Koala Sauvage : Ca veut dire que mon plan fonctionne... haahahahahha ! 8). Mais tu as tout à fait raison. Pauvre Kenma :(. Merci pour ta review !
Lundi
Bokuto-san n'était pas là quand j'ai retrouvé Kuroo et Kenma. Apparemment, il participait à une séance d'entraînement supplémentaire. « Toujours mieux ça que de s'entraîner chez lui », a commenté Kuroo. Je n'étais même pas au courant.
Je croyais que son équipe ne le laissait pas faire. C'est ce qu'il avait dit, au début de l'année.
Mardi
Kuroo ne m'aime pas.
C'était juste un doute, au début, mais j'en suis désormais quasiment certain. Il ne m'a jamais beaucoup parlé — pas autant qu'il parle à Bokuto-san à Kenma, pas autant que je leur parle moi-même. J'ai cru que la distance qu'il maintenait entre nous et que je n'ai jamais rien fait pour réduire finirait par disparaître. Nous nous voyons plusieurs fois par semaine depuis six mois déjà. Mais il n'y a rien à faire.
Kuroo ne m'aime pas.
Il doit avoir discerné en moi quelque chose qui le met sur ses gardes. Il a compris que j'étais un faux. Ce n'est rien. J'ai l'habitude, de toute façon.
Mercredi
C'est l'anniversaire de ma mère, aujourd'hui. Ma sœur n'en a même pas parlé.
Je l'ai évoqué, au cours du dîner, et elle a à peine réagi. Je lui ai demandé si elle comptait l'appeler. Elle a dit : « Ne raconte pas de bêtises. Je ne connais même pas son numéro. »
Ma sœur ment bien, c'est vrai, mais pas aussi bien que moi.
Nous avons poursuivi le repas comme si de rien n'était, au moins jusqu'au début de la soirée. J'étudiais dans ma chambre quand j'ai entendu le téléphone sonner.
Je suis allé voir, et ma sœur était plantée devant, immobile, comme si elle attendait qu'il se décroche de lui-même. Elle m'a vu entrer. N'a pas bougé d'un pouce.
Je savais qu'elle tenterait de m'en empêcher, alors j'ai profité d'un bref instant d'inattention pour décrocher moi-même le combiné, le cœur battant, à attendre un miracle. Je crois avoir dit : « Maman ? », en espérant qu'elle reconnaisse ma voix, qu'elle dise mon nom, qu'on puisse parler à nouveau.
Au bout du fil, le ton bien rodé d'une annonce publicitaire. Je n'ai pas compris ce qu'il proposait. J'ai juste abandonné le téléphone pour retourner dans ma chambre.
J'ai toujours détesté cette journée.
Jeudi
Ma sœur a voulu venir me parler, je pense, mais j'étais ailleurs et je ne l'ai pas entendue.
La première année après notre déménagement, il y a trois ou quatre ans, je me souviens être resté assis à côté du téléphone pendant des heures à attendre qu'elle m'appelle. Ma sœur me regardait faire sans rien dire ; elle répétait souvent que ça n'en valait pas la peine, que ça ne changerait rien, qu'il lui faudrait du temps.
Du temps pour quoi ?
Ça fait presque quatre ans. Je n'ai pas cessé d'attendre. Je suis fatigué.
Vendredi
Comme Kenma avait oublié quelque chose dans son vestiaire, je me suis retrouvé un moment seul avec Kuroo. Je ne suis pas sûr que ce soit déjà arrivé.
Je ne savais pas quoi lui dire, alors j'ai conservé le silence. Il n'a pas détourné ses yeux de moi un seul instant. Au bout de quelques minutes, la silhouette de Kenma n'étant visible nulle part, il a souri.
« Kenma t'aime beaucoup », a-t-il déclaré d'une drôle de voix. Je savais que c'était faux — relativement faux, du moins —, alors je n'ai rien répondu. Il a fini par me poser une main sur l'épaule. De sa part, ce geste n'a rien à voir avec de l'affection.
« C'est mon meilleur ami, a-t-il ajouté.
— Et alors ?
— Si tu lui fais du mal, je ne te le pardonnerai jamais. »
Il n'a pas cessé de sourire. Kenma est revenu vers nous, sourcils haussés, et ça s'est arrêté là.
Samedi
Ma sœur a une excursion, ce week-end, et j'ai à nouveau l'appartement pour moi. J'ai invité Kenma à venir. Je n'aime pas rester seul ici.
Dimanche
Il est resté pour la nuit.
Nous n'avons pas beaucoup parlé, hier, pas plus qu'aujourd'hui. Ce n'est pas plus mal. J'avais besoin de sa présence, et il me l'a offerte sans un mot. J'ai toujours l'impression qu'il en sait plus sur moi qu'il n'accepte de l'admettre. Qu'il lit dans mes pensées.
On a regardé des films idiots, mangé n'importe quoi, parce qu'aucun de nous n'avait envie de faire la cuisine, somnolé pas mal, surtout. Je crois bien m'être endormi sur lui, dans le canapé. Quand je me suis réveillé, il avait une main dans mes cheveux. Kenma t'aime beaucoup, a dit Kuroo vendredi, et je me suis surpris à espérer que ce soit vrai — que le souvenir de Kuroo s'estompe doucement pour être remplacé par le mien, qu'il continue à me garder auprès de lui à jamais.
J'aurais pu passer ma soirée à l'embrasser.
Ce matin, je l'ai trouvé serré contre moi, les bras autour de mon cou, et je crois bien qu'il m'a murmuré quelque chose, hier, alors que je sombrais dans le sommeil, quelque chose de réconfortant, des mots que j'attendais sans le savoir, sans doute, mais Kenma, lui, sait tout.
Alors je l'ai serré contre moi, moi aussi, et je l'ai embrassé sur le front. Je voulais qu'il rêve de quelque chose qui le rendra heureux. De l'océan, de jeux vidéos, de Kuroo, de n'importe quoi.
Il est reparti, maintenant. Il me manque un peu.
