Hello my dears !
Je suis terriblement désolée de ce retard, vous avez pas idée de ce que j'ai galéré pour la dernière scène, ça m'était jamais arrivé ... Mais ça y est tout est plié ! Vous êtes prêts ? Parce que si vous pensiez que le chapitre précédent était intense en action, celui là l'est encore plus ^^
ElsyCiel je t'ai brisé le coeur ?! Tkt pas va, j'ai de quoi faire en rayon pour que tout aille mieux ;) Mais c'est pas encore ... Goulgo1 ravie, donc, que tu apprécies ! J'adore tes théories mais je refuse d'en dire plus ^^
Pour ceux qui se demandent je précise que malgré l'avancée des événements, je pense que cette fic fera entre 27 / 30 chapitres donc ce n'est pas encore la fin ;)
Ma beta RavenFeatherShadow n'a pas eu le temps de corriger & comme je voulais pas vous faire trop languir, voilà la version avec mes petites fautes ( sorry ) mais si ça peut vous donner une idée ses premiers mots après la lecture ont été : " OMG. Bon sang il déchire ce chapitre ! " J'espère que vous serez du même avis ;) Bonne lecture !
Chapitre 21 :
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Regina
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La bibliothèque était un véritable chaos. Le duel que sa mère et le Ténébreux s'y étaient livrés avait transformé les étagères de livres collectionnés depuis des années en charpie et sa colère avait fini par achever le tableau.
Emma était partie.
Et elle n'avait rien fait pour la retenir.
Quelque chose s'était brisé en elle lorsque la jeune femme avait avoué avoir visionné ses souvenirs. Comment avait-elle eu connaissance de la pièce où elle seule mettait les pieds ? Et qu'avait-elle exactement vu ? Tous ses souvenirs de Storybrook y étaient stockés ... Si elle avait eu le malheur de tomber sur certaines scènes, elle serait au courant qu'elle avait tué Graham, tenté de l'empoisonner et fini par manquer tuer leur fils ... Mais surtout, elle devait à présent savoir que Miss Swan et elle ne faisait qu'une ...
La voir ainsi aux côtés de Neal l'avait momentanément paralysée, l'impression de tout perdre la saisissant aussi implacablement que lorsqu'elle avait vu ses rêves de jeune fille s'envoler avec la mort de Daniel.
Son poing alla s'écraser dans le sol en marbre, fissurant un peu plus la pierre que sa magie avait déjà abîmée. Elle avait été lâche, réalisait-elle. Effrayée de tout perdre lorsqu'Emma apprendrait l'entière vérité. Au final elle avait fait l'erreur de la laisser entre les mains de ce satané Neal Cassidy qui lui raconterait certainement la vérité telle qu'il lui plairait de la dépeindre. Et que lui était-il arrivé au juste ? Sans aucun doute son état était du au Ténébreux mais si elle ne l'avait pas montré, elle avait senti l'aura malfaisante qui émanait de lui lorsqu'elle s'en était approchée.
Raison de plus de s'inquiéter pour Emma.
Derrière elle un bruit de pas la fit se tendre, reconnaissant sans avoir besoin de se tourner la présence de sa mère. Elle aussi était un problème de plus qu'elle ne parvenait pas à régler. La veille elle avait pris la décision impulsive de lui permettre de revenir dans son royaume et aujourd'hui elle ne savait toujours pas ce que son retour signifiait. Certes, elle avait manifesté le désir de l'aider, mais la femme lui semblait distante, parfois peu sûre d'elle même et pourtant toute à l'heure encore elle avait affiché une grande dose de confiance en se battant contre le Ténébreux ...
- Qu'est-ce que vous voulez ? gronda-t-elle dans le silence relatif de la pièce dévastée.
Le bruit des talons continua encore quelques secondes, assez pour qu'elle devine que sa mère se trouvait à peu de distance derrière elle. Elle ne sembla pas pour autant tenir compte de sa question et la brune se retourna soudain. Mais toute sa colère mourut lorsqu'elle croisa le regard qui la toisait de haut.
- Quoi ?!
Elle se détesta immédiatement pour le sanglot qu'elle avait du retenir en crachant le seul mot qui lui était venu à l'esprit. Comment sa mère faisait-elle pour la réduire à un tel état ?
- Relève toi.
- Vous n'avez plus d'ordre à me donner mère.
- Et pourtant regarde ce que tu fais quand je ne suis pas là pour te remettre à ta place ...
L'insulte la fit se redresser. Elle avait du lâcher les rennes de sa magie pour se battre contre Rumplestiltskin et la noirceur qu'elle sentait griffer les parois de sa prison ne demandait qu'à sortir. Une chance que sa mère soit là pour en être destinataire ...
Mais aussi noire puisse être sa magie, celle de Cora l'égalait sans problème se rappela-t-elle lorsque la main qu'elle avait levée sur elle fut stoppée en plein air par celle de la plus âgée. Le contact de leurs deux membres provoqua une onde d'énergie qui se répercuta dans toute la salle, finissant de détériorer une bibliothèque qui s'effondra en un grand fracas. Apparemment peu impressionnée, sa mère se contenta de hausser un sourcil.
L'instant d'après c'était elle qui devait lutter contre la poigne ferme qui était en train de broyer ses doigts malgré ses pouvoirs qui rongeaient la peau de l'autre aussi implacablement que la mort détériore un cadavre.
- Assez !
L'ordre qui avait fusé la propulsa dans les airs pour aller s'écraser quelques mètres plus loin sur le manteau de la cheminée où un feu brûlait imperturbable. Le regard noir elle agita à plusieurs reprises son poignet pour le remettre à sa place, serrant les dents à la douleur que le sort peu maîtrisé provoqua. Il fallait vraiment qu'elle se penche plus que ça sur la magie réparatrice ... Elle avait toujours les yeux baissés quand elle entendit les pas se rapprocher, l'échos des talons que portaient sa mère se répercuter dans le chaos de la pièce.
- Tu te crois tellement bien cachée derrière tous tes masques hein ? Tu oublies peut-être qui est ta mère, mais la Méchante Reine ne lui fait pas l'ombre d'une peur ... Et quand je pense que tu oses tenter d'utiliser de la magie noire contre moi ... C'en est presque insultant.
Prenant la remarque à la lettre, la brune se ressaisit, puisant dans une force qu'elle n'avait pas envisagée depuis des années. A sa main droite la bague qu'elle portait brûla un chemin jusque dans sa poitrine lorsque la magie blanche fut propulsée en une puissante vague qui alla s'écraser sur le bouclier que Cora avait érigé en urgence.
Cette fois le haussement de sourcil était impressionné.
- Battez-vous ! rugit-elle lorsque rien ne suivit.
- Non, je ne suis pas là pour ça. C'est toi qui m'a autorisée à revenir Regina, dis moi ce que tu attends de moi.
Malgré la douceur qu'elle avait semblé vouloir infuser dans ses mots, une vieille autorité y était présente et Regina eut un sourire. Voilà ce qu'elle voulait. Être rassurée par l'habituelle aura de la femme qui pouvait la détruire d'un claquement de doigts.
- Ma mère. Je veux ma mère, murmura-t-elle rageusement.
Il y eut un moment de silence et elle mit quelques secondes encore avant d'oser lever les yeux vers celle qui l'observait gravement. Une lueur dangereuse passa sur le visage à peine ridé, peut être le souvenir de quelle mère elle avait été jusque là ... Leurs regards se soutinrent durant ce qui lui sembla être une éternité jusqu'à ce que la plus âgée tende un bras qui força ses jambes à se redresser et la porter.
- Debout, ma fille. Sèche ces larmes, change toi et rend toi au château du Ténébreux. Si son rejeton a amené Emma quelque part c'est là bas. Cesse d'être une enfant et dis lui la vérité. Elle ne veut pas l'entendre de la bouche de quelqu'un d'autre.
Elle ne se formalisa pas des ordres comme donnés à un vulgaire soldat. Elle avait l'impression que les mots qui s'insinuaient en elle redressaient sa colonne vertébrale jusque là courbée par le défaitisme. Etait-ce vraiment là tout ce dont elle avait besoin ? Recevoir l'ordre de faire ce dont elle n'avait pas encore eu le courage de faire ? Elle qui s'était toujours révoltée contre tous les choix qu'on lui avait ôté, souhaitait-elle qu'on ne lui laisse pas celui de faire celui là ?
En face d'elle Cora sembla suivre son raisonnement avec un intérêt certain, attentive jusqu'au dernier moment où elle finit par se détourner, apparemment satisfaite. Comment savait-elle qu'elle allait suivre son ordre ?
- Et Regina ? ... Range moi cette pièce. Aucune jeune femme digne de ce nom ne tolérerait un tel désordre.
Les derniers mots lui arrachèrent définitivement le sourire qu'elle avait jusque là retenu tandis que sa mère sortait de la pièce la tête haute.
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Si elle n'avait architecturalement rien à reprocher à la demeure du Ténébreux, le château lui avait toujours déplu. Peut être entre autres parce qu'elle n'avait jamais pu y envoyer Sidney en reconnaissance et qu'il lui restait relativement inconnu grâce aux nombreuses tentures qui y cachaient systématiquement le moindre miroir. Elle avait à peine pris le temps de mettre de l'ordre dans la bibliothèque avant de s'acheminer jusque là malgré l'heure tardive.
Elle avait déjà perdu assez de temps à se morfondre pour attendre l'aube et risquer qu'il arrive quoi que ce soit à la Princesse.
- Elle n'est plus là.
La voix la fit se tendre. Une première si on considérait qu'elle s'était toujours ouvertement moquée de l'existence du fils de Rumplestiltskin. Et si elle ne détectait aucune trace de mensonge dans ses mots, elle ne put retenir un froncement de sourcils.
- Comment ça, elle n'est plus là ? cracha-t-elle.
- C'est sans doute une notion abstraite pour vous, mais figurez-vous que j'ai choisi de laisser Emma s'en aller lorsqu'elle me l'a demandé.
- Pourquoi ? Pourquoi voulait-elle partir ?
Elle n'eut droit qu'à un haussement d'épaules désintéressé pour toute réponse et sentit une colère noire tendre ses muscles. Comment pouvait-il se montrer aussi désinvolte ? Les poings serrés, elle combla la distance qui existait encore entre eux, révulsée par les pouvoirs qu'elle pouvait sentir émaner du jeune homme.
- Comment votre père a-t-il fait pour vous donner une partie de ses pouvoirs ?
- Me donner une partie de ses pouvoirs ? répéta-t-il avec un rire glauque. Comme si mon père était prêt à donner quoi que ce soit ...
- Qu'a-t-il fait ? demanda-t-elle, intéressée malgré elle.
Méfiante, elle l'observa agiter quelque doigts qui s'obscurcirent d'une brume noire l'espace d'un instant. Regina ne parvint pas à masquer sa surprise à la vue de l'objet qu'il venait de faire apparaître et avec lequel il jouait négligemment.
- Je n'ai pas eu le droit à un joli petit surnom, moi, sembla-t-il réfléchir les yeux rivés sur la dague où était gravée le nom " Baelfire ".
- C'est impossible.
- Et pourtant mon père l'a fait. Tout ça parce que vous l'avez apparemment convaincu que m'offrir le droit de ne plus vieillir m'éloignerait encore plus de lui que je ne l'étais ... Désormais je suis comme lui et condamné à vivre à ses côtés.
- Vous pourriez le battre, tenta-t-elle.
- Battre mon père ? Non, je vous laisse ce plaisir, j'en ai peut être le pouvoir mais pas assez d'expérience pour le maîtriser. Tout ce qui m'intéresse c'est Emma.
- Elle est à moi, gronda-t-elle. Si vous pensez que je peux vaincre votre père, pensez à ce que je vous ferai si j'apprends que vous avez tenté quoi que ce soit pour me l'arracher.
- Je ne compte pas la forcer Regina. Je vous l'ai dit, je l'ai laissée partir. Je ne suis pas comme vous.
- Emma n'a jamais été ma prisonnière.
- Mais Emma Swan l'est ! Je la libérerai. Moi. Et nous verrons ... Vous verrez. Je ne la forcerai à rien Regina, j'ai besoin qu'elle soit consentante si je veux pouvoir passer le restant de mes jours avec elle.
Le restant de ses jours ? Qu'entendait-il par là ? Comptait-il demander à son père qu'il la transforme également ? Etait-ce même possible ?!
- Emma Swan ne peut être libérée que par son âme soeur ! Et il a déjà été établi que vous ne l'êtes pas.
- Pas plus que vous. Quelque chose empêche qu'elle revienne. Et si je ne parviens pas à trouver quoi, je me contenterai de la Princesse.
- Vous vous ... Contenterez ? Voilà une preuve de plus que vous n'êtes certainement pas son âme soeur ...
- Pas plus que vous ! répéta-t-il avec hargne cette fois. Nous verrons ... Nous verrons qui de nous deux elle choisira.
- Et vous croyez une seconde que ce sera vous ? trouva-t-elle à se moquer. Avez-vous croisé votre reflet ces derniers jours ?
Et malgré l'arrogance évidente avec laquelle elle avait prononcé ces mots, l'autre ne se départit pas de son sourire tranquille et elle se prit à douter. Possédait-il les mêmes dons que son père ? Avait-il vu quelque chose dans le futur ? Les sourcils froncés elle tenta de se rappeler si Emma Swan avait montré de réels signes d'affection pour le jeune homme. Pas vraiment ... Mais elle n'avait rien fait non plus pour l'éloigner de leur fils et d'elle.
- Nous verrons Majesté.
Elle allait répliquer quand des volutes de fumée noires l'enveloppèrent pour la ramener sans ménagement dans son château.
- Le culot ...
Heureusement elle était seule. Personne donc pour voir la façon dont elle venait d'être renvoyée sans cérémonie dans ses propres quartiers comme une vulgaire paysanne. Et si le fait la mettait dans une colère noire, quelque chose d'autre occupait son esprit.
Emma.
Emma avait finalement refusé de rester avec le fils du Ténébreux ? Pourquoi avait-elle changé d'avis ? À moins qu'elle n'ait jamais eu envie d'y aller ? Commençant à bien la connaître, il se pouvait tout à fait que sa fuite ne soit qu'un moyen de plus pour lui forcer la main. Si tel était le cas la Reine devait avouer qu'elle avait eu raison ...
- Sidney.
Le génie apparut dans la seconde comme à son habitude, attentif à la question qu'elle s'apprêtait à lui poser.
- Bandit est-il dans les écuries ?
- Non.
- Non ? répéta-t-elle étonnée de ne pas recevoir d'information complémentaire.
- Non.
Il y avait quelque chose au fond du regard de son espion qu'elle n'y avait pas vu depuis des années. Un défi qui lui déplut souverainement.
- Dis m'en plus, ordonna-t-elle.
- Pourquoi ? Pour que vous alliez lui courir après ? Elle n'est là que pour profiter de vous.
L'insolence la fit carrément rire. Un rire qui en aurait fait frissonner plus d'un tandis qu'il mourrait en un grondement lorsque sa main tendue traversa la surface du miroir pour aller enserrer la mâchoire de l'homme qui avait autrefois cru pouvoir prétendre gagner son cœur.
- De quel droit critiques-tu mes choix ?
- Je suis à vos côtés depuis tellement de temps ma Reine, je ne veux que votre bien. Si je dis ça c'est parce que la Princesse m'a laissé à penser qu...
Elle ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase, déjà fatiguée par ses explications. Utilisant pour la deuxième fois de la journée une magie qu'elle n'aimait pas, la sorcière se força à plonger dans les souvenirs du génie. Les visions qu'elle y eut de la Princesse quelques heures auparavant et les paroles qu'elle avait eues la firent frissonner. " Si j'ai la chance de l'épouser " raisonna de longues secondes comme un écho dans ses propres pensées.
Emma avait envisagé de l'épouser ?
- Vous voy...
- Stop, gronda-t-elle.
Elle avait beau être ravie de ce qu'elle venait d'entendre, bouleversée par la possessivité de la blonde et la vision du futur qui venait de s'offrir à elle, la jalousie qu'elle y avait vu du côté de Sidney était risible. Et inacceptable.
- Qui es-tu en effet pour oser lui parler de la sorte Sidney ? Est-ce que tu as cru une seconde que je cautionnerais ce genre de discours ? Que je te serais reconnaissante pour avoir défendu mon honneur ?
- Je n...
Les ongles qui s'enfoncèrent dans la chair de sa joue furent le seul avertissement pour qu'il n'aille pas plus loin.
- Tu es un esclave Sidney. Pas un ami, jamais un amant, un simple esclave ! Tu m'es utile mais sache que n'importe quel crétin à qui j'aurais arraché le cœur pourrait te remplacer dans ce miroir. Maintenant tu vas me dire exactement où sont la Princesse et son cheval et la prochaine fois que tu la verras je veux que tu t'excuses platement auprès d'elle.
- Oui ma Reine.
- Majesté suffira, précisa-t-elle en ignorant le désespoir qui venait d'affaisser les traits de son espion. J'attends. Et tu sais à quel point je déteste ça.
- Le cheval est parti quelques minutes après que le fils du Ténébreux ait emmené la Princesse. A l'heure qu'il est ils sont tous les deux dans le château de Maléfique.
Maléfique ... Les dents serrées elle contempla quelques secondes l'idée de se rendre directement chez sa meilleure amie pour régler leurs comptes mais pas sûr que ce soit la meilleure des idées.
- Montre moi Emma, s'entendit-elle demander d'une voix beaucoup plus douce.
Le miroir fut immédiatement envahit d'une brume bleue qui se dissipa finalement pour révéler la silhouette de la Princesse roulée en boule sur les couvertures d'un lit à baldaquin. Elle avait pleuré nota-t-elle en détaillant le visage qu'elle avait souvent observé sans pouvoir s'en empêcher. Aurait-elle encore le droit de contempler un tel spectacle après lui avoir dit la vérité ?
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Elle avait beau ne pas avoir réussi à fermer l'œil de la nuit, elle avait préféré attendre l'aube pour se mettre en route. Refusant pour elle ne savait quelle raison de se rendre chez Maléfique en utilisant la magie, elle avait opté pour chevaucher Hades. Mais aujourd'hui même l'impression de liberté qui l'envahissait toujours lorsqu'elle lançait son destrier à plein galop ne parvenait pas à apaiser le nœud qui s'était formé dans son estomac.
Pas plus que le sourire en coin que lui adressa Maléfique lorsqu'elle mit pied à terre.
- Toi ? Ici ? se moqua-t-elle.
- Où est-elle ?
- Je t'en prie, j'accepte tes excuses pour cette ridicule dispute, continua-t-elle comme si elle n'était pas intervenue.
- Mes excuses ?!
- Oui tes excuses. Pour m'avoir attaquée. Insultée et remis notre amitié en cause parce que j'avais osé omettre un détail du séjour d'Emma ici.
- Notre amitié n'a jamais été remise en cause sombre idiote. Tu es la seule amie que j'ai.
- Ce doit être pour ça que tu n'as même pas jugé bon de me parler du retour de ta mère ...
- Oh pitié, comme si tu avais besoin de moi pour sentir sa présence ...
L'autre ne lui répondit pas et le silence qui s'en suivit provoqua un hennissement nerveux chez son étalon avant que sa meilleure amie ne finisse par lui adresser un vrai sourire.
- Elle est dans mon jardin intérieur, je l'ai autorisée à passer du temps avec Aur... Avec ma licorne.
- Tu as appelé ta licorne Aurore ? devina-t-elle avec un petit rire.
- Fais la moindre remarque et je renvois ta Princesse dans les bras de Ténébreux junior.
- Comment va-t-elle ?
- Comme quelqu'un à qui tu ne peux plus te permettre de mentir ...
- Mal ... Je suis là pour ça. Pour lui dire la vérité.
L'intéressée l'observa encore quelques secondes en silence avant de reculer, agitant négligemment une main dans les airs.
- Deuxième étage. Le jardin des morts.
Regina eut une grimace à l'évocation du titre. C'était le nom attribué au jardin dans lequel la propriétaire des lieux avait immuablement enterré tous ses animaux de compagnie. Ce n'était pas vraiment le cadre dans lequel elle s'était imaginée avoir une telle conversation avec son amante.
Elle s'y transporta pourtant avec un soupir résigné, restant immobile bien après que la fumée violette se soit dissipée autour d'elle. La Princesse était assise à côté de l'animal qu'elle caressait distraitement, les yeux perdus sur une petite cascade d'eau argentée. Maléfique lui avait souvent dit qu'elle devait sa couleur à l'âme de ceux qui reposaient dans ces lieux mais elle n'y avait jamais prêté attention.
- Je sais que vous êtes là.
Elle ne put s'empêcher de sourire, sortant de l'ombre à petits pas pour aller s'adosser à la statue d'un dragon les ailes repliées au dessus d'une portée de bébés qu'il semblait vouloir protéger. Comme la veille, elle descella facilement les traces de larmes sur le visage de la jeune femme. Les yeux d'habitude brillants de vivacité avaient presque l'air délavé sous leurs paupières rougies. Pourtant elle se livrait à un examen éhonté d'elle et la brune finit par détourner le regard, gênée par l'intensité de l'échange.
- Pourquoi n'êtes vous pas restée auprès de votre ami ... Neal ?
- Parce que je voulais vous donner une dernière chance. Est-ce que j'ai eu raison ?
Elle ne répondit pas, les yeux rivés sur des escaliers recouverts de mousse qui montaient directement du jardin vers l'étage supérieur. Si elle tendait l'oreille elle pouvait entendre le murmure des feuilles dans les arbres, celui des oiseaux et le bruissement des ailes des papillons qui butinaient les fleurs mortelles pour l'homme. Snow aurait adoré cet endroit, se surprit-elle à penser avec une grimace.
- J'ai broyé le cœur de mon père pour lancer une malédiction que Rumplestiltskin m'avait donnée. Je pensais qu'en faisant ce sacrifice je serai transportée dans un pays où seule moi aurait le droit à une fin heureuse. C'était ce qu'il m'avait dit.
- Storybrook, l'entendit-elle approuver dans son coin à voix basse.
Un haussement de la tête pour acquiescer et elle croisa des bras protecteurs autour d'elle, faisant crisser le velours de sa veste.
- Là bas personne ne se souviendrait de la forêt enchantée à part moi. Moi qui exercerait mon pouvoir sur eux à tout jamais. Seul problème, l'enfant de Snow White et du Prince Charmant serait la Sauveuse, destinée à briser ma malédiction lorsque vingt-huit années ce seraient écoulées. J'ai tenté de tuer l'enfant mais ses parents l'ont envoyée dans un autre monde avant que je puisse l'atteindre.
- Storybrook ? demanda-t-elle cette fois avec l'air de vouloir comprendre.
- C'était une ville isolée du reste du monde dans lequel elle était. Là bas, le temps était figé à jamais, continua-t-elle comme si elle n'avait pas été interrompue. La même journée qui se répétait inlassablement et avec le temps moi qui commençait à me lasser, à ressentir le vide que Maléfique m'avait prévenue que je ressentirai si je lançais la malédiction ... J'ai voulu un enfant pour le combler. Un enfant que le Ténébreux m'a aidé à adopter.
- Et la fille de Snow White ?
- Henry l'a ramenée à Storybrook. Il avait découvert l'existence de la malédiction. Il me ... Il me haïssait. Et Miss Swan représentait tous les espoirs. Celui de briser la malédiction, celui de se débarrasser du joug de sa mère, celui de commencer une nouvelle vie où il serait le héro qui aurait aidé la Sauveuse à ramener toutes les fins heureuses des habitants du village et de la forêt enchantée.
Elle ne se rendit compte qu'elle pleurait que lorsqu'une larme alla s'écraser sur le tissu rouge de sa veste, l'obscurcissant tandis que le liquide pénétrait le velours.
- Alors forcément je l'ai détestée. Miss Swan ... J'ai tout tenté pour me débarrasser d'elle avant qu'elle ne me vole mon fils. Mais sans succès. Et quand j'ai tenté de l'endormir avec le même poison qui avait endormi Snow White, c'est Henry qui l'a protégée et est tombé dans le com... Dans un sommeil éternel. Mais sa mère biologique a brisé la malédiction en l'embrassant lorsqu'elle l'a cru mort ... Un baiser d'amour véritable.
- Celui qui brise toutes les malédictions ...
- Je suis devenue la femme à abattre mais certainement parce qu'elle pensait que mon fils devait toujours m'aimer, Miss Swan a refusé qu'on me tue. Elle m'a protégée à plusieurs reprises et je l'ai fait à mon tour lorsqu'elle a été en danger. Ce qui ne m'a pas pour autant valu d'être mieux considérée ... Ma mère s'est mêlée à l'équation, j'ai été accusée de meurtre à sa place et quand Snow White a finalement comprit la vérité, elle a ... Elle a osé me faire croire qu'en remettant le cœur de ma mère à sa place, je retrouverai une mère qui m'aimerait et serait là pour moi. C'était sans doute vrai mais il avait été ensorcelé et quelques secondes après que je l'aie fait, elle est morte dans mes bras.
A quelques mètres de là la Princesse émit un petit cri de surprise étouffé derrière une main. Elle aussi avait les larmes aux yeux réalisa-t-elle lorsqu'elle osa lui jeter un rapide coup d'oeil.
- Ensuite vos parents ont pensé que ce serait une bonne idée de ramener tout le monde dans la forêt enchantée. Miss Swan n'était pas d'accord. Je suppose qu'en ayant grandi dans ce monde, elle n'avait aucune envie de le quitter pour la forêt enchantée où tout était si ... archaïque. Nous nous sommes donc rapprochées. Avec quelques autres rares habitants de Storybrook, nous voulions rester et nous avions convenu de trouver un moyen de concilier tout le monde. Mais Snow White et son mari n'ont pas voulu attendre. Ils ont lancé la malédiction et j'ai cru que Miss Swan et Henry m'avaient trahie.
- Ce n'était pas le cas. Ils sont venus vous voir et ils vous ont annoncé ce qu'était vraiment la malédiction. J'ai vu ce souvenir ! Je les ai vus vous expliquer et vous demander de ne pas vous venger de ... de mes parents.
La sorcière acquiesça, incapable de retenir la magie volatile qui s'échappait de ses poings pourtant serrés. Le chant des oiseaux s'arrêta en même temps que celui de l'eau qui se figea dans la cascade, suspendue en un millier de gouttes argentées dans l'air chargé d'électricité.
- Quand je me suis réveillée ici ... J'avais conservé tous mes souvenirs. Et vous ... Vous n'étiez qu'une enfant.
Elle sursauta au contact de la main qui se posa sur son bras, se dégageant de la tentative de réconfort que l'autre venait de tenter de lui offrir. Pourtant elle mourrait d'envie de la prendre dans ses bras et y pleurer jusqu'à assécher son corps mais elle fit l'effort de s'éloigner de quelques pas. Elle n'avait jamais eu aucun contrôle sur la magie que ces souvenirs venaient de réveiller.
- Je suis désolée, l'entendit-elle s'excuser.
- De quoi ? D'avoir des parents aussi idiots ? Vous n'y êtes pour rien ...
- Je suis désolée de vous avoir forcée à me raconter ça et je ... Je suis désolée si elle ... Si je vous ai fait du mal. Là bas.
- Ne le soyez pas. Je vous en ai fait aussi.
- Alors ... Vous ne l'aimiez pas ? Même pas un petit peu ?
La formulation aurait pu la faire rire mais les pouvoirs qui crépitaient tout autour d'elle l'inquiétaient trop pour qu'elle s'y laisse aller.
- Non Emma. Je ... J'étais attirée par elle oui. Physiquement, c'est indéniable. Et j'admirais sa force, sa détermination et la façon qu'elle avait de me tenir tête mais non ... Je ne l'aimais pas. Pas plus qu'elle ne m'aimait.
- Comment est-ce que vous pouvez en être sûre ?
- Quelle importance ?
- L'importance ? Et si la malédiction est brisée ?! Et si Miss Swan me remplace ?! Qu'adviendra-t-il de nous ? Est-ce que vous m'aimerez toujours ? Est-ce que je vous aimerai ?
- Pourquoi vous remplacerait-elle ? Vous n'êtes qu'une seule et même personne ...
- Mais même vous, vous n'en êtes pas sûre ...
- Non. Non, je ne sais pas ce qui se passerait en effet ... Mais seul un baiser d'amour véritable pourrait ramener cette partie de vous. Et nous ... Nous ne sommes visiblement pas des âmes soeurs. Alors à moins que ... que ...
- Que quoi ?
- A moins que vous ne décidiez d'aller tenter votre chance ailleurs, ces souvenirs ne reviendront pas.
- Neal m'a dit qu'il allait trouver le moyen.
- Neal veut faire de vous une compagne pour traverser l'éternité que son père lui a allouée, répondit-elle sans parvenir à cacher sa jalousie.
Cette fois elle n'arrêta pas la main qui se posa quelque part dans son dos.
- Ce n'est pas parce que je suis en colère après vous que j'ai oublié à qui j'appartiens Regina.
La phrase la fit frissonner. Quelque chose en elle aurait voulu pouvoir se rassurer en se retournant et emprisonnant la jeune femme dans ses bras. Elle aurait aimé pouvoir lui faire l'amour là, tout de suite et lui faire gémir son nom, la marquer et l'empêcher de pouvoir désirer qui que ce soit d'autre qu'elle. Mais il était trop tôt. Trop tôt même pour qu'elle ose poser une main si honnête fut-elle sur elle et encore moins ses lèvres.
- Épousez-moi.
Les mots lui avaient échappé et si elle n'avait pas été la Reine qu'elle était aujourd'hui, elle se serait certainement frappée pour sa bêtise.
- Qu... Quoi ? Est-ce que c'est Sidney qui vous a parlé de ça ?
- Non, mentit-elle en s'autorisant à se tourner pour faire face à la jeune femme qui avait apparemment rougi de honte. Non, ce n'est pas ça. Ne me répondez pas tout de suite. Ne me répondez pas tout court en fait, je vous le re demanderai certainement plus tard mais non, vous ne m'appartenez pas. Pas encore. Mais j'aimerais que ce soit le cas.
- Ce n'est pas un moyen pour m'arrêter d'être en colère contre vous ?
- Non.
- Tant mieux. Parce que je le suis toujours.
- Je n'en doutais pas une seconde, lui répondit-elle, ses lèvres s'étirant enfin en un sourire.
Le regard de la blonde s'y fixa immédiatement et elle dut se faire violence lorsqu'elle s'avança vers elle. Le doigt qu'elle posa sur la bouche de la Princesse lui valut un froncement de sourcils.
- Emma, je ne demande pas mieux que de vous emmener dans la première chambre libre de ce château mais ma magie est encore instable et je ne suis pas sure que vous ayez les idées très claires après tout ce que je viens de vous avouer.
- Et qu'est-ce que ça veut dire ? Que vous allez me laisser rester ici un moment pour réfléchir ?
- J'aurais aimé vous ramener chez nous mais si vous désirez être seule je préfère encore que vous le soyez avec Maléfique qu'avec Baelfire.
- Chez nous ? releva-t-elle uniquement.
- Et bien, tout ce qui est à moi sera bientôt à vous non ?
Si son sourire en coin était un indicateur suffisant pour prouver à la blonde qu'elle ne lui en voulait pas pour avoir eu ces paroles déplacées, il contribua largement à la faire rougir à nouveau.
- Je ... Je vais rester ici un peu. Mais je ne peux pas vous promettre que je dirai à non à Neal si il cherche à me voir. Il ne m'a jamais donné de raison de douter de lui.
Le "contrairement à vous" n'était pas audible mais il eut l'effet d'un boulet de canon que la brune aurait reçu en plein ventre. Mais à quoi d'autre aurait-elle du s'attendre ? Elle n'avait fait qu'omettre la vérité à la jeune femme qui l'avait découverte sans crier gare. Elle dut se détourner à nouveau pour cacher les signes de sa colère, serrant les dents à l'idée que le fils du Ténébreux puisse avoir le moindre avantage par rapport à elle.
Mais il avait eu raison, elle n'avait aucun droit de forcer Emma à quoi que ce soit. Et si elle n'avait aucun doute sur son pouvoir de séduction et l'attraction quasi démesurée qui existait entre elles, elle savait aussi qu'elle voulait avoir la confiance de la jeune femme. Sans elle, leur relation serait vouée à l'échec.
- Je comprends, finit-elle par murmurer. Vous savez où me joindre si vous avez d'autres questions. Ou quoi que ce soit. Vraiment.
Elle ne doutait pas une seconde que la jeune femme en aurait à foison une fois qu'elle aurait digéré ce qu'elle venait d'ores et déjà d'apprendre et elle n'attendit pas de réponse avant de disparaître en un nuage de fumée.
Apparemment trop perturbée par ce qui se passait en elle, elle ne réapparut pas bien loin, s'écroulant sur le tapis où elle venait d'atterrir devant une cheminée. Sa magie fit montrer les flammes dans l'antre et elle ne parvint pas à retenir le sanglot qui avait menacé de lui échapper plus tôt.
- Gina ?
Elle sentit à peine la présence de la femme qui vint s'agenouiller à ses côtés, accueillant avec réticence les bras qui l'entourèrent en une embrasse qui se voulait réconfortante.
- Chérie qu'est-ce qu'il se passe ?
- Je ... J'ai peur Mal. J'ai jamais eu autant peur de toute ma vie.
- Calme toi. Je n'ai pas prévu de rénovation ici pour encore quelques années et j'aimerais que mon salon reste intact.
La remarque lui arracha un petit rire mais les flammes hautes de plusieurs mètres ne retombèrent pas.
- Ce petit morveux a le culot de croire que nous allons nous livrer une compétition pour Emma ...
- Terrible, lui répondit l'autre pince sans rire en faisant rouler les r du seul mot qu'elle avait prononcé.
- Et tu sais ce qu'il y a de pire ?
- Dis moi.
- Ce petit enfoiré a ses chances.
Elle fut presque outrée du rire que sa déclaration provoqua, l'indignation effaçant momentanément le poids de sa peine.
- Mal, gronda-t-elle.
- Oh quoi chérie ? Vraiment ? Si tu ne veux pas que je me moque de toi, ne me rends pas la tâche si aisée ... Cet enfant n'a aucune chance face à toi ...
- Mal, Emma et lui étaient proches là bas. C'est le père d'Henry bon sang ! Et ... Et j'ai peur d'avoir perdu sa confiance.
- Dans ce cas bats-toi pour la récupérer, lui répondit-elle soudain bien plus sérieuse.
- Je lui ai parlé de Storybrook. D'Emma Swan ...
- Alors laisse lui du temps.
Elle savait tout ça. Savait qu'elle n'avait plus rien à faire à part attendre que la Princesse revienne vers elle mais la patience n'avait jamais été son point fort. Et ajoutée à ça la peur qui rongeait son estomac au point de lui faire mal, elle n'était pas sûre de pouvoir tenir jusqu'à la fin de la journée sans nouvelle d'elle. Les sombres pensées furent interrompues par la présence d'Emma dont elle sentit la magie en direction d'une des portes qui donnaient sur la pièce. Rassemblant son courage la sorcière se força à reprendre le dessus sur ses pouvoirs, laissant les flammes reprendre leur aspect habituel.
A ses côtés la blonde se leva avant elle et elle accepta la main qui lui fut tendue pour en faire de même.
- Tiens moi au courant si elle rejoint Baelfire, murmura-t-elle à l'oreille de son amie.
- Vos désirs sont des ordres.
Si la formule avait été prononcée sur le ton de la plaisanterie, les yeux clairs de Maléfique ne contenaient qu'une profonde sincérité qui la rassura l'espace d'un instant. Essuyant ses larmes de deux doigts, la brune lui adressa un bref signe de tête avant de se diriger vers la sortie.
Sans surprise, elle y trouva son amante, adossée à la porte, les bras croisés. Un instant leurs regards se croisèrent et elle fut surprise de voir l'auréole argentée flotter dans ses iris clairs. Les révélations qu'elle lui avait faites risquaient-elle de réveiller un peu plus la magie qui dormait en elle ? Celle emplie de fureur dont Emma parlait avec peur ? Aurait-elle du prévenir Maléfique des risques qu'elles courraient si jamais ses pouvoirs se réveillaient ?
Mais pour l'heure aucune colère dans le regard qui la défiait. S'il était noir c'était pour d'autres raisons réalisa-t-elle tandis qu'une électricité statique faisait se dresser tous les poils de son corps dans un frisson qu'elle ne parvint pas à masquer. Sa réaction étira les lèvres de la blonde en un sourire impertinent qu'elle aurait adoré effacé avec les siennes.
- A bientôt Emma, se contenta-t-elle de lui dire pour ne pas faire quelque chose qu'elle regretterait l'instant d'après.
- Sûrement.
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Lancé au galop sur tout le trajet du retour Hadès était pourtant à peine essoufflé lorsqu'elle le laissa entre les mains d'un palefrenier dans ses écuries. Il faisait presque nuit déjà et une ambiance lourde pesait dans tout le château. La pensée que sa mère ait pu causer le moindre désordre la fit froncer les sourcils. A dos de cheval, elle était parvenue à se faire à l'idée qu'elle surmonterait tout ce qui pourrait lui arriver.
Si Cora était bel et bien de son côté, plus rien ne représentait réellement une menace. Et quand bien même Emma choisissait de faire confiance à Baelfire, elle trouverait certainement le moyen de lui faire perdre la face. Après tout, son père lui avait offert des pouvoirs semblables aux siens, il y avait donc de grandes chances pour qu'il possède également les mêmes défauts. Oui ... Si elle en était réduite à ça, elle ferait tomber dans ses travers le fils du Ténébreux sans aucun regret pour rentrer dans les bonnes grâces de la Princesse.
- Majesté ?
Le petit sourire qui était né sur ses lèvres s'effaça lorsqu'elle prit conscience de l'inquiétude qui avait teinté son titre.
- Commandant ? répondit-elle sur le même ton.
- Le ... Le mari de Snow White est ici. Dans la salle de guerre.
- Qu'est-ce qu'il fait ici ? Comment est-il arrivé ?
- Euh ... Par magie je suppose.
Elle ne prit pas le temps de se rendre à pieds jusqu'à la salle, préférant s'y transporter en un nuage de fumée violette. Le spectacle qu'elle y découvrit lui fit étouffer un rire moqueur. Assis en bout de table dans un fauteuil en pierre Charmant avait l'air d'un enfant qui vient d'être convoqué devant la directrice de son école pour une blague de mauvais gout. Et pour cause, à l'autre extrémité de la table, Cora se tenait droite, parfaitement immobile, le regard rivé sur lui. Depuis combien de temps étaient-ils là ?
Parce qu'elle reconnaissait la tactique comme une de celles qu'elle aimait employer, Regina fut capable de discerner l'amusement dans les yeux pourtant froids qui refusaient de lâcher l'homme dans le but de le mettre mal à l'aise et fut presque tentée de faire durer le plaisir. Mais l'instant d'après les perles d'ébènes si semblables aux siennes glissèrent presque imperceptiblement vers elle. Le rapide examen qui fut fait d'elle lui valut un froncement de sourcils inquiet qu'elle repoussa d'un hochement de tête négatif.
- Debout, ordonna la Reine des Cœurs en brisant le silence qui devait persister depuis un long moment déjà.
Cette fois elle ne cacha pas son sourire lorsque l'autre s'exécuta par réflexe, tournant sur lui même pour comprendre la cause de l'ordre qui venait de lui être donné.
- Oh Reg... Majesté !
- Pourquoi êtes vous là ? Mon château est-il le seul endroit au monde où votre femme ne vous sautera pas dessus ?
La remarque fit rougir le souverain mais elle ne s'autorisa pas à prolonger la plaisanterie, approchant le fauteuil que sa mère venait de libérer pour lui laisser place. Assise, elle sentit toute la fatigue de la journée retomber sur elle. La main qui se posa sur une de ses épaules en signe de soutien allégea sensiblement la tension qu'elle pouvait sentir dans tout son corps et elle fut brièvement étonnée que sa mère sache pratiquer ce genre de magie.
- Alors Charmant ? J'attends ... Comment êtes vous arrivé là ?
- Je cherchais à vous joindre Majesté mais c'est ... C'est votre mère qui a entendu mon appel et elle a décidé qu'il serait préférable que nous nous parlions en face à face.
Elle avait surtout décidé de s'amuser à ses dépends, devina-t-elle. L'inconfort qu'il ne parvenait absolument pas à cacher en sa présence était rafraîchissant même pour elle.
- À me parler de quoi ?
- Vous vous souvenez de notre conv...
- J'ai bonne mémoire oui. Aux faits, Majesté.
Le titre qu'elle avait utilisé sembla encore d'avantage le mettre mal à l'aise. Les idiots avaient beau clamer que la distinction leur été due, il n'empêchait qu'ils l'avaient tout bonnement volée. Pour l'instant elle restait la seule souveraine légitime de la Forêt Enchantée et toutes les terres du royaume noir qu'elle s'était ensuite appropriées par l'acier de ses soldats.
- Je ... Je n'ai pas réussi à interroger ma femme mais hier soir j'ai mis une potion dans son vin et ...
L'hésitation la fit hausser un sourcil interrogateur. Qu'avait donc fait le oh si innocent chevalier à sa chère et tendre ? Elle aurait donné beaucoup pour avoir pu le voir à l'oeuvre. Elle avait du mal à l'imaginer être subtil ... Mais après tout il était nul besoin de subtilité lorsqu'on cherchait à duper quelqu'un comme Snow White ...
- Et elle est tombée dans un profond sommeil.
- Un sommeil éternel ? s'amusa-t-elle tandis qu'il prenait un air outré.
- Non ! Non je ne ferais jamais ça et puis ... Et puis je ne sais pas si je parviendrais encore à la réveiller d'un simple baiser à l'heure qu'il est.
- Les faits, rappela-t-elle, sa patience s'épuisant à une allure folle.
- J'ai profité de son sommeil pour fouiller ses affaires et j'ai trouvé quelque chose.
Elle était à deux doigts d'élever à nouveau la voix pour le pousser à continuer son récit lorsqu'il glissa sa main dans une poche intérieure de son costume pour en sortir un petit rouleau de parchemin. Son cœur s'emballa à la vue du simple objet. Elle en avait tenu un semblable dans ses mains il y avait de cela des dizaines d'années ... Un simple petit parchemin qui contenait une des magies les plus puissantes dont elle n'ait jamais eu l'occasion d'être témoin.
La trépidation qu'elle éprouvait soudain l'empêcha pourtant d'agir dans l'immédiat, les mains tremblantes, elle se contenta d'observer tandis qu'un petit nuage de fumée violette transportait directement l'objet des mains du mari de Snow White dans celles de Cora qui ne perdit pas une seconde pour dérouler les quelques centimètres qu'il contenait.
Les yeux sombres scannèrent avec avidité le contenu du document et elle eut frisson lorsque sa mère émit un petit rire qui ressemblait à deux gouttes d'eau à celui de la femme sans cœur qu'elle était autrefois.
- Alors ? demanda-t-elle.
- Alors une pomme empoisonnée pourrait très bien faire l'affaire si tu voulais te débarrasser de ta pire ennemie ma chérie. Cet idiot a raison, aucun baiser d'amour véritable ne pourrait plus la sauver.
Cette fois la curiosité fut plus forte et elle eut le droit à un regard exaspéré de sa mère lorsqu'elle lui arracha presque le parchemin pour le lire à son tour. Elle aurait du savoir que son ex belle fille ne sacrifierait jamais son cœur ni quoi que ce soit de terriblement handicapant. Elle n'en avait pas le cran. Mais elle en avait l'idiotie. Et si formulés comme ils l'étaient les mots avaient l'air innocents, Regina avait appris à décrypter les frasques de Rumplestilskin.
- Contre une goutte de sang, une goutte de ténèbres, lut-elle un passage à voix haute.
- Une goutte ... Elle a du penser qu'elle n'aurait à sacrifier qu'une toute petite goutte de sang. C'est ce qu'il s'est passé berger ?
- Je ... Je crois. À la fin elle a du piquer son doigt avec la pointe de la dague de Rumplestiltskin.
A ces mots Cora fut prise d'un rire qui parvint presque à la faire frissonner tandis que le mari de Snow White se recroquevillait visiblement sur lui même, conscient qu'on se moquait de sa stupidité.
- C'est un très vieil usage de la dague. Avant même que l'on ait appris à se servir de la magie pour arracher les cœurs. Les Ténébreux utilisaient leurs dagues sur les êtres qu'ils voulaient asservir. Elle n'absorbe peut être qu'une seule goutte de sang mais ce qu'elle injecte dans l'esclave se multiplie à l'infini. Jusqu'à ce que ... Pour chaque goutte de sang, il y ait aussi une goutte de ténèbres. En résumé votre femme n'a plus qu'une demie humanité. Rumple pourrait très bien s'en servir comme d'un pantin mais je doute que ce soit son but ...
- Quel était son but dans ce cas ? demanda la Reine, même pas étonnée par l'étendue des connaissances que possédait sa mère.
- Je ne sais pas mais il devait y trouver son intérêt, c'est certain.
- La première malédiction avait été lancée pour qu'il retrouve son fils ... Qu'est-ce qui le pousserait à y renoncer ?
- Neal n'était pas en bons termes avec son père, intervint Charmant sous leurs regards étonnés. Peut-être qu'il cherchait le moyen de le retrouver dans de meilleures dispositions ? C'est le cas aujourd'hui non ?
- C'est une façon de voir les choses ...
- Et ... Et ma femme ? Comment peut-on faire pour la sauver ?
- Je crains que ce ne soit pas possible ...
Elle qui ne s'était pas prononcée vit facilement le plaisir que sa mère prit à annoncer la nouvelle au souverain dont le corps entier sembla s'affaisser sous le poids de la tristesse. Pourtant elle connaissait suffisamment bien la Reine des cœurs pour savoir qu'elle venait de mentir mais elle préféra rester silencieuse. Sauver Snow White n'était absolument pas dans ses projets. Elle avait déjà consenti à ne pas l'anéantir pour faire plaisir à Emma alors ...
Comme si le seul fait d'avoir pensé à elle accentuait la connexion qui existait entre elle, la bague qu'elle portait à l'annuaire électrifia toute sa main l'espace d'un instant, la forçant à serrer le poing sous l'œil interrogateur de Cora. Elle ne s'excusa pas avant de sortir de table, montant un étage pour rejoindre ses chambres où presque sans surprise un corbeau noir l'attendait avec un message attaché à un de ses serres.
" Elle est partie " annonçait uniquement le parchemin qu'elle fit brûler dans une boule de feu. Et aucun miroir chez Rumplestiltskin pour savoir ce qu'il s'y passait ...
- Je suppose que tant que tu es en colère c'est un bon signe pour moi ... murmura-t-elle en s'adressant au solitaire qui brillait d'une lueur fauve à son doigt.
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La colère n'avait pas faibli et elle avait mis une éternité avant de pouvoir s'endormir, blottie contre le corps musclé de son Lynx. Le lien qu'elle avait créé et entretenu entre leurs deux magies lui avait toujours permis de savoir quelles émotions éprouvait la Princesse et elle n'était plus surprise lorsqu'elle était envahie par une sensation qui lui était étrangère. Elle avait déjà eu les larmes aux yeux alors qu'elle n'était pas triste, elle avait déjà partagé la furie de la blonde, s'en était parfois même nourrie pour augmenter sa propre puissance ... Elle avait partagé sa nostalgie, son sentiment d'impuissance et son désir mais rarement elle avait eu le droit de sentir ses propres entrailles se serrer de rage au point où elles le faisaient à présent.
Jusque dans ses songes elle avait été poursuivie par leur connexion, rêvant pour la première fois depuis des années qu'elle assassinait de sang froid des centaines d'hommes sur un champ de bataille. Ce ne fut pourtant pas la vision d'horreur qui s'offrait à elle qui la réveilla mais un grand fracas quelque part dans les étages inférieur. Quelques secondes elle resta interdite, immobile dans son lit, guettant le moindre bruit jusqu'à ce que son animal de compagnie bondisse vers la porte de sa chambre.
- Gardes !
La voix du Commandant avait raisonné dans le lointain, la faisant sortir de son immobilité. D'un bond, elle aussi fut debout, sans faire attention à la tenue de guerre dont sa magie était en train de l'habiller. La même qu'elle portait quelques secondes plus tôt dans ses rêves tandis qu'une fumée d'un violet profond l'emportait d'instinct dans le hall de son château.
Le spectacle qui l'attendait la surprit. Plusieurs gardes royaux s'y tenaient, lances en main, encerclant la haute stature d'un cheval à la robe d'un beige presque doré. Bandit. Chevauchée par la Princesse qu'elle pouvait voir trembler de rage depuis là où elle était. Le halo argenté qui brillait dans les yeux clairs ne l'étonna même pas mais elle sentit son coeur se serrer d'appréhension en voyant la main qu'elle tenait fermement crispée autour de son pendentif.
- Princesse ?
Sa voix fit retourner certains des gardes à qui elle ordonna d'un simple signe de tête de cesser leur menace. Seul Graham se permit de désobéir, raffermissant sa poigne sur l'arme qu'il tenait. Autour d'eux l'air crépitait d'étincelles argentées et un instant l'horrible idée que toute cette colère puisse être dirigée contre elle la paralysa.
- Emma ?
L'intéressée trouva enfin son regard et elle sentit une vague de soulagement la submerger lorsqu'elle n'y vit que de la peur. Elle portait l'air de quelqu'un qui ne sait pas du tout ce qui lui arrive qui la décida à combler la distance qui restait entre elles. Une main posée sur l'étalon le fit disparaître en un nuage de fumée, accueillant dans ses bras le poids de la blonde qui eut du mal à tenir droite.
- Calme-toi mon ange.
- Je suis ... Je suis tellement en colère. Elle est tellement en colère.
- Pourquoi ?
- Il ... Il a dit ...
Peut-être était-ce la magie de son amante qui appelait si bien la sienne, ou peut-être lui était-ce entièrement dû, mais Regina dut serrer les dents pour ne pas la forcer à lui en dire plus. Elle voulait des réponses. Elle avait peur de ce que l'autre avait pu lui apprendre, peur de ce qu'il avait pu faire et peur de sa propre réaction lorsqu'elle serait au courant ...
- Il m'a montré des souvenirs. Des souvenirs de nous. Là bas. Et je ... Je l'aimais. Elle l'aimait.
Cette fois c'était la jalousie qu'elle devait ravaler, détournant un instant les yeux pour se donner le temps d'y cacher le démon qu'on aurait certainement pu y voir.
- Je ... On s'est embrassés.
Elle sentit le contrôle lui échapper à la seconde même où les paroles furent sorties de la bouche de la jeune femme, faisant exploser plusieurs vitres qui donnaient sur le parvis du château. La sorcière abandonna tout contact avec la blonde, s'éloignant de quelques pas. Le dos résolument tourné, elle fit l'effort de se concentrer sur autre chose. Autre chose que son envie de violenter la blonde. Comme le fait que Graham avait eu la présence d'esprit de chasser tous les autres gardes, restant seul avec elles deux. Il avait l'air désolé d'assister à une telle scène, lèvres pincées et yeux à terre.
- Regina je ...
- Je suis désolée ? devina-t-elle moqueuse.
- N... Non, j'allais v...
- Non ?!
- J'allais vous demander de me pardonner !
Emma venait de crier, le talon d'une de ses bottes allant s'écraser sur le sol en marbre qui se fissura. Elle n'était plus habituée à ce que qui que ce soit ose lever la voix devant elle.
- Vous êtes en colère ? Bordel, vous êtes en colère ?! sembla-t-elle continuer à s'énerver. Vous voyez pas que je suis pas bien ? Ça vous viendrait pas à l'esprit qu'il s'est passé quelque chose que ... que ...
Les mots l'avaient fait se retourner avec hâte et l'examen minutieux qu'elle fit de la Princesse la fit momentanément se calmer. Seulement alors remarqua-t-elle les traces rouges qui striaient son cou, les paupières encore bouffies par les larmes et la lèvre fendue que des dents trituraient nerveusement.
- Que quoi ? poussa-t-elle avec prudence.
- Il ... Il n'a pas compris ... Il ne comprenait pas pourquoi je disais non. J'ai refusé ... Et il ...
- Je vais le tuer.
- Non !
- Non ? Vous le défendez ? Que vous a-t-il fait exactement ?
- Rien. Il a ... Il a juste essayé de me déshabiller. On s'est un peu battus et finalement ... Je me suis enfuie.
- Oh il a juste tenté de vous déshabiller ? Mais comme finalement vous vous êtes enfuie tout va bien ?!
Sa voix était descendue d'un octave, presque mielleuse et à présent il n'y avait aucun doute que c'était bien d'elle que la Princesse était effrayée.
- Vous êtes comme elle. En colère. Vous ne comprenez pas ...
- Je ne comprends pas ?! explosa-t-elle.
Ses mains agrippèrent le col déjà abîmé de la chemise que la jeune femme portait et elle ne lui laissa pas le temps de répondre avant de continuer sans aucun égard pour les larmes qu'elle voyait se rassembler dans les yeux clairs.
- Oui, je suis en colère. Et cette colère que vous sentez en vous ? Oui, c'est sans doute Elle. Pourquoi ? Parce que nous sommes assez intelligentes pour comprendre ce que ce salopard a essayé de faire Emma ! Alors s'il y a quelqu'un qui ne comprend pas ici ... C'est vous !
- Lâchez-moi !
Elle n'obéit pas à l'ordre qui lui avait été donné, trop dépassée par sa propre colère pour faire attention à ce qu'elle était en train de faire.
- Lâchez-moi ! Vous ne voyez pas que vous aussi vous vous laissez emporter par vos pouvoirs ?! Comme Neal !
La comparaison la refroidit suffisamment pour qu'elle la repousse d'un geste sec et elle ne s'était pas attendue à l'accusation qui suivit.
- Vous pensez que ça m'amuse ? De quel droit est-ce que vous êtes en train de vous en prendre à moi ? C'est vous qu'il faudrait accuser !
- M... Moi ? balbutia-t-elle incrédule.
- À cause de qui est-ce que je porte ce foutu collier ? Qui m'empêche d'utiliser ma magie ?! Si j'en avais eu, j'aurais certainement pu me défendre ! J'aurais appris depuis longtemps à la maîtriser ! J'étais terrorisée ! J'arrivais même pas à me servir des pouvoirs que j'utilise d'habitude ! J'ai cru que j'y arriverais pas, je me sentais impuissante alors que ... Que je la sentais, elle, avoir envie de le tuer ! Vous savez ce que ça fait ? Non !
- Emma ...
Mais l'intéressée ne l'écoutait pas, la main crispée sur le collier qu'elle lui avait offert des années auparavant.
- Vous dites que vous m'aimerez toujours telle que je suis mais vous avez supprimé une grande part de moi avec ce collier.
- Pour votre protection Emma ! Vous n'étiez qu'une enfant, votre magie était dangereuse ! Vous parlez de perte de contrôle mais c'est vous qui êtes en train de vous faire manipuler par vos pouvoirs. Lâchez ce collier.
- Sinon quoi ?
Elle était en train de la perdre réalisa-t-elle lorsque les iris clairs perdirent toute trace de leur véritable couleur pour céder place à un tourbillon argenté.
- Je ne me battrai pas contre vous.
- Oh vraiment ?
Elle n'était pas sûre que la main qu'avait levée la Princesse se soit apprêtée à avoir un quelconque effet mais elle préféra la prudence à un accident. Une force invisible venait d'immobiliser la blonde dans son geste et elle s'autorisa enfin à se rapprocher d'elle à petits pas.
- Je ne me battrai pas contre vous, répéta-t-elle. Mais je compte bien vous empêcher de nous faire perdre notre temps.
- Parce que vous êtes si sûre de gagner ?
- Vous pourriez peut-être me surprendre Princesse mais je n'ai aucun doute sur l'issue d'un éventuel combat, en effet.
- Pourquoi ?
La question avait été murmurée, leurs deux corps assez proches maintenant pour que leur échange n'ait plus besoin d'être entendu par le Commandant qui était resté en retrait.
- Parce que je suis votre Reine Emma et que je pourrais vous soumettre avec des mots seulement.
- On parie ?
Il y eut un craquement quelque part entre elles avant qu'elle ne sente la violente douleur transpercer sa main. Celle de son amante venait de broyer le pendentif qu'elle avait toujours fermement tenu dans son poing réalisa-t-elle. La sorcière eut à peine le temps de penser à protéger Graham avant qu'une vague de magie se répande en un bruit assourdissant dans toute la pièce. Le château entier avait du en trembler à en juger par les chutes d'objets et de meubles qu'elle pouvait entendre depuis des étages supérieurs.
- Vous croyez qu'il s'en serait pris à moi si j'étais comme ça ?
Elle ne répondit pas tout de suite, détaillant la jeune femme qui n'avait pas encore bougé. Les yeux clairs n'existaient plus, entièrement remplacés par un furieux tourbillon argent qui donnait un air spectral à son amante dont les boucles blondes volaient, suspendues en l'air par la force de la magie qu'elle avait déployé sans le comprendre. Emma avait beau eu lui confier qu'elle avait l'impression de renfermer de la magie noire, la Reine eut un mouvement de recul lorsqu'elle reconnut les pouvoirs qui crépitaient dans la pièce.
Noirs oui. Pas une once de magie blanche dans la force brute qui fissurait les murs et aurait déchiqueté sa peau si ses propres pouvoirs ne la protégeaient pas. La Princesse était pourtant le produit d'un Amour Véritable, de la magie blanche à l'état pur et qu'importe ce qui avait pu la tourmenter toutes ses années, qu'importe que quelque chose en elle ce soit souvenu d'Emma Swan et ait conservé la colère qu'elle éprouvait dans ses derniers instants, il n'était pas logique qu'elle ait été à ce point corrompue ...
Et pourtant ... Elle avait du mal à lutter contre la noirceur qu'elle sentait appeler sa propre magie au point qu'elle se force à faire quelques pas en arrière. Si elle succombait à la tentation, le bouclier qu'elle avait érigé autour de Graham s'écroulerait et il ne resterait plus rien de son plus fidèle soldat en quelques secondes.
- Qu'est-ce qu'il se passe Gina ? On a peur ?
Le surnom la surprit plus encore. Dès le départ, Emma avait eu du mal à ne pas l'appeler par son prénom et avec le temps elle avait renoncé à lui faire respecter l'étiquette, lui accordant ce droit qu'elle appréciait secrètement. Mais Gina ... Elle l'aurait peut être accepté dans d'autres circonstances mais à l'instant il semblait déplacé.
- Peur de quoi ? grinça-t-elle entre ses dents.
- De moi ? De ce que je suis ?
- De vous ? répéta-t-elle avec un faux rire. Je n'ai pas peur du Ténébreux et vous voudriez que j'aie peur ... de vous ?
Sa remarque fit visiblement mouche, contrariant l'intéressée au point qu'elle déchaîne sans s'en rendre compte les éléments autour d'elle. L'air quasiment irrespirable se chargea d'avantage d'électricité, claquant ça et là au moindre contact avec un objet qui lui résistait. Elle allait devoir rénover toute la pièce quand ce petit show aurait pris fin.
- Ne mentez pas. Je le vois dans vos yeux. Ça vous dégoûte.
- C'est bien mal me connaître Emma ... Vous ne me dégoûtez pas, je dirais même le contraire. Ce n'est un secret pour personne que ce genre de magie m'attire énormément. Et vous ne m'effrayez pas non plus ... Vous me donnez plutôt envie de faire de très mauvaises choses. De vous apprendre à les faire. Avec moi.
Sans surprise elle sourit au désir qui assombrit les yeux pourtant envahis d'argent. Elle qui s'était persuadée un peu plus tôt que lui donner du temps et de l'espace était le seul moyen de regagner la confiance de la femme qu'elle aimait, n'avait pas trouvé d'autre moyen de la contrôler sans la combattre.
- Alors apprenez moi.
Elle agit par instinct lorsqu'elle combla l'espace restant entre elles, ravie des talons aiguilles qui lui donnaient l'avantage de la taille quand elle voulut toiser la Princesse d'un regard condescendant.
- Ici c'est moi qui donne les ordres Lieutenant. Je suis la plus expérimentée et surtout je suis votre Reine. Leçon numéro une Em-ma, je n'ai pas besoin de mener de combat, je suis toujours la gagnante. À genoux maintenant.
L'intéressée eut beau obéir il n'y avait pas une once de soumission dans le regard qui la dévorait.
- Vous souvenez-vous du serment que vous m'avez prêté Lieutenant ?
- Parfaitement.
- Alors pourquoi défiez vous votre Reine ? gronda-t-elle avec toute la colère qu'elle put trouver en elle.
Elle faillit sourire à l'incertitude qui rida le front de la blonde. L'aplomb que lui conférait sa magie était en train de s'effriter et elle n'avait qu'une seule chance de faire s'écrouler le masque derrière lequel se cachait son amante.
- Vous pensez peut être que ces pouvoirs vous donnent des droits ? Peut-être vous donnent-ils le droit de devenir mon apprentie Emma, mais en aucun cas de me manquer de respect !
La voix glaciale était celle qu'elle avait toujours utilisé pour parler à ses prisonniers, aux hommes et aux femmes pour lesquels elle n'avait aucune estime. Le mensonge sans vergogne avait beau brûler sa langue, il avait l'air de faire effet sur la blonde qui vivait très mal le fait d'être traitée de la sorte. L'horreur qui s'était peinte sur son visage en était une preuve suffisante, la jeune femme apparemment mortifiée d'avoir eu un tel comportement maintenant qu'elle s'en rendait compte.
- Oh mon dieu Regina, je suis ... je suis désolée. Mes paroles étaient déplacées.
- Oui, se contenta-t-elle d'approuver ravie de la honte qui colorait la peau claire de la Princesse.
- Mais vous n'aviez pas le droit de me parler comme ça non plus, fut-elle surprise de l'entendre enchaîner. Vous n'avez pas le droit de vous mettre en colère contre moi alors que ...
- Alors que vous m'aviez affirmé savoir à qui vous apparteniez quelques heures plus tôt ? suggéra-t-elle en retenant très mal son mépris.
- Je le sais ! Je suis à vous Regina. Je le pensais vraiment ! Je le pense.
- Dans ce cas c'est un terme dont nous n'avons pas la même définition ...
- Non ! Non, non, non ! Regina, je vous en supplie, n'allez pas croire ça. Il n'y a que vous. Je ne veux que de vous. Pour le restant de mes jours. C'était peut être elle, elle ...
- Arrêtez de parler comme si Elle n'était pas vous ! coupa-t-elle plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu. Et ne vous cachez pas derrière cette excuse déplorable.
- Pardon. Pardonnez-moi.
Cette fois les excuses prenaient tout leur sens à genoux, irrémédiablement sincères et la Reine eut du mal à ne pas les accepter. Autour d'elles l'air avait cessé d'être électrique, l'énergie toujours palpable semblant se résorber progressivement. Son regard tomba sur les mains jointes et encore tâchées du sang qu'avait fait couler le pendentif lorsqu'elle l'avait brisé. Il était trop tard pour qu'elle envisage d'en recréer un. Tant pis pour les effets secondaires, au point où en était son château, quelques dégâts de plus ou de moins ne se verraient pas ... Quant à Emma ... Elle pourrait toujours trouver le moyen de contrôler ses accès de colère si elle en avait à nouveau décida-t-elle. La Princesse avait raison. Elle devait l'accepter dans tout ce qu'elle était.
- Debout. Vous trouverez le moyen de vous faire pardonner plus tard. Montez dans ma ... Dans une chambre et prenez un bain. Reposez-vous, nous réglerons le sort de Baelfire plus tard.
- Dans une chambre ? Vous vous êtes reprise parce que vous ne voulez pas que j'aille dans la votre ou parce que vous pensez que je ne veux pas y aller ?
- Vous êtes la bienvenue dans n'importe quelle pièce du château Emma.
- Même celle où vous gardez vos souvenirs ?
La question la fit marquer un temps d'arrêt avant de prendre une décision qui la surprit elle même. Elle se donna pourtant le temps de la formuler à haute voix en avançant une main vers le corps qui lui semblait à la fois si près et si loin d'elle. Ses ongles recouverts d'un vernis rouge presque noir coururent sur la longueur d'une manche du chemisier qu'elle portait et malgré la colère qui l'envahit à nouveau lorsqu'ils finirent par remonter jusque dans le décolleté de la blonde et à sa gorge marquée de rouge, elle se força à trouver en elle la magie blanche nécessaire à la soigner.
En face d'elle la Princesse avait la respiration saccadée lorsque sa main finit sa course sous son menton quand elle soigna la lèvre fendue avant de l'obliger à affronter son regard.
- Même celle là oui. Plus aucun secret entre nous.
Ses quelques mots lui valurent un sourire éblouissant qu'elle ne s'était pas attendue à revoir de si tôt.
- Mais vous devez me promettre de ne plus rien me cacher non plus, prévint-elle.
La condition fut immédiatement acceptée à coup de hochements de tête enthousiastes et ce fut à son tour de rire sous le regard émerveillé de la plus jeune.
- Je vous aime Regina. Vraiment.
- Je sais.
Elle ne s'était pas attendue à ce qu'Emma anéantisse l'espace restant entre elle. Pas plus qu'elle ne s'attendait encore à l'onde de choc qui fit trembler le sol de tout le château lorsque leurs lèvres se touchèrent. Les siennes s'entrouvrirent de surprise, sa bouche immédiatement envahie par la langue de son amante qui la retint lorsqu'elle ses genoux faillirent céder sous son poids. Quelque chose s'était brûlé un chemin jusque dans son cœur qu'elle pouvait sentir irradier d'une énergie qu'elle n'avait jamais connue. Une main s'agrippa à sa mâchoire tandis que l'autre colonisait le creux de ses reins pour les rapprocher et elle se laissa aller au baiser qui lui coupa le souffle en moins de quelques secondes.
Pourtant aussi rapidement qu'il était monté en intensité, il mourut lorsque la blonde s'en arracha. Immobilisée à quelques centimètres d'elle, la jeune femme semblait avoir du mal à respirer. Le cœur battant à tout rompre, elle l'observa bouche bée tenter de reprendre son souffle jusqu'à ce que la respiration encore saccadée elle finisse par lever ses iris encore hantés de paillettes d'argent vers elle.
La Reine aurait pu jurer que ses entrailles venaient de se déchirer lorsqu'elle croisa le regard clair où se bousculaient les émotions à une allure anormale.
Confusion. Colère. Peur. Regret. Tristesse.
Comme si elle avait pu sentir que ses émotions étaient trop facilement visibles, l'autre se hâte de briser leur échange, ses yeux allant s'accrocher à la main qu'elle tenait toujours posée sur sa mâchoire avant de suivre le mouvement de ses doigts lorsqu'ils migrèrent vers ses lèvres en les effleurant. Presque comme si elle ne croyait pas ce qui était en train de se passer ... Presque comme si la sensation lui était étrangère.
- M... Miss Swan ? s'entendit-elle demander la voix cassée par les larmes qu'elle avait tenté de retenir.
En vain, comprit-elle lorsqu'un pouce effaça le sillon d'eau qui avait coulé le long de sa joue. Pourtant l'autre ne lui répondait pas, restant interdite quelques secondes durant. Les yeux clairs la détaillèrent de la tête aux pieds en un examen qui la fit littéralement trembler et si elle crut qu'elle allait prendre la parole lorsque sa langue humecta ses lèvres, la sorcière manqua s'écrouler lorsque la silhouette d'Emma disparut dans un tourbillon de fumée noire
Je vous ai fait languir pour ce TLK hein ? ^^
