~ Protection Rapprochée ~

Chapitre 19 : La proposition d'Urahara

Note : Retour de cette fiction après tant de temps d'absence ! Après Hysteria je me remets comme convenu également à cette histoire laissée de côté pendant bien trop longtemps. Les raisons ? Une intrigue qui m'échappait, mal construite, et un blocage dans la suite de la relation Ichi/Grimm. Mais problèmes résolus ça repart! ^^

Je vous remercie d'avoir été si patient(e)s et de continuer à suivre et reviewer cette fic. Merci! :)

Résumé :

Kurosaki Ichigo vient d'échouer au concours national d'inspecteur de police. Ses études terminées il n'a plus de logement étudiant et ne compte pas rentrer chez lui les relations avec son père, un éminent garde du corps à la retraite, étant plus que tendues.
Afin de tenter un dernier rapprochement avec son paternel Ichigo se présente chez Yamamoto, la prestigieuse agence de protection rapprochée, espérant ainsi faire carrière dans la même profession que son père et obtenir enfin son respect. Mais dès son arrivée, il découvre un monde bien cruel les autres gardes du corps portent sur lui un jugement faussé, le bizutant et lui faisant regretter son nom de famille si imposant.
Au fil de ses rencontres avec les membres du Top 5 des meilleurs employés de l'agence, Ichigo croise le chemin de personnalités et notamment le garde du corps de l'Impératrice du Japon: Muguruma Kensei qui accepte de l'héberger, ayant bien connu son père. Ichigo croit alors en être amoureux, mais l'homme n'est visiblement pas tout blanc et lui cache un certain nombre de choses qu'il définit lui-même de « regrettables ». Très vite déçu par celui qu'il pensait pourtant sincère, Ichigo finit par découvrir que sa mère est toujours vivante et décide de faire confiance à un tout autre garde du corps : Grimmjow Jaggerjack.
L'un de ses bourreaux du début devient alors son logeur et l'un de ses alliés. De fil en anguille, ils se rapprochent, bien malgré eux, et se décident à s'unir contre ce qu'il reste des secrets d'Isshin. Lorsque leur relation passe le cap de la simple union professionnelle et devient plus intime, et que Muguruma le découvre ce dernier quitte le pays.

N'ayant plus le choix pour faire évoluer sa carrière, et déçu du départ de celui qu'il aime comme un père, Kurosaki accepte la proposition de Kuchiki Byakuya a qui il a sauvé la vie lors de son apprentissage aux côtés de Kyouraku Shunsui. Il sera dorénavant son garde du corps.
Viré de l'agence Yamamoto, débutant sur un poste qui va lui offrir bien plus d'opportunités que la vie ne lui aura jamais proposé, Ichigo quitte à son tour le foyer de Grimmjow après avoir découvert que ce dernier lui cachait un autre terrible secret…

Grimmjow saura-t-il se faire pardonner ? Et si Kurosaki finissait par apprendre la vérité sur le passé de son père et la raison pour laquelle il avait fait de sa mère une femme morte ? Et si sa carrière auprès de Kuchiki lui ouvrait enfin de bien plus grandes portes encore ?


Chapitre 19. La proposition d'Urahara.

_J'ai tout entendu, Grimmjow, annonça d'une voix solennelle le fils Kurosaki. Il va falloir m'expliquer.

Bien que figé par la présence totalement inattendue d'Ichigo devant lui, et malgré les milles et une questions qui se faufilaient dans sa tête en découvrant sa présence, Grimmjow parvint à se relever. Plaquant ses mains sur la table de la terrasse du café, il y prit appui pour quitter sa chaise, un moment déséquilibré par ce qui semblait être une profonde et tenace nervosité. Il n'en était pas certain, mais il fallait qu'il sache s'il avait entendu sa conversation avec Isshin.

_Tu... t'as...

_Quoi ? Entendu ? Le coupa Kurosaki en croisant ses bras sur son torse. Oui, tout. Alors ne joue plus les innocents avec moi !

_J'voulais pas qu'tu l'découvres comme ça, pas d'cette manière, tu l'sais, s'empressa de se défendre le turquoise qui semblait couler sous ses excuses toutes faites.

_Si je ne l'avais pas découvert, tu ne me l'aurais jamais dit. Pourquoi je te ferai confiance maintenant, Grimmjow ? Lui répondit-il, très surpris par son propre calme face à cet homme qu'il n'aurait jamais pensé aussi cachotier.

Jaggerjack secoua la tête en signe de négation, il chercha quelques instants ses mots, ses yeux furetant autour de lui en quête d'une bouée de sauvetage quelconque.

_Allons discuter ailleurs, OK ? Lui proposa-t-il en tendant une main vers lui.

Mais le jeune homme évita son geste. Il se détourna habilement et refusa qu'il le touche, montrant ses paumes de main devant lui comme s'il se défendait d'une quelconque attaque.

_Depuis le début j'avais confiance en toi. Tous ceux en qui j'ai cru n'ont fait que se foutre de moi ! J'avais pensé finalement que tu étais mieux que lui, que tu étais mieux que Kensei, que...

_J'suis mieux qu'ce type ! S'écria-t-il, la voix exceptionnellement rauque. Qui est resté ici pour t'soutenir ? Qui était là quand tu t'es fait virer ? Qui était là quand t'as choisi d'bosser pour Kuchiki ? Qui ? Qui ?

Mais l'orangé posa sur lui un regard déçu, secouant à son tour sa tête doucement, sans brusque mouvement. Il ne pouvait pas le contredire sur ces faits, cependant ce n'était pas exactement le sujet de leur discussion et il n'avait plus l'intention de lui pardonner :

_Ce n'était pas ça que j'attendais de toi, Grimmjow. Ce n'était pas ça et tu le savais. Tout ce que je demandais c'était... c'était un homme différent de mon père. Un homme qui m'aurait fait confiance, quelqu'un qui m'aurait félicité, quelqu'un qui aurait cru en moi. Tu as passé ton temps à me mentir...

_Non, écoute..., tenta-t-il de bafouiller en essayant de paraître le plus sincère possible. Écoute-moi, j'peux t'expliquer, tout, tout...

_Tu sais quoi ? Finit par dire le jeune homme en reculant d'un pas. En fait j'ai pas vraiment envie de t'écouter. Non... j'ai... j'ai plutôt envie de... N'essaye plus jamais, plus jamais tu entends, de me revoir, ou même d'entrer en contact avec moi !

Grimmjow ne savait vraiment que dire à cela. Il pouvait lire dans le fond des opales du jeune homme, que cet ordre lui arrachait le cœur. Il pouvait lire la tristesse dans ses yeux mais aussi la douloureuse trahison qu'il avait commise. Il l'avait su; que le jour ou Kurosaki Ichigo apprendrait qu'il était en contact avec son père, et qu'ils s'étaient rencontrés selon le bon vouloir du paternel, que le rouquin serait furieux. Et sûrement qu'il lui tournerait les talons et le ferait payer pour l'avoir manipulé.

Il l'avait su. Pourtant, il avait joué ce jeu dangereux dans le seul but de se protéger, par pur égoïsme. Il ne voulait pas, oh non il se le refusait, d'avoir à avouer au fils d'Isshin ce qu'ils avaient fait. Il avait pensé qu'il oublierait vite d'avoir manipulé un jeune homme fraichement débarqué dans le métier, après tout il n'était pas le genre d'homme à se soucier d'autrui et ce qu'on pensait de lui. Mais étrangement, il ne voulait pas qu'Ichigo le voit ainsi. Et il ignorait pourquoi.

Le roux allait tourner les talons, lorsque la voix de Jaggerjack le stoppa :

_Et ta mère alors ? Oublie pas que j'peux organiser cette rencontre, j'te l'ai promis !

Ichigo échappa un ricanement ironique :

_Comme si j'allais tomber dans le piège Grimmjow ! Tu m'as menti encore, n'est-ce pas ? Tu m'dégoutes ! Cracha-t-il en plissant ses yeux, colérique de voir sa dernière tentative de le retenir être si cruelle. Je suis un grand garçon, je peux contacter ma mère tout seul !

Évidemment. Mais c'était le dernier argument valide sur lequel Jaggerjack pouvait encore jouer. Tout du moins, c'était ce qu'il croyait. Mais il comprit bien vite que ses espoirs étaient futiles alors que le jeune homme s'éloignait de lui dans une rapide course, traversant la rue bondée dans de grandes foulées et disparut au coin d'un bâtiment.

Il pensait vraiment que c'était la dernière fois qu'il voyait Kurosaki Ichigo... Et il n'arrivait pas à comprendre pourquoi il en était tant accablé.


- Quelques jours plus tard -

Ichigo avait investi le petit studio qui lui servait de résidence permanente, dans l'hôtel particulier des Kuchiki. Il donnait sur le rez-de-chaussée, et pouvait jouir d'un studio rudimentaire, mais entièrement refait à neuf. Il avait emménagé directement après sa dispute avec Grimmjow, et son employeur s'était félicité de ses débuts si enthousiastes. En réalité, Ichigo cherchait à fuir l'homme aux cheveux bleus, n'étant plus jamais retourné chez lui ni à l'agence. Il voulait faire abstraction de toutes ces personnes qui l'avaient déçu afin de se concentrer sur son travail. Protéger Kuchiki Byakuya n'avait pas été son objectif premier, mais il comprenait aujourd'hui qu'il était fait pour travailler seul plutôt qu'au sein d'une agence, en groupe.

Il vivait ainsi sur son lieu de travail et tout proche de son employeur, pour ne pas dire chez lui, mais en même temps il se sentait tout à fait indépendant. Et c'était une nouvelle facette de ce travail qu'il découvrait.

Chaque coup de sonnette à l'entrée de la demeure était comme une routine devenue ennuyeuse : il allait voir qui était derrière la porte, et le cas échéant refusait d'ouvrir, selon les désirs de Byakuya. Il se sentait d'ailleurs plus portier que garde du corps, mais au bout de quelques jours ce sentiment changea. Kuchiki l'avait en effet gravement convoqué dans son bureau au premier étage et avait demandé au jeune homme d'être en pleine possession de son cerveau. Ichigo ne doutait pas que cela allait certainement faire partie de son travail, une nouvelle étape peut-être bien.

Lorsqu'il fut sommé d'entrer dans le bureau solennel de l'homme solitaire, il fut cependant troublé par la présence d'un autre individu avec lui.

_Kurosaki Ichigo, entrez.

Byakuya l'invita d'un geste précis à le rejoindre et Ichigo jeta un regard concerné à l'homme qui accompagnait son patron. Les deux individus tranchaient littéralement l'un avec l'autre : alors que Kuchiki se complaisait dans son attitude froide et grave, l'homme blond qui lui faisait face avait un visage jovial, souriant et ses yeux pétillants de malice malgré les quelques rides en leurs coins se posèrent sur le jeune garde du corps avec une attention peu commune.

Mais il n'attendit pas que son patron les présente. Il prit les devants :

_Urahara-san ! Salua-t-il en lui tendant une main dans un geste poli. Nous nous sommes déjà rencontrés.

_En effet, sourit le blond en serrant sa main, je me souviens de vous.

Le rouquin étouffa un rire à moitié :

_Je m'en souviens également. Enfin... surtout de votre employée, Yoruichi-san.

Kisuke forma un "oh" sur ses lèvres et se passa une main dans les cheveux, visiblement gêné. Il se remémora rapidement dans sa tête sa rencontre furtive avec le tout jeune rouquin lors de cette réception quelques jours plus tôt. Il étira un sourire enfantin puis déclara de sa voix haute perchée :

_Ah ! Yoruichi-san est une dure à cuire ! Il ne faut pas lui en vouloir, elle est extrêmement fermée dans ses opinions. J'ai bien tenté de la faire changer d'avis, et concernant plus d'une chose mais... les femmes !

Ichigo inspira profondément, préférant ne pas se lancer sur un terrain qu'il savait glissant. Il hocha la tête puis se tourna vers son patron :

_Pourquoi m'avez-vous fait appeler, Kuchiki-sama ?

Byakuya tourna un instant ses yeux en direction d'Urahara puis pivota sur ses talons, avançant dans des pas lents et solennels en direction de son bureau :

_Lors de notre dernière entrevue, Urahara-san et moi avons discuté de nos affaires. En privé. Cependant, j'estime qu'en tant que garde du corps, vous devez être au fait de mes affaires, Kurosaki Ichigo. Comment pourriez-vous me protéger si vous n'êtes pas au fait de mes affaires personnelles et professionnelles ?

_Eh bien, je...

_Voici donc ce que Urahara Kisuke et moi-même avons convenu... Vous savez que Urahara-san possède une agence de garde du corps, n'est-ce pas ?

Ichigo fronça un instant les sourcils se demandant où il voulait en venir.

_Oui, je le sais, répondit-il docilement en jetant un coup d'œil en biais au blond toujours souriant.

_Je souhaite investir dans son entreprise.

Le rouquin fronça les sourcils. Il n'y avait rien de mal à investir dans une entreprise, surtout de la manière dont il l'avait fait. Kuchiki était un homme d'affaires, il aimait investir à droite et à gauche et obtenir des bénéfices, mais Kurosaki ne voyait pas en quoi cela aurait pu le concerner de près ou de loin, voire même pourquoi il en avait fait un secret lors de sa première rencontre avec Urahara.

_Lorsque je vous ai engagé, Kurosaki Ichigo, reprit le noble, vous m'avez dit vouloir un beau jour créer votre propre agence de garde du corps, n'est-ce pas ?

_Eh bien... oui, c'est une idée qui semble aller dans la continuité de mon activité, répondit-il sur la défensive, comme s'il comprenait où il voulait en venir.

_Et je vous avais dit que je vous y aiderai si jamais vous parvenez à résoudre l'enquête que même la police de ce pays n'est parvenue à résoudre.

_Exact.

Byakuya hocha la tête comme pour se conforter lui-même dans la suite de ce dialogue. Ichigo fronça de plus belle ses sourcils orange, alors que la conversation prenait un tournant qui semblait lui échapper. Urahara Kisuke se contentait d'écouter, le visage concentré et ses yeux bleus braqués sur le jeune homme.

_Bien. Je vois donc que vos objectifs n'ont pas changé. Urahara Kisuke a quelque chose à vous proposer, Kurosaki Ichigo.

_Moi ? Mais je...

Le rouquin allait répliquer lorsque le long doigt fin d'Urahara s'éleva devant son visage, coupant instantanément son flot de paroles en préparation. Il recula sa tête, surpris par le geste impoli de cet homme qu'il ne connaissait pas.

_Kurosaki-san, commença-t-il en posant sur lui ses yeux bleus graves, je pourrais comprendre que vous refusiez. Vous êtes un ancien de chez Yamamoto, et je sais que dans le monde fermé des gardes du corps, l'allégeance vouée à son premier employeur peut-être tenace. Aussi, laissez-moi vous dire ceci : j'ai également été garde du corps pour Yamamoto...

_Vraiment ? Le coupa Kurosaki, surpris à nouveau.

_Mm, confirma-t-il d'un hochement de tête, mais sa ligne de conduite n'était définitivement pas la même que la mienne. Il m'a mis à la porte et j'ai eu la chance de voir Yocuichi-san me suivre. Sa famille était aisée, elle m'a aidé à monter cette entreprise, et maintenant mon agence est assez grande et importante pour rivaliser avec la sienne. Chez moi, nous ne connaissons pas ce classement par revenu, chez moi tout n'est question que d'habilité mais également d'affinités. Mes gardes du corps rencontrent les clients selon leurs spécialisations et le client fait ensuite son choix. Tout le monde est sur un même pied d'égalité.

Ichigo resta perplexe; ne venait-il pas d'avouer lui-même qu'il y avait tout de même une sorte de cloisonnement dans le fait de parler de « spécialisation »?

_Effectivement, affirma-t-il. Mais ces spécialisations sont choisies par les gardes du corps, suivant le milieu dans lequel ils se sentent le plus à l'aise, au contraire de Yamamoto qui impose ces spécialisations suivant la demande au sein de son agence. Cependant, je prône la diversité; tous mes gardes du corps sont spécialisés mais ont le choix de travailler dans une branche toute autre s'ils le souhaitent. Ce qui n'est pas le cas chez Yamamoto...

Le blond prit le temps de faire quelques pas, replaçant ses pensées en ordre afin d'offrir à Kurosaki le meilleur discours qui soit.

_Mais vous ne pouvez pas empêcher le spécialisation d'un garde du corps, commenta Ichigo en fronçant les sourcils. Je veux dire... Ne se plie-t-il pas à la demande des clients ?

_C'est exact, et le client est roi comme dans tout commerce.

_Dans ce cas... comment pouvez-vous appliquer une autre tactique que celle de Yamamoto ? Je veux dire... fidéliser la clientèle est le meilleur moyen de rapporter des bénéfices, n'est-ce pas ?

C'était tout à fait logique aux yeux d'Ichigo. Fidéliser une clientèle passait par une sorte d'excellence dans quelque domaine que ce soit. Ainsi, pour fidéliser sa clientèle un garde du corps ne devait-il pas exceller auprès d'une certaine gamme de personne à protéger ? Protéger une personne politique devait demander un certain tact que l'on obtenait qu'en travaillant pour différents hommes et femmes politiques, donc en acquérant une spécialisation quelconque. Cela était une étape obligatoire selon lui.

_Oui, tout à fait ! S'extasia le blond en remarquant avec une certaine appréciation que le jeune homme avait bien que plus réfléchit au fonctionnement de ce métier. Mais je n'ai jamais dit que le fonctionnement de Yamamoto était mauvais, la preuve : son agence est la toute première du pays en terme de bénéfices !

Ichigo se l'avouait : il avait du mal à suivre Urahara...

_Ce qui est différent chez moi, c'est que je ne cloisonne pas la demande. Prenons un exemple, voulez-vous ? Une star de la chanson souhaite s'offrir les services d'un garde du corps de mon agence parce qu'elle est menacée par je ne sais quel fan devenu fou à lier. Je ne renvois pas cette demande sur le planning d'Hirako Shinji, malgré qu'il soit le spécialiste dans ce domaine. Je ne surcharge personne. Je consulte ses disponibilités et si elles entrent en accord avec le client alors Hirako fera le travail. Cependant, si la demande du client interfère avec les disponibilités d'Hirako je ne demanderai jamais au client d'attendre qu'il soit disponible, je lui affecte tout de suite un autre garde du corps, que le client peut rencontrer au préalable.

Urahara était donc plus laxiste, en conclut Ichigo. Cependant, il avait compris que la rigueur de Yamamoto l'avait aidé à atteindre le sommet, comment cet homme comptait-il battre Yamamoto sur son propre terrain en adoptant une stratégie à l'opposée du vieille homme ?

_Vous voulez dire ... Yamamoto refuse que... Par exemple, si un yakuza désire protection il lui demandera d'attendre que Ikkaku Madarame soit libre ?

_Tout à fait.

_Et s'il n'est pas libre avant six mois ? Demanda-t-il en restant surpris par cette façon de faire.

_Dans ce cas le client attend six mois.

_Mais... c'est... et s'il est menacé directement ?

_Ce n'est pas le soucis de Yamamoto. Son soucis, c'est que la protection du client entre dans les cordes de son employé. Si le client attend six mois alors Yamamoto saura qu'il lui est acquis, et c'est ce genre de client qui restera fidèle aux gardes du corps de son agence. Chez moi ça ne fonctionne pas comme cela. Je donne à chacun sa chance de découvrir un monde nouveau tous les jours. Je pense d'abord aux clients avant de penser aux bénéfices.

Un tout autre mode de fonctionnement autrement dit... Ce qui tranchait avec l'entreprise de Yamamoto. Après tout, n'avait-il pas découvert que l'homme était impliqué dans une histoire de gros sous ?

_Voilà pourquoi je souhaite orienter mon recrutement. Je cherche à recruter plus de gardes du corps. Je ne veux pas de débutant, je veux des personnes entrainées, quelque soit leur origine, qui soient capables de se fondre dans n'importe quel milieu : show-businness, politique, mafia, ect. Ils peuvent choisir une spécialisation, mais cela n'est pas obligatoire. Hirako-san a choisi le show-business mais en venant chez moi, il a exprimé le désir d'avoir une clientèle différente.

_C'est donc pour cela qu'il a quitté Yamamoto et vous a rejoint ?

_Exactement.

Mais l'orangé ne pouvait pas réprimer cette question : pourquoi lui racontait-on tout cela ?

_Pour une bonne raison, ne vous en faites pas, lui répondit Kisuke. Malgré votre récente arrivée dans cette profession, j'ai pu remarquer que votre entrée a fait beaucoup de bruits. Même sans connaître le moindre garde du corps, votre nom seul parvient à convaincre les plus réticents. Je tends à utiliser cela à mon avantage.

_Vous voulez dire... à m'utiliser ?

_Non, seulement votre nom. Votre père n'a-t-il pas repris l'ancien poste de Muguruma Kensei auprès de la protection de l'Impératrice ?

Ichigo poussa un soupir prononcé. Alors tout le monde l'avait su même avant lui ? Ou alors les rumeurs allaient bon train dans cette profession. Mais il se devait d'admettre une chose : Urahara-san était bien plus honnête avec lui que personne ne l'avait encore jamais été. Il lui disait clairement que c'était son nom qui l'attirait, plus que ses capacités, qu'il souhaitait l'engager en pleine connaissance de cause et surtout pas sur un coup de tête.

Ichigo comprenait cela et d'ailleurs, il se mit à éprouver un certain respect envers l'homme aux geitas face à lui. Il n'était pas comme les autres; il ne puait pas l'argent comme eux, il n'était pas prêt à bizuter un nouveau parce qu'il avait été embauché à cause de son paternel fameux, non !

Il se vantait même de pratiquer des tarifs moins élevés que Yamamoto, que ses employés étaient moins rémunérés mais qu'ils jouissaient d'une plus grande liberté de choix dans leur profession. Il fallait bien attirer le client avec des tarifs attractifs, et le garde du corps employé ailleurs en lui promettant une évolution de carrière ! Urahara-san avait pensé à tout. Et mieux que cela, il ne cachait pas ses ambitions, ni ce qu'il attendait de lui ! Et c'était... affreusement réconfortant.

_Oui, j'en ai eu vent, répondit-il enfin à la question en suspend.

_Je vois. Ne vous inquiétez pas, je ne vous demanderai pas de démarcher votre père, tout le monde sait que Kurosaki Isshin a toujours contacté ses clients et employeurs lui-même, jamais le contraire. Cependant, son retour dans le métier vous place en ligne de mire.

_Parce qu'on parlera de moi comme le fils du garde du corps de l'Impératrice?

_Quel impact remarquable sur la clientèle ! S'extasia Kisuke en se frottant les mains.

_Tch... Au moins vous ne me cachez rien...

Oui, cette homme avait comme qualité non négligeable d'être foncièrement honnête. Peut-être même trop ?

_Pourquoi vous cacherai-je la moindre chose, Kurosaki-san ? Demanda-t-il, interloqué par sa remarque. Vous travaillez pour Kuchiki-sama et... c'est une position qui vous apporte déjà le respect de vos pairs. Non, soyons seulement honnêtes voulez-vous ?

_Bien, dans ce cas... qu'attendez-vous de moi exactement ?

_Je cherche un recruteur, Kurosaki-san. Mon agence prenant de plus en plus d'ampleur je croule sous les tâches administratives et la comptabilité que Yoruichi-san a prise à sa charge. Je n'ai donc plus le temps de rencontrer de potentiels employés, et de les démarcher.

Ichigo fronça gravement les sourcils et tourna ses yeux en direction de Kuchiki qui était resté silencieux depuis trop longtemps. Son nouveau patron avait pris place dans son siège en cuir derrière son bureau d'acajou et avait croisé ses belles mains devant lui. Les yeux ambrés du jeune homme croisèrent le marine des opales de Byakuya et l'homme hocha la tête très faiblement, comme pour lui faire comprendre qu'il pouvait lui demander ce qu'il désirait.

_Kuchiki-sama, êtes-vous d'accord avec ça ? Je travaille pour vous et je ne veux pas que...

_Que cela soit clair, Kurosaki Ichigo, répondit le sombre homme d'affaires, vous travaillez pour moi et vous êtes mon garde du corps exclusif. Mais je ne vous cache pas que j'aimerais de temps à autre être libéré de votre présence, vous êtes ma protection non ma nourrice ! De plus, lorsque je suis ici j'ai d'autres gardes du corps qui surveillent la demeure, je n'ai guère besoin de vous.

_Alors vous me laisseriez travailler avec Urahara-san à mi-temps ?

_Quelque chose comme cela, oui.

_Pourquoi ? Interrogea-t-il, suspicieux. Vous n'avez rien à y gagner sauf à m'avoir moins souvent à votre service.

_Ce que j'ai à y gagner ? Un investissement, Kurosaki. Des investissements. J'ai tout intérêt à ce que l'affaire d'Urahara Kisuke fonctionne puisque j'ai désormais un capital dans son affaire. De ce fait, je me dois de veiller à ce qu'il continue à faire de son mieux, n'est-ce pas ?

Ichigo commençait à comprendre. Tout ce que Byakuya voulait c'était assurer son argent. L'argent, était-ce toujours ce qui motivait le monde entier ? Yamamoto, son père, Kuchiki et Ichigo lui-même d'ailleurs. Comment nier que l'argent était un puissant aimant ?

En l'engageant, Kuchiki avait fait d'une pierre deux coups ! Voire même trois !

Il le protégeait, il enquêtait sur l'assassinat de sa femme grâce à ses connaissances de la police et son désir d'avoir voulu être inspecteur de police, et en plus, il permettait à l'entreprise dans laquelle il investissait de faire plus de bénéfices. Autrement dit, tout le monde était gagnant. Kuchiki sur la totalité, Urahara sur son agence, et Kurosaki sur son avenir.

Cependant, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il ne devrait pas accepter tout de suite... Il aurait aimé en parler avec quelqu'un. Oui mais voilà : qui ?

Kensei ne lui parlait plus et Grimmjow... Non ! Surtout pas Grimmjow !

_Bien. Pouvez-vous me laisser un délai pour vous répondre, Urahara-san ? Répondit-il enfin.

_Bien entendu. Pour tout vous avouer, si vous m'aviez dit oui, ou même non tout de suite, j'aurais pensé que vous étiez immature ou bien inconscient, au choix.

_Vous comprenez, Kurosaki Ichigo, que je fais certes un investissement mais que c'est un acompte sur notre arrangement. Je vous donne une partie de votre avenir pour que vous soyez plus motivé à résoudre l'enquête que j'ai placé entre vos mains.

L'orangé l'avait bien compris, et il était bien plus que motivé, Kuchiki n'avait pas de soucis à se faire. Il salua respectueusement les deux hommes et quitta la pièce, les laissant à leurs discussions d'associés.

Ichigo quitta les appartements de Kuchiki, dévalant dans de petites foulées contrôlées les marches de marbre qui le conduisirent jusqu'au rez-de-chaussée. C'était ironique, pensa-t-il avec un sourire amusé. Que le concurrent direct de Yamamoto – celui qui l'avait viré comme un moins que rien, l'insultant de fils digne de son père avec son fameux « tel père tel fils » - lui propose de travailler avec lui. Même qu'il lui proposait de devenir une importante pièce dans son agence, en tant que recruteur, et c'était un moyen aisé de prendre une revanche cinglante sur l'agence de Yamamoto.

Mais qu'avait-il vraiment envie de faire lui ? Que voulait-il ? Que Byakuya soit associé à Urahara était certes un fait qu'il ne pourrait pas ignorer dans l'exercice de ses fonctions mais cependant... Kuchiki comptait-il s'investir à ce point dans son agence ? Il voulait y contribuer de manière financière mais également lui « prêter » son propre garde du corps. Ichigo avait bien compris que sa situation intéressait Urahara au plus haut point; après tout, n'était-il pas le fils d'un garde du corps considéré comme légendaire, et ne connaissait-il pas très bien les personnes les plus influentes de ce métier : Kensei, Grimmjow, Kyouraku, Hirako, Hitsugaya et il en passait ?

Le blond le lui avait avoué de but en blanc, il connaissait ses motivations. Et bien qu'elles le dérangèrent quelque peu, cela ne l'empêcha pas d'admirer le franc parlé de Kisuke.

Le jeune homme avait retenu la leçon lors de son arrivée chez Yamamoto; il avait appris que se faire des contacts chez la clientèle était obligatoire dans l'espoir d'avoir plus de contrats. Et si au final, pour lui, avoir plus de contacts chez les gardes du corps que parmi les clients, devenait son atout ? C'était une chose assez peu envisageable, pensa-t-il. Qui connaissait-il à part Kensei et Grimmjow ? Pas grand monde. En tout cas, pas grand monde en dehors de chez Yamamoto...

Cette pensée le fit alors tilter et il pencha sa tête sur le côté. Et si justement l'objectif numéro un de Urahara-san était de débaucher les employés du Commandant ? Il lui aurait proposé de devenir recruteur pour que ses liens avec les gardes du corps de chez Yamamoto lui permettent de récupérer les meilleurs éléments du vieil homme ? Mais Urahara s'était-il bien renseigné sur sa carrière ? Il aurait dû savoir qu'il ne s'entendait avec personne là-bas, qu'il n'avait aucun lien d'amitié avec les gardes du corps qui étaient ses ex-collègues ! Enfin, à part Grimmjow... Et encore... La situation était bien compliquée pour considérer qu'il ait encore un quelconque lien avec Jaggerjack. Alors quoi ? Son nom, ce Kurosaki qui complétait son prénom serait-il le seul argument fiable sur lequel se baser pour débaucher des pointures comme... Kyouraku ? Comme Hitsugaya ? Ou même comme Grimmjow ? C'était insensé de penser de telle manière. Et pourtant, Urahara Kisuke voulait y croire.

Ichigo était-il d'accord avec cette façon de faire ? Il n'en était pas certain. Et puis, il se demandait... Pourrait-il convaincre les meilleurs de rejoindre Urahara ?

Il atteignit la porte de ses appartements, s'arrêtant un instant devant le paillasson en y découvrant deux gros paquets fermés par une épaisse ficelle. Un moment surpris, il se remémora cependant l'une de ses conversations avec Byakuya :

« Je me suis lancé dans une enquête après la perte de ma femme. J'ai réuni tout un tas de dossiers, j'ai procédé à des interrogatoires, mais... la police m'a expressément demandé de cesser d'interférer dans leur enquête. J'ai consentit, bien naïvement je le comprends maintenant. Je voulais leur faire confiance et leur ai laissé le soin de résoudre le meurtre de ma bien-aimée femme. Cependant, rien n'a abouti. Ceci fait partie de votre contrat Kurosaki Ichigo. J'ai besoin d'un œil nouveau sur cette affaire. Étudiez tout cela, éclairez-moi de votre avis judicieux et vous en serez récompensé comme nous l'avons décidé ».

Oui, Ichigo avait bien compris que s'il désirait l'aide de Byakuya dans ses futurs projets il devrait obligatoirement résoudre le meurtre de sa femme, Hisana. Il lui avait déjà fourni les lettres de menaces qu'il avait reçues depuis son meurtre et le jeune homme avait commencé à les étudier, mais sa masse de travail venait d'augmenter. Et ce n'était pas pour lui déplaire au contraire ! Kuchiki l'appâtait avec le poste offert par Urahara ! Cet homme n'était pas un redoutable homme d'affaires pour rien, pensa-t-il en ouvrant la porte de son studio afin d'y pousser les cartons à l'intérieur. Mais comment dire non à ces propositions ?

Néanmoins, il verrait tout cela plus tard ! Pour l'instant... Byakuya l'avait libéré de ses tâches pour l'après-midi, et il avait l'intention d'en profiter. Il empoigna énergiquement son sac de sport déjà préparé pour l'occasion et sortit de l'hôtel particulier, afin de se rendre à la salle de sport la plus proche.

Il avait besoin de faire du sport, pour se défouler tout d'abord, puis ensuite pour garder la forme. Il voulait être dans une forme physique olympique afin de protéger au mieux son employeur. Immobiliser un quelconque agresseur, frapper un homme qui en voudrait à la sécurité de Kuchiki, ou encore avoir à se servir de son arme… Kurosaki savait que cet entrainement était un passage obligé. Les meilleurs n'étaient pas arrivés au sommet en se tournant les pouces; il savait qu'il devrait donner du sien et souffrir pour y parvenir, mais tous ses efforts ne lui faisaient pas peur.

Il déposa son sac dans les vestiaires de la salle de sport, après quelques minutes de métro, et se changea. Il rangea son portable dans la petite poche du sac et remarqua pour la énième fois depuis quelques jours qu'il avait manqué plusieurs appels.

Grimmjow. Toujours lui…

Comme s'il s'acharnait sur lui pour le faire encore plus souffrir. Est-ce que ce type n'avait que ça à faire ? L'appeler vingt fois par jour et lui laisser des messages vocaux et des textos ? Ichigo en avait juste assez. Il ne lui avait jamais répondu, il n'avait jamais écouté ses messages ni lus ses textos, et encore moins parcouru ses dizaines de mails. Il ne voyait pas ce que le turquoise pouvait lui dire pour le réconforter ou pour l'aider. Ce type ne faisait que l'enfoncer, de toute façon….

Merde ! Ce n'était pas parce qu'ils avaient une fois atteint le stade des préliminaires qu'il devait se conduire comme un amoureux éploré. Bon sang ! Cependant ce jour, Ichigo avait bien plus grave à penser que le harceleur qu'était devenu Jaggerjack. Il avait un projet à présent, et une proposition d'Urahara bien plus qu'alléchante. Aussi, lire un ou deux texto de Grimmjow ne parviendrait pas à entamer son enthousiasme.

From Grimmjow :

J'ai besoin de te parler. Il y a des choses que tu dois savoir ! Tu n'es même pas venu récupérer tes affaires chez moi… Je ne te demanderai que dix minutes de ton temps, pas plus. Je te le promets.

26.04.2010 à 22h54

Il soupira, faisant défiler les options sur l'écran de son téléphone jusqu'à mettre en surbrillance « Effacer ». Il appuya sur le bouton sans arrière pensée. Puis, il lut un autre texto, prit au hasard à la suite du précédent :

From Grimmjow :

Je sais que j'ai plus ta confiance, mais je sais que tu es un mec raisonnable Kurosaki ! Écoute-moi… Tu pourras m'interrompre quand tu le voudras, mais contacte moi et parlons face à face hein ? Si après tu ne veux plus jamais me voir je comprendrai mais… écoute-moi. Rien qu'une fois. Je serai honnête. A 100%.

29.04.2010 à 15h09

Ce type avait un culot monstre ! Pensa-t-il en sentant ses oreilles chauffer. Revenir et le harceler après tout ce qu'il avait fait ! Il fallait en avoir dans le pantalon… ou bien être totalement con !

From Grimmjow :

Réponds-moi. Dis-moi juste oui ou non. Je ne sais même pas si tu es encore à Tokyo ! Dis-moi où tu es !

29.04.2010 à 21h25

Son cœur vacilla un court instant. Ça ne lui apporterait rien de bon qu'ils se revoient, il ne ferait que lui mentir encore et encore. Il n'avait plus jamais envie d'entendre un seul mot sortir de sa bouche. Qu'ils soient loin l'un de l'autre était la meilleure sécurité qu'il puisse trouver. Il ne désirait plus entendre parler de lui, croiser son chemin ou lui devoir la moindre petite chose. Pourquoi alors se mit-il à lire tous ses textos ? Tous, sans en oublier un seul ?

From Grimmjow :

Réponds-moi ! J'ai besoin de te voir !

29.04.2010 à 2h34

From Grimmjow :

Je croyais que ça voulait dire quelque chose pour toi ce qui s'est passé entre nous. Je t'ai accueilli chez moi ! Même si tu penses que c'était pour des mauvaises raisons je t'ai quand même accueilli et quand on était ensemble je ne te mentais pas ! Quand on s'embrassait c'était moi, je ne jouais pas, je ne me moquais pas de toi ! Bordel !

01.05.2010 à 00h02

Dans un geste nerveux il fourra son portable dans la poche de son sac, se refusant à en lire plus. Car il venait de sentir en lui que s'il en lisait plus, il se laisserait convaincre. Non, il n'était pas aussi faible et puis il n'était pas prêt de pardonner à Grimmjow ! Même si demain il débarquait avec les meilleures intentions, des mots d'amour plein la bouche et un bouquet de fleurs dans la main.

Il ne tomberait plus amoureux et ne se laisserait plus séduire par le premier imbécile qui passait ! Décréta-t-il en empoignant ses gants de boxe. Il quitta les vestiaires et rejoignit le punching-ball dans la salle de sport. Il enfourna ses mains dans les gants et commença à taper dans le sac dur.

Il débuta ses coups avec une certaine retenue, s'échauffant doucement, insistant sur ses déplacements et ses jambes plutôt que sur ses coups. Puis, lorsqu'il fut plus assuré, il débuta des coups plus prononcés et bien plus forts. Autour de lui, les autres utilisateurs de la salle l'observaient avec une certaine surprise. Il ne fallait pas sortir de Saint-Cyr pour comprendre que ce jeune homme avait beaucoup d'émotions à évacuer.

Il ne pensait qu'au visage de Grimmjow, sadique et moqueur, ses yeux malicieux, et il redoublait d'intensité. Il aurait voulu le frapper comme il frappait ce punching-ball, il lui en voulait bien plus encore qu'il n'en voulait à Kensei pour être parti. Il voulait le voir souffrir, il voulait le voir courir derrière lui et s'essouffler, perdre espoir et devenir aussi démuni qu'il ne l'était lorsqu'il avait appris sa trahison.

Il voulait lui faire du mal, jouer avec lui comme il avait joué avec sa personne. Lui montrer qu'il pouvait être sans cœur tout comme son père, qu'il méritait le respect et que les autres le craignent. Oui, c'était ce qu'il voulait : que Grimmjow efface Isshin de sa mémoire, qu'il ne le voit plus que comme celui qui méritait son respect !

Il voulait marteler son beau visage masculin, pour qu'il ne puisse plus jamais séduire quiconque. Qu'il reste seul, seul et mortifié comme Ichigo avait pu l'être dans sa vie. Il voulait qu'il soit malheureux ! Qu'il paie ! Coup après coup, qu'il encaisse, qu'il tombe très bas, si bas qu'il ne puisse plus se relever. Il voulait qu'il goutte à la douleur de se retrouver à terre, sans pouvoir se relever.

Lui qui avait été si proche de son père, il avait bénéficié de ses conseils, de sa protection et de son intérêt. Grimmjow était le fils qu'Isshin aurait toujours voulu avoir, n'est-ce pas ? Alors il lui en voudrait éternellement d'avoir pris sa place dans le cœur de sa seule famille !


_Aïe...

Deux heures plus tard, après s'être acharné sur le punching-ball jusqu'à inquiéter le propriétaire de l'établissement, Ichigo retira ses gants de boxe. Ses phalanges étaient rougis, irritées et même ensanglantées par endroit. Chaque mouvement de ses doigts lui faisaient un mal de chien et il serra ses dents pour ne pas échapper un autre soupir de douleur.

Il attrapa sa bouteille d'eau et en but quelques gorgées, reposant ses yeux sur ses mains blessées. Où avait-il la tête ? Se demanda-t-il en prenant son visage entre ses paumes. Aller jusqu'à se blesser en tapant dans ce sac ? En fait, il ne s'en était même pas rendu compte, bien trop perdu dans ses pensées et sa rage contre Jaggerjack. Il n'avait ressentit la douleur lancinante que lorsque le responsable de la salle de sport l'avait arrêté, alerté par les cris de douleur du jeune homme.

Ce fut à ce moment que le jeune homme s'était rendu compte qu'il avait mal. Ses muscles étaient douloureux, ainsi que son visage qu'il avait gardé contracté pendant la durée de son entrainement. Il transpirait abondamment, de fines gouttelettes salées roulant sur ses épaules, ses biceps et au creux de ses pectoraux. Il empoigna sa serviette et s'essuya sommairement. Il savait qu'il n'avait pas terminé, il devait maintenant reprendre son entrainement de karaté et peut-être même s'inscrire à un cours particulier afin d'avoir un adversaire à son niveau.

Il n'avait plus fait de karaté depuis deux ans, mais il savait qu'il lui restait des réflexes non négligeables. Il voulait simplement se perfectionner encore un peu, et devenir un garde du corps redoutable. Mais il réalisait que dans son état de colère, il déchiquetterait son adversaire en quelques coups, plutôt que d'échanger avec lui un combat équilibré pour se remettre en forme. Ce n'était donc pas raisonnable... Il avait établi un planning d'entrainement; une heure de course minimum par jour, se rendre cinq jours sur sept à la salle de sport pour y pratiquer une heure de boxe et une heure de karaté. Et suivant sa fatigue, il pourrait également s'y atteler le week-end et peut-être appréhender d'autres sports; kung-fu, taekwondo,... il n'avait pas décidé. Il avait également pensé à se remettre sérieusement au tir, deux heures par semaine. Mais ce n'était pas sa grande faiblesse, sa forme physique était primordiale.

Il était motivé. Il voulait leur montrer qu'il pouvait travailler dur et devenir l'un des meilleurs. Comme son père l'avait été, comme Muguruma l'était. Il ne voulait plus être le petit nouveau que l'on conseillait, surtout pas ! Mais il était plus censé d'attendre qu'il ait évacué cette colère irraisonnée qui faisait bouillir son sang.

Il détendit les muscles de ses jambes devant lui dans un soupir lorsqu'une vibration à côté de lui l'extirpa de ses pensées. Il leva les yeux au ciel en constatant qu'il s'agissait de son portable. Grimmjow ? Encore ? Décidément, il n'abandonnait jamais ce type ?

Il s'apprêtait à appuyer sur la touche « raccrocher » sans même lui répondre, lorsque le nom « Muguruma Kensei » sauta à ses yeux. Son corps resta figé par à ce surprenant appel; que lui voulait-il à son tour ? Sans se poser d'autres questions rhétoriques, il se décida à répondre ; après tout, qu'avait-il à perdre maintenant avec Kensei ? Plus rien...

_Ichigo, je ne te dérange pas ?

_Ça pourrait être pire, répondit le ton tranchant de Kurosaki.

_Quelque chose ne va pas ? Reprit la voix nerveuse de Muguruma.

_A toi de me le dire !

Ichigo savait qu'il n'avait sans doute pas à paraître si agressif alors que cet homme renouait contact, après lui avoir fait la leçon la dernière fois qu'ils s'étaient parlés. Il lui en avait voulu d'avoir accepté ce travail chez Kuchiki, d'avoir fait la même erreur que lui. Mais Ichigo avait campé sur ses positions, ils étaient tous deux différents et le rouquin ne se sentait plus en phase avec l'agence Yamamoto. Il voulait s'épanouir ailleurs, et il commençait à comprendre que certes Kensei avait voulu l'aider, mais que sa parole n'était pas d'évangile.

_Je tiens à m'excuser auprès de toi, reprit Kensei après un court silence. Ma réaction était disproportionnée. Je me suis emballé parce que j'ai tout simplement vu défiler devant mes yeux mes erreurs passées. Mais j'aurais dû te faire confiance...

Kurosaki ferma ses yeux en poussant un petit soupir qui se voulait soulagé. Il avait l'air sincère, aussi sincère qu'on pouvait l'être au téléphone. Mais les personnes en lesquelles il croyait l'avaient tant déçu qu'il ne pouvait s'empêcher de se méfier de son retour vers lui si rapide.

_C'est mon père c'est ça ? Demanda-t-il en fronçant les sourcils. Dis-moi la vérité, c'est lui qui t'a appelé et t'a demandé de me contacter pour m'amadouer à nouveau ? Je l'aurais parié !

_Non, ton père n'a rien fait, il ne m'a pas contacté, répondit Kensei rapidement. Je comprends que tu voies le mal partout à présent, mais il n'y est pour rien.

Bien, c'était un début. Un bon début, pensa-t-il en acceptant de croire ses mots.

_Bien, dans ce cas, pourquoi ce coup de fil, à part t'excuser ?

_J'aurais aimé savoir comment tu allais...

_Je vais bien, répondit simplement le jeune homme d'une voix plus douce.

Il n'y avait rien de mal à parler avec Kensei au téléphone, décréta-t-il malgré cette petite colère qui repointait le bout de son nez en lui.

_Mon travail avec Kuchiki avance bien; il me fait confiance, et me donne des responsabilités et c'est très gratifiant. Je me sens.. utile, enfin !

_Je suis content pour toi. Si finalement tout se passe bien c'est que j'avais vraiment tord, et crois-moi je regrette de t'avoir parlé de la sorte. Je n'aurais pas dû...

_Je crois que j'ai compris, le coupa-t-il, j'ai saisi tes excuses, et je les accepte.

De l'autre côté de la ligne, Muguruma poussa un soupir qui se voulait soulagé et un silence de quelques secondes tomba. Un inconfort notable saisit Kurosaki à la gorge; devait-il dire quelque chose, apaiser sa colère et mettre sa rancœur de côté définitivement ? Mais Kensei reprit la conversation avant qu'il n'ait pu se décider :

_Je vois que tu te débrouilles très bien tout seul et ça me réconforte, dit-il, mais... et Jaggerjack ?

_Oh... C'est... c'est compliqué, se contenta de dire l'orangé.

_Compliqué je m'en doute, avec lui rien n'est simple. Mais... je pense que tu auras besoin de lui, dans un futur proche.

Les sourcils orange se froncèrent à nouveau. Il ne voyait pas où il voulait en venir, mais le témoin "méfiance" se ralluma plus brillant que jamais dans sa tête.

_Comment ça ? Est-ce que c'est lui qui t'a dit que je ne voulais plus lui parler ?

Il l'avait su; cet appel et ces excuses étaient bien trop beaux pour être vrais ! Il avait bien fait de se méfier.

_Oui, c'est lui, répondit-il dans un filet de voix solennel. Mais... si tu as accepté mes excuses, accepte les siennes, je t'en prie.

_Ce qu'il s'est passé entre Grimmjow et moi ne te regarde pas, si ? Embraya-t-il tout à coup férocement remonté contre le garde du corps. Pourquoi tu t'en mêles ?

Bon sang ! Pourquoi Kensei se préoccupait-il du fait qu'il soit en mauvais termes avec Grimmjow ? Ils se détestaient tous les deux, non ? Ne cessant de se casser du sucre sur le dos l'un de l'autre, il avait même vu de ses propres yeux que les deux hommes étaient prêts à s'étriper si le meurtre était une pratique impunie.

_Ichigo... Je ne suis pas sans savoir qu'il y a des questions dans ta tête, que tu as envie de connaître des réponses. Sur ton père, sur ta mère, sur beaucoup de choses, et... et j'aimerais y répondre.

_Tu m'avais dit que je pourrais toujours compter sur toi si j'avais des questions ! S'écria le jeune homme qui sentit tout à coup son cœur exploser en milles morceaux et les larmes monter à ses yeux en une fraction de seconde. Tu as dit... qu'on resterait amis, toi et moi...

_C'est vrai, et je le pense toujours. Mais jamais je n'aurais le cran de t'avouer tout ce que tu cherches à découvrir. Je suis bien trop fautif pour ça, je me sens trop... coupable. Et le jour où tu voudras avoir des réponses et que tu te tourneras vers moi, je...

Qu'essayait-il de lui dire maintenant ? Qu'il était trop faible pour affronter son regard lorsque la vérité sortirait de sa bouche ? Qu'il ne pouvait supporter le poids de la vérité ?

_Ichigo... Il faut que tu écoutes Grimmjow, il faut que tu écoutes ce qu'il a te dire. Il...

_Tu te fiches de moi ou quoi ? Hurla-t-il dans le combiné, ses yeux s'écarquillant brutalement sous la colère.

_Je sais que je t'ai toujours mis en garde contre lui et pour de bonnes raisons ! Recommença la voix de Muguruma, visiblement irritée. Mais il y a une chose que je ne pourrais jamais reprocher à Grimmjow, une chose que j'admire chez lui et que je suis bien incapable de faire preuve face à toi : le courage.

_Qu'est-ce que...

_Grimmjow a le courage de pouvoir te dire toute la vérité, il est certainement le seul à avoir ce cran là. Il a le courage d'affronter ton regard en écoutant ses paroles, il... Moi je ne pourrais pas le supporter. Je t'en prie... Accepte de le revoir.

La grande, belle et amer ironie incarnée !

Ces deux hommes qui ne cessaient de se battre comme des chiffonniers pour qu'il reste en dehors de la vérité, ceux-là même qui l'avaient trahis, déçu, qui s'étaient joués de lui et avaient fait de sa nouvelle vie un début d'enfer, se serraient les coudes maintenant pour qu'il entende tout ce qu'il y avait à savoir sur sa famille ? Est-ce qu'ils avaient encore l'intention de le rouler dans la farine ? Il n'était plus si naïf !

_Je ne sais pas ce que vous tramez tous les deux, mais vous voir vous allier pour que... pour que je découvre je-ne-sais-quoi me donne envie de vomir ! Cracha-t-il avec amertume. Tu penses vraiment que je vais accepter d'écouter cet enfoiré ?

_Il le faut. Il le faut...

_Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi avant vous vous acharniez à me cacher tout ça ? Répliqua-t-il alors qu'il s'était brusquement levé sans s'en rendre compte, et qu'il faisait les cent pas en rond dans les vestiaires de la salle de sport. Qu'est-ce qui a tant changé du jour au lendemain pour que ça devienne si urgent ? Kensei... tu... j'ai décidé que personne n'arriverait plus jamais à me berner. Alors soit tu me donnes tes raisons et je considèrerai de rencontrer Grimmjow, soit... soit je refuse et je ne te répondrai plus jamais.

C'était dit. Il avait joué cartes sur table, à son tour à présent d'étaler devant lui les atouts qu'il avait en mains. Et surtout, qu'il ne tente pas de le berner en sortant un as de sa manche... Ichigo se laissait le soin de juger ses raisons et de refuser au cas ou elles ne seraient pas satisfaisantes.

_Parce que tu auras besoin d'un soutient, tôt ou tard, répondit-il dans une voix faible. Et... je suis parti et... Tu as besoin de quelqu'un comme Grimmjow pour éclairer ta lanterne, dans ta vie comme dans ton travail. Je ne le porte pas dans mon cœur mais je sais qu'il est comme moi au final. Il ne te veut aucun mal. Tout ce qui reste en lui n'est que colère envers Isshin, et je pense qu'il sait faire la part des choses.

_Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tout le monde hait mon père à ce point ? Et ma mère, elle...

_Garde tes questions pour Grimmjow. Il saura te regarder droit dans les yeux et te répondre. Il sera là pour te soutenir, il se battra même si tu le rejettes. Moi, je n'en suis pas capable, je te l'ai déjà dit. J'aurais trop peur de te briser... Lui, il te brisera, mais il recollera les morceaux, il n'abandonnera pas.

_Kensei...

Comment pouvait-il dire de telles choses à propos de Grimmjow ? Comme si tout à coup, Jaggerjack était devenu son seul espoir. Il remettait tout entre les mains du turquoise, jusqu'à l'avenir d'Ichigo et la vérité qu'il avait cherché à découvrir toute sa vie. Il lui faisait une confiance absolue, alors qu'il le haïssait. Deux sentiments diamétralement opposés, mais qui visiblement n'avaient plus lieu d'être lorsqu'il s'agissait de l'histoire des Kurosaki.

_Rencontre Grimmjow et écoute-le. Et si le cœur t'en dit encore, ma ligne téléphonique sera toujours disponible. Pour toi.

_Est-ce que tu sais que... Non. Est-ce que tu savais que Grimmjow était en contact avec mon père depuis le début ? Enchaina-t-il sans même rebondir sur les mots que Muguruma venait d'extirper de sa gorge. Tu le savais qu'il n'agissait que sur ordre de mon père, comme si... comme s'il était son chien ou je ne sais quoi ?

_C'est bien plus compliqué.

_Et toi ? Tu... tu m'as aidé parce qu'il te l'a demandé ? Tu m'as accueilli parce que...

_Non. Jamais. Je ne suis plus en contact avec Isshin depuis de nombreuses années, je te le jure. Je ne l'ai plus revue depuis... depuis longtemps.

_Tu m'as dit que... lorsque ma mère m'a mise au monde, mes parents n'étaient plus ensemble, qu'ils se battaient bec et ongles pour m'avoir et que mon père m'avait enlevé. Mais.. tu n'as jamais expliqué pourquoi elle n'a jamais cherché à me retrouver ? Pourquoi elle... pourquoi il m'a dit qu'elle était morte ?

_Grimmjow saura te répondre, mais..., répondit-il avec ce qui semblait être ses dernière forces et une voix tremblante. Mais tu dois savoir que... ta mère est... elle... Elle m'a demandé de veiller sur toi. Elle m'avait demandé de veiller sur toi lorsque tu étais enfant. Et je l'ai fait. Je l'ai toujours fait. Elle ne t'a pas oublié, jamais. Mais... elle ne pouvait pas, elle ne devait pas... Isshin avait... il...

La voix de Muguruma se brisa soudain dans sa gorge et Ichigo se figea. Il ne comprenait toujours pas pourquoi tous ses secrets refaisaient surface maintenant mais il comprenait pourquoi Kensei se refusait à répondre à ses questions. Les souvenirs, bien trop vivaces de cette guerre que Isshin et Masaki avaient mené, semblaient l'avoir atteint plus qu'il ne le laissait entrevoir. Et même s'il avait agit dans son intérêt, et certainement en tant qu'ami de Masaki, il n'avait pu réprimer sa colère envers Isshin. Pourquoi ?

_Kensei ? Kensei ?

Ichigo s'agrippa à son téléphone comme si sa vie en dépendait, collant l'appareil contre son oreille douloureusement. La voix de Muguruma s'était éteinte dans le combiné et son cœur s'était mis à battre la chamade. Il pouvait presque ressentir la douleur de cet homme à travers son portable. Mais il ne comprenait pas pourquoi... pourquoi cela lui était-il tant douloureux ?

_Je suis désolé..., murmura-t-il de sa voix exceptionnellement rauque.

_Kensei... Kensei ?

Mais l'homme avait raccroché. Égoïstement. Et il le laissait seul, dans l'épais brouillard des secrets du passé de sa famille.