Avril et mai 2022
Même s'il faisait assez chaud pour que mes amis oublient leur écharpe dans la tour des Serdaigle, moi, j'étais bien trop frileuse pour accepter d'exposer mon cou – ou n'importe quelle autre partie de mon corps – aux températures bien trop faibles qui sévissaient encore sur la région. J'agitai donc ma baguette, alors que nous nous promenions autour du lac lors d'une pause dans nos révisions, pour faire apparaître une flamme bleutée et réchauffante.
- Je parie que c'est le premier sortilège informulé que tu as maîtrisé, rit Mélina en m'adressant un sourire joyeux.
Je hochai la tête. Évidemment, elle avait raison.
- Elle pourra dire aux Aurors qu'elle peut les réchauffer lorsqu'ils iront dans des pays froids pour une mission, plaisanta Gary, qui avait abandonné ses vagabondages dans le château pour se joindre à nous.
- Eh ! Je serais très utile, dans ce cas ! protestai-je.
- C'est sûr, acquiesça Chuck.
Je m'étonnai de sa soudaine envie de me donner raison. En me tournant vers lui, je remarquai son sourire moqueur. Je n'allais pas tarder à être remise à ma place…
- Mais dans un souci d'épargner à tes futurs collègues tes plaintes incessantes sur le froid, peut-être que tu devrais demander en priorité des missions dans des pays chauds…
Ils éclatèrent tous de rire, même Paige qui, pourtant, ne paraissait pas suivre la conversation, éloignée d'une dizaine de pas de nous et regardant les remous provoqués par le Calmar géant.
- Hilarant, Chuck, sifflai-je. C'est dingue comme ton humour s'est amélioré, ces derniers temps.
Loin de l'effrayer, ma remarque ne fit que l'amuser encore plus. Son sourire s'élargit, et il m'adressa un clin d'œil moqueur avant de reprendre.
- Enfin, après tout, sortant avec le fils du Chef du Bureau des Aurors, tu ne devrais pas avoir trop de difficultés à obtenir ce que tu veux…
Je me renfrognai alors que les rires autour de moi s'élevaient un peu plus fort. C'était la grande plaisanterie de Chuck, ces derniers jours. Me rappeler que James avait pour père le sorcier le plus célèbre de l'ensemble du monde sorcier. C'était sa vengeance après mes moqueries sur le père de Lola. D'accord, je comprenais à présent que j'aurais pu le taquiner un peu moins à ce sujet. Mais maintenant que j'avais compris ça, est-ce qu'il ne pouvait pas me laisser tranquille ?
Je secouai la tête, et le pointai du doigt, dans l'idée de dévier la conversation.
- Est-ce que tu as obtenu ton contrat dans la ménagerie magique de Winchester ?
- Ouais, le professeur Hagrid a appuyé ma candidature, répliqua Chuck. Ne change pas de sujet, s'il te plaît !
- Je change de sujet si je veux, bougonnai-je avec un petit sourire.
Je n'arrivais cependant pas à faire partir la boule qui s'était installée dans ma gorge. Ils avaient tous eu des réponses positives à leur lettre de candidature pour leur future carrière. Il n'y avait que moi qui attendais, encore et encore.
Mélina avait convaincu une maison d'édition du Chemin de Traverse de lui laisser une chance. Elle les avait vus lors des vacances de Noël et, apparemment, elle avait fait forte impression. Les mauvaises langues avaient commencé à dire qu'elle avait fait du charme au sorcier qui lui faisait passer l'entretien, jusqu'à ce que Jimmy Goldstein, le filleul du recruteur, annonce que Mélina n'avait absolument pas fait de charme. Seulement une très bonne impression – sérieuse, motivée, et désireuse d'apprendre.
Chuck, lui, avait donc obtenu un travail dans une ménagerie magique de Winchester. C'était une petite ménagerie, elle n'avait rien à voir avec celle du Chemin de Traverse, mais Chuck était doué avec les créatures magiques, alors personne ne se faisait de souci pour lui – il évoluerait rapidement, et n'aurait aucun problème pour changer de poste une fois qu'il aurait un peu d'expérience, et s'il le désirait.
Gary Lockman avait réussi à approcher le groupe des Strangulots, et il partait avec eux pour les festivals de cet été – autant vous dire que Roxanne était verte de jalousie, et qu'elle avait fait promettre à Gary de lui envoyer des lettres à chaque nouveauté que le groupe prévoyait de sortir. Vu que lui-même était fan du groupe, Roxanne était certaine qu'il comprendrait son impatience, et lui ferait parvenir tout ce qu'elle voulait savoir.
Paige, elle, se lançait dans les études de Médicomagie. Nous étions tous rassurés de savoir que le père de Chuck se chargerait des étudiants de l'année à venir – comme ça, nous étions certains qu'il y aurait une personne dans l'hôpital qui connaissait un peu Paige, et savait qu'il était parfois nécessaire de la surveiller.
Les jumeaux, eux, m'avaient confié avoir trouvé un financement inattendu pour les aider à se lancer. Je savais que James s'étonnait de ne pas savoir ce que les jumeaux avaient prévu de faire après Poudlard, mais je lui avais fait jurer de ne pas les ennuyer avec ça, qu'ils lui diraient tout lorsqu'ils seraient prêts. Il avait été surpris que je lui dise ça, mais il avait accepté l'idée.
En fait, il ne restait plus que moi. Je n'avais encore aucune réponse des Aurors. J'essayais de ne pas m'en faire, parce que ce n'était pas encore la semaine des réponses. Mais savoir que tous mes amis avaient eu leur réponse, sauf moi, n'était pas reposant.
- Bon, et Astrid, pour petit rappel… On veut tous gagner la Coupe cette année, alors s'il te plaît, fais en sorte que Jay attrape le Vif d'Or, et qu'on puisse enfin avoir cette Coupe qu'on mérite amplement !
Je sursautai et me tournai vers Gary. De tous nos camarades, il n'était pas celui qui prenait le plus parti dans toutes ces histoires de Coupe de Quidditch. Mais apparemment, cette année, il avait décidé d'abandonner son manque de prise de position, et d'être clairement pour la victoire des Serdaigle. Je souris donc largement.
- Je vais faire en sorte que l'on gagne, ne t'inquiète pas pour ça.
- Oh, personne ne s'inquiète, m'assura Paige de son ton un peu rêveur. On sait que vous allez gagner.
Mélina étouffa un rire peu discret dans son col.
- Euh… Merci, Paige.
- De rien, dit-elle tranquillement en repartant dans la contemplation des remous du lac.
Paige était toujours aussi déconcertante. Mais je souris doucement, et secouai la tête. Je n'aurais pas pu l'apprécier d'une autre façon.
- Bon, il va être temps de se replonger dans les sortilèges, pas vrai ? grimaça Chuck.
- Potions pour nous deux, grommelâmes-nous avec Mélina.
- Oh, non, j'ai pas envie de travailler les potions, soupira Chuck.
- Pas le choix, mon pote ! lui dit Gary en lui tapant dans le dos. Paige, tu viens ? Tu m'as dit que tu m'aiderais pour la Botanique…
- J'arrive ! dit tranquillement notre camarade en faisant un rapide demi-tour pour se joindre à nous.
Nous retournâmes au château en essayant d'oublier que nous avions une montagne de travail à abattre pour nos ASPIC qui étaient dans deux mois, même pas.
- J'ai pas envie…, geignit Mélina alors que nous arrivions près de l'entrée.
- Moi non plus, pesta Gary. Mais avec un peu de chance…
- James et les jumeaux auront trouvé le moyen de faire évacuer le château ? soupirai-je, défaitiste.
- Hein ? s'étonnèrent mes camarades en se tournant vers moi, troublés.
Je ne répondis pas, et leur montrai le château. D'un même mouvement, ils se focalisèrent sur l'entrée de Poudlard. Des dizaines d'élèves en sortaient, certains amusés, d'autres agacés.
- Qu'est-ce qui se passe ? demandai-je à McCall qui passait par-là.
- Demande à ton copain, grogna-t-il en serrant contre lui ses notes de Sortilèges.
- Je ne préfère pas, soufflai-je en levant les yeux au ciel.
McCall haussa les épaules, et se détourna, refusant apparemment de me répondre.
- Moi, je peux te répondre, m'apprit alors Lily Potter, en surgissant de nulle part.
Je me tournai brusquement vers elle et ses lunettes tombantes.
- J'imagine que ton frère et tes cousins sont dans le coup.
Elle me répondit d'un grand sourire désabusé.
- Ils auraient trouvé ça amusant de défier Peeves d'être le plus grand perturbateur des révisions. Tu sais qu'il ne faut jamais défier Peeves… Dix minutes qu'il saccage tout dans le château. James, Roxanne et Fred ont dû opter pour un repli stratégique. Mais une fois que Peeves est lancé… Impossible de l'arrêter. Ils ont été un peu trop sûrs d'eux, cette fois-ci. Pour ce que j'en sais, Fred a reçu une chaise, déjà.
Je soufflai fortement.
- Oh, ne t'inquiète pas, il sera en forme pour le match, m'assura-t-elle. Il aurait trop peur que tu le tues, si jamais il était plus blessé que nécessaire…
- Et il a tout à fait raison, rétorquai-je. Bon. Et on en a pour encore combien de temps ? voulus-je savoir.
Lily haussa les épaules, mystérieuse.
- Aucune idée. Mais tu as sûrement le temps d'aller entraîner ton attrapeur avant que le calme ne soit revenu.
Eh, mais c'est que cette idée était loin d'être stupide.
Attendez.
- Comment est-ce que tu sais que je donne des entraînements particuliers à Jay le Vif ?
- Bah… C'est logique, non ?
Sur ces paroles mystérieuses, elle se détourna de moi, et partit sans un regard en arrière.
Non, rectification. Elle ne partit pas, elle me fuit.
Je fronçai les sourcils, puis abandonnai. Je demanderais à Jay. Il était incapable de me cacher quoi que ce soit si je lui posais la question sur un terrain de Quidditch. J'espérais simplement qu'il n'avait pas donné le détail de nos entraînements à toute l'école.
- Jay ! criai-je alors à la cantonade.
Comme ça, on pourrait croire qu'il n'allait rien se passer. Mais ce serait mal croire. Jay savait que je pouvais lui demander un entraînement à n'importe quel moment de la journée.
C'est pour ça qu'il fut à côté de moi moins de dix secondes plus tard.
- Entraînement, cap' ? devina-t-il sans mal.
Je passai un bras autour de ses épaules, et lui ébouriffai les cheveux – tant qu'il était encore assez petit pour que je me permette de faire ça, je n'allais pas m'en priver.
- Tu as tout compris, Jay le Vif ! lui dis-je dans un rire. Et on va essayer de trouver d'autres joueurs, tant qu'à faire. Un petit vol ne fera de mal à personne et, même, ça nous permettra de tous nous détendre en ce week-end chargé de révisions.
- Même Fred et Roxanne ? s'étonna-t-il.
Je grimaçai. Non, ces deux-là, j'allais les laisser se débrouiller avec les professeurs, en espérant simplement qu'ils n'aient pas de retenues pour nos derniers entraînements.
- Non, eux, on va les laisser avoir les retenues qu'ils méritent, dis-je tranquillement. Chuck, je vais voler un peu. Si jamais je ne suis pas revenue dans une heure alors que tout s'est calmé au château…
- Je viendrai te prévenir, bien sûr ! me dit mon meilleur ami avec un grand sourire.
- Nous, on va rester là pour profiter un peu du spectacle, ricana Gary, les yeux fixés sur une scène qui paraissait particulièrement drôle.
Je me tournai vers le point qu'il regardait. Fred, Roxanne et James venaient de sortir à leur tour du château, et paraissaient très contents d'eux. Peeves n'était pas loin, lui non plus. Je me demandai si Lily n'avait pas tort sur un point – j'avais l'impression que les trois cousins semblaient aussi satisfaits que s'ils avaient participé au bazar mis dans le château. À mon avis, ils n'avaient pas du tout été dépassés par les événements. Ils avaient simplement trouvé cela amusant de laisser Peeves faire le plus gros du travail, et eux avaient fait le strict minimum.
- Potter, Weasley et Weasley ! entendis-je alors hurler.
Trois professeurs se tenaient sur le perron.
- C'est le moment de filer, assurai-je à Jay, alors qu'il considérait l'éventualité de rester. Ça ne va pas être beau à voir…
- Quoi, tu laisses ton copain se débrouiller tout seul dans une telle situation ? plaisanta-t-il.
- Situation dans laquelle il s'est mis tout seul, lui rappelai-je joyeusement. Tant pis pour lui. Et, franchement… Je lui avais dit que c'était une mauvaise idée.
- Tu le savais ?! s'offusqua Jay. Tu étais au courant qu'ils allaient faire un truc comme ça ?
Je secouai la tête.
- Non. Pas directement, du moins. Ils avaient laissé entendre la possibilité de faire une grande plaisanterie pour redorer un peu leur image. Tu sais, la surprise qu'ils ont faite au directeur, il y a deux semaines, pour son anniversaire, les a propulsés au rang d'élèves qui aiment faire plaisir à leurs professeurs, et c'est un statut qui ne leur a pas plu. J'ai abandonné la discussion où ils planifiaient tout ça au moment où ils ont émis l'idée de passer commande chez le père des jumeaux.
La boutique de Farces et Attrapes pour Sorciers Facétieux fonctionnait très bien, et tout Poudlard connaissait les produits qui s'y vendaient… et les dommages qu'ils pouvaient créer.
- Quoi, tu as abandonné la possibilité de passer un moment seule avec James ? s'étonna Jay.
Je fis un signe à Léana et Liz, et les vis qui appelaient Pete. Bon. Toute l'équipe – sauf les jumeaux – était réunie, et se dirigeait à présent vers le terrain.
- Et pourquoi pas ? m'étonnai-je de la question de Jay.
- Bah… Je sais pas. Vous êtes tout le temps ensemble.
- C'est faux ! protestai-je.
Jay fronça les sourcils, puis hocha la tête.
- Tu as raison. C'est moins vrai depuis quelque temps.
Je m'écartai de Jay, prenant la tête du groupe, tandis que l'attrapeur mettait au courant les trois autres joueurs de ce que j'avais prévu de faire.
Jay avait raison. Depuis quelque temps, je passais moins de temps avec James. Nous avions tous les deux remarqué que nous n'avions aucun besoin de nous voir à tous les instants de la journée – j'avais passé moins de temps avec mes amis, qui ne méritaient pas d'être mis de côté, et qui avaient besoin de moi. Enfin, Chuck avait besoin de moi, tout du moins. Et James, lui, reconnaissait qu'il n'avait pas passé beaucoup de temps avec Murray, ces derniers temps. Or, Murray était tout de même son plus proche ami, à Poudlard. Nous avions donc convenu que nous étions tout à fait capables de passer une journée par semaine sans nous voir. Et nous nous en accommodions très bien. Mais il était vrai que cela changeait du début de notre relation, où nous passions chaque jour l'un avec l'autre.
En fait, vu comme ça, c'était très sain de nous laisser du temps chacun pour soi – ce n'était pas facile, dans l'enceinte même de Poudlard, il fallait bien le reconnaître. Mais plusieurs amis avaient reconnu que nous avions tout à fait raison de faire ça.
Seulement, si j'arrivais à répéter ces raisons à tous ceux qui me demandaient pourquoi ils ne m'avaient pas vue avec James dans la journée, dans ma tête, je ne cessais de me dire que j'étais tout simplement capable de vivre sans James. Et que c'était grisant de réaliser à quel point je pouvais me détacher de lui ainsi.
- Eh, cap', tu sais que je réussis à faire l'étoile de mer ? m'appela Jay, me faisant me retourner.
Je me composai un visage réjoui, alors que quelques secondes plus tôt, je réfléchissais à ma capacité à me tenir éloignée de James.
- Et tu sais que tu es attrapeur, et pas gardien ? répliquai-je, moqueuse. À moins que tu veuilles prendre la place de Roxanne aujourd'hui ?
Ils éclatèrent tous de rire. Remplacer Roxanne paraissait presque impossible.
Comme je m'étais souvent dit que sans James, la vie était différente. Mais si elle l'était un peu, elle n'était pas impossible pour autant.
…
…
Je me souvenais sans peine de l'année des BUSE. Avant les examens, je dirais dès la fin du mois de mai, tout le monde avait un livre sur lui, pour réviser à n'importe quel moment. Eh bien, cette année, avec les ASPIC, c'était pire. Nous étions à la mi-avril que déjà, nous, les septième année, nous passions notre temps dans nos livres.
Huit heures du matin, entraînement de Quidditch dans deux heures, table des Serdaigle, et j'étais déjà assise, un livre posé en équilibre contre un pichet de jus de citrouille, essayant de me rappeler de la définition du sortilège d'Apparition, et de l'incantation, sans regarder mon livre de Métamorphose. Et, franchement, c'était difficile. Surtout que je détestais toujours autant prendre des petits-déjeuners quand il n'y avait pas un match à assurer ensuite, et que l'odeur était en train de me prendre à la gorge, et de me donner la nausée. Charmant.
Je n'étais pas la seule à réviser aussi tôt. Paige était déjà là, Mélina ne devrait plus tarder, et les autres tables avaient aussi leurs lève-tôt. Chez les Gryffondor, Albus Potter était déjà là, mâchonnant dans le vide depuis déjà trois minutes – au moins. Je le savais parce que j'avais les yeux dans le vague, en direction de cette table. McCall, chez les Poufsouffle, avait les yeux fermés, mais ses lèvres bougeaient silencieusement alors qu'il révisait des sortilèges – je l'avais croisé en descendant, et il m'avait dit devoir s'avancer dans cette matière. Je reportai mon attention sur Albus.
Pourquoi était-il tout seul ? D'habitude, sa copine, sa cousine ou son ami Scorpius n'était pas loin. Mais aujourd'hui, il était tout seul.
- Tu voudrais bien arrêter de regarder mon frère avec une telle insistance ? se moqua la voix de James, venue de très, très loin.
C'est que je n'avais pas eu mes huit heures de sommeil – hier, j'avais révisé les Potions jusque très tard. Du coup, ce matin, j'étais un peu longue à réagir. Tellement longue que les lèvres de James avaient eu le temps de se poser sur les miennes, et de s'en défaire, avant même que je n'eus réalisé que la voix de James et ses lèvres étaient rattachées au garçon en lui-même.
- Salut, dis-je d'une voix pâteuse.
- C'est un peu difficile, ce matin ? plaisanta-t-il.
- M'en parle pas, grommelai-je. J'arrive tellement pas à me concentrer que je me demande pourquoi ton frère est tout seul, à la table des Gryffondor. Il est où, son ami ? Ou Rose ? Ou Faith ?
James se tourna vers la table des Gryffondor, et avisa son frère, lui faisant un signe de main qui lui fut aussitôt retourné.
- Bah, hier soir, Albus s'est disputé avec Faith. Faith a voulu que Rose prenne parti, et Albus a voulu que Scorpius prenne parti. Du coup, les deux ont décidé de s'allier contre le couple. Donc, Albus est tout seul ce matin.
Je ris doucement, à la grande surprise de James, qui me demanda ce qui me faisait rire.
- C'est ta cousine, dis-je simplement. Tu n'as pas vu comme elle trouve toujours le moyen de parler à Scorpius Malefoy depuis quelques semaines ?
- Ah… ça, me répondit James. Ouais, on a remarqué ça, avec les cousins. On dirait bien que Rose trouve finalement intéressant Scorpius. Quand on pense qu'il y a deux mois encore, elle le trouvait trop… condescendant, rit-il. On ne manquera pas de le lui rappeler. Mais ça veut dire qu'on va devoir avoir une discussion avec Scorpius, soupira James.
Je me rappelais très bien de Rose disant cela de Scorpius. Elle avait fait cette remarque suite à la réponse de Scorpius à une question basique que se posait un élève de leur année, et Rose n'avait pas apprécié la façon qu'il avait de répondre. Ce qui m'avait impressionnée, ce jour-là, c'était le contrôle que Scorpius avait de sa personne. Bon nombre d'étudiants auraient haussé le ton en entendant Rose répondre sèchement comme ça. Scorpius, lui, avait hoché gravement la tête, et avait présenté ses excuses à son camarade de classe pour le ton employé. C'était sûrement après cela que Rose avait commencé à porter un regard différent sur Scorpius. Il devenait un peu plus que l'ami de son cousin.
Attendez.
Pourquoi James avait parlé d'une discussion ?
Je me tournai vivement vers lui.
- Une discussion ? relevai-je.
- Il t'en aura fallu, du temps, plaisanta-t-il. T'as vraiment du mal à connecter tes neurones lorsque tu n'as pas dormi huit heures… AÏE !
J'avais peut-être du mal à connecter mes neurones, mais je savais encore quand lui donner un coup de pied parce qu'il se moquait de moi.
- Eh ! Ce n'était pourtant pas méchant, ce que je disais là, grommela-t-il. C'était la simple vérité.
- Ouais, ouais, c'est ça. Pourquoi est-ce que vous devriez discuter avec Scorpius ?
- Parce que c'est toujours ce qu'on fait, soupira James. On va discuter avec les garçons qui s'approchent des Weasley. Des filles, évidemment.
- Et pourquoi ça ?
- Pour leur rappeler qu'ils ont dix personnes prêtes à leur tomber dessus si jamais ils se conduisent mal.
- Ah, vraiment ? C'est quoi cette histoire, encore, James ? soupirai-je, pas vraiment convaincue de ce qu'il était en train de me dire.
- La stricte vérité. Une petite discussion avec les garçons Potter et Weasley. Franchement, t'aurais dû voir quand Louis, du haut de son mètre trente, est allé avertir Teddy qu'il ne devait pas faire de mal à sa sœur. C'était génial à voir.
Il s'installa à côté de moi, et se servit dans les réserves des plats de la table des Serdaigle, recherchant par la même occasion la carafe de café.
- Tu es sûre de ne pas en vouloir ? me demanda-t-il en mettant un toast sous mes narines.
Je plissai aussitôt le nez, sans réussir à dissimuler ma grimace de dégoût, ce qui le fit rire.
- Sérieusement, vous n'allez pas traumatiser Scorpius ? repris-je.
- Traumatiser ? Jamais ! s'offusqua James. Nous allons simplement discuter avec lui.
- Ce qui revient au même, non ?
- Non, m'assura James. Si on voulait le traumatiser, on le ferait autrement que par le biais d'une discussion. Cela dit, rien n'est encore fait. Nous ne sommes pas certains que l'intérêt de Rose pour Scorpius soit réciproque. On va donc attendre que le tableau se précise avant de faire quoi que ce soit.
- Et si vous ne faisiez rien du tout, plutôt ? rétorquai-je.
James m'offrit un de ses regards presque outrés.
- Non mais ça ne va pas ? L'honneur de la famille est en jeu !
- L'honneur de rien du tout, soupirai-je, fatiguée par avance de cette discussion. Vous feriez mieux de ne pas vous en mêler, ça serait tout aussi bien.
Il se renfrogna.
- De toute façon, quand on le fera, je ne te le dirai pas, et comme ça, c'est réglé, grommela-t-il.
J'éclatai de rire, et secouai la tête.
Il était incorrigible, ce garçon.
Je repris mon manuel de Métamorphose, et me replongeai dans mes définitions. À côté de moi, James sortit son manuel de Botanique.
- Vous vous entraînez jusqu'à quelle heure ? me demanda-t-il.
- On reviendra vers midi, lui assurai-je. Pourquoi ?
- Je me suis dit qu'on pourrait s'entraîner à la pratique de la Défense contre les Forces du Mal, cette après-midi. Ça te tente ?
Je relevai la tête, un grand sourire sur le visage. James était vraiment doué en Défense contre les Forces du Mal, et depuis des semaines, j'essayais de le convaincre de m'aider à réviser l'examen pratique, ce qu'il se refusait à faire, pour une raison que je ne m'expliquais pas.
- Vraiment ?! m'exclamai-je.
Ce fut à son tour de sourire, avant de hocher la tête.
- Merci !
Je me penchai vers lui pour l'embrasser.
- Si j'avais su, plaisanta-t-il, je t'aurais proposé ça plus tôt…
Je le bousculai doucement, tandis qu'il étouffait un petit rire.
…
…
L'équipe de Quidditch de Serdaigle était formidable.
Et je ne disais pas ça parce que j'en étais la capitaine, que j'étais fière d'eux, et que nous allions gagner la Coupe de Quidditch – enfin, ça, j'évitais de trop y penser, au risque de nous porter malheur.
Mais quand même… Ils étaient formidables, ces joueurs.
Pete et Léana visaient réellement bien, et Fred évitait les Cognards par des pirouettes qui nous faisaient autant rire qu'elles nous effrayaient. Jay était un prodige sur le balai – je n'avais pas encore lâché le Vif d'Or, il s'échauffait donc juste, cumulant les figures les plus improbables et magnifiques. Liz avait un sourire qui s'étalait d'une oreille à l'autre alors qu'elle traversait le terrain à l'aide de Fred, et qu'elle marquait des points, quand Roxanne s'accordait une mini-pause. Parce que, sinon, Roxanne ne laissait rien passer, aujourd'hui non plus.
Et moi, je regardais tout ça, avec un grand sourire.
Mais bon, il ne faudrait pas que je paraisse trop sûre de moi, non plus.
- Liz, surveille un peu plus ton côté gauche ! exigeai-je.
Elle hocha la tête pour m'assurer qu'elle avait bien compris mon ordre, et je la vis se redresser un peu sur son balai, plutôt que d'être légèrement tournée sur la droite.
Je piquai vers le sol, et atterris à côté de la caisse des balles d'entraînement.
- Jay, je lâche le Vif ! le prévins-je.
- OK, cap' ! me hurla-t-il depuis son balai.
La petite balle dorée fusa dans les airs, tandis que Jay, je le savais, fermait les yeux pour ne pas être tenté de regarder la direction qu'elle prenait. Aussitôt que je fus certaine que le Vif d'Or était assez loin, je grimpai sur mon balai et m'envolai.
- Tu peux rouvrir les yeux ! dis-je à Jay en partant rejoindre les deux autres poursuiveurs.
Liz m'envoya le Souafle, et je le lançai dans l'anneau de droite.
- Joli tir, commenta Fred, l'air moqueur. Tu nous referas ça contre les Poufsouffle ?
- C'est l'idée ! répondis-je en éclatant de rire.
J'étais dans mon élément, lorsque j'étais sur un balai. Et quand je voyais comme toute l'équipe prenait plaisir à jouer, j'étais encore plus contente d'être dans les airs. J'avais la sensation que la bonne humeur était contagieuse.
Cette fois, ce fut Liz qui marqua presque. Je vis qu'elle s'énervait de n'avoir pas su anticiper la réaction de Roxanne.
- Ce n'est rien, Liz ! lui assurai-je. Roxanne est très observatrice, elle sait comment nous jouons, et elle savait comment tu allais faire ta passe. Mais les Poufsouffle ne le savent pas, donc tu auras l'avantage lors du match.
Fred hocha la tête.
- Continuez à jouer, dis-je. Je vous observe.
J'arrêtai mon balai un peu à l'écart, et croisai les bras tandis que j'exigeais de mon balai de rester stable. Pete et Léana se débrouillaient vraiment bien. J'étais très contente que Léana ait rejoint l'équipe. Elle savait jouer, et sa petite taille n'était pas un désavantage, comme je l'avais un peu craint.
J'étais arrêtée depuis même pas cinq minutes que Jay vint se poster à mes côtés.
- Tu ne joues pas ? m'offusquai-je, prête à lui dire de retourner à la recherche du Vif d'Or.
Il m'adressa un grand sourire en secouant la tête. Puis, il me désigna sa main gauche. Les petites ailes du Vif d'Or dépassaient de son poing fermé.
- Je l'ai attrapé à l'instant.
Je haussai un sourcil étonné.
- Et tu n'as pas crié ta joie de l'avoir attrapé ?
- Bah… J'y ai pensé, m'avoua-t-il en rougissant.
Il se tut alors obstinément. Il paraissait vraiment gêné. Curieuse, je me penchai un peu vers lui, mais il dévia le regard pour éviter de me répondre.
- Eh, Jay, tu peux me le dire, lui dis-je doucement.
Il me regarda du coin de l'œil, pas tout à fait certain de pouvoir se confier. Il poussa cependant un profond soupir.
- Je sais pas… C'est juste qu'ils paraissent tous tellement contents de jouer, il y a tellement une bonne dynamique aujourd'hui, que je me suis dit que ça serait dommage d'arrêter l'entraînement si j'annonçais avoir déjà attrapé le Vif d'Or.
Il se tut et me regarda, attendant ma réaction. Sauf que moi, j'étais incapable de réagir, tellement ma surprise était grande. Il grimaça, interprétant mal mon silence.
- Désolé si j'ai outrepassé ton autorité, cap'.
Je secouai doucement la tête, réussissant à sourire. Si j'étais surprise, c'était parce que j'aurais agi exactement de la même façon à la place de Jay. J'aurais laissé mon équipe profiter encore du souffle de bonne humeur et de joie qui berçait notre entraînement.
- Tu ne l'as pas outrepassée, Jay, lui assurai-je doucement. Et tu veux que je te dise quelque chose ?
- Dis-moi.
- C'est exactement la réaction qu'aurait eu un bon capitaine, lui dis-je tranquillement, comme si je lui parlais de la météo.
Je n'avais jamais vu quelqu'un rougir aussi rapidement. La surprise s'installa dans les yeux de Jay.
- Je ne suis pas capitaine !
- Je sais bien.
- Et je suis trop jeune pour l'être !
Je souris, mais ne répondis rien. Il continua de m'observer un bon moment, avant de se détourner, et de se concentrer sur nos coéquipiers qui, effectivement, s'amusaient énormément sur le terrain.
J'avais pensé exactement la même chose que lui, lorsque j'avais reçu mon badge. À la différence que moi, effectivement, je n'étais pas prête.
Mais Jay ne se rendait pas compte à quel point il était prêt à être capitaine. Bien plus que je n'aurais jamais pu l'être.
Nous observâmes encore un moment nos camarades et, pour mettre à l'aise Jay, qui gardait le silence après que je lui aie dit qu'il avait le comportement d'un bon capitaine, je discutai avec lui de son balai, de ses cours, et de son équipe préférée de Quidditch, ainsi que de celle où il aimerait jouer, idéalement.
- Fin de l'entraînement ! finis-je par dire à mes joueurs. Reposez-vous, et surtout, ne vous blessez pas au cours des prochains jours. Je n'ai vraiment pas envie de faire pression sur Abbott pour qu'elle vous soigne en urgence, juste avant le match…
Ils éclatèrent de rire.
- Je dois reconnaître que ça pourrait être plutôt amusant à voir, sourit Fred.
Je lui lançai un regard noir – celui vraiment menaçant que j'avais à chaque fois qu'un joueur ne prenait pas assez au sérieux un entraînement.
- Ne t'avise même pas d'essayer, Fred Weasley, grondai-je. Sinon, ma colère sera telle que te retrouver en sandwich entre deux Cognards te semblera être une partie de plaisir…
J'eus la joie de constater qu'il déglutissait difficilement en m'entendant proférer cette menace qu'il ne se risquait pas à prendre à la légère. Je souris donc.
- Maintenant que le message est bien passé, tous au vestiaire, et on profite de notre soirée. Le match est pour bientôt !
…
…
J'étais une boule de nerfs. Depuis une heure, je n'arrêtais pas de regarder la lettre que j'avais reçue, et qui portait le sceau du Ministère.
Soyons honnêtes. Il n'y avait qu'une seule lettre qui pouvait me parvenir du Ministère. Je pouvais même me douter qu'elle venait du Bureau des Aurors. Mais je n'en étais pas certaine, parce que je ne l'ouvrais pas.
- Mais, par Merlin, ouvre donc cette foutue lettre ! s'exclama Chuck, au bord de la crise de nerfs, alors que j'avais encore sorti l'enveloppe, sans même entamer le geste de l'ouvrir.
Je secouai la tête, les lèvres serrées.
- Très bien ! appuya Mélina, énervée elle aussi. Tu ne veux pas l'ouvrir, c'est ton problème. Mais dans ce cas-là, ne te mets pas dans tous tes états à côté de nous, parce que je suis en train de devenir folle. Et devenir folle en relisant mes cours d'Histoire de la Magie n'est vraiment pas une bonne chose !
La crise de nerfs des septième année était proche. Personnellement, j'étais toujours calme parce que je me préoccupais avant tout du Quidditch et de ma lettre d'admission – ou non – chez les Aurors. Je ne comprenais pas comment c'était possible. Mais les ASPIC, qui me terrifiaient il y avait encore peu de temps, étaient loin dans mes priorités, aujourd'hui.
Ma priorité, c'était cette lettre. Lettre que je n'avais toujours pas ouverte.
- Tu n'as qu'à l'ouvrir avec James, proposa Roxanne, trois tables plus loin.
Elle faisait croire à tout le monde qu'elle étudiait les potions, mais en réalité, elle était à la recherche d'un local pour que son frère et elle puissent lancer leur boutique. J'avais essayé un balai qu'ils avaient inventé, et c'était plutôt bien. Ils avaient fait ça avec les moyens du bord, et c'était leur unique balai créé. Quand je voyais ça, je me disais que lorsqu'ils auraient le temps et l'espace pour en créer à longueur de journée, ils sauraient développer une entreprise avec un sacré potentiel. Mais pour l'instant, je devais toujours garder le secret. Ils n'en avaient parlé à personne, et ne voulaient pas que ça se sache.
- Non, dis-je en réponse à la suggestion de Roxanne. C'est une journée qu'on ne passe pas ensemble.
- Je crois qu'il ne t'en voudra pas d'aller le voir, assura-t-elle.
- En tout cas, nous, nous lui en serons éternellement reconnaissants, pesta Mélina en me lançant un regard noir.
- Mais…, commençai-je, aussitôt coupée par Roxanne.
- Vraiment. James ne t'en voudra pas, dit-elle.
Je haussai un sourcil étonné. Que Roxanne se mêle de nos affaires, c'était habituel. Mais qu'elle insiste autant, en revanche, cela me paraissait suspect.
- Qu'est-ce qui se passe avec James ? demandai-je lentement.
Elle afficha un air surpris. Un peu trop surpris pour qu'il soit réel.
- Quoi ? Mais rien ! Je dis simplement que James apprécierait ta présence, même si vous n'aviez pas prévu de passer la journée ensemble.
Roxanne paraissait presque sincère. Mais une sorte d'intuition me soufflait qu'elle n'était pas aussi innocente qu'elle voulait le faire croire.
- Roxanne…
- Enfin, Astrid ! Pourquoi est-ce que tu crois forcément qu'il y a un problème ?
Et voilà. Voilà comment en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, je me mis à paniquer.
- Je n'ai jamais dit qu'il y avait un problème, fis-je remarquer en gardant difficilement une voix calme et détendue.
- Ah bon ? Ah bah peut-être. Bon, de toute façon, il n'y a pas de problème. Donc ça va. Et puis, comme il n'y a pas de problème et que tu ne veux pas aller déranger James, tu peux rester ici à regarder cette lettre, sans l'ouvrir.
Je savais pertinemment que Roxanne était en train de m'embrouiller les idées. Pour autant, ce n'était pas parce que j'avais cette certitude que je n'allais pas vérifier qu'il n'y avait pas de problème.
Je sautai donc sur mes pieds, prenant soin de glisser la lettre du Ministère dans une poche de ma tenue. Je fis à peine attention aux soupirs de soulagement de mes camarades quand ils me virent m'éloigner. Je sortis rapidement de la salle commune des Serdaigle, et pris la direction de la tour des Gryffondor, sans croiser grand monde. Ceux qui n'étaient pas en train de s'abrutir sur leurs manuels scolaires étaient dehors, à profiter du soleil.
Et après, il y avait moi, qui voulais rejoindre la tour des Gryffondor.
J'arrivai sans encombre jusque devant l'entrée. Je savais où elle se situait parce que tout le château connaissait le portrait de la Grosse Dame – elle tenait absolument à nous faire partager ses talents, ou son absence de talent, de chanteuse en passant de portrait en portrait pour que tous les élèves en profitent.
Aujourd'hui, elle était en pleine conversation avec une petite sorcière qui s'était invitée dans son tableau.
- Euh… Bonjour ? tentai-je d'une petite voix.
Les deux sorcières peintes arrêtèrent leur conversation pour me regarder. La Grosse Dame – il n'était pas bien difficile de savoir de qui il s'agissait, vu sa corpulence – me dévisagea un moment, passablement surprise. Mais elle se ressaisit rapidement.
- Mot de passe ? demanda-t-elle sans une once d'émotion dans la voix.
Ah bah tiens. J'avais oublié ce détail. Je n'étais même pas sûre d'avoir déjà connu un seul mot de passe du château, vu que l'unique salle commune où je me rendais était celle des Serdaigle, et que l'énigme n'était jamais la même.
- Euh…
- Mauvaise réponse, me taquina la visiteuse.
- Sans mot de passe, vous n'entrez pas ! me prévint la Grosse Dame.
- Oui, oui, je sais ! soupirai-je, agacée. Écoutez, je viens juste voir quelqu'un… Vous n'avez pas le moyen de lui dire que je suis là, pour qu'il sorte ?
- Et puis quoi encore ? Je suis la gardienne de cette tour, pas la messagère !
J'étais en train de me mettre la Grosse Dame à dos. Super.
- Euh… Ce n'est pas ce que je voulais dire. Simplement, je voulais…
Le portrait s'ouvrit subitement, m'épargnant la cuisante honte de me perdre dans des explications de plus en plus brouillées.
- Ah, Astrid ! s'exclama Albus, tout sourire. On savait bien que Roxanne finirait par s'inquiéter de ne pas voir Fred revenir…
Il me tira en avant sans même attendre que je lui réponde.
C'était quoi, cette histoire avec Fred ?
- Euh… En fait, ce n'est pas Fred que je viens voir, même si je suis curieuse de savoir pourquoi il est chez vous…
Albus s'arrêta net au milieu de la salle commune. Je tentai de ne pas rougir en sentant les regards se tourner vers moi, et réussis même à répondre normalement au salut de Ruby. En revanche, le regard d'Emily Macmillan, qui voulait clairement dire qu'elle aurait apprécié que je ne sois pas là, me mit mal à l'aise.
- Bah… Avec Bethany… Tu n'es pas au courant ?
Je secouai la tête, le rendant encore plus confus.
- Mais… t'es là pour quoi, exactement ? Quand je t'ai vue sur la carte, j'ai cru que tu venais pour récupérer Fred et le ramener à Roxanne, parce qu'elle s'en voulait de lui avoir dit de se la fermer…
Je grimaçai à l'entente du langage familier, mais il ne releva pas.
- Je suis venue voir James, expliquai-je.
- Voir… Oh !
Un sourire amusé éclaira alors le visage d'Albus.
- Voir James. Évidemment. Bien sûr… Et il n'est pas au courant, hein ?
Je fronçai les sourcils. Albus sourit encore plus, si c'était seulement possible.
- J'aurais bien voulu assister à ça…, murmura-t-il. Tu viens voir James. Un jour où vous n'avez pas prévu de vous voir. Oui, oui, bien sûr…
- C'est quoi le problème, à la fin ? demandai-je à mi-voix.
- Il n'y a aucun problème !
- Plus on me dit ça, et plus j'ai l'impression qu'il y en a un…
- Al, pourquoi tu mets autant de temps ?
Lily venait de se poster à côté de nous, les lunettes au bout de son nez. Son frère les remonta à sa place.
- J'étais en train de parler à Astrid.
Lily leva les yeux au ciel.
- Je m'en doute, puisque tu m'as dit qu'elle était sur la carte. Mais pourquoi est-ce que vous êtes encore là ? Fred a besoin de nous !
- Elle n'est pas venue pour Fred, dit tranquillement Albus.
- Elle n'est… Oh !
Le même sourire qui éclairait le visage d'Albus vint illuminer celui de Lily.
- Tu es venue voir James ? me demanda-t-elle.
Je hochai la tête.
- Super…, murmura Lily. C'est par ici ! me dit-elle en me désignant un escalier. Dernier étage. Pas la peine de frapper, hein. Cela gâcherait l'effet de surprise…
Pourquoi est-ce que j'avais la désagréable impression de participer à une grande plaisanterie, sans savoir quel était mon rôle ?
- Ne t'inquiète pas, il n'y a rien de grave ! m'assura Lily. Ça va simplement être très, très marrant…
Albus et elle retinrent difficilement un rire.
- Vous me faites peur, finis-je par avouer.
- Il n'y a pas de quoi ! m'assura Lily. Tu verras. Allez, monte !
J'hésitai encore un instant, mais à force de les voir me pousser vers les étages, je finis par accepter mon sort, et par me diriger vers les dortoirs des garçons de Gryffondor, Albus et Lily sur mes talons.
- Nous, on s'arrête au cinquième, m'annonça Albus. Mais de toute façon, je crois que même du cinquième étage, on ne devrait rien rater…
Je fronçai les sourcils. Quand nous arrivâmes au cinquième dortoir, je remarquai que la porte était ouverte et qu'à l'intérieur, beaucoup de Weasley se bousculaient. Albus avait certainement fait sortir tous ses camarades pour être certain que toute sa famille pourrait se tenir dans ce dortoir. Et moi, je devais encore monter.
Je soupirai alors qu'Albus et Lily me souriaient toujours, et grimpai jusqu'au dernier dortoir. La porte était fermée. Même si Lily m'avait dit que je n'avais pas à frapper, je ne pus m'empêcher de le faire. Mais tout doucement.
- Entrez, me dit-on dans un murmure.
Encouragée par ce filet de voix, j'ouvris tout doucement la porte.
Il y avait cinq lits dans ce dortoir. Celui de Murray et celui de James. Les autres Gryffondor de septième année étaient des garçons que je ne croisais presque jamais. De toute façon, ils n'étaient pas là aujourd'hui. Seulement deux lits étaient occupés.
- Smith ?! dit Murray dans un filet de voix. Mais… qu'est-ce que tu fais ici ?
Je m'approchai doucement de son lit, remarquant que les rideaux d'un des autres lits étaient toujours fermés. D'où le ton employé par Murray.
- Je venais voir James, expliquai-je. Mais apparemment, il n'est pas là…
Un sourire mystérieux s'installa sur les lèvres de Murray. Le même que celui d'Albus, ou de Lily. Ou même de Roxanne, maintenant que j'y pensais.
- OK, c'est quoi le problème ? demandai-je enfin.
- Il ne t'a jamais rien dit, pas vrai ?
- Dis quoi ?
- Qu'il était un énorme fainéant.
- Que… De quoi est-ce que tu me parles, McGonagall ?
Il me désigna le lit dont les rideaux étaient encore tirés. J'hésitai un instant, mais Murray me fit un signe de tête pour m'encourager à les ouvrir. Je le fis tout doucement. Et tombai face à James qui dormait encore.
Je refermai le rideau, et me retournai vers Murray.
J'avais oublié que ce lit était celui de James. Il fallait dire, à ma décharge, que les fois où j'étais venue, j'étais sous le choc de la mort de Jill. Je n'avais pas vraiment fait attention à la disposition de la pièce.
Je chassai les mauvais souvenirs d'un vif coup de tête.
- Il s'est plaint que j'étais une fainéante l'été dernier, parce que j'avais besoin d'une semaine de repos en rentrant de Poudlard. Il se moque toujours de moi parce que je suis insupportable si je n'ai pas eu mes huit heures de sommeil. Il dit toujours qu'il faut se lever tôt pour profiter de nos journées. Et lui… Lui dort encore à quinze heures ? sifflai-je.
Murray se mordit le poing pour ne pas éclater de rire. Il parvint à se ressaisir.
- Et même qu'une fois qu'il est réveillé, il ne bouge pas de son lit. Il reste là, à grignoter, et à grogner. De suite, ça casse la superbe idée que tu t'étais faite de lui, pas vrai ?
C'était certain. Non mais, il se fichait de moi !
- M'en fiche. Je vais le réveiller, moi, bougonnai-je.
Je sortis ma baguette.
- Si tu pouvais être originale…, me supplia Murray. On a déjà fait trois fois le coup de l'asperger d'eau, avec Benteron.
Ah, oui, il y a un Benteron dans leur année.
- Et Fritch et Gums sont des pros pour le réveiller en lui faisant croire qu'on est en réalité un jour de semaine…
- Mais il fait ça souvent ? m'étonnai-je, histoire de me donner le temps de réfléchir à la meilleure façon de le réveiller.
- Eh bien… Plus trop, depuis que vous êtes ensemble, reconnut-il. Il le faisait beaucoup avant. Tous les jours de repos, en fait. Et là, il a repris ses habitudes depuis que vous avez décidé de vous laisser un jour par semaine sans vous voir.
Je hochai la tête. Jusqu'à présent, je croyais que lorsque je ne voyais pas James d'une journée, c'était parce qu'il se servait de la carte du Maraudeur pour ne pas me croiser. Maintenant, je comprenais qu'il n'avait pas besoin de la carte, puisqu'il ne sortait pas de son dortoir.
Je regardai autour de moi à la recherche du meilleur moyen de réveiller James. Soudain, je repérai le réveil qui était sur sa table de chevet.
- Tu ferais mieux de te boucher les oreilles, dis-je tranquillement à Murray. Ça va être brutal.
Et sans plus attendre, je lançai un sort sur le réveil.
- DEBOUT ESPÈCE DE FAINÉANT, IL FAUT SE LEVER, TU ES ATTENDU ! C'EST PAS EN SE LEVANT AUSSI TARD QU'ON TROUVE DE NOUVELLES PLANTES À ÉTUDIER !
Murray, même s'il avait plaqué ses mains sur ses oreilles, grimaça. Et sur le lit, on s'agita enfin.
Les rideaux s'ouvrirent brutalement, et un James franchement en colère apparut, agenouillé.
- Qui est le petit con qui va souffrir pour m'avoir réve…
Sa voix mourut dans sa gorge quand il me repéra.
- Oh.
- C'est pas très gentil de dire ça de ses camarades, fis-je remarquer, les bras croisés.
Il eut la présence d'esprit de paraître confus.
- Est-ce que tu vas me traiter de la même chose ? m'enquis-je.
Il se renfrogna, avant de sourire.
- Non, pas toi. Je vais simplement aller le dire à ceux qui t'ont dit que tu pouvais monter. J'imagine que ça les faisait bien rire, non ?
Je hochai la tête.
- Tu n'as même pas idée.
- Je vais les tuer, pesta James en se levant de son lit.
Il fouilla dans sa malle, et en sortit des vêtements. En se redressant, il se cogna la tête contre le lit.
- Aïe ! pesta-t-il.
Je me mordis la lèvre pour ne pas rire, mais à quelques mètres de nous, Murray ne se gêna pas.
- C'est tellement amusant de le voir dans un tel état, rit-il.
- Toi, tu ne perds rien pour attendre, siffla James. Je vais me changer, je vais rappeler deux, trois petites choses à Albus et Lily, et je suis tout à toi, m'assura-t-il en se penchant vers moi pour m'embrasser.
Je le repoussai cependant, en grimaçant.
- Va te brosser les dents, on en reparle après…
Cette fois, Murray éclata franchement de rire.
- Smith, je t'apprécie de plus en plus… Il ne te manque plus qu'à apprendre à jurer, et tu deviendras ma meilleure amie.
- Super, souffla James. À peine réveillé d'une façon horrible, et tout le monde se ligue contre moi… Je vous déteste.
Il se tourna vivement, et se dirigea vers une autre porte – la salle de bains, sûrement.
- Il est de si bonne humeur, au réveil, me moquai-je.
- Et encore, il a fait des efforts, je trouve, ricana Murray. Alors, tu ne révises pas, aujourd'hui ?
Je secouai la tête. J'aurais pu ne rien dire à Murray, mais puisqu'il était là et d'humeur à discuter, je me décidai à lui expliquer les raisons de ma présence.
- J'ai reçu une lettre, et je voulais en parler avec James…
- Quelle lettre ? s'enquit Murray.
- Les Aurors.
- Oh… Super ! Alors, ils te disent quoi ?
Je grimaçai.
- C'est le problème. Je n'ai toujours pas ouvert la lettre…
- T'es stressée ?
Je hochai la tête, et m'assis sur le lit de James.
- OK… Bon, bah je vais vous laisser en discuter, dans ce cas, dit Murray en se levant.
Il me fit un signe d'encouragement, sûrement pour m'inciter à ne pas angoisser plus que je ne le faisais déjà, puis sortit rapidement du dortoir, et je me laissai tomber en arrière sur le lit de James.
Il n'y avait aucune raison que cette lettre m'empêche d'accéder aux examens d'entrée. Entre les lettres de recommandation de deux de mes professeurs, ainsi que mon dossier qui était loin d'être mauvais, je ne devrais pas avoir une réponse négative. Et la suite ne serait qu'une formalité. Le problème, c'est que je n'étais même pas certaine qu'il y ait une suite. Peut-être que je n'étais même pas invitée à passer les tests d'entrée. Et dans ce cas-là, qu'est-ce que je pourrais bien faire ?
Je sentis mes yeux me picoter, et je battis des paupières pour refouler les larmes. Voilà, je redevenais émotive.
Je sortis la lettre de ma poche, et la posai sur ma poitrine.
J'avais envie de savoir ce qui était écrit sur le parchemin et, en même temps, j'avais vraiment peur de la réponse. Si jamais je n'étais pas prise…
Il ne fallait pas que je pense comme ça, pas vrai ?
J'observai le lit de James. Bien rangé. C'était totalement différent de sa besace, où s'entassaient des dizaines de papiers inutiles. Je sortis ma baguette, et fis le lit en un tour de main. Deux secondes durant lesquelles mon cerveau n'avait pas pensé à la lettre des Aurors. Bien. Et maintenant ? J'étais toujours allongée – ça avait été très désagréable de sentir les couvertures se tirer sous moi, j'aurais dû me relever – et je regardai le plafond. Un pincement au cœur manqua faire remonter les larmes lorsque je me souvins que le dessin de Mélina qui décorait le plafond de ma chambre à Eastbourne n'était plus qu'un lointain souvenir, et que je ne le regarderais plus jamais.
Heureusement, la porte de la salle de bains se rouvrit, m'empêchant de penser plus longuement à la maison de Jill.
- Murray est parti ? s'étonna James.
Je me redressai sur mes coudes. Il avait encore les cheveux humides, et portait de vieux habits. Je souris doucement.
- Il a voulu nous laisser discuter entre nous, dis-je simplement.
Aussitôt, le front de James se plissa, soucieux. Il me rejoignit sur le lit, et s'assit à côté de moi. Je me rallongeai.
- Qu'est-ce qui se passe ?
Je pris la lettre qui avait glissé de ma poitrine, et l'agitai devant le nez de James.
- Il semblerait que j'ai eu des nouvelles du Bureau des Aurors.
James hocha la tête. Je n'avais pas besoin de lui dire que je n'avais pas encore ouvert la lettre. Il s'en doutait certainement. Sinon, j'aurais déjà crié ma joie – ou pleuré mon désespoir.
- Bon. Et tu comptes l'ouvrir quand ?
- Je ne sais pas.
- Et moi ?
- Quoi, toi ? m'étonnai-je.
- Je peux l'ouvrir ?
Je fronçai les sourcils.
- Pourquoi est-ce que tu ferais ça ?
- Pourquoi pas ? dit-il tranquillement en haussant les épaules.
- Parce que c'est ma lettre !
- Oui, bah ta lettre, tu ne l'as toujours pas ouverte, me fit-il remarquer, fort à propos.
Je bougonnai. Il n'avait pas tort. Je remis la lettre sous mes yeux, et l'observai encore un instant, avant de capituler.
- Très bien, soufflai-je. Tiens. Mais tu…
Il ne me laissa pas terminer ma phrase, prenant de force la lettre d'entre mes doigts, et la décacheta. Cela semblait tellement simple, lorsqu'il le faisait. Moi, j'avais regardé cette lettre des dizaines de fois sans être capable de m'approcher du rabat. Mais lui, sans même hésiter plus de deux secondes, il avait déjà ouvert la lettre, et en lisait son contenu, en hochant doucement la tête. J'allais porter ma main à ma bouche, pour me ronger les ongles, mais comme s'il se doutait que j'allais agir ainsi, il étira son bras gauche et se saisit de ma main. Et il continua sa lecture.
- Bien, dit-il finalement.
- Bien ? demandai-je d'une petite voix.
- Bien, répéta-t-il. On dirait que je vais devoir annuler le cours de rattrapage de danse que ma mère a planifié pour début juillet. Après tout, il faut bien que j'aille t'attendre à la sortie de tes tests.
Il me fallut quelques secondes pour réaliser ce qu'il venait de dire. Et puis, je me redressai violemment, et me jetai sur lui. Enfin, plutôt, sur ma lettre. Je la lui arrachai des mains, me moquant de son rire.
- C'est pas vrai… C'est vrai ! m'exclamai-je en parcourant le parchemin. C'est vrai !
James riait toujours, alors que moi, je peinais à réaliser ce que je venais de lire. Et puis, soudainement, je l'embrassai.
- Je savais que j'aurais droit à une récompense de ce genre pour t'avoir annoncé ça, dit-il entre deux rires.
Je lui donnai une bourrade, sans rien dire de plus. Les yeux brillants, je regardais toujours ma lettre.
- Tu vas vraiment m'attendre à la fin des tests ? relevai-je alors.
Il hocha la tête.
- Merci, lui dis-je sincèrement. C'est vraiment… Attends.
Je fronçai les sourcils, me rappelant de ce qu'il avait dit.
- Des cours de rattrapage de danse ?!
Il éclata de rire.
- Il t'en aura fallu du temps…
- C'est quoi, cette histoire ?
C'est-à-dire qu'à l'instant, si je devais imaginer James en train de danser, la seule chose qui me venait à l'esprit, c'était une irrésistible envie de rire.
- J'exige des explications ! m'exclamai-je d'une voix rendue aiguë par le rire qui menaçait de sortir de ma gorge.
- C'est une vieille histoire, qui date de quand j'avais cinq ans. Ma mère a toujours aimé danser, mais mon père est incapable d'aligner plus de trois pas. À cinq ans, quand je les ai entendus en parler, j'ai dit à ma mère que je voulais savoir danser pour pouvoir la faire danser, elle…
- C'est mignon…
- Ne redis plus jamais ça, grogna James. Je disais donc, j'ai voulu apprendre à danser. Et ensuite, j'ai embarqué Albus et Lily dans l'affaire. Ce qui fait que nous sommes trois bons danseurs, mais nous perdons le rythme au cours de l'année. Et notre mère nous fait danser en début d'été, pour nous dérouiller un peu.
Je réussis à garder mon sérieux durant approximativement cinq secondes. Ensuite, j'éclatai de rire.
- Pardon ! Ce n'est pas drôle, c'est juste… mignon !
- Eh ! Je t'ai dit de ne plus dire ça ! s'offusqua-t-il.
- Pardon. Promis, j'arrête de me moquer.
Il me fallut quelques minutes pour réussir à le regarder sans éclater de rire, puis je hochai la tête.
- Très bien. Eh bien, comme ça, je sais que si jamais je dois danser, tu pourras être mon partenaire sans problème. C'est une bonne chose à savoir. Je vais te garder comme petit ami, en fin de compte.
Il leva les yeux au ciel, et me tourna de sorte à me mettre face à lui. De mes épaules, ses mains glissèrent sur ma taille.
- Pourquoi, tu songeais à me quitter ? ricana-t-il.
- On ne sait jamais… Eh !
Il m'avait attirée rapidement à lui, me faisant tomber sur lui.
- Potter ! grommelai-je. Tu plaisantes ?
- Non, je t'agace, c'est différent, rit-il, amusé de sa propre répartie. On sait très bien que tu ne comptes pas me quitter.
Je levai les yeux au ciel.
- Très bien, tu as gagné. Je n'ai pas prévu de te quitter.
- Tant mieux, dit-il avant de m'embrasser rapidement.
- C'est tout ? m'offusquai-je alors qu'il me laissait déjà la possibilité de partir.
- Quoi ? Tu ne vas pas aller réviser, ou t'entraîner ?
Je secouai la tête.
- Non ? s'étonna-t-il.
- Pas du tout ! J'étais trop stressée pour planifier un entraînement ou pour réviser. Et maintenant que je vois que tu n'as rien prévu d'autre que de rester dans ton dortoir à ne rien faire, j'ai bien prévu de ne rien faire avec toi !
Il sourit, amusé. Je me redressai, lui aussi et allai m'adosser contre la tête de lit. Il ne tarda pas à me rejoindre.
- Alors, que se passe-t-il avec Bethany Jones et Fred ? m'étonnai-je.
James haussa les épaules.
- Elle est extrêmement jalouse. Elle a passé dix minutes à hurler contre Fred parce qu'il avait parlé trop longtemps à l'une des camarades de Rose, la semaine dernière. Ça commence à peser à Fred. Je pense qu'il va rompre. Mais ne parlons pas de ça. J'avais un truc à te dire. Je pensais attendre demain, mais puisque tu es là… Tu fais quoi, cet été ?
- Tu le sais très bien.
Il sourit, mais ne dit rien de plus.
- Très bien, je vais le répéter, soupirai-je. Je termine de régler mes affaires du côté Moldu, je vais travailler un peu avec Jenna, je vais me préparer à entrer en formation d'Auror…
Je tus délibérément le fait que je retournais dans ma maison – ou, plutôt, dans celle qui était à Jill et qui avait été vendue – puisque je n'en avais plus le droit.
- Mais vu ton air amusé, j'imagine que j'oublie une part importante de mon été ?
Il hocha la tête.
C'était typique de James, de s'immiscer dans mes plans, de les changer.
- Eh bien… Je me demande… Quand est-ce que tu penses aller voir la Coupe du Monde de Quidditch, dans ce planning ?
- Ah, ah, tu es très drôle, répliquai-je. Je n'ai pas de billet, je te rappelle.
- Oui. Mais peut-être que moi, j'en ai un pour toi.
- James, ne plaisante pas avec ça ! soupirai-je en plissant le nez. Ce n'est pas amusant. Je sais bien que tu vas y aller.
- Et j'ai un billet pour toi, répéta-t-il.
- Mais bien sûr…, soupirai-je. Je n'arrive pas à croire que tu veuilles me faire ce coup-là.
Il continuait de sourire, vraiment amusé. Et alors, je réalisai.
Il ne se moquait pas. Il avait vraiment un billet pour moi.
- Je vais aller à la Coupe du Monde de Quidditch ! m'exclamai-je.
J'étais tout à coup aussi excitée que le jour où j'avais reçu ma lettre d'admission à Poudlard. J'allais aller voir les meilleurs joueurs du monde voler ! Je serais là pour les matchs de cet été, j'y serais avec tout le monde, tout le gratin, tous mes amis qui y allaient tous les quatre ans !
- Tu n'es pas la seule à y aller, tu le sais ? se moqua-t-il.
- Ne te moque pas, répliquai-je. Pour moi, c'est une grande première ! C'est juste génial, soufflai-je. Merci !
Je l'embrassai à nouveau.
- Ce n'est pas moi qu'il faut remercier, mais mes parents…
- Oh. Oui, évidemment, je le ferai, euh…
Je rougis.
- Du coup, pour tes parents, hum… Comment ça va se passer ?
- Nerveuse ?
- Je ne préfère pas répondre à cette question, éludai-je. Alors ?
- Ils te proposent de venir manger à la maison la première semaine des vacances. Ça va, tu vas réussir à te préparer à cette épreuve ? Ce serait juste après tes tests d'entrée de formation. Ils ont été assez cléments pour te laisser te préoccuper d'abord de ton avenir, avant de te préoccuper d'eux. Ils se sont dit que tu serais plus à l'aise une fois les tests passés… Enfin, si cela te convient.
Je hochai la tête.
- Du moment que ton frère et ta sœur ne se moquent pas trop…
- Là, c'est peine perdue ! s'esclaffa James.
Je gémis. Il passa un bras autour de mes épaules, et me serra contre lui.
- Promis, je les punirai pour toutes les occasions où ils te mettront dans une situation gênante, dit-il en m'embrassant sur le haut du crâne.
- Mon super sorcier prêt à voler à mon secours, plaisantai-je.
Il continua un moment à me détailler ce qu'il ferait à Albus et Lily si jamais ils osaient me mettre dans des situations gênantes.
Et moi, je profitais franchement du moment. J'étais dans les bras de James, il n'y avait personne pour nous déranger. J'allais passer mes vacances avec lui en grande partie, et je pourrais voir les derniers matchs de la Coupe du Monde de Quidditch. J'avais un petit ami parfait – ou presque, il ronflait après tout. Des amis géniaux – sauf quand ils me chassaient de notre salle commune parce que j'étais trop stressée. Et un avenir plutôt brillant – en espérant que j'allais réussir mes tests d'entrée.
- Qu'est-ce qui te fait sourire ? me demanda finalement James.
- Je viens de réaliser que je suis vraiment bien, là.
- Là ?
- Avec toi. Dans ma vie.
- Tu deviens philosophe ? releva-t-il.
- M'en fiche, protestai-je. Donc, tu disais… Lily, tu comptes la menacer en lui disant qu'Albus va s'occuper de Didi ?
- Exactement.
Et il repartit dans ses explications.
Ce garçon était formidable. Pas pour ses plans tous plus dingues les uns que les autres, non. Mais pour le fait qu'il réussisse à me changer les idées, et à me faire oublier le stress. Le stress du dernier match, le stress des ASPIC, le stress des tests d'entrée.
Il n'y avait plus aucun stress lorsque James Sirius Potter me parlait, tout en jouant avec mes cheveux.
…
…
Notre dernier match. Le dernier match de toute ma carrière de joueuse de Quidditch à Poudlard. Mon réveil ne sonnerait que dans trente minutes, mais j'étais déjà réveillée. Pour la toute première fois, j'étais vraiment stressée. Pas seulement parce qu'il s'agissait d'un jour de match. J'étais stressée parce que je doutais. Nous avions gagné nos deux précédents matchs, et j'étais certaine que ça allait être pareil, aujourd'hui. Mais je n'osais pas me l'avouer, de peur de nous porter malheur.
Je fermai les yeux, les rouvris tout aussi vite. La pluie battait contre les fenêtres du dortoir. Aujourd'hui encore, nous allions avoir un mauvais temps pour le match, ce qui ne m'arrangeait que peu, étant donné que les trois dernières semaines, nous n'avions pas eu une seule goutte de pluie lors de nos entraînements. Tout au plus avions-nous dû braver quelques rafales de vent.
Je me tournai dans mon lit.
- Tu es réveillée ? entendis-je Roxanne murmurer.
Je me redressai, et ouvris mes rideaux. Roxanne en fit de même, sur le lit d'en face, en m'adressant un sourire crispé.
- Toi aussi, lui fis-je justement remarquer.
Elle hocha la tête.
- Je n'ai jamais été…
- Stressée de cette façon ? Moi non plus, la rassurai-je.
Elle eut un sourire encore plus crispé que le précédent, et hocha la tête.
- Bon. On fait quoi ? On se lève ?
J'hésitai un instant, avant de hausser les épaules.
- De toute façon, on ne va pas rester indéfiniment ici. Autant se lever.
Le teint presque pâle – mais moins que le mien, c'était certain – elle acquiesça et sortit de son lit. Mécaniquement, nous nous préparâmes. Nous ne mettrions notre tenue de Quidditch que dans les vestiaires, mais au moins étions-nous prêtes pour prendre notre petit-déjeuner.
Lorsque je vis qu'elle m'attendait, je lui fis signe d'aller vers la sortie. Je n'avais pas envie de réveiller nos camarades de dortoir, qui avaient bien le droit de profiter de leur temps de sommeil restant. Nous descendîmes donc en faisant le moins de bruit possible, mais cela ne suffit pas. En passant devant le dortoir des quatrième année, la porte s'ouvrit sur Léana, qui se joignit à nous. Et un étage plus bas, ce fut Liz. Les quatre filles de l'équipe étaient réveillées en avance… Nous nous installâmes donc toutes les quatre dans la salle commune, laquelle était, pour une fois, entièrement déserte.
- Bon, dit Roxanne.
- Bon, répétai-je d'une voix bien trop faible.
Léana et Liz se contentèrent de hochements de tête.
Elle était belle, notre équipe ! Vivement que nous ayons tous quelque chose dans le ventre, nous serions peut-être plus vaillants.
Cela faisait tout juste deux minutes que le silence était retombé sur nous quatre que des bruits de pas se firent entendre du côté des garçons. Sans grande surprise, Fred, Jason et Pete arrivèrent, les yeux grands ouverts. Ils s'installèrent à côté de nous.
Je jetai un regard en coin à Jason. La mâchoire serrée, les mains crispées sur ses genoux, il était indéniablement rongé par le stress. Il allait falloir que je sois particulièrement vigilante, aujourd'hui, lors du petit-déjeuner. Je devais m'assurer qu'ils avalent tous quelque chose. Et peut-être que plus tôt je tenterais de leur remplir l'estomac, mieux ce serait.
- Nous allons y aller, leur dis-je.
- Déjà ? coassa Fred.
Je hochai la tête.
- Oui. Tous dans la Grande Salle, et j'exige que vous mangiez quelque chose. D'ailleurs, pour en être sûre… Nous allons tous petit-déjeuner ensemble.
C'était la première fois que j'exigeais cela d'eux, mais aucun ne posa de questions, et ils me suivirent automatiquement lorsque je me levai et sortis de la salle commune. Derrière nous, j'entendis quelques personnes qui commençaient à s'agiter dans les dortoirs.
C'était le dernier match de la saison, et avec un enjeu énorme pour les Serdaigle. Nous pouvions le faire.
Plus, nous devions le faire.
Je ne répondis pas aux portraits qui nous encouragèrent sur notre route vers la Grande Salle, pas plus que je ne me tournai vers les élèves qui m'appelaient. Je ne souhaitais pas entendre des encouragements, ou des paroles désobligeantes. Je voulais simplement arriver à la Grande Salle sans encombre. Ce que nous réussîmes à faire. J'installai toute l'équipe en bout de table, saluant à peine les élèves des autres maisons qui étaient déjà levés, et évitant de regarder les Serdaigle qui arrivaient les uns après les autres.
- Mangez, exigeai-je en leur faisant passer des assiettes.
Je me servis moi-même généreusement, avant de réaliser que contrairement aux autres matins de match, je n'avais aucun appétit à satisfaire. Au contraire, un nœud avait pris place dans mon estomac, et j'avais l'impression que la moindre bouchée serait immédiatement recrachée. J'inspirai profondément, et me forçai à avaler quelque chose quand je réalisai que les six autres joueurs me regardaient, attendant que j'entame mon petit-déjeuner. Une fois que j'eus avalé une cuillerée, mon nœud à l'estomac se défit un peu, et il se dénoua encore plus lorsque je constatai que les joueurs faisaient comme moi.
De plus en plus, autour de nous, l'agitation gagnait les autres élèves. Je tentai de faire abstraction de cela, et jetai un rapide coup d'œil aux Poufsouffle. Même s'ils avaient peu de chance de nous battre – après tout, Serdaigle était en tête de classement avec sept cent points – ils n'allaient pas se laisser abattre pour ce match. Ils allaient jouer avec toutes leurs ressources. Il ne fallait pas oublier qu'ils avaient cinq cent dix points de marqués. Rien n'était encore totalement joué, ils pouvaient encore gagner.
J'entendis quelques personnes nous souhaiter bonne chance, et je vis Mélina, Chuck, Paige et Gary, un peu plus loin, qui nous adressèrent de grands sourires. J'essayai de leur rendre, mais je n'y arrivai pas.
- Mange encore un peu, Liz, demandai-je poliment à la poursuiveuse.
Elle hocha la tête.
- Toi aussi, Astrid, me conseilla Jay. Tu n'en es qu'à ton troisième petit-déjeuner, c'est trop peu.
La plaisanterie réussit à peine à nous arracher un demi-sourire.
- On attend que les Poufsouffle partent, et puis on y va, dis-je tranquillement à mon équipe. Ils ne devraient plus tarder, McCall est toujours en avance sur le terrain.
À peine terminai-je ma phrase que McCall la confirma en se levant. J'eus le plaisir de voir que les Poufsouffle étaient eux aussi stressés. Ils n'avaient gagné qu'un de leurs matchs, alors que nous, nous les avions tous gagnés. Enfin… Il en restait encore un à disputer.
J'inspirai un grand coup.
- On y va, dis-je à l'équipe.
Elle se leva d'un même mouvement, et toute la table de Serdaigle se tourna vers nous. Je devinais sans peine que tous nos camarades espéraient que nous allions gagner. La dernière fois que nous avions eu la Coupe, c'était en mille neuf-cent quatre-vingt-onze. Rien que ça. Et avant cela, c'était des années avant. Peut-être du temps de ma mère. Mais ce n'était pas le moment de m'attarder là-dessus. Je les menai jusqu'aux vestiaires sans qu'aucun mot ne soit échangé, une fois de plus.
Nous nous changeâmes tous en silence, les visages devenant de plus en plus pâles à mesure que le moment arrivait pour nous d'entrer sur le terrain. J'attendis patiemment qu'ils eussent tous revêtu leur tenue de Quidditch, et mis mes gants en même temps que je me lançai dans mon discours d'avant-match.
- Comme vous le savez, c'est le dernier match de l'année. Et pour trois d'entre nous, c'est le dernier match que nous jouerons, tout simplement. Je n'ai pas prévu de continuer en professionnel, ni Roxanne, ni Fred.
Mes deux camarades de classe hochèrent la tête.
- C'est aussi la dernière année où je peux gagner la Coupe. Elle aurait dû être à nous l'année dernière, mais pour… des raisons indépendantes de notre volonté, et surtout à cause de cet imbécile de Liam Pierce, nous avons eu un match que je qualifierai de maudit. Bon. Ce n'est pas grave, ce sont des choses qui arrivent. Mais aujourd'hui, non, ça n'arrivera pas. Il n'y aura pas d'accidents, insistai-je.
Je me tournai ensuite vers Roxanne.
- Il y aura une superbe gardienne qui n'oubliera pas de couvrir ses anneaux. Bien sûr, elle pourra être déstabilisée, et elle laissera peut-être passer des Souafles – elle reste humaine. Elle ne sera pas découragée par la pluie, parce que nous avons déjà joué sous des conditions pareilles, et nous nous en sommes bien sortis. Elle sait comment jouent les Poufsouffle, et même s'il y a du nouveau dans leurs combinaisons, elle sait s'adapter à tous les types de joueurs. Elle sait qu'elle ne doit pas se laisser déconcentrer, et qu'elle peut réussir à arrêter des tirs difficiles.
Roxanne hocha la tête alors que je terminais mon discours à son égard.
- Ensuite, il y aura nos deux superbes batteurs. Nous avons la force, nous avons la précision, dis-je en désignant tour à tour Pete et Léana. Une combinaison gagnante, nous l'avons tous déjà remarqué. Une combinaison qui sait jouer avec les conditions, qui sait repérer les Cognards même lorsque le temps ne permet pas de voir à plus de dix mètres. Vraiment, ils sont doués, nos batteurs. Ils sont tellement doués qu'ils savent que la menace principale c'est McCall qui, une fois le Vif d'Or repéré, ne le lâche plus.
Pete et Léana acquiescèrent. Le message était reçu, ils feraient en sorte d'empêcher McCall de trouver le Vif d'Or, tout en tenant les poursuiveurs éloignés du Souafle.
- Bien. N'oublions pas que pour ce match, il y aura un attrapeur qui ne cesse de progresser. Jay le Vif, surnommé ainsi dès le premier match, n'est pas dans notre équipe par hasard… même si, d'accord, je me suis demandée si j'avais bien fait, lors de son entrée dans l'équipe, me rappelai-je. Mais notre attrapeur repère le Vif d'Or, et l'attrape. Alors, aujourd'hui encore, il va l'attraper. Je n'ai aucun doute là-dessus. Il sait jouer avec les Cognards, il sait jouer avec les conditions climatiques, et le Vif d'Or est la proie qu'il ne laisse jamais échapper.
Jay sourit vaillamment, même si le cœur n'y était pas entièrement.
- Et puis, les poursuiveurs ! terminai-je. Sur le terrain, aujourd'hui, il y aura trois poursuiveurs brillants. Des poursuiveurs qui maîtrisent les arrêts brutaux, qui savent se faire passer le Souafle sans même se regarder, parce qu'ils savent se positionner. Des poursuiveurs qui ne se laissent pas abattre par quelques Cognards, des poursuiveurs qui savent pourquoi ils sont sur le terrain. Pour faire passer le Souafle dans les anneaux. Et c'est ce qu'ils vont faire aujourd'hui. Compris ?
Fred et Liz hochèrent la tête, et j'en fis de même.
- Et puis, faudrait pas oublier la capitaine, ajouta Fred, moqueur.
Je haussai un sourcil, surprise, mais Jay m'empêcha de prendre la parole.
- Elle est plutôt douée, continua-t-il.
- Après tout, c'est grâce à elle que gardienne, poursuiveurs, attrapeur et batteurs sont aussi bons, fit remarquer Léana en souriant.
- Même si, parfois, elle nous a fait souffrir durant les entraînements…, poursuivit Pete.
- Si on gagne aujourd'hui, ce sera grâce à elle, enchaîna Liz.
- Et même si on venait à perdre… On sait tous qu'avec un autre capitaine, l'issue n'aurait pas été meilleure, conclut Roxanne.
J'ouvris doucement la bouche, pour les remercier. Mais aucun mot ne franchit mes lèvres. Je me retournai donc rapidement, et pris mon balai pour me donner une contenance. Quand je leur refis face, j'étais prête.
- On va montrer aux Poufsouffle que s'ils ont eu la Coupe l'année dernière, c'était uniquement par chance, dis-je fermement.
- Ouais ! s'exclamèrent-ils tous en chœur.
Nous nous jetâmes des sortilèges d'imperméabilité, et un instant après, nous étions dehors.
Il y avait principalement de la pluie, aujourd'hui. Très peu de vent, pas d'orage. Ce n'était peut-être pas plus mal, nous aurions quelques difficultés liées au climat en moins.
Je me dépêchai de rejoindre le centre du terrain, où McCall était déjà là, bien moins sûr de lui qu'il ne l'était lors de notre dernière rencontre, en début de sixième année.
- Capitaines, serrez-vous la main ! demanda l'arbitre.
Pour la première fois depuis que nous nous affrontions, McCall et moi, nous n'ajoutâmes aucun mot à cette petite phrase. Nous nous contentâmes d'exécuter l'ordre donné, et de grimper ensuite sur nos balais.
- Bonjour à tous ! s'exclama le commentateur. Comme certains le savent, Serdaigle est en tête mais rien n'est perdu pour les Poufsouffle, puisqu'ils ne sont qu'à cent quatre-vingt-dix-points derrière les Serdaigle. Oh, le match va être lancé…
Comme toujours, Fred se positionna pour aller récupérer le Souafle. Et, pour la première fois nos adversaires se positionnèrent en tournant légèrement leur balai vers Fred. Dommage pour eux, ils allaient être surpris.
- C'est parti ! Weasley se lance vers le Souafle, ses adversaires veulent le bloquer et… c'est Smith qui prend le Souafle ! La tactique de Weasley était finalement repérée… mais les Serdaigle ont plus d'une stratégie !
En effet, nous avions compris qu'il serait risqué de demander à Fred de récupérer le Souafle, pour notre dernier match. J'avais pensé à demander à Liz de se lancer, mais j'avais songé qu'elle était encore trop verte en tant que joueuse, et que cela serait lui fournir un stress supplémentaire. J'avais donc passé du temps avec Fred, pour qu'il m'explique comment il se débrouillait pour toujours rattraper en premier le Souafle. Et aujourd'hui, j'avais suivi ses conseils.
Conseils qui nous permirent d'ailleurs d'ouvrir le score.
- Serdaigle marque !
Et le match se poursuivit. Les batteurs de Poufsouffle n'étaient pas très bons viseurs, ce qui était un certain avantage pour nous. Nous pûmes continuer de marquer sans être réellement dérangés. Le score était à présent de soixante à trente, et Jay traînait McCall sur tout le terrain en lui faisant croire qu'il avait repéré le Vif d'Or. Je n'aurais pas cru que McCall était si crédule, mais peut-être que c'était une nouvelle tactique – suivre Jay et espérer pouvoir le doubler lorsqu'il aurait trouvé le Vif d'Or.
- Les attrapeurs semblent se promener pour le simple plaisir d'être sur un balai…, remarqua d'ailleurs le commentateur.
Que tu crois, cher commentateur. Attends de voir que Jay se lance à la course au Vif d'Or. Tu auras moins l'impression qu'ils soient en plein parcours de santé.
- Roxanne ! entendis-je alors Fred crier.
Je me tournai vers sa jumelle, mon cœur ratant un battement. Roxanne avait arrêté le Souafle d'un poursuiveur de Poufsouffle, mais elle avait négligé de regarder les Cognards. Elle vacilla un moment sur son balai, et je craignis vraiment qu'elle chute. Le temps que son frère arrive à ses côtés, les Poufsouffle avaient marqué une nouvelle fois, alors que Roxanne retrouvait doucement ses esprits.
- Fred, retourne à ton jeu ! criai-je en volant vers eux.
Je récupérai le Souafle, et le lançai à Liz, qui repartit vers les anneaux de Poufsouffle, avec Fred.
- Tu vas bien ? m'enquis-je rapidement.
- Qu'est-ce que tu fiches là ? grogna Roxanne. C'est pas ta place. Va sur le terrain.
Je hochai la tête. Si Roxanne avait le temps de grogner après moi, c'est qu'elle était en forme. Enfin… assez en forme pour garder sa place en tant que gardienne. De l'autre côté du terrain, Fred avait marqué, et les Poufsouffle revenaient vers nous. Je récupérai le Souafle lorsqu'il fut envoyé de façon maladroite, et marquai à mon tour. Nous étions donc à quatre-vingt points contre quarante. Je vis alors Jay remonter brutalement vers nous, suivi de près par McCall, avant de s'arrêter tout aussi rapidement, comme dépité.
- Il était trop près de McCall, je ne voulais pas qu'il le voie, me dit Jay lorsqu'il passa près de moi, avant de repartir à la recherche du Vif d'Or.
Je hochai la tête pour le féliciter de cette feinte, et récupérai le Souafle de Liz.
- Arrêt glissé, la prochaine fois que tu t'approches des anneaux, lui dis-je lorsque je refis passer le Souafle à Fred, qui marqua.
Les Poufsouffle étaient en train de se laisser déborder par notre jeu. Il était vrai qu'ils n'avaient jamais eu de matchs avec d'aussi mauvaises conditions. Les batteurs hésitaient avant de frapper leurs Cognards, comme craignant de se tromper de cible et, de ce fait, les balles meurtrières étaient lancées bien plus faiblement que d'habitude. Encore un avantage pour nous.
- Liz, attention ! m'écriai-je lorsque je vis un Cognard se diriger vers elle.
Elle évita de justesse la balle noire, mais le Souafle lui glissa des mains lorsqu'elle fit son embardée. Un poursuiveur adversaire le récupéra, mais c'était sans compter sur Fred, qui s'en empara à nouveau.
- Le Vif a été vu, ou est-ce que Seek continue de feinter ?
Le commentateur commençait légèrement à m'énerver, à toujours donner ses opinions à voix haute. C'en était à un tel point qu'il donnait nos tactiques de jeu à tout le stade ! D'ailleurs, lorsque je croisai McCall – juste avant de marquer, faisant monter notre score à cent points – je vis qu'il était surpris. Il comprenait à l'instant seulement qu'il avait été mené en bateau. Je pus voir qu'il s'énervait contre lui-même d'avoir été aussi naïf. Je retins un sourire – après tout, le match n'était pas encore terminé. Rien n'était joué.
Les Poufsouffle marquèrent une nouvelle fois. Roxanne lança le Souafle à son frère. Je notai que les batteurs de Poufsouffle se tournaient vers le Weasley. D'un signe de main, je fis comprendre à Pete qu'il avait intérêt à éloigner les Cognards de Fred. Léana, elle, serait en charge de les renvoyer sur quelqu'un d'autre, de l'équipe de Poufsouffle de préférence.
Fred m'envoya le Souafle. Je le rattrapai de justesse, et tout aussi rapidement, je le fis passer à Liz. C'était à elle de jouer. Elle fonça vers les anneaux et, au dernier moment, s'arrêta, déconcertant nos adversaires, qui n'eurent pas le temps de s'arrêter, et donc de l'empêcher de tirer. Dommage pour eux. Liz marqua une nouvelle fois.
Le match continua, en souplesse pour nous, parce que nous avions déjà eu des matchs dans de telles conditions. Du côté des Poufsouffle, au contraire, ça se fatiguait. McCall était toujours en forme, et ne quittait pas Jay du regard, même s'il cherchait aussi par lui-même le Vif d'Or. Mais ses autres joueurs peinaient à garder le rythme. Tant mieux. Quand ils marquaient deux fois, nous, nous marquions quatre fois.
Nous menions à cent cinquante points quand Fred et moi nous fîmes avoir comme deux débutants. Liz allait vers les anneaux, à nouveau, quand nous remarquâmes en même temps que les batteurs la visaient. Alors, forcément, nous avons voulu construire une muraille humaine pour la protéger. Malheureusement, nous avions oublié le fait que les murailles pouvaient prendre des coups – et que les murailles humaines étaient plus fragiles que les autres. Et nous reçûmes tous les deux un Cognard en plein bras. Évidemment, pas le bras gauche. Non, le bras droit.
Je ne savais pas pour Fred, mais moi, je sentis mon os se déplacer. Je grimaçai, me mordis fortement la langue, m'empêchai de hurler ma douleur, et, les yeux remplis de larmes, je me tournai vers Fred qui se tenait le bras, la mine crispée. Il attrapa mon regard, et secoua la tête, désolé. Je me sentis nauséeuse. Nous ne pouvions pas nous le permettre ! Pas maintenant. Liz venait de marquer, et nous menions à cent soixante points contre quatre-vingt-dix. Ce n'était pas le moment de craquer.
- Qu'est-ce qui se passe ? s'inquiéta Liz, tout juste remise de son moment de joie d'avoir marqué.
Je grimaçai. Elle avait remarqué que ça n'allait pas pour nous.
- Je ne peux pas parler pour Fred, dis-je rapidement avant que le Souafle ne soit remis en jeu, mais je me suis déplacé un os, de toute évidence.
Je tentai de plier et déplier mon bras, mais ne parvins qu'à me faire pleurer de douleur, et à faire monter la nausée.
- Je crois que j'ai un os cassé, pour ma part, marmonna Fred, aussi rapidement que moi.
- Attendez…, s'inquiéta Liz. Ça veut dire que…
- Tu es la seule en état de marquer correctement, pour le moment. Je peux marquer du gauche, comme Fred, mais mon autre bras n'est pas en état de tenir le balai…
La panique se lut dans les yeux de Liz.
- Calme-toi ! la rassurai-je. Tu peux le faire. T'es douée, c'est pas un problème. On va te couvrir.
- Mais je ne peux pas jouer toute seule ! paniqua-t-elle.
- Tu n'es pas toute seule, la contredit Fred. Nous sommes là. On n'est juste pas en forme pour marquer… Et il faut qu'on y retourne, poursuivit-il en désignant la poursuiveuse de Poufsouffle qui se dirigeait vers nos anneaux.
De justesse, elle rata son tir, mais Roxanne ne fut pas assez rapide pour arrêter celui qui venait juste après. Les Poufsouffle atteignaient donc la barre des cent points. Je serrai les dents.
- On fonce directement sur les anneaux, annonçai-je aux autres poursuiveurs. Liz, tout va très bien se passer. On y va, insistai-je.
Roxanne, qui n'avait pas dû voir ce qui nous était arrivé – je crois que personne ne le savait, l'information n'avait pas été relayée par le commentateur – fit passer le Souafle à Fred. Il voulut le faire passer à Liz immédiatement, mais je l'interceptai.
- Quitte à ce qu'ils visent quelqu'un, autant que ce soit une personne déjà blessée, marmonnai-je entre mes dents. Allez, on y va !
Tant bien que mal, nous traversâmes une nouvelle fois le terrain. Au dernier moment, nous fîmes passer le Souafle à Liz, qui marqua.
- Cent soixante-dix, murmurai-je plus pour moi-même. Allez, on est repartis…
Je regardai Fred, anxieuse, et croisai son regard qui devait être le reflet du mien. Je m'inquiétais pour son état autant qu'il s'inquiétait pour le mien. Nous avions tous les deux des mines affreuses.
- Vous avez des mines horribles, nous dit d'ailleurs Liz alors que nous partions à la poursuite des Poufsouffle.
- Tant pis, murmurai-je.
Le commentateur faisait état des performances des batteurs, et j'eus le plaisir d'entendre que nos batteurs avaient un talent qui faisait défaut à ceux de Poufsouffle. Mais je n'eus pas le temps de réellement me réjouir. Tout à coup, je vis McCall plonger, en direction de notre arbitre, le bras tendu. Mon cœur rata un battement. Où était Jay ?
Je le repérai rapidement. À l'autre bout du terrain. Qui fonçait, lui aussi, le bras tendu. Mais vers les gradins.
Le stade arrêta de bouger à ce moment-là. Le Souafle n'était plus en mouvement. Nous regardions tous les deux attrapeurs, à deux endroits totalement différents du stade, mais tous les deux lancés en pleine course.
- Qui a repéré le Vif ?! s'égosilla le commentateur.
C'était une très bonne question.
Et alors, je réalisai.
L'arbitre portait une montre dorée. Jay me l'avait dit, deux jours plus tôt. Une montre dorée et, selon le mouvement que faisait l'arbitre, il était possible de confondre le reflet du bracelet ou du cadran avec un Vif d'Or.
J'ouvris de grands yeux, et repérai Jay, dont les doigts se refermaient sur une petite sphère dorée.
La vraie sphère dorée.
Celle du Vif d'Or.
- SERDAIGLE REMPORTE LE MATCH !
Il ne fallut pas plus à mes camarades, dans les gradins, pour hurler leur joie.
Moi, j'avais un peu plus de mal à réaliser.
Serdaigle avait gagné.
La Coupe de Quidditch était à nous.
À nous !
Et j'avais fichtrement envie de pleurer, tout à coup.
- On a gagné ! hurla alors Liz dans mes oreilles, me ramenant à la réalité.
Elle se dirigea vers le sol à toute allure, suivie de Fred, qui volait plus prudemment. Et moi, je fis le truc qui me parut le plus sensé à ce moment-là.
J'éclatai en sanglots tout en volant vers Jay, qui avait toujours le bras tendu, et qui semblait un peu ébahi par l'issue du match.
Il me vit arriver sur lui, et son visage se fendit d'un grand sourire.
- On a gagné, cap'…, me dit-il sur le ton de la personne qui n'y croit pas. On a gagné…
Je hochai la tête. Et peu importait que nous soyons à vingt mètres au-dessus du sol. Je lâchai le manche de mon balai, et serrai très fort Jay.
- Eh ! Cap' ! On va tomber !
- M'en moque ! grommelai-je. Jay, tu es génial. Tu es génial ! On a gagné, et c'est grâce à toi ! Et… aïe !
- Cap' ?! Eh, cap', ça va ?! s'inquiéta mon attrapeur.
Je secouai la tête.
- Oui, oui… Enfin, non, je peux plus me servir de mon bras droit. Mais ça va. Je refuse de te lâcher, petit génie ! continuai-je en le serrant un peu plus fort.
Et en m'arrachant de nouvelles larmes par la même occasion.
- Ok..., dit Jay, un peu perdu. Bon, euh… On va descendre, quand même, hein. Attends, si tu ne veux pas me lâcher…
Je lui confirmai qu'il était hors de question que je laisse s'éloigner de moi.
- Très bien. Alors…
Il réussit à dégager un bras, et le passa autour de ma taille.
- On va descendre comme ça, hein… Allez, cap', plus que vingt mètres ! dit-il avec un grand sourire.
- On a gagné, Jay. On a gagné…, murmurai-je, un sourire béat aux lèvres.
- Ouais. Et tu vas pouvoir porter la Coupe de Quidditch pour le prouver à tout le monde, me rappela-t-il. Et… Cap' ?
Je hochai la tête.
- Tu pleures parce que tu as mal, ou parce que tu es joyeuse ? me demanda-t-il alors que nous atterrissions doucement.
Je souris un peu plus fortement, tout en reniflant.
- Pour les deux, Jay. Pour les deux…
Je ne dis rien de plus, et me dirigeai vers la Coupe.
Merlin.
Je l'avais fait.
Pardon.
Nous l'avions fait.
La Coupe était à nous.
J'allais pleurer encore un peu, moi…
…
…
Il s'avérait que la fête battait son plein, dans la salle désaffectée proche de la salle commune des Serdaigle. Les Serdaigle mettaient tout leur cœur dans l'ardue tâche qui consistait à mettre l'ambiance lors d'une soirée. Avec l'euphorie de la victoire, c'était cependant bien plus facile.
Les autres maisons étaient là, et regardaient avec envie la Coupe en argent, avant de commenter les moments forts du match. Apparemment, il y avait eu une véritable bataille entre les batteurs, qui avaient passé un long moment à se lancer et relancer les Cognards. Mais les batteurs de Poufsouffle n'avaient aucune chance face à Pete et Léana. Pete ne tarissait d'ailleurs pas d'éloges sur la jeune batteuse, qui avait une teinte rouge vive sur les joues depuis cinq bonnes minutes.
Je dépliai mon bras, ressentant à peine une gêne. Si Fred avait bien une fracture, comme il l'avait deviné, moi, j'avais fait plus que me déplacer un os. J'avais ajouté à ça une déchirure des ligaments. Un véritable petit bonheur que de boire la potion qui me permettait de tout remettre en place. Heureusement, c'était passé. Léana avait aussi eu le droit à une potion pour réparer les os brisés – elle s'était fait ça toute seule, en repoussant un Cognard du bras alors qu'elle perdait prise sur sa batte. Roxanne avait de nombreuses éraflures, et Jay était épuisé, mais sinon, nous nous en sortions bien. Oh, et Liz avait eu besoin d'un remontant et d'un calmant, parce qu'une fois l'adrénaline redescendue, elle avait vraiment eu peur d'avoir été toute seule sur le terrain, d'avoir été l'unique poursuiveuse en mesure de marquer. Heureusement que Jay avait trouvé le Vif d'Or rapidement.
- C'est bon, Astrid, tu ne vas plus pleurer ? demanda Roxanne d'une petite voix.
- Je ne peux rien garantir, répondis-je.
C'est que ça me remuait, toute cette histoire.
- Bon, on prend le risque, dit joyeusement Pete. On a un petit cadeau pour toi.
- Quoi ?! m'écriai-je d'une voix enrouée.
Ah, les larmes revenaient… Ces traîtresses.
- C'est trois fois rien, t'as pas le droit de pleurer, hein…
- Je vais me gêner, murmurai-je en prenant le paquet cadeau que me tendait Léana.
- C'était un peu difficile de te prendre par surprise, heureusement que tu ne te méfiais pas quand Chuck ou Mélina était sur le terrain, m'avoua Fred. Allez, ouvre-le !
Le paquet était rectangulaire et plutôt fin. Je le déballai rapidement, et découvris un livre. Ou, plutôt, un carnet qui avait été personnalisé.
- C'était un peu difficile de trouver des photos de toi en tant que capitaine, ou des dessins, mais on en a trouvé tout de même…, expliqua Liz. Heureusement que tes amis étaient là, parce que sinon, on n'aurait jamais réussi à faire ça !
Je ne dis rien, contemplant la couverture où était inscrit « Astrid Geneviève Smith, capitaine de 2019 à 2022. Aussi appelée la Tyrannique, ou cap'. »
J'ouvris le livre, pour découvrir certaines des réflexions que j'avais pu leur faire en tant que capitaine, des photos des entraînements, des matchs, ou bien des dessins – pour ceux-là, je soupçonnais la participation de Mélina. Ce carnet retraçait mes trois années en tant que capitaine. Et ils avaient même eu le temps de rajouter des photos d'aujourd'hui. Moi descendant de balai, soutenue par Jay, puis moi tenant la Coupe, entourée de mes coéquipiers qui me serraient dans leurs bras.
- Je vais vraiment pleurer, murmurai-je d'une petite voix. Vous êtes…
Je levai les yeux, et souris.
- Vous êtes géniaux. Merci.
- Merci à toi, cap', dit tranquillement Jay.
Ils hochèrent tous la tête pour confirmer les propos de Jay. Mes yeux s'embuèrent un peu plus. Je les pris une dernière fois dans mes bras, tous.
- Je vous adore, soufflai-je finalement.
- Nous aussi.
Je souris, amusée.
- C'était notre dernier match. Nos derniers moments en tant qu'équipe. Et vous étiez géniaux. Sachez-le. Je serai toujours fière de vous.
- Nous aussi ! dirent-ils en chœur.
- Allez, filez, leur dis-je. Allez faire la fête. Oh, juste, Jay, attends un instant s'il te plaît… Non, non, vous autres, allez-y.
J'attendis qu'ils soient tous suffisamment éloignés pour parler à Jay, qui paraissait un peu inquiet. Mais je lui souris gentiment. J'aimais ce petit. Il était sensationnel.
- Il y a un problème, cap' ?
- Tu sais que tu n'as plus besoin de m'appeler comme ça, à présent ?
- Tu seras toujours ma cap' ! protesta-t-il.
J'éclatai de rire. Ce petit bonhomme allait vraiment me manquer.
- D'accord, Jay. Bon, si je t'ai gardé un peu plus longtemps, ce n'est pas pour une mauvaise raison, lui assurai-je.
Je fouillai dans mes poches, et en sortis les carnets de ma mère. J'avais eu le temps de tous les récupérer avant de venir à la fête.
- C'est pour toi, lui dis-je en les lui tendant.
Abasourdi, il fixa les carnets sans faire le geste de les saisir.
- Quoi ?! s'étonna-t-il finalement.
- C'est pour toi, répétai-je en les approchant de lui.
Mais il fit un pas en arrière.
- Je ne peux pas ! C'est tout ce qu'il te reste de ta mère.
- Jay… Ma mère est morte. C'est comme ça. Ses carnets m'ont été très utiles, mais je n'en ai plus besoin, aujourd'hui. Je ne suis plus capitaine, je ne suis plus joueuse de Quidditch. Toi, tu vas en avoir besoin pour progresser, encore et toujours. Alors, prends-les.
Il comprenait mon raisonnement, mais je voyais dans son regard qu'il n'était pas prêt à accepter le cadeau que je lui faisais.
- C'est… Non, cap', je ne peux pas.
- Tu peux, et tu vas les prendre, dis-je en m'impatientant un peu plus. Jay, ce sont ces carnets qui te permettront de t'améliorer encore plus, d'être le meilleur, d'être repéré et d'être pris dans une petite équipe. Tu comprends ce que je veux dire ? C'est ta chance de commencer à jouer au Quidditch en tant que professionnel. Je suis encore ta cap' pour quelques jours, si tu veux. Et ça, c'est un ordre de ta cap'. Tu vas prendre ces carnets, parce qu'ils vont te permettre de progresser. Tu vas les prendre parce que c'est ce dont tu as besoin pour être le meilleur. Alors, prends-les.
- Je ne crois pas que…
- Prends-les ! sifflai-je. C'est un ordre, je te dis.
Et pour ponctuer mes paroles, je me saisis de sa main gauche, et y posai de force les carnets.
- Voilà. Maintenant, n'oublie pas. Si tu veux progresser, tu le feras grâce à ces carnets.
- Mais… Peut-être que le capitaine, l'année prochaine…
Je secouai la tête.
- Non, Jay. Non. Tu ne sais pas de quoi l'avenir sera fait, alors ne t'avance pas en pensant que le capitaine de l'année prochaine réussira forcément à te pousser vers le haut. Maintenant, file. Va faire la fête.
Il hésita un instant, puis hocha la tête avant de s'éloigner. Il n'avait pas fait trois pas qu'il se ravisa. Il revint vers moi, douta un bref instant, puis me serra dans ses bras, et déposa un baiser sonore sur ma joue avant de déguerpir en courant.
Je souris un peu plus, attendrie à présent.
- Tu vas me manquer, Jay le Vif, dis-je pour moi-même.
Il serait le capitaine, l'année prochaine. Dès demain, j'irais voir Misenpot pour lui conseiller Jay au poste de capitaine. Il le méritait. Et il serait le meilleur pour cela.
J'étais en train de me dire que j'avais besoin d'un rafraîchissement quand deux bras se glissèrent autour de ma taille.
- Sur une échelle de un à dix, tu es heureuse à quel point ? me murmura la douce voix de James.
- Ton échelle ne peut pas mesurer mon bonheur, lui assurai-je en me retournant pour l'embrasser.
Je m'écartai doucement.
- Non, vraiment, ton échelle n'a aucune chance de pouvoir quantifier tout ça, assurai-je en l'embrassant à nouveau.
- Je ne suis même pas surpris, m'avoua-t-il tranquillement. Les échelles finissent toujours par s'arrêter, alors que le bonheur peut être infini… On va boire quelque chose ?
Je me laissai guider au centre de la foule, saluant les uns et les autres, sans réussir à faire diminuer mon sourire joyeux. J'étais au paradis, je ne voulais plus en redescendre.
- La héroïne du jour ! s'exclamèrent mes amis quand nous arrivâmes près d'eux, à côté de la table des boissons.
- Tu es plus difficile à attraper qu'un Kelpy, me dit Chuck en me serrant fortement dans ses bras. Félicitations, ajouta-t-il.
- C'était sensationnel ! s'exclama Gary, bien plus expansif. C'était juste génial, depuis les gradins. Si tu avais vu ça ! Enfin, tu le vivais, c'était encore mieux, mais… waouh !
Mélina hocha la tête, les yeux brillants.
- Bon, on s'est un peu inquiétés quand on a vu que Jay devait te soutenir, mais avant ça… C'était juste génial. Vous avez été géniaux. Un match magnifique.
Je souris encore plus largement, et acceptai le verre que me tendait James – sans alcool. Contrairement à la prédiction des jumeaux, je ne buvais pas d'alcool ce soir, même pour célébrer notre victoire.
- Paige, le match t'a plu ? demandai-je à ma dernière camarade.
Elle hocha vivement la tête.
- Elle s'amuse beaucoup, ce soir, dit alors Mélina, un sourire moqueur aux lèvres.
- Oui, elle a une théorie intéressante concernant cette fête, enchaîna Gary.
- Si cette théorie s'avère être vraie, je serai détruit, en tant que meilleur ami, de ne pas avoir été le premier averti, se lamenta Chuck.
Je me tournai vers James, qui ne semblait pas mieux comprendre que moi. Il haussa simplement les épaules. Prête à écouter les idées farfelues de Paige, je lui demandai quelles étaient les raisons de la fête, selon elle.
- Bah… On célèbre vos fiançailles, non ?
Il est particulièrement disgracieux de recracher sa boisson lorsqu'on est en présence de son petit ami. La seule raison qui fit que je ne me sentis pas totalement mortifiée en entendant cela et en agissant ainsi, c'est que James avait lui aussi recraché sa gorgée.
- Pardon ?! m'exclamai-je.
Mélina, Chuck et Gary, eux, éclatèrent de rire.
- Quelles fiançailles ?! paniquai-je en regardant James, aussi perdu que moi. On fête simplement la victoire de Serdaigle, Paige ! On a gagné la Coupe ! Rien d'autre ! La Coupe de Quidditch, c'est tout !
- Promis, nous ne sommes pas fiancés, ajouta lentement James.
- Encore heureux ! Oh, Merlin. Fiancés… Ce qu'il ne faut pas entendre…, dis-je, horrifiée.
- C'est dommage, dit tranquillement Paige. Ça aurait pu être bien. Oh, tiens… Je connais ce garçon. Je vais aller le voir.
Elle s'éloigna, Gary se dévouant pour la surveiller. Moi, je me tournai vers James.
- Fais-moi une promesse. Tout de suite, sifflai-je.
- Laquelle ? s'étonna-t-il en haussant un sourcil.
- Celle de ne pas me demander en mariage avant nos… vingt-sept ans !
Je réalisai à cet instant à quel point il était stupide de dire cela. James aussi. Moqueur, il sourit.
- Nos vingt-sept ans… Tu veux dire, une fois qu'on aura tous les deux vingt-sept ans, ou après vingt-sept ans de relation ? Ou alors, à un de nos anniversaires ? Soit à tes vingt-sept ans, soit aux miens ?
- Ne plaisante pas trop avec ça, James…
Il éclata de rire.
- Promis, je ne plaisante pas. Je ne te demanderai pas en mariage avant nos vingt-sept ans, quels qu'ils soient.
Je soupirai, soulagée.
- Merci. Et vous deux, allez voir ailleurs si nous y sommes, grondai-je en direction de Chuck et Mélina, qui s'amusaient beaucoup de la situation.
- Tout de suite ! dit tranquillement Mélina en disparaissant en riant.
Je levai les yeux au ciel, et me tournai vers James une fois que nous ne fûmes plus que tous les deux. Enfin, nous étions aussi seuls qu'il est possible de l'être lorsque vous êtes entourés de tous les élèves de votre école, ou presque.
- Tu crois que je peux déserter la fête donnée en l'honneur de mon équipe de Quidditch ?
Surpris, il fronça les sourcils.
- Pourquoi tu voudrais partir ?
Je regardai la table des buffets.
- Parce qu'il n'y a rien d'extrêmement sucré sur cette table, ni de nourriture mexicaine, me plaignis-je.
Il éclata de rire.
- Tu veux qu'on aille faire un tour aux cuisines.
Les yeux brillants d'excitation, je hochai la tête.
- Très bien, Astrid. Allons-y !
Nous traversâmes une nouvelle fois la foule, nous arrêtant en chemin pour remercier les personnes qui me félicitaient, ou pour discuter d'un moment du match. Je discutais avec des amis, James aussi. Nous prenions notre temps. J'avais toute la vie pour me rappeler de cette joie que j'avais éprouvée en gagnant la Coupe de Quidditch. Toute la vie pour cultiver le bonheur.
Toute la vie pour profiter de James Sirius Potter, de la chance que j'avais de l'avoir, pour profiter de sa gentillesse, de sa prévenance, de ses sautes d'humeur, de son incapacité à se rappeler des prénoms, de son addiction pour les plantes, de m'habituer à l'avoir rien que pour moi, de me faire à l'idée qu'il ne me laisserait jamais partir. Et pour me faire à l'idée qu'il serait toujours là pour moi. Toujours à m'attendre.
Selon Jill, parfois, quand nous étions trop heureux, le karma s'abattait sur nous pour nous prendre un peu de bonheur et en distribuer ailleurs sur la terre.
Moi, lorsque James me guidait à travers le château en m'embrassant furtivement au détour d'un couloir, je me disais que le karma, c'était une invention toute faite. En réalité, il n'y avait rien d'autre que nos choix.
J'avais choisi de monter mon équipe telle qu'elle était, aujourd'hui, en gagnant la Coupe. J'avais choisi James.
J'avais choisi ma vie, et elle me convenait parfaitement.
Qui pouvait prétendre m'en offrir une qui me ferait plus rêver ?
Note d'auteur.
Bip : vous avez plus de cent nouveau mails.
Et mince...
Le retour de Marie Lapiz, la seule, la vraie, l'uniiiiique ! (C'est le contre-coup d'être rentrée, ça. Je pète un peu les plombs. La semaine prochaine, je serai en dépression... Ne vous inquiétez pas, ça finira par passer. Peut-être.)
Bon, alors ! Il paraîtrait qu'avec ce chapitre, vous allez me détester encore plus. Moi, je suis sûre que non. Vous ne me détestez pas. Seulement 23h par jour... Mais oui, mais oui.
Bon, un peu de calme par ici. Que vous dire sur ce chapitre, hum... Quand c'est tout mignon et qu'on débarque à Poudlard, j'ai toujours envie de me secouer pour sortir des clichés, et... rien à faire, je n'en sors pas. Bon. Tant pis. C'est ainsi... Alors, avant de nous apitoyer sur ces clichés que je dissémine, je dois vous dire que Gary ne sort pas de nulle part : c'est un camarade de Serdaigle, mais qu'on ne voit que peu parce qu'il est toujours en vadrouille avec des élèves d'autres maisons, et puis voilà.
Sinon, on remercie DelfineNotPadfoot pour sa correction et, surtout, pour avoir pu vous poster le chapitre, il y a... 3 semaines de cela. Il s'avère qu'Internet a été coupé la veille du post, et que j'ai juste eu le temps d'héberger le chapitre. Triste vie. J'espère d'ailleurs avoir pu répondre à toutes vos reviews. En trois semaines, ma boîte mail a été envahie. J'ai toujours une soixantaine de mails en attente. Gloups. Bref. Et autre que DelfineNotPadfoot, je vous remercie vous pour vos superbes reviews ! Vous êtes géniaux, les amis.
En parlant de review...
Astrid (c'est très bizarre, pour le coup...) : merci pour ta review ! Si jamais tu reviens par ici et que tu as envie de lire, n'hésite pas à me dire ce que tu penses de cette Astrid-là ;) !
Sinon, sinon... Ce chapitre était donc le dernier à Poudlard, et oui. Ce qui veut dire que nous arrivons à la fin : plus que deux chapitres, et oui ! Courage, nous y sommes presque ! Allez, j'arrête cette note d'auteur, et je vous dis à la semaine prochaine, sans faute, pour le chapitre 22 :)
