Bonus 3 – Partie III
Les instincts du loup
- Qu'est-ce que tu détestes le plus alors, les nausées ou la fatigue ?
- L'ennui !
Laura rit. Accrochée à l'un de ses seins, la petite Abigaël hoqueta puis reprit sa tétée l'air de rien, tout en adressant à Stiles un regard curieux. Blottie ainsi contre sa mère, elle paraissait minuscule mais avait tout de même bien grandi depuis sa naissance, huit mois plus tôt. Elle babillait déjà bruyamment, mangeait comme une ogresse, rampait sous les meubles à la première occasion, et grognait également beaucoup, comme toute Hale qui se respecte, bien qu'elle porte le nom de son père.
Si Stiles fut d'abord étonné de la décision de sa belle-sœur en ce qui concernait l'allaitement, qu'il était normalement conseillé d'arrêter ou de diminuer au bout de six mois, il apprit vite, par une explication nostalgique de Talia, que les nourrissons Canidés avaient besoin d'un long contact intime avec leur mère, et de plus de lait maternel, sans cela leur développement pouvait être retardé – et effectivement, Stiles se souvint que la pédiatre de Wyatt lui avait expliqué quelque chose d'approchant lorsque la question de l'allaitement s'était posée pour lui après qu'il ait finalement décidé de garder son enfant. Talia avait même agrémenté cette petite leçon d'une révélation bien personnelle :
- Je me souviens que Derek a refusé de prendre le biberon jusqu'à son quatorzième mois. J'ai dû l'allaiter tout ce temps.
Suite à cela, Stiles en avait bien asticoté son compagnon.
- Plus que deux mois, lui sourit Laura, le sortant de ses pensées.
- Même moins, renchérit Stiles avec énergie. J'en suis à sept mois et demi. Mais j'en ai quand même marre de regarder Derek bosser et de compter les secondes.
- Pourquoi tu ne lirais pas ?
- Ah non ! Ne me parle pas de livre ou je fais une overdose ! Si tu savais le nombre de bouquin que Derek m'a foutu dans les mains !
- Fais la cuisine alors, prépare de bons petits plats.
- Derek refuse de me voir au-dessus d'une casserole …
- Peur des accidents, sans doute.
- Ah non, d'après lui tout ce que je cuisine est immonde.
Encore une fois, Laura rit. Abigaël émit un petit geignement, cessa de téter, puis poussa un petit cri.
- Finit ma puce ? lui demanda sa mère en lui essuyant le menton.
Assis à côté d'elle, Stiles tourna la tête et regarda par la fenêtre. D'ici, il voyait le barbecue que Jordan avait installé dehors, en compagnie de Derek, Juan et Wyatt, qui en profitait pour jouer avec son grand-père. C'était le mois de novembre, et pourtant, en Californie, il faisait encore beau et chaud comme en plein été. Brusquement, Stiles se sentit triste. Il était entouré de personnes avec qui il s'entendait très bien, et qu'il appréciait beaucoup, mais ses amis lui manquaient. En particulier Scott, qui avait ouvert son cabinet vétérinaire à San Diego après l'obtention de son diplôme voilà plus d'un an. Des mois qu'ils ne s'étaient pas vus.
- Tu as fait comment pour l'allaitement de Wyatt ? lui demanda soudainement Laura.
- Hein ? sursauta Stiles, surpris. Ah ! Bah les enfants d'androgynus ont droit à un traitement spécial ! Une association qui s'appelle … euh … m'en rappelle pas, achète et collecte du lait auprès de certaines femmes volontaires et le vendent ou le distribuent.
- T'as pas eu peur de donner ça à Wyatt sans en connaître la provenance ?!
- Bah si, au début c'est sûr ! Mais l'association contrôle les donations et analyse le lait, alors y'a pas de danger. Pis en même temps j'avais pas trop le choix, le lait j'en produis pas moi.
Laura acquiesça avec un sourire, agrafa le bonnet de son soutien-gorge qu'elle avait ouvert pour nourrir sa fille, et redressa cette-dernière afin de l'aider à faire son rot.
- Tu sais, reprit-elle alors qu'Abigaël poussait un cri content, je pourrais te donner mon lait pour les deux prochains.
Stiles tourna vivement la tête vers sa belle-sœur, surpris, incertain quant à la réponse à donner.
- C'est vrai ? demanda-t-il finalement, hésitant. Tu ferais ça ?
- Bien sûr ! répliqua Laura, étonnée de le voir si surpris. A mon avis dans trois mois je serais encore à l'allaiter, cette petite goulue.
Sa petite fille profita de cet instant pour lâcher un rot si sonore que son petit corps en sursauta. Les deux adultes rirent ensemble, puis la jeune femme reprit :
- J'suis pas à un an près, et pour ne rien te cacher, ça plairait beaucoup à Jordan.
- C'est-à-dire ? demanda Stiles en haussant un sourcil.
- Il adore le volume de mes seins, et tant que j'allaiterais ils ne rétréciront pas.
Stiles rit, un peu gêné toutefois, alors que Laura lui adressait un clin d'œil. Talia sortit de la cuisine et déposa sur la table basse une salade de tomate et concombre qu'elle avait pris soin de ne pas assaisonner, et sans attendre Stiles se pencha et tendit le bras pour s'emparer d'une petite tomate ronde bien rouge mais, dès que la pulpe de ses doigts entra en contact avec la peau lisse et fraiche du légume, il sentit son estomac se tordre et remonter dans sa gorge, alors qu'une chaleur désagréable lui faisait tourner la tête. L'air de rien, tout en prenant garde à ce qu'aucune des deux femmes avec lui ne le voient, il reposa la tomate. Mais, si Laura, occupée avec sa fille, ne vit rien, Talia, elle, avait tout vu de son geste.
- Ça va ? lui demanda-t-elle, les sourcils froncés.
- Oui, répondit simplement Stiles en se forçant à sourire. Ça va.
Mais déjà, il sentait ses membres s'engourdir, alors que sa nuque et sa poitrine se couvraient lentement d'une fine pellicule de sueur. Talia, si elle ne dit rien, continua de le fixer gravement. Derek pénétra dans le salon. Le tee-shirt gris et le jean noir qu'il portait le moulait beaucoup plus depuis qu'il avait pris du poids, mais cela ne faisait que rendre sa présence plus forte et plus impressionnante.
- Où sont les plats ? demanda-t-il en se dirigeant vers la cuisine. Le barbecue est assez chaud, on va pouvoir …
- Stiles ne se sent pas bien, le coupa soudainement sa mère.
Derek fit immédiatement volteface et, les sourcils lui aussi froncés, vint vers Stiles. Parce que son expression était la même, sa ressemblance avec Talia était tout à fait surprenante.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il d'une voix inquiète et grondante.
- Mais rien ! répondit son compagnon en levant les yeux au plafond, agacé.
Néanmoins, il sentait ses oreilles bourdonner. Alertée, Laura avait tourné la tête vers lui, et lui dit, sa petite fille au creux des bras :
- Tu es très pâle.
Prit d'un vertige soudain, Stiles fut bien forcé de reconnaître qu'il allait mal ; il passa sur son visage une main tremblante, sentant son cœur battre de plus en plus vite et fort dans sa poitrine étroite.
- J'ai la tête qui tourne un peu, admit-il enfin.
Derek contourna sa mère pour venir à ses côtés. Ça n'était pas la première fois que ça lui arrivait, et ça ne serait certainement pas la dernière fois, mais ça inquiétait toujours énormément son entourage ; néanmoins, jusqu'à présent, il avait toujours réussi à faire passer ça en prenant un grand bol d'air frais.
- Vais sortir prendre l'air, marmonna-t-il en se levant, ça m'fera du bien.
- Tu ne devrais peut-être pas te lev …
Mais Stiles n'entendit pas la fin de la phrase de sa belle-mère, car ses oreilles se bouchèrent brusquement et il eut l'impression de tomber tête la première dans du coton noir et chaud.
.
Il reprit conscience très lentement. Incapable d'ouvrir les paupières, il ne put que tendre l'oreille, mais n'entendit que des voix étouffées ; son toucher lui revint ensuite et il sentit qu'on lui tenait le poignet. Une voix se fit plus forte que les autres et il sursauta puis gémit douloureusement, avant que sa conscience ne gravisse encore un échelon.
- Stiles ?
Ce-dernier entrouvrit les yeux et grommela quelque chose. Gêné par une chaleur désagréable et l'esprit vaseux, il remua en tentant d'expliquer qu'il aurait aimé se débarrasser de son tee-shirt pour pouvoir respirer, mais la main autour de son poignet se referma durement alors qu'une autre se posait sur son épaule pour l'empêcher de gigoter.
- Bouge pas, lui ordonna la même voix rauque et grondante.
- Oua ? baragouina Stiles en papillonnant des paupières. Ourquoi ? D'rek ?
Le loup lui adressa un regard noir, incroyablement intense parmi les traits flous de son visage, et Stiles soupira, tentant mollement de se dégager.
- Chaud, gémit-il.
- Bouge pas j'ai dit, gronda encore Derek, tu t'es évanouis.
- Hein ?
L'androgynus fronça les sourcils et resta un instant immobile, le temps que ses souvenirs lui reviennent. Puis il écarquilla les yeux alors que son cœur remontait dans sa gorge. Oui, il s'était évanoui ; il était tombé en avant alors qu'il se levait du canapé. Il gémit plus fort et releva les jambes, la vision brusquement troublée par des milliers de petits points noirs, puis son visage se tordit et il poussa un sanglot.
- Oh non ! gémit-il, paniqué. Non j'suis ! Tombé !
- Pas de panique ! lança Derek en s'efforçant de l'immobiliser de nouveau, car son compagnon s'était remis à gigoter. T'inquiète pas je t'ai rattrapé …
- J'suis tombé ! C'est pas vrai quel ! Oh non, non !
- Stiles ! Stiles !
La voix forte du loup le fit sursauter et il cessa un instant de se débattre pour braquer sur lui un regard humide et paniqué.
- Je t'ai rattrapé, répéta Derek avec plus de douceur. D'accord ? Je t'ai rattrapé avant que tu touches le sol, ne panique pas comme ça.
Stiles poussa un soupir, ferma les yeux, mais sanglota tout de même. La main de Derek se referma encore sur son poignet et il apprécia ce contact rassurant. Combien de fois Deaton l'avait-il prévenu ? Combien de fois lui avait-il expliqué, calmement, de ce ton professoral qui l'énervait toujours, que le plus dangereux pour une femme enceinte n'était pas le malaise en lui-même, mais bien la chute qui pouvait en résulter ? La vérité, c'est que si Derek n'avait pas été là, s'il ne l'avait pas rattrapé, il aurait pu blesser, ou même tuer ses enfants. Il pleura.
- Tout va bien, tenta encore Derek pour le rassurer, on a appelé Deaton il arrive. T'es resté évanouis seulement quelques …
- J'les sens plus bouger, avoua Stiles entre deux sanglots. Ils ne bougent pas.
Derek fronça les sourcils mais ne répondit rien. Talia, qui se trouvait près de son fils, se pencha sur lui et lui demanda :
- Tu les sentais bouger avant le malaise ?
- Euh … non, répondit l'androgynus en reniflant, non je … j'crois pas. J'sais plus.
- Alors ils doivent certainement dormir, ne t'inquiète pas.
- Où est Wyatt ?! demanda brutalement Stiles en redressant la tête.
- Dehors avec mon père, répondit immédiatement Derek, on lui a demandé de s'en occuper, ne t'en fais pas il n'a rien vu.
Stiles laissa retomber sa tête sur le coussin et soupira. Instinctivement, l'une de ses mains se posa sur son ventre. Derek entremêla ses doigts aux siens. Des semaines qu'il sentait les enfants bouger, des semaines qu'il ne pouvait plus dormir tant ils le malmenaient de coup de pieds et de poings à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, des semaines qu'il les suppliait d'arrêter et de le laisser tranquille, mais aujourd'hui il aurait tout donné pour les sentir remuer, pour encaisser l'un de leurs coups. Il ferma fort les paupières et sanglota encore.
Laura, qui s'était levée pour permettre à son frère d'étendre sur le canapé l'androgynus évanouit, eut une grimace douloureuse et empathique et serra fort sa fille contre elle. Elle avait eu la chance d'avoir une grossesse plus facile, mais avait tout de même eu quelques vertiges qui, à chaque fois, lui avait fait terriblement peur. Son mari, qui avait couru jusqu'au portail de la propriété pour l'ouvrir en grand et ainsi permettre à Deaton de pouvoir y passer en voiture sans perdre de temps, revint dans la maison, essoufflé.
- C'est ouvert, annonça-t-il entre deux souffles. Comment il va ?
Laura l'entraîna à l'écart. Talia, toujours penché sur son fils et son gendre, lui dit :
- Essais de te calmer Stiles. Plus tu paniqueras et plus ta tension sera élevée, ce n'est pas bon.
Stiles gronda et poussa un sanglot plus fort que les autres, alors qu'il aurait aimé lui envoyer une réplique cinglante. Plus facile à dire qu'à faire ! Se calmer ?! Alors que ses enfants étaient peut-être en danger en ce moment-même dans son ventre, là où ils auraient normalement dû être le plus en sécurité !
Deaton mit moins de dix minutes à arriver ; dix minutes affreusement longues pour Stiles. Son air habituellement serein et sage avait laissé place à une expression plus perturbée, pas tout à fait paniquée mais presque. Il avait amené avec lui un petit échographe portable qu'il se hâta de déplier une fois qu'il se fut accroupi près de Stiles.
- Combien de temps est-il resté évanoui ? demanda-t-il à Derek qui lui avait cédé sa place.
- Quelques minutes, répondit le loup en croisant les bras sur sa large poitrine. Cinq, peut-être un peu plus.
- Il est tombé ?
- Je l'ai rattrapé.
Stiles renifla et Deaton lui adressa enfin un regard, qu'il voulut rassurant.
- Ne t'inquiète pas, lui dit-il calmement, il ne s'agit sans doute que d'un malaise vagal. Tu as fait un effort avant de t'évanouir ?
- Non, répondit Stiles en fronçant les sourcils, non j'étais assis !
- Il s'est penché vers le saladier, déclara Talia en désignant d'un geste la salade de tomate et de concombre, ça lui a pris à ce moment-là.
- Mmh, marmonna Deaton en dépliant son matériel. Parfois, il suffit de peu. Ne bouge pas.
Il alluma son échographe et saisit la sonde. Le gel froid sur son ventre tira à Stiles un gémissement. Deaton, tout en fixant le petit écran avec sérieux, garda un instant le silence.
- Tout va bien, dit-il finalement en adressant un coup d'œil et un sourire à Stiles, les cordons ombilicaux sont à leur place et je capte parfaitement et distinctement trois rythmes cardiaques différents. Je trouve le tien trop rapide d'ailleurs. Calmes-toi, tout va bien.
Stiles soupira, ferma les yeux et se frotta les paupières.
- Je ne les sens pas bouger, se plaignit-il.
- Ils dorment, répondit Deaton doucement en continuant néanmoins son examen. Les fœtus dorment seize heures par jours tu sais.
- Ouais, ceux-là tiennent bien la constante, parce qu'ils sont réveillés huit heures par nuit !
Deaton sourit, retira la sonde et lui donna de quoi s'essuyer.
- Du mal à dormir ? lui demanda-t-il.
- Du mal ?! répliqua vertement Stiles.
- Il ne dort plus du tout, déclara Derek, qui avait décroisé les bras pour s'appuyer sur le dossier du canapé.
- Ce qui explique le malaise, acquiesça le vétérinaire avant d'ouvrir une sacoche qu'il avait amené avec lui. Je vais te donner un calmant, qui devrait t'aider à dormir un peu, et des compléments vitaminiques à prendre à ton réveil. Je pense que tu nous as fait un peu d'hypoglycémie avec ça.
- Des calmants ? répliqua Stiles, les sourcils froncés, en tendant à Derek la lingette que lui avait remis Deaton. Vous m'aviez dit que c'était déconseillé pendant une grossesse.
- Les somnifères oui, mais en cas d'hypertension un peu de calmant ne fait pas de mal. Il ne faudra pas en prendre trop, ni trop régulièrement cependant.
- Ouais.
Le loup se pencha au-dessus du dossier du canapé et commença à essuyer le ventre de son compagnon que ce-dernier, étendu sur le dos, n'aurait pu attendre. Il passait sous le nombril lorsqu'il vit une bosse se former rapidement sur le côté et disparaitre tout aussi rapidement.
- Oh putain ! souffla Stiles en fermant les yeux avant de sourire. J'ai jamais été aussi content qu'ils me frappent ces deux-là !
Comme pour lui répondre, il y eut un autre mouvement et Derek posa sa main sur le ventre rond et distendu, soulagé lui aussi. Il avait eu terriblement peur. Et si Stiles, de son côté, ne s'était inquiété que de ses enfants, Derek, lui, s'était aussi inquiété pour son compagnon. Il avait craint pour le bien-être des trois. Un instant, il s'était même senti coupable de n'avoir pas su insister pour convaincre Stiles, des mois plus tôt, d'interrompre cette grossesse tant qu'il en était encore temps. Et si ça se reproduisait, mais qu'il n'était pas à ses côtés ? Et si quelque chose de plus grave se produisait ?
- Allez, reprit Deaton avec un sourire, un petit calmant et au lit. Tu as besoin de sommeil.
De sa sacoche, il sortit une seringue. Mais arrêta un instant son geste avant de relever la tête vers les personnes qui l'entourait.
- Par contre ça agit assez rapidement, il pourrait s'allonger quelque part ailleurs que sur ce canapé ? demanda-t-il en souriant.
- Bien sûr, répondit immédiatement Laura, sa petite fille toujours dans les bras. Il n'a qu'à prendre mon lit.
- Non ! répliqua vivement Stiles, surprenant tout le monde. Non je …
Derek, une main toujours sur son ventre, lui adressa un regard curieux, un sourcil arqué.
- Je voudrais rentrer, lui dit l'androgynus avant de soupirer, chez nous … Rentrer chez nous.
Sans un mot, simplement un sourire, Derek acquiesça et remit son tee-shirt en place, recouvrant son ventre.
- Allez-y, sourit Laura alors qu'Abigaël somnolait dans ses bras, on s'occupe de Wyatt. On vous le ramène dès que le repas est terminé.
- Prenons ma voiture, déclara Deaton en se redressant.
Dès qu'ils furent rentrés, il donna à Stiles le calmant léger qu'il avait amené avec lui. L'androgynus, encore trop inquiet, mit un instant avant de s'endormir, avant que le produit n'ait raison de lui ; ses paupières lourdent se fermèrent d'elles-mêmes et il sombra dans un sommeil sans rêve qui dura cinq heures, et dont il se réveilla reposé.
Wyatt, trop heureux d'avoir attiré sur lui toute l'attention de sa tante et de ses grands-parents, ne s'inquiéta aucunement de l'absence de ses parents. Heureux cependant de rentrer chez lui, il leur narra ses jeux avec son Papi-J et réclama qu'ils lui achètent quelques livres de la série Chair de Poule, dont Jordan Parrish lui avait parlé, lui qui en fut, dans sa jeunesse, un grand fan.
...
Quelques jours plus tard, alors que Wyatt était à l'école, Derek descendit dans le salon. Il venait d'enfiler ses vêtements de sport et avait dans l'intention de sortir faire le tour de la propriété en courant comme il en avait l'habitude. Cette petite routine lui permettait de garder la forme et d'éviter de prendre trop de poids ; il avait tout de même pris onze kilos depuis que les doses d'œstrogène que Stiles était forcé de prendre avaient atteint leur maximum, sans parler des douleurs abdominales et des fringales qui pouvaient survenir n'importe quand.
Il entra dans le salon afin de prévenir Stiles qu'il sortait, mais sitôt entré dans la pièce il s'immobilisa, un sourcil arqué et les écouteurs de son IPhone à moitié déroulés dans les mains. Puis il sourit.
Stiles, assit sur le canapé et les jambes étendues jusque sur la table basse, avait posé en équilibre sur son ventre une assiette dans laquelle se trouvaient quelques pilons de poulet grillé. Absorbé par la série qu'il regardait à la télé, il éclata de rire puis attrapa une grignote et la porta à sa bouche. Là, il remarqua le loup et son regard amusé.
- T'as vu, s'amusa-t-il en montrant l'assiette sur son ventre. Ça fait tablette ! C'est pratique.
Au même moment, l'un des enfants tapa du poing ou du pied sur la paroi de son ventre et une bosse bien visible le déforma brièvement, faisant basculer l'assiette en équilibre précaire. Vivement, Stiles la retint avant qu'elle ne tombe, sauvant ainsi son contenu.
- Ah ! s'écria-t-il avant de froncer les sourcils. Les petits cons !
Derek rit et s'approcha tout en disant :
- Ils n'apprécient peut-être pas que tu poses une assiette sur leur tête.
- T'as raison c'est dangereux, sourit son compagnon, ils pourraient décidés de se venger et nous faire vivre un calvaire.
- Par exemple.
- Tu sors ?
- Je vais courir un peu, j'en ai pas pour longtemps. Ne fais rien attendant. Enfin, rien de dangereux.
- Tu me connais, un vrai petit ange !
- Mmh …
- Relax, j'ai pas envie de bouger du canapé de toute façon. Enfin, sauf pour aller me chercher une autre assiette.
Tout en levant les yeux au ciel, Derek fit demi-tour et était presque sorti du salon lorsque Stiles le héla :
- Oh profites-en pour me ramener des croquettes de bœuf au fromage ! J'ai envie de viande au fromage … oh non tiens, un gigot !
- Je vais courir Stiles, répliqua le loup en lui jetant un regard amusé, je ne vais pas en ville.
- Nan mais tu peux bien faire un crochet non ?
- Non.
- T'es méchant avec moi.
- Y'a de quoi faire dans le frigo.
- Peut-être, mais rien qui me fasse envie.
- Désolé mais faudra t'en contenter.
- Tu sais que tu mets ta vie en danger en contrariant un androgynus enceint ?
- Je prends le risque.
- Je te hais.
Derek lui fit un clin d'œil et sortit. Stiles sourit et replongea dans les énièmes rediffusions de la série Friends, qu'il ne ratait jamais, tout en continuant son grignotage. Puis il entendit la porte d'entrée s'ouvrir et se fermer, signe que Derek venait de quitter la maison. Il soupira, content. Un peu de solitude lui faisait du bien. Depuis son malaise le loup était devenu encore plus protecteur ; inquiet, il le guettait toujours du coin de l'œil. Comme si son instinct lui disait quelque chose.
Quelques minutes s'écoulèrent ainsi, simplement. Stiles avait fini son assiette mais la faim le taraudait encore, malheureusement il n'arrivait pas à trouver le courage de se lever du canapé pour mettre une nouvelle tournée de pilons de poulet dans le micro-onde. C'est là que Buzz se mit à aboyer. C'était si rare, car peu de personne passait près de la propriété, que Stiles en sursauta. Puis, surpris, il arqua un sourcil et tourna la tête vers la fenêtre qui donnait sur l'enclos du chien, bien que cela soit inutile puisqu'il ne voyait rien de là où il se trouvait. Puis il revint vers sa télé, se disant que cet imbécile de chien avait dû se faire peur tout seul, mais les aboiements continuaient ; pire, ils devinrent plus forts, plus excités, et plus impressionnants.
C'était le signe que quelqu'un était là ; quelqu'un que Buzz ne connaissait pas. Sans doute un livreur venu remettre un manuscrit à Derek, comme ça arrivait parfois. Grommelant, Stiles posa son assiette sur la table basse, s'empara d'une serviette posée là afin d'essuyer ses doigts recouvert de gras de poulet, et se leva.
Avant d'arriver à la porte, il regarda par la fenêtre. D'ici, il voyait l'enclos. Effectivement, il y avait quelqu'un qui, face aux avertissements bruyants de Buzz, n'osait pas passer le portail et regardait autour de lui, manifestement mal à l'aise.
Sans se méfier, Stiles ouvrit la porte et sortit.
- Bonjour, dit-il simplement en refermant la porte et en descendant les deux premières marches du perron. Je peux vous … ?
Il écarquilla les yeux. Ce jeune homme, face à lui, qui le regardait avec des yeux ronds, il le connaissait. Il l'avait déjà rencontré. Une ou deux fois. Une ombre timide qui se tenait toujours … derrière Madeleine Hale, alors qu'elle venait de le kidnapper. Stiles retint son souffle, paralysé. Tout aussi immobile et stupéfait que lui, le jeune chien-loup débraillé aux cheveux emmêlés et aux yeux fatigués, ouvrit la bouche sans rien dire.
Buzz continuait d'aboyer comme un forcené. Stiles sentit son cœur faire un bon et sa peur, cette peur qu'il n'avait plus ressenti depuis des années, refit surface, jusqu'à le faire suffoquer. Cet homme avait appartenu à la meute de Madeleine Hale. Cet homme faisait partie de ceux qui avaient été envoyés en prison suite aux nombreux procès qui avaient eu lieu après le démantèlement du CRED. Et il était revenu.
Instinctivement, Stiles porta une main à son ventre pour protéger ses petits. Les yeux du chien-loup se baissèrent, attirés par le mouvement, puis s'écarquillèrent plus encore. Il venait de se rendre compte que le compagnon de l'alpha était enceint. Soudainement blême, il fit un pas en arrière en levant les deux mains, pour bien faire voir à Stiles qu'il ne lui voulait rien.
C'est alors que Buzz cessa brusquement d'aboyer et, dans un gémissement, se coucha au sol, la langue pendante et les oreilles droites. Un grondement brutal et sauvage raisonna alors tout autour d'eux. Le soulagement que Stiles ressentit le fit presque gémir et il tourna la tête. Un puissant loup noir venait de sortit des bois. Les yeux rouge comme deux rubis incroyablement lumineux sous les ombres, il montrait les crocs et grognait si fort que le roulement rauque dans sa poitrine raisonnait contre les arbres qui l'entouraient. Son corps aux muscles tendus frémissait, prêt à bondir.
Le jeune chien-loup malchanceux fit la seule chose à ne pas faire face à un prédateur qui défendait son territoire : il s'enfuit. Il prit ses jambes à son cou. Retenant son souffle, Stiles se raidit en voyant tout le corps du loup noir s'arquer, chacun de ses muscles se contracter avant qu'il ne bondisse avec puissance. En moins de dix secondes il tombait sur l'intrus et le plaquait au sol dans un grondement furieux, qui raisonna comme un coup de tonnerre. Bientôt, l'androgynus se retrouva à regarder, figé et les yeux grands ouverts, son compagnon sous sa forme originelle maintenir par la gorge un grand chien musclé mais maigre à la fourrure couleur cuivre rouge qui gémissait douloureusement, effrayé.
Durant un bref instant terrible, Stiles crut que Derek allait égorger ce jeune homme qui avait eu le malheur de tenter d'établir le contact avec le nouvel alpha de la meute Hale alors que son compagnon était enceint ; manifestement, ce chien-loup ne leur voulait aucun mal, car il se soumit rapidement à l'autorité de Derek en gémissement pitoyablement, allongé sur le dos, les pattes suffisamment écartées pour dévoiler son ventre, et la gorge offerte aux mâchoires du loup noir.
Ce-dernier sembla s'en rendre compte également car, après une dernière pression qui arracha à sa victime un cri de douleur, il ouvrit la gueule pour le relâcher, puis aboya et gronda, effrayant, les crocs si visibles et les oreilles si basses que même Stiles sentit un frisson de peur remonter le long de sa colonne vertébrale. L'intrus n'insista pas et, geignant toujours, se remit debout puis partit, la queue entre les pattes, le ventre rasant le sol.
Stiles déglutit, tremblant. Buzz se redressa, la langue pendant toujours, et lança un bref aboiement. Le temps de cligner des yeux et Derek avait repris forme humaine ; les poings serrés, la mâchoire contractées et les yeux toujours aussi rouge que le sang, il tourna la tête vers Stiles qui, abasourdi, n'avait pas bougé.
- Retourne à l'intérieur, lui ordonna-t-il en grondant.
Une main toujours sur son ventre, Stiles passa sa langue sur sa lèvre supérieure et demanda :
- C'était qui ?
- Rentre, ordonna encore Derek, plus gentiment cette fois, avant d'ajouter : s'il te plait.
Voyant que son compagnon était encore sur la défensive, Stiles n'insista pas et jugea effectivement plus sage de se mettre à l'abri. Il monta les deux marches du perron, les jambes tremblantes, ouvrit la porte et s'engouffra dans sa maison avant de refermer derrière lui et de s'adosser au mur avant de soupirer. Il avait eu peur. Cette rencontre l'avait brusquement ramené des années en arrière, alors que Madeleine le retenait prisonnier, les mains attachées à un lit. Il frissonna, puis ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Il caressa son ventre doucement. Pas de panique, Derek était là pour le protéger. Pour les, protéger.
...
- Certains sortent de prison ?!
- Bien sûr Stiles, déclara le Shérif en fronçant les sourcils, ça fait sept ans maintenant depuis les procès, alors ceux qui ont eu les peines les moins lourdes sortent les uns après les autres.
Stiles soupira et se laissa tomber au fond de sa chaise. Assise face à lui à la table de la cuisine, Maxine arborait la même mine contrariée et légèrement inquiète. Le Shérif, assit à côté d'elle, lui prit la main pour la rassurer. Derek, debout devant la fenêtre, avait croisé les bras et regardait dehors, tendu. Wyatt et Johanna jouaient innocemment dans le salon.
En reprenant ses esprits quelques heures plus tôt après la confrontation, Stiles avait appelé son père pour lui expliquer ce qu'il s'était passé, et le Shérif n'avait pas attendu pour les rejoindre. Rassuré que son compagnon ne soit pas seul, Derek s'était ensuite hâté d'aller récupérer Wyatt à la sortie de l'école, et depuis il était posté là, aux aguets.
- Depuis combien de temps tu le sais ? demanda soudainement Stiles à son père en fronçant les sourcils.
- Un an environ, répondit le Shérif en soupirant.
- Quoi ?! répliquèrent Stiles et Maxine en cœur, avant que l'androgynus ne poursuive : et tu ne nous as rien dis ?!
- C'est que …
Son père hésita, puis adressa un vague coup d'œil à Derek, aussi raide et immobile qu'une statue de marbre.
- Tu le savais, souffla Stiles, stupéfait. Tu le savais putain Derek !
Le loup ne répondit rien.
- Les autorités nous ont prévenues lorsque … l'un d'entre eux a été libéré, révéla le Shérif. On a convenu tous les deux que ça ne servait à rien de vous inquiéter avec ça, on ne pensait pas que certains tenteraient de revenir.
- Bah vous vous êtes planté ! s'écria vivement Stiles. Et en plus maintenant j'suis énervé.
- Qui c'était ? demanda doucement Maxine à son cousin.
Même si Derek ne bougea pas d'un poil, ne donnant pas l'impression de l'avoir entendue, il lui répondit d'une voix rauque :
- Ryan.
Le visage de la jeune femme se transforma sous la surprise puis elle soupira.
- Pas le plus dangereux, dit-elle doucement alors que Derek grondait, Madeleine lui avait complètement lavé le cerveau …
- Je vais installer une patrouille autour de la propriété, déclara le Shérif d'une voix sûre, d'autres viendront peut-être.
Il se leva, caressa les épaules de sa compagne d'une main tendre et sortit son portable avant de partir s'isoler dans le salon. Derek poussa un soupir tendu mais ne bougea pas davantage.
- D'autres, soupira Stiles avant de s'ébouriffer les cheveux.
- Ils sont tous sans meute maintenant, déclara sérieusement Maxine, la plupart vont tenter de se faire accepter par le nouvel alpha, c'est naturel.
Derek poussa un nouveau grondement sonore et quitta la cuisine. Manifestement, il était encore sur le qui-vive. Stiles eut une moue à la fois compréhensive et impressionnée.
- Pauvre Ryan, murmura Maxine avec un petit sourire triste, il est mal tombé.
- Comment ça ? lui demanda Stiles en arquant un sourcil.
- Quand une femelle de la meute est en gestation, ou lorsqu'il y a un nouveau-né, l'alpha ne prend aucun risque et ne laisse entrer aucun étranger. Et là, il y a toi et la petite Abi.
- Ah …
Voilà pourquoi le jeune Ryan avait été effrayé lorsqu'il avait remarqué son ventre rond. Il avait deviné, rien qu'en le voyant, que Derek lui tomberait méchamment dessus. Manque de chance, il n'avait pas eu le temps de faire demi-tour sans bobos.
- Tu veux dire que, si je n'avais pas été enceint, Derek l'aurait accepté ? en déduisit Stiles, surpris.
- Peut-être, répondit Maxine en se frottant les bras, manifestement assaillie par une brusque chair de poule. Tu sais, proportionnellement à la taille du territoire, cette meute est très petite. Derek pourrait accepter de nouveaux membres, ce n'est pas impossible.
Stiles fronça les sourcils mais ne dit rien. Il n'avait jamais envisagé cette possibilité.
Dans le salon, tendu, Derek attendit que son beau-père ait terminé de donner ses ordres et, sitôt qu'il eut raccroché, lui dit :
- On ne leur parle pas de Madeleine.
Le Shérif se tourna vers lui. Ses yeux bleus clairs, si différents de ceux de son fils, le fixèrent un instant. Son expression était contrariée et incertaine. Lorsque l'agent McCall du FBI avait appelé le Shérif Stilinski de Beacon Hills un an plus tôt, c'était pour les informer que Madeleine Hale avait été libérée bien plus tôt que prévu, alors qu'elle n'avait purgée que la moitié de sa peine initiale. Manifestement, elle avait bénéficié d'une aide, sans que personne ne sache laquelle exactement. Cette première remise en liberté avait été suivie par beaucoup d'autres mais, d'un commun accord, Derek et le Shérif avaient décidé ne rien dire à personne, hormis Talia et Juan.
Croisant les bras, le Shérif prit le temps de réfléchir. Il avait bien vu que cette rencontre avec le jeune chien-loup avait énormément stressé Stiles, ainsi que Maxine, alors qu'en serait-il s'ils apprenaient pour la libération de Madeleine ? Dans un soupir, il acquiesça. Il avait été mis au courant de l'évanouissement de Stiles quelques jours plus tôt et ne tenait pas à ce que ça se reproduise. Même si, pour son bien-être, il était forcé de lui mentir.
...
Le corps contracté, les muscles douloureux, l'énorme prédateur releva le museau et huma les odeurs de la forêt enténébrée. Sous ses pattes puissantes crissaient quelques feuilles mortes amorties par la terre humide et odorante. Pourtant, malgré les effluves de ces bois, malgré les senteurs de son territoire, il la trouva. Sa proie. Gracile et fragile au milieu des arbres, discrète comme un papillon de nuit, elle n'en dégageait pas moins une forte odeur de sueur, de fourrure mouillée et de peur. Elle l'avait senti, elle aussi.
Rasant le sol pour être le moins visible possible, le loup noir se fondit dans les ombres, furtif et silencieux. Quelques gouttes de pluie tombaient parfois des feuilles sur le sol déjà gorgé d'eau mais il ne les entendait plus depuis qu'il avait repéré sa proie. Il pouvait entendre son cœur battre malgré la distance qui les séparait encore ; il pouvait déjà sentir l'odeur du sang chaud qui circulait dans ses veines fragiles. Puis il la vit. Petite chose délicate aux pattes déliées et fines. Déjà, la bave emplit sa bouche alors que tout son corps se mettait à trembler d'anticipation et il se tassa plus encore, jusqu'à devenir complètement invisible.
Sa proie regarda dans sa direction, ses deux oreilles levées, mais ne le vit ni ne l'entendit. Et elle se détourna puis lui tourna le dos, fouissant déjà les feuilles mortes de son museau noir et gracieux à la recherche d'herbe tendre gorgée d'eau.
Sans hésitation, il bondit. Son grognement claqua dans l'air froid de cette nuit humide avec une telle puissance qu'un hibou perché plus haut préféra prendre son envol et se réfugier ailleurs. Parce qu'il était un prédateur efficace qui ne manquait jamais sa cible, il coinça celle-ci sous son corps puissant et mordit à pleine dent dans la gorge sans défense. Tout de suite, il sentit le sang chaud couler dans sa gueule, puis dans sa gorge, alors que l'artère brutalement tranchée envoyait un geyser écarlate sur sa dense fourrure noire. Il gronda, plus fébrile que jamais, alors que sa proie ne se débattait déjà plus que par soubresauts, s'imaginant déjà dévorer cette chair chaude pour s'en repaître. Il arracha alors un gros lambeau de viande de la gorge ouverte et la dévora en deux coups de mâchoires. Mais il s'arrêta là. Car ce n'était pas lui qui avait besoin de reprendre des forces cette nuit.
L'énorme loup noir attrapa alors une patte de sa proie désormais définitivement immobile et se mit à la trainer en tirant de toutes ses étonnantes forces.
...
Alors qu'il se rendormait tout juste, Stiles sentit le lit s'affaisser d'un côté et rouvrit les yeux. L'air de rien, Derek se rallongea sans un mot.
Stiles fronça les sourcils. Son compagnon était bizarre depuis sa courte bagarre avec le jeune Ryan, et plus encore depuis qu'ils avaient rapidement discuté de ce que l'androgynus avait considéré comme un mensonge – par omission, certes, mais un mensonge tout de même ! Il était un peu énervé, mais surtout très vexé que Derek ne lui ait pas fait part de cette nouvelle déroutante, et un peu intimidante. Des membres de l'ancienne meute de Madeleine Hale sortaient de prison, et certains étaient peut-être en colère.
Ils s'étaient donc couchés plus ou moins fâchés, sans oublier Stiles qui avait eu un léger vertige alors qu'il montait les escaliers pour rejoindre sa chambre. Rien de grave cette fois, ça lui arrivait souvent, mais Derek l'avait vu. Depuis, il était tombé dans un mutisme angoissé un peu étrange qui avait fini par calmer et attendrir Stiles.
Et voilà qu'il se levait en pleine nuit, disparaissait assez longtemps pour que l'androgynus se rendorme presque, puis revenait l'air de rien, toujours sans un mot. Parce qu'il décida de profiter de ce qu'ils étaient réveillés tous les deux pour instaurer une petite séance câlin, Stiles lui demanda, sans penser à mal :
- T'étais où ?
Mais un grognement inquiétant et intimidant jaillit de la gorge du loup. C'était si autoritaire et soudain que Stiles en sursauta.
- Nan mais oh ! se vexa-t-il en fronçant les sourcils.
Puis il la sentit. L'odeur du sang. Elle était si puissante qu'elle lui envahit la bouche et la gorge avant de lui donner la nausée. Mais tout ça fut vite supplanté par la peur.
- Derek ?! appela-t-il d'une voix aigüe d'inquiétude – et si un membre de la meute de Madeleine était venu, et qu'ils s'étaient battus sans qu'il entende rien ?! – mais, voyant que le loup ne réagissait absolument pas, il lui attrapa l'épaule pour le secouer en répétant plus fort : putain Derek !
L'interpelé se redressa d'un bon en grondant puis demanda d'une voix enrouée de fatigue :
- Quoi … qu'est-ce qu'y'a ?!
- Tu sens pas ?! répliqua Stiles, paniqué et abasourdi.
La chambre étant plongé dans l'obscurité d'une nuit noire et sans lune, il entendit plus qu'il ne vit Derek renifler. D'abord doucement, brièvement, puis plus profondément après deux secondes de silence, comme s'il voulait bien s'assurer d'avoir senti ce qu'il avait senti.
- Mais qu'est-ce que ? marmonna-t-il avant de bouger.
La lumière vive et blanche de sa lampe de chevet inonda brusquement la pièce et Stiles dut plisser les paupières, ébloui. Néanmoins, il vit.
- Merde ! s'écria-t-il en s'écartant d'un bon, entrainant avec lui un pan de la couverture, ce qui termina tout à fait de dévoiler Derek et ses vêtements tâchés de sang. Putain mais … t'as du sang partout !
Derek baissa les yeux sur ses mains, puis sur son torse, et eut un mouvement de recul en retenant son souffle. Son pantalon de lin gris et son débardeur blanc étaient désormais rouges et noirs et recouverts de ce qu'il semblait être des petits morceaux de chairs. De ce fait, il en avait barbouillé le lit et les draps. Soudain, il tourna la tête vers Stiles qui sursauta encore.
- Tes yeux, souffla-t-il, complètement perdu.
- Quoi mes yeux ? gronda Derek en fronçant les sourcils avant de voir que l'une des mains de Stiles était tâchée de sang également. T'es blessé ?!
- Quoi ?! Non ! Putain Derek tes yeux sont rouges ?! Mais qu'est-ce qu'il se passe bordel ?!
Stiles était totalement dépassé, et son compagnon n'en menait pas large non plus. Manifestement, il ne comprenait pas ce qui lui arrivait.
- T'as foutu quoi ? lui demanda néanmoins l'androgynus dans un souffle apeuré.
- J'en sais rien, répondit simplement Derek en fronçant les sourcils, le regard dans le vague, comme s'il essayait de se souvenir.
- T'es sorti de la chambre, t'es resté absent un moment …
- Et j'étais où ?
- Mais j'en sais rien moi !
Soudain, Derek fit la grimace, porta la main à sa bouche pour l'essuyer, avant de crachoter comme s'il tentait de se débarrasser d'un goût qui ne lui plaisait pas. Ses joues, son menton et ses lèvres, étaient également recouverts de sang, sans oublier les éclaboussures sur le reste de son visage. Comme s'il avait mordu quelque chose. Ou quelqu'un …
- C'est pas du sang humain, constata-t-il avec un calme parfait.
Stiles fit les gros yeux, ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais la referma silencieusement, incapable de voir autre chose que le visage recouvert de sang de son compagnon, puis finit par réussir à articuler :
- Je ne préfère pas savoir comment tu peux connaitre le goût du sang humain …
- Je crois que, marmotta Derek, les sourcils froncés, perdu dans ses pensées. Je crois que j'ai …
Brusquement, faisant sursauter Stiles pour la troisième fois, il quitta le lit et traversa la pièce, le pas sûr.
- Tu vas où ? lui demanda l'androgynus, vexé d'être ignoré.
Evidemment, Derek ne lui répondit pas et disparu dans le couloir. Agacé, Stiles sortit du lit difficilement, manqua basculer en avant, emporté par le poids de son ventre, tant il se dépêcha, et quitta la pièce à son tour. Dès qu'il fut au-dessus des escaliers, il se figea. Derek, déjà en bas, leva une main pour l'arrêter. Buzz, dans le salon, couinait, caché sous la table basse. Et la porte de la maison était grande ouverte.
Stiles retint son souffle et porta une main à son ventre. Mais que s'était-il passé ? Lentement, à pas sûrs mais prudents, Derek s'approcha de la porte, qui laissait entrer chez lui la nuit profonde de cette fin d'automne et son air frais et humide. Stiles, resté en haut, retint son souffle, le cœur affolé. Derek parvint jusqu'à la porte. Et pouffa de rire avant de pousser un soupir de soulagement. Puis il jeta un regard à Stiles, toujours immobile, et lui dit simplement :
- C'est rien t'inquiète pas.
- Qu … quoi ?! éructa l'androgynus, soulagé malgré lui. Que je ne m'inquiète pas ?!
- Moins fort tu vas réveiller Wyatt.
Les sourcils froncés, agacé, Stiles descendit les escaliers.
- Ne viens pas, soupira Derek en levant les yeux au ciel.
- J'vais me gêner ! répliqua son compagnon. Attends, t'es couvert de sang et tu crois sincèrement que je vais Ah ! Putain de merde mais qu'est-ce que c'est que ça ?!
- Moins fort …
- Moins fort ?! Putain Derek, j'ai le droit de hurler, y'a une biche morte sur mon perron !
Maintenant qu'il se tenait lui aussi dans l'encadrement de la porte d'entrée, Stiles ne manquait rien du spectacle qui avait doucement fait rire son compagnon : une biche, les yeux grands ouverts et fixes, la gorge ouverte sur une béance rouge et noirâtre sous laquelle s'élargissait une flaque sombre, reposait en travers des trois petites marches qui menaient à sa maison. Soudain, Derek fit volte-face l'air parfaitement calme et détendu, et dit simplement :
- J'appelle ma mère.
- Quoi ?! répliqua Stiles, éberlué.
Mais Derek n'ajouta rien, se contentant de retourner dans leur chambre attraper son IPhone.
- Bah oui fais donc ça, soupira son compagnon, resté seul face à la biche. Appelles ta mère …
...
- Trop génial Derek ! sourit Cora en s'accroupissant pour mieux examiner la biche. Une sacrée prise !
- Bravo fiston, l'accompagna Juan en gardant néanmoins ses distances.
Talia se contenta de sourire avec fierté. Evidemment, ils étaient venus tous les trois.
- Euh attendez, temps mort ! lança Stiles en s'avançant jusqu'à parvenir près de Derek. C'est un assassinat là on est d'accord ?
Cora soupira en levant les yeux au ciel dans une attitude qui la faisait énormément ressembler à son grand frère, alors que Talia souriait. Derek adressa à son compagnon un regard étrange, à mi-chemin entre l'agacement et l'amusement. Il lui avait demandé de ne pas assister à ça, de peur qu'il se trouve mal, d'autant que c'était le milieu de la nuit, il faisait frais, et il n'avait que très peu dormit ces-dernières nuits, mais Stiles avait insisté pour être là. Il était curieux de savoir ce qu'il s'était passé exactement.
- Ne te plaint pas Stiles, lança finalement Talia, moi quand j'étais enceinte, Juan me ramenais des lapins et des écureuils.
Derek haussa les sourcils tandis que sa petite sœur se retournait pour jeter un regard déçu à son père.
- T'étais vraiment naze, lança-t-elle sans aucune douceur.
Juan fit la moue, ce qui fit rire sa femme.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? lança Stiles dans un gémissement. Pourquoi est-ce qu'il a brusquement eu envie de m'offrir une biche morte ?!
- Sans doute à cause de ton évanouissement, répondit Talia en haussant les épaules, le loup a dû sentir que tu manquais de protéine animale.
- Trop gentil, vraiment …
- Tu ne lui aurais pas réclamé quelque chose, récemment ?
- Quoi ?! Mais je ne réclame jamais rien !
Derek manqua s'étouffer d'indignation.
- C'est l'hôpital qui se fout de la charité ! lança-t-il en croisant les bras.
- Ouais bon d'accord, céda Stiles de mauvaise foi. Deux ou trois trucs peut-être. Ah ?
Ils le fixèrent tous alors qu'il levait l'index, perdu dans ses souvenirs. Il finit par dire :
- Je lui ai demandé un gigot alors qu'il partait courir.
- Bah voilà, tu l'as, sourit Cora.
- Nan mais il est hors de question que je mange de la biche !
- T'as tort c'est super bon. En plus maman en fait un super ragoût.
- Rien à carrer. Je ne mangerais pas cette biche.
Avec l'accord de Derek, Juan s'approcha prudemment de la proie, toujours étalée sur le perron. Il avait hésité, craignant que son fils ne protège son butin en l'attaquant, comme n'importe quel loup le ferait face à un concurrent, mais l'instinct de Derek ne semblait plus avoir de grande emprise sur lui. Pour l'instant. L'animal fut ensuite emmené chez Talia pour y être dépecé et préparé.
Derek, après avoir nettoyé le perron autant que possible, ainsi que les traces qu'il avait laissé dans la maison, put enfin prendre une douche, tandis que Stiles s'accaparait la cuisine, profitant qu'il était debout pour terminer de vider le pot de Nutella. Wyatt semblait dormir à poings fermés, Buzz se cachait toujours sous la table basse – il s'était vraisemblablement retrouvé nez à nez avec un gros loup noir et ne semblait pas en garder un très bon souvenir – et ne se calma que lorsque Stiles eut terminé de le rassurer à grand renfort de caresses.
Dès qu'ils se retrouvèrent enfin dans leur chambre, Derek commençait à changer les draps du lit lorsque Stiles, le pot de Nutella dans la main gauche et une cuillère dans la main droite, lui dit :
- Ça m'a foutu une sacrée trouille.
Puis il se fourra la cuillère dans la bouche.
- Désolé, lui répondit simplement son compagnon.
- T'as vraiment fait cha chans t'en rendre compte ?
- Vraiment.
Stiles avala le Nutella, lécha la cuillère.
- Tu fais la gueule ? demanda-t-il en arquant un sourcil.
- Non, répondit Derek en soupirant, ça m'a foutu la trouille à moi aussi, c'est tout.
- Pourquoi ?
- Parce que …
Le loup gronda, se redressa et balança le pan de drap propre qu'il tentait d'étaler convenablement sur le matelas depuis plusieurs minutes. Il poussa un soupir et darda sur Stiles un regard incertain.
- Parce que j'aurais pu te faire du mal.
- J'crois pas non, répliqua simplement l'androgynus en se préparant un autre généreuse cuillère. T'as juste voulu me nourrir c'est tout. J'apprécie le geste, vraiment.
Derek le fixa gravement avant de pouffer de rire. Stiles haussa un sourcil, surpris.
- T'en as sur le menton, lui dit son compagnon. Et arrêtes de te gaver avec ce truc, tu vas te rendre malade.
- Excuses-moi mais je préfère ça plutôt que de manger une biche innocente. Nom d'un chien Derek mais t'as vu comment tu l'as égorgée ?!
- T'aurais préféré que je l'éventre ?
Stiles, bouche grande ouverte, le Nutella à deux centimètres des lèvres, prit le temps de réfléchir. Il devint brusquement vert.
- T'as raison, dit-il alors en plantant la cuillère dans le pot, j'crois que je vais être malade.
Evidemment, le lendemain ils furent tous les trois invités chez Talia et Juan pour goûter au ragoût de biche préparé avec soin. Si Stiles refusa d'abord, il accepta finalement de grignoter quelques morceaux lorsqu'il vit que son refus catégorique avait blessé Derek, tandis que Wyatt, lui, s'en bâfra joyeusement en déclarant qu'il adorait ça, jusqu'à s'en faire mal au ventre.
...
- On a toujours pas de prénom pour lui, et ça commence à devenir urgent tu ne crois pas ? demanda Derek à Stiles, quelques jours plus tard.
- Ouais c'est vrai, soupira l'androgynus en réponse, avant de bougonner : la faute à Wyatt, il est aussi nul que nous à ça ; puis il lança plus vivement : tu ne sais pas ce qu'il m'a suggéré la dernière fois ? Petit Scarabée.
Derek, plongé dans une liasse énorme de papier, pouffa de rire.
- J'te raconte pas le gros bobard qu'il a fallu que je lui sorte, gronda encore Stiles en tendant le bras vers un bol posé au sol.
Ils étaient tous deux sur le canapé. Derek, plongé dans son travail, avait étendu ses jambes jusque sur la table basse, comme il le faisait souvent, alors que Stiles, à ses côtés, était étalé de tout son long, la tête posée sur des coussins au niveau des hanches de son compagnon. S'ennuyant ferme, il s'était mis, depuis plusieurs minutes, à grignoter des cacahuètes, les envoyant dans les airs en ouvrant grand la bouche, espérant viser juste. Malheureusement, il n'avait jamais été doué à ce genre de jeu et la plupart des cacahuètes rebondissaient sur son front ou son nez avant de rouler et de tomber sur le tapis, ou encore de disparaitre entre les plis du canapé. Mais Derek, patient, ne disait rien, car son compagnon avait passé une nuit terrible, entre migraine si forte qu'il en avait eu les larmes aux yeux, et des brûlures d'estomac qui l'avaient plusieurs fois fait vomir. Alors autant ne pas le contrarier.
- Tu dois bien avoir une petite idée quand même, hasarda-t-il d'une voix rauque sans quitter des yeux la page qu'il était en train de traduire mentalement.
- Bah oui mais …, hésita Stiles avant de se taire.
- Mais quoi ?
- Rien, ça te plaira pas.
- Stiles …
Soupirant, Derek laissa retomber son tas de feuille sur ses genoux et adressa à son compagnon un regard incisif derrière ses lunettes aux verres carrées. Pour le regarder, Stiles était obligé de lever les yeux. Une cacahuète en main, il arqua un sourcil, curieux.
- Quoi ? lui demanda-t-il l'air rien.
- D'après ce que tu m'as dit c'est ton père qui a choisi le prénom de Wyatt, reprit le loup alors que son compagnon grommelait et balançait sa cacahuète dans les airs. Et c'est moi qui ai choisi pour Claudia. Alors c'est à toi de choisir pour lui.
Stiles reçut la cacahuète entre les deux yeux.
- Aïeuh c'est débile ! lança-t-il en attrapant rageusement la petite arachide pour se la fourrer dans la bouche.
- Mais t'as bien une idée non ? insista le loup.
- Ouais …
- Bah alors, dis !
- D'accord !
Agacé, Stiles attrapa une nouvelle poignée de cacahuète dans le bol et dit :
- Tu sais à quel point j'adore Iron Man ?
- Ah !
Désabusé, Derek laissa sa tête tomber en arrière jusque sur le haut du dossier, et regarda le plafond.
- Tony, souffla-t-il seulement.
- Ouaip, Tony ! sourit Stiles en remuant les pieds de contentement.
- Mouais bof.
- C'est soit ça soit Scott.
Derek se redressa et reprit sa grosse liasse de feuille l'air de rien.
- Nan mais Tony c'est bien, décréta-t-il.
Stiles rit et mit quelques arachides dans sa bouche avant de balancer à son compagnon maussade :
- T'aimes pas Shcott ?! Cha alors !
- C'est lui qui m'aime pas, grommela Derek, bougon.
- Ouais, ch'est pas faux.
Il avala ses cacahuètes salées et demanda d'un air enjoué :
- Alors, va pour Tony ?
- Va pour Tony, céda Derek avec un sourire.
...
Les jumeaux naquirent un dix-huit janvier. Il neigeait ce jour-là.
Quinze jours avant, lors d'une échographie, Deaton conseilla à Stiles, pourtant persuadé que l'accouchement serait déclenché le jour-même, d'attendre encore. Car, ce qu'il craignait se vérifiait à présent : si la petite fille était prête à venir au monde, il n'en allait pas de même pour le petit garçon, dont les poumons, toujours immatures, ne lui permettaient pas encore de respirer seul.
- Quinze jours, avait affirmé Deaton, quinze petits jours. Et surtout, surtout !, aucun geste brusque Stiles, n'essaie même pas de porter de charges. Ton utérus est incroyablement distendu, il suffirait d'un seul faux mouvement pour qu'il se déchire.
Stiles crut pleurer ce jour-là. Sa patience et son courage étaient au plus bas. Mais il acquiesça, prit sur lui et resta courageusement tranquille.
Puis, deux semaines plus tard, enfin Deaton lui dit les mots qu'il désespérait d'entendre :
- Tout est parfait. Je pense qu'on peut déclencher l'accouchement aujourd'hui.
- Merci ! s'écria Stiles avec un grand sourire et les larmes aux yeux. Ah merci, merci ! Enfin ! J'étais à deux doigts de péter les plombs !
Derek, debout à ses côtés, était resté immobile, comme statufié.
- Calmes-toi, sourit Deaton en s'approchant de son téléphone, j'appelle l'hôpital pour les prévenir et on y va. Le chirurgien et les sages-femmes s'y préparent depuis un mois, alors ça ira vite.
- Ah putain le soulagement, sourit encore Stiles en se frottant fortement les yeux, incapable de se départir de son sourire.
- Tu veux un calmant avant l'anesthésie ou pas ?
- Attendez, attendez ! lança soudainement Derek, les sourcils froncés. Attendez … quand vous dites aujourd'hui … ça veut dire …
- Oui Derek, s'amusa Deaton en composant le numéro. Ça veut dire que l'accouchement aura lieu aujourd'hui.
Derek devint brutalement très pâle. Stiles, qui avait rouvert les yeux, lui adressa un regard et pouffa de rire.
- Bah merde, t'as perdu toutes tes couleurs d'un coup ! Ça va t'es sûr ?
Le loup ne répondit rien. Comme beaucoup d'hommes qui se vantaient d'être forts et résistants, il n'avait jamais eu aucun malaise de sa vie. Mais là, il avait l'impression de se tenir à cloche-pied sur un matelas remplis d'eau. Et ces oreilles bourdonnaient très désagréablement. Il entendit à peine Deaton parler au téléphone ; agit comme un automate lorsqu'il leur fallut se mettre en route pour l'hôpital ; prêta à Stiles, sans dire un mot, son IPhone pour qu'il puisse appeler son père, puis appela lui-même ses parents et Laura, qui le rassura en lui assurant que Jordan se proposait pour récupérer le petit Wyatt à la sortie de l'école.
Et puis, lorsqu'il reprit ses esprits, il se trouvait avec Stiles en salle d'opération et une infirmière tentait de lui faire enfiler une blouse verte ignoble. Il se sentit perdre pied et chancela.
- Bah alors le futur papa ! se moqua l'infirmière avec un grand sourire. On tombe dans les pommes ?
- Me sens pas très bien, réussit à articuler Derek en déglutissant.
- Un petit cognac pour tenir le coup ?
- Derek ! appela Stiles depuis la table d'opération. Ramènes tes miches de loup ici !
Sans réfléchir, Derek obéit et s'avança vers lui. Il était toujours très pâle et sentit son estomac se tordre.
- Me sens vraiment pas bien, répéta-t-il une fois près de son compagnon.
- Mais t'assures pas du tout ! grimaça Stiles, à mi-chemin entre l'agacement et la colère. Qu'est-ce que je t'ai dit, hein ?! Qu'est-ce que je t'ai dit quand j'ai dit oui ?! J'ai dit qu'il fallait que t'assure sinon je retournais vivre chez mon père !
Derek sortit de sa torpeur, prit le temps de bien regarder son compagnon. Ce-dernier, allongé, tentait de calmer son souffle en respirant profondément. Il était nerveux. Les infirmières avaient pratiqué sur lui une anesthésie locale avant de tendre un drap sur son torse pour qu'il ne voit pas l'opération. Son front était déjà perlé de sueur, il était pâle lui aussi et il ne cessait de serrer convulsivement les lèvres.
- Bonjour messieurs, bonjour mesdames ! s'exclama un grand homme vêtu lui aussi d'une blouse en pénétrant dans la pièce. Je me présente, Docteur Smith, chirurgien. Comment on se sent ici ?
- Vous êtes de la CIA ? lui demanda Stiles en relevant légèrement la tête.
L'homme éclata d'un grand rire tonitruant avant de laisser une infirmière lui installer un masque sur le visage. Manifestement, il avait déjà désinfecté ses mains.
- Je suis ici incognito, c'est une couverture, répondit-il, la voix légèrement étouffée. Je n'ai aucune idée de ce que je suis en train de faire mais je suis confiant !
Stiles rit et Derek soupira. Le nouveau venu reprit, plus sérieusement :
- J'ai un nom assez répandu, je le reconnais, et on se sert beaucoup de lui dans les films, mais je vous assure que je sais ce que je fais ! Et je voulais vous remercier monsieur Stilinski.
Il s'approcha pour se placer au niveau des jambes de Stiles, tout en gardant Derek à l'œil – il lui était déjà arrivé de se faire attaquer par un futur père nerveux, dont l'instinct le forçait à protéger sa femelle et ses petits – mais celui-ci semblait encore assez maître de lui-même.
- Me remercier ? répliqua Stiles, surpris.
- Oui, reprit le chirurgien dont le sourire déforma son masque, c'est la première fois que j'accouche un androgynus de jumeaux, ce sera du plus bel effet sur mon CV !
- Ravi de vous aider dans votre carrière.
Encore une fois, le rire de l'homme claqua dans la pièce comme une gifle, faisant sursauter Derek. Il était bien trop nerveux, et il sentait son sang battre à ses tempes depuis qu'il avait vu le médecin s'approcher de son compagnon.
- Bien, nous allons y aller, reprit ce-dernier en prenant place, disparaissant derrière le drap tendu. Vous sentez ça ?
Stiles fronça les sourcils.
- Non quoi ? demanda-t-il, surpris.
- Je viens de vous pincer juste sous le nombril, répondit la voix du chirurgien, qu'il ne voyait plus. Apparemment l'anesthésie est bonne. Tania ?
- Je confirme Docteur, répondit une jeune femme près de lui. C'est bon.
- Alors on va pouvoir y aller ! Surtout, dès que vous sentez une douleur ou une gêne, vous me le faites savoir monsieur Stilinski.
- Là-dessus vous pouvez compter sur moi !
Derek était obligé de serrer fortement les poings pour se contrôler. Ça grondait dans sa tête mais il tentait de chasser le loup, vaille que vaille. A ses côtés, Stiles poussa un long soupir.
- Tu sais, lui dit-il brusquement, pour Wyatt j'étais seul.
Son compagnon le regarda, les sourcils froncés, et Stiles continua :
- Mon père n'était pas là … une affaire, j'sais plus laquelle ! J'ai accouché seul et … c'était … assez terrible. Me sentais …
- Je suis là cette fois, le coupa Derek assez rudement.
Il lui prit simplement la main. Stiles lui adressa un regard sombre et fronça les sourcils.
- Putain t'as vraiment une sale tête, lui dit-il avec un petit sourire.
Derek sourit à son tour.
- Ça va, affirma-t-il avant d'ajouter : j'ai juste envie de vomir.
- Super, comme ça t'as un aperçu de ce que j'ai ressenti ces neuf derniers mois !
- Tenez-vous prêtes mesdames ! s'exclama soudainement le chirurgien. Voilà la première ! Ah ! Vous voulez couper le cordon monsieur Hale ?
De blanc, Derek vira au vert.
- Non non ! lança vivement Stiles en redressant la tête. Lui demandez pas de faire ça ou cet imbécile va s'évanouir !
Après un nouveau rire violent, le médecin acquiesça et reprit :
- Alors attention … voilà la petite fille !
Un hoquet humide raisonna dans la pièce alors que Derek retenait son souffle, puis il y eut des pleurs. Forts et aigus, ils lui vrillèrent les tympans, lui arrachant une grimace de douleur, alors que son loup hurlait intérieurement.
- Ma foi, cria le chirurgien pour couvrir ce vacarme, je crois que celle-ci va vous faire faire des nuits blanches !
Une sage-femme s'avança pour prendre le nouveau-né en charge et Derek ne put s'empêcher de se lever et de tendre le cou pour tenter de voir. Et il l'aperçut, petite chose rouge recouverte d'un peu de sang et d'un liquide blanchâtre, le visage fripé et tordu tandis qu'elle pleurait, indignée de venir au monde. Encore une fois, il se sentit vaciller et ne put s'empêcher de sourire tout en ayant l'impression d'être un parfait idiot.
- Tu peux la voir ? lui demanda Stiles en lui serrant la main plus fort. Comment elle est ?
- Je … c'est, tenta Derek avant de déglutir et de répondre franchement : j'en sais rien, j'arrive même pas à me convaincre qu'elle soit humaine.
Stiles rit.
- Elle est si affreuse que ça ? lança-t-il alors que Derek lui adressait un sourire.
Ils s'étaient à peine entendus tant la petite fille criait fort. Derek se rassit et, sans lâcher la main de Stiles, posa son front contre le sien.
- Et voilà le deuxième ! cria le chirurgien.
S'ils n'entendirent d'abord rien, Stiles mit ça sur le compte du vacarme que faisait la première née, qui continuait de crier. Et puis, son cœur manqua un battement et il sentit Derek serrer davantage sa main, comme si lui aussi l'avait deviné. Quelque chose n'allait pas. Ils en eurent la conformation lorsque le Docteur Smith se redressa brusquement, le bébé immobile et silencieux dans les bras, et ordonna à l'infirmière nommée Tania de prendre la relève. Dès que Stiles le vit s'isoler au fond de la pièce avec son petit, il se redressa en poussant sur les coudes, manquant basculer carrément du lit. Immédiatement, une sage-femme, qui était prêt de lui depuis le début, le retint pour ne pas qu'il tente de se lever.
- Restez tranquille ! tenta-t-elle doucement mais avec autorité.
- Non ! cria Stiles en tentant de la repousser.
Mais Derek vint en aide à la femme et maintint son compagnon sur le lit, surpris de la force de ce-dernier alors qu'il se débattait.
- Monsieur Stilinski ! s'écria la dénommée Tania, inquiète. Nous n'avons toujours pas refermé, arrêtez de gigoter ainsi !
Derek ne pouvait s'empêcher, tout en tenant Stiles, de lancer des coups d'œil au chirurgien, qui avait posé le petit garçon sur le drap d'une table minuscule et, penché sur lui, semblait le frictionner. Soudain, Stiles poussa un sanglot et cessa de bouger. Claudia avait cessé de hurler, comme si elle aussi comprenait la gravité de la situation. Derek vit l'homme qui avait la vie de son fils entre les mains se redresser, attraper une longue tige mise à sa disposition, et se repencher sur le petit corps immobile.
Et il attendit, le souffle coupé, avec l'impression étrange de flotter. Comme s'il se trouvait dans un entre deux. Entre la vie et la mort. Du résultat de cette attente horrible dépendait tout le reste de sa vie. Les cinq secondes qui s'écoulèrent furent terriblement longues ; cinq secondes durant lesquelles il s'imagina en deuil pour les cinquante années à venir, regrettant à tout jamais ce petit garçon s'il ne survivait pas à sa naissance. Et le pire, c'était d'imaginer le regard triste de Stiles, de voir son sentiment de culpabilité ; voir grandir la petite Claudia seule, amputée d'une partie d'elle-même.
Il ne hoqueta pas, il expectora, comme pour se débarrasser de quelque chose qui lui aurait obstrué la gorge, puis pleura, comme sa sœur avant lui, mais avec beaucoup moins de force. Et le chirurgien se redressa en poussa un bruyant soupir soulagé. Stiles sanglota de nouveau puis sourit et se prit la tête dans les mains, tant il avait eu peur. Derek réalisa alors que celui qu'il entendait désormais pleurer, c'était son fils, qui respirait. Il soupira à son tour et enfouit son visage dans les cheveux de Stiles pour cacher les larmes qui lui montait aux yeux. A présent, il imaginait le petit garçon qui grandissait à ses côtés, entouré de tout le monde, guidé par Wyatt, accompagné par Claudia. Le petit Tony Hale avait passé la première épreuve avec succès.
- Venez par ici le papa ! lança brusquement le chirurgien, le sortant de ses pensées.
Derek releva la tête, surpris, mais ne bougea pas, persuadé d'avoir mal compris. Stiles le repoussa alors rudement pour le forcer à se lever et il se redressa, incertain.
- Allez venez là ! insista le médecin alors qu'une autre sage-femme emmitouflait le petit garçon dans un linge crème. Prenez-le dans vos bras, il est un peu froid, il a besoin de chaleur. On va préparer une couveuse pour lui au plus vite.
Derek obéit sans réfléchir. Il s'approcha et prit au creux de ses bras le nouveau-né qui ne pleurait déjà plus et se laissait manipuler sans rien dire, comme s'il était déjà épuisé par cette épreuve. La poitrine douloureuse tant il avait du mal à respirer, Derek fut incapable de détacher ses yeux de ce visage rouge, encore sale, aux traits si fins et minuscules. Son corps était si léger dans ses bras, si fragile, qu'il sut, dès cet instant, qu'il protègerait cet être toute sa vie, qu'il les protègerait tous les deux jusqu'à sa mort. Et s'il s'en voulut un bref instant de n'avoir jamais ressenti quelque chose d'aussi profond pour Wyatt, il l'oublia bien vite en se disant que lui, ou Claudia, ou Tony, c'était la même chose.
Stiles, la tête dans du coton, était incapable de détourner son regard. Derek était debout, immobile au milieu de la pièce, avec son fils dans ses bras. Et cette scène toute simple, que les sages-femmes présentes dans la pièce avaient déjà dû voir des milliers de fois, était si belle à ses yeux.
Le chirurgien remercia Tania pour son aide et se réinstalla pour reprendre le cours de l'opération. Puis il dit, tout son entrain revenu :
- On a eu chaud !
- Qu'est-ce qui s'est passé ? lui demanda Stiles, sortit de sa contemplation en entendant sa voix.
- Il avait les poumons très obstrués, certainement à cause du manque de place. Il n'a pas pu se mouvoir correctement pendant son développement alors sa force pulmonaire n'était pas suffisante pour qu'il prenne sa première inspiration tout seul. J'ai dû désobstruer pour l'aider.
- Merci …
- Mais c'est mon travail monsieur Stilinski ! Alors, qu'est-ce que je fais ? Je pratique toujours l'ablation de l'utérus ?
Là, Stiles ne sut que répondre et regarda de nouveau Derek. Sourd à tout ce qui se passait autour de lui, ce-dernier n'avait pas bougé, toujours en admiration face au nourrisson qu'il tenait au creux des bras. De son côté, Claudia poussa un cri indigné alors que la sage-femme qui l'avait prise en charge s'occupait encore de la nettoyer.
Quelques semaines plus tôt, Deaton avait proposé à Stiles de lui retirer l'utérus pendant l'accouchement. Il n'avait certes que vingt-six ans, et pouvait donc encore avoir des enfants, mais le vétérinaire craignait que son utérus, trop distendu par cette grossesse gémellaire, ne devienne hostile à tout embryon ; de plus, un androgynus qui avait eu un enfant avait tout à fait le droit d'être gratuitement opéré. Evidemment, Stiles avait sauté sur l'occasion avec joie, approuvant. Mais là, alors qu'il regardait Derek, il eut un doute.
Il était évident que Derek était fait pour être père, il était bien assez fort, patient, tendre et autoritaire à la fois pour ça, et à voir en ce moment l'amour qui brillait dans ses yeux gris-bleu alors qu'il regardait son fils, Stiles s'en voulut de le priver d'autres bonheurs du même genre. Il ouvrit la bouche mais la referma, ne sachant que dire.
- Monsieur Stilinski ? insista le Docteur Smith. J'ai besoin d'une réponse rapidement.
Interpelé, Derek sortit de son monde et se tourna. Stiles le regardait. Derek haussa les sourcils, puis les fronça. Il pouvait aisément deviner le combat intérieur que se livrait son compagnon.
- Allez-y, répondit-il au chirurgien, qui tourna vers lui un regard interrogateur. Vous pouvez.
Stiles ouvrit la bouche comme pour protester mais un regard de Derek le fit taire. Il avait bien vu à quel point son compagnon avait souffert de cette grossesse, et il était heureux de constater qu'il était prêt à faire ce sacrifice de son bien-être pour lui, mais il refusait de le voir subir encore ça rien que pour lui faire plaisir. D'un hochement de tête, il assura encore au médecin qu'il pouvait intervenir et ce-dernier acquiesça en retour puis se mit à l'œuvre.
Les choses allaient de nouveau changer pour eux. Stiles allait redevenir un homme, entièrement un homme.
Claudia fut enfin propre et la sage-femme qui l'avait enroulé dans un linge blanc l'apporta à Stiles avec un grand sourire. Stiles prit sa fille dans ses bras et la serra contre son cœur. La petite louve poussa un nouveau cri et deux petites oreilles noires pointèrent brusquement sur sa tête, au milieu de la masse impressionnante de cheveux couleur chocolat au lait qu'elle arborait déjà.
- T'as vu ça ? rigola Stiles alors que Derek approchait. Wyatt n'a pas fait ça avant ces seize mois !
- Les femelles sont toujours beaucoup plus précoces que les mâles, répondit son compagnon en se penchant sur sa fille.
Stiles sentit nettement la petite se raidir puis un grognement roula dans sa minuscule poitrine qui vibra entre ses bras et il écarquilla les yeux. Elle venait de sentir l'odeur de son père. Derek recula, tout aussi surpris que lui.
- Bah merde ! lança Stiles en levant les yeux sur lui. Pas de doute, c'est bien un caractère de Hale ça !
Derek sourit.
Deux infirmières entrèrent, elles aussi recouvertes de blouse et de masque ; l'une d'elle poussait un simple couffin de verre, mais l'autre apportait une couveuse bien plus grande et plus chaude. Elle s'avança vers Derek, prudemment, craignant de se heurter aux instincts du loup, et dit :
- Je vais devoir le nettoyer un peu avant de le déposer là.
Stiles, curieux, regarda Derek qui regarda la femme, puis la couveuse, puis son fils, puis de nouveau la femme, et s'avança vers elle. Il paraissait parfaitement calme et maître de lui, mais tous purent entendre un grondement grave jaillir de sa poitrine alors que l'infirmière s'emparait de son fils. Et puis ce fut tout, il n'y eut aucun incident. Le petit Tony ouvrit la bouche d'étonnement lorsqu'il fut extirpé des bras de son père mais n'émit aucun son. Il paraissait si faible, si fragile, que Derek dû mobiliser toute sa volonté pour ne pas se ruer sur la femme qui tenait à présent son fils et le lui reprendre.
- Et voilà fini ! s'exclama soudainement le chirurgien en jaillissant de derrière la barrière de tissu ; il s'adressa ensuite à Tania tout en retirant ses gants : j'ai refermé, stérilisez et appliquez le bandage s'il vous plait.
- Oui Docteur, acquiesça l'infirmière.
- Monsieur Stilinski, si vous avez des vertiges ou des douleurs dans les prochaines heures, il faudra en informer les infirmières très vite.
- Ne vous inquiétez pas, ça ira, répondit Stiles, serrant toujours sa petite fille contre lui. Merci encore Docteur.
- Oh mais c'était un plaisir ! Rien que pour mon CV. Et puis, j'ai ainsi pu voir les héritiers Hale venir au monde, accessoirement.
Stiles rit encore, et Claudia, dans ses bras, poussa un autre cri.
- Vous avez fait mieux que ça, déclara Derek en tendant la main au médecin, vous avez sauvé la vie de l'un d'eux.
Le chirurgien lui serra la main avec un plaisir évident, les salua encore et s'en fut, laissant Stiles et ses enfants aux bons soins des sages-femmes, des infirmières et de l'anesthésiste encore présents.
.
A peine deux heures plus tard, Stiles, seul dans sa chambre avec ses enfants, eut le bonheur et la surprise de voir arriver son meilleur ami, Scott, et sa femme Kira. Dès que le Shérif Stilinski avait su qu'il partait pour l'hôpital, il les avait appelés pour les avertir et le jeune vétérinaire avait exceptionnellement fermé son cabinet avant de rallier San Diego à Beacon Hills en moins de deux heures, un record. Puis le Shérif et Maxine vinrent aussi, avec la petite Johanna, et les Hale arrivèrent en dernier, ayant récupéré Wyatt à la sortie de l'école. Le petit garçon de dix ans explosa de joie en faisant la rencontre de son petit frère et de sa petite qui, lorsqu'il s'approcha d'elle, lui grogna dessus alors que tous la croyait endormie. Surpris et déçu, Wyatt fondit en larme et se réfugia dans les jambes de Derek qui revenait tout juste de l'administration de l'hôpital. Talia, à qui tout ça n'avait pas échappé, se fit plus attentive à la petite Claudia.
A moins qu'elle ne se trompe, cette petite allait devenir …
...
La vie se réorganisa chez Stiles et Derek. Wyatt n'approchait plus que très prudemment de sa petite sœur, alors qu'il réclamait souvent de porter le petit Tony et de lui donner lui-même le biberon. Ce-dernier s'avéra très fragile des poumons et eut deux bronchites avant même d'avoir huit mois, simplement en se trouvant dans la trajectoire d'un courant d'air. Claudia, pour sa part, grognait souvent, mordit Stiles une fois alors qu'il lui faisait faire son rot ; infligea à Derek le même traitement, mais deux fois, alors qu'il la prenait simplement dans ses bras. Ces petites morsures intempestives ne devinrent véritablement désagréables que lorsque la petite louve commença à avoir des dents.
Stiles changea. Les doses d'œstrogène qu'il prenait pour rester un androgynus diminuèrent radicalement dès après son opération, avant de disparaitre totalement six mois après l'accouchement – il lui avait été déconseillé d'arrêter trop brutalement le traitement. D'abord, il n'eut que des douleurs musculaires alors qu'il retrouvait sa taille et sa force de mâle, puis la pilosité revint et sa sexualité changea. Encore. Sa prostate ayant retrouvé une taille normale, il devint beaucoup plus sensible ; de même, il se soumettait bien plus facilement à Derek, sans s'en apercevoir, comme tout mâle le ferait face à son alpha. Et si le loup en fut étonné d'abord, il ne put que l'apprécier, et en vint même à préférer Stiles maintenant qu'il n'était plus un androgynus. Ce dont ce-dernier ne se serait jamais douté, craignant, au contraire, que Derek le touche moins maintenant qu'il n'était plus une femelle. Il en arriva donc très vite à ne plus du tout regretter d'avoir accepté l'ablation de son utérus, car le sexe n'avait jamais été aussi intense entre eux.
Wyatt ayant grandi, les trois premières années de sa vie, avec Stiles, il était donc normal qu'il se réfugie d'abord contre lui où qu'il lui réclame davantage de câlin qu'à Derek. Ce dernier s'y était fait, et comprenait. Mais le petit Tony, bien plus sensible au rapport de force puisqu'il était un gabarit moyen, comme Stiles, ne jurait que par les bras forts et protecteurs de Derek. Un lien étroit s'était tissé entre eux, dès la première minute, et Stiles s'en réjouissait, appréciant de voir ce petit être vouer une totale confiance en son père, une confiance instinctive, certes, mais sincère. Physiquement, c'était Stiles tout craché ; il avait le même nez mutin, le même menton large, les mêmes fossettes, les mêmes yeux bruns mordorés et arborait également les mêmes grains de beauté, pratiquement à l'identique. La seule différence était ses cheveux : Derek lui avait transmis la crinière noire et abondante des Hale. Sa forme originelle ne se manifesta pour la première fois qu'à ses deux ans lorsqu'il croisa, dans la rue, un petit chat. Stiles l'avait vu regarder l'animal, pencher la tête sur le côté comme un chien aux aguets, puis couiner, et deux oreilles tombantes avaient jailli sur son crâne, blanche et rousse, comme celles d'un épagneul. Derek, qui le tenait par la main alors qu'ils se rendaient tous ensembles à la médiathèque pour refaire leur provision de livre, s'était accroupi près de son fils et avait caressé l'une de ses oreilles, lui arrachant un petit rire, un sourire ravi, fier et attendri aux lèvres.
Quant à Claudia, c'était une force de la nature. Qu'elle tombe, se cogne, rentre dans un mur ou se fasse mal d'une quelconque autre façon, elle ne pleurait jamais et détestait même être portée ou caressée. Elle se débrouillait le plus souvent toute seule, ne cherchait le réconfort d'aucun de ses pères et n'était pas très démonstrative, que ce soit avec ses sentiments ou ses émotions. Elle tenait déjà sur ses jambes que son frère rampait encore au sol, et apprit à marcher alors qu'il se levait à peine ; elle mangeait deux fois plus que lui, et le dépassait déjà d'une tête alors qu'ils n'avaient que trois ans. Physiquement, elle était un parfait mélange entre les Hale et les Stilinski : plus elle grandissait et plus son visage devenait carré, comme celui de Talia, et si ses cheveux avaient la couleur et la finesse de ceux de Stiles, ses yeux, quant à eux, étaient d'un bleu limpide, presque glacé, d'une couleur totalement identique à ceux de son grand-père le Shérif. Dès qu'elle entra à l'école, ce fut une avalanche de problèmes : entre les bagarres, les crises d'autorité, sans compter les morsures, c'était une vraie petite furie dont même Wyatt avait peur. Son mot préféré était : non. Elle hérita des gènes parfaitement purs des loups d'Amérique, sa forme originelle étant celle d'un loup noir aux yeux rouges et, même si Derek s'efforçait de ne pas trop le montrer, eut égard à ses deux autres enfants, Stiles voyait bien qu'il était extrêmement fier de sa fille et bien plus sévère avec elle, pour une raison qu'il ignora longtemps.
Mais qu'il finit par comprendre.
FIN
...
Nan j'rigole :P
En fait c'est à la fois vrai, et à la fois faux. C'est pas une véritable fin, c'est juste ici que s'arrête le Sterek "pur", dirons-nous, puisque les 3 prochains bonus seront consacrés à trois autres personnages. A qui, à votre avis ? ... Allez, faites un petit effort ! Et oui, c'est exactement ça ! Les 3 prochains bonus auront pour personnages principaux : Wyatt, Claudia et Tony. Pensez, avec mon perfectionnisme (hum ...) je ne pouvais pas arrêter l'histoire ici !
Le bonus 4 s'appellera : "Qui je suis", j'y ferais un bon en avant de treize ans, et Wyatt en aura donc 23. Vous plairait-il de savoir quel homme il sera devenu ?
Dans le bonus 5 vous y suivrez le petit Tony, et dans le 6, la très forte Claudia.
Certains accrocs au Sterek arrêteront peut-être de lire cette fic à partir d'ici, puisque, je le confirme, Stiles et Derek n'apparaîtront que succinctement, alors j'en profite pour adresser un grand, grand, grand merci à tous mes lecteurs fantômes (oui parce que, si beaucoup d'entre vous me laissent des reviews, et j'en suis absolument ravie, un nombre bien plus important ne m'en laisse pas, je le vois aux fréquentations, et je ne peux donc pas vous remercier comme il se doit, je le fais donc ici :D)
Merci, merci, merci, merci, merci, merci à tous du fond du cœur !
Au fait, vous avez aimé ce bonus ou pas ? Que pensez-vous des jumeaux ?
Ps : je vous entend d'ici ... et Madeleine alors ? hé hé hé hé hé hé hé hé !
Bisous !
A bientôt pour la suite
