Maison du Scorpion
- Apparemment je vous ai sous estimés ! Je te félicite chevalier ! Tu es le premier à me toucher et le dernier, je te le garantis !
Shyriu écarquilla les yeux. Le coup avait décoiffé le chevalier d'or mais il en faudrait plus pour le faire plier. S'élançant à la vitesse de la lumière, Milo disparu de son champ de vision. La seconde suivante, Seiya qui avait réussi à se relever sentit une douleur violente au creux de sa poitrine. Un point rouge apparu sur son armure, telle une piqûre funeste. Le dragon se tordit de douleur à son tour et fut contraint de poser genoux à terre.
- Argh !
La silhouette du Scorpion s'avança derrière eux. Il avait frappé !
- Cet homme est incroyable ! Nous n'avons même pas vu le coup venir !
- …
- Je vous avais bien dit qu'il ne fallait pas me sous-estimer !
- …
- A présent je vais pouvoir en finir et vous infliger le châtiment que vous méritez ! Si vous vous étiez montrés raisonnables, j'aurais pût vous laisser la vie sauve mais maintenant je regrette, cela n'est plus possible !
- Désolée Shaïna… L'homme que tu aimes ne survivra pas… C'est ma volonté…
- Que vas-tu faire ?
- Mon devoir, tout simplement ! Adieu chevaliers !
Fscchhhhhhhhhh !
- Arrête !
- Quoi ? Qu'est-ce que c'est ?!
Des bruits de pas… L'attaque en suspend... Une silhouette blanche presque nuageuse, apparue.
- Tu vas laisser ces hommes en paix ! C'est moi que tu dois affronter !
Sous les yeux ébahis de Seiya et Shyriu, se présentait la silhouette immaculée du Cygne portant le corps inanimé d'Andromède. Les deux compères eurent du mal à y croire. Celui qu'ils pensaient mort était revenu à la vie. Comment un tel miracle était possible ?
La rage se lisait à présent sur le visage courroucé de Milo. Celui qui se croyait tout puissant venait de réaliser que sa belle assurance était peu de choses comparée aux valeurs fraternelles qui semblaient lier les chevaliers de bronze !
Jamais il ne pourrait se prévaloir d'en avoir autant ! Il ramassa son casque et avança calmement en direction du nouveau venu.
- Cygnus… Tu fus l'élève du maître Cristal n'est-ce pas ?
- ?!
- Peu importe… Tu es bien courageux de te présenter devant moi sachant que ton supérieur se trouve ici !
- Que veux-tu dire ? Tu parles d'un chevalier d'or ?
- Trêve de bavardages ! Puisque tel est ton vœu et que le destin t'a conduit dans cette maison, je vais t'estimer à ta véritable valeur et te montrer de quoi un chevalier d'or est capable ! Prépare toi à goûter à la véritable puissance !
Il lui fut cependant impossible d'effectuer le geste qui devait ôter la vie à Hyoga.
- Que se passe t-il ? Je ne peux plus bouger ! Je suis prit au piège dans un anneau de… de glace !
Hyoga ne détacha pas son regard du sien. Ses yeux d'un bleu glacial ressemblaient étrangement à ceux du Verseau… Milo réprima un frisson.
- On appelle cette technique l'anneau de glace. Le nombre de cristaux qui t'entourent ne cessera d'augmenter, jusqu'à ce que tu ne puisses plus bouger ! Plus tu te débattras, plus les cercles se serreront !
Profitant de cette faiblesse, Hyoga se tourna vers ses compagnons qui se relevaient tout juste du coup qu'ils avaient reçu.
- Allons, relevez-vous ! N'êtes-vous pas des chevaliers d'Athéna ?!
- Hyoga… Et Shun ?... Est-ce qu'il ?
- Seules les heures à venir pourrons-nous apporter une réponse Shyriu… Il a fait brûler son énergie au maximum pour réchauffer mon cœur prisonnier des glaces
- Bon sang !
- Allez ! Dépêchez-vous et partez devant ! Emmenez Shun avec vous. Tout n'est peut être pas perdu !
- Quoi ? Mais tu viens tout juste d'échapper à la mort !
- N'aie crainte Seiya ! Je vous rejoindrais une fois Milo vaincu. Nous devons gagner du temps et vous ne feriez que me retarder si vous étiez blessés à nouveau !
- Très bien… Mais tâche de rester en vie !
- C'est certain… Allons !
- Oui !
Seiya et Shyriu emmenèrent Andromède et se dirigèrent prestement vers la sortie. Le chevalier du Cygne les regarda partir, sachant pertinemment qu'il ne les reverrait jamais. Milo n'avait rien tenté, toujours encerclé par les cristaux. Il ricana.
- Tu penses vraiment pouvoir me paralyser avec de vulgaires cristaux de glace ? Vraiment ?! Ah Ah !
- Je ne suis pas fou ! Je voulais simplement leur permettre de sortir d'ici vivants !
- Alors je te félicite, tu as brillamment réussi ! La vérité c'est que j'aurais facilement pu me libérer plus tôt mais je dois admettre que ton courage et ta détermination à m'affronter ont réussies à me toucher ! Puisque tu es le pupille d'un de mes amis, je vais te faire l'honneur de l'Antarès !
- Antarès ?!
- Antarès est l'étoile principale de la constellation du Scorpion. Elle représente également le coup de grâce, c'est une attaque atrocement douloureuse !
- …
- Prépare-toi à expier tes fautes Hyoga… Par la piqûre mortelle du Scorpion !
Près du camp des femmes chevaliers
- Je répète doucement ma question…
- !
- Pourquoi êtes-vous au Sanctuaire ?
- Tu voudrais le savoir Taureau, n'est-ce pas ?
- Ne joue pas à ça avec moi ! Ma patience à ses limites !
- Il semblerait que le Pope vous ait bien eût !
- Que veux-tu dire ?!
- Bande d'imbéciles…
- Retire immédiatement ces paroles !
- Non ! Aldébaran ! Laisse !
Les deux hommes se retournèrent.
- Ne fait pas attention à ce qu'il dit…
- Callisto ?! Que fais-tu encore là ? Je croyais t'avoir dit de partir avec les autres !
- Cet homme ne te dira rien si tu veux mon avis… Nous ferions mieux d'en finir tout de suite !
- Callisto…
- Mouah Ah Ah ! Je te trouve bien présomptueuse ! Tu ferais mieux de partir bien sagement si tu ne veux pas y laisser la peau toi aussi !
La prêtresse s'était approchée d'Aldébaran. Le Taureau sentit le cosmos de l'amazone prendre de l'ampleur. Il l'empêcha néanmoins d'avancer.
- Arrête, tu entends ! C'est à moi de régler la question et tu le sais parfaitement !
Elle se tourna vers lui, plongeant son regard dans le sien en souriant derrière le masque.
- Tu t'es toujours trop inquiété pour moi Aldé… Laisse-moi-t'aider !
- …
Il hésita. Elle ne cessait de sourire calmement. Le jour de leur rencontre lui revînt en mémoire. Lui l'insensible, le roc… il avait fini par reléguer quelque part dans sa mémoire, ces quelques instants de bonheur.
Neuf ans auparavant…
Des ombres enfouies dans la pénombre. Elle les avait vu pénétrer au cœur de l'enceinte. Ils portaient des capes sombres et avaient leurs visages masqués. L'un d'eux l'aperçu. Donnant l'alarme aux autres, ils foncèrent sur elle. Elle se défendit comme elle pût, mais l'effet de surprise et le nombre d'attaquants étaient à son désavantage. Bien qu'elle soit en dehors du camp, elle n'avait pas le choix !
- Par le dernier oracle !
- Diablesse, qui es-tu ?! Arrrghhhh !
Suite à l'attaque, les autres prirent peur et s'enfuir. Elle fit volte face pour vérifier qu'ils avaient bel et bien quittés les lieux puis, rassurée, elle entreprit de rentrer. C'est alors qu'un grondement assourdissant bourdonna dans son esprit. Elle perçut l'origine de ce vacarme trop tard, ses capacités de perception étant faussée par la puissance de l'attaque dont elle avait fait usage.
- Attention !
- Aaah !
Le bloc de marbre s'était abattu, projeté d'on ne sait où… L'homme en armure avait surgit au milieu de la nuit, s'élançant rapidement pour l'attraper au vol et faire barrage. Il s'était relevé lourdement, se débarrassant de la masse inerte en la propulsant au loin. Celle-ci retomba dans un flot de poussière. Elle avait voulut se dégager mais il l'avait tenu fermement, sans vraiment savoir pourquoi. Elle n'aurait pas dû se trouver là…
- Des renégats ! J'aurais dû m'en douter ! Hors d'ici ! Tout inconnu pénétrant sur ces terres sans en avoir reçu l'autorisation sera durement châtié !
La jeune femme qu'il tenait contre lui protesta, s'agitant comme un animal blessé.
- Cessez de hurler ainsi, ils sont partis maintenant ! Et puis vous me faites mal avec vos gros bras !
Il relacha son étreinte.
- Pardonnez-moi ! Vous n'avez rien ? L'un de ces hommes a tenté de vous avoir par surprise. Il était resté sur place pour vous achever ! Vous l'avez échappé belle !
- Lâchez-moi tout de suite ! Vous n'avez pas le droit d'être ici !
- Erreur…Je suis chevalier d'or et c'est mon devoir de faire la ronde de nuit de ce côté du Domaine ! C'est plutôt vous qui ne devriez pas être en dehors du camp des femmes. Je me trompe ?
Elle avait piqué un fard, agacée. Elle avait prit l'habitude de sortir le soir pour se promener à sa guise et échapper un instant au poids de ses obligations lorsque les amazones avaient toutes regagné leurs baraquements. C'est la première fois qu'elle rencontrait un chevalier d'or de visu. Or, il lui était formellement interdit de s'entretenir avec eux. Le Pope avait ses ouailles et elle les siennes. Point barre. Les femmes n'étaient que tolérées dans l'armée… Les hommes avaient la primeur, quoi qu'elle en pense.
- Ma présence hors de l'enceinte ne vous concerne pas. Je vous prie de me lâcher !
- Comme vous voudrez…
Un silence lourd de sens s'installa.
- Alors c'est vrai ?
- Pardon ?
- On m'a toujours dit que les femmes chevaliers portaient un masque. Mon ami avait raison ! Il ne semble pas être le seul à s'intéresser à vous…
- Les renégats n'ont aucun intérêt à venir ici ! Quant à ce fameux ami ! Dites lui d'éviter les virées nocturnes… Je ne suis pas naïve ! Altaïr n'a pas encore terminé l'entraînement de son élève ! Elle est brillante, mais tout motif de déconcentration doit lui être épargné ! Me suis-je bien faite comprendre ?
Le Taureau avait laissé échapper un sourire en coin lourd de sens ! Se frottant le nez d'un air gêné, il répondit :
- Je le lui dirais… Mais à une seule condition !
- Laquelle ?
- Promettez-moi d'être prudente ! De plus en plus de guerriers tentent de pénétrer le Sanctuaire sans motif particulier. Le Pope est inquiet et la vigilance des chevaliers est renforcée. C'est la raison de ma présence ici et cela se reproduira sûrement !
- Le Pope…
- ?!
- Dites lui que Callisto aimerait s'entretenir avec lui de certaines choses concernant le Sanctuaire. Dites lui que nous manquons de moyens et que depuis quelques temps nous avons obtenu des réponses contradictoires de l'Oracle
- L'Oracle ?!
- Dites lui que cela concerne notre déesse, l'avenir de ce lieu et de chacun d'entre nous. C'est d'une importance capitale ! A présent je dois rentrer…
- Attendez !
- ?
- Vous êtes la prêtresse du Gynécée ?!
- Heureuse de constater que le Pope dispense un minimum d'instruction à ses ouailles ! Bonne nuit chevalier du Taureau !
Le molosse vêtu d'or en était resté coi ! Non seulement elle connaissait son prénom (ce qui prouvait qu'elle était bien renseignée) mais en plus il s'agissait de la responsable du camp des femmes chevaliers ! Elle s'était éloignée, laissant derrière elle une odeur délicate, mélange d'iris et de freesia. Il se jura de ne jamais oublier son nom. Aldébaran ne la revît jamais mais avait tenu promesse, avertissant son ami et rendant visite au Pope pour lui exposer la situation. La réaction du gouverneur du Sanctuaire ne s'était pas faite attendre. Il avait immédiatement pris des mesures pour améliorer le quotidien des guerrières qui n'avaient jusqu'ici bénéficié que de très rares traitements de faveur. C'était avant qu'il ne change, avant les évènements dont Callisto avait présagé la venue. Au sujet de l'Oracle, Aldébaran en était resté sur sa faim… jusqu'à ce soir…
Fin du flash back
- Tu sais quelque chose à propos de cet homme ?
- …
- Callisto ?...
- Je t'en parlerais plus tard ! Maintenant il faut nous dépêcher !
Aldébaran n'insista pas. Il s'avança vers le Wyvern, Callisto à ses côtés. Les autres guerriers s'éloignèrent prudemment.
- Ca y est ? Tu te décides enfin à attaquer ? Pas comme ce couard de Scorpion qui a préféré fuir sans demander son reste !
- Ca suffit ! Peu importe pour qui tu œuvres mais moi je ne sers que la justice ! Par la puissance du Taureau !
L'attaque qu'il projeta illumina l'espace avec violence, l'image du massif bovidé attaquant de front l'aura sombre du Wyvern. Le guerrier noir fit un bond, évitant ainsi l'impact et en profita pour lancer sa propre attaque.
- Black Storm !
Un trou noir apparu, aspirant l'énergie dégagée par Aldébaran. Le flot doré disparu totalement, venant du même coup enrichir l'ennemi de sa puissance.
- Tu vas regretter ça ! Par la corne du Taureau !
- Inutile chevalier ! Toute l'énergie que tu dégages sera absorbée et m'apportera d'avantage de pouvoir ! Tu vas t'épuiser tout seul !
- Ne soit pas si sûr de toi ! Par la corne du T…
- Aldébaran ! Non !
La prêtresse s'interposa.
- Inutile d'essayer, tu vas échouer si tu continues !
Elle avait posé une main pacificatrice sur son bras mais il la repoussa.
- Ecarte-toi !
- Non ! Laisse-moi essayer !
- Attends !
- Par le Jugement céleste !
Une sphère de lumière apparue alors au dessus d'elle, des reflets d'arc en ciel se répandant de part et d'autre du Wyvern, l'encerclant telle une cage de lumière. Aldébaran recula.
- Bon sang !... Cette énergie ! Elle est douce et bienveillante… forte à la fois ! On dirait celle d'Athéna !
- Diablesse, tu vas me payer ça !
- Inutile de t'agiter ! Tu ignores que même si je ne suis pas un chevalier d'or, la déesse Athéna m'a autrefois accordé une part infime de son énergie pour protéger mes compagnes ! Celle-ci n'est à utiliser qu'exceptionnellement en cas de menace avérée de la part du dieu des Enfers ! Maintenant que je connais ton identité je crois le moment venu de mettre cette attaque en application !
- Femme maudite ! Prend ça ! Dark extinction !
- Que le Jugement d'Athéna s'applique ! Holly crash !
ZZZZZZZZZzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzziiiiiiiiiiiiiii iiioooooooouuuuuuuuuuuuuuuuuuufffff ! !
- Aaarghhh !
- Callisto, non !
Le chevalier noir du Wyvern s'agita encore un moment avant de s'affaisser sur lui-même, le corps criblé de pointes de lumière, tranchantes comme des poignards. Le sang ruisselât sur lui, des plaies béantes s'étant ouvertes ici et là. Un à un, les projectiles s'évaporèrent, l'énergie dégagée s'enfuyant en vapeurs vers le ciel. Le Wyvern expira sous mille et une souffrances avant de s'effondrer sur la terre sèche quasi inaudiblement. Aldébaran murmura, stupéfait :
- Ainsi l'énergie prêtée a été rendue… Déesse Athéna... Soyez remerciée !
La panique s'empara de lui lorsqu'il réalisa qu'il n'entendait plus aucun bruit. Le guerrier d'Hadès était mort mais où était Callisto ? Lorsque la poussière soulevée par l'impact se dissipa, le Taureau découvrit le corps inerte de la prêtresse étendu à terre et se précipita.
- Callisto ! Callisto, répond moi !
Le masque était brisé. Il pu alors la contempler pour la première fois. Elle rouvrit les yeux peu à peu avec difficulté.
- Aldé ?... Est-ce que…
- Non !... Non ne parle pas, tu dois garder tes forces ! Je vais te conduire à Mû et il s'occupera bien de toi !
Elle secoua la tête en signe de refus.
- Pas… pas le temps…
- Que dis-tu voyons ? Nous allons te soigner !
Il allait la prendre dans ses bras pour l'emmener lorsque dans un dernier sursaut, elle l'en empêcha. Se laissant aller contre lui, elle profita de ses dernières forces pour lui révéler une chose essentielle.
- Ecoute... moi…
Il se pencha pour mieux entendre car sa voix s'éteignait.
- Je t'écoute…
- Le message de l'Oracle… Ce jour là, tu te rappelles ?
- Oui…
- Je lui ai dit mais ça n'a rien changé…
- De qui parles-tu ? Du Pope ?
- Oui… L'ancien n'est plus ! L'Oracle a prédit la chute du Sanctuaire des mains d'Hadès. Il m'a montré ce que projettent les dieux de l'Olympe à l'encontre de notre déesse et de son désir de préserver cette planète ! Vous devez à tout prix ramener la paix… C'est… c'est votre seule chance d'accéder à lui et de mettre fin au conflit...
Un filet de sang s'écoula de sa bouche, ce qui la fit tousser amèrement.
- J'ai été élue pour éliminer une partie des serviteurs et du pouvoir d'Hadès mais je ne pourrais pas aller plus loin ! Leur force et leur nombre sont plus importants que ce que l'Oracle m'avait dit… Aargh !
- Tiens bon ! Callisto !
- La… la bataille… ce conflit, il…
- Le conflit ? Tu parles de la bataille qui se déroule en ce moment ?
- N… non… Celui pour lequel vous avez obtenus vos armures et êtes tous devenus chevaliers… Celui pour lequel vous êtes préparés depuis tant d'années… La vraie bataille est ailleurs… Aldé, je… Aaargh !
- Callisto ! Reste avec moi ! Ne me laisse pas ! Callistoooo !
Maison du Scorpion
ROUGE
Son champ de vision était brusquement devenu rouge… Des étoiles dansaient presque devant ses yeux. Le cercle qui scintillait comme un diamant avait cédé en pluie de verre. A peine eut le temps de comprendre, qu'il l'avait frappé. Les battements de son cœur se faisaient presque inaudibles, encore une fois.
- Non !... Je n'peux pas… Je ne dois pas !
- Cesse donc de t'agiter oiseau fragile ! Cela ne te servira à rien ! Tu t'es mis tout seul dans ce pétrin… Je t'avais pourtant prévenu ! Toute personne qui doute ne peu s'éveiller à l'ultime cosmos, ni même contrer la puissance du venin mortel du scorpion ! Tu vas mourir Hyoga…
- En temps normal j'aurais pu faire preuve de pitié mais je n'ai aucun scrupule à achever un être qui fait preuve d'aussi peu de détermination à protéger celle qu'il appelle sa déesse !
Un éclair de lucidité illumina le regard vitreux du Cygne. Quelque chose était passé entre eux… Un message…
Milo ferma les yeux après avoir constaté le piteux état dans lequel il avait mit son adversaire. A terre, les nerfs paralysés, les membres couverts d'une fine pellicule de sang. Il se détourna comme on se détourne d'une proie lorsqu'on a assez joué avec. Le silence se fit lourd mais la victime n'expira pas.
- Une seconde… Mi… Milo !
- Mmh ?... Tu persistes dans ton entêtement ?!
Hyoga se releva du mieux qu'il pût en titubant et hurla.
- Je ne suis pas un lâche !
- Vraiment ? Et comment comptes-tu m'affronter dans l'état où tu es ?!
- Tu es vil…. Et vaniteux ! Cela te perdra ! J'en appelle à mon cosmos !
- J'aimerais bien voir ça…
Un froid hivernal emplit soudainement le temple, diffusant des flocons de neige translucides partout dans l'atmosphère. Hyoga ne sentait plus rien… Seule cette idée fixe le guidait. Celle qu'il ne pourrait jamais décevoir la confiance que son maître avait placée en lui. Il devait faire honneur à la mémoire de tous ceux qui l'avaient aidé à en arriver là. Sa mère, son défunt maître et celui qui semblait l'observer de loin, comme un songe. Il devait tenter le tout pour le tout !
- Même si je dois y laisser la vie, je jure de te porter un coup qui te fera plier !
Milo fronça les sourcils. Quelque chose l'intriguait. Ce n'était pas vraiment Hyoga qu'il voyait… deux personnes en une. Deux cosmos en communion.
- Camus ?!
- Par l'envol du Cygne !
- Par l'aiguille écarlate !
Deux rayons s'entre choquèrent : l'un rouge, l'autre blanc. La pureté et le vice… La violence et la paix par le froid. Hyoga demeura immobile. Milo tenta de bouger. Ses membres ne répondaient plus. Il chercha son adversaire du regard mais toute vie semblait l'avoir quitté. Le cosmos doré dont il s'enveloppa suffit à faire fondre doucement cette glace qui le paralysait. Le Scorpion avança. A l'instant où il allait toucher Hyoga, celui-ci s'effondra dans un bruit sourd. Contre toute attente, Milo avait été durement touché. Il était certain d'avoir sentit Hyoga s'élever au-delà de sa conscience. Il ne pouvait le nier. Posant un genou à terre, il examina d'un rapide coup d'œil l'état dans lequel il se trouvait. Une chose imperceptible semblât demeurer. Un voile invisible… Le souffle de la vie ? Pour une fois dans son existence, le Scorpion fit le bon choix. Le bras se leva rapidement et un éclair rouge plus tard, le dard flamboyant transperça le cœur inerte. Des battements réguliers... Hyoga cracha du sang et respira enfin !
- Que… ! Que s'passe ?...
- Non, ne parle pas tu as déjà perdu beaucoup de sang ! Garde tes forces chevalier…
Le peu qu'il voyait lui apparaissait à travers un voile rougeoyant, mais il était sûr de lui. Il s'agissait bien du chevalier d'or du Scorpion qui était penché au dessus de lui et l'observait d'un air inquiet. Sa tête le faisait affreusement souffrir mais il parvînt à réaliser les faits : il était vivant. Vivant et dans les bras de son ennemi ! Ironie du sort !
- Je sais à quoi tu penses… inutile de parler. Nous autres chevaliers d'or avons cette capacité à lire les pensées. Je préfère mettre les choses au clair tout de suite. Je t'ai sauvé la vie parce que tu as réussi à te dépasser. Tu as atteins tes limites et je ne peux ôter la vie à quelqu'un qui a fait preuve d'autant de courage. Je ne serais pas digne d'être le Scorpion si j'agissais de la sorte. Je dois aussi respecter la promesse faite à une amie... Tu dois faire vite et rejoindre tes compagnons…
- Pou… Pourquoi ?...
- Je te l'ai dit chevalier. Accroche-toi maintenant !
Il l'aida à se relever, passant le bras de Cygnus autour de ses épaules. Hyoga ne savait que penser. Visiblement, celui qui avait juré de lui ôter la vie la lui avait préservé. Une fois remit sur pieds, il s'éloigna en titubant. Milo le regarda partir d'un air songeur.
- Prend garde à toi Hyoga… Ce qui t'attend, ainsi que tes compagnons, est un destin plus sombre encore… J'espère que tu atteindras la demeure de ton maître. Tu entends Camus ? Ton disciple sera bientôt là ! Je compte sur toi…
Arène du Gynécée
- Arrêtez tout !
Les jeunes femmes levèrent la tête comme une seule âme. Le brouhaha qui montait l'instant plus tôt depuis le sable de l'arène s'était brusquement tût lorsque Geïst avait donné l'ordre d'arrêter les combats. Marine était près des gradins nord lorsqu'elle l'entendit. Se précipitant en contrebas, elle rejoignit ses compagnes qui avaient fait cercle autour de Shaïna et attendaient avec anxiété.
- Qu'as-tu ? Pourquoi nous alerter ainsi ?
- Ecoutez moi toutes, c'est affreux !
- ?!
- Notre prêtresse est morte ! Un chevalier d'or vient par ici pour ramener le corps !
- Quoi ? Absurde !
- Tu es devenue folle ?!
L'autre se retourna, essoufflée d'avoir tant couru et leur montra la preuve irréfutable du bout du doigt.
- Là ! Regardez !
Le vent leur apporta l'odeur de l'océan. A travers la fine couche de son masque, Marine distingua une massive silhouette dorée qui se détachait progressivement sur la ligne claire de l'horizon. L'homme se figea.
- Je suis Aldébaran, chevalier d'or du Taureau et gardien de la seconde maison. Je viens en allié et vous ramène le corps de votre maîtresse Callisto, prêtresse du Gynécée !
Marine n'en revenait pas ! Une partie d'elle-même lui confirma pourtant la triste vérité. Les inquiétudes qu'elle avait eu en laissant Callisto seule face à ce chevalier noir étaient fondées. Elle entendit les pleurs étouffées de ses compagnes et sentit elle-même sur ses joues une moiteur troublante.
- Non !
- Maître ! Ce n'est pas possible ! Non !
- Que s'est-il passé ?
Aldébaran s'avança.
- Elle a donné sa vie… Le chevalier noir du Wyvern est mort ! Il a succombé suite à l'attaque qu'elle a déclenché mais je n'ai rien pu faire pour la sauver…
Certaines demeurèrent prostrées, anéanties. Les plus jeunes se précipitèrent vers la dépouille en criant. Marine n'avait pas bougé. Elle pouvait sentir la pression légère exercée sur son bras par la main de Shaïna. Elle l'observait lui. Personne ne semblait s'en soucier ou y faire attention mais il pleurait… En silence et dignement, mais c'était vrai : Aldébaran du Taureau pleurait…
- Marine ?...
- …
- Nous devons appliquer la règle…
Aldébaran ne pouvait rester, ni les suivre là où elles emmèneraient le corps. Il la revit, fière et courageuse… Une fois de plus il avait échoué à vouloir protéger une personne chère. Le Pope devait déjà être au courant. La disparition d'un chevalier noir n'augurait rien de bon. Des explications seraient nécessaires pour connaître les raisons exactes de sa présence ici. Perdu dans ses pensées, ressassant sans arrêt les paroles de Callisto concernant le véritable combat et l'Oracle, Aldébaran ne sentit pas tout de suite la main de l'Aigle se poser sur son bras. Lorsqu'il daigna enfin la regarder, il cru voir un mirage.
- Callisto ?...
- Quoi ?!
- Marine… Je… Je t'écoute !
- C'est à nous de nous occuper d'elle à présent…
- Oui. Je… je ne devrais pas rester ici. Je vais vous laisser mais…
- Tu as quelque chose de plus à nous dire ?...
- Si seulement j'avais su…
- ? …
- Callisto n'était pas seulement la prêtresse en chef de ce camp… Elle était avant tout l'Oracle des dieux !
- L'Oracle ?!
Au pied des marches de Star Hill
- Princesse !
La voix n'était pas familière. Le chevalier du Bélier la perçu mentalement, comme le grésillement d'un insecte au loin, mais ce bruit était bien réel. Il se releva prestement, jetant un regard paisible sur son jeune disciple qui était resté à ses côtés auprès d'Athéna.
- Tu sens quelque chose ? Kiki ? C'est peut être un signe…
- Rien d'important maître
- Je n'en suis pas si sûr… Il faut partir !
- Mais ? Et la princesse ?!
- Ne t'inquiète pas pour elle, nous n'avons aucun souci à nous faire…
- Comment pouvez-vous en être si sur ?!
- N'as-tu plus confiance en moi ?
- Si, mais…
- Alors vient ! Nous avons assez perdu de temps !
Ils se télé portèrent, laissant en arrière le corps toujours inanimé de Saori. La voix qui avait raisonné un peu plus tôt se fit plus présente, plus forte. Un homme au crâne rasé courait à perdre haleine en direction du corps inerte. Arrivé devant la dépouille, il tomba à genoux et poussa un cri d'horreur.
- Malédiction ! Princesse ! Mais que s'est-il passé ?!
Il considéra d'un air paniqué la plaie profonde dans laquelle un projectile en or fin était enfoncé et enragea. Sa haine se déversa en flot de pensées négatives qui avaient toutes pour cible le même bouc émissaire.
- Seiya… espèce d'imbécile ! Abruti ! Comment as-tu pu laisser faire une chose pareille ?! La princesse n'aurait jamais dû te charger d'une telle mission !
Sans plus attendre, il s'empara de l'objet qu'il avait ramené avec lui. Elle l'avait laissé dans l'avion, prétextant ne pas en avoir besoin. Pacifique… elle était tellement douce et généreuse. Il s'en voulait de n'avoir pas pu les aider. Ce n'est pas tant l'affection grandissante de sa protégée pour le jeune Pégase qui l'inquiétait mais plutôt la promesse qu'il avait faite à Mitsumasa de veiller sur elle quoi qu'il advienne car au fond… il l'avait vu grandir.
- Tenez… même si vous êtes inconsciente… Je pense que ceci vous réconfortera…
Il plaça le sceptre de justice dans sa main gauche. Pendant une fraction de seconde, il eut juré qu'elle remuait… Alors qu'il s'exécutait, des cris résonnèrent au loin.
- Toi là !
- Quoi ?
- Qui es-tu ?! Tu n'as rien à faire ici ! Tout intrus au Sanctuaire doit mourir ou coopérer ! Tu vas nous suivre bien gentiment… et on en profitera pour ramener le corps de cette fille au palais !
- Je ne la laisserais pas !
- Tais-toi, chien ! Tu n'as aucun pouvoir sur ces terres, prépare toi à mourir ! Yaaaah !
Les gardes s'élancèrent sur lui, lances et poings levés. Contre toute attente, Tatsumi se défendit bec et ongles. La simple idée qu'ils puissent poser la main sur la princesse l'avait dopé ! Il avait prêté serment !
- Tenez, prenez ça !
Les coups fusèrent mais il réussi à en mettre plusieurs au tapis. Reprenant son souffle, il jeta un coup d'œil en arrière pour s'assurer qu'elle était toujours là mais cet instant d'inattention lui fit perdre la mise. Il reçu un coup violent sur la tête, perdit connaissance et s'effondra.
- Je l'ai eu ! Cet imbécile a voulu jouer les héros mais il n'était pas de taille. Ah ! Ah !
- Ca suffit ! Le Pope nous a donné l'ordre de lui ramener la princesse. Nous devrions faire vite, tu connais son impatience !
- Oui Allons-y ! Aide-moi,-toi !
Les hommes s'approchèrent pour transporter le corps inerte. A l'instant où leurs mains touchèrent la chevelure lavande, une décharge électrique les paralysa. Un coup de pied jaillit de nulle part, les envoyant valser dans le décor.
- Tant que je vivrais, personne ne la touchera !
D'autres gardes accoururent, alertés par le bruit.
- Que se passe t-il ici ?!
- Mais qui es-tu toi ?! Montre-toi !
- Derrière toi !
- Mhh ?!
Le garde se retourna et prit de plein fouet une droite, suivie d'un coup de pied qui lui brisa les reins. Le sang qui gicla hors de sa bouche lui donna la nausée. Il s'effondra. Les autres finirent par crier à tue tête.
- Alerte ! Aleeeerte ! Des renégats !
- Allons-y ! A l'attaque !
- Pauvres fous ! Je suis le chevalier de la Licorne ! Pour Athéna les amis !
D'autres ombres surgirent derrière lui, l'accompagnant dans la mêlée. Un affrontement bref mais intense s'en suivit, des ombres lancées à la vitesse de la lumière face à d'infimes moustiques… écrasés, balayés les uns après les autres. Jekky de l'Ours, Natchi du Loup, Jabu de la Licorne, Itchi de l'Hydre, Lionet ! Ils étaient venus eux aussi. Ils étaient enfin là !...
Du haut de son temple, Mü souriait. Il savait qu'ils viendraient. Ils y avaient mit le temps, mais seul le résultat comptait.
- Tu vois… Je te l'avais dit !
Le jeune homme roux qui ne lui arrivait pas plus haut que la cuisse, le regarda d'un air penaud.
- Pardonnez-moi maître… J'ai douté de vous…
- Vingtième leçon Kiki… Ne doute jamais de toi, car le doute mène à la peur et au-delà… à la mort !
Maison du Verseau
Le calme paisible d'un petit bureau emplit de livres anciens. Le bruit d'une horloge sans âge qui égrène les minutes, les secondes, les nano secondes. Science, érudition, maîtrise des sentiments, froideur… Le temple de la connaissance ou celui du Verseau semblait aussi strict et glacé qu'auparavant. Son propriétaire scrutait un des multiples tableaux suspendus en ce lieu. Il aimait faire cela… Lui, le sage du Sanctuaire. Son rôle était de conseiller, favoriser les décisions… Un excellent ambassadeur. Mais aujourd'hui ses pensées n'étaient pas tournées vers la diplomatie. Il pesait le pour et le contre. A travers ce tableau aux teintes sombres, ce n'est pas la texture de la matière qu'il cherchait à percer, mais bien le mystère de la situation qui venait de se jouer devant ses yeux.
- Ainsi donc tu as réussi… Je suis fier de toi ! Mais arriveras-tu jusqu'ici Hyoga ?
Une voix tenta de troubler ses réflexions internes. Il reconnue celle de son ami et accepta d'ouvrir son esprit.
- Je le savais…
- Milo ?!
- J'avoue abuser parfois de ce système pratique qu'est la transmission de pensées, mais cette nouvelle m'enchante. N'est-ce pas ton cas cher ami ?
- Je me passe de tes commentaires…
- Avoue que tu as été surprit !
- Dire le contraire serait mentir… Il a fait des progrès faramineux en peu de temps. Je ne l'en aurais pas cru capable ! Le souvenir de sa mère le paralysait à jamais… Mais la force de ses amis semble l'avoir revigoré !
- Dans quel camp es-tu ? Tu as des doutes toi aussi ?
- Qui n'en a pas ?!... Tu n'étais pas plus avancé que moi avant de les affronter ! Est-ce le devoir d'équité ou la peur qui t'ont fait réaliser ?
- Je ne saurais le dire… mais le courage de ces gamins m'a attendrit. Sommes-nous devenus hermétiques à tout sentiment à force de prétendre défendre la justice ? Sommes-nous d'ailleurs réellement dans notre bon droit ?
- Tu vas trop loin ! Ce qui se trame là haut ne nous regarde nullement !
- Tu parles de ces hommes venus au Sanctuaire sans y avoir été invités ?
- Alors toi aussi tu es au courant pour la prophétie ?
- La prophétie ?
Maison du Capricorne
- Ils arrivent et seront bientôt là… Ca ne fait plus aucun doute …
Shura était posté sur la terrasse de son temple, ressentant à travers les vibrations d'énergies, l'avancée des combats. Le vent était quasi omniprésent, alors que quelques heures plus tôt, une chaleur torride avait consumé la terre. La nuit s'installait peu à peu et il se savait surveillé. Camus avait deviné la présence d'Arsinöé chez lui et en était profondément contrarié. Cependant il n'était pas venu. Probablement par devoir. Le Pope avait expressément ordonné que chaque chevalier tienne son poste. Bien qu'il n'ait pas interrogé le Capricorne au sujet de son escapade à Rodario, il lui avait clairement fait comprendre que cet écart de conduite ne lui serait pas accordé deux fois. Leur affrontement ne viendrait que plus tard… après cette bataille… Selon l'issue…
Pendant ce temps, allongée sur une couche blanche et moelleuse, Arsinöé patientait. Elle se sentait étrangement bien en ce lieu. Peut-être s'était-elle trompée. Peut-être l'homme qui animait son cœur devait-il d'avantage ressembler à quelqu'un comme Shura ? En apparence froid et distant mais probablement brûlant et passionné. On l'avait mise en garde pourtant : la passion dévorante peut se révéler un feu destructeur. Que cherchait-t-elle ? La durabilité ou l'impétuosité d'un torrent éphémère ? Shura l'avait logé comme une reine. Elle avait mangé des fruits, des fleurs avaient été disposées par une servante dans un patio ouvert sur l'horizon, elle avait de quoi lire et écrire, exactement comme lorsqu'elle rendait visite à Camus et passait de longues heures avec lui. Ces deux hommes étaient froids mais ce froid l'attirait. Sans doute parce qu'en ce pays, la chaleur était insupportable. En elle, deux femmes s'affrontaient. Le chaud et le froid, le raisonnable et le déraisonnable. Mais cette prison dorée semblait ne pas avoir d'issue et elle s'en inquiétait de plus en plus.
- Camus devrait déjà s'être manifesté. Peut-être devrais-je tenter une approche ?...
Aux pieds de Star Hill
- Je peux savoir ce que vous faisiez ?! Où étiez-vous nom d'un chien ?! Voyez ce qui est arrivé ! N'avez-vous pas honte d'être partis et de l'avoir abandonnée ainsi ?!
- Allons ! Calme-toi Tatsumi ! C'est Saori elle-même qui nous a demandé de partir…
- Tu veux dire que ?...
- Oui… La princesse nous a ordonné de retourner dans nos camps respectifs pour reprendre nos entraînements et perfectionner nos techniques de combat. Nous n'étions pas encore prêts. Encore trop faibles… indignes de veiller sur elle. Je suis retourné à Oran en Algérie. Ban, Natchi, Itchi et Jekkyl sont repartis eux aussi. Désormais nous sommes de taille à affronter notre ennemi !
- Comment avez-vous su ?
- Que vous étiez ici ? C'est pourtant évident ! La fondation nous en a informé. Visiblement les radars n'arrivaient plus à vous localiser. Cette île semble être toute entière noyée dans un puissant champ d'énergie ! Nous avons fait appel à nos cosmos respectifs pour pouvoir entrer !
- C'est bien ce que le maître avait annoncé…
- Que veux-tu dire ?
- Que Monsieur Kido avait tout prévu depuis le début ! Il savait que la princesse subirait cette épreuve et qu'elle aurait besoin d'une arrière garde. Visiblement vous n'êtes pas si inutiles que ça !
Jekkyl de l'Ours prit très mal la remarque. Avançant vers le majordome d'un air furieux, il manqua de le jeter à terre mais Jabu l'en empêcha d'un mouvement preste du bras.
- Arrête ! Calme-toi ! Nous ne sommes pas ici pour nous battre ! L'objectif est de la protéger, pas de nous entre-tuer !
- C'est imbécile nous insulte ! N'en as-tu pas marre de devoir toujours t'incliner ?
Son camarade le fixa droit dans les yeux. Jekkyl arrêta immédiatement de protester.
- Maintenant tu vas m'écouter très attentivement ! Ou tu te calmes ou bien c'est moi qui te files la raclée, t'entends ?! Soit un peu adulte pour une fois !
L'Ours frissonna. Quelque chose en son compère le glaçait. Jabu n'était pas le plus fort, loin de là. Mais ces derniers mois d'entraînements intensifs l'avaient changé. Le jeune homme avait longuement réfléchit sur les raisons de leur éviction du tournoi intergalactique et la honte l'avait sûrement poussé à se dépasser. Fini le petit chien qui courait après sa maîtresse ! Fini la jeune Licorne qui se faisait dévorer ! Il pouvait sentir en lui s'éveiller une puissante cosmo énergie, ce qui le calma instantanément. Jabu le libéra de son emprise hypnotique et s'accroupit auprès du corps inerte de Saori. Un silence profond s'était installé.
- Je sais parfaitement que vous m'entendez. Je vous demande pardon, je n'étais pas à la hauteur. Mais les choses ont changées et je jure de demeurer auprès de vous. Nous serons plus utiles ici que là haut. J'ai confiance en Seiya et en nos compagnons, ils réussiront !
Contre toute attente, une lumière aveuglante enveloppa le corps. Jabu fut repoussé avec force. Tatsumi et les autres se couvrirent le visage de peur d'être aveuglés. La princesse, nimbée dans une aura de feu, demeurait immobile. Le sceptre d'or déposé dans une de ses mains quelques minutes plus tôt s'anima, dressant son disque solaire vers le ciel. Un feu ardent s'empara du bâton d'or, projetant une boule de lumière en direction de Star Hill. Tatsumi se releva, paniqué.
- Mais bon sang, que se passe t-il à la fin ?!
Maison du Sagittaire
-« Tu as entendu ?!
Seiya s'était arrêté. Au moment où il s'apprêtait à entrer avec ses amis dans la bâtisse de marbre, un son assourdissant mais étrangement agréable s'imposa à lui.
- Oui j'entends, mais qu'est-ce que c'est ?! »
- On dirait des clochettes ! Des milliers de clochettes résonnant à l'unisson ! D'où cela peut-il venir ? »
- Regarde ! Tu as vu ça ?!
Une boule de feu passa à deux doigts d'eux et s'engouffra à l'intérieur de la bâtisse avant d'y disparaître dans un grondement de tonnerre.
- Tu crois que nous devrions entrer ?
- Nous y sommes forcés ! Cette explosion ne me dit rien qui vaille… Soyons prudents !
- Oui… tu as raison !
Quelque part dans les limbes
- Ils sont là ?
- Oui…
- Tu sais ce que tu dois faire ?
- Oui, princesse
- Est-ce nécessaire ? N'ont-ils pas déjà prouvés leur valeur lors des précédentes batailles ? Voit ! Là où ils sont arrivés !
- Vous m'avez désigné comme protecteur. Je dois m'assurer de leur pleine et entière détermination…
- J'ai confiance en toi ! Agit au mieux…
Palais du Pope
- Maudit sois-tu Ayoros ! Tu es de retour ou plutôt… Ton cadavre ! Ah ! Ah ! Ah ! Un fantôme ! : voilà ce que tu es devenu ! Une âme brisée qui ère sans lendemain, sans promesse d'Eden car tu es mort en traître et dans la souffrance ! Finalement le hasard fait bien les choses. Seiya et ses compagnons rendront les armes dans la neuvième maison ! Mouah ah ! Ah !
- Saga !
- Mhh ?!
- Saga ! Qu'as-tu fait ?
- Qui est là ?
- Ta rédemption !...
- Toi ?! Comment es-tu revenu ? C'est… C'est impossible !
Gynécée
- Alors ? Tu me crois maintenant ?
Les coups répétés à la porte l'agacèrent profondément ! La rousse s'approcha de la cloison d'un pas impatient.
- Quoi encore ?!
Une voix lui parvînt depuis l'extérieur.
- Maître ! Maître ! Vous devez faire vite ! Si le Pope l'apprend, nous sommes perdues !
- Je n'en ai plus pour très longtemps ! Je viens !
Elle se concentra à nouveau sur son interlocuteur. Shaïna était assise dans un coin de la pièce, surveillant d'un œil discret le chevalier du Taureau. Demeurée silencieuse jusqu'à cet instant, elle perdit patience à son tour et se leva.
- Mais enfin, c'est impossible ! Qu'en penses-tu Marine ? Si notre maître à toutes avait su une chose aussi capitale, elle ne nous aurait pas laissées dans l'ignorance ?!
Le chevalier de l'Aigle ne répondit pas. Aldébaran se tourna vers Shaïna et répondit à sa place.
- Elle avait une bonne raison de le faire ! Peut-être désirait-elle simplement vous protéger ?
- Aldébaran ! Tu ne devrais même pas être ici ! Comment peux-tu prétendre savoir plus de choses que nous à ce sujet ?!
Marine la calma de suite.
- Shaïna ! Il a ramené son corps, il nous a dit la vérité ! Pour une fois dans notre existence, nous pouvons enfreindre la règle ! C'est un cas de force majeure ! L'information est capitale, nous ne pouvons passer outre !
- Pfeu ! Toi et tes éternels bon ssentiments… Ce qu'il faut c'est prévenir les autres chevaliers ! Si cette menace est bien réelle, il nous faut agir maintenant !
Aldébaran se leva.
- Cela ne servirait à rien !
- …
- Dit le lui Marine !
- Quoi ?!
- Allons… Ne fait pas l'innocente ! Je sais que tu es au courant toi aussi de la rumeur et peut être que tu en sais même plus que nous !
L'aigle eut un mouvement de recul. Shaïna décroisa ses bras, préoccupée.
- Marine ?! De quoi parle t-il ?
Le moment était venu. Elle devait « tomber le masque » et leur dire ce qu'elle avait apprit à Aiolia quelques heures plus tôt. Elle ne risquait plus grand-chose de toute façon !
- Arlès a été assassiné par l'actuel grand Pope. Celui qui gouverne le Sanctuaire aujourd'hui est un être dont nous ignorons la véritable identité mais une chose est sûre. Il a pactisé avec Hadès et cela n'annonce rien de bon ! D'après l'énergie qu'il dégage et que j'ai pu sentir une ou deux fois, j'ai de fortes raisons de croire qu'il s'agit d'un guerrier de puissance égale, sinon supérieure à celle d'un chevalier d'or. Je vois donc deux explications possibles : soit il s'agit de l'un des nôtres… Soit c'est un sbire à la solde du dieu des Enfers qui a été placé au Sanctuaire comme informateur.
Si ce que tu nous as dit se vérifie Aldébaran, cela voudrait dire que les chevaliers d'or, de bronze et d'argent se sont entre-tués et s'entre-tuent encore pour rien !
La bataille du Sanctuaire est un leurre ! Cet affrontement fratricide qui décime nos rangs ! Nous sommes en train de nous tirer une balle dans le pied, alors que nous devrions nous préparer pour ce qui va suivre !
Shaïna s'était calmée. Elle commençait à entrevoir la réalité et comprenait peu à peu. Pourtant elle refusait le pire.
- Tu veux dire que ?
- Oui ! Hadès tente de miner les armées d'Athéna de l'intérieur. Il nous laisse nous éliminer les uns les autres en provocant des conflits. Il entraîne la haine dans le monde par l'intermédiaire du Pope et il semblerait qu'à terme, son but soit de régner sur le Sanctuaire et plus globalement sur cette planète !
- Le Pope est donc un serviteur du mal ?
- Il y a de fortes chances malheureusement !
- Mais alors, Seiya est en danger ?
- Tu ne penses donc qu'à lui ?!
- Marine !
Les deux femmes se firent face. L'une cherchant à prouver que l'important n'était pas les vies qui seraient sacrifiées, mais bel et bien l'issue du combat alors que l'autre tentait de clamer sa détresse pour le seul être qu'elle chérissait vraiment. Shaïna voulait préserver Seiya, ne pensant qu'à elle et plus à son devoir. Aldébaran s'interposa.
- Le moment est mal choisit ! La question n'est pas de savoir ce que nous risquons ! On savait ce qui allait nous arriver ! La question est plutôt de savoir comment nous préparer à ce combat et convaincre les sceptiques !
Shaïna se dirigea vers la porte, d'un pas rapide. Elle saisit la poignée d'un geste vif et s'adressa à l'Aigle.
- Je pensais que ton disciple comptait un peu plus que ça à tes yeux ! Mais ton devoir passera décidément toujours avant tes sentiments ! Tu me déçois Marine !
Puis elle s'en alla, claquant la porte en sortant.
- Shaïna, attend !
- Laisse-là !
- Aldébaran ?!
Il posa sa grande main rassurante sur son épaule et la regardât d'un air navré.
- Ne t'en fait pas, elle n'est pas vraiment fâchée.
- Elle réagit toujours pareil ! Ne comprend-elle pas que ce qui importe c'est le nombre de vies que nous réussirons à sauver et non nos besoins personnels ?
- Elle reviendra… Elle vient seulement de réaliser l'ampleur de la menace et nous serons nombreux à avoir du mal à encaisser cette vérité!
- Je… je suis désolée
- Pourquoi ?
- Tu viens de perdre une personne qui t'était chère et tu assistes à une querelle de gamines !
- Je ne devrais pas être là, vos compagnes ont raison… Je retourne chez moi…
- Mais ?...
- Je ne serais pas présent pour la cérémonie. Si je reste, j'enfreins un peu plus votre code d'honneur et le Pope serait susceptible de lancer une nouvelle vague d'assaut. Fait quelque chose pour moi tu veux bien ?
- ?
- Lorsque vous ensevelirez son corps … Promet-moi de placer ceci entre les mains de Callisto…
Et il tendit à Marine un anneau d'or ciselé, simple mais gracieux. Au centre, brillait un triskèle orné d'une agate. Lorsqu'elle regarda devant elle pour dire au chevalier qu'elle respecterait sa volonté, il avait disparu…
Star Hill
- Tu as une idée de ce qui s'est passé ?
- Visiblement l'armure d'or est apparue ! Nous n'avons pas eu le temps de la voir car la lumière était trop forte mais j'ai senti un cosmos quasiment égal à celui d'un dieu émaner d'elle. Elle semble être entrée en résonance avec le sceptre de la justice, ce qui ne peu dire qu'une chose
Ils se tournèrent vers Jabu, attendant l'explication.
- Le chevalier Ayoros n'est pas vraiment mort !
- Quoi ?!
- Mais pourtant !
- Oui… D'après les récits antiques… Il est dit que le Centaure Chiron est le guide des héros. Le sage qui apporte connaissance, art du combat, sagesse et spiritualité. Les chevaliers portant cette armure d'or se sont toujours distingués auprès de la déesse et ce, quelle que soit l'époque. Je pense qu'Ayoros est entré directement en contact avec la princesse, par delà la mort. Son âme est toujours présente, c'est la seule explication !
- Il serait donc revenu du monde des morts pour la protéger ?
- Pas seulement…
- Tu as une idée ?
- Il est à la fois ici et partout … Ne sentez-vous pas cette ambiance particulière ? Et voyez ! Le sceptre est toujours actif !
- Oui, tu as raison ! M'est avis que l'armure a rejoint la neuvième maison !
- C'est ce que je pensais !
- Que faisons-nous alors ?
- Seiya et les autres ont réussi à traverser les premiers temples. J'ignore où ils se trouvent maintenant mais nous avons une chance de sauver Saori !
- Ne crions pas victoire trop vite !
- Ca m'ennuie de le dire mais de toute façon nous serions impuissants. Et le chevalier d'or a déjà prit les choses en main…
Maison du Sagittaire
- Qu'est-ce que c'est ?
- Ooh !
Entre deux rangées de colonnes corinthiennes ornées de feuilles d'acanthe et de fruits sculptés, un halot lumineux entourait devant leurs yeux éblouis la silhouette d'un centaure couvert de feuille d'or, reposant sur un socle de marbre blanc. Un casque à la grecque, orné d'ailerons en forme d'éclair, le torse bombé et le bras tendu. La flèche d'or visait l'horizon.
- C'est incroyable ! Nous l'avons cherché partout et voilà qu'elle apparaît comme par enchantement !
- L'armure d'or du Sagittaire ! Enfin !
Leur joie fut cependant de courte durée. Se tournant soudainement dans leur direction, l'armure émit un bruit de contorsion qui les inquiéta. Le bras droit s'anima comme par magie, bandant l'arc dans un bruit inquiétant.
- Seiya, attention ! Il va tirer !
- Trop tard !
En une fraction de seconde, la flèche fut projetée sur lui. Pégase tenta d'esquiver le coup mais l'archer était trop rapide. Bien que personne ne portât l'armure, elle semblait animée par l'âme de son propriétaire. Croyant avoir été touché, le jeune homme ferma les yeux, se préparant au pire. Lorsqu'il réalisa qu'il ne ressentait aucune douleur, il les rouvrit pour constater que le projectile était passé à deux centimètres à peine de son flan droit. Il tremblait malgré lui, la sueur perlant sur son front. Shyriu était resté immobile. Le coup avait été porté à une vitesse telle, qu'il semblait quasiment impossible d'en réchapper. Shun fut projeté à terre, Seiya n'ayant pas réussi à le garder sur ses épaules suite à l'impact. Il s'éveilla.
- Où suis-je ?
- Shun ! Tu vas bien ?! On te croyait mort !
- Shyriu ? Où est Hyoga ?
- Ici !
- C'est pas possible ! Tu es vivant ?!
Le Cygne les avait finalement rejoints. Lorsqu'il s'avança dans leur direction ils eurent du mal à réaliser. Après avoir reprit leurs esprits, Hyoga leur conta brièvement le geste de Milo, son regret de ne pas avoir dépassé ses limites plus tôt et son désir de les rejoindre au plus vite. Mais la conversation fut de courte durée. Il constata comme les autres les dégâts causés par la flèche du Sagittaire et le passage ouvert dans le mur. Il interrogea ses amis du regard.
- Ne cherche pas ! Nous n'avons pas compris tout de suite mais il semblerait que le chevalier souhaite nous aider
- Le chevalier du Sagittaire ? Et si c'était un piège ?
- De toute façon il faut en profiter ! Avec un peu de chance, ce passage nous conduira droit vers la sortie ! Nous ne devons pas perdre de temps ! Allons-y !
Camp des femmes chevaliers, quartier Ouest
La cérémonie fut brève, chacune étant préoccupée par la suite des évènements. Marine n'avait pas réussi à retrouver Shaïna. Elle avait pourtant senti sa présence au moment où le corps avait été enveloppé d'un drap de soie blanche et déposé au creux du tombeau de marbre, au coeur de l'Erechtéïon. Elle reviendrait… Mais ce que Marine craignait le plus était ce qu'elle s'apprêtait à faire. Elle chercherait à retrouver Seiya, c'était l'évidence ! L'émotion était palpable et l'Aigle avait fini par raconter ce qu'elle savait au sujet du nouveau Pope à l'ensemble des recrues. Elle leur recommanda de conserver ce secret précieusement, de ne rien révéler et surtout pas aux chevaliers qui avaient ralliés la cause du traître! Un serment solennel avait suivi cette promesse, scellant leur destinée en même temps que la dalle funéraire de Callisto. Elles restèrent longtemps à pleurer, prier et se réconforter en silence. La nuit venait de tomber lorsque Marine fut contrainte de rentrer chez elle.
Lorsqu'elle revînt dans la petite maison de bois, elle se senti étrangement seule. Seiya n'était plus là, Aiolia veillait au loin mais n'était pas venu… C'était le court des choses et elle n'y pouvait rien. La continuité naturelle, rien de plus… Mais elle se sentait isolée. Altaïr était morte depuis des années, son frère disparu… Mort peut être. Shaïna boudait … Aldébaran tentait de vaincre sa peine et elle était là. Attendre, toujours attendre… Alors qu'elle rêvait d'agir et de démasquer les projets d'Hadès. Mais d'où lui venait cette haine implacable ? Elle ôta son masque et alla se servir un verre d'eau. Ayant étanché sa soif, elle se parla à elle-même, ironique …
- Tu es folle ! Tu crois franchement qu'à toi toute seule tu serais capable d'y changer quoi que ce soit ?... Arrête de rêver et redescends sur terre ! Tu veux voler trop haut…
En se dirigeant vers la salle de bain, elle posa un instant les yeux sur le mobilier de bois de la pièce principale. Le lit d'enfant de Seiya n'avait pas bougé. Elle le revît lors de ses premiers jours au Sanctuaire. Il pleurait sans arrêt, ses nuits étaient peuplées de rêves de gloire et de peurs. Irrationnelles pour la plupart mais elle ne pouvait le soulager. Pas parce qu'elle ne le voulait pas, mais parce qu'elle-même avait été éduquée par Altaïr de cette façon. Son maître disait que la rudesse préparait psychologiquement au destin exceptionnel de chevalier. Combien de fois avait-elle eu envie de se lever, d'aller vers lui et de serrer contre elle ce petit orphelin ? Juste pour lui montrer que l'amour et l'espérance sont les valeurs les plus sûres pour un chevalier… Etait-t-elle devenue insensible ?
oOo
Nue… elle sentit l'eau couler doucement sur sa poitrine endolorie. La chair, tendre et veloutée au contact d'une cuirasse brûlante et plus dure que la pierre. Pourquoi avait-elle acceptée de supporter tout ça ? Devait-elle le remercier d'avoir été là ? Aurait-il mieux valut qu'il la laisse ? Les boucles emmêlées de sa chevelure aux reflets de soleil se détendirent instantanément lorsqu'elle y passa les doigts. Les bulles de savon emplirent l'air de teintes multicolores, mettant un peu de gaieté dans la pièce et de baume en son cœur. Tout laver… laver le sang sur ses mains… Laver la haine… La culpabilité, les jours sans nourriture… Les jours sans lui. Elle soupira de bien être. Elle ne voulait plus penser.
A peine eut-elle enfilé sa chemise de nuit et séché ses cheveux que deux coups discrets retentirent à la porte. Les battements de son cœur la mirent en garde. Par précaution et bien qu'elle n'en ait eu aucune envie, elle s'empara du masque et le porta à son visage avant d'ouvrir. C'est alors qu'elle le vît. La pénombre de la pièce seulement éclairée par des bougies ne lui permettait pas de bien le distinguer, pourtant il était impossible de se tromper. Les épaules larges, le teint, la taille, les cheveux oscillant entre le châtain clair et le mordoré, légèrement ondulés… Le timbre de la voix…. Il lui sourit d'un air penaud. Marine soupira et le toisa le plus calmement du monde en croisant les bras.
- Qu'est-ce que tu fais là Aiolia ...
- Je ne voulais pas te déranger…
- …
Elle suivit la trajectoire invisible de son regard sur elle et réalisa qu'elle aurait dû être plus prudente quant à sa tenue.
- Je m'apprêtais à prendre du repos…
- Tu as l'air fatiguée.
Il dessina du bout des doigts un cerne imaginaire sur le métal froid. Déstabilisée, elle fit un pas en arrière mais renonça à lui fermer la porte au nez. Il était décidemment très habile. Un silence circonstancié s'installa. Le trouble était palpable chez chacun d'eux. Le chevalier en civil décida d'employer un ton plus léger.
- Je faisais ma ronde et voulais m'assurer que tout était calme dans les environs. Content que tu réussisses à trouver le sommeil…
Marine leva les yeux sous le masque. Prudente, elle songea :
- Que je réussisse à trouver le sommeil ? En voilà une bonne ! Tu te moques de moi ?
- Et toi ? Une ronde à une heure pareille ? Le lion serait-il devenu somnambule ?
La patience n'était pas le fort d'Aiolia. Il décida de cesser ce petit jeu et de parler franchement.
- Suis-je condamné à rester éternellement sur le pas de ta porte ?
Elle faillit se mettre à rire mais se retînt.
- Tu as déjà un pied à l'intérieur…
- Bien… Puisque je te dérange je vais m'en aller !
- Non ! Attends !
- …
Elle se mit de côté pour lui signifier son accord.
- Tu peux entrer…
Il ne se fit pas prier. La soirée était fraîche et la tiédeur de l'intérieur était la bienvenue. Il découvrait pour la première fois la maison du chevalier de l'Aigle. Elle le précéda et lui offrit de s'asseoir, ce qu'il fît. Alors qu'il l'observait vaquer à ses occupations, le souvenir de leur nuit ensemble s'imposa à lui … Tout était encore tellement présent ! Il pouvait encore entendre les soupirs de sa compagne lorsqu'elle s'était abandonnée à lui. Tant la situation avait été intense, il en avait des nœuds dans l'estomac. Il secoua la tête pour reprendre ses esprits, espérant que la femme chevalier n'eu rien perçu de son trouble. Elle ne fît en tout cas aucun geste pour ôter son masque, ce qui le contraria profondément.
- Quelque chose ne va pas ?
- Non, non ! Tout va bien…
- Depuis quand garde-t-elle ce masque pour dormir ?
- Aiolia… Ce que j'ai dit après la mort de Cassios… Je le pensais vraiment
- …
Voyant qu'il ne lui répondait pas, elle changea de sujet.
- Où en est Seiya ?...
- Il atteindra bientôt la maison du Capricorne…
- Le Capricorne !
Les verres qu'elle venait de saisir pour leur servir du vin lui échappèrent, finissant leur course sur le plancher en éclats de verre scintillants.
- Marine ! Est-ce que ça va ?!
- Je…
Pendant un instant, la nouvelle lui avait fait perdre le sens des réalités. Elle sentait le danger. Un flash s'imposa. Mais ce n'était pas Seiya qu'elle avait entre aperçu. Lui, il passerait sans encombres ! Il se rendrait à la maison du Verseau. Celui qu'elle avait vu portait une armure ayant l'éclat de l'émeraude.
- C'est le dragon qui va l'affronter n'est-ce pas ?!…
Ignorant sa question, il focalisa sur les mains de la guerrière, couvertes de sang. Il se leva prestement.
- Bon sang, Marine ! Regarde tes mains !
Le verre avait ouvert des entailles profondes dans ses paumes. Le sang perla, s'évanouissant sur le plancher. Seiya vivait ! Elle était heureuse. Le reste importait peu. Elle avait promis. Elle devait le protéger. Elle reprit brusquement ses esprits.
- Qu'est-ce que tu fais ?
Aiolia s'avança pour la conduire vers le canapé de fortune qui ornait la minuscule pièce principale et l'y fit asseoir sagement. Sans attendre, passant outre leur promesse de tenir la distance, il saisit les mains écorchées et l'atmosphère s'emplit bientôt de particules de lumière. Dorée, chaude et douce, cette chaleur envahie petit à petit la chair douloureuse de la jeune femme. Le fluide pénétra en elle et cicatrisa les coupures. Elle échappa un petit cri de douleur mais l'instant d'après, elle n'avait plus rien. Toujours à genoux, il lâcha les mains tant aimées et lui adressa un regard d'excuse.
- Désolé… Mais il valait mieux soigner ça ! Tu n'as pas à t'en faire pour ton disciple. Il est courageux, je te l'ai déjà dit ! Son heure n'est pas venue. Je pense qu'il réussira à atteindre la maison des Poissons. Par contre, il ira quasiment seul …
- Que veux-tu dire exactement ?
- Shyriu va mourir. C'est lui que tu as vu à travers ton esprit !
Le regard de la jeune femme se perdit en de sombres pensées. Elle tenta de faire bonne figure mais sans grand succès ! Elle se leva après l'avoir remercié, ses mains échappant du même coup à toute tentative de caresse.
- Décidément, tu tombes toujours à pic ! Ca fini par devenir agaçant !
- …
Elle décida de changer de sujet.
- Si on goûtait à ce vin italien ? Shaïna avait quelques bouteilles chez elle et a voulu m'en offrir une pour me remercier de ce que j'avais fait pour Seiya. Tu sais qu'elle est amoureuse de lui ?...
Le regard d'Aiolia s'assombrit.
- Je n'étais pas vraiment au courant. Vous êtes tellement imprévisibles vous autres. Pour Seiya… Inutile de me rappeler ce que j'ai fait !
Elle venait de faire une énorme bourde ! Aiolia culpabilisait, elle en était persuadée. Elle ne répondit pas et alla chercher d'autres verres. Son bras frôla celui du chevalier lorsqu'elle fit couler le précieux liquide vermillon. Le Lion déglutit discrètement mais ne prononça aucun mot, terriblement gêné par son attitude envers Pégase. La tenue de la maîtresse de maison absorba malgré lui toute son attention. Marine portait une chemise en lin, seul tissu supportable par ce temps là. Cette chemise était simple et sans ornement, mais cela lui importait peu. Elle épousait les formes de l'Aigle avec douceur, lui donnant un air de petite fille. Elle semblait tellement vulnérable vêtue ainsi.
Un évasement délicat habillait sa chair en corolle jusqu'à hauteur des genoux. Ses pieds étaient nus, chose qu'il ne remarqua qu'après coup. Il se dit qu'elle savourait probablement le contact du bois brut et la fraîcheur salvatrice de ce début de soirée. La chevelure aux reflets roux, encore humide de la douche le laissait envisager une scène plus que délicieuse. Sa peau, ses lèvres… Il ne devait pas rester trop longtemps…!
Mais quelque chose le tracassait. Il se leva et repoussa la chaise avant de se diriger vers la sortie.
- Merci pour le vin…
- Tu t'en vas déjà ?
Il se retourna et lui adressa son plus craquant sourire d'excuse.
- C'est mieux comme ça …
- Oh… Dans ce cas, bon retour !
- Avant de partir j'ai une chose à te demander.
- Dit-moi ?
- Pourquoi Milo est-il venu ici ?
La question choqua Marine et la rassura en même temps. Elle qui le croyait inatentif dû admettre qu'il avait finalement gardé un œil sur elle. Mais pourquoi s'interesser spécialement à la venur du chevalier du Scorpion ? Ne lui faisait-il plus confiance ?!
- Milo ?...
- Ne fais pas semblant ! Je sais qu'il est venu ici cet après midi ! Il n'aurait pas dû se trouver là !
- Je…
Il avait saisit les épaules de la jeune femme avec empressement, de façon un peu trop brusque peut être.
- Il n'est pas venu pour moi si c'est ce que tu veux savoir ! Reprend toi Aiolia !
Il la lâcha, regrettant immédiatement son geste. Jaloux lui ?
- Pour quelles raisons dans ce cas ?
- Nous avons été attaquées !
- Quoi ?!
La vérité le cloua sur place ! Il avait effectivement senti une profonde agitation autour du Gynécée mais il était tellement absorbé par la présence de son compatriote qu'il en avait ignoré le reste des évènements.
- Marine je…
Elle leva un doigt accusateur vers lui.
- Où étais-tu ?! Au lieu d'incriminer Milo et de faire preuve d'une jalousie totalement déplacée, dit-moi plutôt pourquoi tu as laissé la situation s'envenimer ?
- Je ne savais pas, crois moi ! Que s'est-il passé ?
Elle reprit difficilement son calme.
- Les chevaliers noir d'Hadès sont sur nos terres ! Voilà ce qui se passe !
- …
- Je pensais que tu serais venu pour nous aider… Puis j'ai fini par réaliser que tu ne viendrais pas ! C'est Milo qui nous a protégé suivit d'Aldébaran… Sans eux nous étions perdues !
- Il ne t'est rien arrivé ?!
- Au lieu de penser toujours à moi, demande toi plutôt ce qui est arrivé à mon amie !
- Ton amie ?!
- Callisto a été tuée !
- Marine je…
Elle étouffa un sanglot de rage. Pourquoi faisait-il semblant ? Pourquoi ne comprenait-il pas ?
- Tu devrais rentrer ! Ici la situation est devenue pire que tout. Il n'y a pas que vous les chevaliers d'or, qui vous battez pour préserver le peu de justice qui reste encore au Sanctuaire ! Nous aussi nous avons subit des pertes !
Le Lion s'approcha d'elle mais elle lui tourna le dos. Il voulait en savoir plus mais elle n'était visiblement pas d'humeur à lui expliquer les choses. Il avait parfaitement sentit que quelque chose s'était produit mais il côtoyait la mort tous les jours et les évènements exigeaient sa présence dans la maison du Lion. Leur devoir primait… Il caressa sa nuque d'une main hésitante, de peur qu'elle ne se refuse, s'approcha sans bruit et respira doucement le parfum de sa chevelure, tentant de faire taire l'envie impérieuse qui grandissait en lui de façon fulgurante.
- Prend soin de toi…
Lorsqu'elle ne sentit plus sa présence, ni la moiteur de son souffle contre elle, Marine en déduisit qu'il avait quitté les lieux. Un simple coup de vent. A peine perceptible. Elle ne distingua plus rien à travers la brume et se mordit les lèvres…
Elle regretta de lui avoir reproché son absence et de ne pas avoir couru après lui pour le retenir. Après tout, il n'était pas censé être là lorsque le corps de la prêtresse avait été rapatrié et grâce à lui, elle savait ce que faisait Seiya. Il vivait mais pour combien de temps ? Décidément… Elle avait de plus en plus de mal à se supporter !
Maison du Sagittaire
Quelque part, au fond d'un précipice… Etendu là après une chute sans fin. Ses compagnons ont-ils réussi à s'en sortir ? De pièges en pièges, ce passage dans la roche s'était révélé un véritable parcours du combattant. Ils avaient cru à un bienfait du chevalier défunt mais ne récoltaient que la mort. Seiya allait-il mourir ici, ignoré de tous ? Au cœur même de ce Sanctuaire qui l'avait vu grandir ?
Dans la pénombre, une voix s'imposa.
- Ne renonce pas ! Tu as prouvé que tu étais digne de la protéger et d'aller jusqu'au bout ! Ne renonce pas, Seiya !
