'annonce à qui veut m'entendre. J'ai dit que je prenais le contrôle des Cinq Trèfles. Qui ici en fait partie ?

Après quelques instants de stupéfaction consécutive à mon meurtre de sang-froid, pratiquement tout le monde dans la salle bondit sur ses pieds et dégaine une arme à feu afin de la pointer dans ma direction. J'en conclus que tous ces gens sont membres de mon nouveau gang. Ils ne l'ont juste pas compris.

Un fracas de verre brisé s'élève lorsque Jackie fracasse sa bouteille au sol après l'avoir vidé. Son crâne rasé luisant sous la lumière du bar, la mutante se lève et déploie son pouvoir. Aussitôt, toutes les armes sont arrachées des mains de leurs propriétaires respectifs, flottant sous leur nez.

-J'ai l'impression que je ne me suis pas assez fait comprendre. Ce n'était pas une question démocratique. Je prends ce gang, et ceux qui ne sont pas d'accord…meurent.

À ces mots, les crans de sûreté émettent tous en même temps leur cliquètement familier, faisant sursauter plus d'un.

-Pourquoi on suivrait des saloperies de mutantes ? demande quelqu'un de trop téméraire pour son propre bien.

Je fais un signe affirmatif à Jackie, qui ouvre le feu avec une des armes ; le protestataire s'écroule, mort sur le coup.

-Peut-être parce qu'à nous trois, nous sommes capables de tous vous faire la peau et de raser cet endroit puant ? je suggère avec un sourire cruel. Nous sommes peut-être des mutantes. Mais réfléchissez un peu, pour une fois. En un mois, vous vous êtes fait salement amocher par un seul mutant. Spiderman ne vous craint pas, et avec raison. Ce qu'il vous faut, c'est du renfort, du renfort capable de donner un coup de booste à cette misérable bande de pouilleux. Avec moi, vous deviendrez…quelque chose de plus grand.

Un silence de mort s'élève. Pour montrer ma bonne foi, j'ordonne à ma camarade de rendre leurs armes à tous ces messieurs, moins le chargeur. Après que tout le monde eut reçu son arme vide dans le creux de ses paumes, le prévisible et décevant arrive.

-Choppez là !

Les membres des Cinq Trèfles fondent sur notre trio en poussant des cris de rage. Le tavernier du Farfadet se jette derrière son comptoir pour se mettre à l'abri, et la bagarre s'engage.

Sans perdre de temps, je me jette sur une table et m'y laisse glisser avec une exclamation de joie jusqu'à atteindre de mes bottes le ventre d'un premier bandit, le projetant au sol en me servant de lui pour freiner mon élan. Face à un second ennemi, je me mets à esquiver avec une aisance humiliante le moindre coup qu'il tente de me porter. Je le laisse s'épuiser quelques instants, puis riposte en le giflant plusieurs avant de le repousser du pied. En chemin, il renverse quelques autres personnes en plus des tables et chaises. Je me retourne juste à temps pour éviter de me faire poignarder, referme ma poigne d'acier pour faire lâcher son couteau à mon adversaire et lui enfonce sa propre arme dans l'avant-bras, le clouant au mur. Ignorant ses hurlements déchirants et le jet de sang, je me mets à la recherche d'un autre ennemi.

Du pied, je projette une chaise dans les jambes d'un autre gangster, qui trébuche et s'affale pitoyablement. Un autre malfrat tente de me charger par derrière, mais je le réceptionne sans me retourner d'un poing dans la gueule, avant de l'achever d'un coup de pied tournoyé.

Pendant ce temps, Jackie tend les bras devant elle en riant d'un air sauvage tandis qu'humains, objets et meubles tournoient dans le vide autour d'elle dans un vacarme de fracas et de hurlements. Il va me falloir faire des efforts pour ne pas me laisser dépasser dans le score des victimes…même Wind se débrouille comme une chef, invoquant des rafales de vent et des nuages de gaz toxiques qui dissuadent la plupart de nos agresseurs de s'approcher de trop près.

Après seulement quelques minutes de baston qui laisse l'essentiel de la salle principale du Farfadet Rieur à l'état de ruine, un bandit me fixe avec les yeux écarquillés, puis retourne son pistolet vers le dos de son camarade qui me chargeait. Le coup de feu attire l'attention de tout le monde.

-Ras le cul, dit-il sans ranger son arme. J'ai jamais aimé Matt. J'suis avec la clownette.

-C'est Harley Quinn, je corrige avec une grimace. Tâche de t'en souvenir.

-Oui chef.

Ce premier candidat a semé le doute et la confusion parmi les membres des Cinq Trèfles, surtout depuis que nous avons tué la moitié des leurs à nous trois. Finalement, quelques autres acquiescent et se rangent derrière la recrue, puis encore d'autres. Au final, une petite quinzaine de fier-à-bras annoncent leur intention de rejoindre ma petite famille grandissante, tandis que les autres leur lancent des injures.

-Pauvres lâches !

-Cette tarée va vous faire tuer.

-Je croyais que vous aviez des couilles, lavettes !

Sous ce déluge d'insultes, je souris et désigne les mécontents.

-Prouvez-moi votre valeur maintenant : pour avoir utilisé de si vilains mots, j'exige que vous punissiez ces idiots en alignant leurs langues sur le comptoir. Ils n'ont pas à être vivants.

Les victimes désignées, de même que quelques-uns de mes nouveaux larbins, pâlissent devant cet ordre sanglant. Les plus proches de la sortie foncent pour prendre la fuite, mais Jackie verrouille la porte à distance. Les bandits déchus s'élancent contre la porte, tentent sans succès de l'ouvrir, puis tentent en vain de l'enfoncer. Des cris paniqués s'élèvent lorsque les plus motivés de mes sbires dégainent des couteaux ou s'emparent de tessons de bouteilles, prêts à obéir.

Je me penche sur la dépouille d'un membre des Cinq Trèfles et palpe ses poches jusqu'à ce que je trouve son portefeuille, ce dernier contenant à mon grand plaisir une épaisse liasse de billets de banque. Je m'empare du butin et retourne au bar, tandis que les supplications des victimes se muent en hurlements étranglés, mêlés de bruits mous de déchirure. En fredonnant, je redresse un tabouret et m'assois devant le tavernier tremblant.

-La même chose, j'annonce en poussant l'argent devant moi. Et voilà un petit pourboire. Pour la femme de ménage.

De longues minutes après, tandis que je suis en train de siroter mon deuxième verre, le premier gaillard à avoir rejoint mes rangs me rejoint. Du sang recouvre ses bras jusqu'aux coudes et le dessus de sa chemise déchirée, mais il aligne devant moi les bouts de chair rosâtres que j'avais demandé. Il était temps. Ces idiots se sont mieux défendus que je le croyais, parvenant même à tuer deux de leurs agresseurs avant d'être immobilisé jusqu'au dernier. Je pose mon verre et ramasse une des langues, la dévisageant longuement. Puis, je me tourne vers mon sbire et sourit.

-Qu'est-ce qu'il y a ? je lui demande. Tu as donné ta langue au chat ? Ah !

-Voilà, c'est fait, dit-il en demandant une bière au tavernier. Avec la purge qu'il vient d'y avoir, je suis le plus haut gradé des Cinq Trèfles. Mes gars sont à vos ordres.

-Bien. Et quel est ton nom ?

Il s'agit d'un grand type au corps maigre et sec à la manière d'un vieil arbre, au crâne chauve et aux sourcils grisonnants. Des tatouages morbides décorent ses bras sous la couche de sang de ses victimes. Je comprends que j'ai affaire là à un vétéran des rues de New York. Il me sera utile.

-Silas, répond-il. Mais les gars me surnomment Skull.

Pour se justifier, il désigne l'impressionnant crâne dessiné sur le dos de sa main. De tous les tatouages, c'est le seul qui arbore des traces de couleur. Comme les autres, les détails le rendent presque vivant.

-Bien, Skull. Je te nomme à la tête du nouveau gang appelé les Carrés d'As. Désormais, tu ne réponds plus qu'à moi et à mes compagnes. Suis-je bien clair ?

-Oui, Harley Quinn.

-Dis à tes gars d'aller se reposer. Dès demain, je veux les voir dans le magasin abandonné d'Elm Street.

-Je vois où c'est, acquiesce-t-il. Je peux donner un conseil ?

-C'est pour ça que je te paye. Ou en tout cas, ça va venir.

Il se penche pour parler sur le ton de la confidence.

-Les changements de direction sont fréquents chez les gangs, explique-t-il. Les Cinq Trèfles qui n'étaient pas ici ce soir ne vont pas forcément être d'accord avec le fait de vous avoir comme patronne. Une poignée est misogyne à l'excès. Beaucoup d'autres haïssent les mutants.

-Ce n'est pas ton cas, Skull ?

-Nah. J'ai été dans d'autres gangs avant les Cinq Trèfles. J'ai déjà bossé avec des femmes et des mutants. Tant que le boulot est fait, pour, je me fiche de ce qu'il y a dans votre sang ou votre pantalon. Chef.

Sa franchise et sa témérité me plaisent. Je lui tapote l'épaule pour le réconforter.

-On leur règlera leur compte en temps voulu. Pour le moment, attends-toi à de gros changements.

XXXXXXX

King's Greed Bank, New York

23 juin 2015, 14h20

Harley Quinn

Une mitraillette à la main, je sors de la banque avec les sept Carrés d'As masqués comme des clowns derrière moi, chacun portant un lourd sac d'argent en plus de leur arme. Hurlant pour couvrir le bruit de l'alarme de la banque que nous venons de braquer, je les invective pour qu'ils se dépêchent de charger le camion afin que nous partions au plus vite.

Un vol de banque n'est certainement pas le moyen le plus original de s'enrichir rapidement, mais on ne peut pas être inspiré tous les jours. En réalité, cette opération a un tout autre but : montrer à toute la ville qu'il y a un nouveau joueur dans la partie, et que ce joueur se nomme HARLEY QUINN. C'est pour cela que nous avons lancé l'opération en plein après-midi, entrant par la porte principale en hurlant et jouant du fusil afin d'effrayer le plus possible les clients et employés. Même la porte du coffre a été victime de mon désir de chaos à coup de C4.

Le camion blindé que nous avons volé est déjà presque plein lorsque les premières sirènes de police retentissent dans la rue, manquant de provoquer un carambolage avec les taxis. Une petite erreur de ma part. Alors que je ligotais une femme, son sale morveux a réussi à se faufiler jusque derrière le comptoir afin d'activer l'alarme silencieuse. Comment il a su quoi faire et où le trouver du haut de ses dix ans, je n'en ai fichtrement aucune idée.

C'est pourquoi, tandis que les policiers jaillissent de leurs véhicules en brandissant leurs armes de service, j'exhibe bien en évidence le petit otage devant moi, riant de leur mine déconfite.

-Vous êtes cerné ! lance quelqu'un dans un haut-parleur. Libérez les otages et rendez-vous !

Je lève mon arme et tire une longue rafale dans les airs, déclenchant des cris de peur parmi les curieux et force les policiers à se réfugier derrière leurs véhicules. Un étrange silence s'abat sur la rue, tellement incongrue que je ne peux m'empêcher de rire aux éclats.

-Vous ne m'impressionnez pas, j'annonce d'une voix forte. J'ai vu tous les épisodes du Négociateur !

Ça les en bouche un coin, pas vrai ? Pendant qu'ils sont confus, je m'empare de deux grenades au gaz hilarant et les fais rouler tout en bas de l'escalier de béton menant à l'entrée de la banque. Personne n'a le temps de réagir avant que les explosifs ne détonent, répandant leur toxine en nuages verdâtres.

-Gaz, gaz, GAZ ! s'écrit un policier ayant la chance de se trouver hors du rayon d'action de ma grenade.

Les rires douloureux si familiers à mes oreilles s'élèvent. Il y a au moins cinq ou six policiers qui vont se retrouver avec un sourire plus large qu'ils le croyaient possible. Effrayés malgré eux par les effets du gaz de monsieur J., mes Carrés d'As finissent par se remettre et ouvre le feu sur les survivants. Retenant le gamin de ma main armée, je brandis une troisième grenade au gaz, la lançant dans les airs et la rattraper, l'air désinvolte.

-Vous en voulez encore ? je propose.

À ma grande surprise, je sens l'objet sphérique m'être arraché de la main et envoyé dans les airs. L'instant d'après, avant que je ne puisse comprendre ce qui vient de se passer, une silhouette se laisse tomber des hauteurs et atterrit avec une pirouette. Le nouveau venu est un individu masqué vêtu de la tête aux pieds d'un justaucorps rouge et bleu, orné d'un complexe motif représentant une toile d'araignée. Une représentation dudit arachnide orne justement sa poitrine, et deux grandes surfaces opaques font office d'yeux pour le masque.

Spiderman examine ma grenade au gaz, puis me regarde, avant de lancer l'objet à un policier voisin. Puis, il examine mon gang et ma tenue, secouant la tête avec dépit.

-Des clowns. Vous êtes sérieux ? Écoute, je vais être bien honnête : je n'ai jamais aimé les clowns.

J'ouvre le feu en direction du justicier new-yorkais, mais ce dernier s'incline sur le côté avec une agilité et une rapidité surhumaine. L'instant d'après, il oriente sa main vers moi, l'index et l'auriculaire relevé. Un épais filament comparable à une toile d'araignée jaillit de son poignet et va frapper mon otage à la poitrine. Le morveux est arraché à ma poigne et se retrouve vite dans les bras de Spiderman.

-Hey, t'as été très courageux, tu sais ça ? dit-il au garçon. Maintenant, je vais prendre la relève.

-Merci Spidey, répond l'enfant émerveillé.

Le justicier hoche de la tête et offre un tape-m'en-cinq à l'enfant avant de reporter son attention sur les Carrés d'As et moi.

-Visiblement, vous êtes nouveaux en ville, dit Spiderman en roulant des épaules. Je voudrais bien vous dire que je vais être gentil pour votre première fois, mais comme j'ai dit, je n'aime pas les clowns. Surtout ceux qui kidnappent des enfants.

-Abattez-le ! j'ordonne à mes sbires.