Bonjour,

Dernier chapitre, ultime chapitre.

J'espère qu'il sera digne d'elle, parce qu'elle le mérite.

Long live Heda.

Enjoy :)


Trois ans plus tard…

Les portes de la salle du Trône s'ouvrent subitement, attirant toute mon attention. Je relève la tête et la vois avancer d'un pas pressé dans ma direction. Le regard fermé, Indra incline la tête pour me saluer, et je lui réponds avant de l'inviter d'un regard silencieux à prendre la parole pour me faire part de ses inquiétudes.

« Heda, des étrangers sont arrivés sur notre territoire depuis plusieurs jours maintenant et ont déjà tué plusieurs des nôtres. Anya m'envoie te prévenir de leurs intentions. Ils ont des armes maudites, les mêmes que Mount Weather, et pires encore. Ils sont tombés du ciel… »

Lorsqu'elle me dit cela, je relève les yeux, interpellée, et durcis mon regard. Personne n'est jamais tombé du ciel, excepté Becca PramHeda, et un homme une fois, dont m'a parlé mon père. Il l'aurait trouvé avec le père de Lincoln il y a de cela de nombreuses années, mais je ne sais pas ce qu'il est devenu. Mon père n'en a jamais reparlé et m'a toujours interdit de poser des questions à ce sujet-là. Contrariée par cette révélation, je fais quelques pas devant Indra, tout en réfléchissant aux conséquences de cette invasion. Plusieurs vies ont été prises, et je ne sais rien d'eux. Je me retourne vers elle, et lui demande d'un ton ferme :

« Que sait-on d'eux ? Que fait Anya ? »

« Nous ne savons pas grand chose, et essayons de les observer. Mais la menace est réelle, ils n'ont pas l'air d'avoir de hiérarchie bien définie. Ils sont environ une centaine, et certains sont armés. Pour l'instant, nous avons délimité une zone sur laquelle ils se trouvent, à seulement quelques dizaines de kilomètres de TonDC. Anya est aux aguets, et nos hommes se sentent menacés. Heda, le peuple de Trikru est vulnérable, et peu de temps après leur arrivée, ils ont détruit un village entier avec un missile. Nous avons besoin de ta protection. »

« Envoie Lincoln sur leurs traces, il est l'un de nos meilleurs pisteurs. Anya doit savoir de quoi il retourne précisément, et moi aussi. Je ne vais pas laisser un peuple tombé du ciel nous menacer. »

« Lincoln est déjà sur leurs traces, mais ses rapports ne sont pas très fréquents. » me dit-elle, en serrant les dents.

« Que veux-tu dire ? »

« Je trouve son comportement de plus en plus suspect, des absences de quelques jours, sans autres explications. »

« Anya doit maintenir ses hommes. TOUS ses hommes. » ordonnais-je.

« Oui, Heda. » me répond t'elle en inspirant profondément, contrariée.

Je pose mon regard dans le sien et rehausse la tête.

« Retourne à TonDC, auprès d'Anya. » commençais-je à lui ordonner, alors que Titus pénètre dans la pièce et m'interrompt, suivi des Natblidas.

Après m'avoir saluée, mon regard se porte sur eux, et s'attarde sur Aden. Il baisse les yeux, tandis que je regarde à présent Titus.

« Indra vient de m'informer de la présence d'ennemis sur nos terres. »

« Quels ennemis ? » m'interroge mon Fleimkepa, soucieux.

« Venus du ciel. » s'empresse de répondre Indra, tandis que mon regard se déporte vers elle, donnant suite à ma requête.

« Dis à Anya que je m'en occupe. »

Elle incline donc respectueusement la tête et s'empresse de quitter la pièce. Une fois les portes refermées, je me dirige vers mon Trône pour m'y asseoir. Soucieuse, je mets ma main devant ma bouche et regarde mes novices tout en réfléchissant.

« Réunis les Ambassadeurs. Je vais aller voir personnellement ce qui se passe à TonDC. » finis-je par me prononcer.

« Heda, es-tu sûre que c'est la meilleure chose à faire ? »

Mon regard se durcit à son égard, et en le voyant il comprend qu'il a outrepassé son statut en discutant ma décision et qui plus est, devant mes novices. Confus, il s'empresse de s'excuser silencieusement.

« Bien, Heda. Natblidas, allez dans la bibliothèque, je vous y retrouve. » leur demande t'il, alors qu'ils s'exécutent après avoir appuyé leurs regards sur moi, attendant mon approbation.

« Quoi ? » arquais-je une fois seule avec lui, sachant pertinemment que Titus s'apprête à faire une objection.

« Peut être devrais-tu laisser Anya gérer cela, Heda… »

« Anya sait ce qu'elle a à faire, et je sais ce que moi j'ai à faire. Ne discute pas mes ordres Titus. » le menaçais-je.

« Je ne me le permettrai pas. Mais nous ne savons rien de ces envahisseurs, ou Indra t'a t'elle dit quelque chose que j'ignore ? »

« Indra m'en a suffisamment dit pour que j'aille moi-même sur place. Je connais Anya, elle sait ce qu'elle doit faire. Et je ne peux pas ignorer la menace qui plane sur Trikru, Mount Weather n'est jamais loin, les attaques sont de plus en plus fréquentes et je ne peux pas laisser un ennemi supplémentaire planer sur notre tête. Anya ne fera pas le poids si elle est attaquée des deux côtés, et il s'agit de mon peuple, Titus. Et mon peuple passe avant tout. » haussais-je le ton.

Il baisse le regard en guise de compréhension. Je connais son inquiétude, et c'est la même qui subsiste à chaque fois que je quitte Polis. Ces dernières années, depuis la mort de Costia, il a été encore plus vigilent. Mais à sa grande surprise, rien ne m'a ébranlée. J'ai tenu ma Coalition d'une main de fer, sans jamais faiblir, et je ne compte pas le faire aujourd'hui. J'ai dépassé ma peine et l'ai mise à profit pour créer encore plus, et voir notre avenir encore plus grand. Mais le plus grand de mes soucis reste la menace que représente Mount Weather, et je sais qu'Anya est la première touchée par ces disparitions, mais pas que… Mon cœur se serre en pensant à elle. Astria. Je revois encore la peine d'Anya lorsqu'elle est venue en personne un soir à Polis pour m'annoncer la disparition d'Astria. J'inspire profondément. Ma décision est prise, je pars pour TonDC demain, et vais informer la Coalition de se tenir prête.

« Je vais faire lever les armées, qui attendront mes ordres. »

Tandis que Titus acquiesce, malgré ses réticences, je lui fais signe de s'exécuter. Tristan, l'un de mes plus fidèles guerriers, et Gustus m'accompagneront.


La forêt est humide, et l'air frais. Cela fait bien longtemps que je ne suis pas venue jusqu'ici, et la douceur de la végétation me manque tant. Mais les environs sont chargés d'une atmosphère pesante, bien loin de celle qui règne à Polis. Je ralentis la course de ma jument et fais signe à mes guerriers de rester malgré tout sur leur garde. Personne n'est au courant de ma venue, et Indra doit déjà être revenue à TonDC. Des branchages craquent sous le pas de ma monture, tandis que j'observe les alentours en écoutant chaque bruit émanant de cette forêt que je connais si bien. Mes guerriers sont silencieux, et Gustus et Tristan juste derrière moi, restent vigilants. Je pense à Lincoln, que je n'ai pas vu depuis un bon moment, et à ce qu'Indra m'a dit à son sujet. Cela fait d'ailleurs partie des points que je vais devoir éclaircir avec Anya à mon arrivée. Lorsque j'arrive aux abords du village, mon visage se ferme et mon cœur se serre. Je suis de retour chez moi, et pourtant je sais que je n'y trouverai pas une personne que j'aime, et qui en est partie il y a maintenant des années. Mais je la sais en sécurité là-bas. Après une attaque de Mount Weather il y a environ deux ans, qui a été particulièrement meurtrière, j'ai demandé à ma mère de partir plus à l'Est et d'aller la trouver. Lincoln l'a d'ailleurs accompagnée, et désormais je la sais en sécurité auprès de Luna. Même si cela implique de ne peut-être jamais la revoir. J'ai demandé sa protection alors qu'elle a survécu à cette fameuse attaque au cours de laquelle Astria a été emportée, enlevée par les hommes de la montagne, et de laquelle elle n'est jamais revenue. Désormais, nous savons qu'ils nous traquent, de façon de plus en plus régulière, mais nous ignorons toujours pourquoi. Les attaques sont de plus en plus meurtrières, et celle qui a couté la vie à Astria a été particulièrement violente, des dizaines ont été enlevés ce jour-là. Par chance, Anya n'était pas présente, et ne s'en est d'ailleurs jamais réellement remise, se sentant responsable de ne pas avoir été là, avec Astria. Mais si elle l'avait été, elle serait surement morte aujourd'hui aussi. Ceux qui sont enlevés ne reviennent jamais. Et s'ils survivent, ils ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes, transformés en des bêtes sauvages et sanguinaires, totalement soumises à la Montagne. Mieux vaut mourir que devenir un faucheur. Je suis tirée de mes pensées par un garde qui, à présent, nous menace de sa lance alors que nous nous apprêtons à pénétrer dans l'enceinte de la ville. Lorsque j'abaisse ma capuche et découvre ainsi mon visage orné de mes peintures de guerre, il abaisse de suite son arme et me salue d'un « Heda » en s'agenouillant. Je peux ainsi voir Gustus se détendre, alors que je continue d'avancer pour rentrer dans la ville.

« Indra ! » appelle l'un de ses guerriers, juste avant que celle-ci ne sorte précipitamment de sa demeure.

Sur mon chemin, chaque personne croisée s'incline et me salue. Silencieusement, je mets pied à terre et Indra s'avance vers moi, d'un pas pressé et déterminé. Un petit sourire en coin témoigne de sa satisfaction de me voir ici, aussi rapidement, mais son visage reste néanmoins fermé et contrarié. Elle m'invite à la suivre, en salle du Conseil, tout en me disant qu'apparemment Lincoln était bien là hier. Je fais signe à Gustus et Tristan d'attendre à l'extérieur, tandis que nous pénétrons seules dans cette salle, dont je connais les moindres recoins.

« Où est Anya ? » lui demandais-je.

« Anya est partie, avec Lincoln… » me répond t'elle, nerveuse.

« Partie ? Où ?»

« A la rencontre de l'ennemi. C'est ce qui m'a été rapporté mais je n'en sais pas plus. »

Alors que je m'apprête à lui répondre, quelqu'un fait irruption dans la pièce. Je détourne soudainement le regard, n'appréciant absolument pas d'être dérangée. Mais lorsque je croise le sien, et qu'Indra la salue sans lui demander de sortir, je comprends et peux alors la voir s'incliner devant moi.

« Heda. » me salue t'elle.

« Tris. » la saluais-je à mon tour.

La dernière fois que je l'ai vue, elle était enfant, et j'étais encore seconde d'Anya. Aujourd'hui, c'est elle qui tient ce rôle. Téméraire, mais sage, je pense qu'Anya a fait un bon choix. Cela fait maintenant un an environ que je la sais seconde, et Anya lui donne surement autant que ce qu'elle m'a donné. C'est une jeune fille dévouée, et courageuse. Elle porte cette bravoure dans son regard et sa fidélité est indéniable. Malgré son jeune âge, elle a le respect des siens.

« Lincoln est venu demander à Anya de rencontrer leur leader, une certaine Clarke. Il a été capturé et torturé par nos ennemis quelques jours auparavant, mais s'est malgré tout échappé et est revenu en demandant audience à Anya. » m'explique t'elle. « Il nous a dit que leurs intentions n'étaient pas si mauvaises que cela et a demandé de leur laisser une chance. »

« Lincoln a été torturé et Anya a quand même pris la décision de s'y rendre ? Depuis quand est-elle partie ? » s'empresse de demander Indra, qui visiblement ignore une partie de l'histoire.

« Depuis quelques heures, elle m'a demandé de rester en retrait. »

« Comment Anya a t'elle pu accepter de les rencontrer ? » s'emporte Indra.

Silencieuse, je lui fais signe de la main de se taire.

« Quand doit-elle revenir ? » demandais-je à Tris.

« Elle ne devrait pas tarder Heda. Je lui ferai savoir que tu es là. »

« J'y compte bien. » terminais-je la conversation, d'un ton ferme et définitif.

Au fond de moi, j'espère surtout qu'Anya reviendra de cette rencontre. Personne mieux qu'elle sera en mesure de me parler d'eux, surtout si elle a rencontré leur leader. Cette fameuse Clarke.

Je passe à côté d'Indra et commence à sortir de la salle. Mais en remontant les dernières marches, c'est alors que je la vois arriver à cheval, accompagnée de plusieurs de ses hommes. Fière, elle appose son regard sur moi lorsqu'elle me voit, et Tris se précipite à son cheval pour lui tenir les rênes le temps qu'elle en descende. Arrivée à ma hauteur, elle me demande silencieusement d'un regard de la suivre, chose que je fais en ordonnant qu'on nous laisse seules d'un hochement de tête. Devant moi, je peux voir Anya se saisir l'épaule, et y appliquer une forte pression. Elle franchit la porte et me somme d'entrer, tandis que je m'assure de bien la refermer derrière moi. Je peux ainsi voir Gustus, Tristan et Tris monter la garde, et Indra qui attend un peu plus loin patiemment.

« Anya, où étais-tu ? » lui demandais-je, fermement.

Elle enlève nerveusement son manteau, et arrache la manche de son haut d'un geste vif. Là, je peux voir son épaule en sang, et alors qu'elle ravale un cri de douleur, elle attrape un tissu propre qui traine sur la table pour l'apposer dessus, avant d'enfin relever les yeux vers moi.

« Dans une embuscade. » me répond t'elle, en serrant les dents.

Dans ses yeux brillent une soif de vengeance. Je fais un pas vers elle, et alors que j'aurai pu lui trancher la gorge de ne pas avoir attendu mes ordres pour aller rencontrer leur leader, je me contente de poser ma main sur la sienne pour lui retirer le tissu. Sa chair est déchirée mais sa plaie n'est pas profonde, la balle l'a juste effleurée. Je la vois baisser les yeux, et je peux la sentir se tendre. Elle saisit à nouveau le tissu et se retourne face à moi.

« Nous devons attaquer, Heda. C'est un acte de guerre. D'abord le missile, puis l'embuscade. Un village entier a été détruit, j'ai failli me faire tuée, mes hommes sont morts et… » rage t'elle.

« Et quoi ? »

« Et il l'a protégée. » avoue t'elle, en balançant son tissu sur la table avant de taper du poing dessus.

Mes traits se durcissent, et mon regard s'assombrit.

« Continue. » ordonnais-je.

« Lincoln s'est interposé. Pour une fille. Pour l'un des leurs. Il nous a trahit ! »

J'inspire profondément et fais un pas sur la gauche. Lincoln ne nous trahirait pas, je refuse de le croire. Pourtant, Anya me dit l'avoir vu de ses propres yeux, et je ne peux pas ignorer sa parole. Je la sais totalement bouleversée depuis la perte d'Astria, mais elle s'est toujours montrée à la hauteur de ses responsabilités.

« Qu'as-tu appris d'eux ? » lui demandais-je.

« Lexa, peu importe… »

« Je t'ai posée une question. » l'interrompais-je, en me retournant vers elle, ne lui laissant aucun autre choix que de me répondre.

« Leur leader, Clarke, prétend vouloir la paix. Vouloir vivre sur nos terres avec nous. » se résigne t'elle. « Elle m'a regardé dans les yeux en m'affirmant que le missile était un accident. Juste avant de nous tirer dessus. Je n'ai pas eu le temps de la tuer. »

« Tu sais où ils sont regroupés ? »

« Oui, à quelques dizaines de kilomètres d'ici, après le pont. »

« Bien. » lui dis-je en serrant les dents.

Nous sommes interrompues par des cris de guerriers, et je me précipite à l'extérieur de la demeure, talonnée par Anya. Lorsque j'en passe la porte, je peux les voir regroupés, en train de tabasser un homme, soutenu par deux d'entres eux, tandis que les autres le huent et lui donnent des coups. Alors que je m'avance, tous se stoppent, et je peux le voir relever la tête. Furieuse, Anya s'élance vers lui et lui donne un violent coup de poing dans la mâchoire, suivi d'un dans l'abdomen. Il vacille et elle attrape son couteau pour lui mettre sous la gorge.

« ASSEZ, Anya ! » lui ordonnais-je, d'une voix claire et forte.

Je la vois serrer les dents, elle n'hésiterait pas une seconde à trancher la gorge de Lincoln, l'accusant de trahison. Par sa faute, plusieurs de ses hommes ont été tués, elle-même blessée et c'est impardonnable. Mais mon ordre libère son emprise, et résignée, elle s'écarte pour me faire place. Je le vois ravaler, lorsqu'il plonge son regard dans le mien, prêt à assumer les conséquences de ses actes. Deux hommes le maintiennent droit tandis que je m'approche de lui, en l'observant sévèrement.

« Dis-moi la vérité, Lincoln. As-tu trahi Anya ? M'as-tu trahie moi ? »

Il reste silencieux et rehausse le regard. Je peux y voir tout son honneur et je comprends qu'il ne l'a pas fait. Mais il ne me répond pas, pourquoi ? Je fais un signe de tête à Indra, qui vient le frapper au visage une nouvelle fois. Je ne peux pas arrêter tant qu'il ne me répond pas. J'ai besoin de l'entendre de sa propre bouche. Elle recommence, cette fois dans les côtes. Ni Indra, ni Anya, ni moi ne prenons plaisir à le faire, mais c'est ainsi que nous fonctionnons. Et Lincoln est un homme d'honneur, alors tant qu'il ne se prononcera pas, je ne pourrai prendre sa parole en considération. Il finit par relever la tête, cracher du sang, et repousse violemment l'un des deux hommes qui le soutenait jusqu'à présent pour se libérer son bras. Très rapidement, il repousse également le deuxième et me fait face. Je ne bouge pas, et tant que je ne fais aucun signe, personne ne bronche. Pourtant tous sont aux aguets, prêts à le tuer pour le moindre geste de travers. La main sur mon épée, je le regarde.

« Non. » finit-il par prononcer.

« Menteur ! » s'écrit subitement Indra en le menaçant de sa lame, juste avant que je ne la stoppe d'un signe strict de la main, et d'un regard intransigeant.

Je sais qu'il ne l'a pas fait, mais il accepte de se soumettre à mon jugement, évitant ainsi une mort certaine. C'est pour cela qu'il n'a rien dit, et a accepté d'être frappé par Anya. Même s'il ne nous a pas trahi, il est responsable de la mort de ses hommes et de la blessure de sa chef de clan. Lincoln ne partage pas toujours nos valeurs, mais il n'en reste pas moins un homme d'honneur et que je respecte malgré tout.

« Enfermez-le ! » ordonnais-je, avant qu'il ne soit ressaisit par Indra et Tris, qui s'en chargent elles-mêmes.

Lorsqu'il passe à mon niveau, il m'accorde un dernier regard et je peux entendre Indra lui dire que si cela avait été elle, il serait probablement mort et qu'il lui faisait honte.

« Prépare tes hommes, tu peux attaquer si tu juges que c'est nécessaire. » dis-je à Anya.

« Merci.. Heda. »

Je la salue, et presse mon pas vers la cellule de Lincoln. Sur mon chemin, je croise Tris, qui repart auprès de son mentor. Lorsque j'arrive devant les grilles, j'y trouve un garde posté. J'ordonne qu'on les ouvre, et Lincoln se tient face à moi.

« Laisse-nous ! » ordonnais-je au garde, qui sort donc de la pièce. « Pourquoi t'es-tu interposé ? »

« Ils ne cherchent pas la guerre, et ne font que répondre. »

« Ils ne cherchent pas la guerre ? » commençais-je d'une voix menaçante. « Ce sont eux qui ont incendié un village, et qui sont arrivés sur nos terres. Ils sont l'ennemi, Lincoln ! »

« Ils ne sont pas l'ennemi, Heda. Ils sont comme nous, et essaient de survivre. » tente t'il de les défendre, ce qui m'agace.

Je ne comprends pas pourquoi Lincoln préfère prendre position pour un peuple qu'il ne connaît pas, plutôt que pour le sien. C'est un acte de trahison, et je ne vais pas pouvoir tolérer cela longtemps. Tant que nous sommes seuls, cela peut rester entre nous, mais au moindre écart de sa part, je n'aurai pas d'autres choix…

« Ton jugement n'est pas clair. »

« Mon jugement est parfaitement clair, je les ai rencontrés, ils m'ont torturé, mais ne cherchaient rien de plus que ce que nous-mêmes cherchons. Défendre nos vies, apprendre à connaître ce que nous considérons comme étant un danger pour nos peuples. Leur leader possède des connaissances médicales que même nos guérisseurs ne possèdent pas.» me rétorque t'il, d'une voix calme, mais avec de l'inquiétude dans le regard.

Je fais quelques pas dans sa cellule, et relève le regard. Il ne s'oppose pas à moi, mais sait aussi que je prends en considération ce qu'il me dit. Je ne peux cependant pas permettre de laisser planer une telle menace sur nos têtes, alors que nous avons déjà Mount Weather.

« Les hommes de la montagne sont une bien plus grande menace qu'eux. »

« C'est faux, Lincoln. Mount Weather a toujours été une menace, mais depuis des années, nous n'avons aucun moyen de franchir leur mur. Les tunnels sont pleins de faucheurs, personne ne s'y aventure sans risquer sa vie. Mais eux sont là, et sont aussi une menace. C'est notre voie, et je ne tolèrerai pas que tu t'opposes à ma décision, pas plus toi qu'un autre. » sifflais-je, menaçante.

A présent à seulement quelques centimètres de lui, il incline respectueusement la tête, et sait qu'il se doit de reprendre sa place.

« Je pourrais te faire tuer pour ton insolence. Je pourrais te tuer de mes propres mains pour ton affront, ne l'oublies pas. »

« Je ne l'oublie pas, Heda. Et je ne cherche pas à remettre en cause ton autorité. Mais… Tu es une visionnaire Lexa, tu l'as toujours été. Peut-être pouvons-nous faire autre chose avec ce peuple que la guerre. »

Je le connais depuis suffisamment d'années. Je sais à qui me fier. Je détourne le regard et me trouve désormais face au mur, pensive. La confiance que je lui porte malgré tout depuis des années est toujours là. Jamais il n'aurait mis en danger Anya, ni son peuple.

« Pourquoi fais-tu cela ? » lui demandais-je, d'une voix légèrement plus douce.

«… Pour la même raison que tu continues de nous guider de la façon la plus juste que tu estimes. Même si ce n'est pas toujours en accord avec mes propres valeurs. Pour la même raison que Costia a donné sa vie. Et pour la même raison que Luna se cache toujours aujourd'hui… »

Lorsque j'entends ses mots, mon cœur se serre, et je ravale mes larmes. Costia me hante tous les jours, son visage voile mes yeux bien trop souvent encore, mais l'espoir qu'elle m'a laissé me donne aussi la force d'avancer, et de guider chaque jour mon peuple à travers ce chemin qui est le nôtre. Son visage me rappelle sans cesse mon devoir. Mon ventre se noue, et je fais à nouveau face à Lincoln, éteignant toute forme de tristesse dans mon regard. Il serre les lèvres et déglutit, tandis que j'appuie mon regard dans le sien.

« Jus drein Jus daun. » lui dis-je, en lui indiquant la sortie d'un signe de tête.

Lorsqu'il franchit la porte après une longue hésitation, il m'accorde un long regard silencieux durant lequel nous nous comprenons. C'est la dernière chance que je lui donne. Désormais, il devra assumer ses choix et en assumer les conséquences. La prochaine fois qu'il sera sur mon chemin, si ce n'est pas à mes côtés, ce sera la mort. Je le regarde s'éloigner en courant, sachant pertinemment quelle décision il vient juste de prendre. Cette nuit, il va rejoindre Luna.


Lorsque je pénètre dans la salle du Conseil, je peux y trouver Anya et Tris en train de préparer un plan de bataille. Un silence s'impose, et Anya plonge son regard dans le mien un instant avant de reprendre ce qu'elle était en train de dire. Son plan d'attaque est de passer par le pont, maintenant que leurs défenses sont très certainement fragilisées. Je comprends ce que cela veut dire. Elle les a affaiblis de l'intérieur, et c'est une technique que nous utilisons beaucoup sur les champs de bataille. D'après des anciens récits que j'ai eu la chance de parcourir à Polis, c'est ce que l'on appelle un cheval de Troie. Infiltrer le camp adversaire pour abaisser ses défenses. L'attaque est donc prévue à l'aube, et j'esquisse un sourire en coin. Je m'approche de la carte, et Anya me demande mon accord. D'un regard, je lui rappelle que pour l'instant, elle est aux commandes. C'est elle qui mène cette attaque et la seule chose que cela signifie, c'est qu'elle doit me rendre des comptes et me donner un résultat. J'incline donc la tête en guise d'approbation. Son plan me paraît bon, et c'est elle qui connaît le plus notre ennemi. Son jugement est donc respectable, et très certainement objectif.

« Tris, va préparer nos hommes. Demain, nous attaquons. » lui ordonne t'elle d'une voix déterminée, ce qui me ramène l'espace d'un instant quelques années en arrière.

Sa seconde nous salue, et s'exécute. Je la regarde s'éloigner, tandis qu'Anya replie une carte du secteur. Je peux lire toute sa détermination dans son regard, et cette flamme que je n'ai pas vu depuis bien longtemps. Malgré cela, elle s'appuie contre la table et regarde ses mains qui agrippent le bois. Pensive, je sais que son esprit n'est pas totalement dans son combat de demain.

« Dès que tu auras géré cela, je te donnerai l'entier soutien de la Coalition pour régler une bonne fois pour toute Mount Weather. » lui affirmais-je, ce qui attire son attention. « Astria sera vengée. Chaque mort sera vengé. Chaque disparu. Je t'en donne ma parole. »

Je la vois étouffer ses larmes, alors qu'elle tente de rester digne. Je sais que son cœur saigne, et que son envie de vengeance est meurtrière.

« Je sais ce que j'ai à faire… Heda. »

« C'est pour cela que je te laisse aux commandes pour cette attaque. Ce sont tes hommes qui ont perdu la vie contre ce peuple tombé du ciel, cette Skaikru. Tu as le droit de les venger. Mais si tu faillis, je serai dans l'obligation d'intervenir. »

« Laisse-moi gérer ça, Lexa. » me demande t'elle, insistante.

J'acquiesce d'un signe de tête, sachant que stratégiquement elle ne court pas de grand danger. Sa supériorité en nombre est indéniable, Anya est une bonne guerrière et elle connaît ses terres. Chaque recoin de forêt, chaque animal qui y habite, chaque ennemi qui en foule le sol. Personne n'est mieux placé qu'elle pour mener cette offensive.

« Mais je la veux vivante. » lui ordonnais-je.

« Je te la ramènerai en vie. »

« Je veux savoir précisément à qui nous avons à faire. Alors ramène-moi cette fameuse Clarke. »

« En admettant qu'elle survive ». me dit-elle, un sourire en coin.

« Sinon, ramène-moi sa tête. »

Elle me sourit d'une manière provocatrice, et je lui tends le bras. Elle le saisit fermement, et dans l'échange de nos regards nous pouvons toutes deux sentir la confiance et le respect mutuels que l'on se porte respectivement. Et ce, depuis des années. J'enlace son avant-bras de mes doigts fins et exerce une forte pression. Ce bras, que jamais je ne lâcherai sans que cela me coute une partie de mon cœur. Demain, elle partira à l'aube, et j'attendrai son retour avec impatience, et les résultats qu'elle m'apportera. Et j'attends avec grande impatience de rencontrer celle qui a osé s'opposer à elle, et par la même occasion, à moi.


J'entends l'agitation au dehors et des cris de guerre s'élèvent du village. Je finis d'apposer ma peinture sur mon visage et fais glisser mon index le long de ma joue pour terminer de dessiner mes larmes. Lorsque je sors de la maison, digne, fière, et déterminée, je l'entends motiver ses hommes plus que je ne la vois. Tous sont en masse autour d'elle, et c'est lorsqu'elle monte sur son cheval et donc les surplombe que je l'aperçois. Nos regards se croisent, et derrière son maquillage noir, je peux voir la flamme consumer son regard. J'incline délicatement la tête en signe de respect. Elle continue de me regarder lorsqu'elle fait faire volte-face à son cheval, juste avant de s'élancer suivie de ses hommes dans les profondeurs de la forêt. Juste à côté de moi, Tristan et Gustus les regardent s'éloigner.

« Et si elle échoue ? » s'enquit le premier.

« Je n'ai jamais vu Anya échouer. » lui répond Gustus. « Et je n'ai jamais vu Heda se tromper. »

Je garde mon regard en direction de l'horizon dans lequel mes hommes viennent de disparaître.

« Elle n'échouera pas. » brisais-je le silence. « Et celui qui la menace me menace moi. La Coalition n'attend que mes ordres. Si elle ne revient pas, ces sky people ne tarderont pas à la rejoindre. » lui répondis-je, calmement.


Je suis en train d'affuter mes lames lorsque je sens le sol vibrer sous mes pieds et entends une détonation déchirer le ciel. Je sens mon cœur faire un bon dans ma poitrine et ma respiration se couper. Instinctivement, j'arrête ce que je suis en train de faire et remets mes épées sur mon dos en me levant précipitamment. Des cris de panique et de surprise s'élèvent sur la place du village, et je peux voir Gustus accourir vers moi. Je commence à m'approcher de lui en courant, et lorsque j'arrive à sa hauteur, nous détournons tous les deux le regard vers le ciel, duquel s'élève à présent un gros nuage gris en forme de champignon au dessus de la cime des arbres. La bouche à demi ouverte, je mets quelques secondes à réaliser ce que cela signifie. Anya… Sans réfléchir, je me précipite sur ma droite, en entendant à peine Gustus qui tente de m'en dissuader, et saute sur le dos du premier cheval que j'aperçois. Sur mes pas, il fait de même, entrainant Tristan par la même occasion. On ne laisse pas Heda sans protection, mais qu'importe. Je talonne mon cheval qui s'élance au grand galop à travers bois. Le vent me frappe au visage, et je sens la respiration de ma monture s'accélérer sous mes cuisses. Je sais où je vais et vois les arbres défiler de chaque côté. Derrière moi, des guerriers encore présents au village ont suivi, y compris les hommes de Tristan qui nous accompagnent depuis Polis. Je me fais fouetter par quelques branches au passage, mais qu'importe, la douleur n'a plus d'importance. Nous dévions à gauche pour rattraper un petit contre-bas, et je redescends le long du lit de la rivière. Là, je galope sur les galets, qui émettent une douce mélodie sous les sabots des chevaux, à peine dissimulée par la symphonie du courant et des feuilles heurtées par le vent sur ses rives. Puis je la traverse, dans un endroit où elle est un peu moins large et le courant moins fort. Après quelques centaines de mètres parcourus, je stoppe violemment mon cheval, et mes hommes en font de même dans le plus grand silence en voyant mon bras l'ordonner. J'observe les environs, et suis sur mes gardes, sentant une présence ennemie aux environs. Nous ne sommes pas très éloignés de la Montagne, et il n'est pas rare que des Faucheurs rodent dans le coin, ou soient carrément en chasse. Je dégaine mon épée, et mon cheval s'agite sous mes jambes, alors que je lui ordonne de reprendre le pas. Soudain, j'en vois un à quelques dizaines de mètres, et m'élance furieusement au galop dans sa direction. Dès qu'il est à portée de lancer, mon épée traverse les airs pour venir se planter tout droit dans son torse, tandis que son corps recule de quelques mètres sous la puissance du tir.

« FAUCHEURS ! » hurlais-je à mes hommes.

J'ai juste le temps de me pencher pour saisir mon arme, et la retirer du corps sans vie de cette bête, que nous subissons une attaque des plus violentes et rapides d'une dizaine d'individus. Voyant certains de mes hommes à terre, je m'élance dans leur direction en revenant sur mes pas, et en tue deux d'un coup d'épée dextre. Je me jette sur un troisième, à qui je tranche la gorge par derrière, juste avant de relâcher sa tête, qui tombe béante sur mon homme juste dessous. Mais d'un coup, je me fais faucher sur mon flan gauche et sens ma respiration se couper en même temps qu'une douleur vive m'irradier les côtes. Ma tête vient heurter le sol, et je lâche mon épée sous la violence du coup. Je me retourne et le vois sur moi, la bouche en sang et bavant, tel un animal enragé, en train de tenter de m'étouffer. Je le retiens de toutes mes forces pour éviter qu'il ne m'approche, suffoquant à son poids et sa force. Je lui attrape alors les yeux, seule chose à ma portée, et y plonge mes doigts dedans, sans jamais arrêter d'enfoncer. Sous mes ongles, je les sens se déchirer et entends son cri de douleur alors que son sang me goute sur le visage. Je lui donne un coup de coude au visage, finis par réussir à m'extirper de son emprise, et rapidement, je saisis mon poignard pour lui planter dans la gorge. Mais alors que je me retourne, je suis surprise par un corps sans vie qui m'arrive dessus, et s'effondre à mes pieds, une épée plantée dans le dos. Je relève furtivement le regard et la vois, à quelques dizaines de mètres devant moi, accompagnée de ses hommes et quelques blessés. Anya se tient là, et vient juste de tuer un faucheur qui visiblement, m'aurait prise par surprise, et surement tuée. Alors que je reprends mon souffle, elle s'avance vers moi et me demande si je vais bien. J'acquiesce, et dévie mon regard vers la personne qui la suit, épaulée par l'un de ses hommes. Sa seconde tient à peine debout.

« Sortons d'ici ! » ordonnais-je sans attendre, compte tenu de la zone dangereuse dans laquelle nous nous trouvons.

Je remonte à cheval, et demande à Gustus de prendre Tris avec lui. Anya l'aide à se hisser. Aucune blessure n'est apparente mais elle ne peut marcher. Alors que je suis à la hauteur d'Anya, je lui tends un bras silencieusement. Lorsqu'elle le saisit, je la hisse derrière moi, et dès que je sens ses bras entourer ma taille, j'élance ma monture au galop à la suite de Gustus. Nous devons absolument rejoindre TonDC au plus vite.


Je pénètre dans sa demeure, impatiente d'avoir des explications. Elle a ordonné que Tris soit amenée chez Nyko, tandis qu'elle doit me rendre des comptes et me faire un rapport. Je rentre d'un pas pressé, Anya sur mes talons.

« Que s'est-il passé là-bas ? » m'empressais-je de lui demander, surprise et agacée de ne toujours rien savoir.

Je me sers une tasse d'eau, et en attrape une pour elle. Puis je dépose le pichet délicatement et lui tends la sienne. Mais elle la refuse. Alors que j'appose mes lèvres sur la coupe, je la regarde et attends d'elle une réponse. Elle déambule nerveusement dans la pièce, et balance ses armes sur son lit. Puis elle pousse un cri en s'attrapant les cheveux, et je sais ce que cela signifie.

« J'ai besoin que tu te calmes, Anya. » lui ordonnais-je, calmement.

« J'ai échoué ! » rage t'elle. « Je n'aurai jamais dû passer par ce pont, ils connaissent ce chemin. J'aurai dû passer par la rivière un peu plus haut ! »

Je dépose ma tasse sur la table, en caressant son bord de mon doigt. Puis je relève la tête, et appose sur elle un regard déterminé.

« Que s'est-il passé ? »

« Ils ont mis un explosif sur le pont, et l'ont détruit. Ils ont une technologie que nous n'avons pas Heda. » m'explique t'elle, hargneuse. « Tris menait l'avant garde, et a donc été frappée de plein fouet. Heureusement elle n'a pas été tuée, mais notre guérisseur l'a été, lui, et… »

Je reconnais leur capacité d'attaque impressionnante. Plutôt que de rester reclus, ils sortent pour gagner un peu de temps en coupant la voie d'accès. Cette Clarke sait comment se défendre, mais qu'importe, nous les massacrerons. Jus drein, jus daun. Je serre les dents, et Anya peut alors comprendre que cela ne me convient pas.

« Ils ont peut-être la technologie, mais ils ne connaissent pas nos terres aussi bien que nous. Je veux que tu laisses passer quelques jours, et que tu repartes à l'assaut. ET je veux que tu les massacres tous, jusqu'au dernier ! »

« Il ne faut pas attendre quelques jours Heda. Demain sera suffisant. La peur s'empare d'eux, la panique doit être dans leurs rangs à cet instant. Ils ne savent pas se battre, et n'ont aucun courage ! Je peux réattaquer dès demain ! » s'empresse t'elle de me répondre, en s'approchant de moi pour plonger son regard dans le mien.

« Tu n'attaqueras pas seule, Tristan sera avec toi. »

« Tristan ? Mais pourquoi ? » s'emporte t'elle. « Je peux m'en charger ! »

« Non, tu ne peux pas. Tu as échoué seule Anya. » lui répondis-je en me plantant face à elle, et en serrant les dents. « Et je ne laisserai pas davantage d'hommes mourir. Je t'autorise déjà à y repartir. »

Voyant qu'elle dépasse largement les limites, elle baisse les yeux et se résigne. Tristan sera avec elle. Mais son regard pensif me laisse deviner qu'elle a autre chose en tête. Elle fait quelques pas dans la pièce, puis se retourne enfin vers moi. La tête haute, j'attends fermement sa requête, qui je le sais bien, sera plus personnelle qu'autre chose. Je connais si bien Anya, j'ai grandi avec elle, et elle sait tout le respect que je lui porte. Elle connaît aussi ma position et sait que chaque décision mal pensée peut me couter la vie, et avoir de graves conséquences que je ne suis pas prête à tolérer pour mon peuple. Alors trouver le juste milieu n'est pas toujours évident, mais tout comme je ne montrerai pas de signe de faiblesse face à elle, ni pour elle, elle sera prête à assumer les conséquences de ses actes face à moi, et pour moi.

« Laisse-moi repartir dès ce soir, avec Tris. Laisse-moi la journée de demain d'avance avant d'envoyer Tristan. »

« Tris n'est pas en état de marcher, elle te ralentira plus qu'autre chose. »

« Je ne veux pas aller me battre. »

Ses paroles m'interpellent.

« Je veux trouver leur leader, et je veux qu'elle… Lincoln m'a parlé de ses connaissances médicales, et je veux qu'elle la sauve. Si Nyko pouvait faire quelque chose, il serait déjà venu me prévenir, tu le sais aussi bien que moi. Et je refuse de l'abandonner Lexa. Alors c'est la dernière chose que je te demande, Heda, laisse-moi un jour d'avance. Je sais que je peux la trouver, et la forcer à sauver Tris. »

Je me tends et détourne mon regard vers la porte, qui effectivement, ne s'ouvre pas. Mon esprit m'imagine passant cette même porte, quelques années plus tôt. Anya aurait fait la même chose pour moi. Elle aurait cherché un moyen de sauver ma vie, et aurait pu aussi perdre la sienne pour cela. J'attends désespérément de voir la porte s'ouvrir, mais il n'en est rien. Cette Clarke n'a pas la force militaire nécessaire pour nous attaquer, ni la connaissance du terrain. Elle ne pourra pas fuir bien loin, et ils sont seuls et trop peu nombreux. Laisser un jour de répit à Anya ne changera pas la donne pour l'attaque de leur camp. Ils sont condamnés.

« J'accepte, à une condition : si elle parvient à sauver Tris, je veux que tu me la ramènes en vie, et je lui accorderai un peu de temps pour m'en dire davantage sur son peuple. Puis je la tuerai moi-même. Sinon, je veux sa tête qu'on laissera accrochée sur une pique sur le champ de bataille en guise d'avertissement. Quiconque s'oppose à moi, le paiera de sa vie. »

A cet instant, je peux voir toute la gratitude émaner de son regard. Elle hoche la tête et approuve, mais surtout elle sait qu'elle m'est redevable. Elle sait que n'importe qui d'autre l'aurait tuée pour cette requête. Mais pas moi. Parce que je sais que par respect pour nos coutumes, nos traditions et pour moi, à l'issue de cette bataille, elle ne reviendra pas les mains vides pour se présenter devant moi. Et je connais sa détermination, tout comme elle connaît la mienne.

Lorsque je la regarde passer la porte, je ne peux m'empêcher de penser à mon père, Astria, Costia que j'aurai aimé avoir à mes côtés. Anya va mener une bataille, mais la véritable guerre qui se prépare, est la même qui nous guette depuis des années. Celle qui a couté la vie à bien trop d'hommes, et qui m'a déjà personnellement trop pris. Et je compte bien sur cette Clarke pour me délivrer des secrets sur leur technologie, quelle qu'elle soit, afin qu'enfin, je fasse trembler Mount Weather.


Cela fait trois jours qu'Anya, Tristan et plus de trois cent de nos guerriers sont partis mener cette bataille, dont ils sortiront victorieux j'en suis sure. Ils ne devraient pas tarder à revenir. Mais mon attention se porte désormais ailleurs, en l'occurrence sur une nacelle tombée du ciel à quelques dizaines de kilomètres de là, il y a maintenant deux jours. J'ai envoyé Indra en repérage, voir si effectivement il s'agit bien de ce que je redoute, c'est-à-dire des renforts. Ce peuple vient du ciel, et depuis plus de quinze jours qu'ils sont sur nos terres, ils sont seuls. Mais rien ne nous garantit qu'ils étaient seuls dans le ciel, et je ne pense pas que ce soit le cas. Anya a bien reporté le fait que leur leader ait mentionné des fusées, sorte de signal de détresse comme nous utilisons les feux. Donc ils cherchent à prévenir les leurs qui peuvent descendre du ciel. Ce que cette Clarke a bien confirmé juste avant de faire tomber Anya en embuscade. Soldats, fermiers, civils… Lorsqu'on m'a rapporté qu'une étrange étoile a enflammé le ciel il y a deux jours, j'ai de suite envoyé Indra. Et son rapport a été sans appel : d'autres sont bien arrivés. Je me concentre donc sur un plan de notre territoire, tandis qu'Indra est partie immédiatement à Polis lever mon armée. D'ici deux jours, tous mes hommes seront là. Avec une armée de presque dix mille hommes, nous serons à même de faire face sur les deux fronts, peu importe le nombre de soldats qui sont désormais arrivés, et peu importe leur armement. Tandis que je fais glisser mon poignard le long du ruisseau dessiné sur la carte, réfléchissant aux positions à prendre lorsque l'armée sera là, je suis interrompue par Gustus, qui crie mon nom depuis le haut de l'escalier. Je sors précipitamment de la salle du Conseil, espérant pouvoir saluer mes hommes qui rentrent du combat. Mais il n'en est rien, et la vision que j'ai à ce moment-là est toute autre. Un seul homme déambule tant bien que mal au milieu de la place du village. Gustus se précipite pour le soutenir, et l'escorter jusqu'à moi. Je sens ma poitrine se crisper, et mon estomac se nouer. Mon regard se ferme, alors que je tente malgré tout de garder la tête haute. Ma main agrippe mon épée, et je contiens ma rage qui ne demande qu'à sortir, portée par la tristesse. Mais je ne peux pas me laisser submerger par mes émotions.

« Où est-elle ? » sifflais-je, devant mon homme qui peine à garder un œil ouvert tant son visage est amoché et plein de sang. « Où sont mes hommes ? »

« Morts, Heda. Ils sont tous morts. Tous brulés par les feux de leur vaisseau. Tous calcinés. » me répond t'il dans un dernier souffle, avant de s'effondrer complètement.

Je sens ma rage me submerger. Mais malgré cela, je dois me contenir. Je dois résister à ce feu qui me consume de l'intérieur. Chaque homme présent peut malgré tout m'observer, et aucun ne doute de mon envie de partir en guerre, mais avant cela, je dois en savoir un peu plus. Je m'approche donc de mon survivant, et ordonne à Gustus de relever sa tête, alors qu'il agonise. Je sais que je ne peux plus rien pour lui, mais avant que la mort ne l'emporte, il doit répondre à ma question :

« Combien en reste t'il ? Combien ont survécu parmi eux ? »

« Je ne sais pas, mais leur chef a survécu. »

Je m'approche de lui, et saisis mon poignard, juste avant de lui enfoncer dans le cœur en lui murmurant « Yu gonplei ste odon. », alors qu'il rend son dernier souffle en me remerciant d'un regard d'abréger ses souffrances. Tandis que je retire ma lame, je me retourne vers les quelques guerriers encore présents ici, et m'écrie d'une voix forte et rageuse :

« Ceci est un acte de guerre ! Nous sommes en guerre ! Jus drein jus daun ! »

Ils crient après moi. Et leur cri de guerre résonne dans mes entrailles. Je fais alors demi-tour, et me dirige à nouveau vers la salle du Conseil, le cœur battant tellement fort qu'il me résonne dans les tempes. Lorsque je franchis la grille, et en foule le sol, je regarde cette pièce vide, avec la carte que je viens de laisser sur la table quelques instants plus tôt. Là, seule, je regarde mon poignard ensanglanté, et le plante violemment sur la table dans un cri de rage, submergée par ma tristesse. Je hurle toute ma peine, et sens les larmes emplir mes yeux et couler le long de mes joues. J'ai mal, je saigne, et je crie encore. Je m'attrape les cheveux et la revoie encore ici, appuyée à cette même table. Je la revois sourire, rager contre Astria, ou encore lever sa coupe en mon honneur et menacer quiconque s'opposant à moi. Je la revois s'agenouiller devant moi, et me jurer fidélité avant tout le monde. Puis je la revois aussi me frapper au visage, alors que je n'y vois presque plus rien, tant je suis mouillée. Mais lorsque j'éponge enfin ma joue, je m'aperçois que mon maquillage coule encore, beaucoup trop humidifié. Je m'étais pourtant jurée de ne plus apposer une seule larme sur ma peau, et malgré tout, Anya m'en dessine une aujourd'hui. Je lui aurai tout donné, et aujourd'hui, je vais tout leur prendre. Pour elle. Dans deux jours la Coalition sera là, Indra sera revenue, et je vais faire bouger le campement pour les oppresser. Je veux qu'ils sentent la mort arriver, et qu'ils soient submerger par leur propre peur.


« Heda ! HEDA ! »

Des cris s'élèvent de l'extérieur et je replie ma carte pour me précipiter hors de la demeure d'Anya. Je peux voir Gustus courir dans ma direction, et deux de mes hommes un peu plus loin ramener un prisonnier, avec la tête masquée par un bout de tissu. Il n'a pas l'air d'essayer de réellement se débattre et d'un signe de tête silencieux, j'ordonne qu'on l'enferme avec le deuxième, emprisonné depuis plusieurs jours déjà, dans l'ancien bunker qui nous sert de cachot. J'indique à Gustus et Indra de me suivre, juste après que cette dernière s'assure bien qu'il ne soit fait aucun mal dans l'immédiat à cet homme. Je pénètre à nouveau dans la demeure, Gustus sur mes talons.

« Nous devons en savoir plus sur eux. D'autres sont arrivés, l'un d'eux a tué dix huit personnes innocentes ce matin, et leur mort ne restera pas impunie. Nos deux prisonniers sont d'un même peuple, et je vais les obliger à choisir entre prendre la vie de l'un des leurs ou perdre leur propre vie. Je veux voir jusqu'où ils sont capables d'aller. » lui dis-je en serrant des dents.

« Pourquoi Heda ne pas les tuer tout simplement ? Le sang appelle le sang, ils ne méritent pas de vivre !... » proteste Gustus, à raison.

Mais je vois plus loin que cela. Non, ils ne méritent pas de vivre, et ils paieront pour leur crime. Mais je ne peux m'empêcher de me méfier de ce peuple, aux coutumes apparemment si différentes des nôtres. Ce ne sont pas des guerriers, et pourtant ils ont tué un grand nombre des nôtres. Aujourd'hui ils sont plus nombreux, et possèdent des armes que nous redoutons. Les mêmes que les hommes de Mount Weather. Qui sait quelles ressources ils possèdent encore, dont nous ignorons l'existence. Nous sommes en guerre, et la meilleure façon de gagner une guerre est de savoir contre qui nous nous battons. J'ai fait l'erreur de les sous-estimer une première fois, et je ne veux pas la commettre une deuxième fois. Cela m'a trop couté. Je saisis mon poignard à ma ceinture, et le fais tourner entre mes mains. Il me faut un plan d'attaque, et mes hommes viennent de me l'offrir. En torturer un n'aurait surement pas donné grand chose, mais les forcer à s'entre-tuer peut me permettre d'en savoir beaucoup plus sur leurs convictions, leurs intentions et leur courage. Mais je veux le voir de mes propres yeux. Mon regard se durcit et Gustus attend patiemment que je lui donne une réponse.

Tandis qu'Indra rentre dans la pièce, je les regarde et leur fais ressentir ma détermination. Je saisis mon épaulette et la décroche, sous leurs regards désabusés. J'ôte mon manteau, et retire mon insigne de mon front pour la nouer à une mèche de cheveux. Puis je défais l'une de mes tresses, alors qu'Indra brise le silence.

« Que fais-tu Heda ? »

« Je vais les observer. »

« C'est beaucoup trop risqué. » proteste Gustus. « Laisse-moi aller les forcer à parler. Torturons-les ! »

« NON. Je ne veux pas les torturer dans l'immédiat, je veux savoir à qui nous avons à faire. » lui répondis-je, sèchement. « Ils ont montré des ressources que nous sous-estimions, mais cela ne se reproduira plus. Je vais y aller moi-même, mais je veux que tu te fasses passer pour moi, Gustus. » continuais-je, en lui tendant mon poignard.

Lorsqu'il hésite deux secondes avant de le saisir, il plonge son regard dans le mien, comme pour y chercher une certitude… qu'il trouve. Ma détermination est telle qu'il ne tarde pas à l'empoigner avant de reprendre :

« On va les obliger à se battre. Et lorsque je le déciderai, je mettrai fin à cela. Par le sang. »

Indra n'approuve pas. Je peux lire dans ses yeux qu'elle n'est pas prête à laisser un seul instant de plus la vie à ces hommes. Elle n'est pas prête à tolérer ces ennemis sur son territoire. La mort d'Anya l'a complètement enragée, et elle est bien déterminée à protéger son peuple de ces étrangers. Désormais à la tête de Trikru, elle est prête à assumer l'entière responsabilité de son devoir. En plus de la perte d'Anya, nous devons faire avec ce qu'elle considère comme étant la trahison de Lincoln, qui préfère des étrangers et une fille à son propre peuple. Elle était partie sur les traces de certains de nos hommes qui ont été capturés par des faucheurs hier, mais est tombée sur cette fameuse fille du ciel qui lui a sauvé la vie. Elle cherchait Lincoln. Lorsque Nyko nous est revenu en vie, entre autre grâce à elle, Indra n'a pas eu d'autre choix que d'abandonner temporairement sa chasse de Lincoln. Il a surement été enlevé par les hommes de la Montagne lui aussi, et alors que je pense à cela, mon cœur se serre. Mais je n'ai pas le temps de pleurer les disparus, ni même les morts, alors que deux menaces planent sur nos têtes. La Coalition sera là sous peu de temps, et je regarde sévèrement Indra qui se résigne à obtempérer et suivre les ordres sans discussion. Je saisis un vieux linge que je me passe en guise de haut, et m'enlève mes peintures de guerre. Puis je relève la tête et me mets un bandeau.

C'est ainsi vêtue, telle une servante, que je franchis à nouveau la porte, Gustus à mes côtés. Il ordonne à deux hommes de nous accompagner, tandis qu'il descend vers le cachot où sont retenus nos prisonniers. Je me tiens en retrait, adoptant une attitude fébrile et prostrée, et tenant bien fort contre moi ma jarre. Je suis prête à les observer, et même si cette option déplait fortement à Gustus, qu'importe. Il pénètre dans le cachot, tandis que les deux hommes sont assis contre le mur. Lorsqu'ils le voient, l'un d'eux se lève, mais pas le deuxième. Il ordonne qu'on frappe le deuxième, tandis que j'entends le premier crier être venu en paix. Il a visiblement un courage que l'autre ne possède pas. Je baisse les yeux et écoute. Puis Gustus me fait signe de m'écarter, chose que je fais en faignant de boiter. Là, je m'assoie dans le coin et observe.

« Vous parlez de paix alors que vous avez envoyé un assassin dans l'un de mes villages ? » lui dit-il, imposant.

« De quoi parlez-vous ? » demande l'homme concerné, avec un air surpris.

« Le sang appelle le sang. L'un de vous doit mourir, ici, aujourd'hui, de la main de l'autre. J'entendrai les termes de votre reddition de celui qui vivra. » lui impose t'il, menaçant, en leur jetant pour seule et unique arme mon poignard.

Bien évidemment ils refusent, dans un premier temps. Je peux néanmoins en voir un regarder cette arme sur le sol de manière insistante. Puis Gustus se retire, me demandant de les prévenir lorsque ce sera fait. Mais après de longues heures silencieuses, à regarder cette arme posée sur le sol, sans bouger ni même la saisir, ils se décident enfin à faire preuve d'un peu de courage.

« Ils veulent qu'on s'entretue. »

« Ils veulent la justice. » déclarais-je, captant leur intérêt.

« Des vies ont été perdues des deux côtés. » me répond celui qui attire le plus mon attention, avec une hargne dans le regard. « C'est pour cela que nous devons stopper cette guerre ! » crie t'il alors que je feins la surprise.

Ils ne pensent pas que je les comprends. Ils ne savent pas ce que nous cherchons, ce que nous voulons, ni comment nous fonctionnons. Ils nous pensent sauvages et non civilisés. Brutaux et exempts de tout système politique. Mais nous ne sommes pas que cela. Nous avons aussi une justice. Et des valeurs. Je peux à présent sentir leurs deux regards sur moi, tandis que l'un d'eux s'approche à présent.

« Quel est ton nom ? »

« Lexa. »

« Lexa… » répète t'il, « Je suis Thélonius, et voici Marcus. Ton Commander a parlé d'un assassin. »

« Oui. Dix huit d'entre nous ont été tués. Ainés. Enfants. »

Lorsque je dis cela, le deuxième qui est resté en retrait nie toute implication, et je lui réponds alors avec détermination dans la voix que peu importe, puisque le Commander pense que c'est le cas. L'un d'eux doit saisir cette lame, parce que c'est notre façon de faire. Et s'il refuse, le commander s'en servira pour leur trancher la gorge à tous les deux.

Je ne perds pas patience et continue de les observer durant de longues heures. La luminosité décline, et ils sont toujours là, à perdre petit à petit espoir. Ils tournent, sont tourmentés et silencieusement en train de perdre pied. Mais tout d'un coup, Thelonius perd patiente et déclare qu'ils doivent mettre fin à cela d'une manière ou d'une autre. Je le vois se pencher à l'oreille de Marcus pour lui murmurer quelque chose. Il lui propose un échange, et nous traite de primitifs. Lâche. Je sens la rage monter, et pourtant rien ne paraît. A cet instant précis, je ne suis qu'une simple fille, et dois résister à l'appel de ma lame, toujours par terre. Pourtant, il propose à son ami d'échanger leur savoir qu'il estime supérieur au nôtre contre la paix. Mais ce dernier comprend que nous n'accepterons pas ce genre de marché, et décide donc de se sacrifier pour la cause de son peuple. Je suis surprise. Il me surprend et mérite mon respect pour cet altruisme et cette notion de sacrifice. C'est un de leur leader, j'en suis persuadée. Il en a du moins l'étoffe. Il se lève et saisis le poignard avant de se retourner vers Thelonius. Alors que je pense qu'il peut en arriver à se battre contre son ami, il n'en est rien et lui tend plutôt la lame, en lui demandant de le tuer, puisque l'un d'eux doit mourir quoi qu'il en soit. Il mérite mon respect. Mais alors que je pense qu'il a fini de me surprendre, et après avoir parlé de sacrifice, de survie de leur peuple et de rédemption, il s'entaille subitement le bras. Je peux le laisser mourir, mais malgré cela, je décide de l'épargner pour sa bravoure. C'est un homme de valeur, et tout guerrier ayant de l'honneur mérite de mourir avec respect. Pas en s'ouvrant le bras. Je tends donc un tissu à Thélonius qui le bande. Mais sous le regard de Marcus, il saisit rapidement mon arme et menace à présent ma gorge avec. Je sens sa respiration s'accélérer et sa peur prendre le dessus. Lui choisit la guerre. Marcus se relève précipitamment, et tente de le raisonner, tandis que Gustus, de suite averti, déboule dans la cellule. Thélonius, qui se pense en position de force, ordonne qu'on le libère de ses chaines alors que Marcus, lui, répète que je ne suis qu'une innocente. Voyant le regard indécis de Gustus quant à ce qu'il doit faire, je lui ordonne en Trigedasleng de me le laisser, maintenant que j'ai entendu ce que je voulais entendre. D'un geste vif, fort et précis, je lui saisis le poignet de ma main gauche, et le frappe violemment au visage de ma main droite, avant que me sortir de son emprise pour me retrouver face à lui, et lui crocheter les jambes avant qu'il s'effondre sur le sol. A présent sur lui et le menaçant de ma lame, je plonge mon regard hargneux dans le sien, et regarde Marcus qui me dévisage, sidéré. Puis je me relève et reviens vers Gustus, qui me replace mon épaulette alors que je regarde à présent ces deux hommes, complètement déconcertés.

« J'ai beaucoup appris sur vous. Tes intentions sont honorables. Ton désir de paix est sincère. Libérez-le. » ordonnais-je à mes hommes tout en m'adressant à Marcus. « Nous parlerons plus tard. Ton ami va être utilisé pour délivrer un message. »

Mes hommes savent ce que cela signifie, et tandis qu'ils le frappent, et finissent par le trainer à l'extérieur alors qu'il ne tient plus debout, je regarde Marcus avec un air plus déterminé que jamais.

« Blood must have blood. »

« Commander, s'il vous plait. »

« Le message est clair. Partez, ou mourrez. Je laisse deux jours à ton peuple. »

Puis je tourne les talons, le laissant seul, désemparé, mais libre de toute chaine.


Le lendemain soir, Marcus Kane demande une audience. Tandis que je me tiens sur mon trône, à écouter Indra me demander d'ordonner sans plus attendre à Koff de prendre position en bas de la rivière avec son armée, il passe la porte de ma tente. A présent, mon armée toute entière est aux portes de son camp, et malgré la menace que je représente pour son peuple, il tente toujours de me convaincre qu'une paix est possible.

« Commander, avec tout le respect que je te dois, laisse à mon peuple un petit peu plus de temps. »

« Du temps pour renforcer vos défenses. » lui affirmais-je.

Indra s'énerve, mais je ne conteste pas. La menace qui pèse sur son peuple est bien trop sérieuse. Pourtant, j'observe cet homme, dont la bravoure est à saluer. Ses intentions sont vraiment bonnes, mais pas suffisantes pour que je prenne le risque de laisser les siens à nouveau tuer l'un des nôtres. Je demande donc à Indra de donner l'ordre aux armées de se mettre en position, et décide de ne plus écouter les supplices de Kane. J'accorde un regard à Gustus pour lui signifier que j'en ai fini avec lui, me lève de mon fauteuil et commence à partir.

« Skaikru en Trikru ogeda ! »

Je stoppe mes pas et me retourne vers Kane.

« Nous pouvons apprendre à vivre ensemble. Tout ce que je demande, c'est un tout petit peu plus de temps. » me supplie t'il.

J'inspire profondément et l'observe attentivement. Puis je m'approche délicatement de lui, arborant mon port de tête fier et déterminé. Il a ce regard suppliant, mais convaincu. Convaincu que cela peut marcher. Je sens Gustus se tendre derrière moi, et je prends quelques secondes pour permettre à Kane de contempler toute ma détermination à les exterminer. Mais il mérite de mourir auprès des siens après avoir tant essayé de les sauver. Là où lui voit peut-être de la compassion, je n'y vois qu'un répit.

« Tu es libre de partir. » lui dis-je, simplement.


Je sens ses doigts caresser ma peau, sa chaleur me parcourir le dos, et me faire frissonner. Son souffle chaud enivre mon cou, tandis que je me retourne pour lui faire face. Son sourire illumine son visage et la douceur de ses lèvres sur les miennes me font revivre. Je revis dans son baiser, et sens à nouveau mon cœur battre et mon âme danser. Je veux danser éternellement avec elle, et lorsqu'elle brise notre étreinte, elle passe ses doigts sur mon visage, contourne mes yeux et finit sa course sur mes lèvres, en esquissant un sourire en coin.

« Pourquoi es-tu partie ? » lui demandais-je dans un murmure en apposant mon front contre le sien.

« Je ne suis jamais partie. »

« J'ai tellement besoin de toi. »

« Non, c'est faux. Tu as besoin de croire en ce que tu fais. Ne te retourne pas Lexa, pense à l'avenir. La mort n'est pas une fin. Tu es l'avenir de ton peuple. Tu es l'espoir dont ils ont besoin. »

« J'ai toujours fait de mon peuple ma priorité, mais assurer leur survie… Te perdre Costia… »

« La vie n'est pas uniquement une question de survie Lexa. »

« Peut-être que tu as raison. »

Elle me sourit, et je lui caresse la joue.

« Un jour tu comprendras, et tu seras prête à aimer à nouveau. Un jour tu seras prête à avancer, et peut-être plus vite que tu ne le penses. »

« Ne me laisse pas Costia. »

« Je ne te laisse pas. Je serai toujours avec toi, Lexa. »

J'ouvre les yeux, et ne peux empêcher les larmes de dévaler mes joues, alors que je regarde le clair de lune. Cela fait très longtemps que je n'ai pas rêvé d'elle. Chaque jour elle me manque, mais chaque jour j'essaie de lui faire honneur. Je passe ma main sur mes joues, et la laisse apposée quelques instants dessus en essayant de me souvenir de cette sensation, qu'elle seule savait me faire ressentir. Son odeur. Sa voix. Sa douceur. Son amour. Elle a raison, elle sera toujours avec moi. Quoi que je fasse.

Grâce à elle j'ai aimé, et je ne sais pas si j'aimerai à nouveau.


Elle demande une audience, et je l'accepte. Je repense à cette nuit, je repense à Costia. Je repense à tout ce pour quoi nous nous sommes battues, ce monde plus sur, ce monde où se battre ne serait plus une question de survie. Je repense à Anya et à Astria. J'ai le cœur qui se serre, et la gorge qui s'assèche. Mon ventre se noue, mais je me rassoie dans mon siège et saisis mon poignard à ma ceinture. Posé sur mes genoux, je caresse à présent l'accoudoir droit de mes doigts fins, en écoutant mes guerriers s'écrier au dehors. J'inspire alors profondément cet air de guerre qui flotte tout autour de nous. J'aspire à tellement plus. Mais aujourd'hui, je n'ai plus le choix, et je ne peux reculer. Aujourd'hui, ils sont une menace que je ne tolère plus de voir planer sur nos têtes. Nos ennemis sont encerclés, et seuls. Mais malgré tout, j'accepte de la recevoir en audience. J'accepte qu'elle soit face à moi, par respect pour Anya. Une part d'elle l'estimait, et je dois bien cela à mon ancien mentor. Je veux la voir avant de l'exterminer comme tout son peuple qui a choisi de rester et donc de mourir. Je leur ai laissé une chance de fuir, je leur ai laissé du temps. Maintenant ils n'en ont plus. Je ne sais pas ce qu'elle espère trouver, ou obtenir, mais pourtant elle va se présenter à moi. Elle est audacieuse. Je caresse mon poignard, délicatement, et m'imprime encore et toujours de chaque détail ornant sa lame. Je croise mes jambes et l'attends patiemment, déterminée à enfin me confronter à celle qui a pris la vie de mon mentor. A celle qu'Anya a à la fois respectée, admirée, mais tant aussi tant haïe.

Clarke passe la porte et je la regarde. Blonde, les yeux clairs et habillée différemment, une démarche assurée, elle dégage quelque chose qui m'interpelle. Elle est là, forte, et marche la tête haute alors qu'elle n'a pourtant rien à m'offrir. J'incline la tête sur la gauche en la regardant s'avancer, suivie de Gustus. Mon poignard tourne entre mes doigts, et j'en caresse la lame en apposant sur elle un regard déterminé. Mais alors qu'elle est désormais proche, je baisse les yeux pour contempler mon arme et lui dis d'une voix calme mais puissante :

« Tu es celle qui a brulé trois cent de mes guerriers vivants. »

Tandis que je m'attends à ce qu'elle baisse les yeux, elle n'en fait rien, et c'est moi qui les relève vers elle.

« Tu es celle qui les a envoyés pour nous tuer. »

La seule personne qui aurait pu me répondre une telle chose est celle qui est en partie responsable du fait que Clarke soit en ce moment face à moi. Costia était la seule qui aurait eu le cran de me faire une telle réponse.

A présent, je la regarde.

A présent, je peux voir le fond de ses yeux, et presque m'y perdre, comme je la vois se perdre dans les miens malgré nos objectifs respectifs. Sans les quitter, je plante mon poignard dans mon accoudoir d'un geste vif, mais précis. Je redresse la tête, et le fais tourner entre mes doigts. Cette seconde me donne l'impression d'une éternité. Une éternité qui peut, peut-être, tout changer. Je me surprends même à penser « She's special. ».


Parce que je voulais en arriver à ce moment, où Clarke rentre dans la vie de Lexa et va à partir de là, en changer le cours. Je ne veux pas marquer "The END", parce qu'il n'y en a pas vraiment.

Cette réplique, issue de la série originale, marque le début d'une nouvelle histoire, mais qui n'est que la continuité de celle de Lexa.

J'espère sincèrement avoir réussi à la faire "revivre" à nouveau, et surtout, que ces mots ont été dignes d'elle.

Merci à vous, lecteurs, de les avoir parcourus, et pour ceux qui l'ont fait, de m'en avoir fait un retour (mention spéciale à Ursula Iguaran, bien évidemment).

Merci à Alycia Debnam-Carey, qui a été, dans son interprétation, ma source d'inspiration pour écrire ce personnage que j'aime tant, et qui m'a tant marquée. Personnage qui nous rappelle, à chaque instant, que "Life is about more than just surviving".

"May we meet again."